62899 - Wissant

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Wissant
Blason deWissant
Informations
Pays Portail-regionalisme-FRA.png    France
Département 62 - Blason - Pas-de-Calais.png    Pas-de-Calais
Métropole
Canton Blason Desvres-62268.png   62-22   Desvres

Blason en attente.png   62-36   Marquise (Ancien canton)

Code INSEE 62899
Code postal 62179
Population 896 habitants (2018)
Nom des habitants Wissantois(es)
Superficie 1 279 hectares
Densité 70.05 hab./km²
Altitude Mini : 0 m
Point culminant 158 m
Coordonnées
géographiques
50.886111° / 1.663611° (GoogleMaps) Cassini
Satellite / IGN / Cadastre (Géoportail)
Localisation (avant 2015)
          Arrondissement                 Canton                 Commune      ?
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Histoire.png Histoire de la commune

Les temps paléolithiques

Les territoires formant Wissant et son arrière pays sont habités bien avant que le village ne soit fondé. Les trouvailles archéologiques témoignent d’une première occupation par des populations de chasseurs du Paléolithique (900 000 à 10 000 ans avant notre ère).

La dune d’Aval, située actuellement au sud du village, a ainsi livré un ensemble d’objets frustres taillés dans le galet marin à savoir des nucléus, des galets aménagés et des pointes grossières. Un matériel similaire a été découvert à la Motte du Bourg.

Autre site datable du paléolithique : celui situé aux abords de la villa le Typhonium, au lieu-dit la Motte des Croquets. Vers 1910, quatre haches dites acheuléennes ont ainsi été mises à jour.

Elles remontent au Paléolithique inférieur. Il s’agit en fait de bifaces dont un est de très belle taille : 31 centimètres, pour un poids d’un kilo six cents grammes. Nommé La Wissantaise, il représente l’un des plus grands exemplaires connus en France. Bien que la situation stratigraphique de ces trois grands bifaces soit difficile à préciser, le gisement semble installé dans un lambeau de terrasse pléistocène. On peut lui rattacher la découverte dans les années 1960 d’un cinquième biface, à l’extrémité est du Typhonium.

Toutefois les vestiges paléolithiques les plus anciens et les plus importants sont des restes osseux mis à jour au XIXème siècle. Le matériel présente un état de fossilisation avancé pour des vestiges quaternaires ; il a été de plus brisé anciennement et roulé. Malgré tout, excepté un andouiller et deux bases de merrain qui évoquent un grand cerf, la cinquantaine de gros fragments récoltés appartiennent à deux espèces : l’éléphant (elephas meridionalis) et l’hippopotame (hippopotamus major). Ils se trouvaient dans une masse énorme de graviers fluviomarins, au niveau de la carrière du Fart, à proximité de la Motte au Vent. Notons que les restes fauniques ont été découverts un peu au-dessous de la côte 0. Ce niveau serait en rapport avec le début de la phase de transgression marine Günz-Mindel (environ 500 000 ans). La mer se serait alors élevée jusqu’à l’altitude de 13 mètres au moins.

L’ensemble de ces trouvailles archéologiques sur le communal témoigne ainsi de la richesse de Wissant dans le domaine du Paléolithique inférieur (dit aussi ancien) ou du début du Paléolithique moyen, soit la période 500 000-200 000 ans avant notre ère.

Au contraire, la dernière phase du Paléolithique, dite supérieure, n’a livré pour l’instant aucun vestige à Wissant. Il n’est rien d’étonnant en ce sens que le Paléolithique supérieur correspond au maximum de froid lors de la dernière glaciation. Du fait de ces conditions climatiques extrêmes, la France septentrionale a dû être à peu près désertifiée.

L'église}

Les temps mésolithiques

La période Mésolithique (approximativement 9000-4000 ans avant J.C.) marque également Wissant. Elle correspond à la transition entre l’époque des derniers grands chasseurs paléolithiques et celle des premiers agriculteurs. Les populations gardent les caractéristiques de vie de celles du Paléolithique : nomadisme, chasse, pêche et cueillette. Elles s’installent de préférence sur les sols sableux.

C’est durant cette période que le climat interglaciaire évolue progressivement vers l’actuel. La Manche se reconstitue alors peu à peu tandis que les forêts succèdent aux steppes. Les groupes humains restent toutefois assez peu nombreux, ce qui rend les sites assez rares. L’on en retrouve un au lieu-dit usine à chicorée, à la sortie du village vers Tardinghen, qui se prolonge jusqu’à la Motte du Bourg. L’on y trouve une station mésolithique homogène qui présente dans le labour plusieurs concentrations de matériel lithique : nucléi à lames, troncatures, encoches, micro-burins, grattoirs et pointes de flèches.


Les temps néolithiques

A partir du Ve millénaire avant notre ère, soit le commencement du Néolithique, l’ensemble du nord-est de la France entre dans une profonde phase de mutation économique qui se caractérise par la genèse de l’agriculture et de l’élevage : l’homme devient producteur de nourriture.

L’habitat se transforme et se sédentarise, les techniques se diversifient et les premiers défrichements ont lieu. Mais si les hommes sont avant tout des cultivateurs et des éleveurs, ils pratiquent la chasse qui sert de nourriture d’appoint. Ces cultivateurs néolithiques ont laissé de nombreuses traces dans la région qu’ils peuplent aux IVème et IIIème millénaires avant notre ère.

Les hauteurs, particulièrement, livrent de nombreux vestiges néolithiques : tranchets, grattoirs, haches polies, pics, petites flèches et cendres que l’on retrouve principalement à la Butte Carlin et au lieu-dit les Combles (hauteur qui surplombe le cimetière). En ce lieu se trouvait un atelier de taille de silex.

Plus proche de la mer, au lieu-dit la Motte au Vent, bon nombre de silex taillés ont été mis à jour entre 1958 et 1964 lors de fouilles effectuées par Henri Mariette. Il est possible que cet outillage soit de nouveau utilisé par les Gaulois lorsqu’ils occuperont le site durant la période fin du Ier siècle avant J.C. - début du Ier siècle après J.C..

Par ailleurs, au nord de Wissant, les dunes des Wrimetz et d’Amont découvrent parfois, selon le jeu des vents, de la céramique à pâte très grossière, des silex taillés, des éclats et des lames dont certaines sont retouchées.

Intéressons maintenant à ce à quoi pouvait ressembler le pays wissantais d’alors, et plus précisément la plaine maritime de Wissant-Tardinghen. Celle-ci s’étend du Châtelet au débouché de l’Herlen ; elle est limitée à l’intérieur par les escarpements que sont la Motte au Vent, la Motte du Bourg ou encore La Violette, et déborde largement sur la plage actuelle, la ligne côtière étant plus en retrait.

Aux débuts de l’Holocène (il y a environ 10 000 ans), la baie est protégée par un cordon de dunes ; à marée basse s’étend une grande plage sableuse. Puis entre 6300 et 3800 ans avant J.-C. la transgression flandrienne (montée de la mer) prend progressivement fin, laissant dans le paysage des falaises mortes telles la Motte du Bourg ou encore la Motte au Vent. Le niveau marin est alors proche de l’actuel. C’est l’optimum climatique avec des températures de 1 à 2 °C supérieures à celles d’aujourd’hui. Le climat étant plus humide, il se montre favorable à la fixation des dunes en rendant plus difficile le transport de sable par le vent.

On assiste peu à peu à la mise en place d’un cordon dunaire au niveau de la partie de la plage actuelle qui n’est découverte qu’aux basses marées.

Sa position témoigne d’un niveau marin bien plus en retrait qu’aujourd’hui. Le cordon isole de la mer une importante zone forestière qui s’étendrait aujourd’hui du marais de Tardinghen jusqu’à l’estran de basse mer de la plage du Châtelet jusqu’à celle de Saint-Pô.

A Wissant, au large de la dune d’Amont jusqu’à Saint-Pô, on pouvait ainsi voir au début du XXème siècle des bancs de tourbe contenant des silex taillés et travaillés, des poteries grossières, des haches polies mais également des ossements d’aurochs et des traces de sabots de bœuf ainsi que de grosses racines, des troncs renversés et même des glands et des noisettes. En effet, la tourbe étant un milieu réducteur, elle emprisonne et tend à fossiliser tout ce qui y tombe. Ces trouvailles plaident pour une occupation humaine de notre vaste zone forestière littorale dès le IVème millénaire avant notre ère, occupation assez dense, notamment dès la fin du Néolithique récent (à partir de 2570 ans avant J.-C.), puisqu’on y a découvert des poteries grossières et des haches polies en silex, toutes datées de cette période. Selon des échantillons étudiés, les tourbières de Tardinghen auraient été formés entre 3800 et 800 ans avant notre ère.

Ces trouvailles plaident pour une occupation humaine de notre vaste zone forestière littorale dès le IVème millénaire avant notre ère, occupation assez dense, notamment dès la fin du Néolithique récent (à partir de 2570 ans avant J.-C.), puisqu’on y a découvert des poteries grossières et des haches polies en silex, toutes datées de cette période. Selon des échantillons étudiés, les tourbières de Tardinghen auraient été formés entre 3800 et 800 ans avant notre ère.

Prolongement de la main de l’homme, l’outillage en silex lui est essentiel. Il se compose le plus souvent de grattoirs, de couteaux à dos, de burins, de perçoirs, de pics et de tranchets. Outre les outils, une grande partie des vestiges préhistoriques découverts est constituée d’ossements animaux, d’après différentes observations faites dans les années 1993-1994. L’une d’elles, réalisée dans les tourbes situées sous la dune du Châtelet, a mis en évidence de nombreuses fosses contenant des silex taillés et des ossements animaux, datables de l’Age du Bronze (2000 à 750 ans avant J.-C.).

Olivier Lazzarotti, qui a étudié les tourbières de l’estran tardinghenois, a remarqué des formes caractéristiques au niveau des bancs. De petites alvéoles se signalent ainsi ; ce seraient des traces de pas de vaches. De grands chenaux se distinguent aussi. Ils sillonnent perpendiculairement ou obliquement les bancs de tourbe subboréale, et toujours de manière relativement rectiligne. Enfin, la tourbe présente par endroits des formes géométriques, qui pourraient être dues à une exploitation sporadique de la tourbe.


Les temps protohistoriques

Les civilisations plus récentes, dites de la Protohistoire (IIème et Ier millénaires avant notre ère) ont également de traces dans le pays wissantais. Notons néanmoins qu’une hache, de forme atlantique et datable du Bronze moyen, aurait été trouvée en 1989, lors de travaux au confluent des routes de Wissant et d’Hervelinghen.

Par ailleurs, dans le nord du communal, deux haches en bronze ont été mises à jour dans les éboulis de la falaise entre Saint-Pô et Wissant. Toutes deux ont été datées du début du Bronze moyen, soit 1500-1400 avant J.C. La première a été ramassée en 1972 ; elle mesure 141 mm de largeur sur 70 mm de longueur et pèse 367, 7 grammes. La seconde a été découverte en 1982 ou 1983 ; elle mesure 140 mm de largeur sur 65 mm de longueur et pèse 295 grammes. Leur facture évoque les productions du sud-est de l’Angleterre. Les parentés de forme et de dimension sont très frappantes ; les renseignements recueillis n’excluent pas un lieu de trouvaille identique et par conséquent la présence d’un dépôt qui se serait dispersé au fil des ans.

Ces trouvailles pourraient par ailleurs être rattachées à des fondations de grès vert avec présence de charbons de bois, de coquillages, de fragments de poterie noire. En effet il existe sur le littoral, vers le hameau de Strouanne, une accumulation de coquilles, d’ossements fendus et de silex taillés, où se mêlent des témoins de combustion. Tous ces vestiges, auxquels peut être associée la découverte d’une autre hache à rebord du Bronze moyen, correspondent à un premier foyer de peuplement durable sur le littoral wissantais. En effet, nous verrons plus loin que ce peuplement se poursuit jusqu’au début du Vème siècle de notre ère.

Toutefois l’essentiel des vestiges protohistoriques se retrouvent une nouvelle fois au sud du bourg. A la Motte au Vent et à Inghen, des dépotoirs d’habitat avec du matériel céramique ont ainsi été découverts.Par ailleurs, dans les tourbières littorales qui affleurent sur la plage bordée par la dune du Châtelet et que les marées découvrent plus ou moins, d’autres vestiges des civilisations protohistoriques ont été mis à jour. Il s’agit d’un matériel plus récent que celui de Saint-Pô-Strouanne (il date essentiellement de l’âge du Bronze final.), mais plus diversifié, avec des objets peu courants dans le nord de la France. L’on a ainsi découvert une pointe de lance, un rasoir et un ciseau. Ces trois objets, trouvés dans un espace restreint, devaient probablement constitués un dépôt, enfui vers 1200 ans avant J.C..

L’ensemble de ces trouvailles de matériel métallique atteste l’existence d’échanges commerciaux entre Wissant et des contrées plus lointaines puisque la région est totalement dépourvue de minerai de cuivre et d’étain.

Cette assertion se voit d’ailleurs confirmée par la découverte dans les bancs de tourbe littoraux, de 6 anneaux de bronze, datables de l’Hallstatt (VIème siècle avant notre ère). Provenant de Bavière, ils semblent avoir été enfuis en offrande, afin que leur(s) propriétaire(s) s’attire(nt) la clémence des flots durant la traversée de la Manche. Ces objets indiquent que le site des deux Caps est un lieu privilégié pour les voyageurs d’outre-Rhin désirant se rendre dans l’île de Bretagne.


L’implantation des Morins

Aux IIIème et IIème siècles avant notre ère, des mouvements de population conduisent à l’installation sur la partie littorale de la région du peuple des Morins. Leur territoire se limite au nord par les cours de l’Aa et de la Lys, à l’est par celui de la Clarence et au sud par la Canche. Leur implantation en baie de Wissant peut être datée par la découverte d’une fibule au type de Duchcov. Cet objet caractéristique, très rare dans la région, témoigne de la présence en pays wissantais de populations celtes dès la première moitié du IIIème siècle avant J.-C.. Peuple de marins mais également d’agriculteurs et de cultivateurs, les Morins vont largement occuper le territoire wissantais. Les différentes trouvailles témoignent de leur implantation au niveau des foyers de peuplement nés sous l’âge du Bronze, c'est-à-dire d’une part au niveau de Saint-Pô-Strouanne, d’autre part sur les bancs de tourbe littoraux. En effet la Tène finale y est bien représentée : outre des fibules, l’on a ramassé au moins 5 monnaies d’or pour Tardinghen et un minimum de 5 pour Wissant (la plupart sont des productions morines des années 55 à 50 avant J.C.).

L’une de ces monnaies est daterait de la fin du IIème siècle avant J.-C.. C’est manifestement la monnaie la plus ancienne du site des Deux Caps. Sachant que les Morins font partie de ces nations qui utilisent peu le numéraire, y compris dans leurs rapports avec l’étranger, la quantité d’or recueillie en pays wissantais est donc d’autant plus importante. Le monnayage en or ne sert qu’aux transactions majeures. Il traduit une certaine richesse, qui ne peut être liée qu’au trafic transmanche.

La baie de Wissant, aux temps gaulois, est en effet un port. Tout d’abord un port de pêche, comme l’atteste un certain nombre de plombs de pêche et d’hameçons retrouvés en divers points des tourbières.

Plus encore la baie est un port reliant Bretagne et continent, ce dont témoigne la découverte de deux potins du Kent. Signalons à ce propos que l’un des embranchements de la Leulène, axe commercial très important au temps des Gaulois, véritable voie d’accès reliant le littoral à Thérouanne, la capitale des Morins, arrive justement en baie de Wissant.

La localisation même du site sur la plage actuelle indique que le rivage gaulois est alors beaucoup plus au large, avec un niveau marin inférieur d’au moins un mètre. De ce fait des habitats gaulois sont certainement sous les eaux actuellement. Par ailleurs, comme le secteur est soumis est à une forte érosion marine, certains vestiges se dégagent et sont rapidement détruits par la mer ; d’autres sont ensevelis.

Néanmoins une stratigraphie générale du site des tourbières peut être dressée. La strate basse est constituée d’une argile datée au carbone 14 de 2750 avant J.-C.. Sur cette argile repose une formation tourbeuse épaisse de 60 centimètres, et datable d’entre 2750 et 800 ans avant J.-C. selon Pierre Pinte. Cette tourbe serait surmontée d’une argile mêlée à du sable humifère en son sommet. Cette argile, contenant des vestiges archéologiques, serait d’âge gallo-romain. Il est couronné d’une tourbe de même âge et contenant également des témoins d’occupation humaine.

La présence de vestiges gallo-romains dans la tourbe mais également dans l’argile suggère que les foyers de peuplement se sont installés dans une zone au départ sableuse. Vraisemblablement les bancs de tourbe néolithiques affleuraient-ils à proximité. Progressivement le secteur est devenu marécageux, ce dont plaide l’absence de racines et de troncs d’arbre dans la tourbe gallo-romaine.


Le site de la Motte au vent

La Motte au Vent présente également de nombreuses traces d’occupation antique attribuable à la période fin du Ier siècle avant J.C. - début du Ier siècle après J.C.. Ce site gaulois a été découvert par hasard en 1958.

La butte est alors exploitée pour l’extraction de sable, de graviers et de cailloux. Un fossé est mis en évidence suite à l’avancée de la carrière mais il ne peut être étudié que très partiellement.

Quelques années plus tard, en 1964, un décapage au bulldozer de la partie supérieure du gisement, inutilisable pour l’exploitation, met à jour un autre fossé dirigé est-ouest et qui rejoint perpendiculairement celui précédemment cité. Grâce à l’autorisation de l’exploitant, le fossé peut être fouillé, notamment par Henri Mariette.

La structure la plus importante du site est constituée de deux fossés perpendiculaires en forme de T. Larges chacun de 2 mètres et profonds de 1, 20 mètre environ, ils ont une dizaine de mètres de longueur au minimum. Leur orientation est remarquable en ce sens qu’elle correspond exactement aux points cardinaux.

En plus de ces deux fossés, la zone archéologique comprend une petite fosse de forme non précisée puisqu’elle a été examinée presque totalement éboulée.

Enfin, à une quarantaine de mètres à l’est, une zone foncée a fourni quelques tessons de céramique mais elle n’a pu être étudiée non plus.

Le matériel recueilli lors de ces fouilles et complété par des trouvailles plus récentes est très abondant. Il s’agit essentiellement d’une céramique très variée, alliant une poterie fruste, archaïque, de tradition ancienne, et une céramique évoluée imitant la fabrication romaine. L’origine de cette poterie n’est pas facile à connaître. Cependant Henri Mariette estime que les pots communs ont une origine locale alors que les vases de technique élaborée seraient des produits importés d’ateliers spécialisés de la Gaule Belgique, voire de la vallée du Rhin. Cette céramique s’accompagne de tuiles et d’objets métalliques : deux rasoirs en fer, deux anneaux en bronze et un fragment de fibule en bronze. Les ossements sont rares, l’acidité du terrain n’ayant pas permis leur conservation. Malgré tout on a pu identifier un os de bœuf (métacarpien) et 14 molaires de cette même espèce, 4 molaires de cheval, 12 molaires de porc (ou de sanglier) et 3 molaires de mouton. Ils indiquent une activité d’élevage au niveau de ce foyer qui semblerait être un habitat. Selon Henri Mariette, il s’agirait de deux constructions successives au moins, qui pourraient correspondre à chacun des fossés.

Ces constructions seraient de longues cabanes partiellement enfouies dans le sol avec à leur sud-est une fosse à caractère funéraire. Elles dateraient des débuts de l’ère chrétienne.

