Verdun en Avranchin

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Verdun est un toponyme que l'on retrouve dans plusieurs communes de l'Avranchin :
Saint-Martin-des-Champs, Saint-Quentin-sur-le-Homme, Boucey, Moidrey et Vessey. Ces lieux-dits correspondent aux possessions de la famille de Verdun dans l'Avranchin au XIIe siècle.

Les chartes médiévales des abbayes des environs, le Mont-Saint-Michel, Savigny, Hambye, La Lucerne, et Montmorel, permettent de reconstituer l'histoire du domaine de Verdun, et d'identifier ses seigneurs successifs.


Le nom de Verdun à Avranches au XIème siècle

Le nom de Verdun apparaît pour la première fois dans une charte de l'abbaye du Mont-Saint-Michel où il est fait mention d'Ernée de Verdun, chanoine de la cathédrale Saint-André, et de Bertram de Verdun, qui signe comme témoin.

Par ailleurs Bertram de Verdun est présent sur les listes de Dives-sur-Mer et de Falaise, parmi les compagnons de Guillaume le Conquérant lors de la conquête de l'Angleterre (1066-1069).

Charte de Guillaume d’Avranches, Mont-Saint-Michel, 1076.

Guillaume, fils de Guimond, seigneur d’Avranches et de la Haye, donna à l’abbaye du Mont-Saint-Michel toute la dîme qu’il tenait et possédait de droit héréditaire sur ses vavassoreries du Luot, à la demande de Michel, évêque d’Avranches, et des chanoines Gauzlin, doyen du chapître de la cathédrale Saint-André, Jehan, maître scolastique, et Ernée de Verdun . En retour, s’il venait à mourir en Normandie, il demanda à ce que les moines transportassent son corps au Mont-Saint-Michel et l’y ensevelissent. Acte passé à Avranches en 1076, du temps de l’évêque Michel (1070-1094) et de Ranulf de Bayeux, abbé du Mont-Saint-Michel (1063-1084), en présence de Guillaume d’Avranches, Mathilde son épouse, et des témoins Bertram de Verdun, Geoffroy de Cavigny, Raoul de Saint-Jean et Raoul de la Mouche.

« Notum sit omnibus presentibus & futuris quod ego Guillelmus Guimondi filius jure hereditario patris mei tenent & possident totam decimam omnium vavassorum meorum de Luot absq; Contradictione cujus libet quod inde mihi placebat faciebam. Diuturno autem tempore me sic illam tenente tandem gradi cor meum illustrante quae cujus vult miserantur & quem vult indurat metu eterne gehenne cepi expavescere & amore future grante flagrare consilio & exhortatione reverentissimi presulis Michaelis abrincatensis dedit atque cor umdam canonicorum amicorum meorum Gauslini videlicet, Johannis magister scolarum, Erneisi de Verduno atque omni capitulo sancti Andree laudante & concedente do & concedo do & sancto Michaeli archangelo ejusque monachis totam hanc decimam de Luot videlicet duos manipulos omnium vavassorum meorum quos in proprio domino retinebam premedio anime mee meique patris & matris atque pro salute uxoris mee Mathildis eo tenore atque condictione quod ubicumque morbitus evenerit in Normannia monachisci Michaelis me ad Montem deferent & sicut fratrem suum honestissime & honorifice me repelient atque me tumulabunt. Actum est hoc anno ab incarnatione domini M°L°x…°vi residente Michaele episcopo sede pontificali qui hoc donum confirmatur & Rannulfo abbate in ecclesia sancti Michaelis istis videntibus & audientibus. S† Guillelmi, S† Mathildis uxoris ejus, S† Bertranni de Verduno, S† Gaufredi de Cavinne, S† Radulfi de sancto Johanne, S† Radulfi de Musca ».

Cartulaire du Mont-Saint-Michel, folios 83v et 84. Desroches : Annales d’Avranches, page 68 ; Histoire du MSM, tome 1, page 208.

Verdun près d'Avranches

Chartes de fondation de l’abbaye de Savigny, 1113-1118.

Le 25 janvier 1113 Raoul de Fougères, donne la forêt de Savigny à l’ermite Vital pour l’établissement d’un monastère avec le consentement de son épouse Avicie de Tonbridge, et de ses fils Méen Fransgalon, Henri et Robert. Vers 1120, Raoul se retira du monde et prit l’habit de religieux à Savigny. Il y mourut l’an 1122.

Entre 1113 et 1118, le roi Henri 1er Beauclerc signa plusieurs chartes confirmant les donations de ses barons à l’abbaye de Savigny. L’une de ces chartes rappelle, entre autres dons, celui d’Hugues fitz-Anquetil qui donna sa terre de Verdun (sans doute le lieu-dit Verdun en Saint-Martin-des-Champs) et celui de Bertram de Verdun : « …ex dono Hugonis filii Ansketilli terram suam de Verdun […] ex dono Bertranni de Verdun terram quamdam… ».

