Courtesserre

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Courtesserre (panneau).jpg


Courtesserre ou Curta Serra une bien belle histoire

Localisation

Avertissement : cette présentation n’est pas un écrit d’historien, mais une synthèse, à ce jour, des recherches et des publications des principaux auteurs sur le sujet : Abbé Adrien Adam, Paul Valaude, Janine Pinoy, Lucien Drouot, complété avec des recherches sur internet.

De lui, on disait, il y a très longtemps, qu’il était situé « à demy lieue de la ville de Cropière et à deux lieues de Billion ».

C’est ainsi que l’on parlait du village de Courtesserre autrefois orthographié Courteserre et que la langue d’oc, si musicale, prononçait Curta Serra. Rattachée à la Révolution à la commune de Courpière, située 3,5 km plus au sud, cette paroisse qui compte aujourd’hui une centaine d’âmes, posée à 440 m d’altitude en direction de Trézioux était alors entourée des paroisses de Sermentizon à l’ouest, de Saint-Flour l’Etang à l’est et de Trézioux sur son flanc sud.

Elle était constituée d’un chapelet de villages : Les Bâtisses, le Bourg de Courtesserre, Le Moulin, Le Genillier, Le Château et le domaine du Lac, Le château et le village de Lodan(t), Le domaine de Chambassou(x), Le domaine de la Bouchisse Haute et Basse, Dindo ou le domaine de la Bessière (la Bessière haute), La Coste, Le domaine de Fayon, La métairie de las Goutas, le village du Château et son château de la Commanderie. L’Ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem :

À Courtesserre, au bas Moyen-Âge, la paroisse dépendait de l’Ordre militaire et religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, apparu autour de 1100 à Jérusalem, peu après la première croisade, fondé par Frère Gérard qui serait né vers 1047 dans la région d’Amalfi en Italie. Il est d’ailleurs très intéressant de se plonger dans l’histoire de cet ordre encore bien mystérieux pour le commun des mortels mais qui impacta si fortement notre région par sa spiritualité propre mais aussi sur la vie temporelle des habitants puisqu’il disposait du droit de basse, haute et moyenne justice.

Les Hospitaliers portaient sur leur haubert (1) un long surcot (2) noir orné de la croix latine (3) blanche, et lors des combats, une casaque rouge ornée de la même croix blanche. On les distinguait de leurs principaux rivaux les Templiers, ordre fondé en 1120 par Hugues de Payns, qui portaient un surcot blanc orné de la croix pattée (4) de gueules (5).

Les Hospitaliers abandonnèrent la croix latine pour adopter la croix de Malte (6)

Les membres de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Lazare, quant à eux, portèrent une croix tréflée verte (6). Ils accueillaient et soignaient les chevaliers des autres Ordres atteints de la lèpre, dans leurs léproseries. L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean joua un rôle important, aux côtés des autres Ordres : l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Lazare, l’Ordre des Templiers, l’Ordre teutonique, les Chevaliers de Saint-Thomas, l’Ordre de Montjoie, Après l’arrestation des Templiers le vendredi 13 octobre 1307 (*) sur ordre de Philippe le Bel dit le roi de fer et leur condamnation, le pape Clément V décréta la dissolution de cet ordre le 22 mars 1312.

Leurs biens furent ensuite dévolus aux Hospitaliers qui s’étaient installés à Chypre, à la chute de Saint-Jean d’Acre, en 1291, puis à Rhodes en 1310. Ils quittèrent l’île de Rhodes, pour s’installer sur l’ile de Malte en 1530 et porter désormais, comme signe distinctif, la croix de Malte (6) blanche sur fond rouge. L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dénommé aussi Ordre de Malte fut dissous par le gouvernement révolutionnaire en 1792 et ses biens furent alors vendus au titre des biens nationaux.

(*) Superstition du vendredi 13 : c’est ce vendredi 13 octobre 1307 qui en serait à l’origine.

Le droit de justice : Le Commandeur de l’ordre des Hospitaliers de Courtesserre a droit de basse, haute et moyenne justice, sur la paroisse et sur d’autres lieux situés dans d’autres paroisses :

  • Paroisse de Sermentizon : Las Constancias, Le Buffatel, et Genollier le Vieux.
  • Paroisse d’Espinasse d’Aubusson : Le château et village de la Souche, La Sauvetat.
  • Paroisse de Trézioux : Le Chezal, Las Bouchas, Lous Chalais et Le Gerbaud et Le Croit.
  • Paroisse de Saint-Flour : La Golliette, La Pauze, La Roche et Chavaroche.