L’interprétation de ce foyer est très intéressante. Il existe de très nombreuses similitudes entre la céramique trouvée à la Motte au Vent et celles découvertes en Grande-Bretagne. Ces similitudes témoignent d’un contact évident entre les populations de la côte wissantaise et leurs voisins d’outre-Manche. Il est incontestable qu’à l’époque de la conquête de la Gaule (moitié du Ier siècle avant J. C.) la côte nord de la Morinie est le point de départ habituel de la traversée pour des voyageurs venant du continent par la vallée du Rhin et se rendant en l’île de Bretagne. Plusieurs mouillages étant utilisés par les voyageurs, il est probable que Wissant est l’un d’entre eux et que sur les collines comme la Motte au Vent, qui domine la petite baie, sont installés des postes d’observation.

Cette hypothèse est corroborée par la richesse et la variété du matériel découvert. Ils indiquent un courant de relations bien établies. Wissant apparaît comme une zone de transit sur les voies commerciales gauloises entre le continent et l’île de Bretagne.


La question de Portus Itius

C’est à ce moment de l’Histoire que survient l’un des épisodes les plus controversés de l’historiographie boulonnaise : la conquête de l’île de Bretagne par César. En pleine guerre des Gaules, le conquérant romain désire en effet soumettre les peuplades d’outre-Manche qui sont d’une aide précieuse aux Morins pour leur lutte contre l’envahisseur. A cette fin le proconsul va monter une première expédition en août -55, pour laquelle il va réunir 80 vaisseaux de transport, plusieurs galères et deux légions expéditionnaires, soit près de 10 200 hommes.

Cette expédition s’avérant un échec, César entreprendra l’année suivante une deuxième campagne. Six mois seront nécessaires pour construire et rassembler 800 bâtiments de guerre et de transport, pour accumuler les vivres et le bétail, pour recruter des alliés d’outre-Manche. Lors de cette expédition César emmènera 5 légions et 2000 cavaliers, soit environ 25 000 hommes.

Ces deux campagnes posent un grand problème pour l’histoire locale : quel mouillage César a t-il à deux reprises emprunté ? La seule source contemporaine de ces événements est très vague ; il s’agit de la Guerre des Gaules de Jules César lui-même. Si le proconsul ne donne pas le nom du mouillage utilisé pour sa première expédition, il est fort probable qu’il s’agit du même port que celui qui a servi lors de la deuxième campagne, c’est à dire Portus Itius (que César mentionne au Livre V, 5). Mais où se localise t-il donc ?

Certains historiens, géographes et érudits locaux parmi lesquels MM. Cavrois, Ducange, De Saulcy, Vidal de la Blache, Wauters, Leduque ou encore Henry voient dans le Portus Itius de Jules César la baie de Wissant. Toutefois d’autres auteurs leur opposent Calais, Sangatte et surtout Boulogne. Cette dernière localisation a notamment été ardemment défendue au XIXème siècle par l’archiviste boulonnais Daniel Haigneré. Beaucoup d’historiens actuels le rejoignent. Mais qu’en est-il vraiment ?

S’il est impossible d’affirmer que la baie de Wissant est Portus Itius, il en est de même pour Boulogne. Malgré tout beaucoup d’auteurs ont tranché en faveur de Boulogne, en démontrant l’impossibilité de la localisation wissantaise. Et pourtant leurs propos, parfois partisans, se basent sur un certain nombre d’arguments qui, après une étude approfondie, apparaissent souvent erronés ou sans fondements.


Le secteur des tourbières littorales

De nombreuses trouvailles ont été réalisées en différents secteurs des tourbières, notamment au niveau des berges du ru du Châtelet et du ru des Anguilles, c’est à dire des rivières au débouché desquelles l’on trouve des ports : monnaies romaines, céramique commune, terra nigra, terra rubra, sigillée, ossements d’animaux, essentiellement domestiques, fibules, bijoux, briques, fragments de tuiles à rebords, meules (dont provient d’Allemagne puisqu’elle est en lave de Niedermendig). Une partie du matériel est ici présentée en photos.

Toutes ces récoltes attestent donc de l’existence certaine d’habitats gallo-romains sur la plage actuelle de Wissant-Tardinghen. A partir des Flaviens, le peuplement de la zone semble même augmenter progressivement, et ce, jusqu’à la fin du IIIème siècle. Plusieurs zones funéraires associées à des restes osseux ont été mises dans les tourbières littorales. Elles se trouvaient à proximité des habitats.

Signalons en aparté une découverte exceptionnelle faite sur la plage du Châtelet, celle d’éléments d’un navire gallo-romain. Il s’agit là de l’unique épave antique découverte dans la région et d’une des rares connues dans toute l’Europe septentrionale. D’architecture maritime, elle est datée d’entre le Ier et le IVème siècle après J.-C.. Il s’agirait soit d’un navire de guerre soit d’un bateau de pêche. A proximité de l’épave, l’on a découvert plusieurs fragments d’ancres en pierre et d’éléments provenant de meules. Les meules étaient fréquemment réemployées en contexte maritime pour servir de lest ou de pierres de mouillage aux bateaux.


Le secteur Saint-Pô-Strouanne

Dans le secteur Saint-Pô-Strouanne, l’occupation humaine se poursuit également, ce dont attestent les découvertes archéologiques.

Les Romains renforcent ainsi le chemin reliant le port de Strouanne, les Wardes au port de Sangatte en le dallant. Les Wardes se caractérisent par deux lignes de rochers orientées dans un axe sud-sud-ouest/nord-nord-est ; elles sont légèrement en oblique par rapport au trait de côte actuel. Citons plusieurs témoignages recueillis à la fin des années 1950. Jean-Marie Bodart, 1er adjoint de la mairie de Wissant : « au large de Saint-Pô, où se trouvent les Wardes, il y a une route. Elle a 4 à 5 mètres de large et offre une surface aussi lisse que du ciment. Bien sûr, il y a des algues mais on la voit très bien. A plusieurs reprises (je jure que c’est la vérité) j’ai vu l’empreinte de roues de chariots et de sabots de chevaux. Et je ne suis pas le seul à avoir fait cette bizarre découverte. On n’accède à cette route que par le large, ou alors en petit canot. De la limite de la basse mer jusque-là il y a environ 500 mètres. D’où vient cette route ? Je n’en sais rien du tout ». Le marin Jean-Baptiste Bodart, marin et fils du précédent : « Tout ce que dit mon père est vrai. Moi, j’ai vu mieux : où la route est la plus haute, il y a une grande croix de plusieurs mètres. C’est une sorte de calvaire qui repose sur une partie du chemin… ». Oscar Lapôtre, docker calaisien : « Et là, nous accostons le plus simplement du monde, non seulement sur les Wardes, mais encore sur une surface lisse, un peu comme du carrelage de cuisine, mais avec de plus grandes dalles. On dirait une route ». Citons enfin les observations faites dans les années 1930 par le préhistorien Victor Lecouffe : « Les dunes côtières qui s’étendent du village de Wissant jusqu’aux assises calcaires du Blanc-Nez, présentent à quelque 300 mètres au-delà du ruisseau de Sombres, un amas de rochers dont rien ne justifie la présence à cet endroit qui ne comporte aucun affleurement granitique. Cette zone rocheuse, ou plutôt ces éboulements se prononcent assez loin sur la plage par une ligne assez régulière allant du sud au nord, coupée néanmoins par quelques zones de sable, vers les avancées du Blanc-Nez, dans la mer. Cette ligne jalonnée de pierres énormes dont beaucoup ont été fendues ou brisées par le flot semblent être les débris d’une allée antique qui conduisait à une sorte de passe qu’on peut encore remarquer à marée basse entre deux masses noires de blocs calcaires, débris arrachés sans doute au Blanc-Nez, qui sont comme les avant-gardes de ce dernier. Du reste ont les dénomme » Les Wardes » c'est-à-dire les gardiennes. Les pêcheurs de Wissant m’ont affirmé que, par temps calme (ce qui assez rare), on pouvait discerner dans l’espèce de chenal qui sépare les deux Wardes les contours et les ornières d’un véritable chemin ; certains m’ont même affirmé que les algues marines et les bancs de moule qui recouvrent ces rochers cachaient une énorme croix de pierre (à plat) d’une soixantaine de mètres ». Le préhistorien conclut : « il est très possible que le chenal ne soit autre qu’une ancienne route qui existait à l’époque où la mer n’avait pas encore reconquis cette portion de la côte protégée par le Blanc-Nez dont le promontoire devait être beaucoup plus important qu’il ne l’est aujourd’hui ». Aux XVIème et XVIIème siècles, l’on pouvait encore voir depuis le haut du Blanc-Nez les traces du chemin se perdre dans la mer, ce qu’ont constaté deux géographes de renom : le hollandais Paul Merula (1558-1607) et le français Nicolas Sanson (1600-1667). La fameuse voie est parfois visible actuellement par plongée, à 7-8 mètres de profondeur, si l’eau n’est pas trop turbide. Elle semble constituée de dalles de 60 cm de large sur 1 m 20 de longueur.

Dans le secteur de Strouanne/Saint-Pô, il existe par ailleurs plusieurs foyers de peuplement, posés au-dessus des falaises basses. L’un de ces foyers se localise au sud de Strouanne. Il s’agit d’un petit cran, c'est-à-dire un passage creusé dans la craie, soit par un ruisseau, soit par la main de l’homme. A proximité de ce cran s’est installé un habitat gaulois, vraisemblablement une petite ferme.

Le site a ainsi livré beaucoup de tessons de poterie, essentiellement de la céramique gauloise commune. Une telle céramique a été retrouvée en différents points du pays wissantais, notamment dans les tourbières littorales et à la Motte au Vent.

Des d’ossements ont également été exhumés, provenant essentiellement d’animaux domestiques, ce qui témoigne d’une activité d’élevage. Par ailleurs, une mandibule de sanglier suggère qu’une chasse d’appoint devait être pratiquée.

A l’instar du site de la Motte au Vent, de nombreux silex taillés ont été découverts à Strouanne sud. A côté de banals fragments se trouvent plusieurs outils : grattoirs, racloirs, perçoirs et quelques possibles lames. La rareté du métal à l’époque explique le large recours aux silex. Ceux-ci étaient principalement employés pour l’outillage commun.

Le métal était néanmoins en usage au sein de la ferme, ce dont atteste la découverte de deux fibules et d’une petite bague, toutes en bronze, et de plusieurs objets en fer (fragment de crochet, anneau double, clou à tête plate, soie de préhension). Ceux-ci plaident pour l’existence d’une forge domestique au niveau de la ferme. Elle devait être destinée à la réparation des outils et à la fabrication ponctuelle de petits éléments.

Enfin, un fragment de calotte crânienne et plusieurs dents indiquent la présence d’une zone funéraire à proximité de l’habitat.

Tous ces vestiges, notamment les tessons et les fibules, laissent à penser que le site aurait été occupé aux environs des débuts de l’ère chrétienne, ce qui le rendrait contemporain du gisement de la Motte au Vent.

Un autre site, que l’on peut voir comme une extension géographique de la zone de peuplement de Saint-Pô-Strouanne, a particulièrement intéressé les archéologues du fait des trouvailles en monnaies romaines qui y ont été faites. Il s’agit de la dune des Wrimetz - dune d’Amont, et plus largement la zone dunaire entre le ru d’Herlen et la Mine d’Or.

De nombreuses monnaies ont ainsi été ramassées à certaines périodes, lorsque les vagues attaquaient alors ce point du rivage. Ce site pourrait être de fondation protohistorique, Dom René Prévost signalant la découverte, probablement au XIXème siècle, de nombreux débris de poterie préromaine, de pâte très grossière, remplis de petits coquillages brisés ou de grains de quartz, aux deux tiers de la dune d’Amont.

Une étude menée par la revue archéologique Septentrion conclut que sous les sables au nord de Wissant peut se trouver une zone d’habitation gallo-romaine datable pour ses débuts du Ier siècle de notre ère : « Le site serait analogue à celui de Sangatte où les constructions d’époque romaine se trouvent sous le sable de la plage ».

Cette hypothèse est corroborée par la découverte dans la même zone de tessons de céramique datés du premier siècle de notre ère.


Les autres sites gallo-romains

Pour sa part la Motte au Vent ne semble pas présenter d’implantation humaine durable. Selon Henri Mariette, le site n’a été occupé que pendant quelques dizaines d’années, c’est à dire, au grand maximum, jusqu’à la première moitié du Ier après J.C..

Toutefois il est nécessaire de préciser que la Motte au Vent appartient à une ancienne zone d’exploitation de carrière. Si notre site archéologique a pu être découvert, c’est le fruit du hasard. Dans ces conditions, il est hautement probable que d’autres témoins d’une implantation gallo-romaine plus durable ont dû disparaître sans laisser de trace lors de l’exploitation de cette carrière. C’est d’ailleurs ce que suggèrent des découvertes postérieures.

C’est ainsi qu’en 1972, lors de travaux de voirie sur la face nord de la butte, a été mis à jour le matériel suivant : tuiles brisées épaisses à rebord, tessons de céramique commune grise et noire, fragments de sigillée et une partie de mortier. Ils semblent indiquer l’existence, sur cette face de la Motte au Vent, d’un habitat gaulois puis gallo-romain.

A partir de 1972 également, l’extension vers le nord-ouest de la carrière située au pied de la butte, a découvert d’autres vestiges mobiliers gallo-romains : fragments de poterie grossière indigène, vaisselle brisée, tessons de vases légers et sigillée. Ces derniers tessons, par les décors qu’ils portaient, laissent penser à de la céramique du IIème siècle.

Peut-on voir dans ces différentes trouvailles une extension ou un déplacement de l’habitat fouillé par le docteur Mariette ? Au contraire, s’agit-il de structures totalement indépendantes ? Il est difficile de trancher. Les seuls éléments archéologiques dont nous disposons permettent simplement d’affirmer que l’ensemble de la Motte au Vent a été occupée par des populations gallo-romaines au moins jusqu’au IIIème siècle. Nous ne pourrons, vraisemblablement, jamais en savoir plus, les travaux d’extraction ayant détruit la quasi-totalité de la motte, et la carrière elle-même ayant cédé la place à un petit lac.

A l’ensemble des habitations mises à jour à la Motte au Vent vient néanmoins s’ajouter un certain nombre de trouvailles gauloises ou gallo-romaines.

Au sud de l’ancienne carrière, sur le sommet d’une paroi abrupte, des tessons de sigillée ont été exhumés dans de la terre sablonneuse humifère. A 150 mètres plus au sud, de mêmes déblais recelaient de la céramique commune grise avec une marque de potier qui permet ainsi de dater l’ensemble de l’époque Claude-Domitien, c’est à dire entre 41 et 96 après J.-C..

Par ailleurs, vers Inghen, au lieu-dit le Fart, deux sites détruits ont été mis à jour. Le premier se situait à 300 mètres au sud du sommet de la Motte au Vent. De nombreux fragments d’une céramique épaisse, provenant de grands récipients et de vases tonnelets y ont été ramassés. Ils permettent de dater l’occupation du Ier siècle de l’ère chrétienne. Le second site, plus intéressant, se situe à 300 mètres au sud du précédent, dans le petit ravin descendant des hauteurs du Fart. Il a livré des tessons de céramique, des restes osseux, des charbons de bois, des silex brûlés et de la terre rougie par le feu associé. Il s’agit probablement d’un dépotoir d’un habitat proche détruit. Selon Auguste Lefebvre, ces « quelques restes confirment la présence et l’extension d’habitats gaulois jadis établis sur les hauteurs dominant le ruisseau du Fart. Une céramique de la fin de l’âge de fer, comparable à celle qu’a découverte et étudiée le Dr. H. Mariette sur le site de la Motte au Vent, y était utilisée ».

Non loin de ce secteur, dans la direction d’Inghen, d’autres vestiges ont été exhumés : céramique, sigillée, tuiles, perles en verre et fragments de cruche. Ce matériel, de par l’orientation du site auquel il renvoie, suggèrent l’existence d’un fanum, c'est-à-dire un petit temple. Il aurait été orienté vers le Gris-Nez.Il est enfin à signaler les trouvailles du Typhonium, principale hauteur du sud wissantais, à quelques encablures de la défunte Motte au Vent. Contemporain de l’habitat le plus tardif de cette motte, le site du Typhonium constitue peut-être sa nécropole. En 1859, des sépultures y ont été ainsi découvertes par hasard. Suite à de telles trouvailles, renouvelées en 1861, « M. Louis Cousin avait vivement désiré y faire des fouilles régulières ; mais le propriétaire s’y est absolument refusé, espérant trouver un trésor dans cet emplacement, et voulant, comme il est juste, le garder pour lui seul. Aussi, le docte antiquaire boulonnais dut-il se borner à faire quelques explorations dans le voisinage » nous apprend Daniel Haigneré. Malgré tout, les fouilles de L. Cousin ont mis à jour des vases gris, deux monnaies, une fibule, des fragments de cuivre, des os calcinés et plusieurs assiettes dont une est recouverte par quatre pierres plates. Ces vestiges correspondent à un cimetière à incinération qui a été en usage durant la seconde moitié du IIIème siècle.


La villa gallo-romaine de Basse Sombre

L’occupation humaine dans le pays wissantais se présente donc sous la forme d’un ensemble de petits bourgs maritimes et/ou ruraux, dont certains ont une activité économique réelle, à l’instar des la zone des tourbières littorales. La plupart se localisent sur le littoral et sont d’origine protohistorique.

Au contraire, le site que nous allons présenter est de fondation romaine. Il s’agit d’une villa rurale d’une certaine importance, probablement une exploitation agricole. Son occupation débute dans la première moitié du IIème siècle. Ce qui confirme l’implantation de la romanisation en baie de Wissant. La villa se trouve au lieu-dit actuel Basse-Sombre et porte le nom de Sombres ; le toponyme apparaîtrait d’ailleurs pour la première fois dans un document daté de 406.

L’implantation de la structure se justifie par des conditions très favorables ; elle se trouve :

-devant une source d’eau (le ruisseau des Morts)

-aux portes de l’Herlen qui lui ouvre la voie maritime

-au pied d’une motte défensive, le Fort César, qui lui assure une protection

-à proximité de la Voie Côtière qui lui offre un accès sur le réseau routier antique, et notamment sur la Leulène On a d’ailleurs a découvert en 1855 « une sorte de chaussée faite en tuiles posées », dans la prairie la plus proche du petit ruisseau (Source du Pont Charnier) qui traverse la route, près du cimetière

Signalons en aparté que sur la Leulène, qui correspond à l’actuelle route départementale 244 joignant Wissant à Saint-Inglevert, a été mis à jour à la hauteur de la portion Sombres-Hervelinghen un tombeau formé de 6 pierres plates renfermant une urne noire pleine de cendres et couverte d’une assiette rouge. A 40 mètres de là, dans le talus, une autre tombe a été découverte. Ces deux tombes à incinération gallo-romaines, datées de la première moitié du IIIème siècle après J.C., semblent avoir été accompagnées d’un matériel composé d’urnes noires, d’un vase, d’un plat en sigillée et de monnaies.


Les transformations du IIIème siècle

Ces différentes trouvailles témoignent donc d’une large occupation de Wissant, jusqu’à la moitié du IIIème siècle. En effet, à partir du milieu de ce siècle, deux événements viennent perturber la région.

Premièrement les côtes connaissent un envahissement progressif de la mer, appelé transgression dunkerquienne et lié à une succession de violentes tempêtes. Les différentes trouvailles effectuées dans la zone d’occupation qui correspond aujourd’hui aux tourbes littorales entre Wissant et Tardinghen, témoignent ainsi d’un amenuisement de la population du site à partir de la fin du IIIème siècle. Les tempêtes menacent le cordon dunaire du Banc à la Ligne, qui commence à rompre progressivement, tandis que les rus du Châtelet, des Anguilles et de l’Herlen voient leur niveau de base relevé. La forêt côtière devient marécageuse.

Parallèlement à cette menace marine, les enfouissements de trésors se multiplient, notamment à partir de 253. Ils traduisent avant tout l’insécurité ambiante régnant alors dans le nord de la Gaule. Les populations souffrent des incursions des Francs et des Saxons sur les côtes, du passage des troupes romaines ou encore du brigandage. Les Francs attaquent ainsi autour de 259-260. Leurs incursions et celles des Saxons sont particulièrement fréquentes entre 260 et 271. Elles sont ainsi responsables de l’enfouissement d’un certain nombre de trésors dans la région, comme Ardres qui a livré quatre trésors se terminant tous par des monnaies à l’effigie de l’empereur Postume (260-269).

