Sites antiques de Vaison-la-Romaine

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Vue partielle sur le site de La Villasse avec la rue des boutiques au premier plan Photo B.ohland

Vaison-la-Romaine est une ville aux multiples facettes qui peut être fière de ses vestiges.
Elle est célèbre pour son pont romain du Ier siècle, admiré pour sa solidité lui ayant permis de résister à la seconde guerre mondiale et à un dramatique débordement de l'Ouvèze en 1992.
La Haute-Ville romane qui s'est créée au Moyen-Âge autour du château comtal recèle de nombreuses richesses patrimoniales.
Mais c'est surtout pour ses sites gallo-romains (dont le théâtre qui a été réhabilité pour accueillir concerts et festivals) que la ville est renommée.
L'ampleur de la cité antique en fait le plus grand site archéologique de France. Et c'est en toute logique qu'en 1924 la commune de Vaison a souhaité « ajouter "la-Romaine" »[1] à son toponyme.

Contexte historique

  • Avant même le début de l'ère chrétienne, Vasio Julia Vocontiorum était la capitale administrative et politique des Voconces[2].
  • Lors de la conquête romaine, Vasio devient un élément de la "Provincia", « partie méridionale de la Gaule »[3], et non pas une colonie. Son statut est celui d'une "cité fédérée", fidèle à Jules César, ce qui lui confère une certaine part d'autonomie. Sous l'empire romain, la ville se met à prospérer et s'étend déjà jusqu'à 70 hectares. Si le tissu urbain est assez lâche et hétéroclite au départ, il prend à partir des années 70 une forme structurée "à la romaine", avec avenues, portiques de colonnades, théâtre, thermes et grandioses "domus"[4].
  • Au IIIe siècle, une partie de la cité est détruite. La reconstruction s'opère au siècle suivant. Aux Ve et VIe siècles, le rayonnement de la ville est encore important.
  • La situation commence à décliner par la suite, poussant les habitants à s'installer sur la colline de la rive gauche, où préexistait l'oppidum des Voconces et où les comtes de Toulouse font élever un château au XIIe siècle.
  • Revers de situation aux XVIIIe et XIXe siècles : la Haute-Ville est délaissée, un habitat urbain commence à prendre possession du territoire antique, en recouvrant une partie des vestiges.

Présentation

Des 70 ou 75 hectares correspondant à la surface de la cité à son apogée, une grande partie est recouverte par la ville moderne.
Seuls deux quartiers, totalisant 8 hectares et correspondant aux antiques « quartiers périphériques »[5] sont visibles et ouverts à la visite : le site de Puymin, au nord-est de l'agglomération, et celui de La Villasse, en contrebas, vers la cathédrale Notre-Dame de Nazareth. Ils nous révèlent les vestiges du théâtre, de riches demeures, de thermes publics, de quartiers artisanaux ou commerçants... Sur le site de La Villasse s'étaient superposés des vestiges médiévaux.
Le centre de la cité romaine avec son amphithéâtre et son forum est recouvert par l'urbanisation moderne, mais les archéologues ont réussi à découvrir son emplacement. Par ailleurs, les fouilles se poursuivent et ont permis de mettre au jour un autre quartier avec une luxueuse villa.
D'autres fouilles réalisées en 2000 ont pu confirmer que l'eau courante arrivant à Vasio provenait de la source du Groseau à Malaucène et était acheminée par aqueduc.

Site de Puymin

Plan issu du dépliant de visite remis sur place


Au nord-est de la ville, le site tire son nom de la petite butte qui, sur son flanc nord, a accueilli l'aménagement du théâtre. Le toponyme est d'ailleurs issu du latin "podium minus", signifiant "petite colline".

Cette zone de vestiges comprend aussi bien des demeures privés que des éléments communs comme, en plus du théâtre, un quartier artisanal, un sanctuaire et une allée de sarcophages.

Elle abrite aussi le musée archéologique Théo Desplans.

Les terrains de fouilles de la colline de Puymin sont classés aux Monuments historiques depuis 1942[6].