Administration locale des Commanderies :

Courtesserre est une commanderie « chef ». Elle a sous sa dépendance sept membres :

  • Chantaduc, paroisse de Saint-Ferréol les Côtes
  • Le Chambon, près Brioude (*)
  • Ferreyroles, alias Farreyrolles (**), près du Pont de Lempdes
  • Ligonne, paroisse d’Ambert
  • La Commanderie Saint-Jean de Billom
  • Le Temple de Tallende près Saint-Amand la Cheire (***)
  • Vivit, alias Vivic, paroisse d’Arlanc

Les Commanderies du Chambon et de Ferreyroles et le Temple de Tallende dépendaient, à l’origine, de l‘Ordre des Templiers

(*) Le Chambon situé sur la commune de Cohade (Haute-Loire). Il ne reste aujourd’hui plus rien des bâtiments. (**) Farreyrolles situé sur la commune de Leotoing (Haute-Loire). (***) Commune de Saint-Amand Tallende. (Puy-de-Dôme).

Les terriers (8) de ces sept commanderies étaient conservés dans sept petits coffres de bois de chêne, sans serrures, encastrés dans les murs d’un cabinet fermé avec une porte de fer et un cadenas dans le château de la commanderie « chef ».

La Commanderie Templière de la Foulhouze de Culhat près Lezoux

Elle est la Commanderie la plus proche géographiquement mais ne dépend pas de Courtesserre. Dans sa monographie, en 2015, Mme Raymonde Robillon présente la commanderie de la Foulhouze qui dépend, à sa création, de l’ordre des Templiers. « Au jour dit, le 2 mai 1313, les Hospitaliers prirent possession devant Frère Jean Ysart procureur du Prieur d’Auvergne, du Temple de La Folhoza » Sur le blason de la commune de Culhat figure, en sus de la lanterne des morts : « en chef deux croisettes pattées et fourchetées (de Malte) d’argent ».

Les Commandeurs de Courtesserre :

Liste (incomplète) des commandeurs de Courtesserre qui se sont succédés à partir du début du XV eme siècle jusqu’en 1792 :

  • Frère Philibert de CHAZERON 1407
  • Frère Louis de TREULHANE 1449
  • Frère Imbert de BEAUVOIR 1463 (*)
    Blason de Frère Imbert de BEAUVOIR
    Croix au hameau de CHAMERLAT
  • Frère Jacques MILLAT 1503
  • Frère Jehan de LEVIS DE CHARLUS 1558
  • Frère Pierre de GRAMMONT 1572
  • Frère Jacques de CHAUVIGNY de BLOT (de BLOC) 1573-1614
  • Frère Claude de MONTROGNON de CROPTES 1616-1626-1642 (**)
  • Frère de GORDON-ERIEUX 1650-1658
  • Frère Paul de Félines de la RENAUDIE 1666-1678 (3)
  • Frère Mary de GRATTET de DOLOMIEU 1681-1685
  • Frère Antoine de FAY de LATOUR-MAUBOURG 1685-1692
  • Frère Jean-Philippe de SAINT-VIANCE 1692
  • Frère François de de CHEVRIER de SAINT-MAURICE 1699-1703 (***)
  • Frère Jean-Paul de CHADENAT de la RIVOIRE 1711-1716
  • Frère Hector de SAINTE-COLOMBE de l’AUBEPIN 1719-1724
  • Frère Marcellin de MARCELLANGE d’ARCON 1727-1729 (****)
  • Frère Jean de FONTANGES 1735…1739…1744
  • Frère Jean-Bertrand de MASCON du CHEY 1750-1767
  • Frère du SAIX 1767…1774…
  • Frère Hercule Amable de LIGONDES ROCHEFORT 1784…1792

De cette liste incomplète proposée par Paul Valaude professeur d’histoire au collège Bellime de Courpière, tiré des travaux de l’abbé Adrien Adam et nous pouvons, au gré des recherches sur internet, tenter de la compléter :

  • Christophe Alexandre de BOUILLÉ du Charriol 1656
  • Pierre CLAIR 1670 (chevalier de Malte).

