Carillon de Taninges

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Cloches et transmissions Photo B.ohland

Le carillon de Taninges est un élément fort du patrimoine de la cité jacquemarde. Car non seulement il égrène ses ritournelles chaque semaine, mais on peut le visiter, découvrant ainsi l'instrument, l'habileté du carillonneur et, avec quelques marches supplémentaires, toutes les cloches du carillon.
Il suffit pour cela de gravir les 127 marches du clocher qui, de plus, a été aménagé en musée de l'art campanaire et de l'harmonium (seul lieu de ce type en Europe).

De la cloche au carillon

  • Dès le Moyen Âge germe l'idée d'assembler et d'accorder plusieurs cloches ensemble, afin d'obtenir une composition mélodieuse.
À l'origine, les cloches se limitent au nombre de quatre, d'où le nom latin de "quaternio" (ou "quatrinio" en latin populaire).
Au XIIIe siècle l'appellation latine se transforme en quarregnon, à l'origine du mot carillon.
Au fil du temps, le nombre de cloches d'un carillon se met à augmenter. De nos jours, le carillon français comportant le plus grand nombre de cloches, 70, est celui de Chambéry.
  • Définition :
Un carillon est donc un instrument de musique comprenant plusieurs cloches, accordées à différentes fréquences. Leurs battants sont actionnés par des mécanismes (appelés transmissions) reliés à un clavier manuel, doté parfois de pédales. Le clavier à manettes, appelé aussi "clavier à coup de poing", n'a rien à voir avec un clavier de piano et requiert les compétences d'un carillonneur.
Le développement des carillons et le savoir-faire des carillonneurs ont donné naissance à l'art campanaire.

Historique du carillon de Taninges jusqu'en 1984

Clocher de l'église abritant le carillon Photo B.ohland
Clavier originel, de 1939
Photo B.ohland
  • Le clavier originel, en chêne, et prévu pour être relié à 30 cloches, est construit en 1939 et est destiné à la ville de Reims, mais le curé destinataire le refuse.
L'abbé BASTARD-BOGHAIN officiant alors dans la paroisse jacquemarde[1], et qui travaille sur ce projet depuis trois ans, propose une souscription publique pour pouvoir l'acheter. L'instrument prendra place dans le clocher de l'église Saint-Jean-Baptiste, le plus haut clocher de Haute-Savoie.
Faute de moyens suffisants, l'acquisition se limite alors à quinze cloches. Elles proviennent des fonderies PACCARD[2], totalisent un poids de 1440 kg, et sont amenées le 7 août 1939. L'installation dure une semaine et le carillon est inauguré le 15 août. Dans son petit discours, l'abbé exprime entre autres : « Tel qu'il est, ce carillon se suffit, [...] mais il peut être augmenté surtout vers l'aigu ».
  • Très rapidement, une seizième cloche est installée, et pas des moindres. Elle date de 1767 et se trouvait à l'origine dans la Chartreuse de Mélan. Disparue au moment de la Révolution, elle a été retrouvée par hasard dans l'église de La Muraz. La commune de Taninges propose alors une autre cloche de même poids en échange. Cette cloche, de 350 kg, est classée au titre des objets historiques[3].
  • La carillon était essentiellement utilisé pour les cérémonies de baptêmes et de mariages, ainsi que pour les fêtes religieuses.
Mais après le départ en retraite de l'abbé BASTARD-BOGHAIN en 1967, l'instrument est délaissé, se dégrade au point de devenir injouable, et finit par être oublié, jusqu'en 1984...


