Françoise Sainte-Croix Lacroix

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Marie Françoise Bénédicte Sainte Croix Lacroix, morte le 22 février 1863 à Marsac (Tarn-et-Garonne), épouse de Victor de Reversat de Marsac, n’a jamais pu fournir un acte de naissance ni même pouvoir dire quand et où elle était née. À l’âge de 26 ans, un acte de notoriété établi par un juge de paix de Toulouse, sur la foi de témoins issus de la Petite église de Toulouse d’obédience janséniste, lui permet de se marier en 1835 dans la précipitation, en une semaine toutes formalités comprises, avant de quitter définitivement Toulouse pour le château de Marsac. Elle y fut l'instigatrice d'un foyer janséniste. Elle eut quatre enfants dont la cadette fut la dernière Solitaire de Port-Royal[Note 1].


Les lieux principaux


Biographie

Des origines cachées

Les origines de la dame de Marsac ont toujours été entourées d’un grand mystère. Sa belle-famille et sa descendance n’ont laissé filtrer que des allégations sur le fait qu’elle serait une fille naturelle de Charles X que la duchesse d’Angoulême aurait amenée à Toulouse pour lui trouver un mari digne de son rang[1]. Allégations corroborées par la vicomtesse de Malartic qui résida au château de Marsac en 1870. Elle écrit qu'un vieillard, ami de la famille, lui raconta à propos de la dame de Marsac que « des princes et des princesses étaient venus se promener dans le midi de la France. Ils avaient parmi leur suite une grande jeune fille dont on ne connaissait pas l’origine, paraît-il. La duchesse d’Angoulême, car elle était nommée, désirait marier cette jeune personne à un gentilhomme de ce pays, pour l’éloigner de la cour où sa naissance, trop illustre peut-être, devait rester inconnue »[2]. Quoiqu’il en soit, il semblerait bien qu’elle n’ait jamais connu la date ni le lieu de sa naissance. Des recherches historiques inédites menées pour réfuter ou accréditer ces allégations permettent dés maintenant de se faire une idée. Elles demandent à être poursuivies.

À propos de son père naturel

Le comte d'Artois, futur Charles X

Charles X, le présumé père de Françoise Sainte Croix Lacroix était, à l’époque de sa conception dans les années 1807-1808, comte d’Artois résidant à Londres au 73 South Audley Street de 1805 à 1814 . Après l'échec de l'expédition de l'île d'Yeu fin 1795 il avait demandé asile au roi d'Angleterre Georges III qui lui avait alors prêté son château royal d'Holyrood en Écosse, laissant sa femme Marie-Thérèse de Savoie dans sa famille à Turin.

Château de Holyrood à Edimbourg.

La liaison du comte d'Artois avec Louise de Polastron était fondée sur un profond amour réciproque, vécu de plus en plus publiquement depuis une dizaine d'années[3]. Cette liaison ouvertement vécue à Holyrood, ne plaisait guère au roi d'Angleterre, malgré le fait que Mme de Polastron résidait dans une maison en face du château. Aussi, dès 1799, il fut contraint de louer le 46 Backer Street à Londres. Monsieur fut alors reçu très régulièrement à la Cour d'Angleterre, mais non accompagné. Sa belle prestance, sa galanterie de bon aloi et son charme naturel facilitaient ses relations mondaines. Il se lia même d'amitié avec le prince de Galles. Louise de Polastron de son côté logeait, pour sauvegarder les convenances, au 2-3 Thayer Street tout près de là. Tous les jours à midi, Monsieur se faisait conduire chez Louise, il en revenait pour dîner et repartait avec ses amis pour la soirée[4]. Ce furent les plus belles années de son exil.

Mais, depuis la fin de 1803, Madame de Polastron était de plus en plus malade, et le cachait bien ; quand enfin un médecin vint la voir, il diagnostiqua une tuberculose au stade terminal. Fin mars 1804, sentant la mort approcher, elle était tourmentée par ses croyances religieuses. Son amie, Madame la duchesse de Gontaut, lui conseilla de faire appel aux services de l'abbé Latil, le confesseur personnel de Monsieur, qui exigea une rupture totale et immédiate de leur liaison coupable aux yeux de l'Église. Elle obtint seulement de pouvoir le revoir juste avant de mourir. Le 27 mars, elle était à toute extrémité. Ce fut l'occasion pour elle, juste avant de mourir, de le supplier : "Une grâce, Monseigneur, une grâce ! Soyez à Dieu, tout à Dieu !". Effondré, en larmes, il le jura devant tous les témoins présents. "Tout à Dieu", balbutia-t-elle encore avant de rendre le dernier soupir.

« Le lendemain, l’abbé Latil l’entendit en confession. Quand il eut reçu la sainte hostie, il parut rasséréné. Le désespoir avait fait place à une sorte de sérénité. Ce fut la seconde métamorphose de Monsieur. La rencontre avec Louise de Polastron l’avait complètement transformé ; sa mort le convertit. »[5].

Extrêmement affecté, Monsieur sombra dans une profonde neurasthénie. La nouvelle de l’exécution du duc d’Enghien le 21 mars 1804 suivie de celle de la proclamation de l'empire français par Bonaparte le 18 mai ne firent que l'accentuer. Son frère, Louis XVIII, eut du mal à le convaincre de le rejoindre en septembre au château de Kalmar en Suède pour se concerter sur l'attitude à tenir face à l'usurpateur. De retour en Angleterre, la nouvelle de la mort de son épouse Marie-Thérèse d'Artois le 2 juin 1805 à Graz en Autriche, sans l'affecter outre mesure, ne fit que l'inciter à se renfermer[6].

Pour tenter de tourner la page sur ces deux bien sombres années, il loua l'hôtel du 72 South Audley Street aux abords de Hyde Park dans le quartier chic de Londres. Il y mena une vie de dévot, loin du monde et de plus en plus éloigné de ses amis, veillé par l'abbé Latil, son fidèle directeur de conscience, jusqu'en 1814[7].

À propos de sa mère naturelle

Après trois ans et quatre mois enfermée dans la geôle du Temple, Marie-Thérèse de France, « l'Orpheline du Temple »[Note 2], passe autant de temps en demi-captivité au palais impérial de la Hofburg à Vienne dans la famille impériale de François II, neveu de sa mère.

Tableau de Marie-Thérèse peu après son arrivée à Vienne, à l'âge de 17 ans, vêtue d'une robe de velours noir assortie d'une petite toque de même, les épaules couvertes d'un fichu de mousseline sur lequel pend un médaillon en camée aux effigies de Louis XVI, Marie-Antoinette et de son frère Louis
Marie-Thérèse en 1796 à Vienne à l'âge de 17 ans, trois ans avant son mariage.[8], [Note 3]

À la mort du jeune Louis XVII à la prison du Temple le 8 juin 1795 s’éteint l’héritier direct de la couronne de France. Aussitôt son oncle, le comte de Provence, en devient le dépositaire et prend le titre de Louis XVIII. La publication de son manifeste depuis Verone lui vaudra les foudres du Directoire et l’obligation de chercher refuge en Prusse[Note 4]. N’ayant pas de descendance et sans espoir d’en avoir une, l’avenir de la dynastie des Bourbons est en sursis.

En décembre 1795, Marie-Thérèse de France à 17 ans quitte la geôle du Temple pour le palais impérial de la cour d'Autriche. Louis XVIII voit immédiatement en elle une opportunité à saisir en arrangeant un mariage avec son cousin le duc d’Angoulême[Note 5] qu’elle n’avait guère eu l’occasion de rencontrer durant sa jeunesse. Il fait part de son projet par lettre à son frère le comte d’Artois en exil à Édimbourg avec son fils de duc d’Angoulême. Dès avril 1796, l’entente pour ce mariage est conclue entre les deux frères. Dans une lettre datée du 20 avril 1796 le comte d'Artois donne non seulement son accord mais aussi procuration à son frère Louis XVIII pour en faire accomplir toutes les formalités.

Louis XVIII, fuyant devant les troupes de Napoléon après le traité de Campo-Formio, est depuis le 13 mars 1798, hôte royal du tsar Paul Ier de Russie, dans son château de Mitau en Courlande[9]. En fin d’année 1798, les relations du tsar avec le Roi, de distantes et froides deviennent très courtoises.

« Pour négocier cette importante affaire, le Roi envoya M. le comte d’Avaray à Pétersbourg. Paul Ier fit partir aussitôt un envoyé extraordinaire pour en faire la demande à l’empereur d’Autriche, qui, dans les circonstances politiques où il se trouvait, ne pouvait rien refuser à l’empereur Paul ; il consentit sur-le-champ au mariage, mais non sans peine[10]. »

La jeune Marie-Thérèse, à dix-neuf ans, met beaucoup d'espoir en ce mariage : liberté retrouvée, perspective de vie de Cour restreinte et familiale, vie conjugale heureuse, bref commencer à exister. Elle ignore tout de ce cousin qui lui est imposé. Elle a confiance…

Partie de Vienne le 4 mai 1799, la princesse accompagnée d'une petite suite[Note 6] parcourt péniblement en un mois 1300 km de chemins défoncés, en couchant dans des auberges infectes avant de parvenir, le 3 juin, aux approches du château de Mitau, vers sa nouvelle vie[11].

De juin 1799 à janvier 1801 : Premier séjour à Mitau
Le duc d'Angoulême en 1805, à l'âge de 29 ans, six ans après son mariage, en tenue de Grand prieur de l'Ordre du Saint-Esprit[12].

Cette période d'un an et demi, Marie-Thérèse, à vingt ans, l'aborde dans le brouillard le plus complet. Soulagée, elle quitte la cour d'Autriche, la tête pleine d'illusions et de rêves. Elle ne connaît guère son oncle, Louis XVIII, ni ses projets sinon celui de vouloir la marier à son neveu le duc d'Angoulême qu'elle ne connaît pas davantage[13].

Le 4 juin 1799[14], les fiancés se découvrent avec émerveillement et timidité pour lui et plus ou moins de stupéfaction et de déception pour elle[15],[16]. Dans l'ancien château des ducs de Courlande, devenu la résidence du Roi, Marie-Thérèse retrouve l'ambiance d'une cour royale française[Note 7] constituée par une quarantaine d'émigrés.

« La première soirée passée à Mitau fut lugubre. On enferma Marie-Thérèse avec l’abbé Edgeworth, afin que celui-ci pût raconter à la jeune fille les détails de la mort de Louis XVI. Dorénavant elle ne pourra plus échapper, comme à Vienne, aux éternelles condoléances. Jusqu’à sa mort elle restera prisonnière du drame. Et pourtant, combien aurait-elle désiré s’en évader !

Le Roi ne tient nullement à ce que la jeune princesse fasse plus ample connaissance avec son fiancé. Il précipite les événements et le mariage est célébré moins d’une semaine après l’arrivée de Marie-Thérèse.[17] »

Le 10 juin 1799, dans la grande salle du palais, la bénédiction est donnée aux époux par Mgr Louis-Joseph de Montmonrency-Laval devant toute la petite cour royale rassemblée. Dans tout l’éclat de ses vingt ans, Marie-Thérèse est ravissante en sa robe d’argent brodée de perles. Après le Roi, la Reine et les mariés, les fidèles signent au contrat[Note 8]. Le document sera ensuite porté au Tsar Paul Ier, puis à l’empereur d'Autriche François Ier qui y apposeront leur signature et offriront chacun à Marie-Thérèse un collier de brillants.

Un repas termina la journée. La nouvelle duchesse y fut gaie et charmante, parfaitement à son aise avec tous les invités. Le marié, timide et mal à l'aise ne disait rien. Le Roi n'en était pas moins aux anges, fier de son œuvre. Ce faisant, il allait par le même coup faire le malheur de Marie-Thérèse. Après le banquet, elle connaîtra la plus grande déception qu'une femme puisse éprouver : le duc d'Angoulême était impuissant[18].

Le duc d’Angoulême ne tarda pas à rejoindre l’armée de Condé à Klagenfurt et voudrait bien que son épouse le rejoigne mais Louis XVIII s’y oppose ; il n’a pas arrangé tout ce mariage pour le bonheur de sa nièce mais pour asseoir sa légitimité aux yeux des souverains européens. Dès lors elle restera à ses côtés, partageant sa vie de tous les jours et règnera avec lui sur sa petite Cour durant tout son exil.

De janvier 1801 à octobre 1804 : Des années d'errance aux côtés de Louis XVIII
Très imposant palais de style baroque du XVIIIe siècle siècle dans un paysage enneigé sur la rive gauche de la rivière Lielupe gelée.
Palais de Jelgava sur la rive gauche de la rivière Lielupe en hiver.

Des comportements de plus en plus désobligeants de certains membres de la Courette et de la plupart des émigrés français rejoignant leur Roi en Courlande comme en pays conquis, attirèrent les foudres du Tsar ordonnant aussitôt au roi de France de quitter sur-le-champ le territoire russe en plein hiver. Rencontrant les pires difficultés de voyage et d'hébergement, à la merci du bon vouloir des uns et des autres, ils sont hébergés finalement à Varsovie par le roi de Prusse six semaines après leur départ de Mitau[19]. C'est là, le 21 mars 1801, que le duc d'Angoulême, dégagé de toutes obligations militaires, l'armée de Condé ayant été dissoute, rejoint son épouse.

