Château de Bussy-Rabutin

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Ce château bourguignon a beaucoup évolué en fonction de ses propriétaires successifs.
De simple maison forte au Moyen Âge, il est devenu manoir au XIVe siècle, puis château d'aristocrate au XVIIe siècle.
Aménagé et décoré de façon originale par un ancien courtisan de Louis XIV en exil, il a été habilement conservé et restauré au XIXe siècle par un noble cultivé et amateur d'art, avant d'être acquis par l'État en vue de sa sauvegarde.

Façade nord du corps de logis, côté jardin, tour nord-est et aile est
Photo B.ohland

Situation

Entre Auxois et Châtillonnais, le château de Bussy-Rabutin se situe au nord-est de Semur-en-Auxois.
Visible depuis Venarey-les-Laumes et la vallée où coule le Rabutin, il est accessible par la route tortueuse de la colline menant à Bussy-le-Grand.
La propriété est entourée d'un grand mur, et le château se dresse au milieu d'un parc de 34 ha.

Historique

Pont dormant, chapelle dans la tour sud-ouest, et galerie du XVIe siècle
Photo B.ohland
  • Le terrain foncier est mentionné au début du XIVe siècle dans un acte de mariage. En 1346, un « manoir séant sur la rivière »[1] est cité. Il s'agit alors d'une maison forte avec tours carrées. Parmi les propriétaires qui vont se succéder jusqu'au XVIe siècle, figurent des membres de grandes familles bourguignonnes, tels les CHASTILLON, et les ROCHEFORT.
Parmi les ROCHEFORT, nous pouvons citer cinq générations : Jean de ROCHEFORT, dit Chandio[2] ; son petit-fils Antoine I de CHANDIO ; son fils Antoine II de CHANDIO, qui entre 1535 et 1555 transforme le château en demeure Renaissance d'influence italienne ; enfin son fils Claude de CHANDIO, qui se montre défaillant dans la gestion et laisse une bâtisse fortement dégradée à la fin de ce XVIe siècle.
  • En 1602, le domaine qui est alors une baronnie est acheté par François de RABUTIN[3], un parent éloigné. Celui-ci « en fait son patronyme »[4] : ce sera désormais la "Maison de Bussy-Rabutin".
Son fils Léonor de BUSSY-RABUTIN (1587-1645) prend la suite et entreprend des travaux, notamment la reconstruction du corps de logis principal.
À la mort de sa femme, en 1650, la demeure revient à leur enfant Roger de BUSSY-RABUTIN (1618-1693), aristocrate, homme de guerre et homme de lettres, qui en fait sa « maison d'été »[5] car il possède déjà un château à Chaseu. Il y séjourne longuement quand il se retrouve en exil et transforme la castel en château digne du "Grand siècle", avec notamment des aménagements intérieurs agrémentés d'une iconographie exceptionnelle qui en fera sa grande renommée.
Dès 1694, les quatre enfants de feu Roger prennent les choses en main, poursuivant des aménagements ou transformations. Mais ses fils, Amé-Nicolas (1656-1719), et Michel-Celse[6], n'ont pas de descendance.
  • En 1733, la propriété est vendue au noble bourguignon Étienne DAGONNEAU, conseiller au parlement. Devant prendre en compte un fils prodigue, le veuve de DAGONNEAU lègue le domaine à son cousin Denis PRÉVOST, chanoine à Rouen, sans se douter qu'il va émigrer à la Révolution.
  • En 1792, le château est mis sous séquestre, son mobilier est vendu, et les très nombreux tableaux sont déposés et dispersés. Durant les années qui suivent, la propriété est rachetée et passe de mains en mains. Mais elle se détériore peu à peu.
  • Une période plus faste se déroule de 1818 à 1832, quand le château appartient à Jacques DORNAU[7]. Il rachète les portraits éparpillés un peu partout et entreprend des travaux de sauvegarde. Après sa mort en 1832, la propriété est encore entretenue pendant trois ans par ses neveux.
  • Lors d'une licitation[8] en 1835 pour solutionner l'indivis, le tribunal adjuge le domaine au comte Jean-Baptiste César de SARCUS (1781-1875). Il axe ses travaux sur la conservation du patrimoine, et achève des décors laissés par ses prédécesseurs tout en respectant le parti-pris de Roger de BUSSY-RABUTIN.
  • Le château est classé aux Monuments historiques en 1862[9].
Félix-Hyacinthe de SARCUS (1818-1887), fils du précédent, poursuit l'œuvre de son père. Mais après sa mort, le château passe de nouveau de mains en mains.
  • Enfin, l'État acquiert le domaine en 1919 et met l'accent sur sa conservation et sa restauration. La demeure est labellisée "Maison des illustres".
Ayant participé au loto du patrimoine organisé par Stéphane BERN, le château a pu bénéficier d'une autre restauration, permettant en 2023 d'ouvrir "l'aile Sarcus" aux visiteurs.