Maison à l'Apollon Lauré (ou maison des Messii)

Ensemble de la maison

Le nom de cette domus provient d'une tête d'Apollon, en marbre, retrouvée à cet endroit en 1925.
Il s'agit d'une somptueuse demeure mise au jour sur 2000 m2, mais dont une autre partie (avec l'entrée principale donnant sur le cardo maximus[7]) est enfouie sous la voirie contemporaine.
L'agencement intérieur de la demeure et ses décors témoignent de la richesse de ses habitants. L'atrium[8] encadrait un impluvium[9] avec compluvium[10]. Tout autour s'agençaient les différentes pièces des habitants ou de leurs hôtes, ainsi qu'une salle de réception et un péristyle.
Se remarquent particulièrement le tablinum[11], le triclinium (banc de table) puisque « il est d'usage, chez les riches, de manger allongé »[12], la cuisine et un bain privé.


Sanctuaire à portiques

Il était constitué de quatre portiques à colonnes et entourait un bassin.
Il ne reste que la galerie nord, où trois exèdres ont été ménagées dans le mur. Elles abritaient les statues de divinités. Au XXe siècle, y ont été installés les moulages de deux statues en marbre blanc retrouvées dans le théâtre (et dont les originaux sont conservés au musée) : celles de l'empereur Hadrien (76-138) et de son épouse Sabine (83-136).
Longtemps considéré comme un sanctuaire public à vocation religieuse, il ferait plutôt partie (selon les récentes fouilles de 2018) du jardin très spacieux d'une riche demeure enfouie sous le tissu urbain.


Quartier artisanal

Tout un secteur était consacré à l'artisanat, avec par exemple des zones de pressurage du vin. On y voit encore un "dolium" entier, grande jarre de stockage pour l'huile ou le vin[13], à moitié enterrée dans le sol pour faciliter la conservation.
Les divers ateliers étaient rehaussés d'un étage d'habitation modeste.

Allée des sarcophages et voie processionnaire

Bien alignées de long de l'allée
  • Alors que « L'acte de crémation s'impose dans le monde romain »[14], les choses changent avec la diffusion du Christianisme. L'inhumation se développe, des nécropoles se forment, notamment à l'extérieur des cités. À Vaison, elles se situent au nord et à l'ouest.
À partir du VIIe siècle, les sépultures ne sont plus autant regroupées et prennent parfois place en ville. C'est le cas ici, où des sarcophages de l'Antiquité tardive ou du haut Moyen Âge ont été taillés dans des blocs d'architecture romaine, récupérés lors de démolitions.
  • Le long de cette allée de sarcophages, se trouvait autrefois une voie processionnaire que les cortèges formés dans le sanctuaire empruntaient pour se rendre au théâtre. Le lieu était composé d'une porte monumentale, d'une aire de regroupement avec latrines, d'une rampe et d'une galerie se terminant par un escalier à double volée.


Théâtre

Cavea sans spectateur ni touriste

Construit au Ier siècle après J.C., le théâtre n'a été découvert qu'à partir des dégagement archéologiques de 1907-1926, alors que deux arceaux de mur d'un bâtiment latéral, découverts au préalable, laissaient deviner sa présence. Il a ensuite été restauré.
La "cavea" de 96 m de diamètre comporte 30 rangs de gradins, creusés sur le flanc nord de la colline de Puymin (sur un dénivelé de 29 m). L'hémicycle pouvait accueillir jusqu'à 6000 personnes. Les spectateurs y arrivaient par des entrées latérales ou par les "vomitoires", petits tunnels reliés entre eux par l'"ambulacre" (galerie annulaire).
Il subsiste la base du mur de scène, qui avoisinait les 30 mètres de haut et était agrémenté de colonnes et divers éléments architecturaux. Quant à la scène, en bois, elle mesurait 56 m X 10 m. Les fosses en-dessous abritaient la machinerie nécessaire. Leur fouille a livré de belles effigies ou statues des empereurs Claude, Domitien, Hadrien et son épouse, conservées au musée.
Le théâtre est classé aux Monuments historiques[15].


Musée Théo Desplans

Le musée présente une riche collection d'objets livrés par les différentes campagnes de fouilles : autels, sculptures, statues, mais aussi mosaïques ou objets de la vie quotidienne.
Parmi les statues, certaines représentent des personnages municipaux et sont dites "acéphales", car « leurs têtes étaient... interchangeables »[16].
Cet ensemble permet de mieux comprendre la culture et le mode de vie des Gallo-romains.