Bien que logée dans de somptueuses demeures, les conditions d'existence de la petite cour étaient proches de la misère[Note 9]. Le comte d'Artois demanda à son fils de le rejoindre avec son épouse en Angleterre, mais encore une fois Louis XVIII s'opposa à toute séparation. Cette situation dura trois années. La proclamation de l'empire français par Napoléon ayant entraîné la proclamation de Calmar de Louis XVIII et de son frère[20], le roi de Prusse fit savoir à son hôte qu'il ne pouvait plus les recevoir. Entre temps le tsar Paul Ier, ayant été assassiné, son fils, le tsar Alexandre, leur offrait de revenir à Mitau. Au seuil de l'hiver 1804, Louis XVIII et la famille royale se retrouvaient à Mitau[21].

D'octobre 1804 à juillet 1808 : Deuxième séjour dans la misère à Mitau

Le 24 février 1807, la bataille d’Eylau se déroule en Courlande. Madame Royale et l’abbé Edgeworth soignent des blessés français amenés au château. L’abbé est atteint par une fièvre contagieuse. Malgré les mises en garde prodiguées, Marie-Thérèse le soigne elle-même mais il meurt le 22 mai 1807[22].

Séjours et déplacements de la Duchesse d'Angoulême en Europe de 1795 à 1814 sur une carte de 1843.

Après la bataille de Friedland, le traité de Tilsit signé, les deux empereurs s’entendent pour se partager l’Europe. Bien que le Tsar l’ait assuré qu’il pouvait rester avec sa suite à Mitau, Louis XVIII envisage de se faire accueillir en Angleterre. Grâce à l’entremise de son frère, et après de longues négociations, l’Angleterre accepte sa venue. Accompagné du duc d’Angoulême, Louis XVIII part en novembre 1807 pour l’Angleterre, laissant Marie-Thérèse et la Reine[23]. Il veut s’assurer des bonnes conditions d’accueil éventuelles.

« - Je retournerai là où j’étais, déclarait-il en s’embarquant, plutôt que d’être traité autrement qu’en souverain venant réclamer l’aide de la Grande-Bretagne. »[24].

« Marie-Thérèse et Marie-Joséphine passèrent donc ensemble, à Mitau, le dur hiver 1807-1808. La courette ne comptait plus que quelques membres. Si Angoulême ne manqua guère à sa femme, par contre la majesté, l’esprit, la vitalité du Roi avaient laissé un vide que les plaintes de la Reine sur l’enflure de ses jambes ne parvenaient point à combler.

Durant ce long hiver, Madame passa toutes ses journées près de la haute cheminée où brûlaient des troncs d’arbres. Aidée d’Henriette de Choisy et de Mme de Sérent, elle recevait parfois la société de Mitau, noblesse cultivée et ˝raffinée à la française˝. MarieThérèse leur offrait du thé dans une théière d’étain. Les tasses étaient en faïence, mais ˝les grâces embellissaient la détresse˝…

La mélancolie règne. Où est la ˝ gayeté ˝ du Temple ou même ˝ le rire de bon cœur ˝ de Mitau I ? [Toutes ces dernières années] ont encore embrumé davantage l’âme de Madame Royale. Le printemps, si doux dans cette région, vient heureusement ramener les longues promenades au bord des étangs et à travers bois, dans ce pays appelé par les Courlandais ˝ la petite contrée de Dieu ˝.

Toute contrée de Dieu qu’il fût, Mitau pesait à la duchesse qui eût bien aimé partir pour l’Angleterre. Sans doute Louis XVIII avait-il dû diminuer ses prétentions – il n’est en Grande-Bretagne que le comte de Lille – mais le duc de Buckingham lui a offert l’hospitalité dans son magnifique château de Gosfieldhall. Dans ses lettres, le Roi ne tarit pas d’éloges sur la splendeur de la demeure et sur le charme de l’accueil. Malheureusement, les deux princesses n’ont pas assez d’argent pour entreprendre le voyage. Non sans se faire tirer l’oreille, l’Angleterre envoie les subsides nécessaires au début de l’été 1808.[24]»

La rencontre cruciale

« Par une belle journée de juillet, Marie-Thérèse et la Reine s’embarquent à Libau, port situé à une quarantaine de lieues[Note 10] de Mitau où le duc d’Angoulême est venu les chercher. À la fin du mois, après une traversée longue mais heureuse, les voyageurs aperçoivent enfin les côtes d’Angleterre. Le duc de Berry, qui demeure à Londres, est venu accueillir Marie-Thérèse et la Reine. Monsieur, dans son bel hôtel [du 72 South Audley Street], reçoit avec grâce sa nièce et belle-fille qu’il n’avait pas revue depuis près de vingt ans. Marie-Thérèse le regarde avec admiration. Artois est toujours aussi jeune !

Hôtel du 72 South Audley Street à Londres

– Comme on est heureux d’être beau comme cela ! constatait Berry… Cela fait la moitié de la besogne ! »[25]

D’un côté, un homme de cinquante ans frôlant la dépression depuis quatre ans, après la perte de la femme de sa vie, reclus, menant une vie quasi monastique et de l’autre une femme approchant la trentaine, ayant subi durant quinze années : la mort de ses parents guillotinés, la captivité en geôle, la quasi captivité en château ; ayant accepté un mariage politique arrangé par son oncle, le Roi de France en exil, avec un cousin qu’elle n’avait guère connu et découvrir qu’elle ne pourrait jamais attendre d’enfant de lui car il est impuissant ; ayant mené ensuite une vie d’errances entre la Prusse et la Russie, dans des conditions d’existence très chaotiques, pour finalement se retrouver en pays « ami » face à son jeune oncle qui lui manifeste d’emblée un accueil des plus charmeur et en qui elle voit enfin un homme qui s’intéresse enfin à elle, pour ce qu’elle est, une femme… Que cette rencontre, malgré le serment fait il y a plus de quatre ans, par le comte d’Artois au chevet de Mme de Polastron, juste avant qu’elle ne meure, d’être “ à Dieu, tout à Dieu ”, ait pu se conclure par une liaison effrénée semble très plausible. Cela pourrait bien expliquer cette paternité illégitime de Charles X et une maternité fortuite pour la duchesse d’Angoulême – maternité désirée depuis si longtemps par elle et par les Bourbons pour assurer une descendance[Note 11] – mais, dans le cas présent, bien embarrassante : fruit d’une relation d’un oncle et beau-père avec sa nièce et bru. La grossesse et la naissance de l’enfant, auraient donc été tenues secrètes et par la suite ses origines toujours restées strictement cachées. La duchesse d’Angoulême et ses proches se sont alors bien naturellement préoccupés, dans le secret le plus absolu, du devenir de cette fille[Note 12].

Une naissance embarrassante pour la famille royale

La façade Nord du Château d'Hartwell

La famille royale, composée du Roi Louis XVIII accompagné de son épouse, du duc et de la duchesse d'Angoulême et du duc de Berry sans son épouse[Note 13], ayant quitté le château de Gosfieldhall pour celui de Hartwell, début avril[26], Marie Françoise Bénédicte a vraisemblablement vu le jour fin avril ou début mai 1809 au château de Hartwell dans le Buckinghamshire à 64 km de Londres, puisque la furtive liaison éperdument consommée - et très probablement non renouvelée - se serait déroulée fin juillet 1808.

À l'écart des grandes cours, Hartwell offre les conditions idéales pour que la grossesse et la naissance restent un secret de famille. Pendant tous ces mois d'attente, les sentiments les plus contradictoires durent se bousculer dans le cercle restreint de la famille royale. Tous ces mois ne furent pas de trop pour trouver une solution satisfaisante sur le long terme en France.

Transfert en lieu sûr en France

Pour maintenir le secret il est fort probable que très vite l'enfant ait été séparé de sa mère pour être confié à un milieu sûr en France : la région de Toulouse, acquise à la cause des Bourbons[Note 14]. De plus, Louis XVIII était, avant la Révolution, comte de L'Isle-Jourdain , aux portes de Toulouse et avait ambitionné en 1774 d'être gouverneur du Languedoc, pour succéder à Louis-Charles de Bourbon, charge qui lui fut refusée par son frère Louis XVI. Mais aussi, la duchesse d'Angoulême a eu pour « soigner sa première enfance », une certaine Thérèse Boué[Note 15], décédée à Toulouse en 1814. Mais surtout, Louise d'Esparbès de Lussan, maîtresse du comte d'Artois est née au château de Lamothe à Bardigues, à 50 km au Nord de Toulouse. Or, sa demi-sœur cadette Marie-Justine d'Esparbès de Lussan était mariée depuis 1804 à Jean Prosper Martin de Lacroix, fils cadet du seigneur Jean Bruno Martin de Lacroix, de Lacroix-Falgarde, à 14 km au Sud de Toulouse. En 1809, le couple avait une petite fille de 5 ans et un garçon né le 17 août à Toulouse. Pour la duchesse d'Angoulême et Charles X, voilà la famille d'accueil idéale pour leur fille.

Le bébé aurait été emmené par sa nourrice en bateau jusqu'à Bordeaux où un prêtre, Noël Lacroix[Note 16], les aurait recueillis provisoirement.

1809-1829 : une jeunesse clandestine à Toulouse

Bel immeuble en brique à un étage datant du début du XIXe siècle.
Façade nord du 6 rue Sainte-Anne à Toulouse.

1809-1823 : Premier accueil au sein de la famille d'une demi-sœur de Madame de Polastron

La famille de Jean Prosper Martin de Lacroix[Note 17] (1782-1844), conseiller de préfecture dès 1809[Note 18], et de son épouse Justine d'Esparbès de Lussan[Note 19] habite leur immeuble sis au 6 rue Sainte-Anne (ex cloître Saint-Étienne) en face de la préfecture de Toulouse. En 1810, ils ont deux enfants : l'aînée, Marie Prospérie a six ans (elle décèdera en 1815 au château de Lacroix-Falgarde) et son frère Frédéric a un an[27]. En choisissant cette famille, le comte d’Artois, plaçait "sa fille naturelle"[1], avouée comme telle, dans un milieu quasi familial, vu que Justine est la demi-sœur de sa très chère Louise décédée quelques années auparavant, mais surtout dans un milieu éloigné de la cour. Tout en imposant un secret absolu au placement.

Portrait de duchesse d'Angoulême en 1817.

Dès son retour en France, à la Restauration, des signes montrent que Madame se préoccupe de sa fille âgée de cinq ans. En effet, dès 1814, un pensionnat d'éducation pour jeunes filles, situé dans l'hôtel de Pennautier[Note 20] au 16 rue Velane[28], à Toulouse, reçoit le titre de Pensionnat de Madame la duchesse d'Angoulême[29]. Ce pensionnat se situe à proximité du domicile de la famille de Lacroix.

L'année suivante, la duchesse d'Angoulême[Note 21] en partie accompagnée de son mari, passe quatre journées complètes entre les 2 et 7 septembre 1815, à Toulouse. Elle est logée au Palais royal, donnant à l'arrière sur la petite rue Sainte-Anne, en face de la maison des de Lacroix où sa fille est cachée sous le prénom de Marie. Quelle opportune proximité qui ne peut être purement fortuite. Les journées pour le couple ducal sont très chargées en mondanités, réceptions, visite des quartiers de la ville, des hospices, des établissements militaires ou industriels dans une liesse générale. Les journaux de l'époque couvrent particulièrement bien l'évènement sur quatre numéros consécutifs[30],[31],[32],[33]. Cette proximité aurait pu être mise à profit pour une rencontre en catimini, dans un incognito total permettant à la duchesse de voir sa fille âgée de six ans et de s'entretenir avec ses "parents adoptifs" de son éducation.

En effet « attirée plus par les distractions du monde que par les exigences de Dieu, Françoise éprouvait de l’aversion pour la religion. Elle avait un fort mauvais esprit et attachait beaucoup d’importance à ses “ajustements”. Malicieuse et menteuse, orgueilleuse et rebelle, elle rendit la vie difficile à ses parents, comme à ses frères et sœurs. C’est pourtant cette enfant “revêche” que Dieu choisit pour un destin peu ordinaire. Françoise raconte qu’alors âgée de cinq ans elle vit en pleine nuit “quelque chose de blanc, sans pouvoir dire ce que c’était. […] Dès lors je commençais à lire beaucoup et successivement toutes les œuvres”. »[34].

Par la suite, le 16 février 1821, Marie Françoise Bénédicte est recensée[35] sous le prénom de Marie à l'âge de 10 ans[Note 22], le 10 mai 1822 à 11 ans et le 27 avril 1823 à 12 ans. À la même adresse, est recensée la mère de Prosper, Anne Robert de la Valette[Note 23], veuve depuis 1817[Note 24], vivant avec son fils Léopold Martin de Lacroix, veuf, maire de Lacroix-Falgarde, et son petit-fils Léopold dit Léo, célibataire, futur magistrat.

Lors de ces années, sa vocation spirituelle bien ancrée dans le jansénisme visionnaire semble s'affirmer :

« Le jour de sa première communion – elle avait douze ans – alors qu’elle était en pleine action de grâces, le diacre François Pâris lui apparut et lui annonça qu’il était son saint protecteur car elle lui avait été recommandée avant sa naissance et mise entre ses mains […].

En outre, depuis la perte son père[Note 25], Françoise avait des visions et entendait les propos de Dieu […] ; elle avait compris qu’elle était destinée à servir de médiateur divin[36].