La villa gallo-romaine de Basse Sombre a livré elle aussi un trésor. Constitué des 479 antoniniens, il pourrait avoir été enfoui durant le troisième quart du IIIème siècle (mi 268), les dernières monnaies le constituant datant là aussi du règne de Postume. Elles représentent d’ailleurs la grande majorité du trésor : 304 des 479 antoniniens.

Les monnaies étaient à l’origine contenues dans un vase en terre grise à couverture noire, de production régionale. Certaines, provenant d’ateliers lointains comme Antioche (en Turquie) et Viminiacum (dans les Balkans), laissent à penser que la villa s’inscrit pleinement dans le courant commercial que relie l’île de Bretagne à la vallée du Rhin.

Outre l’enfouissement du trésor, un autre fait plaide pour un raid barbare dans le pays wissantais : la destruction de la villa de Basse-Sombre. Il apparaît en effet que les bâtiments de la villa ont été incendiés puis reconstruits plus loin. Toutefois il n’y a pas d’interruption apparente de l’occupation.

Il faut attendre la fin du siècle pour que le littoral commence à se sécuriser. En effet les autorités romaines mettent en place un dispositif militaire appelé Litus Saxonicum qui s’étend de la Bretagne à l’Escaut. Il s’agit d’un ensemble de places fortes placées en différents points du litus romain de la Manche et de la Mer du Nord. La Motte du Bourg, dont le toponyme dérive peut-être de burgus, pourrait faire partie de cet ensemble et se présenter ainsi comme une base défensive du littoral wissantais.

Ce littoral semble sécurisé au début du IVème siècle. En effet, l’on a constaté dans la zone de peuplement de Strouanne-Saint-Pô une chute de la présence humaine, vers 275, et que l’on peut imputer aux incursions barbares.

Or l’occupation reprend dans la première moitié du IVème siècle, sans toutefois atteindre celle du IIIème siècle.

L’on s’aperçoit ainsi que les zones de peuplement littorales du site des deux Caps connaissent une diminution de leur population à partir de la fin du IIIème siècle, baisse que l’on peut imputer à l’insécurité régnant sur la bordure côtière (incursions barbares et transgression dunkerquienne). Au contraire l’on constate une augmentation de l’occupation pour la villa de Basse-Sombre, celle-ci plafonnant même à un niveau relativement élevé pendant la seconde moitié du IVème siècle. Il semblerait que la villa ait drainé vers soi une partie de la population des sites littoraux. Ce qui témoigne un peu plus de son importance économique.


L’effondrement de l’empire romain et l’arrivée des Francs

Le Vème siècle marque un nouveau tournant fondamental dans l’histoire wissantaise. L’élévation du niveau de la mer (transgression dunkerquienne II) débutée au IIIème siècle commence à inquiéter en baie de Wissant. Les eaux percent peu à peu la dune du Banc à La Ligne et pénètrent de plus en plus fréquemment dans la forêt. Par ailleurs l’empire romain s’effondre sous la pression des peuples germaniques, et avec lui, toute une partie des axes commerciaux.

Désormais sans débouché bien établi et menacé par les eaux et le sable, le port du Châtelet périclite. La plupart des habitats littoraux sont progressivement abandonnés. Au contraire le port de Strouanne se maintient, l’implantation humaine étant établie sur la falaise. Par ailleurs, le chenal de l’Herlen gagne en puissance et en largeur, ce qui a pour conséquence de renforcer l’accès à la mer de la villa de Sombres. Les embarcations n’ont qu’à emprunter le chenal pour se retrouver aux portes de la villa. Au début du VIème siècle, attirées probablement par ce commerce transmanche, des populations franques arrivent en baie de Wissant. Elles s’installent au niveau du Châtelet, à la Motte-au-Vent, à Strouanne et à Sombres. Ont-elles chassé les autochtones et se sont-elles mêlées à eux ? Difficile de répondre.

Au Châtelet, elles semblent être restées peu de temps. Leur présence est attestée par quelques rares vestiges (un ardillon de boucle à base scutiforme du VIème siècle et une fibule ansée dissymétrique datable du début du VIème siècle). Le site disparaît durant ce siècle, englouti par la mer et le sable. La dune du Banc à La ligne finit par céder sous les assauts de la mer ; l’antique forêt devient progressivement une zone lagunaire. Notre trait de côte actuel se constitue peu à peu.

Le site de la Motte au Vent est plus riche. Sa découverte débute en mai 1894 lorsque le cantonnier Antoine Dezoteux, en cherchant des silex pour empierrer un chemin, met à jour les objets suivants : des débris d’une lance, une pince épilatoire, une petite plaque en bronze et un vase en terre noire. Les autorités sont aussitôt prévenues et l’abbé Henri Debout, délégué par la commission des Monuments Historiques, est dépêché pour mener des fouilles.

Trois tombes à inhumation en cercueil, orientées ouest/est (dont deux intactes) sont mises à jour sur le flanc ouest de la motte. Les deux sépultures non perturbées se trouvent à une profondeur de 2 mètres 20 et sont constituées chacune d’un cercueil en bois qui devait contenir un corps dont la tête était tournée vers la mer. Il ne reste rien des corps inhumés. Seuls subsistent le mobilier funéraire et les traces charbonneuses des cercueils.

La première tombe intacte, plus proche de la mer livre un vase en terre grise et tout contre lui un fer de lance de 28 centimètres placé la pointe vers les pieds du mort.

La seconde sépulture contient pour sa part un fer de lance de 59 centimètres dont la pointe était placée auprès de l’endroit où devait se trouver la tête du défunt. On y a trouvé également un couteau au niveau de la ceinture, un fragment de verre de couleur vert, et aux pieds du mort un vase en terre grise à revêtement extérieur noir.

La nécropole a livré également une fibule, une fusaïole, des perles en pâte de verre, un anneau, une pince à épiler et un débris de peigne en os. Selon Rogier Rodière, deux objets portaient une croix, notamment l’ornementation à l’estampille d’un des vases. Il en déduit que leurs possesseurs devaient être chrétiens.

Ces tombes appartiennent incontestablement au VIème siècle, la fibule apportant même quelques précisions. Il s’agit en effet d’une fibule en bronze à pied losangé ; c’est une production franque datable de la première moitié du VIème siècle.

A Strouanne, les Francs poursuivent l’activité du port, qui offre l’avantage de voir un diverticule de l’antique Leulène y aboutir directement. D’où un accès direct sur toute la Morinie.

Un trésor de tremisses, monnaies en or imitant celles des empereurs romains, sera d’ailleurs progressivement découvert sur le site, dans les éboulis de la falaise. S’inscrivant dans la continuité des trésors de Bellignies, Hordain et Arques, ce dépôt témoigne de la permanence des contacts avec l’Orient jusque vers 575.


L’invasion saxonne

La seconde partie du VIème siècle marque un tournant majeur dans l’histoire wissantaise. Les Saxons, qui ont envahi l’île de Bretagne et chassé ses habitants, ont à faire face à un surpeuplement. Ils s’implantent donc progressivement en Boulonnais, y créant des colonies et des établissements qui vont très vite avoir une vocation commerciale. Leur installation est attestée par l’abondance des noms en -thun (Fréthun, Landrethun, Baincthun, Verlincthun, …) dans une zone littorale entre Calais et le sud de Boulogne. Un espace économique et commercial va peu à peu émerger en Mer du Nord et dans la partie septentrionale de la Manche, mené par les marins saxons et frisons. Ils naviguent à la rame sur de petits bateaux à fond plat, sans voile. Cela leur permet de remonter les rivières. Les Saxons s’implantent à Strouanne à la fin du VIème siècle, probablement vers 575, date qui correspond à l’enfouissement du trésor de tremisses. A leur tour les envahisseurs reprennent à leur compte le port et le développent comme place commerciale. Profitant de cette prospérité et de ces échanges, quelques populations s’installent sur les hauteurs dominant la rive droite du chenal de l’Herlen et qu’on appelle aujourd’hui les Wrimetz. Cette occupation saxonne a livré peu de vestiges archéologiques (si ce n’est de la céramique).

Suite à l’installation des Saxons, c’est une grande part de la toponymie du secteur qui se met progressivement en place au Haut-Moyen-Age. Sans être tous spécifiquement saxons, les suffixes rencontrés encore de nos jours sont germaniques : ingaheim devenu inghen (signifiant les gens de la maison de) comme pour Audinghen, Hervelinghen, Tardinghen… ; berg devenu bert (mont) comme pour Audembert ; naes devenu nez (cap) ; sans (sable) comme pour Sangatte ; zelle (habitation) comme Framezelle, Haringzelle… ; dale devenu dalle (vallée) comme Belledalle.

De l’autre côté du chenal, l’occupation se poursuit également. En effet, depuis les fouilles de 1894, deux nouveaux vases ont été découverts à la Motte au Vent. L’un, intact, avait probablement été déposé dans une tombe dont la situation n’a pu être précisément donnée. L’autre a été trouvé brisé à proximité du site de la nécropole. Son découvreur est Henri Mariette qui l’a mis à jour lors de ses fouilles à la Motte au Vent au début des années 1960.Celui-ci va d’ailleurs exhumer des tessons mérovingiens au niveau des sables gris recouvrant les fosses gallo-romaines qu’il étudie. Il est impossible de déterminer si ces derniers vestiges plus tardifs que les objets trouvés en 1894, appartenaient ou non à une tombe bouleversée. Une distance de 100 à 120 mètres sépare en effet les deux fouilles. Le vase découvert par Henri Mariette indique néanmoins que l’occupation se prolonge au VIIème siècle.

Le VIIème siècle voit l’espace commercial saxon-frison se développer de manière considérable, avec deux ports majeurs : Dorestad (près d’Utrecht) et Quentovic (près de Montreuil). Des routes maritimes et terrestres se structurent, permettant une multiplication des échanges entre l’espace côtier, la Belgique et la Germanie.

A partir de 590 et jusqu’en 660, des ateliers monétaires littoraux apparaissent et s’imposent. L’un de ces ateliers, qui porte le nom latin de Wicisio, est installé à Wissant, selon toute vraisemblance à Strouanne même. Il témoigne du dynamisme économique de la baie de Wissant. Ce toponyme Wicisio que l’on peut décomposer en Wic (Vicus = bourgade rurale) et Isio, évoque de manière troublante le fameux Itius de César. A l’appui de cette remarque, nous pouvons citer le chroniqueur Guillaume de Poitiers qui, évoquant une traversée transmanche en 1036 par Wissant, qualifie ce port de portu Icio. Il est également intéressant de souligner que dans plusieurs écrits de la seconde partie du XVIIème siècle il est précisé que les Flamands nomment Wissant Isten et le patois des marins du pays Esseu.

Le port de Strouanne, qui abrite marins, artisans, fermiers, se situe entre Dorestad et Quentovic, à une trentaine de kilomètres seulement de l’Angleterre. Par ailleurs, la Voie Côtière, un des axes majeurs du nord-ouest de la Gaule, passe par Strouanne. Le site se retrouve ainsi relié en voie directe à Saint-Josse, Waben…

La villa de Sombres bénéficie aussi pleinement du commerce saxon-frison. Outre le fait que les bateaux arrivent à proximité grâce à l’Herlen, une route s’arrête à la villa : la Voie Occidentale. Celle-ci part de Saint-Riquier et relie Sombres à Quentovic. Les trouvailles archéologiques attestent que la villa était orientée vers le commerce saxon-frison. Outre des tessons de céramique biconique à décor d’ondes quadrillées, et deux fibules, l’une fibule chenille mérovingienne à décor d’ocelles (milieu VIIème / fin du VIIIème siècles), l’autre fibule mérovingienne à décor géométrique (fin VIIème / fin du VIIIème siècles), le site a livré plusieurs monnaies :

-un tremissis, imitation de Justin Ier, attribué à Théodoric (493-526) et frappé à Ravenne

-un sceat, probablement d’origine anglo-saxonne, frappé au début du VIIIème siècle

-un sceat, d’origine anglo-saxonne, frappé entre 710 et 760 Les Sceattas sont une nouvelle monnaie, en argent, frappée dans l’espace saxon-frison et dévolue au commerce.

L’archéologie est moins parlante pour Strouanne car l’essentiel des vestiges exhumés pour ce site l’ont été dans les éboulis de la falaise. Or cette falaise crayeuse a reculé de plusieurs centaines de mètres en 1500 ans, si bien que l’essentiel du matériel archéologique se trouve maintenant dans la mer. L’on peut néanmoins signaler la découverte dans les environs d’un sceat de production continentale, probablement de Dorestad, et daté de la période 695-740.

Outre l’archéologie, un autre élément vient confirmer l’importance de Strouanne et Sombres : la christianisation. C’est durant la première moitié de ce VIIème siècle que débute un effet de pénétration chrétienne. L’évangélisation suit deux voies. D’abord le rétablissement de sièges épiscopaux, puis le « quadrillage » des campagnes par les monastères, dont le rôle est prépondérant dans le prosélytisme. Ceux-ci s’implantent là où se trouve la population rurale. Il est donc particulièrement intéressant de souligner que selon plusieurs chroniques deux monastères auraient été créés en pays wissantais, l’un par sainte Fare à Sombres (monastère de femmes), l’autre par son frère saint Faron à Strouanne (monastère d’hommes). Ces fondations dateraient de la période 614-625. Elles attestent donc qu’au début du VIIème siècle, les principaux foyers de population se trouvent bien à Strouanne et à Sombres.

Au VIIIème siècle, l’espace économique saxon-frison est à son apogée. Il s’étend de l’Elbe à la Somme et irradie les contrées voisines. Strouanne et Sombres sont prospères. La villa devient peu à peu un petit village, ce dont témoigne une nouvelle fois la christianisation. En effet, lorsque les premiers évêques de la Morinie se décident à créer les paroisses rurales, ils les établissent là où se trouve le plus de population. Or c’est à Sombres, et non à Wissant ou à Strouanne, qu’ils vont en placer une.

Profitant de cette prospérité, le site de Wissant se développe également. Sa berge donnant sur l’Herlen, à savoir la rive droite du cours d’eau, devient sinon un port, au moins un entrepôt de débarquement en liaison avec Sombres. Ainsi, en cas de danger momentané, des marchandises peuvent y être stockées. Au XIXème siècle, des pieux d’estacade sont apparus lors d’une fouille menée dans l’estuaire de l’Herlen. Il est tout à fait possible que ces vestiges appartiennent à cette structure portuaire saxonne car les Saxons édifiaient leurs établissements maritimes avec des substructions en bois. Leurs ports étaient généralement constitués de débarcadères reliés à des maisons en bois.

Le commerce saxon revêt plusieurs formes. De l’Angleterre vers le nord-ouest de la Gaule il s’agit d’échanges portant sur le plomb, les draps et les esclaves, auquel il faut ajouter les voyages des pèlerins voulant se rendre à Rome. De la Gaule septentrionale vers l’île saxonne, il s’agit du commerce des verreries et du vin.


Les profondes mutations des IXème et Xème siècles

Du VIème au VIIIème siècle, l’espace saxon-frison n’a eu de cesse de multiplier les échanges et de prospérer. Ce furent des siècles de paix, marqués par le sceau du commerce maritime. Les établissements frisons et saxons sont donc peu protégés lorsque surviennent les premiers raids normands au IXème siècle.

Des flottes entières de navires nordiques vont déferler régulièrement au IXème siècle, aboutissant à la fin des grands ports saxons et frisons et à l’effondrement du commerce saxon. Sentant cette menace, Charlemagne visite en 811 le littoral boulonnais jusqu’au port de Strouanne. Le comte de Boulogne l’accompagne. Ils viennent voir la mise en place du système de défense contre les nordiques. Des tours et des corps de garde sont installés en baie de Wissant.

La baie de Wissant n’échappe pas aux raids normands. En 842 une flotte de plus de 600 voiles attaque la côte wissantaise. En 880 Strouanne, Wissant et Sombres sont investis par les Normands placés sous les ordres de Gurmand (ou Gurmund) et Sambart (ou Isambart). Les deux monastères sont même détruits et la motte castrale appelée de nos jours Fort-César est ravagée. Cette dernière structure datait probablement du Bas-Empire. En effet, à partir de la seconde moitié du IVème siècle, les campagnes de la Gaule devinrent peu sûres. Des refuges de hauteur furent alors établis à proximité des habitats ruraux ; ils devaient assurer une protection momentanée aux populations en cas de danger. Le Fort-César, nommé primitivement la Motte du Catez, était une butte sur laquelle étaient établis des fortifications en bois. Elle assurait ainsi la défense de la villa de Sombres et plus globalement la plaine côtière de l’Herlen.

D’autres raids normands vont survenir tout au long du IXème siècle, notamment entre 860 et 880.

Parallèlement à ces raids, la Gaule du nord-ouest entre dans un processus de romanisation. On la nomme désormais Francie Occidentale. L’influence de l’évangélisation et le renouveau de Boulogne entraînent un essor des populations de langue romane au détriment de population de langue germanique. Ce phénomène contribue à réduire l’espace saxon-frison qui, bien que commercial, reposait également sur une identité culturelle et linguistique très marquée. Les marchands saxons se retrouvent ainsi sur des terres qui leurs deviennent peu à peu ethniquement étrangères.

La baie de Wissant continue de garder, malgré les pillages, une petite activité économique en liaison avec l’Angleterre. Pour autant, le trafic transmanche se déplace peu à peu de Strouanne à Wissant, ce dernier site étant plus proche du village de Sombres et dispose d’une structure défensive avec la Motte du Catez.

Le Xème siècle va marquer un nouveau tournant dans l’histoire wissantaise. Le moine anglais Guillaume de Malmesbury (1090-1143) mentionne ainsi Witsant comme point d’arrivée d’une traversée depuis Dorobernia (Canterbury) en 933. Cette même année, la future cité est intégrée au comté de Flandre à l’instar de l’ensemble du Boulonnais. L’empire carolingien s’est progressivement désagrégé, suite aux nombreux partages de territoire qu’ont opéré les successeurs de Charlemagne. Le pouvoir de ceux-ci s’est ainsi progressivement affaibli. Les derniers rois carolingiens, réduits à ne plus exercer d’autorité que dans les pays voisins de la Seine et de la Marne n’en gardent pas moins de bonnes relations avec l’Angleterre. Louis IV d’Outremer, couronné en 936, y a ainsi passé toute sa jeunesse.

C’est dans ce contexte que va progressivement naître Wissant en tant que ville. Le site apparaît pour les Carolingiens comme le port d’où ils peuvent le mieux communiquer outre-Manche. D’après les chroniques de Flodoard et de Richer, Louis IV d’Outremer serait venu en 938 à Guiso/Guisum, avec l’intention d’y rétablir une place forte et de restaurer le port. Le but du souverain est de disposer d’un port de première importance pour développer le commerce transmanche.

La place forte remodelée par les hommes de Louis IV d’Outremer est la Motte du Catez telle qu’on la connaît aujourd’hui. Cette motte est entourée d’un fossé profond de 7 à 8 mètres. Une seconde ligne de défense était assurée par un parapet bordant le fossé.

Ajoutons que, selon un levé réalisé le 4 mars 1989, le tertre a la forme d’un rectangle dont un petit côté serait arrondi ; il mesure 82 sur 120 m, la plate-forme 60 sur 97 m, soit 4100 m2. Sa hauteur est de 8 à 10 m. On relève à l’ouest un glacis, devant l’entrée, de 100 x 40 m, à 5-6 m en dessous du tertre, et à l’est un autre glacis en forme de croissant. Il s’agit bien là d’un véritable fort en terre, renfermant sur sa plateforme des constructions en bois.

