Canton de Gavray (50) - Revue monumentale

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Revue monumentale et historique de l’arrondissement de Coutances

Source : Renault, « Annuaire du département de la Manche » 1854 et additifs de 1861

Note : Les écrits des érudits du XIX° siècle sont à prendre avec précaution.


La Baleine

La Baleine, Balena.

L'église de la Baleine est située dans un vallon, sur la rivière de Sienne. Elle offre la forme d'un carré oblong, et n'a point de chapelles.

La nef au nord n'est pas éclairée; les fenêtres de l'église sont insignifiantes; une seule est à ogive subtrilobée.

Le chœur est voûté en bois ; dans la nef, au lieu de voûte, on trouve un plancher droit.

Le modeste clocher, qui ne se compose que d'un petit toit pointu, couvert en essente, s'élève entre chœur et nef.

L'église est aussi couverte en essente.

Le contre-retable avec son entablement et ses colonnes, couvertes de vignes et de grappes de raisin, est d'un très mauvais goût.

On remarque sur les murs de l'église la bande seigneuriale, avec des armes qui sont celles du seigneur du lieu et des patrons de l'église.

La croix du cimetière porte la date de 1685.

L'église est sous le vocable de saint Pierre; elle dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray, et payait 38 livres de décime. Le patronage appartenait à l'abbaye de Savigny. Les moines de Mortain avaient deux gerbes, et le curé avait la troisième avec l'autelage ou casuel et environ deux acres de terre aumonée. Dans le XIII° siècle, la part du curé lui valait dix livres : Moniales de Moritonio percipiunt duas garbas integre ; rector terciam cum altalagio et circa duas acras terre elemosine et valet x lib.

Il y avait dans la paroisse une chapelle sous le vocable de Notre-Dame. Cette chapelle est aujourd'hui en ruine.

On comptait deux fiefs nobles à la Baleine; l'un appartenait à Siméon de Saint-Germain, écuyer, seigneur de la Baleine, de Regnéville, de Montjavon et autres lieux; l'autre, à Jean de Bilheut, écuyer, sieur des Loges.

Le moulin banal rapportait 100 livres de revenu.

Les Saint-Germain, seigneurs de la Baleine portaient de gueules au chevron d'argent, accompagné de trois besans de même, deux en chef et un en pointe.


Gavray

Gavray, Wavreium, Guabreum, Guavreum, Gavraium, Gavreyum.

Quelques étymologistes font venir le nom de Gavray du vieux mot Gave, qu'en certains lieux on emploie encore pour désigner une vallée qu'arrose une rivière. On sait que la rivière la Sienne passe à Gavray, D'autres le font dériver du mot Guat, passage. Je donne ces indications sans y attacher plus d'importance qu'elles n'en méritent.

L'église est en forme de croix, et une partie appartient à l'époque romane.

Les piliers du transept, supportant les arcades de la tour, sont romans; les chapiteaux sont godronnés ou couverts de feuillages, et leurs tailloirs carrés ou octogones. Des consoles ou modillons à figures grimaçantes reçoivent les arceaux de la voute de la tour. Les arcades du transept, de forme ogivale, sont évidemment postérieures.

Le mur occidental est buté par des contreforts peu saillants. Celui à l'orient est à pans coupés. La nef, vers le nord, est éclairée par des fenêtres du XIII° siècle; elles sont à ogive, longues et étroites. Les autres fenêtres n'offrent aucun intérêt.

Le chœur et la nef sont voûtés en bois.

On remarque dans les murs de la nef deux crédences dont l'arcade est trilobée.

La tour s'élève au centre de l'église, entre chœur et nef. Elle est de forme carrée, et se termine sur chaque façade par un fronton triangulaire. Du milieu de ces quatre frontons part un petit toit pointu, couvert en ardoises. La partie do la tour qui comprend les frontons est du XV° siècle.