Châteaux de la Manche, Gerville, 3ème partie, Avranchain et Mortainais, pages 119-120. Liber cartarum domus Savigneii, de diversis episcopatibus, confirmatio regis, charte n° 1.


Charte de Henri de Fougères, 1124-1150.

En 1150, Henri, seigneur de Fougères, se fit aussi religieux à Savigny. Il fit alors rédiger une grande charte dans laquelle il rappelle la fondation de son père, confirme les dons faits à cette époque, ceux ajoutés à l'occasion de la dédicace de l'église abbatiale en 1124, et tous ceux qui suivirent jusqu'à ce qu'il se fit moine. Parmi les dons de terres situées au pied d'Avranches, entre Sée et Sélune, on retrouve 5 fois le nom de Verdun :


  • Une terre et ses dépendances située entre les vignes du Champ-Breton (rivage de Vains) et la vieille saline de Verdun, et entre Grôley (Cromel ?) et la route de Pontaubault à Avranches, terre donnée jadis par Durand de Grôley et son fils André.
  • Toute la terre de Verdun, cédé jadis par Hugues FitzAnquetil, qui se fit religieux à Savigny, avec le consentement de ses seigneurs : Ernée de Verdun, fils de Robert, les cousins d'Ernée, et Richard de Serlant et ses fils.
  • Près de Verdun, une terre et un pré donnés jadis par Rainald, camérier d’Avranches, puis religieux de Savigny, avec le consentement de ses fils et de Roger de Grôley.
  • Près de Verdun encore, la terre de Roger Leroux, d’Avranches, et de son parent Vital.
  • Deux acres de terre, données jadis par Bertram de Verdun, avec l'accord de Pierre et Geoffroy, ses fils.
  • Et enfin un champ donné plus tard par Guillaume, Gauthier et Rainald de Verdun, les fils de Geoffroy.


«[...]Concessi monachis Savigneli terram cum pertinentiis suis, que est inter vineam eorum de Campobotri et vetus stagnus de Verdum et inter Groleium et viam de Ponte Albundi et de Abrincis, quam terram dedit eis Durandus de Groelio et Andreas, filius ejus, et Radulfus et Robertus et Giroudus atque Guillelmus nepotes ipsius ; concessi etiam eis in Verdum totam terram cum pertinentiis suis, quam dedit eisdem Hugo, filius Ansketilli, quandus factus est conversus ecclesie Savigneli, concedente Ranulfo, filio ejus ; concedente etiam Ernesio, filio Roberti de Verdum, domino suo, et Gisleberto sacerdote et Petro et Galtero et Gisleberto, patrulis ejusdem Ernesii, et Ivone, genero Gisleberti sacerdotis, et Ernaldo, filio Milonis fratris ipsius Gisleberti ; concendente quoque Ricardo de Serlant, domino ipsorum cum filiis suis, Roberto scilicet et Guillelmo et Galtero et Bescirardo et Radulfo ; et juxta predictam terram Hugonis concessi eidem ecclesie et monacis terram et pratum que dedit Rainaldus Camerarius de Abrincis, quando factus est conversus Savigneli, concedentibus filiis suis, Rogero scilicet et Roberto et Johanne ; concedente etiam Durando de Groileio de quo tenebat ea et Andrea, filio ipsius Durandi. Concessi iterum eis, juxta predictam terra Hugonis, virgultum cum pertinentiis suis, quod dedit eisdem Rogerius Rufus de Abrincis et Vitalis, cognatus ejus, et totam terram juxta virgultum quam dedit eis idem Vitalis, Gisleberto presbitero domino eorum utrumque concedente, virgultum videlicet et terram ; concessi etiam eis duas acras terre quas dedit eis [B]ertarmi de Verdum, concedentibus Petro et Gaufrido, filiis ejus ; concessi denique campum quem donaverunt eisdem Willelmus filius Gaufridi de Verdum, et Galterus et Rainaldus, fratres ejus[...]».


Cartulaire de Savigny, charte n° 20 ; Acta sanctae Ecclesiae Abrincensis, charte copiée par un prieur de Savigny. Diocèse d’Avranches, Pigeon, page 538-539. Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. XX, Analyse des titres et chartes de l'abbaye de Savigny, Desroches, pages 259-260.

Charte de Richard de Subligny, la Lucerne, 1144.

