Hôtel de la Païva

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Historique

Façade, coté Champs-Elysées
Façade Champs Elysées vers 1900


  • L'hôtel particulier avec sa façade néo-renaissance est l'un des rares hôtels de style Napoléon III restants sur l'avenue des Champs Elysées, ayant gardé son authenticité.
  • Esther Lachmann (1819-1884), est née à Moscou de parents juifs polonais. Elle se marie en 1836 à Antoine Villoing, un modeste tailleur français dont elle aura un garçon. Puis très vite elle s'enfuit à Paris, dans le quartier de la Nouvelle Athènes (9e arrondissement), et exerce le métier de courtisane sous son nouveau prénom Thérèse. Elle devient, entre autres, la maîtresse du pianiste Henri Herz (1803-1888) qui la présente aux artistes de l'époque : Frantz Litz, Théophile Gautier (qui restera son ami très longtemps), Émile de Girardin, Wagner, les frères Goncourt ... Elle aura une fille avec Henri Herz en 1847, mais profitera d'une tournée aux États Unis du pianiste pour dilapider sa fortune, et se fera éjecter de la famille Herz. Elle prend le prénom de Blanche.
  • Après un séjour à Londres où elle fait tourner la tête de plusieurs aristocrates, elle revient à Paris en 1848 et séduit le marquis Aranjo de la Païva, aristocrate portugais fortuné, qui l'épouse en 1851. Dès le lendemain des noces elle lui refuse sa chambre, et se sépare de lui. Malgré tout, il lui offre l'hôtel particulier de la place Saint Georges (9e arrondissement).
  • Puis en 1852, elle s'entiche d'un très riche industriel comte prussien, cousin de Bismarck, Guido Henckel von Donnersmarck (1830-1916), de onze ans son cadet, qui l'épouse en 1871 après qu'elle eût obtenu le divorce du marquis de la Païva.
  • C'est l'architecte Pierre Manguin (1815-1869) qui construit son hôtel sur les Champs Elysées, demeure d'inspiration italienne par son architecture et par sa décoration, plutôt ostentatoire. Il faudra dix ans (1855-1866) pour finaliser l'hôtel et sa construction fait jaser par son coût, plus de dix millions de francs or. Il est précédé d'un jardin suspendu donnant sur les Champs Elysées.
  • Le rez-de-chaussée est dévolu aux pièces de réception : tous les décors intérieurs sont éblouissants, les meilleurs artistes du moment y travaillent.
Marquise de la Païva
  • Les frères Jules et Edmond Goncourt, invités aux dîners de la Païva, écrivaient dans leur journal : "c'est le Louvre du cul" ; puis détaillant le physique de leur hôtesse lors de la pendaison de crémaillère : "de beaux gros yeux un peu ronds, un nez en poire, les ailes du nez lourdes, la bouche sans inflexion, une ligne droite couleur de far rouge dans la figure toute blanche de poudre de riz. Là-dedans, des rides, que la lumière, dans ce blanc, fait paraître noires ; et de chaque côté de la bouche, un sillon creux en forme de fer à cheval, qui se rejoint sous le menton, qu'il coupe d'un grand pli de vieillesse. Une figure qui, sous le dessous d'une figure de courtisane encore en âge de son métier, a cent ans et qui prend ainsi, par instants, je ne sais quoi de terrible d'une morte fardée". Un autre journaliste, Aurélien Scholl, aurait dit au sujet de l'avancement des travaux : "Ça va, le principal est fait, on a posé le trottoir !".
  • En 1857, La Païva se fait acheter le château de Pontchartrain du XVIIIe dans les Yvelines.
  • Dès 1866, elle tient salon tous les vendredis où seuls les hommes sont invités : Théophile Gautier, Léon Gambetta, Renan, Taine, les frères Goncourt, Arsène Houssaye, Sainte-Beuve, .... Elle fut, dit-on, l'une des sources d'inspiration d'Émile Zola pour le personnage de Nana, mais c'est surtout l'hôtel particulier qui donna le modèle décrit dans les Rougon-Maquart.
  • L'une des grandes frustrations de la marquise fut de n'avoir jamais été invitée aux réceptions de l'impératrice Eugénie, puisque cette dernière se refusait à inviter les courtisanes et demi-mondaines. Sa petite revanche fut de pouvoir acquérir l'un des diadèmes de l'impératrice lorsque celle-ci a dû vendre aux enchères certains de ses bijoux alors qu'elle était en exil en Angleterre.
  • En 1868, elle se fait construire le château de Neudeck (Silésie), par l'architecture Manguin, similaire à l'hôtel parisien, mais dans des proportions beaucoup plus grandes.
  • En 1877, à la fin de la guerre franco-prussienne, le comte Donnersmarck, nommé gouverneur de Lorraine par Bismarck, doit notamment calculer le montant des indemnités que la France doit à l'Allemagne ; la marquise, considérée comme une traîtresse, fuit Paris pour la Silésie. Elle y décèdera en 1884 et son époux la placera dans un cercueil de verre dans la chapelle du château.
  • La seconde épouse du comte Donnersmarck, n'approuvant pas le goût de la marquise, fait vendre l'hôtel parisien à un banquier allemand. Le mobilier est partiellement vendu aux enchères.
  • Depuis 1903, l'hôtel est occupé par un club de gentlemen The Traveller's club, réservé aux hommes, (les femmes y sont admises sur invitation).



