Théodore DECK

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À gauche, crayon sur papier d'Albert ANKER, 2e moitié du XIXe
À droite, faïence fine d'Albert ANKER et Théodore DECK, 1870
Musée Théodore Deck Photo B.ohland
Médaillon avec glaçure vert céladon, du sculpteur Ferdinand LAVILLAIN pour les ateliers Deck
Musée Théodore Deck Photo B.ohland


D'origine haut-rhinoise, Théodore DECK est un artiste sculpteur et céramiste de talent qui a marqué le XIXe siècle. Certains auteurs le considèrent même comme le plus grand de son temps.
Par sa quête de nouveauté et ses recherches obstinées sur la couleur, il est l'auteur d'innovations qui révolutionnent le monde de la céramique. On lui doit le célèbre "bleu Deck", inimitable et inimité depuis lors, et les fonds d'or sous couverte.
Sur le plan professionnel et humain, il a également innové dans la gestion et le respect de ses collaborateurs en les traitant d'égal à égal.
Et il a su profiter des diverses expositions pour faire valoir la beauté et la qualité de ses œuvres et acquérir une renommée internationale.

Biographie (1823-1891)

Sa maison natale, rue de la Monnaie
Photo B.ohland
  • (Joseph) Théodore DECK naît le 2 janvier 1823, à Guebwiller, dans une famille d'artisans teinturiers sur soie. Il est le troisième d'une fratrie de sept enfants, que son père Pierre Richard DECK (1778-1840) a eu avec sa seconde épouse Marguerite HACH (1797-1840).
Son père dirige un atelier qui teint des rubans de soie pour la rubannerie d'Édouard de BARY-MÉRIAN, dans la même ville. La maison familiale regorge de pots de produits chimiques et de fioles de pigments, familiarisant déjà le futur céramiste avec le monde de la chimie.
  • Le jeune Théodore fait ses premières études à Guebwiller, à l'école Rebzunft, puis entre à 13 ans au petit séminaire de Lachapelle-sous-Rougemont.
  • Quand son père meurt en 1840, Théodore prend sa succession à l'atelier de teinture sur soie, mais l'entreprise perd en efficacité du fait de la concurrence de nouvelles manufactures textiles à Guebwiller et environs.
Par ailleurs, le jeune DECK reste un peu frustré de ne pas pouvoir créer à son idée, et son intérêt se porte davantage sur le dessin et la sculpture. Cela se double d'une curiosité nouvelle pour la céramique et les émaux, curiosité attisée par la profession de poêlier qu'exerce son grand-oncle.
  • De 1841 à 1844, Théodore effectue un apprentissage chez Joseph HÜGELIN, maître poêlier à Strasbourg.
Puis, les trois années suivantes, il part pour un tour de compagnonnage à l'étranger[1] et chez le poêlier VOGT à Paris, pour parfaire ses connaissances et diversifier ses compétences.
Monument élevé à sa gloire, à Guebwiller Photo B.ohland
  • De retour à Guebwiller en 1848, le compagnon maintenant aguerri ouvre un atelier de sculpture.
Puis en 1851, il retourne à Paris, cette fois-ci pour prendre le poste de contremaître chez VOGT.
  • En 1856, Théodore DECK s'installe durablement dans la capitale et ouvre un atelier de faïences d'art, rue de Vaugirard. Il se met à collaborer avec divers peintres pour les motifs, et peut ainsi axer ses recherches sur la couleur.
Il participe également à toutes les expositions universelles de 1862 à 1891, à Londres, Paris, et Vienne, où il obtient de nombreux prix, ou à des expositions des arts industriels. Même après sa mort, des œuvres de la manufacture Deck seront encore exposées à Chicago en 1893 et Saint-Louis en 1904
  • Notre jeune artiste adhère à la franc-maçonnerie dès 1865. Quand survient la guerre de 1871, il opte pour la nationalité française et entre dans « la loge Alsace-Lorraine Grand Orient de France »[2].
Il s'implique également dans la vie politique parisienne.
  • En 1878, Théodore DECK est distingué officier de la Légion d'honneur[3]. Il continue à exposer dans diverses villes dont Mulhouse. Il publie également un livre intitulé "La faïence".
  • Les talents de Théodore DECK sont largement reconnus, et, en 1887, il est nommé directeur de la Manufacture nationale de porcelaine de Sèvres.
  • L'artiste guebwillerois décède à Paris le 15 mai 1891. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse, où son monument funéraire est conçu par un autre alsacien : Auguste BARTHOLDI. L'atelier parisien ferme ses portes en 1905.
  • En 1924, sa ville natale lui rend hommage en dressant un monument en son honneur dans le parc de la Marseillaise à Guebwiller.