Maison à la Tonnelle

Ensemble du domaine

Il s'agit à nouveau d'une luxueuse maison, d'une surface d'environ 3000 m2. Elle témoigne d'une transition progressive entre "villa" rurale et "domus" de ville.
Alors qu'elle comportait plusieurs étages, seul le rez-de-chaussée a pu être conservé, car certaines pièces étaient à moitié enterrées.
La demeure était pourvue d'un jardin très spacieux, avec un bassin central en forme de "T", longtemps considéré comme la base d'une tonnelle. Dans ce jardin demeure un puits et le soubassement d'un escalier à double volée.
La partie nord-ouest de la domus était une zone de service très complète avec une cour d'approvisionnement, une porte d'accès réservé, et des latrines. La cuisine était complètement aménagée avec évier, meule à grains, four à pain ainsi qu'un dolium semi enterré (voir section "Quartier artisanal").
Au nord-ouest, la maison possédait ses propres thermes, dont il subsiste le couloir de chauffe et un bassin.


Site de La Villasse

Plan issu du dépliant de visite remis sur place


Le toponyme "Villasse" est construit sur le radical "ville" auquel on a rajouté le suffixe "-asse", de connotation péjorative, à cause de son état de ruines.

Cette dénomination a été conservée par le petit château et son terrain qui s'y sont superposés au XVIIe siècle.

Depuis 1943, le site est classé aux Monuments historiques[17]. Lui aussi est composé de demeures privées et d'établissements publics.

Rue des boutiques

Rue des boutiques, vue du haut

Il s'agit d'une voie très large, correspondant à un cardo secondaire. Sa partie centrale mesure plus de 4 m de large et ses grandes dalles de calcaire permettaient le passage de chariots.
Elle date des années 70 après J.C. et a perduré jusqu'au IVe siècle.
La rue était bordé de boutiques, reconnaissables par une ouverture vaste et un seuil avec rainure pour caler les étals. Sur le côté ouest de la rue, une enfilade de colonnes soutenait une sorte de préau, constitué par l'encorbellement des étages des boutiques, qui était réservé aux piétons.
Au bout de la voie, sur la gauche, se trouvaient les thermes du centre. Il en subsiste une arcade à pilastres et les latrines.
Encore plus loin, et recouvert par la ville actuelle, le cardo se poursuivait jusqu'au forum de la cité.


Maison du buste en argent (appelée maintenant siège de corporation)

Statue sur l'esplanade de la maison


Considérée d'abord comme une domus patricienne, cette construction, complète, serait plutôt un établissement scolaire ou religieux. Elle est d'ailleurs surnommée la "schola". Cette thèse est appuyée par la découverte de nombreux autels votifs et de décors laissant penser à une corporation de métalliers ou de pompiers.
Les fouilles ont également mis au jour un buste masculin en argent[18] et une effigie monumentale[19] de Tibère (42 av J.C.-37 ap J.C.).
L'édifice présente le même agencement qu'une domus : atrium, premier et second péristyle, etc... Il est également complété d'une esplanade avec portiques et bassin, ainsi que d'un grand jardin suspendu, ce qui totalise une surface de 3600 m2.

Ensemble thermal et palestre

Il s'agissait peut-être de la partie ouest de l'habitation précédente, mais, avec une superficie de 2300 m2, ces thermes sont comparables à ceux de Stabies à Pompéi. Sur le devant, une grande palestre à ciel ouvert est entourée de portiques et dotée d'une "natatio" (piscine).
Les sportifs accédaient aux latrines par le portail est et rejoignait les bains par un grand escalier. Chez les Romains, « La pratique du bain était rigoureusement codifiée »[20] : passage par le "apodyterium" (vestiaire), bain dans le "tepidarium" (bassin tiède), le "caldarium" (bassin chaud), puis le "frigidarium" (bassin froid) ou le bain extérieur.
À côté de ces trois derniers bassins se trouvait le "praefurnium" (espace de chauffe) qui alimentait en air chaud les deux salles comportant un système sur hypocauste : le sol des bassins était construit sur des pilettes de briquettes (environ 70 cm de haut) sur lesquelles reposaient de grandes briques plates. Ensuite l'air chaud repartait vers le toit grâce à des tubes ménagés dans les parois des murs.