(*) Son blason sert de décor à la clef de voûte rayonnante dans le cœur de l’église Saint-Martin de Courtesserre. Les couleurs sont identifiables bien que partiellement effacées. Il figure sur le piédestal en pierre d’une croix au village de Chamerlat. (**) Décédé le 27 octobre 1642 à l’âge de cinquante-huit ans, à Courte(s)serre, il gît dans l’église Saint-Martin « à costé droict de l’autel en entrant dans le chœur ». (***) l’Ordre de Saint-Maurice (croix tréflée blanche) est réuni à l’Ordre de Saint-Lazare (croix tréflée verte) en 1572. (****) l’an mil sept cent vingt-neuf et le dix-neuf mars il a été enterré dans l’église de Courtesserre, au tombeau de ses prédécesseurs (cote AD 63 = 3 E 125 63 1721-1747 page 26/122


La plupart des Commandeurs étaient issus de familles nobles dont la plupart portait blason en voici la description héraldique de quelques-uns d’entre eux :

  • de CHAZERON : « d’or, au chef émanché de trois pièces d’azur ».
  • de BEAUVOIR : « écartelé en 1 et 4 de gueules et en 2 et 3 d’or ou d’argent(*) »
  • de LEVIS DE CHARLUS : « d’or à trois chevrons de sable »
  • de MONTROGNON : « d’azur à la croix ancrée d’argent ».
  • de la RENAUDIE : « d’azur à un soleil d’or rayonnant et en chef de gueules chargé d’une croix d’argent ».
  • de GRATTET de DOLOMIEU : « d’Azur au griffon d’or ».
  • de BOUILLÉ du Charriol : « écartelé, aux 1 et 4 d’argent à la fasce de gueules frettée d’or accompagnée de deux burèles de gueules qui est Bouillé ; aux 2 et 3 de gueules à la croix ancrée d’argent qui est du Charriol ».

de MARCELLANGE d’ARCON « D’or au lion rampant de sable, armé, lampassé et couronné de gueules » (Bourbonnois.)

(*) le choix du blanc (l’argent) associé ou rouge (de gueules) semble plus plausible que le choix du jaune (l’or) car ce sont les deux couleurs utilisées par l’Ordre des Hospitaliers.

GLOSSAIRE de la première partie

(1)HAUBERT : cotte de maille (2) SURCOT : tunique chasuble (3) CROIX LATINE : alors que la croix grecque, qui est la forme la plus simple des croix ou chacune de ses quatre branches forme un rectangle de même dimension, placé dans le prolongement direct d’une autre branche et perpendiculaire aux deux autres, la croix latine à sa branche longitudinale plus longue. Note : dans les gravures anciennes ou trouve indifféremment la représentation de la croix latine ou grecque sur les surcots des chevaliers. (4) CROIX PATTÉE : est un type de croix dont les bras sont étroits au niveau du centre et larges à la périphérie. (5) GUEULES : en héraldique désigne la couleur rouge. (6) CROIX DE MALTE : ou croix de Saint-Jean, est une croix à huit pointes, symbole de la République d’Amalfi jusqu’au VI eme siècle. (7) CROIX TREFLÉE : ou fleuronnée ou croix de Saint-Maurice, elle est constituée d’une croix grecque avec des trèfles aux extrémités de chaque branche. (8) TERRIERS : registres contenant les lois et usages d’une seigneurie, la description des biens-fonds, les droits et conditions des personnes, ainsi que les redevances et obligations auxquelles elles sont soumises.

Château ou « maison forte » du village du Château

Le village

Le village du Château, à 471 m d’altitude, se trouve à un kilomètre, au sud du bourg de Courtesserre et surplombe la vallée du ruisseau du Moulin de Layat, connu, en amont, sous le nom de ruisseau de l’étang de Saint-Flour. Le village se situe avant celui des Batisses, dernier village de la commune de Courpière qui jouxte la commune de Trézioux. Une croix de fer sur menhir dite croix des quatre évangélistes est présente sur la place du village.

Cette croix tétra morphe représente les évangélistes ailés :

  • Saint-Jean représenté par un aigle
  • Saint-Mathieu représenté par un homme
  • Saint-Luc représenté par un taureau
  • Saint-Marc représenté par un lion

Le château

Les habitants du village ont entendu parler de l’existence d’un château aujourd’hui disparu, mais peu connaissent son emplacement précis.