Premiers pas

Trois ans d'apprentissage

Poêle réalisé par son grand-oncle
Musée Théodore Deck
Photo B.ohland

Vers 1840, Théodore DECK a d'abord envie de devenir sculpteur et aimerait bien entrer en apprentissage chez Joseph FRIEDRICH, un statuaire renommé de Strasbourg, mais il n'a pas les moyens financiers suffisants pour s'offrir cette formation.
L'année suivante, son grand-oncle Augustin MARCKERT, qui est poêlier, lui facilite l'entrée chez un important maître-poêlier également strasbourgeois, Joseph HÜGELIN.
Durant ses deux premières années d'apprentissage, Théodore s'entraîne à façonner la terre cuite, à incruster des pâtes colorées sur des carreaux de poêles et se perfectionne en émaillage.
Il se lie d'amitié avec le jeune Joseph Victor HÜGELIN et collabore activement à la réalisation de poêles typiquement alsaciens appelés "Kachelofen". Celui de la photo ci-contre est l'œuvre de son grand-oncle, mais Théodore en a réalisé plusieurs durant cette période, dont un aux couleurs dominantes bleu turquoise et doré, exposé au musée de la Folie Marco[4] à Barr.
Après ses deux années d'apprentissage, il est embauché en tant qu'ouvrier. Et son projet professionnel s'affirme : il se lancera dans la faïence décorative. Mais dans un premier temps, il souhaite élargir son horizon.

Trois ans de compagnonnage

Carte représentant son périple
Musée Théodore Deck
Photo B.ohland
  • Un peu à l'image des compagnons du Moyen Âge qui allaient de ville en ville proposer leur travail, Théodore DECK entame un tour de compagnonnage dans les pays germaniques, de 1844 à 1847. C'est un système encore en vigueur à l'époque dans les métiers de l'artisanat. Il s'agit pour le jeune apprenti de se perfectionner dans de nombreux ateliers différents. L'intérêt en est la découverte et le partage de nouveaux savoirs-faire, l'acquisition de compétences plus pointues, et l'établissement d'un réseau professionnel. À l'issue du parcours, l'apprenti possède désormais toutes les cartes en mains pour devenir lui-même maître-artisan.
  • Le périple du jeune céramiste commence par les régions de Bade, du Wurtemberg et de la Bavière. Il se poursuit par Graz, où il s'installe un moment, puis Vienne, où il collabore avec Franz ERNDT à la réalisation de poêles monumentaux « destinés aux résidences impériales »[5]. Ensuite il rejoint Pesth (la future Budapest), et Prague. Viennent ensuite les villes de Dresde et Leipzig. Il reste un moment à Berlin, à la manufacture HÖHLER et FEILNER où il découvre comment rendre sa faïence plus résistante. Il remonte vers Hambourg, Hanovre puis Düsseldorf. Et il rejoint Paris où il est embauché momentanément dans les ateliers de Gaspard VOGT, d'origine bavaroise.
  • Mais voilà que se produisent en 1878 quelques évènements révolutionnaires dans la capitale. Le jeune Guebwillerois rejoint alors sa province natale.


Un peu de sculpture en Alsace

De retour à Guebwiller, Théodore DECK décide d'ouvrir un atelier de modelage et de sculpture, correspondant à son premier rêve de jeunesse.
Comme il a toujours admiré les statues de l'église Notre-Dame, il commence à faire une copie de l'une d'entre elles.
Les industriels du secteur favorisant le développement de la vie culturelle, Théodore et son frère fréquentent les concerts et se lient avec des musiciens. Suite à la réalisation d'un médaillon qu'il offre à la fille de Charles KIENZL, maître de musique, la Société de musique de Guebwiller lui commande un buste de Mozart.
Pendant ses trois années en Alsace, le sculpteur réalise diverses pièces en terre cuite, certaines copies, certes, mais aussi des œuvres personnelles : bustes, lampes, vases, et un grand groupe où il révèle son habileté : Thésée terrassant le dragon.
Le talent du sculpteur commence à être remarqué.