Renaissance

Face avant du clavier actuel
Photo B.ohland
Face arrière Photo B.ohland
  • Quelques Jacquemards se passionnent pour ce carillon et sa préservation. Avec le soutien de divers acteurs locaux, du Ministère de la Culture et des médias, ils créent une association en 1984. Son but étant de restaurer l'instrument et, si possible, de le compléter.
  • En 1986 les liaisons mécaniques entre le clavier et les cloches sont remises en état.
Trois ans plus tard, cinq nouvelles cloches de fréquence aigüe sont commandées à la fonderie PACCARD. Elles sont bénies le 28 mai 1989.
Avec maintenant 21 cloches, le carillon est alors le seul de ce niveau dans la vallée du Giffre, le second au niveau du département, et se place au 5e rang dans la région Rhône-Alpes.
  • En 1996, après une visite du Ministère de la Culture et ses encouragements, l'association décide d'aller encore plus loin. En 1997, les liaisons sont remplacées par un système plus souple en vue d'augmenter le nombre de cloches. En 1998, arrivent cinq nouvelles cloches, grâce à de généreux dons. Elles sont donc maintenant au nombre de 26.
  • La même année, un clavier d'étude électronique (copie conforme de l'originel) est installé pour permettre la formation de carillonneurs. En même temps est créée la première école musicale de carillon de Haute-Savoie.
  • L'année 1999 voit se réaliser une cabine avec volets roulants pour protéger l'instrument, de même qu'un aménagement de la salle pour les visiteurs. Puis trois nouvelles petites cloches, de la fonderie EIJSBOUTS[4] sont achetées et installées, ce qui porte le nombre total à 29
En l'an 2000, est installée une trentième cloche, offerte par Bouygues Télécom en hommage à l'abbé BASTARD-BOGHAIN. Le carillon est ainsi porté à deux octaves et atteint un poids de 2377 kg.


Évolution depuis 2000

  • Le clavier a été remplacé par un nouveau, au standard mondial des carillons, et plus silencieux. Les cloches ont été réorganisées dans le but d'acquérir huit exemplaires supplémentaires. Cela afin d'arriver au niveau de trois octaves.
  • Suite à de nouvelles acquisitions, le nombre de cloches est ensuite passé à 40. Puis en 2018, quatre nouvelles se sont rajoutées.
Avec 44 cloches, le carillon de Taninges est désormais le plus grand du département, et le seul à être équipé d'une petite salle avec gradins, pour organiser démonstrations ou concerts.
  • En été, le carillon sonne tous les jeudi matin, lors du marché. Des visites ont lieu toutes les semaines. et plusieurs concerts ont lieu dans l'année, avec carillonneurs renommés.

Composition du carillon

Sur le site, une affiche nous détaille la composition du carillon jusqu'à fin 2005.
Les 40 cloches y sont répertoriées avec leurs caractéristiques.
En voici trois exemples :

Année Prénom Note Octave Poids en kg Diamètre en m Fonderie Inscriptions
1767
Antoinette-Marie-Thérèse
Si
3
350
0,79
Louis LÉONARD[5]
Il s'agit de la cloche classée au titre d'objet historique.
Sur la couronne, une inscription latine atteste sa date et sa provenance de la Chartreuse de Mélan. Traduction en français : « L'an du seigneur 1767 au mois de septembre, me bénissait D. Amédée Collonges. Mon parrain était vénérable Père Dom Antoine Callas, visiteur de la province, ma marraine vénérable Mère Marie-Thérèse de Menthon, prieure. C'est pourquoi je m'appelle Antoinette-Marie-Thérèse, et j'invite nuit et jour, les âgées avec les plus jeunes à louer le nom du seigneur. »
1939
Marie-Noël
Sol
4
87,5
0,54
PACCARD[6]
Groupe noëliste de Taninges
2005
Do
7
14
0,22
EIJSBOUTS[7]
Année 2005 - À tous ceux qui ont permis que ce carillon passe de 15 à 40 cloches



Pictos recherche.png Article détaillé : Pour découvrir les caractéristiques des 40 premières cloches du carillon....



