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Le cérémonial du dîner du Roi

Sommaire

Le cérémonial du dîner du Roi

Ordre du dîner du roi, quand il mange en public, avec les fonctions de chaque officier.

La Nef

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L'huissier de salle ayant reçu l'ordre pour le couvert du roi, va à la salle des gardes-du-corps, frappe sur la porte avec sa baguette, qui est la marque de sa charge, et dit tout haut : Messieurs , au couvert du roi, puis avec un garde il se rend au gobelet. Ensuite le chef du gobelet apporte la nef, les autres officiers apportent le reste du couvert; le garde-du-corps marchant proche la nef, et l'huissier de salle portant les deux nappes, est à la tête, s.i baguette en main. Le soir il tient aussi un lia m beau. Voyez l'article 24 des règlements faits par Louis XIV en 1681. Etant tous arrivés au lieu où la table du prêts est dressée , l'huissier étale seul une nappe sur le buffet ; puis le chef du gobelet et lui étalent une autre nappe dessus la table du prêts ; cet huissier reçoit un des bouts que l'officier du gobelet , qui en retient l'autre bout, lui jette adroitement entre les bras. Après les autres officiers du gobelet posent la nef, et préparent tout le reste du couvert. Celle nef est une pièce d'orfèvrerie , ordinairement de vermeil , faille en forme de navire démâté. La tradition veut que ce soit un présent fait dans le seizième siècle à l'un de nos rois, par la ville de Paris, dont les armes sont un navire. Quoi qu'il en soit , c'est dans cette nef que l'on enferme entre des coussins de senteur, les serviettes qui doivent être présentées au roi durant son repas. Lorsqu'il plaît au roi de manger en grand cérémonial, elle est placée sur un bout de la table de S. M., ainsi qu'on l'expliquera ci-après. Dans les autres jours on la met sur la table du près ; mais en quelque endroit qu'elle soit posée , toutes les personnes qui passent devant, même les princesses, lui doivent le salut, de la même manière qu'on le doit au lit du roi, quand on passe par la chambre de S. M.

L'ordre des repas ordinaires

Suivons l'ordre des repas ordinaires. Le gentilhomme servant qui est de jour pour le prêts, coupe les essais de pain déjà préparé au gobelet , fait faire l'essai au chef du gobelet du pain du roi, et du sel : il touche aussi d'un essai les serviettes qui sont dans la nef, la cuiller, la fourchette, le couteau et les cure-dents de S. M. , qui sont sur le cadenas , donnant pareillement cet essai à manger à l'officier du gobelet, ce qu'ils appellent faire le prêts. Le gentilhomme-servant ayant ainsi pris possession de la table du prêts , continue de la garder.

Le prêts étant fait, les officiers du gobelet vont à la table où doit manger le roi, la couvrent de la nappe de la même façon ci-dessus exprimée ; ensuite un des gentilshommes-servans y étale une serviette dont la moitié détorde du côté de S. M. ; et sur cette serviette il y pose le couvert du roi : savoir , l'assiette et le cadenas sur lequel sont le pain, la cuiller , la fourchette et le coiiteau, et par-dessus est la serviette du roi proprement pliée à goudrons et petits carreaux. Puis ce gentilhomme-servant replie sur tout le couvert la serviette de dessous qui déborde. Il pose aussi les coliers ou porte-assiettes, et le tranchant ou couteau , la cuiller et la fourchette dont il a besoin pour le service : ces trois dernières pièces étant pour lors entourées d'une serviette pliée entre deux assiettes d'or, il se lient tout proche de la table pour garder le coDvert de S. M.

Diner du roi.jpg

Pendant ce temps, l'huissier de salle retourne à la salle des gardes , où ayant frappé de sa baguette contre la porte, il dit tout haut : Messieurs à la viande du roi; puis il va à l'office-bouche, où il trouve le maître-d'hôtel qui est de jour, le gentilhomme-servant et le contrôleur d'office qui bj sont rendus.

Après que le serdeau y a donné à laver à ces trois officiers , Pécuyer-boUche range les plais sur la table, et présente deux essais de pain au maitre-d'hôtel qui fait essai du premier service , et qui, après avoir touché les viandes et ces deux essais de pain , en donne un à l'écuyerbouche qui le mange , et l'autre est mangé par le maitred'hôtel. Ensuite le gentilhomme-servant prend le premier plat, le second est pris par un contrôleur-d'office, et les officiers de la bouche prennent les autres. En cet ordre, le maitre-d'hôtel ayant le bâton en main, marche à la tète, récédé de quelques pas par l'huissier de salle portant sa aguetle , et le soir ayant un (lambeau ; et ensuite la viande, accompagnée de trois gardes du-corps , leurs carabines sur l'épaule. Sur quoi voyez les articles a5 et 26 des réglemens de Louis XIV de 1681.