Il faut consulter l’ancien cadastre Napoléonien (*) daté de 1810 et accessoirement celui de 1991 pour le localiser. Aujourd’hui, il ne reste qu’un terrain vague, relativement plat, tout au bout du village, à droite. Seules les traces d’un fossé comblé, au sud de la parcelle, sont encore visibles.

De l’ancienne construction rien n’apparaît en surface.

Une photo, prise au début du XX ème siècle, présente trois personnes qui posent devant un pan de mur relativement haut. On distingue une imposante ouverture. Bref rappel historique : une Commanderie. Une commanderie est un monastère qui appartient à un ordre religieux et militaire au Moyen-Age.

Placée sous la responsabilité d’un commandeur elle est le lieu de vie d’une communauté de frères. Elle se trouve au centre d’un domaine foncier sur laquelle sont bâties des fermes.

Sur les terres de rapport, terres opposées aux terres de combat ces domaines sont une source de financement pour les activités militaires en Terre Sainte.

Il s’agit de grosses fermes, parfois fortifiées qui comprend une chapelle et tous les bâtiments nécessaires à la vie de ses habitants.

Cela semble être le cas de celle de Courtesserre. Paul Valaude, professeur d’histoire au collège de Bellime, dans un article qui est consacré au château, dans les chroniques du GRAHLF, en 1998 tente une description sous le sous-titre : Manoir ou château ? « Nous pouvons l’imaginer en allant voir sur place deux commanderies qui se caractérisent par une grande unité dans l’architecture très influencée par un art de construction militaire, un plan carré, des bâtiments en hauteur avec tours et donjon. Ouvertures étroites, placées très hautes dans la muraille etc. Nous voulons parler de la Commanderie hospitalière de Chauliac (ou de Chassaing) sur la commune du Broc, près d’Issoire et celle de Verrières dans la Loire ».


Commanderie hospitalière de Chauliac, Le Broc Issoire © page 43 article de Paul Valaude des Chroniques Historiques du Livradois-Forez N° 20 GRAHLF Plus récemment, Lucien Drouot, en 2014, a recueilli, transcrit, dans NOTES ET DOCUMENTS du GRAHLF, document N° 8, des procès-verbaux de visites (1616,1642) qui nous permettent d’en savoir plus : Samedi 8 juin 1616 : « Avons visité le chasteau de ladite commanderie, fait en forme quarrée, entourné de quatre tours rondes et de faulces brayes alentour où il a quatre autres petites tours, entourné d’ung beau fossé remply d’eau à fond de cuve où il a une palle pour le vuyder ; et passant par un pont levis garny de ses brancards et chaines sommes entrés dans une petite basse-cour etc. » Le 12 juin 1616 : « Sommes entrés dans la chapelle, toute carrelée, voultée et peinte de jaulne, bleu et rouge, une grande fenestre avec ses vitres peintes où est l’image de st Jean-Baptiste et les portraits de certains commandeurs etc. et n’y a aulcung clocher ny cloche » Lundi 27 octobre 1642 : « Sommes allés dans la basscour de lad. Maison au dessoubz de l’halle quy est au pié de la maison du mestayer etc. » S’ensuit un inventaire des divers « bastiments contigus et en despandent : cuvaige, estables, éscurie et sa fenière, granges etc. » Les commandeurs avaient, au château, leur propre chapelle placée sous le vocable de Saint-Jean le Baptiste, patron des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Au château le domaine agricole, exploité par un métayer, était entouré d’un verger, de vignes, de chènevières, d’un jardin à herbes, de prés et de terres labourées. A noter, la présence d’un pigeonnier dans un des greniers. Le château a donné son nom au village. Après La Révolution, il s’est appelé « Château Chalus » (**). Certains habitants, encore aujourd’hui, portent ce nom. CHALUS, d’après Michel BOY (Page 96 Hors-Série N° 48 des Chroniques Historiques du Livradois-Forez : Les noms de lieux de l’arrondissement d’Ambert-2013) viendrait de Castellum qui désignait les aménagements fortifiés des débuts de l’époque féodale.