Installation à Paris

Son entrée dans le monde artistique

Jardin de l'atelier rue de Vaugirard.
Huile sur toile de Giuseppe DEVERS, 1873
Musée Théodore Deck Photo B.ohland
  • En 1851, Théodore est à nouveau embauché chez VOGT à Paris, en tant que chef d'atelier. Il commence à gagner sa vie, et trouve le temps de créer des pièces personnelles de faïence avec des incrustations colorées. Pour l'Exposition universelle parisienne de 1855, Marguerite DUMAS-VOGT lui laisse de la place sur son stand. Un marchand d'art admire son travail et lui achète une œuvre. Cela lui ouvre les portes d'une place à prendre, auprès d'une clientèle plutôt bourgeoise.
  • L'année suivante, il ouvre son propre atelier, rue de Vaugirard. Nous sommes désormais dans la seconde moitié du XIXe siècle, qui voit naître un engouement pour les arts décoratifs, voire les collections. Et ce que produit Théodore rencontre un succès certain. Il faut donc produire davantage, et des objets variés. Grâce à l'aide de son frère Xavier[6], sur le plan administratif et financier, l'atelier devient en 1859 une véritable fabrique. Le céramiste s'entoure d'ouvriers et cherche à collaborer avec des dessinateurs et des peintres. Il développe même une nouvelle forme de production en externalisant une partie du processus de fabrication dans les ateliers de ses collaborateurs.
  • En 1861, lors de l'Exposition des arts industriels, Théodore présente des assiettes et des plats décorés qui plaisent beaucoup et assoient sa renommée.
La demande s'amplifiant, il ouvre en 1869 un magasin de vente rue Halévy. Il en confie la responsabilité à Anne-Marie, une de ses deux sœurs venues rejoindre leurs frères à Paris. C'est un succès incontestable.


Sa place dans la vie parisienne

  • L'artiste se crée tout un réseau autour de lui, des collaborateurs directs, certes, mais aussi un réseau amical d'alsaciens, artistes déjà connus comme Auguste BARTHOLDI ou Jean-Jacques HENNER, ou moins connus : Émile REIBER, Joseph CHÉRET, ou encore autres personnalités. Tout ce beau monde se retrouve une fois par semaine pour dîner chez les DECK, se stimulant mutuellement et se lançant des défis. À l'image d'un cénacle.
  • En 1861, le céramiste devient l'un des membres de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, future Union Centrale des Arts Décoratifs, elle-même à l'origine de la création du Musée des Arts Décoratifs de Paris.
  • Parallèlement, il s'intéresse à la vie de la capitale et y contribue. Il affiche ses idées républicaines et devient adjoint à la mairie du XVe arrondissement de novembre 1870 à 1871. Il devient également directeur de la bibliothèque de cet arrondissement. En 1879, il crée un ensemble décoratif monumental pour orner un fumoir du Cercle Républicain de Paris, avenue de l'Opéra. On ne peut rêver meilleur faire-valoir pour son art.
  • Dans la loge maçonnique Alsace-Lorraine, Grand Orient de France, Théodore côtoie entre autres Léon GAMBETTA et Joseph JOFFRE, le futur maréchal.
  • En 1887, il rédige et publie La Faïence, un traité destiné à tout public intéressé par cet art. Le céramiste retrace l'histoire de la céramique, les courants qui ont influencé sa pratique actuelle, et donne des détails (et même des recettes) sur certains procédés techniques.