Anatomie d'une cloche

Clohe Antoinette-Marie-Thérèse, 1767, classée au titre d'objet historique
Photo B.ohland

Qu'il s'agisse d'une simple clochette ou d'un gros bourdon, le principe reste le même, les quelques éléments de fabrication aussi.
La cloche elle-même, bien que d'une seule pièce, présente différentes zones auxquelles les fondeurs et spécialistes de l'art campanaire ont donné un nom spécifique.
Voici un petit lexique pour s'y retrouver :

- Les anses : groupe d'anneaux servant à suspendre la cloche
- L'onde (ou la calotte) : partie supérieure du vase supportant les anses
- La couronne : partie supérieure de la cloche, souvent ornée d'inscriptions et de motifs
- La faussure : partie moyenne du vase, correspondant à la courbure la plus prononcée
- Les filets : zone sous la faussure, présentant très souvent des lignes en relief et de riches décors
- La panse (ou bord) : partie inférieure de la cloche, la plus épaisse du vase, prévue pour réceptionner la frappe du battant
- La pince (ou lèvre) : onde de base de la cloche, faisant la jonction entre l'extérieur et l'intérieur
- Le cerveau : calotte à courbure hémisphérique destinée à supporter le battant
- La bélière : anneau fixé au cerveau, permettant la fixation du battant
- Le brayer (ou baudrier) : lien en cuir épais pour fixer le battant à la bélière
- Le battant : tige de fer forgé, renflée à sa base, qui va faire vibrer la cloche en la frappant au niveau de la panse
- L'œil du battant : trou réalisé dans le battant pour pouvoir y passer le brayer


Art de l'accordage

  • Une cloche est un instrument de musique à elle toute seule. Elle correspond en effet à une note de la gamme, déterminée dès sa fabrication par des critères techniques comme son diamètre, sa taille et son poids. Ainsi, plus une cloche est grosse, plus le son est grave.
Mais lorsque le battant vient faire vibrer la cloche, ce n'est pas une seule note qui est émise, mais un son dominant, dit fondamental, et des sons secondaires, dits harmoniques. Ses sons se combinent entre eux et forment un arpège[8].
  • C'est en jouant sur les différents harmoniques que l'accordeur va affiner le timbre de chaque cloche. Pour cela, il va enlever la juste dose de matière en meulant progressivement l'intérieur de la cloche, ce qui fera baisser sa note (augmenter une note n'étant pas possible). Les accordeurs talentueux se fient à leur oreille, mais d'autres peuvent s'aider d'un spectre électronique.
Il faut que cela "sonne juste", à fortiori pour un carillon de plusieurs cloches. C'est ainsi que des fondeurs maîtrisant l'art de l'accordage sont devenus facteurs de carillons.
  • Une cloche n'est accordée qu'une seule fois dans sa vie.

Quelques carillons en France

Ville Lieu Date de création Nombre de cloches Poids total en kg Commentaires
Carillon de Chambéry
Château des Ducs de Savoie
1937 (originel) 1993 (actuel)
70
41 000
Le plus grand carillon de France
Carillon de Dijon
Cathédrale Sainte-Bénigne
1960 - 1980
63
21 000
Manuel et automate
Carillon de Douai
Beffroi de l'hôtel de ville
1391 (originel) 1954 (actuel)
62
18 000
Manuel et automate
Carillon de Châlons-en-Champagne
Collégiale Notre-Dame-en-Vaux
1863
56
3 745
Cylindre
Carillon de Pamiers
Cathédrale Saint-Antonin
1863 agrandi en 1986
49
4 150
Manuel et automate


Divers


Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Visite du carillon et panneaux d'information sur le site

Voir aussi.png Voir aussi (sur Geneawiki)

Logo internet.png Liens utiles (externes)

Référence.png Notes et références

  1. Gentilé des habitants de Taninges
  2. Localisées à Annecy
  3. Base Palissy
  4. Aux Pays-Bas
  5. Fondeur à Morteau (Doubs)
  6. Fondeur à Annecy
  7. Pays-Bas
  8. Accord résultant d'une succession de notes

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