Château d'Ancy-le-Franc

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Façade nord avec entrée d'honneur (entrée actuelle) Photo B.ohland



Historique

  • À cet emplacement existait déjà au XIIe siècle un château-fort appartenant aux seigneurs du lieu : la famille d'Ancy. Château qui passa vers 1390 aux mains des sires de Plancy, et dont une tour subsista jusqu'à la fin du XVIe siècle.
En 1509, cependant, le domaine d'Ancy est vendu à la comtesse de Tonnerre : Antoinette de la Trémoille[1].
Buste de Philibert de Clermont-Tonnerre, dernier de cette famille à avoir vécu au château
Photo B.ohland


  • Un de ses petits-enfants, Antoine III de Clermont-Tallard[2], ajoute à son statut de noble un lien avec la famille royale puisqu'il épouse Françoise de Poitiers, sœur de la célèbre Diane de Poitiers. Il est aussi fortuné et passionné par les arts. Il décide en 1541 de faire construire un grand château, presque un palais, car il rêve d'y accueillir le roi. Mais il n'a pas la chance de voir l'achèvement de son projet, car il décède en 1578. C'est son petit-fils Charles-Henri de Clermont-Tonnerre[3] qui fait poursuivre les travaux.
Le château va rester dans la même famille pendant deux siècles. Et, en 1674, Louis XIV et toute sa cour y font une halte en revenant de Franche-Comté.
  • En 1683, les Clermont-Tonnerre sont contraints de vendre leur domaine. Le château est acquis par Michel Le Tellier de Louvois[4], ministre de Louis XIV, qui fait construire de grands communs et agrémente l'extérieur d'un jardin à la française conçu par Le Nôtre. Le château passe ensuite à l'aîné des enfants de Louvois.
  • Le domaine revient dans la famille des Clermont-Tonnerre, en 1844, par le biais de Gaspard Louis Aimé[5], un descendant d'Antoine III. Puis il sera vendu en 1940 aux princes de Mérode (neveux du dernier duc de Clermont-Tonnerre, Philibert), et enfin à d'autres familles.
  • L'année 1980 marque le début d'une période sombre. Le château est cédé, son mobilier « vendu aux enchères »[6].
  • Enfin, il est racheté en 1999 par la société Paris Investir qui finance une restauration de grande ampleur.
Le château est classé aux Monuments historiques en 1983[7], classement confirmé en 2003.


Présentation générale

Maquette. Façade Est donnant sur le parterre fleuri Photo B.ohland

Antoine III de Clermont-Tonnerre fréquente assidûment la cour de François Ier et rêve de construire un palais luxueux dans le style de l'époque.
Il choisit donc pour architecte Sebastiano SERLIO[8], célèbre pour ses réalisations italiennes et françaises (dont l'hôtel du grand Ferrare à Fontainebleau).

Situé au cœur d'un terrain de 50 hectares, à proximité de l'Armençon et du canal de Bourgogne, le château d'Ancy-le-Franc est en effet typique de la Renaissance, et est considéré comme « l'un des plus beaux parmi les nombreux palais construits à cette époque »[9].
Dans un de ses écrits, la marquise de Sévigné le qualifiera de « construction française "in costume italiano" »[10].

Par ailleurs, ce château est l'un des premiers à être tracé sur des plans, avant d'être élevé.