Ses collaborateurs et sa muse

  • Théodore DECK a besoin d'aide, notamment des dessinateurs et des peintres. Mais, dès 1850, il innove au niveau du rapport patron/ employés. En effet, au lieu de reprendre à son compte les idées et créations de ses collaborateurs et de signer à leur place, il leur laisse une certaine marge de manœuvre, dans leur propre atelier[7], et les laisse signer leur réalisation. C'est bien sûr pour le compte de la manufacture DECK (celle-ci y imprime son cachet), mais les artistes concernés reçoivent la moitié du chiffre de vente.
Ces diverses signatures permettent d'estimer le nombre des collaborateurs à au moins « une quarantaine »[8].
Voici quelques uns des plus importants ou des mieux connus :
Albert ANKER (1831-1910), peintre d'origine suisse, qui privilégie les portraits de personnalités, souvent sur des assiettes. Par son entremise, DECK se lie d'amitié avec Ernest ZUBER, fabricant de papier peint à Rixheim.
Joseph CHÉRET (1838-1894), sculpteur et ornemaniste, qui travaille aussi pour la manufacture de Sèvres et pour l'orfèvre Christofle.
Paul HELLEU (1859-1927), portraitiste de talent, spécialisé dans les portraits féminins
Edmond LACHENAL (1855-1948), potier d'origine, qui supervise l'atelier de décoration de la fabrique à partir de 1873. En 1881, il quitte la manufacture DECK pour ouvrir son propre atelier.
Émile REIBER (1826-1893), architecte et dessinateur, alsacien qui plus est. Créateur de nombreux vases et de jardinières décoratives.
ou encore Ernest CARRIÈRE (1857-1908), Éléonore ESCALLIER (1827-1888), Camille MOREAU-NÉLATON (1840-1897), Joseph Victor RANVIER (1832-1896), Anthony-Ludovic RÉGNIER (1851-1930)...
  • Parmi les artistes féminines, nous pouvons distinguer Sophie SCHAEPPI (1852-1921). Originaire de Suisse, elle est attirée par tout ce qui renouvelle le monde des arts, et Paris fait partie de ses voyages de découverte. Elle devient la muse de Théodore et une amie très proche (Il est amoureux d'elle, mais ce n'est pas réciproque). Le céramiste guebwillerois lui commande la réalisation de nombreuses pièces (environ trois centaines), que ce soit des assiettes, des carreaux décoratifs ou des illustrations d'albums. Il lui avance l'argent qui lui manque de temps en temps. Elle restera à son chevet jusqu'à sa mort et retournera en Suisse.


Théodore DECK et la couleur

Le bleu Deck

Statuettes de la déesse égyptienne Bastet, en bleu Deck
Musée Théodore Deck Photo B.ohland
Ensemble de faïences bleu Deck
Musée Théodore Deck Photo B.ohland

À cette époque, la mode est à l'orientalisme. Tout comme les autres artistes, Théodore s'en inspire beaucoup et est même fasciné par certaines couleurs intenses des faïences persanes. Il expérimente de nombreux mélanges pour essayer de reproduire le "bleu persan" qu'aucun céramiste n'a encore réussi à obtenir.
Il arrive enfin à un bleu turquoise à la fois profond et lumineux et le présente à l'Exposition des arts industriels de Paris en 1861, ainsi qu'à Londres en 1862. Ce bleu magnétise tous les regards ; Théodore est récompensé par la première médaille de sa carrière.
Mais comment définir ce bleu inédit : bleu électrique ? Bleu canard ou bleu paon ? Bleu persan ou bleu roi ? Bleu céruléen ou bleu cyan ? Finalement il va devenir une référence sous le nom de bleu Deck. Car le céramiste est le premier à l'obtenir, et il est capable de lui donner diverses nuances selon l'épaisseur de la glaçure, enfin parce que personne n'arrivera à le reproduire après la mort de son créateur.
Grâce au traité de céramique La Faïence, on connait pourtant une partie de son secret : un mélange d'oxyde de cobalt et de cuivre, mais la recette donnée par l'auteur est malheureusement lacunaire.

Le vert céladon

Cette couleur vert pâle, inspirée par les céramiques chinoise et coréenne, est fréquemment utilisée par Théodore. Elle est obtenue par un mélange de fer, de cuivre et de nickel.

Les fonds d'or

Lors d'un voyage en Italie en 1877, notre céramiste guebwillerois est fasciné par les mosaïques à fond d'or de la basilique Saint-Marc. De retour à Paris, il n'a de cesse d'arriver à obtenir le même résultat.
Il y parvient avec une technique de "couverte"[9]. Cette nouveauté technique lui vaut un Grand Prix lors de l'Exposition Universelle de Paris de 1878 et assoit davantage sa notoriété.
Il utilise beaucoup ses fonds d'or pour des assiettes ou plats, mais aussi par petites touches pour rehausser des détails.

Les flammés

Cette fois-ci, ce sont les porcelaines chinoises qui fascinent Théodore DECK, notamment les pièces flammées, caractérisées par une teinte variant du rouge au violet, obtenue par une glaçure contenant de l'oxyde de cuivre.
L'artiste parisien est en mesure de présenter ses premiers essais en 1880, à savoir des pièces au glaçage rouge sombre (appelé rouge sang-de-bœuf), qui font sensation.