« L’âge approchant où Françoise devait devenir instrument de l’Œuvre, elle se révolta : “Je commençai à entrer dans une voie d’égarement[37]».

Adolescente, Françoise aurait donc eu des comportements de rébellion et de révolte bien compréhensibles, qui justifièrent en partie du moins de la part de ses “tuteurs” de nouvelles mesures éducatives.

Hôtel de Pénautier ou de Bonrepos, 16 rue Vélane.

1823-1827 : Quatre années au pensionnat pour jeunes filles dit "de la duchesse d'Angoulême", tenu par une janséniste

En 1823, la duchesse d'Angoulême manifeste donc encore une fois des préoccupations pour sa fille âgée maintenant de quatorze ans, en profitant de son séjour de cinq mois à Bordeaux[Note 26] pour entreprendre un voyage à Marseille et Toulon, en passant à l'aller puis au retour deux nuits et une journée complète à Toulouse, les 4 et 27 mai 1823. À l'aller, elle passe deux nuits au Palais royal, à deux pas de sa fille et la journée du 5 sera consacrée principalement à une séance de l' Académie des Jeux floraux[Note 27] et à une grande manifestation religieuse rassemblant 20 000 personnes de toutes les paroisses de Toulouse, présidée par Mgr de Clermont-Tonnerre[38]. Au retour, Madame passe encore deux nuits au Palais royal et la journée du 27 mai 1823 à visiter divers établissements, dont la maison d'éducation pour jeunes filles[29] de Mme Calais dans l'Hôtel Bonrepos (ou de Pennautier) qu'elle avait déjà visité en septembre 1815.

Selon les recensements de 1824 et 1827, Marie Françoise Bénédicte n'est plus domiciliée ces années-là chez les de Lacroix, 6 rue Sainte-Anne, alors qu'elle l'était en 1821 et 1823 et le sera à nouveau en 1828 et 1829[Note 22]. Elle aurait donc très probablement fréquenté la maison d'éducation pour jeunes filles de Mme Calais pendant quatre années, de septembre 1823 à août 1827 âgée de quatorze à dix-huit ans[Note 28].

1828-1829 : Retour dans sa famille d'accueil

La duchesse d'Angoulême, connaissait bien dans la région toulousaine le milieu janséniste "pinéliste" de l'Œuvre, milieu sectaire millénariste, rigoriste, ultra royaliste, anti-concordataire, pour en avoir recueilli des informations à la demande de Louis XVIII[39]. Elle pouvait compter sur des personnalités comme le comte de Villèle, ministre de Louis XVIII puis de Charles X, Adélaïde Calais, directrice d'une maison d'éducation pour jeunes filles, Jacques Milhès, avocat, conseiller municipal de Toulouse et maire en 1835, Marius de Voisins-Lavernière, mainteneur à la prestigieuse Académie des Jeux floraux mais aussi sur des familles comme celle des Lingua de Saint-Blanquat, de Vignes de Puylaroque, de Reversat de Marsac qui formaient entre autres le noyau de cette “Petite église de Toulouse” autour de l'Abbé Arnaud[40].

Selon les recensements de 1828 et 1829[Note 22], Marie Françoise Bénédicte à l'âge de dix-huit et dix-neuf ans habite encore avec la famille Martin de Lacroix - d'Esparbès de Lussan.

Le fief de la famille des Reversat de Marsac se situe à une douzaine de kilomètres de Bardigues, fief des Esparbès de Lussan, tous deux en Tarn-et-Garonne dans une région isolée des grands centres, dans la campagne gersoise, aux confins des départements du Tarn-et-Garonne, du Gers et du Lot. Les familles se connaissaient et ce fut très probablement sur recommandation de M. de Peytes de Montcabrier[Note 29], trésorier général des invalides de la Marine, demeurant à Paris, époux d'Henriette d'Esparbès de Lussan, sœur de Marie Justine d'Esparbès de Lussan, que les Reversat de Marsac furent pressentis pour y trouver un futur époux à Françoise Bénédicte.

Occupations du 6 rue Sainte-Anne
Date Document en Ligne Prosper de Lacroix Justine de Lussan Marie Prospérie Marie Françoise Bénédicte Frédéric Antoine Marianne Élise
17 août 1809 Acte de Naissance de Frédéric 27 26 ~ 5 Non arrivée Né le 17.8.1809
26 janvier 1815 Acte de décès de Marie Prospérie 33 32 11 (décédée à Lacroix-Falgarde) 5+9m 5+6m Né le 18.4.1815 Née le 9.8.1818 Née le 4.7.1820
16 février 1821 Recensement Vue 29 39 38 - 10 (11+8m) absent 7 2 absente
10 mai 1822 Recensement Vue 28 40 39 - 11 (13) absent 8 3 absente
27 avril 1823 Recensement Vue 28 41 40 - 12 (14+9m) absent 9 4 absente
23 mai 1824 Recensement Vue 322 42 41 - absente absent décédé à Toulouse le 20.2.1824 absent absente
30 mai 1827 Recensement Vue 33 44 43 - absente absent - 7 6
9 mai 1828 Recensement Vue 33 45 44 - 20 (19+9m) 18 (19+9m) - 8 6
1er avril 1829 Recensement Vue 33 46 45 - 21 (20+8m) 19(20+11m) - 9 absente
14 mars 1831 Recensement Vue 26 48 47 - absente absent - 11 absente

Légende : Âge mentionné / Âge calculé

Fiançailles secrètes à l'automne 1828

Le comte d'Artois et la duchesse d’Angoulême ont déjà fait, depuis le dernier passage de cette dernière à Toulouse en mai 1823, leur choix sur la famille de Marsac pour y assurer un bon avenir à leur fille “clandestine” : comté isolé, loin des grands axes et ayant de bons revenus[41], fidélité à la cause des Bourbon, vie discrète loin des mondanités et même vie secrète des groupuscules jansénistes sectaires repliés sur eux-mêmes. Cinq ans plus tard, la jeune fille ayant dix-neuf ans, il était temps d’enclencher une procédure de fiançailles secrète certes, mais très officielle, par l’intermédiaire de la duchesse de Berry, belle-fille de son père naturel, le futur Charles X… !

La duchesse de Berry, après sa cure à Saint-Sauveur, passe une semaine à Bagnères-de-Bigorre, puis se rend à Bagnères-de-Luchon où elle passe la journée du 20 septembre 1828[42]. Elle quitte cette localité en début de journée et arrive à Toulouse le 21 septembre à la tombée de la nuit pour un séjour officiel de deux jours très chargés en festivités[43],[44]. Elle loge au Palais royal[45],[Note 30] donnant à l'arrière sur la rue Sainte-Anne en face du n° 6 où loge la famille[46] de Prosper Martin de Lacroix, au sein de laquelle vit Marie Françoise Bénédicte[47]. En arrivant à Toulouse la duchesse de Berry a l'occasion de saluer Prosper de Marsac, éminent conseiller municipal depuis 1815, frère aîné du futur mari et le lendemain matin elle a un entretien avec le comte de Villèle[Note 31],[48]. Le 23, ce dernier est, avec Prosper Martin de Lacroix, doyen au Conseil de préfecture, parmi les invités au dîner officiel du Palais royal[49]. À n'en pas douter les dernières mises au point du stratagème pour sceller l'avenir de Françoise Bénédicte sont arrêtées lors de toutes ces entrevues comme les évènements qui suivent vont le montrer.

Itinéraire probablement suivi par la duchesse de Berry. (D'après une carte d'état-major du milieu du XIXe siècle.)

Le matin du 24 septembre 1828, en route pour Montauban, à 60 km au Nord , la duchesse de Berry s’arrête à une lieue de la ville pour complimenter, remercier et récompenser par des cadeaux tout le cortège officiel qui l’accompagne, préfet et maire en tête avant de les quitter ! Puis, de là jusqu’à Bressols, aux portes de Montauban, le cortège ne laisse aucune trace sur les parcours possibles entre les deux villes. « Au carrefour de Bressols, à quatre kilomètres de la ville, rangée sur les bas-côtés, une foule attend avec impatience le cortège… […], car la matinée[Note 32] est très avancée[50]. » Le cortège aurait bifurqué à Grenade et aurait pris la route de Beaumont-de-Lomagne, Lavit et Marsac. Le château de Marsac, où réside la famille de Reversat Marsac, se situe en Tarn-et-Garonne à 70 km au Nord-Ouest de Toulouse à la limite avec la Haute-Garonne, à l’écart de toute agglomération. Passer par Marsac pour aller à Montauban, double le trajet. Il est très vraisemblable que cette mystérieuse visite royale au château ait eu lieu en milieu de journée, ce qui expliquerait le retard à l’arrivée à Montauban et l’absence de "souvenirs" sur les différents trajets directs pour s’y rendre malgré toutes les recherches effectuées en 1934 à l'instigation d'André Vièles[50].

Le cortège, probablement annoncé, s'arrête dans la cour du château de Marsac le temps d'une brève visite. La duchesse de Berry présente alors à la famille de Marsac, au nom de la duchesse d’Angoulême, Françoise Bénédicte afin qu'elle puisse voir et choisir son fiancé parmi les trois prétendants prévus : les frères, Victor et Eugène de Marsac et leur grand ami d'enfance Armand de Voisins. Victor, l'aîné des trois, à la veille de ses quarante-quatre ans, est l'heureux élu ! Ce choix n'affecte en rien l'amitié de ces trois amis qui vécurent leur vie durant ensemble toujours au château de Marsac.

En 1870, trente-cinq ans plus tard, Armand de Voisins, âgé de quatre-vingt-deux ans, seul témoin survivant[Note 33] de cette rencontre, en parle encore. La vicomtesse de Malartic, en séjour au château, relate dans ses carnets[51] cet évènement qui lui est rapporté :

« Un jour, le vieillard ajouta à sa narration que bien peu de personnes auraient été dignes de dénouer les cordons de souliers de Mme de Marsac la mère. Je demandais des détails que tante Félicité[Note 34] me conta tout bas. L’histoire pourrait commencer ainsi :

“Il était une fois, un roi et une reine, ou mieux encore des princes et des princesses qui étaient venus se promener dans le midi de la France. Ils avaient parmi leur suite une grande jeune fille dont on ne connaissait pas l’origine, paraît-il. La duchesse d'Angoulême, car elle était nommée, désirait marier cette jeune personne à un gentilhomme de ce pays, pour l’éloigner de la cour où sa naissance trop illustre peut-être devait rester inconnue. Pourquoi les de Marsac furent-ils choisis ? L’histoire ne le dit pas.

Mais un beau jour, les deux frères de Marsac et leur ami de Voisin s’agenouillèrent tous trois devant la jeune princesse (si princesse il y avait) et lui dirent : “Choisissez”. Elle choisit le plus [âgé] qui d’ailleurs était un homme bon et fort bien élevé (marquis de Reversat de Marsac) et vint s’établir au château. Les deux évincés l’y suivirent aussi, pour lui servir de chambellans sans doute, obéir à ses ordres… Ces trois hommes lui consacrèrent leurs trois vies. Chose singulière, tous trois connurent l’origine singulière de cette femme et jamais le secret ne fut divulgué. Même les enfants ne surent jamais qui était leur mère.”[Note 35] »

Introduction dans la famille de Reversat Marsac en 1829

D'azur au chevron d'or, accompagné de trois lions, deux en chef affrontés et un en pointe.
Blason famille Reversat de Marsac

Avant 1835, la famille de Marsac réside alternativement au château de Marsac et dans leur bel immeuble plus confortable du 42 rue Pharaon à Toulouse. Au recensement du 8 février 1829[52], sont mentionnés Mme de Marsac, ses deux fils, Victor et Eugène, une dame de compagnie, Madelaine Rouvière, ex-religieuse de cinquante-sept ans, une femme de chambre, un domestique et un portier. Vraisemblablement, Madelaine Rouvière approchant les soixante ans, Mme de Marsac voit, avec l'arrivée dans la famille de Marie Françoise Bénédicte, l'opportunité de faire connaissance avec sa future belle-fille, en lui demandant d'être sa dame de compagnie[53]. « C'est en 1829 [probablement en octobre], […], que fut présentée à Mme de Marsac une certaine Françoise Lacroix venue, malgré elle, de Saint-Étienne,[Note 36] […] pour être sa dame de compagnie.[54] ».

Coexistence désastreuse avec Mme de Marsac

42, rue Pharaon, immeuble des de Marsac jusqu'en 1835.

« Bien que « considérée comme “une personne qui semblait envoyée par la miséricorde pour éclairer les esprits et réunir les cœurs, […].[qu'] il fallait donc […] recevoir avec respect […] comme membre vivant de la Vérité persécutée […]” » [55], « […]l'existence de cette jeune fille rebelle, dérangeante et dérangée, connut une nouvelle étape qui, à nouveau, allait jeter le trouble autour d'elle, quand elle arriva au 42, rue Pharaon à Toulouse, […][56] ».