Architecture homogène

Cour d'honneur Photo B.ohland
  • La silhouette qui se dessine est forte de simplicité : un carré formé de quatre pavillons d'angle reliés par quatre ailes identiques. Son ordonnance reste sobre : deux étages et combles pour les ailes, trois étages et combles pour les pavillons d'angle. La similitude des quatre façades, sans escalier d'honneur, ne laissait pas repérer du premier coup d'œil où se situait l'entrée, à fortiori après démolition du pont levis et du pont dormant. L'entrée avec perron côté parterre n'a été ouverte qu'au XIXe siècle.
La toiture en ardoise est agrémentée de lucarnes.
  • La cour d'honneur carrée est traitée avec davantage de décoration. L'architecte italien y a utilisé « la travée rythmique »[11], en alternant de façon régulière les arcades pour les ouvertures avec des niches encadrées de pilastres aux chapiteaux sculptés. Au-dessus des niches figurent des plaques en ardoise avec la devise des Clermont-Tonnerre : « Si omnes ego non » signifiant "Si tous t'ont renié, ce n'est pas mon cas", signe de la fidélité de cette famille au pape bourguignon Calixte II[12]. Cette fidélité est aussi à l'origine des armoiries des Clermont-Tonnerre[13].
  • Sebastiano SERLIO décède en 1554 et n'a pas le temps de finir le château (dont la construction s'est étalée sur dix ans mais la décoration sur presqu'un siècle). C'est alors l'architecte Pierre LESCOT qui poursuit son œuvre, en respectant les plans d'origine.


Communs et jardins

  • Les communs ont été rajoutés au XVIIIe siècle. Leurs bâtiments ne sont pas dispersés sur le domaine mais sont rassemblés dans une configuration en U, d'allure classique et homogène. Ils comprenaient bien sûr les écuries et toutes sortes d'ateliers.
  • Déjà à l'époque d'Antoine III de Clermont-Tallard, il existe un jardin bien dessiné, ordonnancé autour d'allées régulières et d'arbres plantés de façon symétrique. Mais il n'y a pas de fleurs, c'est le potager qui prime.
Quand LOUVOIS acquiert le château au XVIIe siècle, il sollicite le célèbre paysagiste Le NÔTRE pour créer un jardin "à la française".
Au siècle suivant, l'espace est transformé en "jardin à l'anglaise", alors à la mode. Au-delà, le parc s'étire vers un cours d'eau et un étang, et une petite "folie" y est installée.
En 2018, le parterre oriental est remanié. Il reproduit, agrandi cent fois, un des motifs des boiseries de la chambre des fleurs : « deux roses, une tulipe et une anémone »[14].


Décoration intérieure

Le château présente une profusion de décorations, que ce soit au niveau des plafonds, des murs, des sols ou du mobilier. Chaque propriétaire ayant apporté sa touche personnelle au fil du temps, l'ensemble est très varié.

  • Les plafonds sont traités de diverses manières : certains à poutres apparentes, d'autres à caissons, ou d'autres recouverts de peintures, comme celui de la chambre de Diane.
  • Les sols sont soit parquetés, soit recouverts de dallage en marbre.
  • Sur les murs, aucune tapisserie mais des peintures de toutes sortes. Le château d'Ancy-le-Franc est d'ailleurs « le château français qui compte le plus de peintures murales des XVIe et XVIIe siècles, juste après Fontainebleau »[15]. Ces peintures témoignent de deux époques différentes. Antoine III s'est adressé à des peintres italiens de l'école de Fontainebleau, le Primatice, Nicolo dell'Abate et « Ruggiero de Ruggieri »[16]. Une cinquantaine d'années plus tard, son petit-fils Henry a fait appel à la seconde école de Fontainebleau, dont Nicolas de Hoey.

Quelques pièces particulières

Le château compte quatre escaliers, plus de 150 pièces réparties sur trois niveaux. À cela se rajoutent des caves voûtées. Le premier étage, appelé "étage noble" comprenait trois appartements : pour le comte, pour la comtesse, et pour le roi s'il venait à passer. Chaque appartement était composé de trois pièces : l'antichambre, la chambre et un cabinet.
Par la suite les pièces se sont diversifiées, et leur destination aussi.

La salle des gardes, qui servait de salle de réception et où le comte rendait la justice, occupe une surface de 200 m2 et a été décorée pour accueillir le roi Henri III. La cuisine est également très vaste.