Quelques particularités de sa production

Les œuvres monumentales

Les Expositions universelles sont indissociables du parcours de Théodore DECK. Elles lui servent en effet de vitrine pour ses pièces les plus remarquables ou ses innovations. Il y expose notamment des œuvres monumentales uniques dont certaines sont de véritables prouesses techniques. Parmi elles :

  • De très grandes décorations d'intérieur. Six d'entre elles sont célèbres :
Salle de bains de la ville des Tilleuls
Musée Théodore Deck Photo B.ohland
Véranda de la villa des Glycines
Musée Théodore Deck Photo B.ohland
1) Deux réalisations commandées par de grands industriels et amis de Guebwiller :

- La salle de bains de la villa "Les Tilleuls", demeure d'Adolphe SCHLUMBERGER (fils du grand industriel textile Nicolas). C'est le premier grand ensemble décoratif réalisé par Théodore DECK en 1876, ou tout du moins produit, car il en confie le décor à son collaborateur Edmond LACHENAL. Quand la demeure est démolie en 1978, les carreaux sont soigneusement remontés au musée. À partir de 1996, des restaurations sont mises en œuvres pour contrer le processus inexorable de fragilisation (« rétractation de l'émail, trop grande par rapport au carreau lui-même »[11]).
- La véranda de la villa "Les Glycines", demeure du manufacturier en soie Édouard de BARY. Le thème des plantes exotiques (souhait du commanditaire) est traité dans un style japonisant (engouement de DECK à ce moment). Cette fois-ci le décor est confié au collaborateur Auguste LAMÈRE ; la cuisson/production relève du célèbre céramiste, en 1890. Un siècle plus tard, lorsque ce décor est transféré au musée, le restaurateur Benoît COIGNARD met au point un système spécifique d'accrochage pour chaque carreau. Le décor a été restauré en 2022, et devra bénéficier d'autres restaurations tous les dix ans.

2) Deux réalisations parisiennes :

- Le décor oriental de la salle de bains de l'hôtel de la marquise Païva, sur les Champs-Élysées.
- Un décor commandé par le Cercle républicain de Paris en 1879, destiné à orner son fumoir.

Vase de 1,41 m de haut
Musée Théodore Deck
3) Encore deux autres :

- Le décor, en 1883, de la maison d'habitation du négociant Maurice MARTINEAU, à Saintes.
- La salle de bains de la famille BARDOU (manufacture du papier à cigarettes JOB) à Perpignan.

  • Des statues à taille humaine, voire plus grandes que nature... :
Une statue représentant Bernard PALISSY. D'une hauteur de 2,05 m, dans des teintes noir, vert bronze et jaune d'or, elle est l'œuvre conjointe de DECK et Charles LEVY en 1876. Elle est conservée au musée Théodore Deck.
Son pendant, réalisé la même année, représente Henri IV et orne l'hôtel de ville de La Rochelle.
  • De grands vases :

- Trois vases Alhambra d'une hauteur de 1,08 m.
- Un vase encore plus grand (1,41 m de hauteur, 0,60 m de diamètre), réalisé en 1885 et présentant des fleurs et feuillages en émaux cloisonnés.

Les séries

Peu à peu, les ateliers Deck commencent à produire en série, pour gagner du temps et rendre leurs pièces plus abordables.
Cette production prend encore plus d'importance après le décès de l'artiste, permettant de poursuivre l'activité de la manufacture pendant quelques années.

Parmi ces séries, se remarquent particulièrement :
- toute une galerie de portraits : de personnages historiques, légendaires ou mythologiques. Ces portraits sont réalisés le plus souvent sur des assiettes ou des grands plats, où le visage est mis en valeur par la décoration qui l'entoure.
- un ensemble consacré aux animaux de la basse-cour, occasion propice de marier entre elles des teintes variées.
- des tanagras, statuettes devenues à la mode suite à la découverte de figurines en terre cuite produites durant l'antiquité et mises au jour lors de fouilles en 1870. Dans les ateliers Deck, ces statuettes représentent des femmes plutôt jeunes et gracieuses, nimbées de voiles, et traitées dans des teintes de turquoise plus clair que le bleu Deck.
- et de nombreuses jardinières.