«[En effet], dès septembre 1829, des rapports rédigés de Toulouse par Thomas Couly[Note 37] à l'intention de Victor de Marsac, son maître retiré à la campagne, montrent que la sœur Françoise[57] n'était pas heureuse de son sort. Sa fatigue physique semblait influer sur sa santé mentale : tendance anorexique, révolte, “coups de tête” , discours violents, “imagination exaltée”.[58]

Très vite, Louis de Saint Blanquat[Note 38], beau-frère de Victor de Marsac, exprima sa réticence vis-à-vis de la sœur Françoise[57]. Entre juin et octobre 1829, période durant laquelle il fut absent de Toulouse, des évènements malencontreux semblent s'être produits chez les Marsac dont il attribue la responsabilité à la présence néfaste de la sœur Françoise[57]. Quand M. de Saint Blanquat revit Mme de Marsac, il fut frappé du changement survenu sur son visage : “elle était pâle et défaite et tout annonçait qu'elle avait souffert d'une manière très forte” ; elle lui raconta les “faits précis” qui s'étaient déroulés. […] La méfiance de Louis de Saint Blanquat reposait essentiellement sur une analyse des comportements caractériels de la sœur et sur les instructions de l'abbé Arnaud qui avait su séduire des esprits en quête de sensationnel. Sans doute avait-il des raisons valables pour déceler chez cet ecclésiastique interdit un homme de préjugés, d'erreurs et de passions[59]. Le comportement de la jeune femme suscita de virulents débats et deux clans se formèrent : dirigé par Victor de Marsac, celui des inconditionnels de l'authenticité de la vocation divine de Françoise […] et celui des méfiants, animé par Louis de Saint Blanquat […].[60] »

Peu de temps après ces évènements, Mme de Marsac décède, dans sa quatre-vingtième année, le 21 janvier 1830. Les frères Victor et Eugène de Marsac décident alors de vendre l'immeuble du 42 rue Pharaon pour acheter, avec leur ami Armand de Voisins, l'immeuble du 8 rue des Renforts où ils résideront dorénavant dans un quartier tranquille.

Sœur Françoise au sein de la communauté de l'Œuvre de la croix (1830-1835)

Bel immeuble du début du XIXe siècle en brique rouge, de quatre étage avec belvédère sur le toit.
8 rue des Renforts, siège de la petite communauté janséniste de Toulouse entre 1830 et 1835

À la mort de sa mère, Victor de Marsac, l'ainé de la famille, célibataire, âgé de quarante-cinq ans, devient chef de famille.

« Il venait d'achever un important travail de copie de vies édifiantes de jansénistes, augmenté d'informations et de découvertes récentes et prit la tête de la communauté. […] Celle-ci était composée de fidèles amis - les frères Voisins et M. Laffont -, des Saint-Blanquat, de Mlle Laffont, qui deviendra une amie intime de Françoise, des voisins - la famille du médecin de famille, Henri Teillier et celle d'un avocat, Jacques Milhès -, et des employés de maison[61]

« Quand au début des années 1830 survint dans la communauté toulousaine la sœur Françoise[57], ce nouvel instrument de l'Œuvre focalisa les esprits et les cœurs sur l'amour de la croix déclaré dans une vibrante profession de foi et une fervente prière: “ Divin Sauveur qui nous avez ordonné de porter notre croix après vous et de crucifier le vieil homme, daignez graver ces importantes maximes dans l'âme de notre sœur.”[62]»

« Entre 1830-1831, Françoise eut de nombreuses “visites” nocturnes dont elle se fit le rapporteur. Les scènes qu’elle raconte sont de trois types : décrites par des médiateurs extra-terrestres lors de séances qui peuvent faire penser à des séances de spiritisme ; vues par elle, soit comme simple spectatrice, soit, mais plus rarement, comme actrice. Parmi ses visions, il y a celles qui font apparaître des êtres hybrides : hommes changés en bêtes ou en animaux fantastiques, et ce dans des paysages parfois étranges où la présence d’une rivière bourbeuse est fréquente. Plusieurs fois les images symboliques qui défilent devant Françoise mettent en scène un animal réel, un agneau maltraité mais duquel irradie une lumière éclatante, figure de l’Agneau pascal. Eaux tumultueuses et sales, monstres terrifiants à affronter, montagne escarpée à gravir sont les thèmes récurrents de ces visions : trois supports symboliques, mis parfois en relation dans une même histoire. […] Il s’agit bien de visions, c’est-à-dire à la fois de perceptions d’une réalité surnaturelle, de représentations de l’avenir, de révélations irrationnelles où se rejoignent le connu et l’inconnu, le conscient et l’inconscient, le vécu et le désiré, l’affectif et le raisonné[…].[63] »

Des cérémonies très éprouvantes

« La communauté janséniste réunie chez les Marsac était focalisée sur l'épreuve rédemptrice de la croix à travers la sœur Françoise[57] de l’Œuvre de la croix qui prenait la suite de sœurs convulsionnaires du XVIIIe siècle qui furent crucifiées. »[64] « À Toulouse, en 1830-1831, la sœur Françoise de l’Œuvre de la croix est loin de partager le même sort que ses prédécesseurs convulsionnaires dans la cérémonie du crucifiement, celles sur lesquelles Victor de Marsac, à l'exemple de sa mère, s'était constitué un Recueil de Vies édifiantes : Nisette et Françoise, pour ne citer que les plus éprouvées, percées de clous aux pieds et aux mains pour être réellement attachées à une croix, laissée à terre ou dressée.[65] ».

« Le jour, Françoise participe à des réunions d’un genre particulier. Leur déroulement et leur contenu ont été rapportés par écrit par deux témoins visuels : Victor de Marsac et son ami[66]. Appelés “frères”, ils sont les acolytes de celui qui est nommé “ministre” ou “ministre de l’Œuvre”, titre donné depuis la fin du XVIIIe siècle au prêtre qui dirigeait les cérémonies […]. Ce prêtre “irrégulier”, car interdit depuis 1821 par l’Archevêque de Toulouse, était qualifié par Victor de Marsac de “bon père et charitable pasteur”. C’est dans la chambre qu’il occupait dans la maison des Marsac[Note 39] que se déroulaient d’étranges réunions.

Extrait d'une transcription des messages reçus de Dieu par Françoise Sainte Croix

La cérémonie se répète deux fois par jour : dans la matinée, elle débute à partir de dix ou onze heures ; en fin d’après-midi, entre cinq heures et demie et six heures et demie. La durée de chaque séance est d’au moins une heure et demie. Le 19 décembre 1830, la sœur redit les paroles qu’elle a reçues de Dieu : “je vais vous donner une règle que vous suivrez tous les jours pour l’office et la lecture : le soir à cinq heures et demie vous mettrez cet enfant sur la croix ; après l’avoir relevée vous vous entretiendrez ensemble de la grandeur, de la beauté de cette Œuvre, des ordres reçus et de la miséricorde du Seigneur envers vous. À sept heures et demie vous direz l’office et ensuite vous ferez une lecture de vingt minutes. C’est la règle que le Dieu de Sinaï m’a ordonné de vous porter et que vous suivrez chaque jour.”

Chaque séance se déroule selon un rite précis. Accompagnée par les deux “frères” qui secondent le chef de cérémonie, la sœur pénètre dans le cabinet des séances où celui-ci se trouve. Elle lui remet le papier sur lequel elle a transcrit ce que Dieu lui a dicté pendant la nuit. Le texte est rédigé avec un effort d’application certain, à l’encre noire. Les caractères sont plus ou moins gros suivant les jours, et la signature, de taille plus importante, est chaque fois bien lisible. C’est que la sœur obéit aux consignes de celui qui lui dicte le papier : signe toi en grosses lettres, laisse voir ton nom à ces insensés qui se bouchent les yeux pour ne rien voir”, ou “signe-toi en bien grosses lettres afin que les aveugles le voient” ou “te connaissent”. Françoise ignore le contenu des feuillets car il lui est interdit de les lire et lorsqu’elle écrit automatiquement, se trouvant dans un état second, elle n’est pas maîtresse de sa propre pensée et de sa propre expression. Elle n’est qu’un instrument d’écriture puisque Dieu “conduit sa plume machinalement”.

Le ministre se tourne vers ses deux acolytes prosternés la bouche dans la poussière, attitude d’humilité à laquelle il est fait allusion dans une prière écrite par Victor de Marsac en 1822 : “Je mettrai ma bouche dans la poussière pour concevoir quelque espérance. Je parlerai à mon Dieu, quoique je sois cendre et poussière.” Le ministre les bénit en lisant le texte dicté la veille à la sœur. Celle-ci est à genoux, à côté de lui. Les frères s’approchent de la jeune femme : ils lui enfilent une robe par la tête, appelée “robe de pénitence” ou “robe d’ignominie”, […]. À partir de février 1831, Françoise porte un cilice sous sa robe.[…] le ministre lui impose les mains en les serrant de chaque côté du visage. Ce rituel est une mise en condition de la sœur, propice pour la confession de ses fautes commises depuis la séance précédente. Puis elle s’allonge sur le carreau, à nouveau face contre la poussière et bras en croix, position aggravant les blessures occasionnées par le cilice. C’est dans cette douloureuse position de crucifiée qu’elle subit des secours, sous forme de coups de verge lorsqu’elle est prise de tremblements violents ; il n’est pas nécessaire de la frapper quand elle n’est prise que de “soubresauts ”durant lesquels elle ne montre “aucun signe d’agitation intérieure”. Néanmoins ces coups peuvent lui être donnés même quand elle est calme, si le ministre en reçoit l’ordre de Dieu et après l’invocation à l’archange Raphaël pour que ces coups fussent utiles aux enfants ses frères”. Quand les secours ont cessé, les deux témoins se couchent à côté d’elle, chacun posant sa tête sur l’un de ses bras, le visage dans la poussière. Quand prend fin la première partie de la séance, après avoir reçu à leur tour la bénédiction du ministre qui leur impose les mains, les frères se lèvent et, assis à une petite table, prennent la plume pour retranscrire les propos de la sœur. Avant cette séance d’écriture, Françoise a été relevée par le ministre ; il s’assied, la maintient à genoux, pose ses mains sur la tête de la sœur en signe de bénédiction, puis invoque sur elle “l’abondance du feu d’Israël”. Il l’exhorte à dire tout ce qu’elle a vu et entendu, lui pose des questions, conçues par lui-même ou proposées par un membre actif de l’assistance ou inspirées de Dieu.[…] [67] » .

Certains jours, Françoise est triste, parfois soucieuse : “on avait de la peine à lui arracher quelques paroles.” Fatiguée de très peu dormir la nuit, obligée de se maintenir éveillée pour écouter les voix qui lui parlent et transcrire leur propos, ou dormant d’un sommeil perturbé par des visions, la jeune femme est souvent épuisée. C’est rarement de son plein gré qu’elle participe à ces séances. Souvent elle doit être entraînée de force dans le cabinet où elles se déroulent, après avoir menacé de se jeter par la fenêtre, s’être cachée dans un placard ; il lui arrive même de s’enfuir de sa chambre : on la rattrape après une course dans la maison ou jusque dans la rue. Ses escapades et ses désobéissances, considérées comme “des enfantillages”, ne provoquent aucun reproche de la part du ministre ; paroles douces ou caresses “comme on le ferait à un petit enfant”, suffisent à lui faire quitter sa chambre et à demander pardon avant que la séance puisse commencer. Elle est alors obligée “de se mettre en pénitence”, c’est-à-dire de s’agenouiller. Si son opposition persiste, la sœur est battue ; c’est le cas quand elle résiste pour s’agenouiller, se débat quand les frères lui enfilent sa robe dont elle cherche parfois à déchirer l’étoffe en la mordant violemment ; un jour, elle avale même une épingle. Pour la calmer, une fois maintenue la face contre le carreau, le ministre lui pose un pied sur la tête et, si elle s’agite trop violemment, chaque frère met un pied sur ses mains. Malgré cela, obstinée, il lui arrive de continuer à crier ou gémir, de s’agiter pour se dégager, de donner des coups de pieds ou de poings. Parfois elle va jusqu’à insulter ses compagnons et à blasphémer contre ses parents, les saints et même Dieu et son Œuvre[68] »

Trois années, de 1828 à 1831, ont donc été consacrées semble-t-il à la phase ultime de l'expérience convulsionnaire de sœur Françoise[57] au sein de la Petite Église de Toulouse. Ces années, l'ont cruellement éprouvée et influenceront certainement son caractère et son comportement futurs. Les quatre années à venir ne seront pas de trop pour retrouver un certain équilibre avant de fonder une famille.

Formalités d'un mariage précipité et secret en six jours

Depuis le 24 septembre 1828, Victor de Marsac est “contraint” par volonté royale, et pour lui, monarchiste jansénisant, par volonté divine, au mariage avec Françoise-Bénédicte, toute jeune femme, vingt-cinq ans plus jeune que lui, dont il connaît les origines qui doivent rester absolument secrètes, n’ayant de plus, aucune existence légale ! Près de quatre années, de 1831 à 1835, ne seront pas de trop pour résoudre ce problème et mettre au point toutes les dispositions du mariage. Mais en moins d'une semaine, du 7 au 12 août 1835 ce mariage est expédié, en catimini, toutes formalités officielles comprises !