Il a un double rôle : d’une part assurer la défense du port de Wissant, d’autre part servir de refuge aux habitants. Du village de Sombres en cas d’attaques, tant terrestres que maritimes.

Certains auteurs estiment que la motte aurait pu accueillir jusqu’à 700 à 800 personnes. L’établissement de la place forte wissantaise s’inscrit dans un processus de fortification, entamé dès la fin du IXème siècle sur les côtes de la Mer du Nord.

Louis IV fait également restaurer le port, c'est-à-dire l’ensemble du chenal de l’Herlen. Le chroniqueur Lambert d’Ardres (1160-1227) est très clair à ce sujet, lorsqu’il évoque la baie de Wissant vers 930-940. Il parle ainsi de Strouanne la Britannique sur le port qui de par son sable blanc est ordinairement appelé Wissant. Cela atteste que c’est un ensemble portuaire, depuis l’antique port transmanche de Strouanne jusqu’au débouché de l’Herlen, qui est restauré. C’est ainsi qu’au niveau de nos actuelles dunes d’Amont et des Wrimetz, des structures en dur sont mises en place. On en retrouvera des vestiges disparates et calcinés tout au long du XIXème siècle (fondations de maisons et de caves, vestiges de murs, restes de bois calcinés, ossements…). Sur la rive droite actuelle de l’Herlen, parallèle au cours d’eau, l’on a par ailleurs découvert au XIXème siècle de longs et larges murs portant des anneaux de fer, et des pièces de bois profondément enfoncées ; ces vestiges témoignent qu’il se trouvait là un quai.

Reste le problème suivant : Wissant bénéficie-t-elle d’un port abrité ? L’archéologie et la géologie viennent une nouvelle fois nous éclairer. Il est en fait indéniable que le débit de l’Herlen est à ce point important qu’il a ennoyé une partie du marais de Tardinghen. En effet des sédiments marins s’y sont déposés, au-dessus de la tourbe d’âge gallo-romain. Par ailleurs plusieurs ancres ont été découvertes dans le marais, dont une à une seule patte au pied de la Motte du Bourg. Cela atteste que le port wissantais se prolongeait dans une partie du marais actuel, en faisant un port abrité. D’ailleurs, la Motte du Bourg, est-elle aussi aménagée pour défendre le port. Ses fossés de circonvolution étaient encore visibles il y a quelques années. Sur l’angle ouest de cette motte castrale, est établi un tertre ; celui-ci porte un phare destiné à sécuriser un peu plus encore le port wissantais. Il y a mieux encore : des sondages à la tarière effectués en 1978 ont révélé qu’entre la dune d’Aval et la Motte du Bourg, la tourbe disparaît complètement sur une large bande alors qu’elle présente partout ailleurs. Cela atteste l’existence d’un chenal maritime qui a creusé la tourbe au point de la faire disparaître. Les dépôts interstratifiés de sable en bordure du chenal le confirment. Ce chenal maritime, alimenté depuis l’Herlen, date de l’époque médiévale. Il correspond donc à l’ancien port abrité. Celui-ci était parallèle au cordon dunaire. D’une profondeur de plus de quatre mètres, il était large d’au moins cinquante mètres. Sa longueur reste, quant à elle, indéterminée. Notons qu’avant la plaine partant du marais de Tardinghen jusqu’à la Motte du Bourg était nommé Hable ce qui signifie dans le pays havre.

Sur les terres en arrière des dunes wissantaises, l’on a en outre mis à jour des pièces de bois qui provenaient d’ouvrages établis pour la navigation. Ces trouvailles ont été réalisées au cours du XIXème siècle, soit avant la mise en place de la station balnéaire.

Les navires se rendant à Wissant bénéficient d’un port véritablement abrité car toute une partie de l’appareil dunaire actuel est déjà en place. En témoigne la découverte en 1987, sur l’estran entre Tardinghen et Wissant, d’une sépulture datée de l’an 1000. Le corps, celui d’un non-européen, avait été enterré soigneusement dans un banc de tourbe. Il était orienté nord-est/sud-ouest, la tête tournée vers le Gris-Nez. Cette sépulture atteste qu’en l’an 1000 le terrain où elle a été creusée est au sec. Il devait s’agir probablement d’un secteur lagunaire, la mer restant bien plus au large que maintenant dans ce secteur.


L’énigme Weretham

Arrêtons-nous maintenant sur une énigme locale : Weretham. Il s’agit d’une cité évoquée au Xème siècle lors de la translation des reliques des saints de Fontenelle. Les moines de Gand quittent Boulogne le 24 août 944. Après un jour de marche, ils s’arrêtent au coucher du soleil dans un village nommé Weretham. Le texte latin relatant la translation précise : « Villam quam dicunt Weretham : villa autem eadem secus mare sita est ». Weretham est donc situé sur le bord de mer. A peine arrivés, les religieux connaissent une violente tempête. La mer est tellement forte qu’elle menace d’envahir le rivage. Les moines se croient même perdus. Le temps finit par se calmer. Le lendemain les ecclésiastiques reprennent la route et arrivent au soir à Oye (villam vocabulo Ogiam). Weretham se situe donc à mi-chemin entre Boulogne et Oye, sur une partie de la côte directement exposée à la mer. Pour l’abbé Haigneré, c’est en baie de Wissant que l’on pourrait localiser le mystérieux village, précisément aux Wrimetz. Pour autant, certains éléments semblent déplacer cette localisation vers les Wardes.

1. Le témoignage en 1958 d’Henri Regembal, secrétaire de la mairie de Peuplingues : « les découvertes ou constations que j’ai pu faire se situent plus loin, en mer, face à la pointe de Saint-Pô. Par deux fois, j’ai pêché de gros crabes entre les murs de ce qui restent d’antiques maisons. Oh ! Bien sûr, les murs n’ont pas plus de vingt à trente centimètres de haut. Mais ils existent bel et bien et sont recouverts bien enracinées et bien vivantes. Ils semblent être en silex, mais leur forme géométrique ne laisse aucun doute sur leur origine, ce que j’ai vu est bien l’emplacement de plusieurs maisons réduites à des soubassements ». Ce témoignage s’ajoute à celui déjà cité de du marin wissantais Jean-Baptiste Bodart, qui évoquait « une grande croix de plusieurs mètres », selon lui « une sorte de calvaire », et aux observations de la fameuse route dallée des Wardes se poursuivant jusqu’à Sangatte. Tous vont dans le sens de l’existence d’un bourg dans le secteur des Wardes.

2. La toponymie. Selon Jacques Jonas, professeur de philologie et de langues germaniques à Lille, Weretham « est un terme germanique qui doit se décomposer ainsi : Wereth et Ham. Ham : village, hameau (apparenté au « home » anglais et visible aussi dans de nombreux noms de lieux en « ing-hem »). Wereth : rive, rivage (on a, en vieil anglais, le mot « Waroth » avec le même sens) d’où la signification de « bourg sur le rivage » qui convient très bien à la localité. Ce terme devient à une époque plus récente « Waard », mot existant encore en néerlandais, toujours avec le même sens. Or, le néerlandais est issu de dialectes « bas-francisques » qui étaient aussi parlés dans le Nord… de la France. Pour moi, le terme de « Wardes », ces récifs témoins de l’ancien rivage, représente bien l’ancien nom de « Weretha(m) ».

Le village de Weretham aurait donc été construit sur les roches des Wardes, de part et d’autre de la fameuse voie. Les vestiges du monastère tout proche de Strouanne auraient été une carrière de pierres taillées toute trouvée. Un waard (ou weerd) est un ancien mot néerlandais qui désigne un territoire plat, souvent occupé par l’homme, et plus ou moins entouré d'eau dont il est protégé par des digues. Ce qui correspond parfaitement à la topographie médiévale des Wardes. Les tempêtes et le risque d’envahissement de la mer justement évoquées dans la chronique de 944, finiront par submerger la cité à une date inconnue, la faisant disparaître de l’Histoire.


L’église Notre-Dame de Sombres

Il est probable que l’église paroissiale Notre-Dame de Sombres ait été bâtie durant la restauration de la cité. En témoigne le choix des saints tutélaires du sanctuaire, à savoir saint Pierre et la Vierge Marie, qui sont les saints patrons auxquels est consacré vers 950 le plus grand nombre de nouveaux lieux de culte dans le royaume.

L’église semble avoir été érigée sur les vestiges du monastère de femmes fondé par sainte Fare, précisément au cœur du cimetière communal actuel.

En effet, en 1855 le bedeau Pierre Noyelle, maçon de formation, extrayait des pierres du lieu occupé par Notre-Dame de Sombres, lorsqu’il découvrit sous les fondations de l’église des pavés en terre cuite peints de vert, encore bien en place. Par ailleurs, il mit à jour un mur qui ne pouvait appartenir qu’à un édifice plus ancien encore que l’église. Cet emplacement s’explique par deux raisons :

_la commodité, les vestiges du monastère ravagé par les Vikings offrant des fondations toutes trouvées

_la proximité, la plus grande partie de la population habitant, au Xème siècle, le village de Sombres.

Citons à ce propos le voyage de l’archevêque de Canterbury Sigéric qui gagne en Rome en 990. Le chemin qu’il emprunte en retour se décline en 81 étapes et a été consigné par un scribe faisant partie de la suite du prélat. Ce chemin est connu sous le nom de Via Francigena. Il est intéressant de constater que l’étape 79, la dernière du continent, est Sombres. Le document atteste donc qu’à la fin du Xème siècle le village reste à Sombres tandis que Wissant n’est qu’un port. L’église de Sombres, selon une disposition relativement rare, est à deux nefs collatérales. Elle est dédiée à la Vierge Marie, honorée en ce lieu sous le titre de Notre-Dame de Sombres. L’édifice est surmonté d’un campanile renfermant deux cloches. Autour du sanctuaire s’étend le cimetière paroissial, encore en usage de nos jours.


Etymologie et émergence du port au XIème siècle

La restauration de l’entité portuaire wissantaise par Louis IV contribue à modifier progressivement le courant des marchandises et des voyageurs. Celui-ci, lié à l’émergence économique de Saint-Omer, délaisse en grande partie l’axe Thérouanne-Boulogne-Douvres pour se porter sur la route Guînes-Wissant-Douvres. Cette voie présente le double avantage d’un trajet plus court et moins accidenté que celle passant par Boulogne. Le port sert désormais aux relations des comtes de Guînes avec l’Angleterre.

Ce trafic contribue à la création progressive au débouché terrestre de notre port, sur la rive droite de l’Herlen, d’une véritable cité, qui atteindra son apogée au XIIème et XIIIème siècles. Cette ville va prendre le nom même du milieu où elle s’est installée : des buttes de sable (sans) blanc (hwita). Notons au passage que le peuplement de Strouanne acquiert ce nom à la fin du XIème siècle. On trouve ainsi la dénomination Strones en 1084.

La cité de Wissant se situe sur la rive droite de l’Herlen, les découvertes archéologiques étant innombrables et incontestables (pans de murs, restes de grandes demeures, traces d’anciennes rues…). Wissant est une ville prospère.

Elle possède des hôtelleries et des maisons particulières de belles dimensions. Cette prospérité permet d’ailleurs à la cité de se racheter d’un incendie en juillet 1229. La cité est en effet menacée par les troupes du comte de Flandre. Notons que la tradition a longtemps gardé le souvenir de deux rues médiévales : la rue des Orfèvres et la rue des Brasseurs. La première reste encore en usage au XIXème siècle. Par ailleurs, le Terrier de Saint-Wulmer daté de 1505 nous donne d’autres précisions ; il mentionne ainsi la commune des Bourgois, la rue du Marché, la rue des Febvres, le Marché aux Francs Marés, non loin duquel se trouve la Halle de la Ville de Wissant, la rue de Haulte-Sombres, le flégard, de Haulte-Sombres, le laye de Wissant, ou encore lhospital de Wissant. Toutes les voies sont pavées, y compris le chemin des Morts, qui relie Sombres et son église à Wissant. Outre la Motte du Catez qui est fortifiée, la cité wissantaise est entourée par un réseau de remparts en bois dont on ne connaît pas le tracé exact. Elle constitue vraiment une place forte.


Un port illustre

Il devient le premier port de la côte et l’un des plus importants de la monarchie française. En témoigne la qualité des personnes l’ayant utilisé.

En 1013 le roi d’Angleterre Ethelred II, chassé de son royaume, aurait passé les fêtes de Noël dans la cité avant de rejoindre son oncle Richard II, duc de Normandie. En 1036, le prince Alfred se rendant de France à Douvres passe également par Wissant, avec un certain nombre de soldats.

En 1048 le comte de Boulogne Eustache II suit le même chemin pour se rendre à Douvres. Il en effet très lié à l’Angleterre puisqu’il a été marié en premières noces avec la sœur du roi anglo-saxon Edouard le Confesseur, dénommée Goda. Il accompagne par ailleurs Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066. L’empire anglo-saxon né de cette bataille nécessite très rapidement des allers et retours continuels de princes, de chevaliers, de fonctionnaires, de clercs, de commerçants et de pèlerins qui transitent entre le continent et l’île. Beaucoup passent dès lors le port de Wissant, contribuant ainsi au développement de la cité.

En février 1069, Gervinus, abbé de Saint-Riquier, vient à Wissant pour se rendre outre-Manche, mais il est bloqué dès son arrivée dans la cité par une tempête qui souffle depuis quinze jours déjà sur la côte. Il trouve à Wissant plus d’une centaine de moines et d’abbés, ainsi qu’une grande foule de soldats et marchands. Tous attendent de gagner l’Angleterre. Leur présence témoigne que Wissant est alors un port assez considérable.

Peu avant 1077, c’est ainsi probablement de ce port que le bienheureux Herluin, fondateur du Bec, partira pour l’Angleterre. Arrivé à Wissant, il trouve le port vide de navires car un vent contraire les retient depuis près de 40 jours de l’autre côté du détroit. Selon la légende, ses prières auraient modifié le vent de telle façon que 16 bateaux seraient arrivés au début de la nuit, lui permettant de s’embarquer et d’atteindre l’Angleterre.

En 1087, Wissant reçoit Guillaume le Roux, duc de Normandie, parti se rendre en Angleterre pour y recueillir la succession de son père dont il venait d’apprendre la mort. Ce même Guillaume, devenu roi d’Angleterre, passe de nouveau par Wissant en 1094. L’année suivante, le bourg accueille saint Anselme, archevêque de Canterbury. Le religieux, s’étant embarqué à Douvres après avoir attendu pendant quinze jours un temps favorable, aborde à Wissant pour se rendre à l’abbaye de Saint-Bertin. Selon une légende, ses rameurs n’auraient pas eu à donner d’impulsion au vaisseau pour arriver sur nos côtes.

Le 27 avril 1103, saint Anselme débarque de nouveau dans la cité pour s’en aller par Boulogne en Normandie. La même année, Wissant est avec Gravelines, l’un des deux ports prévus dans le traité de Douvres pour l’embarquement de mille chevaliers que le comte de Flandre a promis au roi d’Angleterre Henri Ier Beauclerc. Cela confirme à la fois l’importance de la ville et la grandeur du port.

Le 10 avril 1111, la princesse Mathilde, fille de ce même roi, est envoyée de Douvres à Wissant pour se rendre auprès de l’empereur germanique Henri V, à qui elle est promise en mariage. Elle l’épousera effectivement trois ans plus tard, le 7 janvier 1114. La même année, le 25 mars, les chanoines de Laon, venus d’Arras, arrivent à Wissant. Ceux-ci promènent les reliques de leur église afin de quêter des aumônes pour la reconstruire. Sur l’invitation des mariniers du lieu, les chanoines se seraient embarqués en la compagnie de plusieurs marchands de Flandre qui font le commerce de la laine avec les Anglais. Ils seront par ailleurs attaqués par des pirates en pleine mer. Signalons au passage que dans une charte datée de 1127, le seigneur Guillaume Clinton promet aux bourgeois de Saint-Omer de les exempter du droit d’épaves à Wissant. Cette promesse tend à prouver que les Audomarois frètent dans ce port des bateaux à destination de l’Angleterre.

Les années passent et les voyageurs transitant par le célèbre port restent toujours aussi nombreux. En 1135 le comte de Boulogne Etienne, allant ceindre la couronne d’Angleterre, embarque ainsi à Wissant. Le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, venu de Douvres, arrive pour sa part dans la cité en 1156.

En 1169, c’est le corps du comte de Guînes Arnould Ier qu transite par Wissant. Parti en Angleterre pour visiter des biens qu’il avait reçus, Arnould tombe malade à Newington puis y décède. Sa dépouille est ramenée en France pour y être enterrée à l’hôpital de Saint-Inglevert.

En 1170 Wissant accueille saint Thomas Beckett, archevêque de Canterbury. Venu de Saint-Omer en compagnie de nombreux clercs et de ses plus proches conseillers, l’illustre religieux s’embarque le 1er décembre pour l’Angleterre, malgré les conseils du doyen de Boulogne qui sait la vie de l’archevêque menacée par le roi Henri Plantagenêt. Saint Thomas est en effet l’opposant le plus virulent du monarque. Le 2 il arrive à Sandwich d’où il part vers Canterbury. Il sera assassiné le 29 dans sa cathédrale, sur ordre de son roi.

Le 29 septembre 1173 Robert III de Beaumont, comte de Leicester, emprunte le port wissantais avec sa femme et son mobilier. Il est accompagné de nombreux fantassins et cavaliers venus de la Normandie et de la Flandre.

Le 12 juin 1174, Henri au Court Mantel, fils du roi d’Angleterre, s’embarque de même à Wissant, avec 318 soldats que lui donne le comte de Flandre. Trois à quatre ans plus tard, lors du vendredi saint, ce même comte de Flandre, Philippe Ier d’Alsace, emprunte à son tour la voie Wissant-Douvres afin, selon certains auteurs, de rejoindre Henri Plantagenêt pour contracter une alliance avec lui. Pour d’autres auteurs, la venue en Angleterre du comte aurait eu pour objet une visite au tombeau de saint Thomas Beckett. En effet à la fin du XIIe siècle bon nombre de personnalités se rendent en pèlerinage à la sépulture du saint archevêque.

C’est ainsi que le 22 août 1179 le roi de France Louis VII, dit le Jeune, s’embarque à Wissant en la compagnie d’une nombreuse suite de nobles du royaume pour gagner l’Angleterre et Canterbury. Selon certaines chroniques normandes et anglaises, saint Thomas Beckett serait apparu trois nuits de suite au roi pour le sommer de se rendre en pèlerinage à son tombeau. En effet, suite à une partie de chasse, son fils, le futur roi Philippe Auguste, alors âgé de 14 ans, est tombé gravement malade. A son retour à Wissant le 26 août, le souverain aurait appris la guérison de son fils et se serait ainsi rendu en pèlerinage à l’église Notre-Dame de Sombres pour remercier Dieu.

L’année suivante un autre grand nom passe à son tour par Wissant. Il s’agit de Saint-Laurent O’Toole, archevêque de Dublin. Le prélat doit rencontrer à Rouen le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, afin de discuter avec lui des droits de l’Irlande. Il accoste dans notre port en octobre 1180. Il prend ensuite la route passant par Boulogne puis Abbeville. Mais, épuisé et fiévreux, il doit s’arrêter à Eu, en Normandie, où il décède le 14 novembre 1180.

La renommée de Wissant est telle que le nom de la cité figure dans des écrits médiévaux parmi les plus fameux. On le retrouve ainsi dans la Chanson de Roland (XIème siècle) au chant 110 : « De Besançon jusqu’au port de Wissant pas une maison dont les murs ne crèvent ».

La cité est également mentionnée à deux reprises par le géographe arabe Al Idrissi dans le Livre de Roger en 1154 ; il ne cite d’ailleurs que Wissant comme point d’embarquement vers l’Angleterre. Le port apparaît comme le point de départ et/ou d’arrivée de deux nouvelles routes : l’une mène à Narbonne par Boulogne, Amiens puis Clermont ; l’autre arrive à Rome par Reims, Annecy, Milan.

