Ordre des Chartreux

De Geneawiki
Aller à la navigation Aller à la recherche

<retour à Saint-Pierre-de-Chartreuse

Procession des chartreux dans le cloître
Extrait d'une affiche exposée à la Correrie
Photo B.ohland

L'expansion du monachisme en Occident se traduit par la fondation de différents ordres religieux.

Suite à l'ordre de Saint-Benoît, fondé en 529, et celui de Cluny (en 910), certains religieux prônent une vie plus simple et plus ascétique, dans des lieux isolés.

C'est ainsi que va naître l'ordre des Chartreux, à la fin du XIe siècle, ordre contemplatif non pas cénobitique[1] mais à vocation érémitique[2], caractérisé par « un subtil équilibre entre une vie érémitique et communautaire »[3], répondant à un vœu de solitude et de silence pour mieux communier avec Dieu, mais laissant tout de même place à quelques moments de partage.

L'ermitage primitif connaîtra bien des déboires, mais deviendra monastère puis maison-mère sous le nom de Grande Chartreuse.

La communauté des chartreux vivra également des périodes mouvementées, mais existe toujours.

Aux origines

C'est au printemps 1084 que tout commence, sous l'impulsion du futur saint Bruno, dans un vallon reculé du massif de la Chartreuse[4].

Un homme déterminé : Bruno

Saint Bruno, entrée principale de la Grande Chartreuse
Photo B.ohland
  • Bruno naît à Köln (Cologne) aux alentours de 1030, dans une famille noble, « peut-être celle des Hartenfaust »[5]. Après ses premières études à Cologne, il est envoyé à l'université de Reims où il se passionne pour la théologie et se fait remarquer. Muni de diplômes, il revient au pays natal où il est ordonné vers 1056.
  • En 1057, l'archevêque de Reims le rappelle pour lui confier la charge d'écolâtre[6] et le nomme également chanoine de la cathédrale. Puis c'est le titre de chancelier qui lui est décerné en 1074.
  • Mais pendant une vingtaine d'années, Bruno doit faire face au nouvel évêque Manassés de Cournay qui manque totalement d'intégrité. Le futur ermite choisira de quitter la cité rémoise vers 1076. Quand Manassés est excommunié en 1080, Bruno revient à Reims et se voit proposer « le siège archiépiscopal »[7], mais il le refuse.
  • Le futur chartreux préfère en effet rompre avec la société et se retirer dans la solitude. Il s'en va avec deux compagnons et frappe à l'abbaye de Molesme. Son souhait est entendu et un domaine lui est proposé à l'ermitage de Sèche-Fontaine. Cette expérience de vie érémitique d'environ quatre années lui permet de réfléchir et d'affiner son projet. Et, malgré l'abandon de ses deux compagnons (qui fonderont le couvent cénobite de Sèche-Fontaine), il repart.
Hugues de Châteauneuf, en vis-à-vis
  • Bruno voyage maintenant avec six compagnons[8]. Il choisit la destination de Grenoble où il souhaite rencontrer un de ses anciens élèves devenu l'évêque Hugues de Châteauneuf. Or, celui-ci vient de faire un songe où sept étoiles le guidaient vers un lieu désertique pour y édifier un sanctuaire. Quand le groupe des sept ermites frappe à sa porte, l'évêque y voit un signe céleste et les guide dans un vallon.
  • La petite communauté y arrive en juin 1084, s'installe en défrichant, construisant des cabanes et aménageant des cours d'eau. La vie s'organise pendant six années et le petit ermitage prend naturellement le nom du lieu : la Chartreuse.
  • Tout change en 1090, car Bruno est appelé à Rome par le pape Urbain II qui cherche des conseillers et voudrait même confier au chartreux le poste d'évêque de Reggio. Mais Bruno refuse à nouveau. Pour ne pas décevoir l'évêque souhaitant le garder à ses côtés, il accepte cependant un poste de légat auprès du Comte Robert et s'acquitte au mieux de sa mission. Mais la vie au palais ducal ne convient pas à notre chartreux. Le Comte le comprend aisément et lui donne la charge du domaine calabrais « Santa Maria della Torre »[9] qui avec l'aide de Bruno va devenir la "Chartreuse de Serra San Bruno", première chartreuse fondée en Italie.
  • C'est en Calabre que Bruno décède en 1101 sans être retourné à sa première fondation cartusienne.
  • En 1514, le pape Léon X autorise aux chartreux la vénération de Bruno par canonisation « équipollente »[10]. Enfin en 1623, la fête de saint Bruno est étendue à l'église universelle.