L'église est sous le vocable de la sainte Trinité. Elle dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, donna en aumône et en prébende à la cathédrale de Bayeux les églises de Gavray, Mesnil-Amand et Ver, avec les chapelles, dimes, terres, cens d'hommes et autres dépendances qui avaient autrefois constitué une prébende. Cette donation, qui ne porte point de date, fut faite à Falaise, apud Falesiam, où se trouvait le roi, en présence de Henri, évêque de Bayeux, Nicolas, prieur du Plessis, Jean, archidiacre, et de plusieurs autres. Le chanoine prébendé nommait à la cure, et avait le patronage de l'église. Il était seul décimateur. Le curé n'avait qu'une portion congrue et une partie du casuel.

Il existait dans un temps une chapelle dans le château de Gavray.


ANTIQUITES GAULOISES. — On a découvert à Gavray et dans les environs des haches gauloises. Elles étaient en bronze, creuses à l'intérieur, et munies d'un petit anneau sur un des côtés.


FAITS HISTORIQUES. — On ne voit figurer aucun seigneur de Gavray sur les listes des barons normands qui accompagnèrent Guillaume, en 1066, lorsqu'il alla échanger si glorieusement, sur les champs d'Hastings, son manteau ducal contre la couronne des rois, et son titre de Bâtard contre celui de Conquérant. La raison en est que le château de Gavray dépendait du domaine ducal.

Après la mort du Conquérant, Henri, qui, d'après les volontés de sou père, ne devait avoir que les trésors qu'il lui avait laissés et une pension de 8,000 livres que ses frères, Guillaume et Robert, devaient lui payer, finit par se faire céder le Cotentin, qui appartenait à Robert. Alors, il fortifia les principaux châteaux de son domaine, et notamment celui de Gavray , qui était d'une grande importance, et il en fit une place en état de résister.

Robert engagea son duché de Normandie pour 10 000 marcs d'argent , afin d'entreprendre le voyage de Jérusalem, et d'aller à la conquête du tombeau de Jésus-Christ. Ce fut son frère, Guillaume-le-Roux, qui lui prêta cette somme pour cinq ans.

Comme un chef puissant entraînait toujours à sa suite des chevaliers, avides de gloire, et que d'ailleurs ce voyage, au pays d'Orient, parlait vivement au cœur des barons, Robert partit avec grant foison de chevaliers, barons et aultres gens de Normandie.

A son retour, Robert, avec la dot de Sybille, sa femme, dégagea son duché, et Henri, auquel il disputait la couronne d'Angleterre, lui paya, à titre de dédommagement, 3 000 marcs d'argent de pension annuelle, et lui céda toutes les places et tous les fiefs qu'il possédait en Normandie. Gavray rentra ainsi sous la domination du duc Robert.

Sous le règne de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, plusieurs seigneurs devaient le service militaire au château de Gavray. Ou distingue entre autres Roger de Montaigu, Raoul de Ver et Thieuville du Mesnil-Garnier.

On trouve que plus tard, sous le règne de Philippe-Auguste, roi de France, Raoul de Thieuville, le seigneur de Montaigu, Agnès de Valencé et Guillaume de Ver devaient, en temps de guerre, faire leur service militaire à la principale porte; du château de Gavray.

L'état des fiefs de l'élection de Coutances, dressé en 1327, nous apprend que les possesseurs des mêmes fiefs continuaient leur service militaire, ce qui nous fait voir quelle était encore alors l'importance du château de Gavray, qui dépendait du domaine du roi.

Philippe-Auguste accorda à Gavray les privilèges de la commune : ainsi, les habitants eurent le droit de porter des armes, d'avoir une bannière, de régler leurs impôts, de garder leur enceinte, et de marcher à la défense de l'Etat sous des chefs nommés par eux.

Pendant que le roi Jean fut duc de Normandie, il nomma commandant (capitaneus) du château de Gavray Robert de Tregoz qui avait toute sa confiance.

Philippe-le-Bel fit enfermer dans le château de Gavray Blanche, femme de son fils Charles, convaincue d'adultère . Elle avait déjà passé sept ans de captivité dans le château Gaillard. De Gavray, elle fut conduite à l'abbaye de Maubuisson, où elle termina sa carrière.