Acte de notoriété

Vendredi 7 août 1835 début des formalités. La fiancée a un problème majeur à régler : elle ne possède pas d'acte de naissance et ne connaît même pas sa date de naissance ! Elle n'a donc aucune existence officielle et se trouve dans l'impossibilité de se marier. Pour pallier l'absence d'acte de naissance elle est contrainte, par l'article 71[69] du code civil et l'avis du Conseil d'État du 4 thermidor An XIII[70] de faire établir, par le juge Dubernard de la Justice de paix du 3e arrondissement sud de Toulouse où elle réside, un acte de notoriété[71] fondé sur la déclaration sous serment des sept témoins[Note 40] qu'elle a préalablement produits. Il est à noter qu'ils sont tous issus du milieu janséniste très restreint et sectaire gravitant autour d'elle ou de personnes qui leur sont attachées à l'exception de Pierre Pirou qui n'aurait aucun lien apparent avec les familles des futurs époux sur Toulouse mais qui en aurait eu avec le milieu diplomatique parisien de la Première République. La future décline ainsi son identité : « La Delle Marie Françoise Bénédicte Ste Croix Lacroix majeure propre habte de Toulouse, qui nous a dit, qu'elle est née dans la ville de Toulouse vers le commencement de l'année mil huit cent sept, sans pouvoir bien préciser l'époque du légitime mariage de Mr Noël Lacroix propre et de delle Bonne Dallet, que n'ayant pu découvrir son acte de naissance, malgré toutes les recherches qu'elle a fait faire[71]…» « … [Les témoins] ont unanimement déclaré et attesté parfaitement connaître la dite demoiselle Ste Croix Lacroix, et qu'il est de notoriété publique, que la dite demoiselle Ste Croix Lacroix est âgée d’environ vingt-huit ans et fille de Mr Noël Lacroix et de dame Bonne Dallet[71]. » Ils confirment en tous points les dires de l'intéressée[Note 41]. La future épouse dispose explicitement de cet « acte de notoriété, pour suppléer à son acte de naissance et pour servir à son mariage seulement[71]». « Cet acte est enregistré à Toulouse le sept août 1835[71]…. ». Il sera « enregistré dument homologué le onze dudit par jugement du tribunal civil de Toulouse [et] aussi enregistré[72] ».

Elle signe : Lacroix.

Publication des bans de mariage

Selon l'acte de mariage, « Les actes préliminaires sont extraits d'une publication de mariage faite dans cette commune le neuf du courant par M. Milhès adjoint au Maire, M. le Procureur du Roi du Tribunal Civil de Toulouse a accordé le jour d'hier la dispense de la seconde publication sans qu'il ait été formé opposition au dit mariage.». Ces dates mentionnées dans l'acte de mariage laissent supposer que la demande de mariage, si elle eut lieu, ait été enregistrée en mairie le samedi 8, le premier ban ayant été publié le dimanche 9 août 1835 par Me Milhès, adjoint au maire, lui-même et la dispense de la seconde publication obtenue le mardi 11, très probablement à la demande expresse du même.

Contrat de mariage

Le contrat de mariage[73] du mardi 11 août 1835 est passé entre Marie Françoise Bénédicte et Marie Victor Firmin de Reversat Marsac devant Maître Joseph Prouho, à leur domicile, 8 rue des Renforts, à Toulouse, auxquels se sont joints pour parties, Eugène de Reversat Marsac, frère du futur époux et Armand de Voisins-Lavergnère, leur ami. L'identité de l'épouse est strictement reprise de l’acte de notoriété, elle y est dite « logée même rue des Renforts n°8, fille légitime majeure de défunts Mr Noël Lacroix, propriétaire et de Dame Bonne Dallet[Note 42]… » mais elle n’y est plus précisée propriétaire. Les deux futurs mariés procèdent tous les deux « pour eux-mêmes, en leur nom et comme personne libre et indépendante n’ayant aucuns ascendans vivans[74] ».

Dans l'article premier il est stipulé qu'il « y aura communauté universelle entre les futurs époux de tous leurs biens tant meubles qu’immeubles présent et à venir[75]… ». Ceux de l’époux sont notoires[76], par contre du côté de l’épouse il semblerait qu’elle n’apporte rien comme le testament olographe[77] de l'époux le confirme, mais pourrait hériter des biens de toute la famille de Marsac et même de ceux d'Armand de Voisins. En effet, Eugène de Reversat Marsac et Armand Devoisins Lavernière étaient en 1828 deux des trois prétendants parmi lesquels la future fiancée avait dû faire son choix. Ils sont propriétaires en commun avec le futur époux non seulement du 8 rue des Renforts, mais aussi d’un immeuble voisin donnant sur une rue parallèle, au 30 descente port Garaud[Note 43], avec jardin et dépendances. Tous les deux font donation à leur décès de leur part à la future épouse si elle leur survit[78].

Quelle générosité, quel dévouement et quelle abnégation de la part des deux frères Victor et Eugène et de leur ami Armand Desvoisins pour cette dame qu’ils devaient tenir en très haute estime !

Les témoins requis[79], Jacques Milhès, avocat, adjoint au maire de Toulouse et Philippe Henry Teillier, docteur médecin, sont beaux-frères, le médecin ayant épousé la sœur de l’avocat, Catherine Sophie Milhès. Tous deux jansénistes demeurent au 7 rue des Renforts. Joséphine Milhès, sans être mentionnée parmi les témoins, a signé à côté de sa sœur[80], son aînée de trois ans, Mme Sophie Teillier.

La future épouse signe : St croix Lacroix

Mariage civil à une heure du matin

Le Capitole au XIXe siècle.

Dans la plus grande discrétion, au milieu de la nuit, le 12 août à une heure du matin, les neuf signataires du contrat de mariage se réunissent à l'hôtel de ville de Toulouse, au Capitole, pour signer l'acte de mariage civil[81]. Ils sont en fait membres de deux familles jansénistes sectaires demeurant en face l’une de l’autre rue des Renforts. Au n° 7, logent la famille Teillier-Milhès, comprenant Jacques Milhès, avocat, adjoint au maire de Toulouse, Henry Teillier son beau-frère, médecin, Sophie Teillier son épouse et sa sœur Joséphine Milhès. Au n° 8, logent Françoise Bénédicte Sainte Croix Lacroix, Victor de Reversat Marsac son futur époux, et les deux associés contractuels au mariage : Eugène de Reversat Marsac et leur ami Armand Devoisins. Seul, Joseph Prouho, leur notaire, n'a aucun lien familial. Il a certainement passé avec eux la fin de la journée du 11 août puisqu’ils se retrouvent tous les neuf au milieu de la nuit à la mairie de Toulouse.

Église Notre-Dame de la Dalbade.

Jacques Milhès, adjoint au maire de Toulouse[82] depuis le 12 février 1835, procède au mariage. Il sera par la suite maire de Toulouse du 2 octobre 1835 au 10 mai 1836.

Selon l'acte de notoriété « Marie Françoise Bénédicte Ste Croix Lacroix, âgée de vingt-huit ans née à Toulouse l'an Mil huit cent sept […] fille majeure de M Noël Lacroix et de Dame Bonne Dallet mariés décédés ainsi que nous l'ont assuré la future épouse et les témoins soussignés conformément à l'Avis du Conseil d'État[70] procède comme personne libre et indépendante » .

Elle signe : St croix Lacroix

Mariage religieux clandestin

Dans le contrat de mariage, il est fait mention des cérémonies religieuses[83] qui suivront le mariage civil mais aucune trace ne se trouve dans les registres paroissiaux de Toulouse, car elle fut célébrée par l’Abbé Arnaud prêtre interdit[84], [85]. Elle se serait donc très probablement déroulée immédiatement après le mariage au Capitole, à l'église de Notre-Dame de la Dalbade, vers deux heures du matin.


Le couple s'installe à Marsac, madame prend les affaires en main

Château de Marsac (façade SO)avec sa terrasse côté cour
Château de Marsac (façade SE) et ses fenêtres Renaissance

Monsieur le Comte et Madame de Marsac peuvent enfin commencer une existence au grand jour, très officielle, mais retirée du grand monde, à Marsac, dans le département voisin du Tarn-et-Garonne. Tout laisse penser que le couple quitte aussitôt Toulouse pour vivre exclusivement au château de Marsac. Au sein du couple, la jeune épouse aurait pris dès lors un ascendant sur son mari quinquagénaire. En effet, « la lecture d'un courrier d'un des amis de Victor à celui-ci révèle que Mme de Marsac fit souvent pleurer son mari, qu'elle le rendit inquiet de la soumission à laquelle elle le réduisait au point de le blesser dans son amour-propre, même si son épouse était supposée avoir une mission divine :Je suis persuadé qu'en ne perdant pas de vue que ta femme est établie chez toi pour conduire, et qu'en lui disant vous êtes maîtresse, faites tout ce que vous voudrez, j'accepterai tout, si après cela tu te soumettais sans murmure, je suis persuadé que ton cœur obéissant à Dieu recevrait du courage et que son amour te consolerait.” »

Le domaine familial des Marsac

Les propriétés foncières et immobilières des Marsac en 1862.

Le domaine familial des Marsac[77] s’étendait sur 425 ha principalement sur la commune de Marsac mais aussi sur celle de Poupas (8 ha 80 a de vignes) et sur celle de Gramont (2 ha 50 a de prairie). Sur les 1489 ha de superficie de la commune de Marsac, les Marsac en possédaient approximativement le quart dont 50 ha de bois et forêt et 34 ha de vignoble. Le reste des terres était partagé en terres labourables, prairies et prés.

Onze métairies, un moulin à eau et un moulin à vent composaient le domaine foncier et immobilier de la famille de Marsac en dehors du château. Chaque métairie comprenait une ferme et des bâtisses d'exploitation, un jardin potager, des prairies, des pâtures, des terres labourables, un bois et au moins une vigne.

La comtesse, une femme de caractère

Madame la comtesse de Marsac s’impose tant au sein de la famille que dans la gestion des propriétés foncières familiales ou face aux autorités religieuses comme en témoigne la vicomtesse de Malartic dans ses carnets[86] :

« Madame de Marsac fut très intelligente et encore plus autoritaire. Elle commença par s’occuper des propriétés, fermiers et métayers. La fortune était en assez piètre état ; elle la doubla, la tripla par une sévère et bonne administration, sans apporter d’ailleurs aucun luxe au château. Sa réputation de femme supérieure se propageait dans les campagnes. De plusieurs lieues à la ronde, les paysans, s’ils avaient un procès, venaient consulter la Dame de Marsac.

Autorité janséniste locale indiscutée

Elle dirigeait le spirituel en même temps que le temporel s’étant érigée chef du parti janséniste. En comparant le château à un nid d’aigles, je me trompais étrangement, j’aurais dû dire le repaire du jansénisme. Le duel religieux, entre cette femme et l’évêque de Toulouse, restera légendaire ; on en parlait encore dans la région. Elle exerçait les fonctions, s’arrogeait les pouvoirs d’évêque et de Pape. Quand, par exemple, le curé[Note 44] allait se retirer du salon, après le dîner, elle l’arrêtait d’un geste : “ Curé, demain vous monterez en chaire et vous ordonnerez un jeûne général. Le pauvre curé était embarrassé, hésitant, mais la volonté souveraine était là. Il dînait et déjeunait avec elle chaque jour… Et le jeûne était annoncé quitte à se débrouiller avec l’autre évêque, le vrai, celui de Toulouse… Et il restait encore quelque chose des doctrines jansénistes dans cette famille, malgré la soumission de la grande Mme de Marsac, prononcée enfin peu de temps avant sa mort. Le soir, à la veillée, […] c’était, souvent, le moment choisi pour déblatérer contre la papauté ! Le Pape ! mais c’était l’ennemi de la religion, le péril sur lequel on devait fondre. Et Mme d’Aurelle[Note 45] [d’ajouter] : “ Oui, le Pape fait encore beaucoup de mal à la religion ”. Elle avait puisé cela aux doctrines de sa mère, en même temps que le lait de sa nourrice ; il en restait donc quelque chose. »

Ses derniers jours

En fin d'année 1862, l'état de santé de Mme de Marsac devait très probablement se dégrader car son époux, âgé de soixante-dix-huit ans, « voulant prévenir les difficultés que le partage de [s]es biens et le partage des biens de Made de Reversat Marsac, [s]on épouse, pourrait faire naître entre [s]es enfants, [a] résolu de le faire [lui]-même de la manière la plus exacte et la plus conforme à leurs intérêts, par le présent testament[77] mystique […] » le 1er décembre 1862. Effectivement, le 22 février 1863, son épouse décède[87] au château de Marsac. Elle est inhumée au cimetière communal dans la sépulture-chapelle familiale.

