Catastrophe de Malpasset

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Historique

Le barrage avant la catastrophe et après

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Var a deux objectifs principaux : reconstruire et s'équiper pour satisfaire les besoins de la population varoise et touristique. L'équipement hydraulique sera le premier point essentiel voté par le Conseil général du Var. En effet, chaque été le Var subit de fortes pénuries d'eau.

Un projet d'équipement est ainsi retenu : la construction d'un barrage sur le Reyran au lieu dit "Malpasset". Le Reyran est un affluent de l'Argens, il est à sec l'été et en crue en hiver.

Le 15 septembre 1946, le professeur géologue Georges Corroy, après une étude approfondie des roches du site du Haut-Reyran, conclut en parlant du lit de la vallée Nord : "Ce fond de bateau est très propice à une retenue, malgré les accidents de détails qui l'affectent".

On fait appel à l'un des ingénieurs les plus réputés dans les barrages-voûtes : André Coyne. Il a construit auparavant des barrages au Maroc, en Inde ainsi que les barrages de Tignes et Bort-les-Orgues en France.

La formule du barrage-voûte consiste à opposer la forme, la dynamique d'un arc de béton dont la concavité tournée transmet la pression reçue à chacune de ses rives. Ainsi, plus l'eau pousse et plus l'arc se tend. La formule est quasiment infaillible, expliqua André Coyne mais à condition que les rives soient très solides...

Ce type de barrage fut choisi en raison de la modicité relative du coût de construction comparativement aux autres types d'ouvrages.

Les études terminées, les travaux débutent le 1er avril 1952.

Le barrage de Malpasset servait à retenir les eaux hivernales pour les besoins régionaux en période de sécheresse. Aucune production électrique n'était faite. Sa capacité totale en retenue était de 49 300 0003 dont 24 560 0003 utilisables.

La mise en eau s'est effectuée à l'automne 1954, dès les premiers orages.

La catastrophe

Vers la mi-novembre 1959, alors que le niveau de l'eau n'est encore qu'à 7 mètres au dessous du niveau de la crête, des suintements apparaissent sur la rive droite de l'ouvrage. Ils s'accentuent rapidement au point de devenir de véritables sources au fur et à mesure de l'élévation de l'eau du lac de retenue.

Fin novembre 1959 : des pluies torrentielles s'abattent sur le canton depuis plusieurs semaines. La station météorologique de Fréjus-Aviation enregistre 490 mm de pluie entre le 19 et 2 décembre dont 128 mm le 1er décembre. Le 1er remplissage du barrage s'effectue ainsi sans contrôle possible. Mercredi 2 décembre 1959, le soleil est enfin revenu.

Néanmoins l'eau continue de monter, la réserve est pleine et l'eau arrive au déversoir.

André Ferro tente de téléphoner, mais il y a grève des PTT. Il prend sa mobylette et se rend à la mairie pour alerter le Génie rural et les Ponts et Chaussées. En effet, l'autoroute Esterel-Côte-d'Azur est en cours de construction et les piliers de l'autoroute sont encore sous coffrage (toute arrivée massive d'eau aurait pu abîmer le pont), il n'était donc pas possible d'ouvrir la vanne sans leur accord.

La situation devenant inquiétante, à la suite d'une conférence qui se tint sur les lieux mêmes, à 18h l'ordre est néanmoins donné d'ouvrir la vanne de vidange.

À 20h50, la tournée inspection du gardien est terminée. L'eau a baissé de quelques centimètres.

A 21h13, le gardien boit son café chez lui (situé à 2 km en aval du barrage) en compagnie de son fils et de sa femme. Soudain, le cataclysme débute. Le gardien comprend tout de suite ce qui se passe et se précipite avec sa famille en haut des collines.

La première vague atteint 40 mètres de haut et fonce à 70km/h. Elle met 20 minutes à atteindre la ville de Fréjus et 13 minutes de plus pour atteindre la mer.

Monument à la catastrophe de Malpasset (Fréjus)

Pendant 17 jours, sans relâche, les chaines de secours venues de toute la France vont rechercher les victimes et participer aux opérations de déblaiement.

Les dégâts sont considérables, on dénombre officiellement 423 victimes dont :

  • 27 non identifiées
  • 135 enfants de moins de 15 ans
  • 15 enfants de 15 à 21 ans
  • 134 hommes
  • 112 femmes
  • 79 orphelins

Le bilan matériel est considérable :

  • 951 immeubles touchés dont 155 entièrement détruits,
  • plus de 1000 hectares de terres agricoles détruits,
  • 1 881 familles sinistrées,
  • 2,5 km de voie ferrée arrachés, 12 km de route volatilisés,
  • 1000 moutons massacrés,
  • 471 véhicules détruits.


Depuis la catastrophe, le Reyran a été définitivement canalisé dans une immense voie de béton.


Quelques vues du barrage

Les causes de la catastrophe

Les causes sont toujours discutées et semblent être une combinaison de plusieurs éléments.

Les causes naturelles : la crue provoque la montée très rapide du niveau de la retenue, entraînant des fuites d’eau dans le gneiss très fracturé et altéré sous la partie haute gauche de l’ouvrage. Cela a entraîné des ruptures de la roche et le barrage s’est peu à peu fissuré et affaissé et il a enfin cédé en quasi-totalité.

Les causes humaines de la catastrophe sont nombreuses :

  • lors de l'étude du projet :
    • mauvais choix du lieu d’implantation qui fut modifié et de type d’ouvrage sur le Reyran,
    • absence d’études géotechniques sérieuses,
    • en rive gauche, épaisseur trop faible et ancrage insuffisant de la voûte ;
  • lors des travaux, absence de contrôle géotechnique du chantier ;
  • après la construction, manque de rigueur dans le contrôle du premier et seul remplissage ;
  • au moment de la crue, ouverture tardive de la vanne de vidange dont le débit était insuffisant pour arrêter la montée incontrôlable du niveau de la retenue.

Liste des victimes

Voir cette liste sur Geneanet : https://www.geneanet.org/explore/great-history-times/barrage-malpasset-victimes

Bibliographie

  • DONAT Olivier, La tragédie Malpasset, 1990
  • NERON Pierre, Le Drame de Malpasset, 1961, éditions du Scorpion Lire des extraits en ligne

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