Deux illustres propriétaires

Portrait du comte en armure de chevalier Photo B.ohland

Comte Roger de BUSSY-RABUTIN (1618-1693)

Roger de BUSSY-RABUTIN est comte de Bussy et seigneur de Chazeu (Commune de Laisy).
C'est un homme passionné par la guerre et les grands héros de son temps. Il effectue lui même une campagne militaire de quelques années.
C'est aussi un homme érudit à l'esprit vif mais piquant, qui prend facilement la plume et nous a laissé une abondante correspondance (dont une avec la marquise de SÉVIGNÉ) et quelques ouvrages. Mais cet ancien courtisan de Louis XIV, devenu un aristocrate impertinent, est mis à l'écart de la cour royale à cause de ses railleries, et emprisonné.
Une fois libéré, il se retire dans le château de Bussy, qu'il décide de personnaliser.

Pictos recherche.png Article détaillé : Pour découvrir sa biographie en détail...

Son œuvre artistique : une décoration de château hors du commun

  • Le châtelain profite de son exil pour mettre à jour sa correspondance, et pour aménager l'intérieur du château. Il se focalise sur son appartement privé, et élabore un projet de décoration pour quatre pièces.
  • Il rassemble de nombreux portraits, en privilégiant les rois de France, les hommes de guerre ou les hommes illustres, la généalogie, les galantes de la Cour. Il n'hésite pas à commander des copies à partir de gravures ou de vrais tableaux. Sa collection finit par atteindre ou dépasser le nombre de 300. Il y rajoute des éléments décoratifs : banderoles, frises ou guirlandes, avec des devises ou maximes, parfois inspirées de la mythologie.
L'usage des maximes est en effet à la mode au XVIIe siècle, en témoigne le recueil De l'art des devises, écrit par le père jésuite Pierre le MOYNE[10]. Le comte en détourne les règles habituelles pour les adapter à son esprit railleur. Par exemple, sous le portrait de Henri, duc de Rohan, maréchal François de BASSOMPIERRE, il écrit en commentaire « L'ardeur donne l'audace » ; sous le portrait d'Olivier CROMWELL, il rajoute « qui fit couper la tête au roi Charles STUART » ; ou encore, à propos de Catherine d'ANGENNES, comtesse d'Olonne, l'inscription « la plus belle femme de son temps, mais moins fameuse pour sa beauté que pour l'usage qu'elle en fit ». Et beaucoup de devises plus classiques, telles que : « Je plie mais ne romps pas », « En m'éloignant, mes liens croissent »...
Ces commentaires et devises lui permettent de relater avec humour, ou rancœur, sa nostalgie de courtisan et ses regrets d'être à l'écart de la cour. Et il s'en amuse, en parle dans ses lettres en disant de son château : « Il y a des choses fort amusantes qu'on ne trouve point ailleurs »[11].
Puis ses tableaux étant regroupés par thèmes, il les encastre dans des lambris de menuiserie, ajoutant si nécessaire des encadrements ou plinthes de liaison.


Comte Jean-Baptiste César de SARCUS (1781-1875)

  • Ce noble d'une famille picarde a côtoyé Louis XVIII en Belgique, en tant que capitaine de cavalerie. Il a aussi servi le duc de Berry et a obtenu le poste de capitaine des régiments de chasseurs de Côte-d'Or. Son mariage en 1817[12] l'amène à s'installer en Bourgogne.
Le comte est aussi un érudit qui se passionne pour l'art et la peinture. Il ne néglige pas non plus l'écriture, puisqu'il rédigera en 1854 une notice historique sur le château.
  • Après son acquisition du domaine en 1835, il se lance le défi de le faire revivre. Il redonne un coup de neuf au jardin et l'agrémente de diverses décorations. Il fait restaurer les façades du château, y fait apposer le blason familial au-dessus de l'entrée, et en renouvelle d'autres altérés par le temps. Il restaure totalement la galerie des rois et la complète de tableaux. Il retravaille aussi la décoration de la chambre de BUSSY-RABUTIN. Il se plait à rajouter de nouvelles devises ou inscriptions, en prenant bien soin de respecter le style de son prédécesseur. D'autres améliorations sont répertoriées dans sa notice historique, et certains historiens estiment qu'il a tout autant contribué à la richesse du château que Roger de BUSSY-RABUTIN, et ce avec « le goût d'un artiste »[13].
  • C'est le comte de SARCUS qui fait classer le château aux Monuments historiques.
  • À sa suite, son fils Félix-Hyacinthe de SARCUS continuera à enrichir les collections. Les SARCUS auront donc laissé une fière trace de leur passage.