Lorsqu'ils sont arrivés à la table du prêts , le maître d'hôtel fait la révérence à la nef; le gentilhomme-servant qui tient le premier plat, le pose sur la table où est la nef. et ayant reçu un essai du gentilhomme-servant qui fait le prêts, il en fait l'essai sur lui , et pose son plat sur la table du prèt£ ; le gentilhomme servant qui fait le prêts , prend les autres plats des mains de ceux qui les portent, et les pose sur la table du prêts , en faisant faire l'essai a ceux qui les ont apportés, ces mêmes pljls étant après portés par les autres genlilshommes-servans sur la table du roi ; il reste toujours trois gardes du roi à cette table do. prêts.

Le premier service étant sur table , le maître-d'hotel précédé de l'huissier de salle , va avertir le roi, et S. M. étant arrivée à la table, le maitre-d'hôtel présente au roi la serviette mouillée à laver, dont il a fait faire l'essai à l'officier du gobelet, en la prenant de ses mains, le tout

Pourtant conformément à l'article 27 des réglemens de louis XIV de 1681. Voilà pour le premier service. Le gentilhomme-servant qui fait le prêts , continue de faire faire l'essai aux officiers de la bouche et du gobelet , «Je tout ce qu'ils apportent à chaque service , et que les autres gentilshommes-servons viennent prendre pour le servir devant S. M. quand elle l'ordonne.

Si le cas arrivait qu'il n'y eût pas de maître-d'hôtel pour aller avertir le roi, le gentilhomme-servant ferait cette fonction, et porterait pour marque la serviette mouillée entre deux assiettes d'or. Il reviendrait marchant devant le roi, et présenterait à S. M. cette serviette mouillée à laver dont il aurait fait faire l'essai à l'officier du gobelet. C'est ainsi que Louis XIV le régla le 5 septembre 1666.

Les autres gentilshommes-servants ne descendent pas à l'office ; mais après avoir lavé leurs mains au buffet dressé dans l'antichambre, ils vont prendre leur place près la table devant S. M.

Le roi veut qu'ils soient .... par jour, afin que le service soit plus exactement fait. L un se tient proche la table sur laquelle la nef est posée, et où sont apportées les viandes pour en faire l'essai ou le prêts , avant qu'elles soient servies devant le roi ; et il ne quitte point ce poste, qu'après que le dessert est mis sur la table de S. M. Alors il prend la dernière serviette mouillée à laver , des officiers du gobelet leur ayant fait faire l'essai, pour la présenter au roi à la fin du repas : les cinq autres sont devant la table où le roi mange, pour y faire le service.

Le roi a demandé à boire

Celui qui sert d'échanson, crie tout haut, dès que le roi a demandé à boire, à boire pour le roi, fait la révérence à S. M., vient au buffet prendre des mains du chef de l'échansonnerie- bouche la soucoupe d'or garnie du verre couvert , et des deux carafes de cristal, pleines de vin et d'eau , puis revient précédé du chef, et suivi de l'aide du gobelet. Etant tous trois arrivés à la table du roi , ils font la révérence devant S. M. ; le chef se range de côté, et le gentilhomme-servant verse des carafes un pen de vin et d'eau dans une petite tasse de vermeil doré ( nommés essai ) que tient le chef de gobelet ; celui-ci renverse la moitié de ce qui lui a été versé , dans un autre essai pareil , qui lui est présenté par son aide , et il boit ( ce qui s'appelle faire l'essai ; ) le gentilhomme-servant se tournant vers le roi, le fait après , et il remet entre les mains dadit chef sa tasse, que ce chef rend avec la sienne à son aide. Ensuite le gentilhomme-servant fait la révérence devant S. M., lui découvre le verre , et lui présente en même temps la soucoupe où sont les carafes. Le roi se sert lui-même le vin et l'eau ; puis ayant bu et remis le verre sur la soucoupe , le gentilhomme-servant reprend la soucoupe avec ce qui est dessus , recouvre le verre , fait encore la révérence devant le roi , et rend le tout au même chef d'échansonnerie qui le reporte au buffet.

Celui qui fait la fonction d'ecuyer-tranchant, ayant lavé ses mains , et pris sa place devant la table, il présente et découvre tous les plats au roi, et les relève quand S. M. lui dit ou lui fait signe , et les donne au serde.iu, ou à ses aides. Il change d'assiette au roi de temps en temps, et de serviette à l'entremets , ou plus souvent, s'il en est besoin, et coupe les viandes , à moins que le roi ne les coupe lui-même.

Quand le grand-panetier , le grand-éebanson et le premier écuyer-tranchant servent aux grandes cérémonies, ils font tous les mêmes fonctions que chacun de ses gentilshommes-servants , qui de leur côté font leur service ordinaire.

Lorsqu'il plaît au roi de manger dans tout l'appareil du à S. M.

Lorsqu'il plaît au roi de manger dans tout l'appareil du à S. M., ainsi qne Louis XIV la fait très-souvent, soit durant sa minorité, soit depuis; ce qui s'est aussi pratiqué dans le premier repas que S. M. Louis XV fit au sortir des mains des femmes , pour entrer en celles des hommes , le cérémonial est beaucoup plus grand.

Alors la nef est posée au bout de la table du roi, à la droite de S. M. ; et si le roi est marié, celle de la reine, aux armes de cette princesse, est placée à gauche de l'autre bout de la table.