Un lieu propice : le Désert de Chartreuse

Au pied du Grand Som Photo B.ohland

Le désert désigné par les sept étoiles porte déjà ce nom à cette époque. Situé sur le ban communal de Saint-Pierre-de-Chartreuse, on y accède en dépassant la Pointe de l'Enclos et en pénétrant dans le vallon jusqu'au renfoncement de Chartrousse.

Le monastère actuel s'étale dans un creux, « au pied des escarpements calcaires et dans une couronne forestière »[11] dominée par le Grand Som (2026m). Mais Bruno et ses six moines pionniers se sont d'abord installés plus haut, « près des sources »[12].

Si le lieu était propice au silence et à la solitude, il était aussi contraignant, rude, et parfois hostile.

Caractéristiques de l'ordre

Création de l'ordre

  • Quand Bruno reste à Rome en 1090, le pape Urbain II renvoie ses six compagnons en Chartreuse. Landuin y devient prieur (de 1090 à 1100). Même si leur maître n'a pas laissé de règle précise, les six moines poursuivent fidèlement son projet selon les mêmes principes fondamentaux de pauvreté, silence et solitude. Ils prennent pour emblème une simple croix.
  • De 1109 à 1136, pendant le priorat de Guigues quatrième successeur de Bruno, de nouvelles chartreuses commencent à naître, comme celles de Portes (près de Lyon), en 1115, Les Écouges (Grenoble] et Durbon (Gap). L'évêque grenoblois demande alors à Guigues de mettre par écrit les fondements et usages de la vie cartusienne. L'ouvrage, terminé en 1127, s'appelle « les Consuetudines »[13] c'est à dire Les coutumes de Chartreuse. Elles sont adoptées dans la foulée par les autres maisons et approuvées par le pape en 1133.
  • Le premier chapitre général a lieu en 1140. L'ordre des Chartreux est né, et il perdure encore de nos jours.

Fondamentaux, armoiries et habit

Armoiries et devise
Habit des chartreux
  • Les chartreux répondent aux principes d'abstinence et de solitude, de silence et de piété, de pauvreté et de simplicité, de travail manuel assorti de petites récréations.
  • Les armoiries de la Grande Chartreuse deviennent définitives au XIIIe siècle. C'est le quinzième prieur, Dom Martin, qui les compose en faisant reposer la croix initiale sur un globe croisé, et en surmontant le tout de sept étoiles (référence au songe de l'évêque Hugues et aux sept pionniers d'origine). Au XVIIIe siècle, ces armoiries deviennent celles de l'Ordre.
  • La devise est « Stat crux dum volvitur orbis », « la croix demeure stable pendant que tourne le monde ».
  • Pour leur habit, les chartreux ont choisi la simplicité : l'étoffe est un tissage de laine brute, naturelle, donc couleur écrue ; leur "cuculle" (scapulaire) comporte deux bandes reliant dos et devant ; le capuchon est essentiel pour les protéger des regards. À cet habit visible, s'ajoutent un "cilice" (chemise rugueuse) et un "lombar" (corde faisant office de ceinture). Lorsque les pères se rendent à l'extérieur, ils revêtent parfois une cape noire. les novices portent une robe brune jusqu'à leur donation.


Organisation cartusienne

La spécificité des chartreux est d'être des solitaires qui se réunissent parfois entre eux. Tous n'ont pas le même statut et les mêmes occupations, mais leurs fonctions sont complémentaires.

