Généalogie et Documentation

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La généalogie, en tant que recherche à caractère historique ayant pour environnement les centres d'archives, se définit naturellement comme une recherche documentaire. C'est là d'ailleurs un point commun avec l'Histoire. Mais alors que l'Histoire ne saurait être considérée complètement comme une pratique documentaire, la généalogie, elle, se doit d'être assimilée aux sciences de la documentation et de la gestion de l'information. En effet, la généalogie se caractérise par des éléments fondamentaux de la chaîne documentaires, comme :

Acquisition de l'information

En ce qui concerne l'acquisition d'une documentation généalogique, la généalogie déjà, se rapproche plus de la documentation que de l'archivistique bien qu'on ait pris l'usage de parler « d'archives privées » ou « d'archives familiales » pour désigner une collection de documents généalogiques.

« S'il y a bien une nette différence entre archives et documentation, on peut estimer qu'avec des fonds personnels et familiaux, les archives [privées] tendent à se rapprocher de la documentation. On a en effet coutume de dire que le documentaliste fabrique alors que l'archiviste reçoit. Or les archives privées sont constituées et organisées autour d'une famille ou d'un individu. Ils sont le résultat d'un choix : leur constitution ou reconstitution volontaire à partir de reproductions de documents de provenances diverses leur donne souvent un caractère artificiel de collection et les apparenterait davantage au secteur de la documentation qu'à celui des archives stricto sensu » (Françoise Hildesheimer, Les Archives Privées, 1990).

Traitement de l'information

Si la généalogie implique forcément l'acquisition d'une abondante documentation, elle implique aussi une nécessité de traiter l'information collectée : trier, éliminer, classer, ranger, entretenir, restaurer, indexer même... Tous les généalogistes le font, certains sans en avoir conscience, d'autres généalogistes plus consciencieux s'y appliquent avec acharnement.

Jean-Louis Beaucarnot constate que très vite, le généalogiste « éprouve le besoin de classer, de ficher, et de numéroter. À tout moment de son enquête, il voudra représenter ses résultats sur un même document organisé, où ils seront réunis, ordonnés et reliés par des traits marquant les filiations ». Le généalogiste semble en effet conduit, inconsciemment, par un besoin de classification, chose bien souvent absente chez l'historien, mais indéniable chez le documentaliste. Le généalogiste aime les organigrammes, les arborescences et les liens qui relient les gens ou les éléments entre eux, en leur donnant des places précises, dans un ordre bien établi.

C'est dans ce contexte que sont nés des éléments conventionnels ainsi que des outils de traitement de l'information généalogique, tels que :

  • les représentations graphiques : arbres généalogiques agnatiques, par quartiers, tableaux verticaux ou horizontaux, arbres circulaires ou demi-circulaires, listes d'ascendances
  • les produits de synthèse : notices biographiques ou monographies familiales
  • les systèmes de numérotation : numérotation Sosa-Stradonitz et numérotation d'Aboville. Au même titre qu'un document a une cote, l'ancêtre ou le cousin a un numéro qui permettra à lui seul, d'identifier le sexe, la génération, la filiation et la fratrie.
  • les sigles et abréviation : langage universel compris par tous les généalogistes du monde.
  • les logiciels de généalogie : conçus sur le principe des bases de données (saisie assistée, classification, numérotation, requêtes, relations) avec des fonctionnalités plus poussées s'apparentant à la GED (Gestion Électronique de Documents), comme l'association de fichiers (photos, textes, documents sonores...) ou la résolution automatique des problèmes (doublons, incohérences...).