Dans ces occasions, l'antichambre où le roi mange ordinairement à son grand-couvert, et sans nef sur la table , devient salle ; et les huissiers de salle s'emparent de la forte sous les ordres du grand-maître , ayee des gardes commandés à cet effet. Le capitaine des gardes-du-corps , en quartier , commande alors dans cette salle , et ordonne quatorze gardes pour rester en haie la carabine sur l'épaule, sept de chaque côté devant la table de S. M. Un autre garde est posé en sentinelle près de la nef, placée sur la table du roi ; et il y en a encore un pour précéder le gentilhomme - servant toutes les fois qu'il apporte à boire au roi. On met encore une table à un coin de la salle , du côté de la porte , afin que les officiers de la bouche y puissent reposer leurs plats en arrivant, et les présenter proprement aux gentilshommes-servants qui sont près de li table du roi ; ceux-ci font faire l'essai de chaque plat à chacun de ces officiers de la bouche, en présence de S. M. , à mesure qu'ils les leur présentent pour être posés sur la table du roi. Deux gardes de la manche , revêtus de leurs colles d'armes et habits de cérémonie , armés de leurs pertuisanes, sont aux deux côtés du roi, et le capitaine des gardes-du-corps est derrière la personne de S. M, L'aumônier de quartier se lient près de la nef, pour la pouvoir découvrir lorsqu'il est nécessaire qu'un des genlilshomm.'Sservants y prenne les serviettes dont S. M. peut avoir besoin.

Il est un autre cérémonial qui s'observe lorsqu'il arrive que le nonce du pape en France est créé cardinal. La barrette ( ou bonnet rouge ) envoyée par sa sainteté , est mise par le roi sur la tête de ce nouveau cardinal durant la . messe, que S. M. entend dans sa chapelle , et le même jour elle fait l'honneur à ce cardinal de le faire diner à sa table.

L'on observe dans cette occasion toutes les grandes cérémonies ci-dessus ; mais la table du roi , sur laquelle on pose la nef, est alongée de deux tiers de plus qu'à l'ordinaire : le roi se place au milieu du premier tiers , ayant son cadenas posé à l'ordinaire , cl la nef à sa droite ; le nouveau cardinal est placé sur la même ligne au milieu des deux autres tiers, à la gauche du roi. Le maître des cérémonies est debout à sa droite pour l'avertir du cérémonial de ce repas, et le contrôleur-général de sémeslre se tient debout à sa gauche pour le servir; Les gentilshommesservants, qui se trouvent ce jour-là en grand nombre , bordent entièrement la table. Le roi a son chapeau sur la tête , et le cardinal sa barrette. Le premier coup que le cardinal boit, c'est à la santé du roi, de la part du pape.

Il se découvre , se lève, fait son compliment en italien ; et après qu' il a bu , S. M. ôte un peu son chapeau pouf le remercier ; le premier coup que le roi boit ensnile , c'est à la santé du pape : le cardinal se tient debout la barrette à la main , pendant que le roi boit ; ce qu'il lait encore toutes les autres fois que S. M. recommence de boire, étant averti chaque fois par le mailre des cérémonies. Le roi ayant bu , ôte un peu son chapeau pour le remercier , et S. M. se recouvrant, c'est le signal au cardinal pour se rasseoir. A chaque service , on couvre la table du roi de ce qu'on appelle un service complet ; et l'on pose en même temps sur les deux autres tiers, qui sont pour le cardinal, un autre service aussi complet, composé précisément du même nombre de plats , remplis de la même qualité de mets. Le roi est servi par ses gentils-hommes-servants, des plats qui sont préparés pour S. M., et le cardinal, par le seul contrôleur-général , des plats préparés pour lui et posés devant lui.

Le petit-couvert

Il y a encore une autre manière de servir le roi, que l'on nomme le petit-couvert , lorsqu'il plaît à S. M. de manger en particulier , ce qui se fait communément dans la chambre où couche S. M.

Pour lors le roi est servi à table par le grand-chambellan, et en son absence , par le premier gentilhomme de la chambre. Le mailre-d'hôtel précède le service à l'ordinaire, mais sans porter le bâton , qui est la marque de son office ; S. M. n'a pas son cadenas sur sa table , mais seulement une assiette avec un simple couvert enveloppé d'une serviette bàtonnée. C'est-là ce qui fait la différence du grand-couvert , comme la nef posée sur la propre table du roi , fait celle du grand cérémonial. Il sera parlé plus amplement de ce service au chapitre du gobrlet.

Le serdeau, ainsi qu'il a été dit, reçoit à tons les rep.19 du roi tous les plats de la desserte de la table de S. M. qui sont portés à l'office, ou salle des gentilshommes-servants, appelée le serdeau , où il leur sert ces plats , et à ceux qui mangent avec eux , ou qui ont ordinaire à la même table. Sous ce serdeau sont encore d'autres garçons qui servent à cet office. Les valets des gentilshommes servants y sont nourris de leur desserte.

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Nicolas Viton de Saint Allais, Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France

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