Moulin de Pont-Minaouët

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Patrimoine.png Moulin de Pont-Minaouët

29 - Lanriec - Moulin de Pont-Minaouët .jpg

Adresse : - Lanriec

Tél : - Fax :

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Site internet :

GPS : 47.860282° / -3.877106° (GoogleMaps) ou Cassini / Satellite / IGN / Cadastre (Géoportail)

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Source : (09/2020)

Histoire.pngHistoire

Le moulin de Pont-Minaouët

  • Le Minaouet : un modeste « fleuve côtier » d’une quinzaine de kilomètres qui prend sa source aux confins de Melgven et serpente de moulin en moulin pour rejoindre la mer dans la paisible ria portant son nom. Un minaouet désignait autrefois la grosse alène recourbée utilisée dans la marine pour « fourrer » un cordage, c’est-à-dire le protéger par de la cordelette ou de la toile goudronnée aux endroits où les frottements risquaient de l’user prématurément. On appelait ainsi également une petite planche de bois percée d’un trou et servant à raidir les haubans de hune sur un voilier. Pour compliquer les choses, c’est aussi le sobriquet donné aux habitants de Locmiquélic (56). À priori donc peu de rapport avec notre rivière, bien que certains aient vu une ressemblance entre la forme de l’alène et le cours sinueux de celle-là. Et pour compliquer les choses, le Minaouet s’appelait au XVe siècle Meneouet. Quoi qu’il en soit, le nom n’en est pas moins plein de charme.
  • Un moulin royal passé de main en main

Le moulin de Pont-Minaouet était situé à une centaine de mètres en amont de l’ancien pont enjambant le fond du bras de mer et sur lequel passait jadis la route royale reliant Concarneau à Trégunc. Inutile de le chercher sur une carte, il n’en reste quasiment plus rien, si ce n’est la trace de son étang, le coursier et quelques pans de murs dans un coin de campagne heureusement préservée. Son histoire pour tant ne manque pas d’intérêt. Par lettres patentes en date du 3 mai 1687, une partie des Domaines du roi va être mise en vente. Les fastes de la cour de Louis XIV, l’entretien de ses maîtresses et les guerres ont mis à mal le trésor royal. Colbert doit absolument trouver de nouvelles sources de revenus. C’est dans ce but qu’un grand nombre de propriétés devenues fiefs du roi, mais dont l’entretien est coûteux, vont être mises aux enchères. Ce sera le cas des étangs et du four banal de Rosporden, du Moulin-au-duc à Elliant et du « Moulin de Pont-Minaouet, en la paroisse de Lanriec »[1] que tient Pierre Le Troédec. Pour 1 360 livres, le tenancier des fermes (impôts) du roi pour Quimperlé, noble homme Gabriel de La Caze, achète toutes les rentes dues au trésor royal pour ces propriétés. Mais, en 1703, le respectable « fermier » est couvert de dettes. Ses biens sont remis en vente et c’est Jacques Bausse, sieur de Coscodu et conseiller du roi à Hennebont qui se porte acquéreur des anciens droits sur les Domaines royaux de la région. Le moulin de Pont-Minaouet devient donc sa propriété sous condition de le tenir en état.

  • Le moulin et son meunier

Pour les paysans lanriécois, l’essentiel est que la petite « fabrique à farine » continue de fonctionner. En 1719, c’est Jean Le Troadec et sa mère Marie Simonou qui y travaillent. Les propriétaires en sont maintenant Jean Glémarec et Marie Auffret, de Kerandon ainsi qu’Alain Gouiffès, de Melgven. C’est une solide bâtisse en grosses pierres de taille, d’une dizaine de mètres sur cinq, couverte en ardoises, ce qui traduit une certaine aisance. Au sud et à l’ouest, parmi des rochers, deux écuries à toit de « gleds » et une autre couverte en paille. Deux ardins, une chaussée de 28 mètres barrant le vaste étang de près de 90 ares. Dans le moulin, deux jeux de meules : le « moulin blanc » en pierre de Champagne, de 4 pieds 7 pouces de diamètre et destiné au blé et au sarrasin, à côté le « moulin roux » de mêmes dimensions mais en pierre de Rouen plus rugueuse, pour l’orge et le seigle. C’est là que les plus proches fermes de Lanriec doivent obligatoirement livrer leurs récoltes. Pour salaire, le meunier prélève son « droit de moute ».