Frise chronologique

Fichier:Frise chronologique biographique de Françoise Sainte Croix Lacroix.png
Frise chronologique biographique des lieux d'habitation de Françoise Sainte Croix Lacroix

Descendance

M. et Mme de Reversat Marsac, eurent quatre enfants tous nés au château de Marsac.

  • Marie Louis, comte de Marsac, né le 25 octobre 1837[88], décède de la variole[89] le 27 décembre 1870[90] au château de Marsac, contaminé en secourant des soldats blessés durant la guerre de 1870.
  • Marie Thérèse Pélagie, née le 11 octobre 1839[91], décède au château de Marsac le 16 mai 1863[92], une semaine après la naissance de son premier enfant.
  • Emmanuel Marie Joseph, juge de paix au canton de Lavit, né 20 mars 1842[93], maire de Poupas de 1878 à 1880[94], décède le 1er mars 1890[95] au château de Poupas, voisin de celui de Marsac.
  • Perpétue Marie Françoise est née le 8 juin 1845[96]. Elle se marie le 6 février 1865[97] à Marsac avec Louis Adolphe d'Aurelle de Paladines<nowiki> (1840-1871). « Devenue […] par son mariage vicomtesse d'Aurelle de Paladines, s'installa à Port-Royal des Champs en juillet 1895, l'année de ses cinquante ans, pour s'immerger dans l'aventure spirituelle des religieuses et des Solitaires et achever, de manière radicale, sa propre conversion. Elle allait y vivre trente-sept ans, suivant les rudes chemins de la pénitence, jusqu'à sa mort en 1932. Elle s'aménagea une cellule moniale conforme aux exigences de pauvreté des Constitutions de Port-Royal. Elle fit venir de Marsac sa riche bibliothèque et s'inscrivit aussi dans la lignée des copistes de Port-Royal, recopiant pour elle-même des documents prêtés, ou pour ses amis des textes qui l'avaient touchée : une mine pour découvrir un jansénisme peu connu, celui de la Petite Église de Toulouse ou des Amis de la Vérité lyonnais. […] On découvre ainsi la personnalité attachante de la dernière Solitaire de Port-Royal et le réseau de ses relations (notamment Augustin Gazier, professeur à la Sorbonne et historien de Port-Royal) qui atteste la survivance de ce jansénisme au XXe siècle. »[98]. Au début de l'année 1932, affaiblie, elle est admise à l'hôpital de Chevreuse. « Hospitalisée, "la pauvre vieille de quatre-vingt-sept ans, après trente-six ans de résidence au désert de Port-Royal des Champs, […] après avoir vécu depuis cinquante-sept ans en religieuse hors-cloître dans le monde", justifie ce choix d'existence : "à cause de [s]a mentalité chrétienne Primitive Église et [s]a mentalité port-royaliste XVIIIe siècle" »[99]. Elle y décède le 19 septembre 1932[100] et sera inhumée le 21 septembre au cimetière de Saint-Lambert-des-Bois, au pied du "Carré de Port-Royal", sa tombe voisinant celle de Louis Silvy.

Arbre de descendance sur trois générations

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Françoise
SAINTE CROIX
LACROIX
(1809-1863)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis
de REVERSAT MARSAC
(1837-1870)
 
 
 
 
 
 
Marie
de REVERSAT MARSAC
(1839-1863)
 
 
Emmanuel
de REVERSAT MARSAC
(1842-1890)
 
 
 
Perpétue
de REVERSAT MARSAC
(1845-1932)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
x Nathalie d'AURELLE
de PALADINES
(1841-1861)
 
 
 
xx Hélène
de SAINT-JEAN de BELLEUD
(1841-1901)
 
 
x Guillaume
MASSOC-MANDRE
(1829-?)
 
 
x Louise
SAINT-CÔME
(1844-1931)
 
 
 
x Louis d'AURELLE
de PALADINES
(1840-1871)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Léon
de REVERSAT MARSAC
(1860-1925)
 
Eugène
de REVERSAT MARSAC
(1866-1939)
 
Jeanne
de REVERSAT MARSAC
(1868-1921)
 
Joseph
décédé à 15 jours
 
 
 
 
 
 
 
 
sans descendance
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marie
de REVERSAT MARSAC
(1865-?)
 
Jeanne
décédée à un an
 
Melchior
décédé à 9 mois
 
Louis
de REVERSAT MARSAC
(1873-1908)
 
 
 


Visuel sources.png Sources

  • Véronique Alemany, La dernière Solitaire de Port-Royal : survivances jansénistes jusqu'au XXe siècle, Paris, Cerf, coll. « histoire », 2013, 683 p. (ISBN 978-2-204-09951-6).
  • Georges Bordonove, Charles X (1824-1830) : petit-fils de Louis XV, Paris, Pygmalion, 2008, 314 p. (ISBN 978-2-7564-0242-0).
  • André Castelot, Madame Royale, Paris, Perrin, 2008, 334 p. (ISBN 978-2-262-02793-3).
  • Marie-Thérèse de Malartic, « Les Carnets de la vicomtesse de Malartic » : En route pour Marsac (transcription annotée d'un manuscrit de 1870), transcription Yvan Reverdy ; annotations "P.G.", 1987. Sur Wikisource, présentation en ligne, lire en ligne : Arrivée au château pp. 5-7, Vie au château et visite royale pp. 7-8, Madame de Marsac pp. 8-9, Épidémie de variole et décès de Louis de Marsac pp. 11-12.
  • Philippe d'Hardouineau, « Mémoires de l'exil de la famille royale », dans Alphonse de Beauchamp, Mémoires secrets et inédits pour servir à l'histoire contemporaine, Paris, Vernarel et Tenon, 1825. (Sur Wikisource)
  • Étrennes bordelaises ou Détail du séjour de Madame à Bordeaux depuis son arrivée jusqu'à son départ, avec les proclamations, avis officiels, arrêtés, discours, compliments, pièces de vers, couplets, etc. publiés ou faits à cette occasion. Ensemble ses excursions dans les environs de cette ville et ses voyages aux villes voisines. Recueillis et mis en ordre par P. J. BR. Paris 1824.
  • Rosalis, Bibliothèque numérique de Toulouse, Presse régionale, Journal de Toulouse, diverses publications couvrant des évènements des années 1815, 1823, 1828.
  • Archives départementales de Tarn-et-Garonne numérisées, Recensements de population, Toulouse, Arrondissement sud, tous les ans de 1821 à 1831.
  • Archives du musée national de Port-Royal des Champs : correspondances, notes, copies, ouvrages recueillis par la Dernière Solitaire de Port-Royal, classés par Madame Véronique Alemany, alors qu'elle était conservatrice de ce musée. Les extraits qu'elle cite, concernant la jeunesse de Françoise Sainte Croix Lacroix avant son mariage, proviennent de ce fonds. Les documents sont décrits avec précision de date et de noms mais sans plus.

Référence.png Notes et références

Notes

  1. Cette page se veut outil de recherches pour éclaircir les mystères entourant les origines, la jeunesse et l’existence de cette dame de Marsac. Elle est ouverte à toute contribution dans l'esprit "wiki" tant dans la forme que sur le fond.
  2. Écartant toute hypothèse de substitution (non complètement élucidées à ce jour), nous ne prenons en considération que la jeune fille qui, dès le passage de la frontière à Bâle, sera conduite à Vienne comme étant “ l’Orpheline du Temple ” et qui, par la suite sera la véritable duchesse d’Angoulême de par son mariage.
  3. Tableau du peintre Heinrich Friedrich Füger : Marie-Thérèse est vêtue d'une robe de velours noir assortie d'une petite toque de même, les épaules couvertes d'un fichu de mousseline sur lequel pend un médaillon en camée aux effigies de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de son frère Louis.
  4. Les princes allemands refusant de recevoir le proscrit, il finit par trouver refuge dans la modeste maison d'un brasseur de Blankenburg. Castelot, 2008, p. 139.
  5. En effet, le comte d'Artois, dans une lettre du 20 avril 1796 écrite d’Édimbourg donne non seulement son accord pour le mariage de son fils le duc d'Angoulême avec Marie-Thérèse de France, mais également procuration pour toutes les formalités de ce mariage à son frère Louis XVIII. Lettre jointe au contrat de mariage du 9 juin 1799 à Mitau, p. 9-10.
  6. Petite suite composée de madame la duchesse de Sérent, de sa fille cadette, et de Mlle de Choisy, complétée par Hüe et sa femme, Cléry, trois femmes de service et deux valets de pied. Mémoires, 1825, p. 153.
  7. Le Roi conduisit sa nièce à l’appartement de la Reine… car, on l’oublie, il y avait une reine. La femme de Louis XVIII, Marie-Joséphine de Savoie, fille du roi de Sardaigne, était pâle, terne, effacée et laide. Sa sœur, la princesse Marie-Thérèse, femme du comte d’Artois, était la mère des ducs d’Angoulême et de Berry. Par ce chassé croisé, la Reine se trouvait être doublement la tante des fiancés. À défaut de Monsieur et du duc de Berry, retenus en Angleterre, Louis XVIII avait exigé que son épouse, dont il était séparé depuis tant d’années, quittât pour quelques semaines sa retraite de Kiel, dans le Holstein, et vînt assister au mariage. Castelot, 2008, p. 144.
  8. Ont signé le contrat de mariage, rédigé la veille par le comte de Saint-Priest, ministre et secrétaire d'État : Louis-Joseph de Montmonrency-Laval, André Hercule Marie Louis de Rosset de Fleury, Louis Alexandre Céleste d'Aumont, Louis Joseph Augustin comte de Mailly, marquis de Nesle, Alexandre François Marie Le Filleul comte de La Chapelle, François Artus Hiacinthe Timoléon de Cossé-Brissac, Antoine Louis Marie de Gramont duc de Guiche, Antoine Louis François de Béziade comte d'Avaray, Henri Essex Edgeworth de Firmont, Joseph François Marie abbé de Saint-Amand de Boixe et le comte de Saint-Priest, ministre et secrétaire d'État de Louis XVIII.
  9. « Je ne vous dirai qu'un mot de la situation, écrivait Louis XVIII à son frère : elle est au comble de la détresse ! » (Castelot, 2008, p. 153)
  10. environ 180 km.
  11. En effet, en 1808, le frère du duc d’Angoulême, [https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Ferdinand_d'Artois#Descendance[18] Charles-Ferdinand d’Artois], vu la période troublée vécue par la monarchie française, n’est toujours pas marié à trente ans ! Ce ne sera qu’en 1816 qu’il sera marié à Caroline des Deux-Siciles et que la naissance d’Henri d’Artois, duc de Bordeaux, en 1820, assurera in extremis cette descendance aux Bourbons, son père ayant été assassiné, sept mois et demi avant sa naissance !
  12. Testament paru dans l'Écho de Paris du 27 décembre 1910.

    Deux passages insolites du testament de la duchesse d'Angoulême nous laissent penser que quatre mois avant sa mort, elle tenait encore absolument à ne laisser aucune trace derrière elle, relative à l'existence de cette fille. Le premier :

    Extrait concernant son refus d'autopsie.

    "Je défends que l'on procède à l'autopsie de mon corps." Autopsie qui aurait pu révéler, post-mortem, qu'elle avait eu un enfant, alors que de notoriété publique elle n'avait jamais pu en avoir. Le deuxième :

    Extrait concernant la destruction de tous ses écrits.

    "Je veux que toutes les feuilles, papiers et livres, écrits de ma main qui sont dans ma cassette ou dans mes tables soyent brûlés par mes exécuteurs testamentaires."

    Précaution bien compréhensible dans sa situation de mère secrète, qui avait certainement veillé, indirectement par correspondance, sur sa fille jusqu'à son mariage au moins.

  13. Le duc de Berry avait épousé secrètement en 1804 Amy Brown et vivait avec elle à Londres. Louis XVIII désapprouva ce mariage et le cassera plus tard; ce qui explique pourquoi il venait seul voir son oncle et la reine Marie-Joséphine, son frère et sa belle-sœur.
  14. L'attachement de la région de Toulouse aux Bourbons remonte à Henri de Navarre.
  15. Six mois après son décès, son fils Sixte Mamignard a été reçu, à sa demande, au château des Tuileries en novembre 1814, par la duchesse d'Angoulême. (Rosalis, Journal de Toulouse, 29 novembre 1814, p. 4)
  16. Prêtre réfractaire, il émigre à Lisbonne (Portugal) de 1792 à 1802. À son retour à Bordeaux, il est affecté à la paroisse Sainte Colombe. À sa mort en 1813, il est chanoine au chapitre de la cathédrale Saint André. Lors de la réception de la petite Marie Françoise Bénédicte il avait 63 ans. Marie Françoise Bénédicte en 1835, a indiqué que son père décédé s'appelait Noël Lacroix. (Prénom peu fréquent)
  17. Le patronyme Martin de Lacroix est fréquemment raccourci en : de Lacroix ou Lacroix.
  18. Acte de naissance de Frédéric Martin [de] Lacroix

    Comme mentionné dans l'acte de naissance ci-joint. (AD 31 en ligne, Archives municipales de Toulouse, Naissances 1809, vue 166.)