• (*) Feuille DU CHÂTEAU (cote 55 FI 304 Archives départementales du Puy-de-Dôme). • (**) De même que le moulin du prieuré de Sauviat sur la Dore s’appelait « Moulin Chalus » après s’être appelé le moulin de l’oiseau à la Révolution.

Château et chapelle du village de Lodant

Le village

Le village de Laudant dont l’orthographe a varié au cours des siècles (Lodant, Lodent, Lodan etc.) situé au nord-ouest du bourg de Courtesserre est représenté sur la carte de Cassini (1 ere carte par triangulation géodésique, seconde moitié du XVIII eme siècle) et sur le cadastre de 1810, à 456 mètres d’altitude.

Il surplombe, à l’ouest, la vallée du ruisseau de la Cuvette, qui sert de limite avec la commune de Sermentizon. Le ruisseau change ensuite d’appellation pour devenir le ruisseau de Chamerlat. A l’est le village surplombe la goutte de Chabrol.

Le château et sa chapelle

Du château initial il ne reste aujourd’hui, dans une propriété privée, que la tour nord-ouest, restaurée dont la partie haute n’existe plus. On distingue encore trois canonnières.

Quant à la chapelle distante de l’enceinte du château, consacrée à Saint-Fiacre, elle a été restaurée et transformée en maison d’habitation. Il ne reste que peu d’éléments architecturaux : jambages de la porte et encadrements d’ouvertures caractéristiques du XV eme siècle. La statue de Saint-Fiacre, déposé dans l’église Saint-Martin de Courtesserre a, comme celles de Saint- Sébastien, Sainte-Anne et Saint-Martin aujourd’hui malheureusement disparut.


Les seigneurs du fief

« Pierre de Laudan figure sur la Charte de Vollore de 1332. Rien ne permet d’affirmer qu’il appartenait à une famille noble. Il était courant, à l‘époque d’associer au prénom de baptême le nom du lieu de naissance qui deviendra ensuite patronymique. »

(Paul Valaude page 23 Le pays thiernois N° 27 été 2003).

Héraldique : Les armes des Seigneurs de Laudant étaient :

«  d’azur à la bande d’or, à la bordure denchée de gueules ».

Elles sont présentes sur une clef de voûte de l’église Saint-Martin de Courtesserre et sont peintes dans le cabinet des blasons du château de Domaize (propriété privée), où vivaient les Aurelles de Terreneyre.

Les armes de la famille d’Aurelle de Villeneuve étaient :

«  D’or à la bande fuselée de sable ».

Elles figurent sur la clef de voûte du narthex de l’église Saint-Martin de Courtesserre.

Les armes de l’alliance des familles de Lodant & d’Aurelle de Villeneuve

« Parti, au premier d’azur à la bande d’or qui est de Lodant, au second d’or à la bande fuselée de sable qui est d’Aurelle de Villeneuve »


Le 30 juillet 1475 est signé, devant Maître Philibert Drulhon, le contrat de mariage de Jehanne d’Aurelle, sœur de Rigaud, branche des Seigneurs de Villeneuve (*), au château de Vollore, avec Antoine de Lodant, chevalier, Seigneur de Fontsauvage (**). Doté de 1000 écus d’or, Antoine de Lodant « s’engage à l‘enjoyeller de joyaux et d’ornements jusqu’à la concurrence d’une somme de 400 écus… »


Cette alliance est représentée sur un blason, qui reprend les armes des deux familles entouré d’une couronne d’épines, présent sur la clef de voûte de la chapelle sud de l’église Saint-Martin de Courtes(s)erre.


(*) Villeneuve Lembron. (Puy-de-Dôme) www.chateau-villeneuve-lembron.fr (**) fief de la paroisse de Sermentizon visible, en haut et à gauche sur la carte de Bernard Deubelbeiss. Présenté dans la première partie ou peut-être au lieu très proche du château de la Garde à Bort l’Etang qui a appartenu à la famille du Lac, puis plus tard aux Aurelles de Terreneyre.

Église Saint-Martin du bourg de Courtesserre

L’église Saint-Martin de Courtesserre dont les historiens s’accordent à dire que l’existence est attestée à la fin du XIV eme siècle est située dans le bourg. Il ne fait aujourd’hui plus aucun doute que l’Ordre des Hospitaliers ait participé à la construction de l’église telle qu’on la connait aujourd’hui. De style gothique elle fut sans doute construite à l’emplacement d’une ancienne chapelle romane. Elle est dédiée, tout comme l’église de Courpière, à Saint-Martin. Elle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 8 février 1926.