Wissant apparaît de même dans la célèbre Divine Comédie de Dante (premier quart du XIVème siècle) :

« Comme les Flamands entre Wissant et Bruges

Craignant le flot qui s’avance vers eux,

Construisent des défenses devant lesquelles la mer fuit »


Wissant port de pêche

Si Wissant est une riche cité portuaire vivant du trafic transmanche, elle n’en abrite pas moins une communauté de pêcheurs. C’est probablement elle qui, venue s’installer à côté des établissements commerciaux, a transformé le port en véritable cité. La harengaison y est ainsi attestée dès 1090. Par ailleurs, en 1121 le comte Eustache III de Boulogne cède à l’abbaye de Saint-Wulmer le droit de pontage des bateaux wissantais et les aumônes faites sur les bateaux dans la saison des harengs et des maquereaux, à savoir une demi-part par bateau de pêche de la paroisse. La communauté de pêcheurs vit sur la rive gauche de l’Herlen, en ce lieu où le comte de Boulogne fait élever vers 1040-1060 une chapelle de secours. Désignée sous le titre de basilique de saint Michel selon la chronique de saint Riquier, la chapelle, non paroissiale, est placée sous le vocable de saint Michel, qui veille à la clémence des flots, et de saint Nicolas, protecteur des marins et des marchands. Un chapelain est préposé au service religieux du sanctuaire. En 1273 les marins réclameront en vain un second chapelain qui officierait uniquement pour eux.

Lors du passage de l’abbé Gervinus en février 1069, Wissant commence à manquer de vivre car la cité accueille depuis 15 jours plusieurs centaines de voyageurs bloqués par le mauvais temps. L’abbé propose alors à tous un pèlerinage à pieds nus, au chant des psaumes à l’église Saint-Pierre d’Audinghen. En ce lieu il y aurait célébré une messe pour demander à Dieu un temps favorable. Des deniers reçus à l’offrande, l’abbé Gervinus aurait fait couler un cierge destiné à saint Michel et à saint Nicolas, patrons de la chapelle wissantaise.

Néanmoins Notre-Dame de Sombres reste l’église paroissiale et Basse-Sombre le chef-lieu paroissial. Les titulaires de la cure sont nommés à partir de 1121 par l’abbé de Saint-Wulmer à Boulogne.

Le village de Basse-Sombre n’en perd pas moins progressivement sa population, drainée par le port wissantais et ses activités commerciales.

Wissant aux XII et XIIIèmes siècles

A la fin du XIIème siècle, le port de Calais émerge et commence à attirer vers lui le commerce de Saint-Omer et des Flandres. Le chemin par Calais est plus court, plus sûr que celui et il emprunte une voie d’eau. Pour autant le port wissantais maintient son activité et d’illustres personnages continuent à l’utiliser. Le 12 juillet 1184 (ou le 10 juin), la cité accueille ainsi le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt. Selon certains auteurs il se serait rendu en Normandie pour combattre son fils aîné Richard Cœur de Lion.

Quelque temps plus tard sa femme Eléonore (dite Aliénor) d’Aquitaine emprunte le même chemin. En 1189 c’est au tour de l’archevêque de Canterbury Baudouin de venir à Wissant. En 1193 Jean Sans Terre, comte de Mortain, choisit par ailleurs ce port comme havre pour équiper une flotte destinée à guerroyer sur les côtes anglaises, selon la volonté du roi Philippe Auguste. Cela témoigne bien de l’existence d’un important port abrité.

Durant l’année 1207, le même Jean Sans Terre chasse d’Angleterre 80 moines de Canterbury. Ceux-ci arrivent sur le continent par Wissant accompagnés d’une centaine de domestiques. Près de 45 ans plus tard, en 1251, embarque dans ce port Simon V de Montfort, comte de Leicester.

En 1274 le roi d’Angleterre Edouard Ier utilise également le port wissantais pour se rendre en Angleterre afin de prendre possession de son trône. Les chroniqueurs gardent aussi le souvenir de la venue en 1299 du roi d’Ecosse Jean de Bailleul. Détrôné et chassé de son royaume, il débarque à Wissant et y signe d’ailleurs une charte.

Le 13 février 1308 le roi d’Angleterre Edouard II s’embarque dans la cité en la compagnie de son épouse Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, qu’il vient d’épouser en grande pompe à Boulogne le 25 janvier.

En 1327, Philippa de Hainaut, mariée par procuration au roi d’Angleterre Edouard III, embarque dans la cité pour rejoindre son époux. Deux ans plus tard, les ambassadeurs du roi Philippe VI de Valois embarquent de Wissant pour se rendre auprès d’Edouard III et négocier avec lui le statut de la Guyenne, terre de litige entre les deux royaumes.

Outre à ces hautes personnalités, la cité sert aussi de lieu de passage aux élèves anglais qui suivent les cours de l’université de Paris. Le roi de France Philippe le Bel ayant appris que le comte de Boulogne leur fait payer à Wissant un droit de passage pour leurs bagages, leurs livres et leurs chevaux, il leur accorde un privilège d’immunité par une charte datée du mois de mars 1313.

Wissant reste également en cette première moitié du XIVème siècle un port de commerce, en témoigne une étude menée au début du XXème siècle par la Société académique de Boulogne-sur-Mer. Celle-ci, s’appuyant sur la multitude des découvertes de monnaies faites sur l’emplacement de l’ancien Wissant, signale la prédominance des pièces datant de la seconde partie du XIIIème siècle et de la première moitié du XIVème.

Par ailleurs, il existe dans ce port un tonlieu, c’est à dire un ensemble de taxes établies sur le passage des marchandises et revenant au comte de Boulogne. Ce péage ne manque pas d’importance puisqu’il fournit en 1320 une rente annuelle de 500 livres. Il est le principal de ceux qu’on levait alors dans le Boulonnais. Il faut dire que Wissant est lieu de déchargement des laines venues d’Angleterre, commerce très florissant.

Parmi les personnes utilisant le port wissantais se trouvent de nombreux pèlerins d’outre-Manche désirant se rendre vers les lieux saints que sont Boulogne, Rome et Saint-Jacques de Compostelle. Les nombreux plombs, enseignes et plaques de pèlerins découverts à Wissant en témoignent.

La chapelle Saint-Nicolas leur sert de lieu de culte. Autour d’elle un cimetière leur est consacré en 1177 ; il est spécialement dédié à recevoir la sépulture des étrangers morts au cours de leur voyage ou lors de leur pèlerinage vers Boulogne.

Outre le sanctuaire dédié à saint Michel et à saint Nicolas, il existe une autre chapelle à Wissant : celle de la commanderie du Temple qui est consacrée à saint Jacques de Compostelle, protecteur des pèlerins. Cette maison des templiers, fondée au XIIIème siècle, est mentionnée dans différents actes dont le plus ancien est un compte du bailliage de Saint-Omer daté de 1299. Elle compte trois chevaliers à la dissolution de l’ordre en 1311 par le pape Clément V. Comme bon nombre d’ordres religieux, le Temple est exempt à Wissant des lourds droits de péage que prélève alors le comte de Boulogne. Cette maison des Templiers, qui est vraisemblablement un couvent, possède une tour.

Son emplacement était connu au XIXème siècle sous le nom évocateur du Temple. En ce lieu-dit ont d’ailleurs été découverts vers 1911 un Christ en argent daté du XIIème siècle, un poignard à manche sculpté en ivoire et une épée attribuée au XIVème siècle. Les murailles de l’établissement auraient été encore visibles au début du XVIIIème siècle.

Epaisses de deux à trois mètres, elles se sont effritées sous les coups de boutoirs lors des grandes marées. La tour, pour sa part, existe encore au XIXème siècle. En outre en 1895, une salle voûtée qui aurait très bien pu appartenir à cet édifice, s’est effondrée à peine mise à jour.

Il se trouve également sur le territoire wissantais une maladrerie, avec une chapelle sous l’invocation de sainte Madeleine, établie au lieu-dit Gazevert ou Gages-Verts en bordure de la route royale la Leulène qui est fréquentée par une multitude de passants. Il s’agit d’un établissement prenant en charge les lépreux. Ceux-ci, en raison de la proximité de la Leulène, peuvent recevoir les aumônes des voyageurs.

On la trouve mentionnée dès la fin du XIIIème siècle dans les chartes d’Artois sous le nom de li maison de Gasevelt. Elle est entourée d’un cimetière spécial, dont une partie des ossements sera exhumée lors du creusement de la route départementale. Signalons à ce propos que le cimetière a été fouillé en 1860. Treize tombes ont ainsi été mises à jour. L’un des squelettes découverts avait sur la poitrine une coquille de Saint-Jacques percée de deux trous de suspension. Un exemplaire identique a d’ailleurs été trouvé en 1892 durant les fouilles menées sur la butte portant l’église de Tardinghen.


Wissant, cité administrative

C’est durant les XIIème et XIIIème siècles que le bourg devient un des maillons du système administratif du Boulonnais. Wissant est ainsi au point de vue ecclésiastique un titre de doyenné dont le premier titulaire connu, nommé Guofride, aurait signé dans un acte daté de 1225. De ce doyenné dépendent de nombreuses paroisses à savoir Ambleteuse, Audinghen, Audresselles, Bazinghen, Boursin et Le Wast, Elinghen et Ferques, Landrethun-Le-Nord, Leubringhen, Leulinghen, Marquise, Saint-Inglevert et Sombres-en-Wissant. Les paroisses de Fiennes, d’Hardinghen, d’Hervelinghen, de Tardinghen et d’Inghen seront détachées du doyenné de Wissant au XVIème siècle.

Wissant devient également au XIIIème siècle le siège d’une circonscription bailliagère dont l’étendue équivaut à celle du doyenné. Le bourg est ainsi la résidence d’un bailli, agent royal qui vient toutes les semaines y présider à l’administration de la justice. Son échevinage juge au civil comme au criminel. Il rend la justice aux roturiers et non privilégiés précisément en une salle des séances, située à l’angle de l’actuelle route de Calais et de la rue menant à l’église Saint-Nicolas. Le pignon de l’édifice, soutenu par deux contreforts, quoique marqué par le temps, était encore visible dans la seconde moitié du XIXème siècle. On pouvait alors encore deviner les traces de voûtes et de fenêtres cintrées ayant appartenu au bâtiment.

Les comtes de Boulogne au XIIème siècle font enfin de Wissant une ville de loi avec maïeur (maire) et échevins. L’on retrouve pour la première fois trace de cette organisation municipale de Wissant-sur-Mer dans un acte daté du 13 août 1303. Le sceau en est brisé mais sur le contre-sceau est représenté un poisson.


La guerre de Cent Ans

Au début du XIVème siècle continue Wissant demeure un port de première importance. En 1327, bon nombre de gentilshommes de Flandre commandés par Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont empruntent ainsi le port wissantais pour se rendre en Angleterre. On estime qu’ils sont près de 2000. Ils doivent venir en aide au roi d’Ecosse. Les vaisseaux affrétés pour leur transport les attendent dans le havre. Quelque temps plus tard ils rentrent à Wissant, leur mission étant terminée, et ils s’y reposent deux jours. L’instabilité des royaumes et les luttes de pouvoir aboutissent fréquemment à des guerres en Europe, ce qui provoque l’interruption du trafic entre l’Angleterre et la France.

Dès lors, les marins wissantais se font écumeurs des mers. Les Anglais les qualifient volontiers de pirates, et ce, dès le règne de Saint-Louis. En raison de sa position géographique privilégiée et de sa commodité, le port wissantais est très apprécié par les pirates français. Ils ont l’habitude d’y prendre des vivres et d’y déposer leur butin. Par ailleurs, le havre leur permet de surveiller à loisir le trafic et de se lancer rapidement à la poursuite des navires anglais.

Lors des années 1330-1345, les pirates vont se montrer particulièrement actifs, car les relations franco-anglaises sont de plus en plus tendues. En 1337 le roi Edouard III d’Angleterre, las de négocier, revendique la couronne de France. Sa mère n’est autre qu’Isabelle de France, fille du défunt roi Philippe Le Bel. C’est la guerre de Cent Ans. Cela n’empêche pas l’évêque Raimond de signer un acte très célèbre à Wissant, dans lequel il passe un accord avec son chapitre.

Durant l’été 1339, la flotte de l’amiral Nicolas Beuchet de Musy entreprend des raids contre la côte anglaise. Elle est constituée de 67 navires dont 32 galères. Pris en chasse par une centaine de vaisseaux anglais sous le commandement de l’amiral Robert Morley, les navires français sont rejoints en baie de Wissant. Ils parviennent à prendre la fuite sans qu’aucun combat n’éclate.

Finalement, le 12 juillet 1346, Edouard débarque en Normandie avec une forte armée. Après avoir ravagé la région, il remonte par petites étapes vers le nord du royaume de France pour y rejoindre ses alliés flamands. Philippe VI décide de le poursuivre ; les deux armées se rencontrent à Crécy. Malgré des effectifs plus importants dont un contingent envoyé par Simon Le Mou, vicomte de Wissant, l’armée française est vaincue.

Le 2 septembre, Edouard III est à Wimille ; il vient d’échouer à prendre Montreuil et Boulogne. Le 3, il capture la cité wissantaise et s’y repose un jour. Le 4, les Anglais sont devant Calais et entament un siège qui va durer onze mois. Edouard III fait renforcer le port et les fortifications de Wissant pour y déposer les approvisionnements venus d’Angleterre et pour se ménager un point de repli en cas de revers.

Août 1347, Calais chute. Edouard III exige alors des Calaisiens qu’on lui remette six bourgeois parmi les plus notables, pieds nus, en chemise et la corde au cou, parés pour le bourreau. Cette exigence est normale de la part du roi Edouard ; se considérant comme roi de France, les Calaisiens sont ses sujets. Lui ayant résisté, ayant lutté contre lui, ils ont commis le crime inexpiable de lèse-majesté et méritent d’être tous passés par les armes. Parmi ces six bourgeois deux sont wissantais : il s’agit de Jacques et Pierre de Wissant. Lorsqu’ils paraissent devant le vainqueur la reine Philippa de Hainaut, prise de pitié, se jette aux pieds de son époux pour implorer leur grâce. Le roi par égard pour elle finit par céder.

Peu après survient un nouveau mal, venu des lointaines steppes d’Asie Centrale : la Peste Noire.

Des marins génois, porteurs du bacille, accostent à Marseille le 1er novembre 1347. Le fléau vient d’entrer en Europe. Dès qu’elle entre dans une ville ses habitants fuient, propageant ainsi la maladie, tandis que la médecine s’avère impuissante. Fin 1348-début 1349, la maladie décime le nord de la France et l’Angleterre. En quatre ans, elle va emporter de 25 à 40 millions d’Européens ! A titre d’exemples, la maladie a emport 100 000 personnes à Florence tandis qu’à Paris, au plus fort de l’épidémie, 500 personnes mourraient par jour !

Wissant est inévitablement touché bien qu’à l’instar du Boulonnais il n’y ait aucun témoignage historique et archéologique.

L’on peut toutefois signaler la découverte dans les années 1970 d’un grand nombre d’ossements à-même la craie à l’ouest du cimetière actuel. Leur positionnement, associé à la toponymie des lieux (chemin des Morts, source du Pont-Charnier), évoque fortement une fosse commune liée à une grave épidémie.

A partir de ces événements, chroniques et auteurs évoquant le devenir de Wissant sont peu précis, confus et contradictoires. Il nous faut donc une nouvelle fois faire appel aux faits dûment établis et à l’archéologie pour reconstituer le passé wissantais.

Suite à la prise de Calais, les Anglais occupent le Calaisis mais également Wissant, qui devient un port d’appui de Calais. Ils réaménagent le port pour en faire un havre de transit de marchandises ; en 1361, alors que la famine et la peste déciment l’Angleterre, Edouard III signe d’ailleurs un édit pour permettre justement le transport des blés anglais par le havre wissantais. Par ailleurs les Anglais renforcent le château et y tiennent garnison. C’est également par Wissant que transitent les exilés d’Angleterre.

C’est vraisemblablement en 1377, au moment de la reconquête d’une bonne partie du Calaisis, que Wissant réintègre le Royaume de France. Pour autant les échanges commerciaux avec l’Angleterre demeurent réguliers, ce dont attestent les trouvailles de monnaies réalisées dans l’ancien Wissant.

Le port est utilisé à des fins militaires en 1404, date à laquelle Gilbert de Fréthun arme deux navires à Wissant pour faire la course contre les bateaux anglais. Ce seigneur a en effet refusé l’hommage au roi d’Angleterre et lui a déclaré la guerre.

En 1412, le roi d’Angleterre Henri IV envoie en France une armée de 2000 hommes commandée par les comtes de Warwick et de Kent. Ces troupes ravagent le Boulonnais et incendient Wissant. S’il n’est pas catastrophique pour la cité même, puisque le commerce transmanche redémarre rapidement, le feu brûle des oyats et fragilise en conséquence le cordon dunaire. Certaines dunes deviennent mouvantes et menacent grandement le port abrité. Un acte daté du 23 décembre 1436 nous apprend ainsi que le cordon dunaire actuel est entièrement constitué ; il a isolé en arrière le marais de Tardinghen.

Pour autant les structures portuaires du chenal d’Herlen restent intactes et continuent d’accueillir pèlerins et commerçants. Les trouvailles archéologiques en attestent et témoignent d’une riche activité jusqu’au début des années 1460, date à laquelle survient un net déclin que l’on peut imputer à deux faits : la désuétude progressive des grands pèlerinages et l’instabilité du secteur où Anglais et Français ne cessent de s’affronter.

En effet, malgré la fin de la guerre de Cent Ans (1453), les Anglais maintiennent leur occupation dans le Calaisis. Ils possèdent tout un territoire autour de Calais, appelé The Pale, et qui s’étend sur une partie des terres wissantaises.

Wissant est donc à la fois anglais et français. La frontière entre les deux royaumes est matérialisée par un ancien ruisseau qui partait de l’actuel hameau de Sombres pour se jeter dans la mer, au nord du Ru des Nains. Il alimentait un moulin hydraulique sur la falaise. Ce ruisseau était nommé de par sa fonction Ru de Langlais.

Ce statut de ville frontière du royaume de France va avoir de graves conséquences pour Wissant. C’est en effet du Pale que partent les différentes troupes qui continuent de ravager périodiquement le Boulonnais.

En 1513, l’armée anglaise se présente ainsi devant Wissant qui s’empresse de faire soumission au lieutenant d’Henri VIII. La cité est ainsi épargnée d’un nouveau pillage.

Quelque temps après le départ de la troupe, un vaisseau anglais s’échoue sur les bancs de sable de la plage wissantaise. Les villageois n’hésitent pas alors à piller le navire et à envoyer les hommes de l’équipage comme prisonniers à Boulogne. En représailles, les Anglais accourent à Wissant, pillent la ville et y mettent le feu. Nous sommes le 4 juillet, jour de la ducasse. Dix-sept notables wissantais, parmi lesquels le mayeur, sont amenés à Hervelinghen. Ils sont tous pendus à titre d’exemple aux arbres du centre de ce village, près du puits. L’actuelle croix mémorielle anglicane d’Hervelinghen, appelée croix des pendus ou encore potence des Anglais, serait un souvenir de ce tragique événement.

En 1543 Wissant est une fois de plus incendié et en juillet 1544 Wissant retombe aux mains des Anglais. Ceux-ci marchent sur Boulogne qu’ils convoitent depuis des décennies. Des Wissantais gagnent cette ville et participent à sa défense. L’un d’eux est même tué dans des combats le 3 septembre 1544. Boulogne finira par tomber après une âpre résistance.

C’est probablement durant cette occupation que le village des Wardes commence à être démembré. En effet, en 1547, des bateaux de Douvres viennent chercher de la « très bonne pierre » près de Wissant pour les travaux de la défense de Calais. Quoi de mieux que des blocs déjà taillés, prêt à un réemploi ? A partir de cette date, les Wardes deviennent une carrière ; les habitants du pays viennent y chercher des matériaux pour la construction d’habitations. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXème siècle pour que l’on abandonne la carrière, les pierres s’avérant à l’usage trop gorgées d’humidité.