En l'année 1328, Jeanne de Navarre, mère de Charles-le-Mauvais, devint maitresse de Gavray, qu'elle obtint à titre d'indemnité. Peu de temps après, le roi de Navarre en fit augmenter les fortifications, et Gavray, entre ses mains, devint une des plus fortes places de la Normandie.

Guillaume-aux-Epaules, Guillelmus ad Humeros, qui commandait la bastide des ponts d'Ouve, fut nommé, par le roi de Navarre, capitaine de la ville et chastel de Gavray.

Le roi Jean, mécontent du roi de Navarre, qui était pour lui un ennemi redoutable, voulut se saisir de toutes les places fortes que ce prince possédait dans le Cotentin. Gavray refusa d'ouvrir ses portes; Mortain, Cherbourg et Avranches imitèrent sa résistance. Le roi de France, trop faible pour mettre son projet à exécution, fut obligé de conclure un traité qui assura à Charles-le-Mauvais toutes les possessions qu'on lui avait enlevées ou confisquées. Bientôt la captivité du roi Jean permit au roi de Navarre de nuire impunément à la France.

La victoire de Cocherel, remportée dans les premiers temps du règne de Charles V, rendit les Français maîtres de la Normandie. Du Guesclin assiégea et prit plusieurs places dans le Cotentin; mais, appelé en Bretagne, il vit s'interrompre le cours de ses succès. La France perdit la bataille d'Auray, et du Guesclin fut fait prisonnier. La paix qui se conclut à Saint-Denis rendit au roi de Navarre toutes les places qu'il avait perdues dans le Cotentin. Gavray, qui sans doute, n'avait été ni pris ni assiégé, ne figure pas au nombre de ces places.

Charles-le-Mauvais ayant formé un complot contre la vie du roi de France, du Guesclin fut envoyé pour s'emparer des forteresses de ce prince. Il en prit plusieurs sans peine. Gavray fit une longue résistance. Son château était un des plus beaux et des plus forts de Normandie. Un Espagnol, nommé Ferrando, qui s'était enfui d'Evreux quand l'armée de Charles V s'y était présentée, s'était retiré à Gavray . Le roi de Navarre le nomma capitaine et gouverneur du château, où étaient ses trésors.

Ferrando résolut de garder le château de Gavray et de s'y défendre jusqu'à la mort. Le siège traînait en longueur, et du Guesclin n'eût pas facilement réussi à s'en rendre maître, quand un accident fit ce que la force n'aurait peut-être pas fait. A cette époque, on n'en était encore qu'aux premiers essais de la poudre à canon . Un jour, le gouverneur Ferrando, visitant imprudemment avec une lumière un appartement situé dans l'une des tours, et où des poudres étaient déposées, laissa tomber sur elles un lumignon. L'explosion qui s'ensuivit fit sauter les murs de la tour, et tua le gouverneur avec les hommes qui l'accompagnaient. Cet accident jeta la consternation dans la garnison, qui, n'ayant d'ailleurs aucun espoir de secours, capitula et se rendit.

Le château de Gavray, où séjournait souvent le roi de Navarre, renfermait les trésors de ce prince. On y trouva des pierreries, deux couronnes en or massif et 60 000 pièces en or, qui furent très-utiles à Charles V pour continuer ses opérations. On remit ce trésor au sire Bureau de la Rivière, qui le desiroit fort, dit le chroniqueur. La forteresse de Gavray fut démantelée, et le roi fit Geoffroy de Couvrant gouverneur du château.

Peu de temps après, les troupes du roi de France, commandés par Thomas de Graffard, rasèrent les fortifications de Gavray , et les grands baillis de Caen et du Cotentin s'y prêtèrent avec empressement.

Le château de Gavray, devenu presque sans défense, fut pris facilement par les Anglais en 1418. Pendant leur occupation, ils rétablirent une partie des fortifications; mais cette place ne résista pas longtemps contre les troupes du roi de France, que commandait le comte de Richemont, qui, en l’année 1449, s'empara presque sans coup férir du château et de la forteresse de Gavray.