Extérieure de l’église :

Le cimetière, à l’origine, jouxtait le bâtiment à l’arrière. Il était cerné de murs. Seuls les commandeurs (*), les prêtres de la paroisse (**) et les nobles pouvaient prétendre à être enterrés à l’intérieur de l’église. (*) Frère Marcellin de MARCELLANGE d’ARCON, le 29 mars 1279 « au tombeau de ses prédécesseurs » (**) Messire Jean TIXIER, le 29 janvier 1759 dans sa 69 eme année «  le lieu de sa sépulture est dans l’église, au-dessous de la chaire »

Le clocher : celui qui actuellement surmonte la façade ouest n’est pas celui d’origine. A la révolution Française, Couthon (*) l’a fait raser. Le clocher originel abritait quatre cloches, dont trois trous, excentrés par rapport à la clef de voûte, pour le passage des cordes sont encore visibles dans la voûte du narthex. C’était, peut-être, un clocher à peigne ou plus probablement en forme de tourelle carrée comme celui de bien des églises environnantes.

(*) Couthon, originaire d’Orcet, député est à l’origine des destructions en Auvergne à la Révolution française. Dans sa lettre du 26 brumaire an II, adressée au comité de Salut public il précise :

«  J’ai livré un combat à mort aux prêtres, aux saints, aux cloches et à toutes les reliques possibles etc. »

Le porche dit « caquetoire » (*). On devine des traces, sur sa façade ouest. Sur une carte postale ancienne des années 1900, avant la restauration de la façade les traces sont plus distinctes. Le témoignage des anciens nous conforte dans l’idée qu’il existait un auvent aujourd’hui démolis.. Cette avancée permettait la réunion des fidèles, ou d’ecclésiastiques, à la sortie des offices. Il devait s’agir d’une toiture à trois pans, couverte « à tuiles » ouvert sur le devant et délimité par un muret de pierres et deux piliers de pierre ou de bois (**). (*) Lieu où l’on parle. A l’origine l’adjectif était donné à des chaises. (**) Un bel exemple est encore visible à l’église Saint-Martin de Coulandon dans l’Allier, proche de Moulins construite au XI et XII eme siècle.

On accédait à l’intérieur de l’église par un escalier en pierre à cinq marches.


Intérieur de l’église :

Pour une description détaillée : voûtes, nombre d’or, mobilier, statuaire etc… consulter ouvrage de Mme Janine PINOY publié en 2004. Sans entrer dans les détails, certains éléments des décors nous semblent remarquables peu courants et dignes d’intérêt : Les chapiteaux (1), tous différents ont des décors sculptés de feuilles d’aches, de fruits, de moutons, d’oiseaux etc.


Les culs de lampe (2), sont au nombre de douze.


Elles terminent par des culots. Onze culots représentent des figurines. Sur la douzième figure une feuille d’ache (3).


Ainsi nous avons une fidèle représentation des visages, avec les coiffures caractéristiques de l’époque et la présence de tortils (4).


Dans le chœur : un chevalier encadre quatre ducs ou duchesses. Viennent ensuite un roi (Louis XI ?) et un vidame (5). Dans la nef, des visages des représentant des trois fiefs de Courtesserre : de Lodant, du Lac et de la Commanderie du Château.

Les écus ou blasons : Les blasons des familles des seigneurs de Lodant, d’Aurelle, présents sur les clefs de voûtes ont été représentés, décrits et commentés dans le texte publié dans la troisième partie : le château et la chapelle de Lodant.

Il convient de s’attarder  sur  trois blasons :

Le premier sert de clef à la voûte du cœur. A ce jour il n’avait pas été identifié. Mme Pinoy, en page 20 de son fascicule sur l’église, publié en 2004, émettait l’hypothèse qu’il « pourrait représenter celui du grand maître de l’ordre de hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou bien du commandeur de Courtesserre de cette époque ». Suite à la consultation de Armorial Général de Riestap, il semblerait qu’il s’agisse du blason d‘un des premiers commandeurs de Courtesserre : frère Imbert de Beauvoir, commandeur en 1463. « Écartelé, au 1 et 4 de gueules et au 2 et 3 d’argent »

Il était d’usage pour les commandeurs de l’ordre des hospitaliers d’utiliser les deux couleurs que l’on retrouve sur les vêtements portant la croix : le rouge et le blanc, soit en héraldique : gueules et argent.