Maison aux animaux sauvages

Une des mosaïques
fresque sur un des murs


  • Cette maison a livré plusieurs mosaïques ainsi que des fresques autour d'un atrium.
Avec le dallage et la marquetterie de marbre, la mosaïque est l'un des trois décors en usage à cette époque. Le mot mosaïque est dérivé du latin "opus musivum" (ouvrage inspiré des muses). On employait aussi le terme "opus tesselatum" (ouvrage en tesselles), d'inspiration italienne. La plupart des pavements de Vasio sont attribués à l'école rhodanienne et sont constitués de décors géométriques.
  • Pour les décors muraux : des enduits de la seconde moitié du Ier siècle, représentant des scènes de chasse ou simples feuillages ont été mis au jour dans cette maison ; les peintures murales du IIe siècle se limitaient plutôt à des panneaux unis avec des bordures colorées dans les tons noir, rouge et vert.


Maison au Dauphin

Cette domus résidentielle de 2700 m2 tire son nom d'un objet en marbre blanc exhumé lors des fouilles : un dauphin chevauché par Cupidon.
La demeure est l'aboutissement de transformations successives d'une ancienne villa rurale antérieure à l'ère chrétienne.
On y retrouve tous les éléments architecturaux témoignant de la richesse des propriétaires : large escalier d'entrée avec boutiques, atrium à impluvium, péristyle, tablinum, petit bain privé, grand jardin avec bassin.


Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Le guide vert "Provence", Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2020, 500 pages, ISSN 0293-9436
  • Plan des sites et divers panneaux d'information sur place
  • Collectif d'auteurs, revue Les Saisons d'Alsace, n° 73, Thème "Nos ancêtres les ROMAINS", Strasbourg, Éditions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 2017
  • Nicolas MENGUS, Aux origines des Alsaciens et des Lorrains, des Médiomatriques, Triboques et Raurarques aux gallo-romains, Strasbourg, La Nuée Bleue/Éditions du Quotidien, 2017, 221 pages, ISBN 978-2-8099-1510-5

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Référence.png Notes et références

  1. Le guide vert "Provence", Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2020, 500 pages, ISSN 0293-9436
  2. Peuple celtique qui s'est installé principalement en région provençale après avoir conquis des territoires autrefois aux mains des Ligures
  3. Nicolas MENGUS, Aux origines des Alsaciens et des Lorrains, des Médiomatriques, Triboques et Raurarques aux gallo-romains, Strasbourg, La Nuée Bleue/Éditions du Quotidien, 2017, 221 pages, ISBN 978-2-8099-1510-5
  4. Alors que les villae se trouvent plutôt à la campagne, les domus correspondent à des demeures urbaines de citoyens aisés.
  5. Le guide vert "Provence", Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2020, 500 pages, ISSN 0293-9436
  6. Base Mérimée, Colline de Puymin
  7. Une des voies principales d'une cité romaine, souvent orientée nord-sud.
  8. Pièce principale de la domus
  9. Bassin au centre de l'atrium, le plus souvent carré, destiné à recevoir les eaux de pluie
  10. Ouverture dans le toit de l'atrium pour laisser pénétrer l'eau de pluie
  11. Sorte de bureau-bibliothèque, le plus souvent situé entre atrium et péristyle
  12. Nicolas MENGUS, Aux origines des Alsaciens et des Lorrains, des Médiomatriques, Triboques et Raurarques aux gallo-romains, Strasbourg, La Nuée Bleue/Éditions du Quotidien, 2017, 221 pages, ISBN 978-2-8099-1510-5
  13. de 2,20 m de hauteur
  14. Collectif d'auteurs, revue Les Saisons d'Alsace, n° 73, Thème "Nos ancêtres les ROMAINS", Strasbourg, Éditions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 2017
  15. Base Mérimée, théâtre
  16. Le guide vert "Provence", Boulogne-Billancourt, Michelin Travel Partner, 2020, 500 pages, ISSN 0293-9436
  17. Base Mérimée, site de La Villasse
  18. Il s'agit là d'un hommage rarissime, destiné uniquement à représenter des empereurs.
  19. Fragment d'une statue plus grande que nature
  20. Nicolas MENGUS, Aux origines des Alsaciens et des Lorrains, des Médiomatriques, Triboques et Raurarques aux gallo-romains, Strasbourg, La Nuée Bleue/Éditions du Quotidien, 2017, 221 pages, ISBN 978-2-8099-1510-5