Richard de Subligny, évêque d’Avranches (1142-1153), confirme les donations faites lors de la première fondation de l’abbaye de la Lucerne, en mémoire de ses parents Othoël d'Avranches et Lesceline de Subligny, de ses frères Hasculf et Raoul, et de l’épouse de Hasculf, Denise d’Avranches, fondateurs de l’abbaye. Parmi les autres bienfaiteurs, on trouve Lambert et Béranger d’Orvieto qui donnent deux acres de terre au pied des murs d’Avranches et la moitié d’une acre appartenant à Bertram de Verdun.


« Ricardus Dei gratia Sanctae Abrincensis ecclesiae episcopus tam presentibus quam futuris Sanctae Matris ecclesiae pastoribus salutem […]. Siquidem modernis temporibus,in territorio Abrincensi, apud villam quae ab antiquis Lucerna appellatur, ecclesia Sancta et Individuae Trinitatis, adjuvante Domino, fundata est, in qua Dei omnipotentis concilio et Hugonis Dei gratia Rothomagensis archiepiscopi, atque nostro, Hasculphus de Soligneo regulares canonicos Ordinis Praemonstratensis pro redemptione animae suae et uxoris suae Dionysiae et patris sui Othoeri matrisque Lesselinae atque fratris sui Radulphi, in Dei servitio perseverantes perpetuo constituit, anno ab incarnatione [1144]. […] Hasculphus de Suligneo dedit praedictae ecclesiae quidquid in villa quae de Lucerna dicitur in dominio possidebat […]. Dedit etiam in Gripone decimam de omnibus reditibus ad dominium castri pertinentibus et unum burgensem. In Marceio masuram Osberni dapiferi et unam acram terrae ad vineam. In Suligneo vineam de Toi et dominium suum circa vineam […]. Johannes de Suligneo dedit in Lucerna totam terram de dominio suo et duas quarbas decimae de tota terra sua ejus dem villae, teste Gaufrido de Suligneo […] qui dedit in Burci decem acras terrae. […] Lambertus de Orviete et Berengarius frater ejus, duas acras terrae juxta murum Abrincensis civitatis et Bertasius de Verduno dimidiam acram. […] ».

Diocèse d’Avranches, Pigeon, pages 669 à 671.


Charte de fondation de l’abbaye de Hambye par Guillaume Paynel, 1145.

En 1145 Guillaume Paynel fonde l'abbaye de Hambye et donne à cette occasion tout son sel de Verdun. Guillaume de Verdun signe la charte de fondation. Il s'agit vraisemblablement de la saline de Verdun, citée dans la charte d'Henri de Fougères. Elle devait se situer sur le rivage de Vains ou de Genêts, où Guillaume de Verdun tenait des terres des Paynel et du Mont-Saint-Michel.

« Qu’il soit connu de tous, présents et à venir, que moi, Guillaume Paynel, de l’avis et du consentement de mes fils Hugues, Foulques, Thomas et Jean, j’ai fondé une abbaye sur mon propre héritage, à Hambye, pour le salut de mon âme et de celles de mon père, de ma mère et de mes ancêtres ; pour la construction de laquelle et pour l’entretien des frères qui serviront Dieu en ce lieu, j’ai donné à perpétuité l’église de Hambye avec tout ce qui en dépend ; deux charruées de terre en cette même paroisse ; la dîme de tous les revenus des terres que je possède dans l’évêché de Coutances ; la moitié de la laine des moutons et trois livres de cire à prendre sur le Mont-Saint-Michel ; tout mon sel de Verdun ; le pasnage de leurs porcs, et l’exemption de toute coutume ordinaire pour leurs hommes et serviteurs ; le lieu où est située l’abbaye, avec tous les droits d’eau des deux côtés, et l’île qu’elle forme ; et encore cette partie de la forêt qui a été séparée par des bornes, et la lande de Meley ; en outre une maison de retraite dans la forêt qui m’appartient aux Moutiers-Hubert, avec ce qui en dépend, savoir : cette partie de la même forêt qu’on a partagée par des bornes, deux charruées de terres, deux acres de pré, un jardin et toutes les dîmes de mes revenus du château des Moutiers-Hubert. Le terme de ces donations est à la Saint-Michel ; à la charte desquelles j’ai fait apposer mon sceau, afin que personne n’ose y attenter par quelque machination que ce puisse être. Témoins Agare, évêque de Coutances, à la recommandation duquel j’ai entrepris cette œuvre : Thierry abbé de Saint-Lô ; Roger, Gislebert et Philippe, archidiacres ; Robert de Hambye, Roger de Lezeau, Hugon de Neuville, Sylvestre, Foulques, Thomas et Jean Paynel, Guillaume de Verdun, Jean de Gavray, Guillaume de Tresgoz et beaucoup d’autres ».