Les membres se classent en deux grands groupes : les pères et les frères. Et au début, chaque groupe avait son lieu de vie : les pères au monastère (en haut), les frères à la "maison basse" appelée ensuite la Correrie[14], environ un kilomètre plus bas.

Cubiculum avec lit, oratoire et bureau de travail

Pères

Ce sont des moines se consacrant exclusivement à la prière. Ils vivent dans leur cellule toute la journée et n'en sortent que trois fois par jour pour aller à l'église[15]. Leur chambre comprend le "cubiculum" avec un oratoire et un petit cabinet de travail. Ils disposent aussi d'un petit jardin personnel, d'un atelier et d'un bûcher.

Parmi les pères, se trouvent quelques procureurs, chargés de répartir les tâches des frères, ce qui entraîne un peu plus de contacts avec l'extérieur.

Frères

Les frères se consacrent aussi à la prière dans la solitude, mais moins que les pères, car ils assument différentes obédiences nécessaires au bon fonctionnement de la chartreuse. Ils sont tenus de rester dans l'enceinte et de respecter le silence. Le dimanche ils restent plus longtemps en cellule, alors que les pères ont droit à une récréation. Certains frères peuvent également être procureurs.

Parmi eux se distinguent les convers, qui s'engagent à offrir leurs services à la communauté pour préserver la vocation érémitique des pères. Et les donnés qui ne sont pas liés par des vœux et accomplissent des taches matérielles comme des ouvriers, avec moins de contraintes liturgiques que les convers.

Prieur

C'est un père qui dirige la chartreuse, car il n'y a jamais eu d'abbé à la tête de ce type de monastère. Il y fait régner l'harmonie et le respect des coutumes par la parole et l'exemple, devenant ainsi un modèle pour les frères. N'ayant aucune marque distinctive, il ne se prétend pas supérieur aux autres. D'ailleurs il consulte les autres pères avant toute décision. Le prieur, comme son nom l'indique, consacre l'essentiel de son temps à la prière et ne sort jamais du désert. En cas de défaillance, il peut être "déposé" par le chapitre.
Le prieur de la Grande Chartreuse est en même temps supérieur général de l'ordre. Il est élu par « les moines profès de vœux solennels »[16] de la Grande Chartreuse après un jeûne de trois jours. Ce vote doit être entériné par un vote de l'ensemble des prieurs de l'ordre, qui font alors le voyage jusqu'à la maison-mère.
Les prieurs de la Grande Chartreuse ont porté dans les premiers temps le titre de Grand Dom puis celui de Révérend père.

Aux côtés du prieur se tient le vicaire. Comme un second sur un navire, il assiste le prieur dans sa mission et se tient toujours à sa droite. Une semaine sur cinq, il remplaçait le prieur qui descendait à la Correrie. Au fil du temps, son rôle s'est légèrement modifié.

Vivre en Chartreuse

Quotidien rythmé et règles principales

Spaciement au début du XXe siècle
Portoir
Guichet
  • Des matines[17] aux complies[18], les journées sont étroitement liées à la liturgie. Les offices en communauté à l'église sont limités à trois par jour pour les pères, et leur nombre est variable pour les frères. Ces temps forts sont complétés par des moments de liturgie an cellule, tous au même moment quand la cloche les y invite.
Les dimanches et jours de fêtes, les pères ont droit à une récréation entre none et vêpres.
  • La solitude est le fondement même de cet ordre contemplatif. La vie des chartreux s'arrête donc à la clôture du monastère (sauf cas exceptionnel).
Les visites de parents ou amis sont limitées à deux par an. Interdiction de lectures profanes, journaux ou revues pouvant relier les moines au monde extérieur.
Les spaciements, promenades de deux à trois heures hors de l'enceinte, sont hebdomadaires pour les pères, mensuelles pour les frères. Les moines cheminent alors deux par deux.
  • Le silence est également une règle fondamentale. Si deux chartreux se croisent, ils se contentent d'un sourire sans aucune parole. Les lieux d'obédiences sont séparés les uns des autres et la plupart des activités s'effectuent en solitaire.
Il n'y a pas de radio ni de télé dans les cellules.
Même de nos jours, les promeneurs à pied qui s'approchent du monastère doivent respecter le silence du lieu.
  • Le réfectoire ne sert qu'aux dimanches et jours de fêtes, et le repas se déroule en silence, pour mieux s'imprégner d'une lecture ou prière adressée depuis la chaire.
Les jours de semaine, les chartreux mangent dans leur cellule : les frères cherchent eux-mêmes leur repas à l'aide d'un portoir ; les pères sont servis dans leur cubiculum au travers d'un guichet. Un seul plateau par jour, sans viande, à partager entre déjeuner et dîner.
Pendant le carême, il n' y a qu'un repas par jour, accompagné d'une abstinence (pain et eau) une fois dans la semaine.