Patrimoine.png Patrimoine bâti

Vestibule avec plafond à l'italienne
75108 - Hôtel La Païva Vestibule.JPG


Petit vestibule

précédant le Grand salon rouge, avec un plafond à l'italienne en bois doré.

Grand salon rouge
75108 - Hôtel de la Païva, Salon rouge en 1900.jpg

Le Grand salon rouge

une cheminée monumentale en marbre de Carrare avec deux femmes assises en marbre blanc : la Musique et l'Harmonie par Eugène Delaplanche, des lambris incrustés de marbre, des colonnes et des pilastres, des boiseries de l'ébéniste Antoine Kneib avec incrustations de lapis-lazuli, une symphonie de soieries cramoisies tendues sur les murs ; au plafond Le Jour pourchassant la Nuit est l'œuvre de Paul Baudry (auteur du foyer de l'Opéra Garnier).
On dit que la marquise aurait servi de modèle pour de nombreuses compositions dans l'hôtel. Aux angles du plafond, les muses assises sur la corniche sont des réalisations de Jules Dalou et de Nathan.
À l'une des extrémités du salon, le salon de musique, dont le grand miroir en regard de celui du salon produit un vaste effet de perspective.


Salle à manger

La salle à manger

donnant sur le patio et le jardin d'hiver, est une réalisation de l'ébéniste Kneib, et du sculpteur Dalou pour les bas-reliefs. Au-dessus des portes, des allégories de la chasse, la pêche et les vendanges par Gabriel Ranvier. Sur les murs, des motifs floraux peints par Jean-Léon Gérôme et Antoine Hébert. Au plafond, Diane alanguie avec un cerf, par Jules Dalou, à la manière d'un plat de Bernard Palissy.
La Bacchante sur la cheminée et les deux faunes sont de Jules Dalou, les deux lionnes couchées et l'oiseau s'envolant avec une proie dans ses griffes sont des réalisations du sculpteur animalier, Henry Alfred Jacquemart ; (les lionnes faisant allusion aux courtisanes).
L'ensemble du mobilier de l'hôtel a été réalisé par Charles Winckelsen (1812-1871) et Kernst.


Escalier en onyx jaune
Amphitrite par Léon Cugnot

L' Escalier

La pièce maîtresse de l'hôtel est son surprenant escalier tout en courbes, placé au centre de l'hôtel, réalisé en onyx jaune d'Algérie et éclairé par des torchères en bronze ciselé ; les statues en taille réelle de Dante, Plutarque et Virgile placées dans des niches ont été réalisées par Léon Cugnot, Ernest Barrias et Jean Paul Abbé. Un très beau médaillon représentant Amphitrite au milieu de l'escalier, oeuvre de Léon Cugnot.
Sous la coupole, des femmes assises représentent des villes italiennes (Rome, Venise, Florence, Naples), peintes par Pierre Bisset (1810-1890).
Un mot fameux courait alors dans Paris au sujet de cet escalier : " Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés'" .


Au premier étage, les appartements privés de la marquise :

75108 - Hôtel La Païva Boudoir.JPG
Bronze par Albert Carrier-Belleuse

Le boudoir

précède la chambre, dans lequel se trouve une très belle cheminée en marbre de Carrare blanc à motifs floraux sculptés.

  • Sur la cheminée un bronze Femme et enfant par Albert Carrier-Belleuse.


Alcôve
Plafond style néo-gothique

La chambre à coucher

est surprenante avec son plafond en bois peint à clés pendantes de style néo-gothique, une très belle cheminée avec entourage en malachite portée par deux nymphes agenouillées en bronze doré réalisées par Albert Carrier-Belleuse, sur les murs des guirlandes de fleurs et feuilles peintes par Jean-Léon Gérôme et Antoine Hébert, sur les portes des médaillons en bronze doré signés Picou. La couronne de marquise est encore visible dans l'alcôve.

Lit dit la Païva
Photothèque Roger Viollet 1946


  • Le lit dit de La Paîva retrouvé dans une maison close du 9e arrondissement et mis en vente aux enchères en 1946, n'aurait jamais été livré à la marquise ; une sculpture en acajou en trois pièces : une conque flottant sur l'onde, tirée par des cygnes et surmontée d'une sirène en ronde bosse.


75108 - Hôtel La Païva Salle de bains Baignoire.JPG
75108 - Hôtel La Païva Salle de bains plafond à caissons.JPG

La salle de bains

de style andalou-mauresque avec un plafond à caissons : des carreaux de faïence de Théodore Deck, des panneaux d'agate encadrent des miroirs, et surtout une baignoire en bronze argenté et ciselé de la maison Christofle, encastrée dans un caisson d'onyx, comportant trois robinets, dont l'un pose mystère : était-ce pour de l'eau parfumée, du champagne ou du lait d'ânesse ? Le sol est recouvert d'onyx.


Jardin d'hiver, ancien fumoir

Jardin d'hiver

ancien fumoir.

Anciennes écuries


Anciennes écuries

Côté cour, qui abritaient neuf chevaux ainsi que les attelages.

L'hôtel de la Païva est classé aux Monuments Historiques depuis le 9 juillet 1980 : [1].



Quelques photos

Référence.png Notes et références


Voir aussi

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