Gavray - Hambye, Bernard Beck, 1975. Cartulaire de Hambye, charte de fondation.

Charte de Fraslin Malemains et Jeanne de Saint-Hilaire, seigneurs de Sacey, 1195.

Vers 1195, Fraslin Malemains et son épouse Jeanne de Saint-Hilaire, dame de Sacey et de Boucey, donnent à l’abbaye de Montmorel deux acres de terre dans le marais du Guyot en Saint-Quentin sur le Homme, avec le consentement de Roland de Verdun, « …Rotholandus de Verdun… ».

Cartulaire de Montmorel, page 277.

Verdun près de Pontorson

Chartes de Raoul II de Fougères et Guillaume de Saint-Jean, Savigny, 1162-1163.

En 1162, Raoul II de Fougères confirme les donations de son père Henri et de son grand-père Raoul à l’abbaye de Savigny. Raoul donne lui-même, avec le consentement de ses fils Juhel et Guillaume, l’église de Moidrey, tout son domaine des marais de Moidrey, tout le domaine de Verdun, à l'exception du moulin, et une place dans Moidrey pour y construire une grange, ainsi que la terre adjacente.

«[...]Concedentibus filiis meis Juhello et Willelmo, totum dominicum meum quod habebam in maretis Maidreii et totum dominicum meum quod habebam in Verduno, excepto molendino. Dedi etiam predicte abbatie in villa Maidreii plateam ad faciendam grangiam et terram que ei adjacet et est post ipsiam grangiam[...]».

Dans l’inventaire manuscrit des titres, bulles, et chartes de Savigny (dressé vers 1700) on trouve :

  • « …une carte de Raoul de Fougères comme l’église de Maidrey et porcion des dixmes appartiennent a Savigny en date de l’an mil cent LXII… ».
  • une copie de la bulle du pape Alexandre III (1159-1181) qui confirme «… ce que avoit donné Raoul de Fougères es marays de Maidrey et en domaine de Verdun » à l’abbaye de Savigny.


En 1163, Guillaume de Saint-Jean et son épouse Olive de Bretagne, mère de Raoul II, confirment l’abbaye de Savigny dans la possession d’un domaine de cinq acres dans les marais de Moidrey, domaine qu’ils avaient auparavant donné à Bertram de Verdun, lorsque celui-ci tenait la garde du château de Pontorson « …quod ego concessi Bertramno de Verduno quando custodiebat Pontem Ursum de dominico quod habebam in maretis Maidreio… ».


Liber cartarum domus Savigneii, de diversis episcopatibus, chartes n° 39 et n° 52 . Annales d’Avranches, Desroches, pages 123, 125 et 201. Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. XX, Analyse des titres et chartes de l'abbaye de Savigny, Desroches, pages 261-262.


Charte des dîmes de Boucey, Mont-Saint-Michel, 1186.

Les moines du Mont-Saint-Michel tenaient le tiers des dîmes de Boucey, données autrefois par Alain de Boucey, le curé de Boucey jouissait du second tiers, et Hervé et Richard de Verdun possédaient le troisième tiers.

« Prefati vero Herveus et Ricardus tenent feudalitium in vavassoria de ecclesia Montis tertiam garbam decime de Boce per tres solidos cenomanenses annui redditus ad festum sancti Remigii solvendi sicut antecessores eorum tenuerant de Hamone Rufo patre Thome de Belveher que Hamo veniens ad monachum dedit ecclesiae Montis jus suum et dominium quod habebat in tenemento illo ».

Hervé et Richard de Verdun étaient donc vavasseurs de Hamon de Beauvoir, et par la cession qu’il en fit à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, ils devinrent redevables envers ce monastère d’une rente de trois sols pour le tiers des dîmes Boucey. A raison de ce tiers, ils prétendirent posséder la moitié de la présentation à la cure, le tiers des dîmes revenant au curé ne donnant en effet pas de droit de présentation.

« Herveum de Verduno de medietate presentationis ecclesiae de Boce quam Herveus clamabat se debere tenere de eis feodaliter in vavassoria sua quam tenet de ecclesia Montis […]. Herveus et tres fratres ejus dimiserunt ».

Hervé de Verdun et ses trois frères se désistèrent de leurs prétention à la présentation de la cure de Boucey et aumônèrent à l’abbaye deux sols angevins et douze cénomans « quod habebant in quodam domine de Boce ».

L’acte fut signé à Avranches en 1186, en présence de Guillaume de Lolif, Geoffroy Duredent, Robert de Bacilly, Philippe de Neuville et André de la Rochelle.

Cartulaire du MSM, folio 119v. Annales d’Avranches, Desroches ; Diocèse d’Avranches, Pigeon, page 400.