Activités diverses

  • En dehors des offices, la vie spirituelle est complétée par des moments de contemplation, prières, lecture et études (« deux classes hebdomadaires d'une heure, en commun »[19] et études personnelles en cellule).
Les occupations matérielles revêtent divers aspects. Les chartreux doivent en premier lieu entretenir leur cellule, leur linge et leur jardinet. Ils ont aussi du bois à couper pour leur chauffage. Ils peuvent s'adonner à du petit bricolage comme du tournage ou de la sculpture.
Au début beaucoup ont été copistes et ont recopié ou transcrit des livres, d'autres étaient enlumineurs ou relieurs. Déjà en 1114, une bibliothèque s'était constituée et faisait l'admiration. Par la suite les chartreux se sont aussi associés à des imprimeurs, jusqu'à ce qu'ils créent une véritable imprimerie à la Grande Chartreuse au XVIe siècle et à la Correrie au XVIIIe.
Les frères s'occupent du minimum vital nécessaire dans une communauté : fonctionnement du moulin, boulangerie, cuisine, buanderie, infirmerie. Ils s'occupent aussi de l'ensemble du domaine, que ce soit les arbres, espaces verts et chemins, l'entretien et les réparations des bâtiments grâce à divers ateliers, et celui des animaux.
  • Près de la Grande Chartreuse, les moines avaient une grange, des écuries, et une forge avec martinet pour le travail du fer qui est devenue une véritable petite usine au XVIIe siècle. Puis le monastère construisit un haut-fourneau, à Fourvoirie, qui fonctionna jusqu'à la Révolution.
En 1960, cette obédience fut transformée en distillerie pour y produire la célèbre liqueur. Interrompue en 1903, la distillation put reprendre en 1931, mais quatre ans plus tard le bâtiment fut emporté par un glissement de terrain. La fabrication de liqueur s'installa alors à Voiron, et depuis 2018 se trouve au lieu-dit Aiguenoire sur la commune d'Entre-deux-Guiers.