  • La chapelle Sainte-Cécile s'élève sur deux niveaux et est voûtée en berceau. Ses peintures, dont certaines en trompe-l'œil, se regroupent autour du thème des pères du désert. De la fin du XVIe siècle, elles sont dûes à un peintre bourguignon : André MÉNASSIER.
  • La salle de Diane offre des voûtes et des murs directement inspirés de l'art italien. Ses peintures datant de 1578 ont été restaurées récemment.
  • La galerie de Pharsale est célèbre. Ses longs murs s'étirant sur 32 mètres présentent des scènes de guerres dans des tonalités ocres, illustrant la bataille de Pharsale entre Jules César et Pompée. Dans cette salle figurent également de nombreux bustes d'empereurs antiques sur des piédestaux en bois sculpté.
  • La galerie de Médée arbore un pavement coloré et des murs plus clairs, à dominante blanc et gris, avec des médaillons ovales.
  • La bibliothèque comportait autrefois près de 3 000 volumes.
  • Dans sa chambre (devenue chambre des arts), le comte Antoine III a fait représenter en peinture les sept arts libéraux de l'Antiquité, lesquels sont entourés de divers animaux ou "grotesques". Quant au plafond, il met en scène les douze signes du zodiaque.


  • La chambre de la comtesse a été transformée en 1622 par un arrière petit-fils, François, pour son épouse Anne-Marie VIGNER, âgée de 17 ans. Le choix s'est porté sur des fleurs, et les caissons des boiseries en présentent 35 espèces différentes.
  • Le cabinet du Pastor Fido est entièrement lambrissé, avec des peintures en haut des murs. Et il présente un magnifique plafond Renaissance.
  • Une autre chambre est décorée de peintures maniéristes de la fin du XVIe siècle, résumant l'histoire de Judith.


Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Dépliant-guide de visite
  • Mathilde Bonte-Joseph, Céline Chollet, Ancy-le-Franc raconté aux enfants, Paris, Les Éditions du palais, 2011, 32 pages, ISBN 9791090119062
  • LE GUIDE VERT Bourgogne, Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2021, 561 pages, ISBN 978-2-06725-070-3

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Référence.png Notes et références

  1. Née en 1455 du couple Louis Ier de la Trémoille et Marguerite d'Amboise. Elle épouse en 1473 Charles de Husson, comte de Tonnerre. Ce couple aura six enfants
  2. Né en 1498, décédé en 1578. Troisième du nom, seigneur d'Ancy, comte de Clermont-en-Viennois. Il est également grand maître et général réformateur des eaux et forêts, ainsi que gouverneur du Dauphiné.
  3. Né en 1571, décédé en 1640. Proche du roi Henri IV puis de Louis XIII. Il est lieutenant-général en Bourgogne, chevalier des ordres du roi et pair de France. Il est également bailli d'Auxerre et dote la cité de nombreux édifices religieux.
  4. Né en 1641, décédé en 1691. Il est secrétaire d'état, surintendant des bâtiments et ministre de 1893 à sa mort.
  5. Né en 1779, décédé en 1865. Polytechnicien, maréchal de camp et pair de France. Il est ministre de la guerre, ainsi que de la Martine et des colonies. Il est également conseiller général de l'Eure.
  6. LE GUIDE VERT Bourgogne, Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2021, 561 pages, ISBN 978-2-06725-070-3
  7. Base Mérimée, château
  8. Né à Bologne en 1475, décédé en 1554. Il est non seulement architecte et sculpteur, mais aussi peintre. Il est également auteur d'un traité d'architecture.
  9. Mathilde Bonte-Joseph, Céline Chollet, Ancy-le-Franc raconté aux enfants, Paris, Les Éditions du palais, 2011, 32 pages, ISBN 9791090119062
  10. Site officiel
  11. LE GUIDE VERT Bourgogne, Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2021, 561 pages, ISBN 978-2-06725-070-3
  12. Pape que la famille des Clermont-Tonnerre a aidé à rétablir sur le siège épiscopal au XIIe siècle.
  13. Puisque figurent sur leur blason les clés de saint Pierre et la tiare pontificale.
  14. LE GUIDE VERT Bourgogne, Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2021, 561 pages, ISBN 978-2-06725-070-3
  15. Mathilde Bonte-Joseph, Céline Chollet, Ancy-le-Franc raconté aux enfants, Paris, Les Éditions du palais, 2011, 32 pages, ISBN 9791090119062
  16. Site officiel du château


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