Elizabeth Yakel, de l'Université de Michigan démontre que le traitement de l'information prend une grande partie du temps consacré à la généalogie. Elle distingue en outre trois profils de généalogistes en fonction de leur approche du traitement de l'information :

  • il y a d'abord le généalogiste qui se voit comme le narrateur de l'histoire familiale. Celui-là synthétise et intègre les détails des naissances, mariages et décès à des évènements locaux de l'époque, et ceci sous une forme narrative à la portée de tous, y compris de ceux de la famille qui ne sont pas forcément intéressés à l'histoire de la famille. C'est donc ce généalogiste, qui sera, plus que les autres, amené à diversifier ses sources vers des sources historiques, sociologiques, religieuses ou autres.
  • il y a ensuite le généalogiste qui se voit davantage comme l'archiviste de la famille. Celui-là, remplit carnet sur carnet, classe les différentes branches de sa famille en dossiers contenant notes de recherche, photocopies d'actes, et tous documents amassés. Il pense à la postérité, à transmettre ses dossiers à un membre de la famille qui prendra le flambeau. Ce rôle est généralement bien reconnu au sein des membres de la famille.
  • enfin, il y a le généalogiste compilateur. Celui-là connaît sur le bout des doigts les systèmes de numérotation et a un goût très prononcé pour les listes d'ancêtres et les représentations graphiques comme les traditionnels arbres généalogiques, dont il apprécie qu'ils puissent être montrés à n'importe quelle occasion et qu'ils synthétisent d'une manière sympathique les recherches.

Diffusion de l'information

La diffusion de l'information généalogique prend aussi une forme particulière qui contribue là encore à assimiler la généalogie aux sciences de la documentation. Les généalogistes se sont en effet organisés très tôt en véritables réseaux informationnels. La généalogie a généré tout un monde associatif autour d'un véritable concept communautaire et d'un fort élan d'entraide. Le fait est que la recherche d'ancêtres ne peut être perçue comme une quête solitaire car un ancêtre n'a presque jamais de descendant unique et il y a de grandes probabilités que deux généalogistes ou plus travaillent sur la même famille. Ainsi constate t-on un engouement croissant pour le cousinage et la généalogie descendante.

Cette particularité de la généalogie est donc à l'origine de réseaux. Des réseaux de correspondants et des réseaux d'associations qui ne sont en réalité rien d'autre que des réseaux de diffusion de l'information, qu'il s'agisse de diffusion individuelle (courriers, cousinades) ou de diffusion collective (publication dans le bulletin de l'association, bibliothèques généalogiques). Les associations généalogiques, elles mêmes s'inscrivent dans des réseaux inter-associations et dans des réseaux associations/archives, fort efficaces en matière de diffusion.

C'est donc tout un système de diffusion de l'information que les généalogistes ont su créer et qui n'a rien à envier aux réseaux documentaires. Là aussi, les généalogistes ont mis au point des outils et supports spécifiques :

  • la presse généalogique (nationale ou associative)
  • un format d'échange de fichiers électroniques (format GEDCOM)
  • des supports cyber-généalogiques (listes de diffusions, forums, portails ...)

Ce qui semble caractérisé le besoin de diffusion des généalogistes (un besoin absent chez l'historien), c'est l'importance de la transmission, de la continuité, ainsi qu'un besoin, plus large, de reconnaissance.

La généalogie : vers une discipline scientifique et universitaire

Prétendre – encore aujourd'hui - que la généalogie n'est pas une discipline scientifique, c'est ignorer les méthodologies de recherche, mais aussi les outils et les techniques d'acquisition, de traitement et de diffusion de l'information. Il suffit d'ailleurs d'observer l'état présent de la généalogie sur Internet – outil documentaire par excellence – pour constater que la généalogie constitue une véritable pratique documentaire, depuis la recherche d'information jusqu'à sa diffusion.

Aux États-Unis, en Australie, ou encore en Nouvelle-Zélande, la généalogie est traitée de manière universitaire comme un champs de recherche des sciences de l'information, de la documentation et des médias, et ceci depuis de nombreuses années. En France, il aura fallut du temps avant que la généalogie puisse être le terrain de recherches universitaires : 2003 pour le département Information-Documentation de Paris I (« L'Information généalogique dans la presse magazine » Maryline Bouquet) et 2005 pour le département Information-Documentation de Paris X (« La cyber-généalogie : usages et pratiques informationnels »,C. Job).