La Grande-Chartreuse

Histoire

  • De 1090 à 1132, la vie à la Grande Chartreuse se déroule paisiblement. Mais survient en janvier une terrible avalanche, de neige et de rochers. Sept moines y perdent la vie, et tout est à refaire. Les chartreux décident alors de s'installer deux kilomètres plus bas, à l'emplacement actuel, et ils reconstruisent l'église (en pierres) et une quinzaine de cellules (en bois).
  • Le monastère connait ensuite une série noire de huit incendies. Le premier a lieu en 1320, et la reconstruction s'effectue en pierres. Le deuxième arrive en 1371 car les toitures étaient encore en bardeaux. Malgré les progrès de la reconstruction trois autres incendies surviennent, en 1449, 1473 et 1509. Certaines toitures sont alors recouvertes de plomb et fer. En 1562, la chartreuse est victime d'une expédition, menée par « le baron des Adrets »[20], qui se solde par un pillage et un sixième incendie. Il faut quatre ans pour reconstruire. Mais cela continue avec un nouvel incendie en 1592, et le huitième en 1678.
Expulsion en 1903
  • Grâce à des subventions arrivant de toutes parts, le Révérend père Dom Innocent Le Masson entreprend la reconstruction sur de nouvelles bases, et il voit grand, car la communauté compte alors plus de 100 membres. Ses principes d'architecture vont devenir une référence dans l'Ordre cartusien. Ils demande d'ailleurs aux autres chartreuses d'établir des plans de leur monastère pour en vérifier la conformité.
  • Voilà maintenant l'année 1792 : les Biens de l'Église sont confisqués. Des troupes arrivent à la Grande Chartreuse, s'y installent de force, et l'expulsion de la communauté doit avoir lieu avant le 1er octobre. Il faudra attendre 1816 pour qu'une ordonnance du roi autorise le retour au monastère. L'état des lieux est déplorable. C'est Dom Jean-Baptiste Mortaize qui va assumer la restauration jusqu'en 1863.
  • Mais arrive la loi de 1901 qui ordonne la fermeture de dix chartreuses en France. Les chartreux isérois sont expulsés « manu militari » en 1903 et se réfugient en Italie.
  • En 1913, la Grande Chartreuse, est classée aux Monuments historiques[21], et tous espèrent un renouveau.
  • Mais le Conseil général de l'Isère souhaite louer les lieux pour un usage civil. C'est un scandale qui remue l'opinion publique, tandis que les chartreux attendent le moment propice pour revenir. Avec l'appui du maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse, le Révérend père Dom Ferdinand et quelques pères et frères finissent par reprendre possession des lieux, officieusement seulement. C'est en 1941 qu'arrive enfin une reconnaissance officielle (annulant de ce fait le décret de 1903).


Description

Maquette exposée à la Correrie
  • La Grande Chartreuse ne se visite pas. Mais un musée a pris place à la Correrie et nous donne un aperçu des lieux grâce à une grande maquette réalisée à la fin des années 1950 par le chartreux Dom Germain Ochoa (1897-1969). Elle est à l'échelle exacte.
Voici les éléments principaux :
- L'église au cœur du monastère, datant du XIIe siècle et restaurée en 1878 tout en conservant son allure austère.
- Huit chapelles dont sept à l'intérieur de la clôture et une extérieure, la chapelle Notre-Dame de la Salette, accessible aux femmes.
- Une grande hôtellerie pour recevoir les prieurs lors des chapitres.
- Sept pavillons pour les officiers et un huitième pour le prieur.
- Le Grand Cloître, nom spécifique donné par les chartreux à la longue galerie reliant les cellules à l'église : ici deux côtés de 215 m de long pour desservir 35 cellules.
- Le petit cloître et la tour de l'horloge, la salle du chapitre et le vaste réfectoire voûté, « de vingt quatre mètres de long »[22], construit en 1371 et restauré suite à l'incendie de 1473.
- Et un peu à l'écart, les différentes obédiences.
  • La Correrie correspond à la maison basse et, dans les premiers siècles, hébergeait les frères. Elle disposait d'une église, d'un petit cloître desservant six cellules et abritait les communes (ateliers, écuries, granges, etc...). Elle avait une autre fonction, indirecte, celle d'arrêter là les visiteurs, afin qu'ils ne montent pas troubler le recueillement des pères. La Correrie fut elle aussi détruite par des incendies, et à chaque fois reconstruite.
Cette partie du domaine a également donné place à une draperie pour confectionner les vêtements des moines, et une imprimerie.
Par la suite, c'est là que furent soignés les chartreux malades car l'endroit était plus ensoleillé. Et au XIXe siècle, grâce à sa pharmacie, la Correrie se transforma en petit hôpital pour les civils des villages alentour.
Depuis 1957, la Correrie a été aménagée en musée. Son but n'est pas de montrer une collection complète d'objets ou d'œuvres mais plutôt d'évoquer les particularités de la vie cartusienne.