  • Meuniers de père en fils

Après Le Troadec, parti en 1721, les locataires du lieu sont Guillaume Caradec et sa femme Louise Simonou. Ces derniers exploitent déjà, depuis 1711, un autre petit moulin situé plus en amont sur la rive trégunoise du Minaouet et que l’on appelle -sans doute du nom d’un ancien meunier- le moulin du Mao. En 1730, le seigneur de Toulboudou qui en est propriétaire leur louera d’ailleurs également le Moulin-à-mer, si bien qu’ils géreront à la fois les trois « usines ». En 1735, « voulant ne plus avoir les soins de tous les moulins dont il a le maniement » Guillaume Caradec, devenu veuf, cède celui du Pont-Minaouet à son fils Jean, qui vient d’épouser Marguerite Cadoret, de Lanriec. Quelque temps après ils deviendront, à leur tour, locataires des deux autres moulins. Etre meunier du Moulin-à-mer présente un avantage non négligeable, vu sa situation : le meunier est autorisé à pêcher dans le vaste bras de mer retenu par la digue et où abondent anguilles, mulets, voire saumons, selon la saison. Jusqu’à la Révolution, vont se succéder à Pont-Minaouet, des familles que l’on retrouvera dans la plupart des moulins de la région : des Simonou, des Cozic, des Rodallec et autres Le Saux, Loussouarn, Le Pelleter, Baccon … tous apparentés et formant un véritable réseau d’alliances de moulin à moulin. Ces liens familiaux avaient, entre autres l’intérêt, en cas de panne d’une meule ou de réparation à faire en urgence, de pouvoir compter sur le moulin voisin pour assurer la moute des clients attitrés. Ainsi, en 1780, suite à une période de sécheresse persistante, le Minaouet se trouvant pratiquement à sec, François Le Rodallec eut l’idée de diriger sa clientèle vers le moulin du Rouz. Actionné par le vent, celui-ci tournait sans souci et put mettre les bouchées doubles pour assurer la tâche supplémentaire.

  • La fin d'un moulin

Avec la Révolution, disparaît le « privilège de moute », ce privilège féodal qui imposait aux cultivateurs de « suivre » tel ou tel moulin. Nombre de ceux-ci, appartenant à des nobles, sont mis en vente et rachetés par leurs locataires ou par des roturiers. Le Pont-Minaouet qui est passé, par héritage, à la puissante famille de Ploeuc, continue à procurer à celle-ci une rente que lui paient les Gouiffès, propriétaires des « édifices ». Pendant une trentaine d’années encore la roue du vieux moulin continuera d’entraîner les meules des nouvelles moissons. Les derniers meuniers seront Sylvestre Le Guiffant, René Millour, René Coadic, François Guillou. Les progrès des transports et la concurrence des minoteries industrielles vont écraser rapidement la plupart des moulins artisanaux. En 1838, les héritiers du Pont-Minaouet sont contraints de le vendre. Mis aux enchères, il trouve preneur pour 1 625 francs, une somme dérisoire dont la moitié servira à payer les créanciers et les frais divers. Chacun des héritiers ne touchera finalement, pour ce qu’ils considéraient comme un trésor, que 40 francs et 60 centimes ! En 1846, le destin de cet endroit encore imprégné des senteurs de farine va radicalement prendre un autre chemin. Le nouvel acquéreur en est le plus gros contribuable de Concarneau, enrichi grâce au commerce de la sardine pressée, Jacques Louis Duppont, dont la demeure et les ateliers font face à la Ville-close. Pour expédier dans toute la France ses poissons séchés, il lui faut toujours plus de barils. Plutôt que de devoir les acheter, autant les fabriquer soi-même. Sur les ruines du moulin, il va donc faire édifier une scierie mécanique actionnée par le courant du Minaouet. Elle fonctionnera jusqu’en 1880, à son tour supplantée par l’essor des conserveries, les boîtes de sardines à l’huile, en verre puis en fer-blanc, ayant rendu archaïque le procédé de la presse … En 1868, le docteur Balestrié, gendre de Duppont, puis les Lacaze de Kerguvelen hériteront de la propriété. Ces derniers feront construire, sur la rive gauche de la rivière, une imposante maison de maître toujours présente dans le paysage.

Article de la revue no 4 de Lanriec.com, le journal de la rive gauche de Concarneau, écrit par Michel GUEGUEN.

Au début du XXe siècle, le moulin était occupé par la famille d'un employé du propriétaire du manoir de Pont-Minaouët. Le moulin fut bombardé pendant la guerre 39-45, il ne reste depuis que des ruines.


Les meuniers

Prénom(s) NOM Période Observations
Jean LE TROADEC - 1721  
Guillaume CARADEC 1721 - 1735  
Jean CARADEC 1735 -  
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François LE RODALLEC 1780  
- -  

Illustrations - Photos anciennes.png En photos

Cadastre année 1810
Moulin de Pont-Minaouët


Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

Référence.png Notes et références

  1. On confond parfois le Moulin du Pont-Minaouet (en Lanriec et aujourd’hui disparu) qui fonctionnait uniquement grâce à l’eau du Minaouet et le Moulin-à-mer plus en aval (en Trégunc, encore debout et très pittoresque) et qui était actionné grâce à la marée.