Administrateur de la Manufacture nationale de porcelaines de Sèvres

Manufacture et musée de la porcelaine de SèvresPhoto J-P GALICHON

En 1874, Théodore DECK rejoint la commission de perfection de la manufacture de Sèvres.
Une dizaine d'années plus tard, la manufacture est en déclin par manque de qualité de sa production. En 1887, son directeur Charles LAUTH démissionne. Le céramiste guebwillerois est sollicité pour prendre la relève. Il hésite car sa santé se détériore, mais finit par accepter. C'est la première fois qu'un céramiste est à la tête de cet établissement.
Théodore DECK fait de son mieux. Il met au point deux nouvelles pâtes et introduit ses propres techniques de décoration ou d'émaillage.
Mais l'artiste meurt en 1891.

Musée Théodore DECK et des Pays du Florival

  • Dans un premier temps est fondé le Musée du Florival (en 1933) grâce à de généreux dons de la part des fondateurs ou d'industriels de la région.
  • En 1984 ouvre un nouveau musée dans un des bâtiments canoniaux du quartier historique de Guebwiller. Au fil du temps, la collection s'agrandit, et constitue désormais la plus grande collection publique d'œuvres de Théodore DECK, à savoir plus de 650 pièces.
Les collections sont présentées sur cinq niveaux, le sous-sol étant dédié aux minéraux, et les combles présentant le patrimoine industriel et viticole de la vallée du Florival.

Autres musées conservant des œuvres de l'artiste

Le musée des arts décoratifs à Paris ; le musée d'Orsay ; le Cercle républicain, à Paris ; le musée des arts décoratifs et de la mode, à Marseille ; la Cité de la céramique, musée de la manufacture de Sèvres ; la cité de la céramique, musée Adrien débouché, à Limoges ; le Victoria & Albert Museum, à Londres.

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Visite du musée lors de l'exposition "Théodore DECK (1823-1891) : de Guebwiller à Paris, itinéraire d'un céramiste d'exception"
  • Françoise Bischoff, Bernard Jacqué, Cécile Modanese, Jean-Marie Schelcher, Théodore DECK, magicien des couleurs, Strasbourg, Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 50 pages, ISBN 979-1-93590-08-0

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Référence.png Notes et références

  1. Ce procédé de compagnonnage a été aboli à la Révolution, mais il perdure dans les pays germaniques.
  2. Françoise Bischoff, Bernard Jacqué, Cécile Modanese, Jean-Marie Schelcher, Théodore DECK, magicien des couleurs, Strasbourg, Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 50 pages, ISBN 979-1-93590-08-0
  3. Il avait déjà été distingué chevalier en 1867.
  4. Musée d'arts décoratifs installé dans une maison patricienne et conservant du mobilier alsacien de la bourgeoisie, couvrant la période de la Renaissance à la Restauration.
  5. Françoise Bischoff, Bernard Jacqué, Cécile Modanese, Jean-Marie Schelcher, Théodore DECK, magicien des couleurs, Strasbourg, Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 50 pages, ISBN 979-1-93590-08-0
  6. Né en 1828, Xavier a servi dans l'armée et combattu en Crimée. Il rejoint Paris en 1858 pour s'associer à son frère. On parlera d'ailleurs de l'atelier des frères DECK. En 1887, quand Théodore est nommé à Sèvres, il continue à diriger l'atelier jusqu'à son propre décès en 1901.
  7. Les pièces sont précuites à la manufacture puis envoyées avec les pigments concernés dans les ateliers des collaborateurs. Ceux-ci renvoient les œuvres décorées à Paris, où elles sont recuites.
  8. Françoise Bischoff, Bernard Jacqué, Cécile Modanese, Jean-Marie Schelcher, Théodore DECK, magicien des couleurs, Strasbourg, Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 50 pages, ISBN 979-1-93590-08-0
  9. En céramique, la couverte est un émail transparent comme du verre qui d'une part apporte une belle brillance sur une décoration, d'autre part imperméabilise la pièce de terre cuite.
  10. Cette assiette aurait servi à dédommager le médecin venu au chevet de Théodore DECK malade.
  11. Françoise Bischoff, Bernard Jacqué, Cécile Modanese, Jean-Marie Schelcher, Théodore DECK, magicien des couleurs, Strasbourg, Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 50 pages, ISBN 979-1-93590-08-0

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