Charles VII, voulant récompenser le comte de Richemont, connétable de France, des services qu'il avait rendus au pays, lui donna, par lettres-patentes datées de Tours, en 1450, les villes, terres, seigneurie et vicomté de Gavray, mais pour en jouir seulement pendant sa vie . Depuis, on ne voit pas que ce château ait été en état de résister. Alors, sans doute, il fut complètement détruit, et aujourd'hui en trouve-t-on à peine quelques traces.

Le château de Gavray était établi sur un mamelon de grès schisteux, élevé au-dessus du niveau de la rivière de 200 mètres environ. L'emplacement, du nord au sud, pouvait avoir près de 200 mètres, et 500 de l'est à l'ouest.

Arrivé au sommet de cette hauteur, le visiteur a devant lui un immense panorama, un pays tourmenté et accidenté; la foret de Gavray existait sur un coteau opposé. C'est au pied de ce mamelon que coule la rivière de Sienne, au milieu de belles prairies qu'elle arrose, et que sont assis le bourg et l'église de Gavray.

Une première enceinte en maçonnerie, d'après les vestiges, défendait le château à l'ouest. C'était aussi le coté le plus accessible ; car, vers les autres points, un vallon étroit et profond, impossible à combler, l'entourait et le défendait.

On voit encore des parties de murailles qui ont de sept à huit pieds d'épaisseur. Leur maçonnerie, composée de pierres jetées dans un bain de mortier, révèle bien le genre de construction en usage pour les châteaux-forts du moyen-âge.

On remarque aussi un mur de cheminée dont les pierres sont calcinées, et des restes de tourelles ou caves cimentées qui servaient de citernes, où l'on conservait les eaux pluviales qui y arrivaient par de petites dalles encore visibles.

Le chroniqueur Froissard nous dit bien que le château de Gavray estoit le plus beau chastel de Normandie ; mais il n'en donne pas la description, et je ne l'ai trouvée dans aucun écrivain. Détruit depuis bientôt quatre cents ans, il n'existe plus que par le souvenir des princes et des puissants barons qui s'en sont disputé la possession, ou qui ont combattu soit pour s'y maintenir, soit pour s'en emparer.

Gavray est un des plus anciens bourgs du pays. Il était le chef-lieu d'une vicomté , établie du temps des premiers ducs de Normandie, ainsi que d'une châtellenie et d'une sergenterie qui dépendait de la vicomté de Coutances, et ne comprenait que deux paroisses. Dans un état des fiefs de 1172 et dans un rôle de l'Echiquier, on voit figurer la baillie de Gavray, Balliva de Gavreio.

On trouve comme châtelain de Gavray, au mois de juillet 1218, Hugues de Boutigny, de Botegniaco. Philippe-Auguste lui permit de donner en dot à sa fille la terre de Belval, qui lui avait été assignée pour 28 livres de revenus en terres. Hugues de Boutigny sistait, en l'année 1219, à l'assise de Coutances, avec Mile et Renaud, sénéchaux du roi.

Dans les XVII° et XVIII° siècles, on trouve comme vicomtes de Gavray :

- Jean Le Bouleur.
- Jean des Bordes, écuyer, sieur de Folligny.
- François des Fontaines, seigneur du Mesnil-Villeman.
- Gabriel Auvray, écuyer, conseiller du roi au bailliage de Coutances.
- Jean de Brebœuf, écuyer. Il tenait les plaids du lieu, qui relevait entièrement du roi. Alors, : un des moulins à eau appartenait au roi, et un autre au sieur de Saint-André, écuyer.
- François Hue, écuyer.
- Louis-Charles-Jean Guichard. Il fut aussi lieutenant-général de police à Gavray.
- Jacques Guichard, conseiller du roi.
- Jean-Jacques-Nicolas Guichard, avocat au parlement de Normandie, et ensuite conseiller du roi.

Ce fut à Gavray, le 18 décembre 1473, que Robert Jossel, lieutenant-général de messire Jean de Daillon, chevalier, seigneur du Lude, conseiller, chambellan du roi et bailli du Cotentin, tint l'assise des patronages des églises vacantes en la vicomté de Coutances.