Les cartes

Quand le Révérend père Innocent Le Masson fait reconstruire la Grande Chartreuse après 1676, il demande aux autres monastères de l'ordre de lui envoyer les plans de leur maison. Cela va donner lieu à l'établissement de cartes colorées en vue cavalière, qui nous montrent que chaque chartreuse a respecté les exigences de construction définies par les chapitres généraux. La totalité des cartes était accrochée dans un long couloir au-dessus du cloître des officiers, qui s'est appelé "l'allée des cartes". Il en subsiste 79, qui ont été restaurées et classées au titre d'objet historique.

Quelques prieurs

Nom religieux Priorat Commentaires
Bruno
1084 - 1090
Fondateur
Landuin
1090 - 1100
Né en Toscane - Nommé par Bruno - Décédé le 14 septembre 1100
Pierre I
1100 - 1101
Né à Béthune - Donne sa démission - Décédé le 13 janvier 1108
Jean I
1101 - 1109
Né en Toscane - décédé le 7 octobre 1109
Guigues I
1109 - 1136
Né à Saint-Romain-en-Vivarais - Rédacteur des Coutumes de chartreuse - Décédé le 27 juillet 1136
-
Innocent Le MASSON
1675 - 1703
Né à Noyon en 1688 - D'abord prieur à Mont-Renaud et à Noyon - Fait rebâtir la Grande Chartreuse - Auteur des nouveaux "Statuts des chartreux" et d'autres ouvrages théologiques - Décédé le 31 mai 1703
-
Jean-Baptiste MORTAIZE
1831 - 1863
Né à Rabat (Ariège) - Travaille à la restauration de l'ordre après les années révolutionnaires - Demande à résigner ses fonctions en 1863 - Décédé le 15 janvier 1870
-
Dysmas de LASSUS
2014 -
Né à Versailles en 1956 - De son vrai nom Michel de LASSUS SAINT-GENIÈS - Était prieur de Portes de 2012 à 2014
x
-

Pour connaître la liste complète, consulter la page Grande Chartreuse, les prieurs.

Chartreusines

Dès le 12e siècle, commencent à se créer des chartreuses pour moniales. Au tout début, elles s'accordaient davantage de moments de vie communautaire. Mais peu à peu elles adoptèrent la même vie que leurs confrères chartreux, avec le même rythme quotidien, le même habit (différencié cependant par un voile) et la même répartition : chartreusines de cloître et moniales converses ou données.

Suite à la « décrétale periculoso »[23] publiée par le pape Boniface VIII en 1298, les chartreusines n'eurent pas le droit de sortir de leur maison. De même, aucune personne ne put y entrer sans une permission spéciale. Cette règle très stricte fut annulée par le concile de Trente en 1545.

Chaque monastère de chartreusines avait une prieure à sa tête. Mais les femmes n'ayant pas le droit d'être prêtre, et ne disposant pas des mêmes possibilités que les hommes sur le plan juridique, il fallait au minimum la présence d'un homme. Bien souvent il y eut deux pères chartreux, un vicaire et un coadjuteur dans ces chartreuses.

Les échanges oraux et visuels entre chartreux et chartreusines étant prohibés, le chœur de l'église devait être aménagé en conséquence, avec une clôture prenant la forme de grille avec volets ou rideaux, séparant le chœur liturgique pour les hommes de celui des moniales.

Patrimoine cartusien

Si les chartreuses étaient florissantes à une certaine époque, leur nombre a bien diminué au cours du temps. Actuellement seules 22 monastères dans le monde ont conservé une activité religieuse selon les principes de l'ordre. 18 maisons de chartreux et 4 maisons de chartreusines.

En France, il reste trois chartreuses de moines : La Grande Chartreuse, La Chartreuse de Portes à Bénonces, et la Chartreuse de Montrieux à Méounes-lès-Montrieux. Et un cas particulier : la Chartreuse de Sélignac à Simandre-sur-Suran qui accueille désormais des laïcs.
Il subsiste deux chartreuses de moniales : la Chartreuse de Nonenque à Marnhagues-et-Latour et la Chartreuse Notre-Dame à Reillanne.