Présentation du château

Architecture extérieure

Cour d'honneur et façade sud du corps de logis, remaniée du temps des SARCUS
Photo B.ohland

Le château présente une structure en U avec quatre tours rondes trapues aux angles. Il est encore entouré de douves et l'accès à la cour d'honneur se fait par un pont dormant à balustres en pierre. Les différentes parties ne présentent pas toutes la même architecture.
Les deux ailes latérales ont conservé leurs galeries du XVIe siècle. De type Renaissance, elles comprennent cinq arcades en anse de panier, surmontées d'un étage avec fenêtres classiques régulièrement alignées. Le tout est rehaussé d'entablements très travaillés : frises avec guerriers, grotesques, putti et rinceaux...
Le corps de logis principal arbore deux façades totalement différentes. Celle donnant sur le jardin est tout à à fait classique : deux étages rythmés par des fenêtres rectangulaires bien superposées, et un étage de combles avec lucarnes rectangulaire bien alignées avec les fenêtres. La façade donnant sur la cour d'honneur est entièrement différente tant elle a été ouvragée, et son ordonnancement fait penser à celui du château d'Ancy-le-Franc. En effet, les fenêtres du premier niveau sont rectangulaires mais alternent avec des niches en cul-de-four, les fenêtres de l'étage présentent alternativement des frontons arrondis et triangulaires et sont séparées par des niches ovales, enfin le niveau des combles présente des lucarnes aux frontons tantôt arrondis, tantôt triangulaires, avec un rythme inversé par rapport aux fenêtres du dessous. Toute la façade est encore agrémentée de moulures ou de pilastres donnant du relief à l'ensemble.
Un perron de trois marches mène à la porte d'entrée, en plein cintre, surmontée des armoiries des SARCUS.
Les tours n'ont pas toutes la même fonction. La tour sud-ouest, avec trois baies arrondies, comprend la chapelle.
Enfin, l'ensemble du château est unifié par une toiture en ardoise sombre qui met en valeur les façades claires.

Différentes salles

La salle des devises. Située au rez-de-chaussée, c'est elle qui fait la particularité et la renommée du château. Mais les devises ne sautent pas aux yeux, car nous sommes d'abord impressionnés par les décors entourant les tableaux, et le grand portrait du maître des lieux trônant au-dessus de la cheminée. Cette pièce, maintes fois remaniée, semble inachevée : au niveau inférieur, des panneaux avec devises sont restés vides de portraits.
La salle des hommes de guerre. Là sont rassemblés 65 portraits de héros de guerre. Tous à peu près de la même taille, avec un fond sombre, et rigoureusement alignés, ils donnent une certaine solennité à la pièce. Solennité tempérée par le décor clair et doré du soubassement[14] et du plafond à caissons.
La galerie des rois. Le comte de SARCUS a largement étoffé cette galerie. On y comptait 78 portraits d'hommes d'état, de Hugues CAPET à Charles X. Depuis certains ont été retirés pour faire place à des portraits de membres du duché de Bourgogne, de la famille des Bourbons, de cardinaux, ou encore de philosophes. On y trouve aussi des effigies de sybilles. Le tout est moins ordonné que dans la salle des hommes de guerre.
La chambre de Bussy-Rabutin. Elle s'appelait autrefois "chambre de Madame de SÉVIGNÉ" en raison de la présence de plusieurs tableaux représentant la marquise ou sa fille. Son ameublement et sa décoration ont été remaniés et sont assez récents. Elle présente surtout des portraits de femmes.
La tour dorée. Il s'agit d'un salon, aménagé dans la tour nord-ouest, qui a des airs de ressemblance avec le cabinet des dames de Versailles. Le comte de Bussy y est représenté en tenue d'empereur romain et est entouré de plusieurs portraits de galantes de la cour (accompagnés de commentaires acerbes). Le plafond de la pièce est vivement décoré et comporte en son centre les armoiries de la Maison de BUSSY-RABUTIN.
L'appartement de Sarcus. Les deux pièces de l'appartement (chambre et antichambre) sont plus sobres, traitées dans un style Charles X, et accueillent des bibliothèques ainsi qu'un tableau de La Belle Ferronnière, peint en 1810 par le comte Jean-Baptiste César lui-même.
La salon de la tour. Disposé dans la tour nord-est, le salon est entièrement tapissé d'une indienne avec un motif végétal et ne comporte qu'un seul tableau.