Le passé illustre des Wardes ne survivra plus un temps que par la toponymie, les cartes maritimes d’avant la Révolution évoquant les Gardes du Large, les Gardes de Terre, entrecoupées du Canal. Notons que dans le patois des marins wissantais, les Wardes étaient appelés Watertien, ce qui signifie passage de l’eau.


Redémarrage

Août 1549, Henri II et ses troupes entament la reconquête du Boulonnais. Fin août, Wissant est libéré. En avril 1550, ce sera au tour de Boulogne-sur-Mer. Cette libération signe la renaissance de Wissant et le redémarrage de ses activités commerciales avec l’Angleterre. Pour autant la cité perd plusieurs de ses familles maritimes (des Delpierre, des Olivier) qui s’en vont grossir le quartier de la Beurière à Boulogne.

Signalons au passage que, contrairement à ce qui a souvent été écrit sur le Wissant des années 1350-1550, les attaques dont a fait l’objet la cité n’ont guère étaient destructrices. En effet, on lit dans un mémoire de 1650 : « l’on voit encore des masures de très belles maisons, d’un couvent de Templiers, le tout du costé de la mer, en fort grande longueur et largeur ».

Désormais libéré de la menace anglaise, le port wissantais redémarre son activité commerciale mais si les infrastructures sont désormais limitées au seul chenal de l’Herlen.

La cité reste peuplée et dynamique ce qui explique :

-1) que, lorsqu’en 1559 sont créés les nouveaux doyennés, suite à la destruction de Thérouanne, les autorités religieuses décident d’ériger le doyenné de Wissant, qui s’étend sur 145 km2. La restructuration du diocèse de Boulogne par Monseigneur Le Bouthillier ne fera que confirmer le rôle joué par Wissant. Le diocèse de Boulogne se divisera désormais en cinq doyennés dont celui de Wissant. Celui-ci comprendra 14 paroisses pour 140 km2.

-2) que Wissant se voit confirmer ses coutumes de ville de loi le 16 octobre 1550. Ces coutumes sont relativement proches de celles des villes de Boulogne, Desvres et Etaples. Selon elles, le mayeur et les échevins de la cité ont tout droit de justice (haute, moyenne et basse) et de police sur la ville et sur sa banlieue. Maïeur et échevins sont élus très régulièrement pour l’administration des affaires communales, vraisemblablement le jour de la Saint-Marc.

Leurs décisions se heurtent parfois aux autorités supérieures comme en 1758. Au cours de cette année, le maïeur décide de faire déplacer sur Wissant une des deux cloches de l’église paroissiale Notre-Dame de Sombres. Les autorités religieuses n’ayant pas été prévenues, il s’ensuit un différend qui est porté devant l’évêque de Boulogne. Il arrive que le maïeur et les échevins de Wissant apportent leur concours à des mouvements de contestation. Ainsi, en 1610, se joignent-ils aux représentants de Boulogne, Etaples, Desvres et Ambleteuse pour protester contre l’établissement d’un bureau de sel. Le pays boulonnais est en effet exempt de gabelle et compte le rester. En 1612, il y aura une nouvelle protestation des représentants d’Etaples, Ambleteuse et Wissant. Le lendemain de la Saint-Marc, le maire et les échevins wissantais se réunissent pour procéder à l’adjudication des fermes (perceptions de taxes) de la ville, par voie d’enchères publiques à la chandelle. Ces fermes sont, jusqu’à la révolution, au nombre de trois :

_la première se prend sur les taverniers et cabaretiers

_la seconde, appelée gambalge, se prend sur les brasseurs

_la troisième, le ravard

se prend sur chaque porc destiné à la charcuterie, qui sera ravardé (c'est-à-dire inspecté) par les awards, chargés de la surveillance sanitaire

-3) qu’elle demeure le siège de l’un des huit bailliages du Boulonnais avec Belle Fontaine, Boulogne, Desvres, Etaples, Londefort, Le Choquel et Outreau. Le bailliage et prévôté royale de Wissant comprend dans sa juridiction Ambleteuse, Audembert, Audinghen, Audresselles, Bazinghen, Caffiers, Elinghen, Ferques, Fiennes, Hydrequent, Inghen, Landrethun, Leubringhen, Leulinghen, Marquise, Raventhun, Saint-Inglevert, Sombres Tardinghen et Wissant. Il sera supprimé par l’édit de juin 1745. Un acte de 1550 nous apprend que la prévôté royale de Wissant concerne le tonlieu prélevé dans le port et le « passaige de bestes venant d’Engleterre » ce qui atteste d’un redémarrage du commerce. Cela est confirmé par un mémoire de 1650 : « les navires partant d’Angleterre pour venir en Boulonnais, prennent plutôt le havre de Wissant, où l’on porte encore les laines, à cause qu’il n’y a aucun écueil à craindre ». Le Roi possède même alors à Wissant des bureaux pour y percevoir les droits d’entrée, notamment pour la laine. Wissant demeure l’entrepôt en France des laines anglaises.

Certes les relations transmanche ne sont plus ce qu’elles étaient au Moyen Age, mais elles suffisent à maintenir une prospérité à Wissant jusqu’au commencement du XVIIIème siècle. Ce dont attestent deux éléments. D’une part la variété des professions de ses habitants au XVIIème siècle : maître chirurgien, maître brasseur, procureur d’office, charpentier de marine, maître hôtelier, hôtelier, tavernier, marchand de marbre, marchand boucher, maître tailleur d’habits, maître tonnelier, maître taillandier, maître maçon, maître serrurier, marchand brasseur, notaire, bourgeois, boulanger, marchand mercier, marchand cordonnier, maître tailleur, bourrelier, maréchal, marinier, cordier, charpentier, cloqueman, couvreur de paille, maître marinier, maître de bateau pêcheur, capitaine de chasse-marée, marchand chasse-marée, chasse-marée, manouvrier, journalier, jardinier, garennier, laboureur, meunier, vacher, sage-femme… D’autre part les données démographiques du XVIIème siècle témoignent d’une vitalité certaine puisqu’il faudra attendre la seconde partie du XIXème siècle pour atteindre des niveaux équivalents de natalité. Elles permettent d’estimer la population wissantaise à environ sept cents à huit cents habitants dans les années 1680. Ces nombres sont confirmés par un recensement en 1698 qui donne à la cité 708 habitants. A la même époque Calais compte 5095 habitants et Boulogne 3748.

Outre le commerce, tout un pan de l’économie wissantaise dépend de la pêche. Or, l’on ne dispose que de peu de sources permettant de quantifier cette activité. Un des actes les plus anciens parmi ceux conservés nous apprend qu’en novembre 1556 nos marins pratiquent la harengaison. L’échevinage de Boulogne désire alors que le Roi interdise aux Wissantais la vente du hareng durant la saison de pêche de ce poisson symbole de Wissant.

Il est indéniable que la pêche est une activité majeure de la cité et qu’elle domine la vie du bourg dans les premières décennies du XVIIème siècle. Cela explique que l’on retrouve des marins parmi les mayeurs de Wissant (Pierre Delpierre en 1607, Jean Delpierre en 1609, Hugues Delpierre en 1612, Laurent Altazin vers 1630, Nicolas Chastel à la même époque).

Pour la seconde partie du XVIIème siècle, il existe un Rôle des maîtres de, bélandres, barques et autres vaisseaux, matelots de Boulogne, Etaples, Wissant, et du pays boulonnais dressé le 4 novembre 1671 par l’intendant Henri Lambert d’Herbigny. Wissant compte alors 16 maîtres pêcheurs et 29 matelots. La pêche wissantais est dominée par les Altazin.

L’activité reine reste la pêche au hareng. Des bateaux wissantais vont jusqu’au banc de Yarmouth pêcher ce poisson, dès octobre. En 1689, ils ramèneront dans leurs filets 30 000 harengs.

Signalons en aparté la révolte dite des Lustucru, qui survient durant l’été 1662. Causé par un nouvel impôt que l’administration royale veut imposer au Boulonnais, ce soulèvement populaire touche plusieurs bourgs : Marquise, Wirwignes, Wimille, Isques, Samer, Saint-Léonard, Tingry et Hucqueliers. Plusieurs centaines d’hommes, parmi lesquels des Wissantais, prennent les armes et affrontent à plusieurs reprises les cavaliers royaux. Averti de la situation, le Ministre de la Guerre Le Tellier de Louvois envoie une véritable armée mettre fin à la révolte. En quelques jours, la situation est rétablie. Plus de 350 hommes sont arrêtés et condamnés aux galères. Enferrés et enchaînés, ils se rendent en marche forcée jusqu’à Toulon, tandis que les leaders sont exécutés en place publique. Les registres gardent la trace d’un Wissantais, Jean Lobjois, mort des suites de sa déportation à l’hôpital de Toulon fin novembre 1662.


Les hôpitaux wissantais

Pour aider les indigents, il se trouve à Wissant deux hôpitaux. L’un est consacré aux lépreux ; il s’agit de la maladrerie établie à Sombres au lieu-dit les Gages-Verts. L’établissement possède entre autres biens la dîme de Todincthun qui est affermée en 1615 pour le prix de 20 livres tournois.

Quant au second, il se trouve à côté de la chapelle Saint-Nicolas. La dîme perçue sur notre paroisse, mise à prix à 150 livres tournois le 26 avril 1615, lui appartient. L’établissement qui possède une chapelle dédiée à saint Jean et construite en 1308 par Thomas de La Vacquerie, jouit en outre de plusieurs terres, telles les Argilières et les Croquets, qui sont données à ferme pour les besoins de la municipalité.

Par l’édit de décembre 1672, la maladrerie et l’hôpital sont unis à l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, et classés en commanderie de deuxième classe. Toutefois à partir de 1693, Louis XIV retire à l’ordre les maladreries et les hôpitaux concédés vingt ans plus tôt ; il les restitue à leurs anciens propriétaires à savoir pour Wissant l’hôpital général de Boulogne. Cette restitution a lieu précisément suite à l’arrêt du 31 août 1696.

Il est à signaler que le prêtre officiant en la chapelle Saint-Nicolas porte au milieu du 17ème siècle le titre de chapelain de l’hôpital et la maladrerie de Wissant.

L’hôpital de Boulogne rétrocède pour sa part chaque année une partie des revenus de deux établissements hospitaliers de la paroisse wissantaise. La somme qui s’élève à 60 livres en 1725 est destinée aux besoins des indigents de la localité.


Les seigneuries

Durant tout l’Ancien Régime, Wissant est une seigneurie qui appartient au domaine royal. Elle est aliénée par le roi Henri IV, à titre de sous inféodation le 28 octobre 1595 pour la somme de 2800 écus. Le seigneur de Wissant reçoit alors le titre de baron. Il existe également une seigneurie de clocher au hameau de Sombres qui appartient à la famille Le Porcq d’Herlen, branche de la famille Le Porcq qui va donner plusieurs de ses membres au clergé et à la judicature. C’est Philippe Le Porcq, seigneur d’Imbrethun, mayeur de Boulogne, qui rachète le fief d’Herlen à la fin du XVIIème siècle aux Rault, de Calais. Jusqu’à la fin du XVIème siècle, le fief était tenu par les Courteville de Hodicq.

Au Colombier se trouve par ailleurs un fief. Le hameau se nommait primitivement Oeuvrebreucq. Le nom du Coulombier était au départ celui d’une ferme dont le pigeonnier était de dimensions remarquables. Cette dénomination, apparue au milieu du XVIème siècle, finit par prédominer et s’étendre à tout le hameau. Oeuvrebreucq avait d’abord été possédé par des seigneurs de son nom, dont on trouve mention au XVème siècle.

Par la suite, il se trouve deux fiefs à Oeuvrebreucq, l’un sur Audembert, l’autre sur Wissant. Celui de Wissant appartiendra aux La Cauchie puis aux Pacquentin. L’un des membres de cette dernière famille, Antoine Pacquentin, saisira féodalement la ferme même du Colombier sur Adrien Cochet, débiteur de 3 ans de censives. Les Cochet possédaient en effet la ferme, ravagée à l’extrême fin du XVIème siècle, sans doute après le passage des Espagnols en 1596. Elle sera finalement vendue à la famille Dupont en 1599. Cette famille se fera d’ailleurs ailleurs appelée les Dupont du Colombier.

Quant au hameau du Vivier, aujourd’hui simple ferme, il est un fief en les mains de la famille De Mansel. L’un de ses représentants, Jehan sieur de Noirvilliers, comparaît à l’assemblée électorale de 1560. L’un de ses descendants, Philippe, décédé dans la première moitié du XVIIème siècle, a sa pierre tumulaire établie au-devant de la chapelle de saint Pierre de l’église Notre-Dame de Sombres. Il semble que ce Philippe de Mansel fut, au moins un temps, lié à la religion réformée.

En effet, le 30 septembre 1630 il fait don aux protestants d’une portion de terre située sur la paroisse wissantaise, afin qu’elle leur serve de cimetière. Il semble qu’au XVIème siècle, les protestants aient en effet établi un temple à Wissant. Mais, dans un contexte de guerre de religion, le sanctuaire fut incendié par la population locale et on le reconstruisit à Leubringhen. Il est d’ailleurs certain qu’en 1590, au moment des guerres de la Ligue, des protestants quittèrent la paroisse de Sombres-en-Wissant pour se réfugier à Canterbury. A noter qu’en 1685, suite à la révocation de l’Edit de Nantes, une abjuration de la foi protestante aura lieu à Wissant, celle de Pierre Chalam de Seuye, maître de camp d’un régiment de cavalerie du Roi. Toujours est-il que la pierre de Philippe de Mansel, très morcelée, a été mise à jour en 1877 lors de fouilles menées par Louis Cavrois, membre de la sous-commission d’Epigraphie, et par l’abbé Joseph Devin, curé de la paroisse. Cinq dalles entières, juxtaposées au-devant de la chapelle, sont ainsi découvertes sous les terres du cimetière. Elles marquent la sépulture de la famille de Mansel. Parmi elles se trouve la pierre tombale intacte de la femme de Philippe de Mansel et de l’un de ses fils. Elle mesure deux mètres de long sur un mètre de large. En tête se remarquent les écussons des deux époux et au-dessous l’épitaphe de Marie de Haubert et de Pol de Mansel, décédés l’une en 1632, l’autre en 1633. Une seconde dalle, de mêmes dimensions, recouvre la tombe d’un autre fils de Philippe de Mansel : Jean, de son vivant escuier sieur du Vivier et capitaine de compagnie d’infanterie dans le régiment de Charost, gouverneur de Calais.

Il ne reste plus rien aujourd’hui de ces pierres tombales.


Le déclin wissantais

Dans le courant du XVIIème siècle, les difficultés commencent à s’accumuler.

Il y a tout d’abord le contexte économique et politique. De nombreux conflits opposent la France à ses voisins anglais et espagnols (ceux-ci occupent notamment les Flandres). En avril 1596, la ville de Calais est ainsi assiégée par un corps espagnol de 4000 hommes opérant pour le gouverneur des Pays-Bas, alors en guerre contre la France. Henri IV se rendra sur place, prenant ses quartiers à Boulogne et visitant Wissant. Autre exemple : entre 1635 et 1659 une longue guerre entre la France et l’Espagne endurcit considérablement les conditions de vie dans le Boulonnais et le Calaisis. Elle entrave grandement la pêche et annihile quasiment tout commerce.

Quand le commerce est de nouveau possible, la mauvaise organisation de la fiscalité française vient le compromettre en le paralysant ; les octrois ne font que s’ajouter les uns aux autres.

Autre difficulté : l’ensablement des structures portuaires du chenal de l’Herlen. Depuis le XVème siècle l’on constate qu’un certain nombre de baies commencent à être colmatées par le jeu combiné de l’alluvionnement marin et terrestre. Ce phénomène, associé à une probable baisse du débit des rivières, provoque l’abandon progressif de certains ports comme Abbeville, Waben ou encore Trépied. Combinés en outre à une inactivité prolongée en temps de guerre, les ports s’ensablent inexorablement. A Calais, le chenal doit être désensablé en 1635. En 1661, il est à ce point envahi par les sables qu’il est incapable de recevoir des navires de moyen tonnage.

A Boulogne, les bateaux ne peuvent entrer ou sortir du port qu’à certains moments de la journée, faute de quoi ils tapent sur des bancs de sable.

A Wissant, l’Herlen ne fournit plus une masse d’eau suffisante pour nettoyer les dépôts de sable amoncelés par les courants marins. Son débit suffit toutefois à faire tourner deux moulins : celui d’Herlen, et celui de Wissant, situé à l’emplacement de l’actuel Musée du moulinet qui restera longtemps la propriété de la famille Tiquet puis de la famille Quenu.

A partir de la seconde moitié du XVIIème siècle les bateaux de haut bord ne peuvent même plus pénétrer dans le port. Louis XIV de visite à Wissant en 1680 entreprend de rétablir le port pour le faire servir à ses projets militaires. Toutefois devant la faiblesse des eaux de l’Herlen et les accumulations irréversibles de sable, le « Roi Soleil » est obligé de renoncer à ses projets.

Les entraves à la pêche sont nombreuses et la concurrence devient rude entre les différents ports. Des dénonciations remontent même parfois jusqu’aux autorités. Citons l’exemple de 1686. L’on reproche à certains pêcheurs, notamment aux Wissantais, de pêcher le dimanche et d’utiliser des filets de pêche au maillage trop petit, ce qui aurait pour conséquence de détruire la ressource. Des sergents royaux se rendront dans notre village pour perquisitionner. En vain.

Le contexte général se dégrade encore avec la guerre dite de la Ligue d’Augsbourg, et notamment entre 1694 et 1696, dates durant lesquelles le littoral de Calais à Boulogne est régulièrement attaqué, empêchant toute activité maritime, et parfois même bombardé par des navires anglais et hollandais. Citons à titre d’exemple le 6 août 1695, date à laquelle un combat naval survient en baie de Wissant. Deux matelots d’un vaisseau de Calais, Jacques Godde et Nicolas Tripier, sont tués et ramenés dans notre village, où ils sont enterrés. Le Roi fait même stationner dans le village une compagnie de Dragons, dont on trouve trace en septembre 1696. En 1702 et 1703, Wissant accueille des troupes boulonnaises, tandis que la cité est gardée par des sentinelles. Une de ces sentinelles abattra même un homme de la troupe, dans un incident dont les circonstances nous sont inconnues. En 1710, lors de la guerre de Succession d’Espagne, ce sera le Régiment de Poitou que l’on trouvera dans le village.

Lasse, toute une partie de la population wissantaise quitte définitivement la cité en 1702, terriens mais surtout marins. Des familles de Ledet, Altazin, Pichon, Maquignon, Bihet, Lartisien ou encore Delpierre s’installent dans les ports, plus sûrs, de Calais et Boulogne, où certains feront la course aux navires anglais. Ils viennent essentiellement peupler les paroisses populeuses de Notre-Dame de Calais et Saint-Nicolas de Boulogne. Un certain nombre de marchands désertent également Wissant, au profit de ces deux grands centres. C’est un drame pour notre village qui perd toute une partie de son dynamisme maritime et commercial.

Signalons qu’une première vague d’immigration, plus modeste, était survenue à la fin du XVIIème siècle, avec le départ de plusieurs familles wissantaises sur Dunkerque (Dupont, Bermont, Ringot).

Mais, paradoxalement, les relations avec l’Angleterre vont maintenir une certaine richesse par le biais de la contrebande. Celle-ci est à ce point fréquente à Wissant que dans les années 1680 des gardes des Traites s’installent dans le village. Ils seront appelés dans le courant du XVIIIème siècle employés de la Ferme du Roi, puis à la Révolution préposés de la Régie des Douanes. Les Anglais emploient des smugglers pour leurs trafics de contrebande transmanche.