Enfin, sur le plan architectural, il existe encore d'anciennes chartreuses, soit entières mais reconverties, comme celle du Val de Bénédiction à Villeneuve-lès-Avignon, soit sous la forme de quelques éléments comme les églises, ce qui est le cas pour la Chartreuse de Mélan à Taninges.


Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Odile CANNEVA-TÉTU, Comprendre les abbayes et les Ordres monastiques, Rennes, Éditions Ouest-France, 2019, 32 pages, ISBN 978-2-7373-7756-6
  • Georges BIDEAU, Saint Bruno, fondateur de l'Ordre des chartreux, Lyon, eise, Éditions et imprimerie du sud-est, 1958, 80 pages
  • O. BONITASI, L'Ordre des Chartreux, Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1949
  • La Grande Chartreuse par un chartreux, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 327 pages, ISBN 978-2-37288-020-6
  • Collectif d'auteurs, La Chartreuse de Mélan, (Re) faire le mur, Cinesello Balsamo, Milan, Département de la Haute-Savoie, 2020, 126 pages, ISBN 9782849970423
  • Alpes du Nord, Guide vert, Michelin Travel Partner, 2021, ISBN 978-2-06-725-088-8


Voir aussi.png Voir aussi (sur Geneawiki)

Logo internet.png Liens utiles (externes)

Référence.png Notes et références

  1. Ordre contemplatif où tous les membres vivent en communauté. Les différentes parties du monastère (appelé cœnobium) sont communes, exemple les dortoirs. On trouve dans cet Ordre les bénédictins et les cisterciens, ou encore les trappistes.
  2. Ordre également contemplatif, mais dans lequel les membres recherchent la solitude la plus complète, n'accordant qu'une part infime à la vie commune.
  3. Odile CANNEVA-TÉTU, Comprendre les abbayes et les Ordres monastiques, Rennes, Éditions Ouest-France, 2019, 32 pages, ISBN 978-2-7373-7756-6
  4. Massif montagneux situé sur la rive droite de l'Isère, entre Chambéry et Grenoble, et faisant face à la chaîne de Belledonne.
  5. Georges BIDEAU, Saint Bruno, fondateur de l'Ordre des chartreux, Lyon, eise, Éditions et imprimerie du sud-est, 1958, 80 pages
  6. Recteur et grand-maître des enseignements
  7. Georges BIDEAU, Saint Bruno, fondateur de l'Ordre des chartreux, Lyon, eise, Éditions et imprimerie du sud-est, 1958, 80 pages
  8. André, Étienne de Bourg et Étienne de Die, Guérin, Hugues dit le Chapelain et Landuin
  9. Sainte-Marie-de-la-Tour
  10. C'est à dire sans passer par le procès de canonisation.
  11. Alpes du Nord, Guide vert, Michelin Travel Partner, 2021, ISBN 978-2-06-725-088-8
  12. La Grande Chartreuse par un chartreux, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 327 pages, ISBN 978-2-37288-020-6
  13. Georges BIDEAU, Saint Bruno, fondateur de l'Ordre des chartreux, Lyon, eise, Éditions et imprimerie du sud-est, 1958, 80 pages
  14. Lieu de l'intendance, du travail et du courrier, qui a aussi fait fonction d'hôpital.
  15. Matines, messe conventuelle et vêpres
  16. La Grande Chartreuse par un chartreux, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 327 pages, ISBN 978-2-37288-020-6
  17. 23 h 30 et 00 h 15
  18. 18 h 45
  19. O. BONITASI, L'Ordre des Chartreux, Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1949
  20. O. BONITASI, L'Ordre des Chartreux, Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1949
  21. Base Mérimée
  22. La Grande Chartreuse par un chartreux, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 327 pages, ISBN 978-2-37288-020-6
  23. Collectif d'auteurs, La Chartreuse de Mélan, (Re) faire le mur, Cinesello Balsamo, Milan, Département de la Haute-Savoie, 2020, 126 pages, ISBN 9782849970423

Medaille geneawiki.png
Cet article a été mis en avant pour sa qualité dans la rubrique "Article de la semaine" sur l’encyclopédie Geneawiki.