  19. Demi-sœur de Louise, la maîtresse du comte d'Artois.
  20. « L'hôtel de Pennautier reste entre les mains des Riquet (de Bonrepos) jusqu'en 1815. Il est ensuite vendu au comte de Villèle, maire de Toulouse [25 juillet 1815 au 11 février 1818] et Premier Ministre de Louis XVIII et de Charles X [de 1822 à 1828]. » (Historique du patrimoine mobilier de Toulouse, pour l’hôtel de Pennautier, sous le site Urban-hist) Le comte de Villèle, est propriétaire de l'hôtel de Pennautier quand s'y installe le "Pensionnat de Madame la duchesse d'Angoulême" . Après sa démission de premier ministre, en 1828, le comte revient dans sa ville natale pour le mariage en grande pompe de son fils aîné en février 1829. Il y réside dès le 2 mars suivant. Le pensionnat déménage alors au 2 rue Sainte-Anne.
  21. Le lien donne sur un tableau exécuté par Joseph Roques lors de la visite à l'Hôtel-Dieu, le 4 septembre 1815.
  22. 22,0 22,1 et 22,2 Les âges portés ici sont ceux qui sont mentionnés dans les listes nominatives de population. Ils sont fiables et correspondent à l'âge réel déduit de l'acte de naissance. Pour Marie Françoise Bénédicte, dont la date de naissance n'est pas connue, avant 1824, son âge a été sous-estimé : en 1821, 1822 et 1823 d'un an par rapport à l'âge déduit de nos conclusions (10, 11 et 12 ans au lieu de 11, 12 et 13 ans réels). Comme jeune fille, l'âge mentionné est surestimé d'un an en 1829 et 1831 (20 et 21 ans au lieu de 19 et 20 ans réels). Une telle anomalie n'apparaît pas pour les autres enfants de la famille de Lacroix. Ceci confirmerait indirectement que nous avons bien affaire à Marie Françoise Bénédicte sous cette "Marie".
  23. Patronyme souvent déformé en d'Aubert, Daubert ou Robert.
  24. Son mari, Bruno MARTIN de LACROIX, était seigneur de Lacroix-Falgarde sous l'Ancien régime.
  25. Ce "père" qu'elle aurait perdu pourrait être au sein de la famille Martin de Lacroix, Jean "Bruno" Martin de Lacroix (1739-1817), seigneur de Lacroix-Falgarde, mari d'Anne Robert de la Valette, que l'on retrouve veuve à tous les recensements de 1821 à 1831, comme chef de famille, propriétaire au 6 rue Sainte-Anne à Toulouse.
  26. Étrennes bordelaises, ou Détail général du séjour de Madame à Bordeaux. 1ére partie du séjour: 6.mars au 1er mai 1823 : vues 1 à 104 / 128 Voyage d'un mois à Toulouse (et Midi?)  en passant par Agen et Montauban. Retour à Bordeaux le 29 mai après son voyage dans le Midi : vue 110 / 128 2ème partie du séjour à Bordeaux : 30 mai au 21 juillet Départ pour un voyage dans les Pyrénées du 22 au 31 juillet à Saint-Sauveur (de Bigorre) et Bayonne. (vue 117 /128) 3ème partie de son séjour à Bordeaux : 1er août au 13 septembre Départ de Bordeaux : 14 septembre
  27. En est "mainteneur" Marius de Voisins-Lavernière (1786-1865), frère d'Armand de Voisins-Lavernière (1788-1878), un des trois prétendants au mariage de Marie Françoise Bénédicte.
  28. De nombreuses maisons d'éducation pour jeunes filles se situaient à cette époque dans le quartier Saint-Étienne. Les recherches effectuées pour la retrouver dans les listes nominatives de population de 1824 et 1827 ont été infructueuses jusqu'à présent. Peut-être fréquentait-elle le pensionnat de Madame la duchesse d'Angoulême, dans l'Hôtel de Pennautier (ex de Bonrepos) appartenant au comte de Villèle, au 16 rue Velane, sans y être pensionnaire, puisqu'elle habitait à trois cents mètres de là ?
  29. En effet en juillet 1820, il était témoin à la déclaration de la naissance d'Élisabeth, la fille cadette de sa belle-sœur Justine.
  30. C'est dans les bâtiments de la Préfecture (1, rue Sainte-Anne) que se situait le Palais royal sous la Restauration à côté de l'évêché.
  31. Depuis le 4 janvier 1828, Charles X ayant enfin accepté sa démission de président du Conseil, le comte de Villèle réside dans son Hôtel de Pénautier, au 16 rue Vélane à Toulouse, le pensionnat pour jeunes filles de la duchesse d'Angoulême ayant déménagé rue Sainte-Anne.
  32. matinée : probablement à comprendre ici dans le sens (2) d'après-midi opposé à soirée pour les spectacles.
  33. Mais témoin de marque. Armand de Voisins, était issu d’une famille aristocratique toulousaine bien implantée : son père, Jean Marius (1744-1820) avait été avocat au parlement de Toulouse, trésorier de France. Son frère, Marie François Joseph Victor Marius (1786-1865), de deux ans son aîné, avait été maire de Lavaur, poète membre éminent de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, lieutenant-colonel de la garde nationale de Toulouse.
  34. Marie Antoinette Félicité Charlotte de Vignes de Puylaroque est la tante maternelle d’Henri de Maurès de Malartic, mari de la vicomtesse. Elle résidait alors au château de Marsac où elle est décédée le 29 novembre 1881. Née le 6 octobre 1824, elle avait alors 46 ans.
  35. Ce témoignage constitue la plus ancienne mention écrite d’un évènement précis concernant cette mystérieuse Françoise Bénédicte SAINTE CROIX LACROIX, épouse de REVERSAT MARSAC, comtesse de Marsac.
  36. Il semblerait qu'une confusion entre la ville de Saint-Étienne et le quartier Saint-Étienne de Toulouse où se situe le 6 rue Sainte-Anne, ait été faite; Mme Alemany poursuivant en la faisant naître à Lyon et y avoir passé sa jeunesse jusqu'à l'âge de douze ans. Jean-Pierre Chantin, consulté, réfute totalement l'hypothèse d'une jeunesse de Marie Françoise Bénédicte dans une famille Lacroix ou de Lacroix au sein du milieu janséniste de Lyon, à cette époque ou dans la ville de Saint-Étienne. De mon côté, toutes mes recherches dans l'état civil de ces deux villes ont été vaines.
  37. Intendant de Victor de Marsac. (Véronique Alemany, 2013, p. 111.)
  38. Janséniste, ayant épousé Alexandrine de Marsac, sœur des frères de Marsac.
  39. Immeuble du 8, rue des Renforts.
  40. À savoir : 1° Jacques Laville, propriétaire, 73 ans, né à Gaillac (Tarn), est décédé en 1852 au 8, rue des Renforts à l’âge de 86 ans. Janséniste, membre de la Petite église de Toulouse. 2° Armand de Voisins Lavergnère habite en 1835 au 13, rue des Coffres, par la suite au château de Marsac jusqu'à sa mort le 15 mai 1878. Janséniste, membre de la Petite église de Toulouse. 3° Thérèse Laffont, en 1830, habite 20, rue Montgaillard. Janséniste, grande amie de Françoise Bénédicte, demeurera aussi au château de Marsac durant vingt ans, jusqu’à sa mort le 25 décembre 1855. 4° Henri Tellier, habitant 7, rue des Renforts. Janséniste, membre de la Petite église de Toulouse. Médecin, marié à Catherine dite Sophie, Milhès, dont le frère Jacques Milhès, habitant également au 7 rue des Renforts, avocat, n’est autre que l’adjoint au maire de Toulouse, qui procède, par délégation, au mariage civil de Françoise Bénédicte. 5° Jean-Baptiste Bach décède en 1837 au 10, rue St Jacques. Il était portier, porteur de chaise ; probablement en 1835, employé au 8 rue des Renforts. 6° Henri Goffre, cordonnier, habite en 1830 au 3, rue des Jardins. Compte certainement dans sa clientèle privilégiée les de Marsac et leurs relations jansénistes. 7° Pierre Marie Pirou, propriétaire, âgé de 57 ans. Aucune trace concrète de sa présence à Toulouse n’a pu être trouvée jusqu’à présent. Seule sa signature [archive] digne d’un notaire, en dit beaucoup sur le personnage en laissant soupçonner chez lui une culture juridique bien établie. Un article paru aux États-Unis dans le quotidien «The Republic» [archive], du 23 juillet 1850, Col. 3, House of representatives, Executive communications, article du Speaker Z. Tailor, pourrait le concerner. Les services rendus aux citoyens des États-Unis par un certain Pierre Pirou, citoyen de la première République française, y sont reconnus par le gouvernement américain par le biais d’un mémorial.
  41. Toutes les recherches effectuées aux Archives municipales de la ville de Toulouse ont été infructueuses pour trouver trace de l'acte de naissance pouvant la concerner, l'acte de mariage de Noël Lacroix avec Bonne Dallet ou leurs actes de décès.
  42. Aucune trace de leurs décès aux Archives municipales de Toulouse…
  43. Le 30, descente Port-Garaud, correspond de nos jours au 5, avenue Maurice Hauriou.
  44. Il s'agit du curé Pierre Labat né en 1795, souvent cité comme témoin dans les actes d'état civil de la famille entre 1760 et 1770.
  45. Cadette des quatre enfants de la famille comtale de Marsac-Sainte Croix, Marie Françoise Perpétue de Reversat Marsac (1845-1932) épouse le 6 février 1865 à Marsac, Louis Adolphe d'Aurelle de Paladines (1840-1871). Veuve à 26 ans, fidèle au Jansénisme, elle s'installe en 1895 à Port-Royal des Champs où elle finira sa vie comme dernière solitaire de Port-Royal.