Chapelle

Baies et voûte gothique
Photo B.ohland
Autel et retable sculpté de la chapelle
Photo B.ohland

Elle occupe la tour sud-ouest et est bien éclairée par ses trois hautes baies.
Sa voûte est traitée dans un style gothique flamboyant.
L'autel arbore une imitation de menuiseries en faux-marbre et est rehaussé d'un retable en haut-relief mettant en scène La Résurrection de Lazare.
Un tableau sur la droite du grand tableau central représente La Sainte Famille et saint Jean-Baptiste. Un cachet le date de 1797 et pourrait attester d'un achat en Italie.

Jardins et dépendances

La propriété occupe 34 hectares. Le château, comme beaucoup d'autres, est donc entouré d'espaces de verdures et de dépendances.
Parmi les dépendances, outre les bâtiments communs habituels, figure un colombier à pied, muni à l'intérieur d'une échelle tournante permettant d'accéder aux boulins en hauteur. Dans la partie nord du parc, deux glacières sont semi-enterrées.
Les espaces de verdure sont variés : potager et verger, parterres fleuris, bosquets de charmilles, labyrinthe végétal, le tout agrémenté d'un pédiluve, d'une fontaine avec cascade, de pièces d'eau et de statues.

Illustrations - Photos anciennes.png En photos

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Dépliant de visite et panneaux sur le site
  • Judith KAGAN, conservateur général du patrimoine, Le château de Bussy-Rabutin, collection "Itinéraires", Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012, 64 pages, ISBN 678-2-7577-0239-0

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Référence.png Notes et références

  1. Judith KAGAN, conservateur général du patrimoine, Le château de Bussy-Rabutin, collection "Itinéraires", Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012, 64 pages, ISBN 678-2-7577-0239-0
  2. Jean de CHANDIO (ca 1450,1501) prend le nom de ROCHEFORT par son mariage avec Jeanne de ROCHEFORT en 1499. Chevalier et écuyer de Louis XI, il est aussi conseiller et panetier de la chambre du roi.
  3. Né vers 1645, décédé en 1618. Il est chevalier de l'ordre du roi et maréchal de camp. Seigneur de Vaux et d'Épiry, il est également député du bailliage d'Autun aux états généraux de 1598 à Blois.
  4. Dépliant de visite
  5. Judith KAGAN, conservateur général du patrimoine, Le château de Bussy-Rabutin, collection "Itinéraires", Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012, 64 pages, ISBN 678-2-7577-0239-0
  6. Né en 1669, décédé en 1736. Abbé commendataire des abbayes de Bellevaux et Flavigny, il devient ensuite évêque de Luçon. Il est aussi membre de l'Académie française.
  7. Directeur des Postes, spéculateur, maire de Bussy et conseiller général.
  8. Vente aux enchères
  9. Base Mérimée
  10. Né en 1602, décédé en 1672. De confession jésuite, il a enseigné les humanités et la philosophie à Reims. Également poète, il a écrit de nombreuses œuvres, plus ou moins épiques. La première, en 1653, était consacrée à saint Louis et a assis la notoriété de l'écrivain.
  11. Judith KAGAN, conservateur général du patrimoine, Le château de Bussy-Rabutin, collection "Itinéraires", Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012, 64 pages, ISBN 678-2-7577-0239-0
  12. Il épouse Bénigne-Victoire ESPIARD de MÂCON (1783-1864)
  13. Judith KAGAN, conservateur général du patrimoine, Le château de Bussy-Rabutin, collection "Itinéraires", Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 2012, 64 pages, ISBN 678-2-7577-0239-0
  14. Le soubassement comprend de nombreux monogrammes enlacés de Roger de BUSSY-RABUTIN et de Madame de MONTGLAS, ainsi que des palmes ou des étendards.


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