Seule leur disposition dans l’ordonnancement du blason changeait.

Commentaire : le choix de la deuxième couleur représentée ici est l’or car il semblerait que bien que les couleurs soient partiellement effacées c’est celle qui figure sur la clef de voûte de l’église. On retrouve ce blason sur le piédestal d’une croix du village de Chamerlat.

A l’origine il devait provenir de la maison forte du village du Château.                       

Le deuxième sert de clef à la voûte de la chapelle nord. Les armes sont celles de la famille du Lac (Puydenat), le troisième fief de Courtesserre, situé à quelques centaines de mètres de l’église, au sud, dans le vallon, à l’extrémité de la rue du champ de l’Eglise : «  D’azur à la fasce d’or ». Il est cerné par un tortil de chevalier.

Le troisième, situé à la croisée d’ogive des voûtes sexpartites de la chapelle sud. « Parti, au premier d’azur à la bande d’or qui est de Lodant, au second d’or à la bande fuselée de sable qui est d’Aurelle de Villeneuve » Il représente le mariage entre Antoine de Lodant, chevalier, seigneur de Fontsauvage, et de Jehanne d’Aurelle de Villeneuve, épousée par contrat notarié passé au château de Vollore, le 30 juillet 1475.

Statuaire : les statuts des saints à Saint-Martin de Courtesserre sont : Saint-Joseph, Saint-Antoine, Sainte Marthe, Sainte Sarah, Saint Vincent, Saint Jean. D’autres ont disparu : Saint Fiacre, Saint Sébastien, Sainte Anne et Saint Martin.

Certains saints ont une relation privilégiée avec Courtesserre :

  • Saint-Jean le Baptiste, patron de l’Ordre des Hospitaliers.
  • Saint-Martin, patron des églises de Courtesserre et de Courpière qui est représenté, le plus souvent, dans sa figuration équestre qui évoque sa charité.
  • Saint-Fiacre, patron des jardiniers. Il est représenté tenant une bêche.
  • Saint-Georges, le patron des chevaliers, des cavaliers. Il est représenté à cheval terrassant le dragon.
  • Saint-Vincent de Saragosse dit « le diacre », patron des vignerons. Il est représenté, tenant dans sa main droite une grappe de raisins
  • Sainte-Flore : Peu de gens connaissent cette sainte qui est la patronne de l’Ordre des Hospitaliers de Malte mais qui n’est pas présente dans l’église de Courtesserre.

Née à Maurs, dans le Cantal en 1312. Elle entre au couvent des moniales de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem devenu Ordre de Malte qui est un des rares couvents de femmes de cet Ordre de moines-soldats.

Elle a été une des toutes premières femmes religieuses dans l’Ordre. Elle a voué sa vie à aux malades, aux voyageurs, et aux pèlerins démunis, à l’hospice de Beaulieu dans le Quercy. On peut la voir, représentée au XIX eme siècle, avec son image de cire, sa robe rouge sous son manteau noir décoré de la croix de Malte, dans une châsse de l’église d’Issendolus dans le Lot.

GLOSSAIRE de la quatrième partie : (1) Chapiteaux : éléments de forme évasée qui couronne le sommet d’une colonne. L’accent est mis sur son ornementation. (2) Cul de lampe : tout support en encorbellement qui n’est pas un corbeau. Ornement qui est comme le dessous d’une lampe d’église. (3) Ache : Plante ombellifère employée dans la décoration architecturale du Moyen-Âge. L’ache à grosses feuilles est utilisée en héraldique. (4) Tortil : sorte de bourrelet en forme de torsade d’enroulement d’étoffe. Utilisé en héraldique. (5) Vidame : titre de noblesse. Personne qui perçoit les redevances d’un seigneur ecclésiastique.



ARCHIVES :

Cadastre napoléonien Courpière de 1810 : Tableau d’assemblage, cote 55 FI 291 • Feuille Chamerlat, cote 55 FI 302 • Feuille Laudan, cote 55 FI 303 • Feuille du Château , cote 55 FI 304 • Feuille de Courtesserre, cote 55 FI 305

Les originaux sont consultables aux archives départementales du Puy-de-Dôme et sur le site : www.archivesdepartementales.puydedome.fr et en Mairie de Courpière (service de l’urbanisme).