Références

  1. 1,0 et 1,1 Véronique Alemany, La dernière Solitaire de Port-Royal, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Cerf histoire », 2013, 683 p. (ISBN 978-2-204-09951-6), p. 302 note 3.
  2. https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Carnets_de_la_vicomtesse_de_Malartic, p. 7.
  3. Georges Bordonove, Charles X (1824-1830) : petit-fils de Louis XV, Paris, Pygmalion, 2008, 314 p. (ISBN 978-2-7564-0242-0), p. 39-41.
  4. Bordonove, 2008, p. 94-95.
  5. Bordonove, 2008, p. 103-105.
  6. Bordonove, 2008, p. 106-108.
  7. [1] Plume d'histoire, Louise de Polastron, ange rédempteur du comte d'Artois.
  8. Castelot, 2008, p. 127, Dés son arrivée à Vienne « …, on se hâte de revêtir Marie-Thérèse d'une robe noire… »
  9. Philippe d'Hardouineau, « Mémoires de l'exil de la famille royale », dans Alphonse de Beauchamp, Mémoires secrets et inédits pour servir à l'histoire contemporaine, Paris, Vernarel et Tenon, 1825, 796 p., p. 148-149, « Le château de Mittau, résidence des ducs de Courlande, fut destiné à servir d’habitation au Roi, à sa famille, et à ses grands officiers. Sa Majesté, ainsi que le duc d’Angoulême, trouvèrent leur appartement meublé ; mais à cela près, le reste était dénué de tout ; non-seulement il n’y avait point de linge, mais rien de ce qui était nécessaire pour la table du Roi. Il n’y avait point de bois de lit, point de couchettes, pas une chaise, rien enfin de ce qui est indispensable dans la plus chétive maison. Il fallut donc tout acheter, et diminuer d’autant plus la cassette de Sa Majesté, qui était déjà furieusement réduite par les dépenses imprévues et exorbitantes du voyage ; car, quelque précaire et pénible que fût sa position, partout on le faisait payer en roi de France. Les gardes-du-corps, à qui il avait été fait de si belles promesses, furent pendant quelque temps à la commisération des habitans. ».
  10. Mémoires, 1825, p. 152.
  11. André Castelot, Madame Royale, Paris, Perrin, 2008, 334 p. (ISBN 978-2-262-02793-3), p. 142.
  12. Promotion du 27 mai 1787.
  13. Castelot, 2008, p. 142.
  14. Mémoires, 1825, p.153, « Sa Majesté, [la Reine], arriva à Mittau le 3 juin 1799 ; la princesse, le lendemain 4 juin. ».
  15. Mémoires, 1825, p. 153-154, « Rien au monde ne saurait donner une idée de l’entrevue du Roi avec Madame Royale. Il faisait ce jour-là une très-grande chaleur, et il y avait sur la route beaucoup de poussière. Du plus loin que la voiture de Sa Majesté put être aperçue, Madame descendit de la sienne. Le Roi en ayant été averti, en fit autant, et fut au-devant de sa nièce, à vingt-cinq pas de distance l’un de l’autre. La princesse se jeta à genoux dans la poussière, et, levant les bras au ciel, et fondant en larmes, se mit à crier… Mon père ! mon père ! Sire ! mon oncle ! excusez mon désordre ; elle ne put en dire davantage. Le Roi, ému aussi jusqu’aux larmes, la reçut dans ses bras, l’y retint assez long-temps presque évanouie, et enfin lui présenta monseigneur le duc d’Angoulême, qui, suffoqué de plaisir et de bonheur, ne pouvant proférer un seul mot, s’était emparé de la main de sa cousine, qu’il couvrait de baisers et de pleurs. ».
  16. Castelot, 2008, p. 143-144, « La princesse aperçut alors son fiancé que les rotondités royales avaient jusqu’à présent dissimulé. La jeune fille fut sans doute quelque peu déçue en voyant cet être chétif et malingre dont on lui parlait depuis quatre années, et qui allait devenir son mari. D’un regard, elle vit les bras trop longs, les jambes trop grêles, les pieds trop plats de son cousin… bref “le type du singe auquel il aspirait”, a conté un témoin. Après avoir baisé la main de sa fiancée, Louis-Antoine, de son œil clignotant, regarda avec admiration cette belle jeune fille de vingt ans, à la taille fine et dont les yeux d’un bleu si doux se posaient sur lui avec stupéfaction. Gêné, l’avorton riait “niais” pour se donner une contenance. Ce physique lamentable cachait d’ailleurs une touchante bonne volonté, un esprit de justice poussé jusqu’au scrupule, une grande bonté, une franchise et une loyauté rares. Malheureusement, pour l’instant, Marie-Thérèse tout en remontant en voiture avec lui, ignorait encore ces qualités de cœur. ».
  17. Castelot, 2008, p. 144-145.
  18. Castelot, 2008, p. 146
  19. Castelot, 2008, p. 147-153.
  20. Castelot, 2008, p. 155-156
  21. Castelot, 2008, p. 154-156.
  22. Castelot, 2008, p. 159.
  23. La Reine Marie-Joséphine fuyant Kiel devant les troupes napoléoniennes s'était jointe à la courette (Castelot, 2008, p. 157.).
  24. 24,0 et 24,1 Castelot, 2008, p. 160.
  25. Castelot, 2008, p. 161.
  26. Castelot, 2008, p. 161 (bas de page).
  27. La composition de la famille est déduite des actes de naissance de Gratia Marie Prospérie du 30 mars 1805 (AD 31 en ligne : Toulouse, Naissances, 2 vendémiaire an XIII - 4e jour complémentaire an XIII (1804-1805), vue 140) et de Frédéric Xavier du 17 août 1809 (AD 31 en ligne : Toulouse, Naissances 1809, vue 149) au 6 rue Sainte-Anne.
  28. « Journal de Toulouse », périodique, 4 août 1815, p. 3, col. 2 en bas : « Ordonnance de S.A.R., Mgr, le duc d'Angoulême, en date du 28 juillet, [...] - Par une autre ordonnance du 1er août, la dame Adélaïde Calais, directrice d'une maison d'éducation de jeunes demoiselles, à Toulouse, a été autorisée à prendre pour son établissement le titre de Pension de Madame, duchesse d'Angoulême. »
  29. 29,0 et 29,1 « Journal de Toulouse », périodique, 30 mai 1823, p. 2 (en bas) et p. 3 (en haut).
  30. Journal de Toulouse, périodique, 4 septembre 1815, p. 2 à 4.
  31. Journal de Toulouse, 6 septembre 1815, p. 1-4.
  32. Journal de Toulouse, 8 septembre 1815, p. 2-4.
  33. Journal de Toulouse, 11 septembre 1815, p. 3-4.
  34. Véronique Alemany, 2013, p. 130.
  35. «AD 31 - Inventaires en ligne - Recensements de population» Des recensements avec listes nominatives détaillées ont été établis par arrondissement. La rue Sainte-Anne se trouve dans l'arrondissement sud, recensé dans les années1821 (vue 29), 1822 (vue 28), 1823 (vue 28), 1824 (vue 322),1827 (vue 33), 1828 (vue 33), 1829 (vue 33) et 1831 (vue 26). Aucun recensement exhaustif avant 1821 et aucun après 1831 jusqu'en 1872. (consulté le 4 mai 2019)
  36. Véronique Alemany, 2013, p. 130.
  37. Véronique Alemany, 2013, p. 131.
  38. « Journal de Toulouse », périodique, 7 mai 1823, p. 2-3.
  39. Véronique Alemany, 2013, p. 167-168.
  40. Véronique Alemany, 2013, p. 101-128.
  41. Véronique Alemany, 2013, p. 24.
  42. Sur Rosalis consulter : Le journal de Toulouse du 23 septembre 1828, p. 2-3.
  43. Sur Rosalis consulter : Le journal de Toulouse du 25 septembre 1828, p. 2-3
  44. «Délibérations du CM de Toulouse du 21 septembre 1828 (couverture)» : sur Archives départementales de Haute-Garonne, Archives municipales de Toulouse, 1 D40, vue 150 (p. 296). (consulté le 7 décembre 2017), Détail des festivités, visites, inaugurations... pp. 297-301 (vues 151-153), diner officiel pp. 302-305 (vues 154-155), départ de Toulouse pp. 307-308 (vue 156-157).
  45. «Délibérations du Conseil municipal de Toulouse» sur Archives départementales de Haute-Garonne, Archives municipales de Toulouse, 1 D40, vue 151 (pp. 296-297), 21 septembre 1828 : « ...[Elle] continua par les rues de Nazareth, Ste Carpes, des Nobles et la place Saint-Étienne. Madame entra au Palais royal vers neuf heures... », p. 296
  46. AD 31 en ligne, Recensements de population, Toulouse, 1828-1829, Arrondissement sud, vue 33, 6 rue Sainte-Anne.
  47. Au recensement du 9 mai 1828 nous trouvons une Lacroix Marie âgée de 20 ans pour laquelle aucun acte de naissance ne se trouve dans les registres de Toulouse, alors que les autres enfants à partir de 1809 (Frédéric 1809, Antoine 1815, Antoine 1818 et Marie-Anne 1820) sont tous inscrits à la mairie de Toulouse, comme étant nés au 6 rue Sainte-Anne. Tout laisse entendre que cette fille serait Marie Françoise Bénédicte Sainte-Croix Lacroix, déjà recensée le 16 février 1821, le 27 avril 1823 et qui le sera encore l'année suivante le 1er avril 1829.
  48. Sur Rosalis consulter : Le journal de Toulouse du 23 septembre 1828, p. 2, col. 3, l. 52 et fin de colonne.
  49. Sur Rosalis consulter : Le journal de Toulouse du 23 septembre 1828, p. 3, col. 3, l. 17.
  50. 50,0 et 50,1 Annales 1934, p. 43-44, Note d'André Vièles (Note 1, p. 44) : "Je n'ai pu trouver trace de ce voyage de Toulouse à Montauban malgré les nombreuses recherches. M. Marceillac, membre de la Société archéologique et maire de Grisolles a vainement fouillé pour me renseigner les documents municipaux. Il n'existe pas la moindre ligne relative à cet évènement et M. Marceillac a suggéré que la route empruntée devait passer par Fronton, dans la Haute-Garonne, route aboutissant en effet au carrefour de Bressols. Le maire de ce bourg, M. Escudié, un archéologue lui aussi, consulté, nous a fait savoir que rien ne laisse supposer que le cortège ait traversé Fronton, aucun procès-verbal ne mentionnant ce fait. M. l'Archiviste en chef de la Haute-Garonne, M. Faucher, qui a bien voulu faire entreprendre des recherches sur ce point spécial, nous a également avisé de leur insuccès. Il n'est pas possible de savoir, si comme on l'a constaté dans les départements voisins, il fut dressé à la limite du Tarn-et-Garonne, un arc de triomphe.".
  51. Les carnets de la vicomtesse, p. 7-8.
  52. Recensement famille de Marsac au 42 rue Pharaon

    AD 31 en ligne, Toulouse, recensement 1829, arrondissement sud, vue 101.

  53. Véronique Alemany, 2013, p. 111. Mlle Rouvière y est mentionnée comme première dame de compagnie. Jusqu'en 1829, dans tous les recensements, elle était toujours seule dame de compagnie. Françoise Bénédicte aurait donc pu être un temps, dame de compagnie avec Madelaine Rouvière.
  54. Véronique Alemany, 2013, p. 130 (en haut).
  55. Véronique Alemany, 2013, p. 132, note 1 : Lettre d'un ami à V. de Marsac, 27 novembre 1829.
  56. Véronique Alemany, 2013, p. 131 (en bas).
  57. 57,0 57,1 57,2 57,3 57,4 et 57,5 Véronique Alemany, 2013, p. 112, note 1 : « Devenue sœur Françoise sous la direction de l'abbé Arnaud, elle regroupa autour d'elle une “petite société” attachée à l’œuvre de la Croix ».
  58. Véronique Alemany, 2013, p. 132.
  59. Véronique Alemany, 2013, p. 113 : Termes employés dans une lettre à son beau-frère du 18 novembre 1829..
  60. Véronique Alemany, 2013, p. 112 - 113.
  61. Véronique Alemany, 2013, p. 112, Note 4 : Outre un brassage social restreint à un cercle familial, constitué d'une famille, au sens strict, et de familiers, on remarque que la sociologie de cette communauté correspond en partie au cercle constitué autour des visionnaires mystiques du XIXe siècle, analysé par Jacques MAÎTRE, Mystique et Féminité. Essai de psychanalyse socio-historique, Paris, Éd. du Cerf, 1997, p. 300 s. : une jeune fille prise sous la protection d'un châtelain et dont « l'aura lui donne du crédit auprès de cercles plus ou moins étendus parmi la noblesse, surtout terrienne, et les notables de la région ».
  62. Véronique Alemany, 2013, p. 183.
  63. Véronique Alemany, 2013, p. 132 - 133.
  64. Véronique Alemany, 2013, p. 184.
  65. Véronique Alemany, 2013, p. 185.
  66. Véronique Alemany, 2013, p. 134, note 2 : Ce dernier en rendit compte quotidiennement entre le 10 octobre et le 31 décembre 1830, et ponctuellement de janvier à avril 1831 car les “évènements l’ont empêché d’écrire”. Les témoignages du second rapporteur couvrent les derniers jours du mois d’octobre 1830, du 26 au 31 ; la transcription est régulière entre le 1er novembre et le 30 décembre de la même année, tandis que du 1er au 10 avril 1831, “il y a beaucoup de lacunes”, comme il est indiqué sur le bandeau qui maintient les feuillets. […].
  67. Véronique Alemany, 2013, p. 134 - 136.
  68. Véronique Alemany, 2013, p. 137.
  69. Code civil - Article 71 (lire en ligne).
  70. 70,0 et 70,1 Avis du Conseil d'État sur les formalités relatives au mariage. (4, Bull. 51, n°858.) extrait de l'ouvrage Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements, avis du Conseil d'État, tome 15, dir. J. B. Duvergier, Paris : Guyot et Scribe, 1836, pp. 220-221).
  71. 71,0 71,1 71,2 71,3 et 71,4 A.D. 31, acte de notoriété, Justice de paix du 3e arrondissement sud de Toulouse, Juge Dubernard, cote : 2720W40. Voir pour 71.1 : p. 1, § 2, l. 1-7; pour 71.2 : p. 2, l. 3- 8; pour 71.3 : p. 1, § 2, l. 14 et pour 71.4: p. 2, en marge.
  72. Ligne 12 de l'acte de mariage.
  73. AD 31, Contrat de mariage de Reversat Marsac et Sainte Croix Lacroix, Notaire Prouho Joseph, du 11 août 1835, cote 3E 24699.
  74. Voir contrat de mariage p. 1, fin des § 2 et 3.
  75. Voir contrat de mariage, p. 2, § 2.
  76. Véronique Alemany, 2013, p. 24-25 : «…, Victor de Marsac, […], est mentionné parmi les propriétaires de Lomagne les plus taxés de la première moitié du XIXe siècle…» ; sur son testament olographe sont décrites onze métairies s'étendant sur 425 ha.
  77. 77,0 77,1 et 77,2 Testament olographe de Victor de Reversat Marsac, Archives du château de Marsac, 16 pages.
  78. Voir contrat de mariage, p. 2-3, articles 2 et 3.
  79. Voir contrat de mariage, bas de p. 3 et haut de p. 4.
  80. Voir contrat de mariage, p. 4.
  81. Acte de mariage civil de Marsac-Lacroix

    AD 31 en ligne, (Archives municipales de Toulouse), Registre des mariages 1835, acte n° 397.

  82. Bulletin Municipal de la ville de Toulouse, 1935 (02), p. 54
  83. Contrat de mariage, p. 2, en haut l. 3-5.
  84. Véronique Alemany, 2013, p. 265 : « Quand ils déménagèrent rue des Renforts, les Marsac se lièrent à leur voisine, la veuve Audoui, comme eux "dissidente". En 1834, ils intervinrent auprès de Mgr d'Astros, archevêque de Toulouse depuis 1830, pour obtenir une sépulture ecclésiastique à leur voisine, sépulture refusée par le curé de Notre-Dame de la Dalbade. […] Autre détail significatif sur la position de renégat à laquelle ils étaient contraints : la non-mention dans les registres paroissiaux toulousains du mariage à l'église de Victor de Marsac et de Françoise Lacroix en 1835 : il aurait donc été célébré clandestinement.»
  85. Cl. Tournier, Le Cardinal de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse (1820-1830), et le drame de la Petite Église, Véronique Alemany, 2013, p. 134 : «À cette époque les Marsac recevaient en cachette l'abbé Arnaud, «prêtre interdit, [qui] exerce [chez eux] sa prétendue mission»
  86. Les Carnets de la vicomtesse, pp. 8 - 9.
  87. Voir son acte de décès, aux archives départementales de Tarn-et-Garonne.
  88. Voir acte son acte de naissance aux Archives départementales du Tarn-et-Garonne en ligne.
  89. Les carnets de la vicomtesse, p. 11.
  90. Voir son acte de décès aux Archives départementales de Tarn-et-Garonne en ligne.
  91. Voir l'acte de naissance aux Archives départementales de Lot-et-Garonne en ligne.
  92. Voir son acte de décès aux archives départementales de Tarn-et-Garonne en ligne.
  93. Voir son acte de naissance (p. 1 et p. 2) aux archives départementales de Tarn-et-Garonne en ligne.
  94. Voir liste des maires.
  95. Voir son acte de décès aux archives départementales de Tarn-et-Garonne.
  96. AD 82 en ligne, Marsac, N 1844-1849, vue 12.
  97. AD 82 en ligne, Marsac, M 1862-1868, vue 35 et vue 36.
  98. Véronique Alemany, 2013, hors-texte au dos de l'ouvrage.
  99. Véronique Alemany, 2013, p. 435, citant une lettre du 27 juin 1932 écrite de l'hôpital de Chevreuse.
  100. Acte de décès de Perpétue de Reversat Marsac