La pêche, surtout, souffre. Le contexte politique et le départ d’une grande partie de sa communauté sont catastrophiques. En 1710, seuls deux bateaux wissantais sont armés à la harengaison tandis qu’il n’y en a plus qu’un seul en 1729 comme nous l’apprend l’inspecteur Sicard : « Wissant. C’est la première paroisse du quartier de Boulogne distante de 4 lieux du côté de Calais, dans laquelle il y a 5 bateaux pêcheurs de 3 à 4 et 6 tonneaux. Le plus grand est employé à la pêche du hareng, 4 autres à celle du maquereau, et tous les 5 à celle à la ligne ». La flottille n’est ainsi plus constituée que de 5 bateaux, alors qu’elle en comptait 7 en 1700.

Les pêcheurs wissantais pratiquent surtout une pêche côtière, de proximité. La modestie de la flotte et de la taille des embarcations ne permet pas d’autre choix. Ils pêchent notamment des soles, des barbues, des turbots, des limandes et des carrelets.


L’installation d’un système défensif

Les différentes guerres des XVIIème et XVIIIème siècles rendent nécessaire l’installation d’un système défensif sur le littoral, plus exposé que l’intérieur des terres aux descentes possibles des Espagnols et surtout des Anglais. Ce système est double à Wissant. Tout d’abord les autorités militaires établissent sur la plage wissantaise, à proximité du débouché de l’Herlen, un poste de l’amirauté de Boulogne. Il est constitué d’une batterie de trois pièces de canons de 36 livres installée dans une tour fortifiée. A proximité se trouvent adjoints un magasin et un corps de garde, détruits tous deux en 1734 puis reconstruits, et défendus par une troupe d’infanterie et de cavalerie de la garnison de Boulogne. Leur capitaine loge d’ailleurs à Wissant.

La batterie a pour objectif de protéger le pays d’éventuelles descentes d’incendiaires et de défendre les bateaux qui viendraient se mettre sous la protection de son feu. Elle est complétée par l’installation de deux batteries au cap Gris Nez ; l’une composée de canons de trois pièces est installée sur la pointe du cap, l’autre constituée de deux pièces et placée sur un petit fort en terrasse (existant encore en 1794) au pied de la falaise. Ces deux batteries sont gardées par un détachement de la compagnie de Wissant, qui est par ailleurs renforcée par les hommes de Tardinghen et d’Hervelinghen en cas d’alerte.

Par ailleurs, des guetteurs sont installés sur les pointes du Blanc-Nez et du Gris-Nez. Placés sous les ordres du Commissaire de la marine de Boulogne et munis de lunettes, ils ont pour mission de comptabiliser le nombre de vaisseaux anglais entrant et sortant quotidiennement d’Angleterre. Le logement du guetteur du Gris-Nez se trouve à proximité de la batterie de canons de trois pièces. Un cavalier de Wissant reste avec lui pour porter les nouvelles tandis que les autres cavaliers de Wissant patrouillent continuellement entre les deux caps.

Ce système défensif a pour objectif de protéger le pays d’éventuelles descentes d’incendiaires et de défendre les bateaux qui viendraient se mettre sous la protection de son feu. Il semble efficace puisqu’en décembre 1779, une frégate anglaise armée de 50 canons est prise dans le brouillard ; elle s’approche trop près de la côte, se retrouvant à portée de tir de la batterie wissantaise. Celle-ci fait feu. Le navire, bien que neuf, est durement touché. Il ne pourra être renfloué. Dix-huit marins anglais sont faits prisonniers et conduits à Boulogne.

La troupe de Wissant constitue le second maillon du système défensif.

En 1635, date de l’entrée en guerre de la France contre l’Espagne, la menace est grande pour notre secteur, les Espagnols occupant les terres au nord du Royaume. Leur flotte peut donc facilement faire des incursions en Boulonnais. En conséquence, le Duc d’Aumont, Gouverneur de Boulogne, demande au Sieur Dupont du Colombier, syndic de Wissant, d’organiser le plus efficacement possible les rassemblements armés en cas d’alerte. Notons qu’en 1635, un réseau de souterrains partant du secteur de la place du Vieux Marché et menant au Fort-César, est mis en place pour assurer la mise en sécurité de la population. Ce réseau, connu des vieux wissantais, semble encore exister durant la Seconde Guerre mondiale. En effet des ingénieurs allemands vont découvrir en décembre 1940 un souterrain avec trois entrées sous le Fort-César, côté sud-est. Celui-ci se trouve sous 10 à 12 mètres de profondeur, mais au-dessus des nappes phréatiques. Les parois semblent solides et ne présentent pas de risques d’éboulement. Les Allemands vont réemployer le souterrain sur 150 m2 en soute à munitions.

Wissant devient durant les décennies suivantes un chef-lieu d’Infanterie. Le 3ème Régiment d’Infanterie des Troupes Boulonnaises correspond ainsi au Régiment de Wissant. Il comprend dix compagnies se recrutant dans les villages d’Hardinghen, Audinghen, Leubringhen, Audembert, Saint-Inglevert, Ambleteuse, Audresselles, Bazinghen, Leulinghen-Bernes, Rinxent, Landrethun-le-Nord, Ferques, Fiennes, Caffiers, Réty, Le Wast, Belle-et-Houllefort, Boursin et bien évidemment Wissant. Le Régiment de Wissant est attesté dès 1672 ; il témoigne une nouvelle fois de l’importance de la cité alors.


Les épidémies

Outre les guerres et le sable, un troisième mal vient régulièrement frapper la cité wissantaise : la maladie. Les chroniques locales gardent le souvenir de nombreuses épidémies ayant sévi en Boulonnais : 1550, 1552, 1554, 1562, 1568, 1576, 1583, 1596, 1602, 1626, 1636 encore 1680. Le mot épidémie recouvre en fait une grande variété de maladies contagieuses dont la plus connue est « le mal qui répand la terreur » : la peste.

Concernant Wissant même, les seules sources pouvant nous renseigner sont les registres de catholicité. Les premiers conservés datent de 1644 pour ce qui concerne les sépultures. Ils nous signalent d’autres pics de mortalité qui sont les témoins d’épidémies, d’hivers très rudes et/ou de graves famines ayant frappé le village.

Le graphique ci-après est un relevé des décès survenu à Wissant de 1644 à 1702, qui correspondent à la courbe verte.

La ligne mauve représente la moyenne des décès sur la période ce qui signifie que tous les pics au-dessus de cette ligne correspondent à ces pics de mortalité. Fort logiquement plus le pic est élevé plus Wissant a été frappé. L’on constate que sur ce XVIIème siècle, les pics de mortalité sont nombreux, notamment sur la deuxième partie du règne de Louis XIV. En croisant les chroniques locales avec les actes de sépulture, l’on parvient à préciser les pics de mortalité et à les expliquer le plus souvent :

-novembre 1644-janvier 1645 : peste

-septembre-novembre 1657 : probable peste

-janvier-mars 1672 : froid

-août-décembre 1678 : peste

-septembre 1680-février 1681 : peste

-avril-juin 1683 : peste

-avril 1688 : probable peste

-décembre 1693-mars 1694 : froid et famine

-septembre 1695-janvier 1696 : un nombre anormal d’enfants en bas-âge décèdent, peut-être à cause d’une épidémie de fièvre typhoïde

-juillet 1698

En 1697, la population de Wissant se présente en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne. Les villageois viennent là accomplir les promesses qu’ils avaient faites dans des temps où ils étaient décimés par la peste. Pour aider les malades et faire les transports de corps durant les épidémies, une confrérie charitable est fondée à Wissant : la Confrérie de la Charité de Saint-Pierre, attestée en 1702.

Le XVIIIème siècle, Le XVIIIème siècle débute par de nouveaux pics de mortalité dont deux en 1702 (décembre 1701-janvier 1702 : grand froid ; mai-juin 1702 : épidémie, peut-être la typhoïde) pourraient également expliquer l’exode d’une partie des Wissantais. Le grand froid caractérise plus globalement la première décennie de ce nouveau siècle, à tel point que certains parlent d’un « petit âge glaciaire ». Cela a pour conséquence deux nouveaux pics de mortalité : janvier-février 1704 et janvier-avril 1709.

Par la suite, la surmortalité fait son retour fréquemment, bien que la cité soit épargnée par la peste. En cause la météo et la maladie (variole et dysenterie notamment) :

-décembre 1701-janvier 1702 : grand froid

-janvier-juin 1711

-octobre 1713-janvier 1714

-décembre 1715-février 1716 : grand froid

-fin août 1719-début janvier 1720 : épidémies de variole et de dysenterie

-octobre 1720-mars 1721 : épidémies de variole et de suette

-août-novembre 1727 : surmortalité infantile

-août-décembre 1738 : crise frumentaire et épidémie de grippe broncho-pulmonaire

-décembre 1747-janvier 1748 ; grand froid

-septembre-novembre 1750 : surmortalité infantile

-février-juin 1765 : épidémies de variole et de dysenterie

-septembre-décembre 1780 : dysenterie

-janvier-mai 1782 : grosse épidémie d’infections pleuro-pulmonaires dont la grippe moscovite

-septembre-décembre 1783 : nouvelle épidémie d’infections pleuro-pulmonaires

-novembre-décembre 1785

-août-septembre 1791 : épidémies de fièvres

Les épidémies de 1719-1721 retiennent particulièrement notre attention car elles vont emporter 99 personnes, soit à peu près 1/6 de la population du village ! Beaucoup sont des enfants, décimés par la variole. De même l’épidémie de 1782 s’avère particulièrement meurtrière. Heureusement pour Wissant, la démographie va malgré tout l’emporter sur la précarité sanitaire.


L’évolution de la pêche wissantaise

Un document daté de 1734, nous apprend que les effectifs des personnes classées à Wissant s’élèvent alors à 44. Il faut savoir que le système des classes, créé par Jean-Baptiste Colbert en 1669, a pour but principal de recruter des matelots aptes à servir la Marine royale. Ainsi, tous les hommes qui exercent une profession maritime doivent-ils servir leur souverain quand il a besoin d’eux. Ils sont enrôlés et répartis en plusieurs classes. Pour faire appliquer les décisions royales et garantir le bon déroulement de l’inscription maritime, le Bureau des Classes installe d’ailleurs une « antenne » à Wissant.

Le milieu du XVIIIème siècle est particulièrement difficile pour la marine. Les guerres de Louis XV (1741-1748 : guerre de Succession d’Autriche ; 1756-1763 : guerre de 7 ans) rendent les eaux de pêche particulièrement dangereuses. En 1745 des témoignages révèlent ainsi que les marins craignent de se hasarder en mer par peur d’être capturés par les Anglais. A cette instabilité politique s’ajoutent les aléas climatiques. Par exemple, l’année 1735 connaît deux tempêtes très violentes : le 19 janvier et le 4 septembre. La première a été si terrible qu’elle a causé de nombreux dégâts à terre : arbres arrachés, maisons abattues, champs ravagés. Autre phénomène extrême, la mer gèle en 1740. En 1752 ce sont les vents qui cessent de souffler pendant deux mois, condamnant les marins à rester à terre.

En 1768 la misère gronde dans le milieu maritime ; le gouvernement décide d’accorder des secours aux pêcheurs de la côte boulonnaise ; les différentes familles de marins du pays sont donc comptabilisées. Il ne se trouve alors indiqué pour Wissant que trois familles de marins, à qui les autorités attribuent sept parts. Dans le même temps, Audresselles compte 17 familles ayant droit à 37 parts. Certains auteurs y ont vu un témoignage de l’extrême déclin de la marine wissantaise. Il semble plus probable que parmi les secours apportés par le gouvernement, l’essentiel était destiné au grand voisin boulonnais. Le reste des aides alla ensuite à Etaples puis Le Portel. Wissant se trouvant à la frange septentrionale du boulonnais, la cité fut servie en dernier et reçut donc ce qu’il restait d’aides ; elles furent distribuées aux familles les plus miséreuses. Une étude approfondie de la population wissantaise vient confirmer cette assertion. Si plusieurs familles de Ledet quittent Wissant pour Le Portel, d’autres familles de pêcheurs se maintiennent à Wissant dans la seconde moitié du XVIIIème siècle (les Dupont, les Beaugrand, les Altazin, les Malfoy…) ou viennent s’y installer (les Delliaux, les Ternisien…), portant la communauté maritime à près d’une centaine de personnes. L’on remarque au passage des relations étroites avec la communauté de pêcheurs d’Audresselles. La marine wissantaise est alors dirigée par les Ledet tandis que la vente du poisson est aux mains des Honvault, dont certains sont mareyeurs. Plusieurs membres de cette famille ont été élus mayeurs depuis la fin du XVIème siècle, témoignant de leur importance sociale dans le village.

Au final, la communauté maritime de Wissant dépasse largement les cent âmes. Mais elle vit dans la misère, notamment depuis le milieu du XVIIIème siècle et les guerres catastrophiques de Louis XV.


Ensablement et conflits à propos du marais de Tardinghen
En arrière d’un cordon dunaire instable, se trouve le marais de Tardinghen. Dans cette dépression s’accumulent les eaux venant de l’intérieur du pays ; cela explique que la plaine est couverte de prairies humides inondables et de marécages dont la superficie fluctue selon le rythme des pluies. Jusqu’aux années 1930, les eaux du marais sont déversées dans la mer par deux ruisseaux assez encaissés, dont les embouchures entaillent la chaîne des dunes : le ruisseau du Châtelet qui débouche près du hameau du même nom, et le ruisseau des Anguilles, dont le ruisseau du Fart est tributaire. Il se jette à la mer plus à l’ouest.

Or les exutoires de ces ruisseaux vont se trouver souvent obstrués par les sables dunaires qui, soulevés par les vents, sont par ailleurs poussés vers l’intérieur du pays. Tardinghenois et Wissantais seront donc obliger de dégager régulièrement les embouchures des dits ruisseaux et de curer leur lit afin de faciliter l’écoulement des eaux et d’éviter ainsi des inondations. Il leur faudra également envisager la plantation d’oyats. Mais toutes ces mesures ne se feront pas sans mal ; jusqu’à la Révolution de nombreux litiges opposent les Tardinghenois et les Wissantais sur la question de l’entretien des ruisseaux des Anguilles et du Fart.

En 1688, la Maîtrise des eaux et forêts du Boulonnais est ainsi obligée d’intervenir. Dans une sentence datée du 13 avril, elle ordonne aux propriétaires du Fart et aux habitants de Wissant, de curer et nettoyer les ruisseaux du marais pour « les remettre dans leur grandeur ordinaire et accoutumée », et ce, dans un délai de 6 semaines sous peine d’amende.

Le 11 juillet 1716, une nouvelle sentence tombe. La communauté de Wissant d’une part, les Tardinghenois propriétaires des prés du marais d’autre part, se voient contraints de curer à frais communs le ruisseau des Anguilles et celui du Fart. Par ailleurs des oyats et des joncs marins doivent être plantés sur les rives du ru des Anguilles pour les stabiliser.

Le 28 février 1717 un accord à l’amiable annule cette sentence. Il est convenu que les habitants de Tardinghen et ceux de Wissant s’occuperont chacun de leur côté des travaux nécessaires à l’entretien des ruisseaux.

En 1722 la communauté de Wissant se déclare prête à travailler au curage des ruisseaux du Fart et des Anguilles à la condition que « les propriétaires des prairies mettront des ouvriers, et ordonne que dans trois jours les propriétaires nommeront un syndic. Mais ces derniers n’ayant élu personne, la fonction de syndic fut dévolue d’office à Jean Le Cat Du Bresty de La Vallée, d’Audembert, par une sentence par défaut du 24 octobre de la même année ».Dès lors, grâce à l’action efficace du syndic des prairies de Tardinghen les ruisseaux sont mieux entretenus.

Signalons au passage un autre conflit opposant Wissantais et Tardinghenois, l’objet de querelle étant cette fois-ci le droit de parcours des pairies du marais.

Il semble que certains Wissantais se soient appropriés ce droit car nous voyons le 8 août 1784, l’assemblée des paroissiens de Tardinghen, réunie dans l’école, « délibérer sommairement sur les moyens d’empêcher les habitans de Wissant de conduire leurs bestiaux dans les prairies de cette paroisse ».

A cette occasion Christophe Dufay, tisserand à Tardinghen, est élu à l’unanimité à l’effet d’assigner Louis-Marie Dessurne, mayeur de Wissant, « si on récidivait de faire paître lesdites prairies par les bestiaux dudit Wissant ».

L’ensablement du cimetière des pèlerins

La ville de Wissant elle-même est menacée par les sables. C’est dans ce contexte que disparaît le cimetière élevé en 1177 autour de la chapelle Saint-Michel Saint-Nicolas de Wissant, appelée de plus en plus fréquemment chapelle Saint-Nicolas. L’arrêt des pèlerinages, les ruines successives de la cité et la disparition progressive du port provoquent, au sortir de la guerre de Cent Ans, l’abandon du cimetière qui disparaît dès lors sous les sables. Le cimetière entourant l’église Notre-Dame de Sombres reste ainsi l’unique lieu de sépulture des Wissantais. En effet même si les marins et leurs familles implantés au bord de la mer à proximité de la chapelle Saint-Nicolas reçoivent leurs services religieux en ladite chapelle, tous se font néanmoins enterrer depuis plusieurs siècles dans le cimetière entourant l’église paroissiale.

Cette situation n’est d’ailleurs pas sans poser certains problèmes puisque les populations vivant autour de Saint-Nicolas sont distantes de deux kilomètres de Notre-Dame de Sombres.

En outre la route y menant, dite chemin du Cimetière ou également chemin des Morts et que l’on peut voir sur la carte postale précédente, traverse les champs et s’avère impraticable à la mauvaise saison. Pourtant, durant le Moyen Age, le chemin était une longue chaussée de pierres. Mais les nombreuses destructions des XIVème, XVème et XVIème siècles l’ont fait disparaître.

La rigueur extrême de certains hivers empêche ainsi parfois le transport des défunts au cimetière de Notre-Dame de Sombres. Ils sont alors enterrés dans la chapelle même tel lors du terrible hiver de 1709, où deux Wissantais sont enterrés le même jour (15 janvier) dans le sanctuaire, leur corps n’ayant pu être amené au cimetière paroissial à cause de la grande abondance de neige. Idem en janvier 1716, où quatre personnes sont inhumées dans la chapelle du fait de fortes gelées, en janvier 1729 où l’on procède à trois nouvelles inhumations dans ladite chapelle, en janvier 1763 où un nourrisson est enterré dans Saint-Nicolas, en janvier 1766 (deux enfants sont enterrés dans le sanctuaire) et en janvier 1776 (quatre nouvelles inhumations à cause de la rigueur de l’hiver). Notons que bien d’autres Wissantais auront la chapelle comme lieu de sépulture, mais ce sera en raison de leur statut social (exemple : le chapelain Guillaume Radou en 1659) et non à cause de la météo.


Wissant disparaît sous les sables

Au XVIIIème siècle, Wissant est envahi par les sables. Les vents d’ouest, violents, poussent peu à peu les dunes vers les terres. Une ordonnance royale datée du 4 février 1738 prescrit ainsi la plantation urgente d’oyats car au cours des derniers mois, en une seule nuit, les sables ont enseveli 43 maisons, soit les deux tiers du village. Le bourg ne s’étant pas déplacé, il doit plus vraisemblablement s’agir d’un envahissement des sables que d’un ensevelissement réel.

Malgré l’ordonnance de 1738, l’ensablement du village se poursuit. En effet lorsque le duc de Croy, alors commandant en chef de la Picardie, du Boulonnais et du Calaisis, vient à Wissant en 1757, il y remarque la progression dangereuse des sables. Toutefois le militaire précise dans son journal que les pavés de la cité, témoins de son illustre importance aux siècles passés, sont encore visibles. Un siècle auparavant l’on voyait encore « des masures de très belles maisons, d’un couvent de Templiers, le tout du costé de la mer, en fort grande longueur et largeur », précise J.-F. Henry. Sur une carte dressée vers le milieu du XVIIIème siècle par Monsieur de Beaurain, géographe du roi, l’on remarque que les dunes situées sur la rive droite de l’Herlen ne sont absolument pas fixées. De fait, il existe deux crans entre l’Herlen et le ru des Anguilles : le cran de Monsieur et le cran de Pourier. Un passage, nommé Chemin des Matelots, traverse les dunes permet à un accès au village.