Conclusion

Nous espérons que cette promenade dans l’histoire de l’ancienne paroisse de Courtesserre, commune de Courpière, vous fut aussi agréable à lire qu’elle le fut, pour nous, à rédiger.

Courtesserre est un de ces lieux que l’on traverse le plus souvent rapidement, sans y prêter la moindre attention. Et pourtant, c’est notre propre histoire qui est là, cachée dans une église, les ruines d’un château, d’un vieux pan de mur… Quelle richesse nous avons dans ces petits coins que l’on croit perdus et sans histoire. Il suffit seulement de s’arrêter. Courtesserre fut notre premier choix parce qu’il y a bien longtemps, le bruit avait couru que des habitants de la Commanderie, nom initialement donné au village du Château, avaient entrepris des fouilles pour retrouver un trésor : des quilles et deux boules en or cachées dans un mystérieux souterrain qui disait-on, lors des veillées, reliait la maison forte au château de Boissonnelle, et au château de Mauzun.

Cette légende, on la retrouve aussi dans la région notamment à Olmet au château de la Faye. Bien entendu, nous n’avons pas trouvé le trésor des Templiers qui continue à alimenter les chroniques et que certains cherchent encore mais nous avons retrouvé Courtesserre. Il reste cependant une interrogation en suspens : pourquoi les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, au Bas Moyen-Âge, ont-ils installés une Commanderie « chef » dans ce coin reculé de l’Auvergne « côté soleil levant », loin des grandes voies de communication dans une région ou la terre est qualifiée de peu fertile ? Mystère…

Merci à :

  • Lucien Drouot Docteur ès-Lettres, Président du GRAHLF
  • Bernard Deubelbeiss illustrateur
  • Michel Guillaumont aquarelliste
  • Daniel Juric héraldiste
  • Atlantique Messan Adjointe, en charge du Patrimoine à la mairie de Courpière
  • & à Edith Bagel de Courtesserre et Raymonde Robillon de Culhat .

Bibliographie

  • ADAM Adrien (abbé) : notes manuscrites. Archives départementales du Puy-de-Dôme.
  • BAUDOIN Jacques : - Culte et iconographie en Occident Jacques Baudoin, éditions Créer 2006.
  • BOY Michel : Les noms de Lieux de l’arrondissement d’Ambert et de ses abords, Chroniques Historiques du Livradois-Forez, Hors-Série N° 48 GRAHLF, 2013.
  • BOURG du M A : Ordre de Malte - Histoire du Grand Prieuré de Toulouse - Louis SISTRAC & Joseph BOUBÉE Toulouse – 1883
  • DROUOT Lucien : Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois du Vallorgue et des pays de la vallée de la Dore, VI, GRAHLF, 1998.
  • DROUOT Lucien : Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois du Vallorgue et des pays de la vallée de la Dore, XII , GRAHLF, 2008.
  • DROUOT Lucien : Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois du Vallorgue et des pays de la vallée de la Dore, XVI, GRAHLF, 2014.
  • GRAHLF : Chroniques Historiques du Livradois-Forez, N° 20 1998.
  • GRAHLF : Chroniques Historiques du Livradois-Forez, N° 21 1999.
  • GRAHLF : Chroniques Historiques du Livradois-Forez, N° 23 2001.
  • PINOY Janine : L’église Saint-Martin de Courtesserre , 2004.
  • PINOY M & J : Coutesserre, église et commanderie – DVD 2009 – A.R.E.C (*).
  • RIESTAP Jean-Baptiste : Armorial Général de Riestap 2 volumes 1884 et 1887
  • ROBILLON Raymonde : Culhat : De la préhistoire à nos jours, ,2015
  • STEINBRECHER Bernard PASSELAIGUE Louis : La Belle Epoque de la Dore en pays de Thiers, Editions de la Montmarie, 2006.
  • VALAUDE Paul : Le pays thiernois N°27, été 2003

L’association pour la Restauration de l’Eglise de Courtesserre A.R.E.C. a été déclarée en sous-préfecture de Thiers, le 20/10/2006. Elle porte le N° 2317.