52093 - La Haute-Marne ancienne et moderne par Émile JOLIBOIS - Chalindrey

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Extrait de La Haute-Marne ancienne et moderne par Émile JOLIBOIS

CHALINDREY, commune du canton de Longeau, à 46 kilomètres de Chaumont, au pied d’une montagne qui continue celle de Langres et sur un ruisseau qui grossit la Resaigne, affluent du Saulon. Population 1105 habitants qui possèdent 263 hectares de bois et 115 de prés. Le territoire a 2003 hectares d’étendue. Son point culminant est à 470 mètres d’altitude. Écarts : Le Cognelot, le Cimetière près duquel est un moulin à vent ; Le Foulletot, les fermes du Douey, des Archauts et de la Petite-Gingeotte ; le moulin Périgard et la maison du garde dans la forêt. Ce territoire est traversé par les chemins de grande communication n°17 et n°26, et par celui de moyenne communication n°36. Le chemin de fer y a une station, où les deux lignes réunies depuis Chaumont se divisent dans les directions de Gray et de Mulhouse. On tient quatre foires dans cette commune, la plus importante du canton le 1er mars, le 25 mai, le 26 août et le 19 novembre. Elle a une école pour les filles dirigée par les sœurs de la Providence, et son église, dédiée à Saint Gengoul, a un desservant.

En 1789, Chalindrey dépendait du diocèse de Langres, doyenné du Moge ; la cure était à la collation du chapitre de la cathédrale, qui nommait également le desservant de la chapelle Notre-Dame de l'ancien cimetière. Sous le rapport civil, la paroisse faisait partie de l’élection et du bailliage de Langres, généralité de Champagne. La seigneurie appartenait au chapitre, qui était en même temps décimateur ; cependant l’évêque prélevait moitié des dîmes sur quarante journaux de terre et vingt fauchées de pré.

Le village de Chalindrey (’’Chalendreium’’) est ancien et l'on prétend que dans les premiers temps du christianisme, l’ancien cimetière qui est à l’est sur la montagne du moulin à vent, était commun à un grand nombre de localités des environs jusqu’à Hortes. On y a découvert, il y a quelques années, une grande quantité de cercueils en pierre dont l’odeur cadavéreuse s'est conservée longtemps après la découverte. Quelques-uns renfermaient des vases de terre et de verre. En 1810 ou 1812, en détruisant un monticule qui gênait la voie publique à l’entrée du village, du côté de Langres, on a trouvé beaucoup d’ossements et des fragments de vases de terre. Ce monticule ou tumulus était appelé le Tétrai. Ailleurs encore sur le territoire, où il existe aussi d’anciennes mares, on retrouve des vestiges de constructions notamment en Monsignat, non loin de la Petite Gingeotte et dans un canton de vignes appelé les Chandenons : enfin on dit l’église actuelle bâtie sur l’emplacement d’un château-fort, et il est de tradition qu’il y avait anciennement une maison religieuse sur la montagne, quelques-uns même disent une succursale de la maison hospitalière de Grosse-Sauve. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’évêque de Langres avait à Chalindrey, au XVe siècle, « soubs le monastère Saint-Martin, une vigne appelée la vigne du Cognelay, qui fut à feu messire GAUTHIER du Pailly. » C’est vers l’an 900 que le village fut donné au chapitre par l’évêque ARGRIN. Au moyen-âge, la principale occupation des habitants de Chalindrey était la préparation des écorces qu’employaient les tanneurs du faubourg Sous-Murs à Langres. Ces artisans étaient, comme les manants de Chalindrey, hommes du chapitre. Les écorceurs formaient une sorte de corporation qui avait pour juge le ventier (ventarius) des chanoines.

Un acte de 1214, que nous allons analyser, nous apprend comment le chapitre exerçait ses droits : Les habitants ne pouvaient prendre le métier d’écorceurs, ni l’exercer dans les bois, sans la permission du chapitre ; toutefois les chanoines ne pouvaient s’y opposer, de sorte que la licence n’était exigée que dans l’intérêt de la recette. Le ventier devait aller à Chalindrey, pour y faire cette recette, le premier dimanche après la Saint Jean-Baptiste, ou dans la semaine. Les écorceurs s’informaient du jour et préparaient un dîner auquel avait droit le préposé du chapitre et deux ou trois de ses compagnons, avec ou sans chevaux. On ne lui devait pas le coucher. Dans la journée même il rendait la justice, mais seulement en ce qui avait rapport au travail des écorces et pour les prêts à intérêts. Le reste ne le regardait pas.

Il paraît que les habitants de Chalindrey avaient quelquefois à se plaindre, car en 1220 ils se placèrent sous la protection (in commandisiâ) de Guillaume d’AUTREY, moyennant vingt émines d’avoine payables chaque année, le dimanche avant les Bordes tant qu’il leur plairait de rester sous cette commandise.

À la fin du XVe siècle le village était complètement ruiné, et il ne se releva que difficilement dans le siècle suivant. Pendant les émeutes qu’occasionna à Langres la cherté des vivres après la stérilité de 1586, les officiers de justice, forcés de quitter la ville, se retirèrent à Chalindrey. Sous Louis XIII, Chalindrey fut de nouveau complètement dévasté par le terrible GALAS.

Nous avons dit à l’article Le Cognelot que cette montagne était, d’après la croyance populaire, habitée par un diable rouge avec lequel plusieurs familles de Chalindrey et des villages voisins avaient des liaisons. C’est surtout au XVIe siècle, pendant les querelles religieuses et au commencement du XVIIe, que l’on fit la guerre aux sorciers dans le pays de la Montagne ; les condamnations furent nombreuses ; nous ne citerons que l’arrêt prononcé en 1598 contre Clément RABIET, de Chalindrey, qui avait pour complice un paysan du Pailly, brûlé dans cette commune, et sa femme ; mais celle-ci prouva par témoin un alibi. RABIET est condamné « à faire amende honorable devant l’église de Chalindrey, tête nue, tenant une torche ardente et à genoux, crier merci à Dieu, au roi et aux sieurs du chapitre, des forfaits, sortilèges et maléfices par lui commis, abjurant lesdits crimes et toutes les communications qu’il aurait eues avec le diable, ennemi du genre humain ; qu’il s’en repent et prie humblement Dieu le Créateur lui vouloir pardonner et le recevoir en sa sainte grâce et miséricorde. Pour, ce fait, être conduit en la place ordinaire à faire les exécutions, lié, attaché et étranglé à un pilier ou poteau qui sera à cet effet dressé, tant que mort s’en suive, et puis son corps ardz (?) et brûlé et réduit en cendres et ses biens confisqués. »

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