En 1773, le sable envahit de nouveau plusieurs habitations, recouvrant certaines rues mais aussi une partie des herbages. Les échevins, conseillers, et notables de la ville prennent le 18 juin une délibération qu’ils adressent au contrôleur général des Finances. Ils le supplient d’ordonner la plantation d’oyats afin de retenir les dunes pour éviter toute nouvelle catastrophe. Aucune mesure ne semble pourtant prise par les autorités puisque le 4 mars 1777 la plus grande partie de la ville est recouverte en quelques heures par le sable qu’apportent les vents de sud-ouest soufflant ce jour-là en tempête. Fléchissant sous le poids du sable amassé, les charpentes s’écroulent et les maisons sont ensevelies. Au petit matin la cité n’existe plus. Il n’y a fort heureusement aucune victime. Néanmoins un accident survenu le 4 octobre 1779 pourrait être lié à cet ensablement. Ce jour-là deux Wissantais, Nicolas Ledet (marin né en 1725) et Jean Le Coffre (maçon né en 1742) meurent écrasés dans l’effondrement d’un vieux pignon. Dans les siècles à venir, les grandes marées ou certaines tempêtes très violentes remettront périodiquement à jour ces désormais vestiges. C’est ainsi le cas lors des marées d’équinoxe de la toute fin du XIXème siècle, période durant laquelle la mer a gagné 25 à 30 mètres sur Wissant.

A 50 mètres au nord-est du chemin de la Mer, voie qui mène à l’embouchure de l’Herlen, des pans de mur, des traces d’anciennes rues, des morceaux de poteries et des bouts de bois brûlés sont alors apparus dans les éboulis de sable.

L’abbé Vassal, dans une note du 28 novembre 1857, nous apprend que de pareils vestiges se remarquent dans les dunes vers Saint-Pô.

Un autre témoin du XIXème siècle, l’instituteur Théodule Fachon, indique pour sa part que dans les éboulements de sable qui ont lieu sur le bord de la mer, à l’est de l’embouchure du ru d’Herlen, il se trouve des débris de maçonnerie et de poteries ainsi que des ossements humains.

Suite à la catastrophe de 1777, certains Wissantais quittent définitivement le pays tandis que les autres décident de s’établir en majeure partie sur la rive gauche de l’Herlen. Wissant se reconstruit alors en ce site où vit la communauté de pêcheurs, en ce site où a été érigée la chapelle Saint-Nicolas, en ce site enfin qui est le cœur du village actuel. Ils sont désormais relativement à l’abri d’un sable qui ne cesse de gagner sur les terres. Au commencement du XIXème siècle, Sombres sera à son tour envahie, les sables se dirigeant par la suite sur le territoire d’Audembert !


Les conséquences de l’ensablement de 1777

Cet événement est capital pour l’histoire wissantaise. Tout d’abord, Il accompagne et accélère une baisse de la population du village. Si Wissant compte 87 feux en 1469, il n’y en a plus que 39 en 1713. La ruine de la cité, du fait de l’ensablement de son port, du départ de toute une partie de la population, les guerres de Louis XIV et des hivers rigoureux comme celui de 1709, sont autant de raisons qui expliquent l’effondrement du nombre des Wissantais. Néanmoins, la fin des guerres et un meilleur contexte économique font que le village regagne de la population au début des années 1720 ; de fait le nombre de feux atteint les 120 en 1725.

La guerre opposant la France à l’Angleterre dans les années 1740 marque de nouvelles difficultés pour la population wissantaise (empêchement de la pêche, interruption du cabotage) et le départ d’une partie de celle-ci pour fuir la misère. Le retour à la paix voit une nouvelle fois certaines familles revenir si bien que Wissant compte 121 feux en 1755.

Cette stabilité n’est cependant que temporaire. En effet l’avancée des dunes et la multiplication des ensablements poussent peu à peu une partie des villageois à quitter le pays. La population ne compte ainsi plus que 112 feux en 1772.Cet exode caractérise notamment le début des années 1780. Malgré une reprise marquée de la natalité à partir de 1784 il ne reste que 105 en 1789.

La répartition même de cette population change. Jusqu’en mars 1777, Wissant se constitue d’une part de plusieurs hameaux,

d’autre part du foyer de peuplement principal au niveau du Courgain et des Wrimetz. Après 1777, la cité se reconstruit principalement en arrière des dunes et autour de Saint-Nicolas, site qui draine une grande partie de la population. Les Wrimetz et le Courgain ne sont plus désormais que des hameaux d’une importance guère supérieure à celle de Sombres. Au commencement du XIXème siècle, les Wrimetz ne désignent même plus un hameau, mais simplement une ferme.

Les maisons se regroupent par blocs, entrecoupés de grands espaces vides. Les Wissantais en font progressivement des places : place des Marins, place du Presbytère, place des Moutons, place des Chevaux, place de l’Eglise. Le déplacement de la cité sur la rive gauche de l’Herlen contribue, en outre, à éloigner et à isoler un peu plus l’église Notre-Dame de Sombres. Désormais la population se trouve distante de deux kilomètres de son église. C’est ainsi que la chapelle Saint-Nicolas devient peu à peu de fait l’église paroissiale. Cependant c’est à l’église Notre-Dame de Sombres que sont les fonts baptismaux et c’est en ce sanctuaire que le curé de la paroisse vient prendre possession de son titre. Suivant les prescriptions légales, les publications judiciaires sont faites en ce lieu où sont par ailleurs apposées les affiches, après la messe paroissiale. Tandis que le chapelain réside au cœur du village, à proximité de la chapelle Saint-Nicolas, le curé loge à la maison presbytérale qui est reconstruite en 1733 en arrière de Wissant, précisément à l’angle des routes, l’une menant au hameau d’Herlen et au cimetière, l’autre à Saint-Pô et à la Leulène.A l’entrée du bâtiment se trouve un petit calvaire de pierre taillée à deux faces. Il s’y distingue d’un côté un Christ aux proportions d’un enfant et de l’autre une Vierge. La sculpture, aujourd’hui relativement abîmée, daterait de 1603, d’après l’inscription gravée dessus. Selon M. Raymond Charles, la sculpture aurait été découverte vers 1910 par son grand-père Jean-Louis Dupont. Celui-ci restaurait alors une maison en torchis en bas du Courgain, près de l’Hôtel Bellevue. En faisant tomber une paroi, il aurait vu le petit calvaire et l’aurait mis de côté pour le montrer à l’abbé Defosse, curé de la paroisse. Ce dernier, ayant vu la pièce, proposa de la placer au presbytère.

Que signifie telle ? Dans les années 1930 on a pensé que ce petit calvaire aurait été en rapport avec une certaine secte de l’époque, sans autre précision. Il existe une autre hypothèse qui ferait de la sculpture, par sa représentation enfantine, un souvenir, un petit mémorial d’une épidémie ayant frappé la cité et plus particulièrement les enfants.

La localisation du presbytère reflète la volonté des autorités de rapprocher le curé de ses ouailles sans pour autant trop l’éloigner de l’église paroissiale. Malgré tout Notre-Dame de Sombres est belle et bien isolée, notamment à la mauvaise saison, les routes y menant étant alors impraticables. Le sanctuaire s’appauvrit peu à peu : au milieu du XVIIIème siècle il ne jouit que de peu de rentes, évaluées à 90 livres ; les Wissantais lui préfèrent pour d’évidentes raisons de commodité la chapelle Saint-Nicolas qu’ils considèrent comme étant également leur église paroissiale.

Le sort des lieux de culte ne tardera d’ailleurs pas à être scellé. En effet, le mécontentement gronde de plus en plus dans le royaume de France, annonçant la Révolution.


Crises

En 1786, la dette publique qui empoisonne la monarchie depuis des décennies, prend des proportions catastrophiques. En capital elle atteint plus de 3 milliards de livres, c’est à dire 6 fois les recettes budgétaires ; ces recettes partent d’ailleurs pour plus de moitié dans le remboursement de la dette. De plus les dépenses ne cessent de croître, d’où une pression fiscale qui se fait de plus en plus lourde pour les Français. Les impôts indirects, qui fournissent 60 % des rentrées fiscales, ont ainsi augmenté de 100 millions de livres entre 1774 et 1786. Quant à l’impôt direct, la taille, il ne frappe que les plus pauvres, les classes nanties étant exemptées ou sous-imposées.

La crise financière est telle que le ministre des Finances Charles De Calonne présente, le 20 août 1786, un Plan d’amélioration des finances qui prévoit notamment la création d’un impôt universel sur la terre : la subvention territoriale. Chacun devrait le payer, sans distinction de classe. C’est un tollé des privilégiés, qui réussissent à se concilier l’opinion publique en dénonçant le despotisme gouvernemental. Charles de Calonne voit donc son projet rejeté, et il est démissionné le 8 avril 1787. Son remplaçant est Etienne de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse.

Celui-ci reprend en l’adoucissant le projet de son prédécesseur, mais il se heurte irrémédiablement aux parlements qui repoussent tous les édits fiscaux tant que les Etats généraux n’auront pas été réunis. A court de moyens financiers et sans perspectives politiques, Loménie de Brienne se résout, le 8 août 1788, à convoquer les Etats généraux pour le 1er mai 1789.

Les Etats généraux sont une assemblée des représentants des trois ordres, convoquée depuis 1302 par le roi quand il le juge nécessaire. Les derniers Etats généraux avaient eu lieu d’octobre 1614 à mars 1615. Ils avaient réuni 135 membres du clergé, 138 nobles et 187 représentants du tiers état. Pour les Etats généraux de 1789, il est tout d’abord prévu que les effectifs soient les mêmes qu’en 1614. Mais, durant l’hiver, le tiers état voit son nombre de représentants doubler. Comme le veut la tradition, chacun des trois ordres viendra avec ses cahiers de doléances.

La grave financière qui accable le royaume a abouti à une crise politique tout aussi importante. Le contexte est donc très tendu quand surviennent les récoltes catastrophiques de 1788. Or l’été 1788 s’avère exécrable dans les grandes régions céréalières du Nord-Est : un quart de la récolte est détruit par la grêle, une bonne partie du reste, engrangé trop humide, est inutilisable dès la fin de l’automne. Succède à ces désastres, un hiver très rude qui va retarder les semailles de printemps, provoquant le gel des rivières, donc l’arrêt des moulins et des transports.

Dans le Boulonnais le constat est le même : l’été 1788 a été très pluvieux ; les mois de juillet, août et septembre ont été particulièrement arrosés par de violents orages qui dévastent une partie importante des blés. Les prix dès lors augmentent considérablement. A cet été désastreux succède un hiver très rude et précoce. Gabriel Abot de Bazinghen, contemporain des événements, écrit dans son journal que l’hiver 1788-1789 est « un des plus rigoureux et des plus longs qu’on eût essuyé depuis plus d’un siècle ». Les premières grosses gelées débutent dès le 24 novembre 1788. A Wissant, comme partout dans le Boulonnais, les températures descendent régulièrement sous les –10° C. En de nombreux points de la baie, des blocs de glace se forment ; le littoral est gelé tout comme l’Herlen, le ruisseau du Fart ou encore le ruisseau des Anguilles.

Les températures remontent quelque peu à partir du 10-12 janvier 1789 mais le froid persiste jusqu’en février, sans qu’il n’y ait de précipitations. Les paysans ont donc toutes les difficultés pour abreuver leurs troupeaux, d’autant que les puits sont à sec. Par ailleurs, le prix du blé augmente considérablement dans toute la région dès la fin de l’année 1788. La misère point à l’horizon.

Durant les premiers mois de 1789, les craintes pour la récolte n’ont jamais été aussi fortes : sur tous les marchés les cours s’affolent. Le prix du pain est ainsi multiplié par deux en avril. Les petites gens sont durement touchées ; mendicité et vagabondage sont tels que de véritables bandes apparaissent dans les campagnes du Pas-de-Calais.


Toponymie

Nom qui vient de wit, blanc, et de sant, sable


(extrait du Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, par le comte de Loisne, 1907) :
-XIe siècle : WISANTUM (Historique de France)
-XIe siècle : GUITSANTUM (id)
-XIe siècle : GUIZANR
-1048 : WHITSAND
-1079 : HUSHEM (cartulaire d'Auchy)
-1100 : GUITSAND (Historique de France)
-XIe siècle : WITSAND (id)
-XIe siècle : WIDZAND (id)
-1107 : WITZAND
-XIIe siècle : WYTSAND
-XIIe : WISSANT (chronique des ducs de Normandie)
-1177 : WITSANDA (Historique de France)
-1179 : WISSANDA (id)
-1182 : WYSANT (cartulaire de Bourbourg)
-XIIe siècle : WITSANT
-1228 : WISANT (charte de Saint-Bertin)
-1229 : WITHSAND
-1236 : WUSSAND (cartulaire de Notre-Dame de Boulogne)
-XIIIe siècle : WICENT (Historique de France)
-XIIIe siècle : WITSANT
-XIIIe siècle : WITSANDICUS PORTUS
-1346 : WISSAN
-1365 : WISSANC (titres et comptes d'Artois)
-1425 : WISSEN (cartulaire des chartreuses de Gosnay)
-1512 : WISAN (coustumes de Montreuil)
-1551 : WISSENT (coustumes de Boulogne)
-1553 : WISSANCQ (cueilloir de Notre-Dame de Boulogne)
-1556 : WHISSAND (terroir anglais du Calaisis)
-1679 : WISSANG (archives nationales)
-XVIIe siècle : VUISSANG (cueilloir de Notre-Dame de Boulogne)
-1739 : WIT-SAN ou BLANC-STABLE

Héraldique

De gueules au dauphin d’argent[1].

Histoire administrative

  • Département - 1801-2024 : Pas-de-Calais
  • Arrondissement - 1801-2024 : Boulogne-sur-Mer
  • Canton - 1801-2015 : Marquise--> 2015-2024 : Desvres
  • Commune - 1801-2024 : Wissant

Résumé chronologique :

  • 1801-.... :

Patrimoine.png Patrimoine bâti

  • Église Saint-Nicolas du 15e siècle, avec statue de Wilgeforte, la "sainte barbue". Crucifiée par son père voulant la marier au milieu du 11e siècle, contrairement à son voeu de chasteté qu'elle avait fait, elle invoqua Dieu pour que lui pousse une épaisse barbe. La sainte est invoquée par les agonisants et les enfants rachitiques.
  • Site du Camp de César et du cimetière
  • Manoir de Breuil
  • Manoir d'Herlen, des 17e et 18e siècles
  • Fermes du 18e siècle
  • Musée de la Minoterie

Repère géographique.png Repères géographiques

Située à 15 km de Calais, à 102 km de Lille et à 230 km de Paris

Démographie.png Démographie

Année 1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856
Population 737 733 706 787 847 956 1 012 1 007 995 969
Année 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906
Population 996 1 059 1 005 1 013 1 076 1 091 1 075 1 003 951 992
Année 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975
Population 961 876 871 887 910 939 951 1 033 1 058 1 140
Année 1982 1990 1999 2006 2011 2016 2021 - - -
Population 1 247 1 303 1 187 1 041 1 051 981 - - - -

Sources : Cassini/EHESS : de 1962 à 1999, population sans doubles comptes, Insee : depuis 2006, population municipale référencée tous les 5 ans.

Cf. : EHESS - Fiche Cassini, INSEE 2006, 2011, 2016 & 2018.

Illustrations - Photos anciennes.png En photos

Familles notables.png Notables

Les maires

Prénom(s) NOM Mandat Observations
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
- -  
Louis DARRÉ 1964-1965 Adjoint faisant fonction de maire  
André SORIAUX 1965-1977  
Jean-Pierre COUPIN 1977-1995  
Claude DELLIAUX 1995-2008  
Bernard BRACQ 2008-2020  
Laurence PROUVOT juillet 2020-(2026)  
- -  

Cf. : Mairesgenweb

Les notaires

Prénom(s) NOM Période Observations
- -  
- -  
- -  

Les curés

Prénom(s) NOM Période Observations
- -  
- -  
- -  

Ville de naissance de.jpg Ville de naissance ou de décès de

  • Élie Joseph Jean-Baptiste DECROUILLE, missionnaire en Cochinchine, né le 17/12/1881; décédé le 12/3/1939

Ressources généalogiques

Dépouillements d'archives

Documents numérisés

Cimetières


Informations pratiques

Horaires d'ouverture de la mairie

Horaires Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
Matin 8h30-12h 8h30-12h 8h30-12h 8h30-12h 8h30-12h - -
Après-midi 13h30-17h 13h30-17h 13h30-17h 13h30-17h 13h30-17h - -
Commune.png

Mairie
Adresse : 1 place du Général de Gaulle - 62179 Wissant

Tél : 03 21 35 91 22 - Fax : 03 21 85 47 32

Courriel :

Site internet :

GPS : -° / -° (GoogleMaps) ou Cassini / Satellite / IGN / Cadastre (Géoportail)

Commentaire :

Source : http://www.annuaire-mairie.fr (mai 2011)


Dépouillements des registres paroissiaux

ASSOCIATION DES AMIS DU VIEUX CALAIS BP 27 62101 CALAIS CEDEX - adresse mail : [email protected] SITE INTERNET: http://lesamisduvieuxcalais.com

Franck Dufossé - adresse mail : [email protected] (tous les registres de Wissant ont été dépouillés)


Archives notariales

Remarques

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

-Franck DUFOSSE, Wissant à travers les siècles, Boulogne-sur-Mer, 2010

-Franck DUFOSSE, Hervé OLEJNICZAK, Wissant 1939-1945, images d’un village dans la guerre, Paris, 2011

-Jean-Marie BALL, Annette BOURRUT-LACOUTURE, Philippe GALLOIS,, L’école de Wissant et ses peintres, Calais, 2012

-Franck DUFOSSE, Wissant 14-18, Wissant, 2014

-Franck DUFOSSE, « Les origines de la Fête du Flobart », Regard en Marche secteur Marquise, n°209, juillet 2014

-Franck DUFOSSE, « Le calvaire du presbytère », Regard en Marche secteur Marquise, n°212, novembre 2014

-Franck DUFOSSE, « Wissant de la Préhistoire aux Gallo-Romains », Cahier Wissantais n°1, août 2015

-Franck DUFOSSE, « Le périple de Notre-Dame du Grand Retour en Terre des 2 Caps », Regard en Marche secteur Marquise, n°227, mars 2016

-Art et Histoire de Wissant, « L’église Saint-Nicolas de Wissant », Cahier Wissantais n°2, décembre 2016

-Franck DUFOSSE, « Wissant au Moyen Age, du Vème au XIIIème siècle », Cahier Wissantais n°3, décembre 2017

-Franck DUFOSSE, « Wissant du XIVème au XVIIIème siècle », Cahier Wissantais n°4, juillet 2018

-Franck DUFOSSE, Hervé OLEJNICZAK, Journal de Guerre de la baie de Wissant et son arrière-pays. Tome 1 : avril 1938 – juin 1940 ; des prémices du conflit aux débuts de l’Occupation, Boulogne-sur-Mer, décembre 2018

-Franck DUFOSSE, Hervé OLEJNICZAK, Journal de Guerre de la baie de Wissant et son arrière-pays. Tome 2 : juillet 1940 – décembre 1941 ; la bataille d’Angleterre, Boulogne-sur-Mer, juillet 2019

-Franck DUFOSSE, Hervé OLEJNICZAK, Journal de Guerre de la baie de Wissant et son arrière-pays. Tome 3 : janvier 1942 – juin 1944 ; le Mur de l’Atlantique, Boulogne-sur-Mer, décembre 2021

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