Dès le XII° siècle, Gavray avait plusieurs foires: Richard Cœur-de-Lion y en possédait trois. En 1198, elles ne furent d'aucun profit, à cause de la guerre qui désolait le pays. Jean, alors comte de Mortain, et qui, plus tard, devint duc de Normandie et roi d'Angleterre, avait dévasté les moulins de Gavray.

Raoul Chaalon, en l'année 1395, prenait douze deniers de rente sur les revenus de la foire Saint-Luc à Gavray. Cette foire existe encore, et se tient sur une lande, à peu de distance de l'ancien château.

La dure administration du cardinal de Richelieu, dans les dernières années du règne de Louis XIII, pesa surtout sur la Normandie. La gabelle, odieuse aux contrées de cette province où elle existait, et appréhendée dans celles qui n'avaient pas eu à en souffrir, fut établie dans des lieux qui jusqu'alors en avaient été exempts. Les populations s'émurent, s'armèrent et s'organisèrent en armée de souffrance. C'étaient les redoutables Va-nu-pieds, qui, en 1639, menacèrent d'abord, et se livrèrent ensuite à d'odieux attentats. Un de leurs chefs fut chargé d'inquiéter Gavray. « Lafontaine Rigauldière, dit un écrit du temps, eut le costé de Gavray. Pendant le commencement du mois d'octobre il y eut peu de violences… Le 18 du dict mois ceulx d'Avranches, de Cérences et de Coustances allèrent à Gavray où il y a foires, armez de mousquetz et piques, et firent, le matin, deux tours par la foire, et aultant l'aprez disnée disant qu'il ne falloit payer aucuns droicts, que la foire estoit franche de tout. Les fermiers et leurs commis furent contrainctz de se retirer; se firent traicter par les habitants de Gavray, leur disant qu'ils venoient pour les délivrer des monopoliers. ».

Le roi, par lettres-patentes du 18 septembre 1697, céda à Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, le domaine de Gavray, ce qui comprenait les étaux et halles aux bouchers et au pain, le château, l’auditoire et la juridiction avec la geôle et la prison, la lande Saint Luc avec le droit de coutume à la foire Saint Luc, la lande des Bains et celle des Noes.

Gavray est aujourd'hui le chef-lieu d'un canton et le siège d'une justice-de-paix. Il a une brigade de gendarmerie à cheval, un marché le samedi de chaque semaine et plusieurs foires.

CHATEAU OGER. — On rencontre à gauche de la route de Gavray à Villedieu un emplacement, nommé le Château Oger ou Logis. On y remarque des remblais faits de main d'homme et un retranchement. En pratiquant des fouilles, on met à découvert des pierres calcinées, ce qui donne à penser qu'il y a eu dans cet endroit un camp qu'auront incendié ceux qui l'occupaient, alors qu'ils l'ont abandonné.

Saint-André-du-Valjouais

Saint-André-du-Valjouais, ou du Val Juas, car on trouve l'un et l'autre, sanctus Andréas de Vallejuas. Le livre noir dit : Sanctus Andréas juxta ileuterum, et le livre blanc : Stus Andréas juxta Gavreium. Sur la carte de Cassini, le nom de celte paroisse est écrit Valgeois. Le livre blanc mentionne un moulin qu'il nomme Molendinum Vallis iude.

La petite église de saint André existe encore ; mais on l'a convertie en un bâtiment d'exploitation. Elle est couverte en chaume et en tuile.

Cette église, qui était sous le vocable de saint André, dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray; elle payait une décime de 18 livres. L'abbaye de Notre-Dame-d’Ardenne en avait le patronage et présentait à la cure : elle lui avait été donnée par le seigneur du Valjuas.

Le curé avait toutes les dîmes: Rector percipit omnia ; et il payait à l'abbaye de Notre-Dame-d'Ardenne vingt sous tournois : et reddit dicto abbati 20 sol. turon.; mais il lui fut défendu de les payer: inhibitum est ei ne reddat.

Richard du Saussey donna à l'abbaye de Hambye neuf acres de terre qu'il avait dans la paroisse de Saint-André, et l’évêque, Richard de Bohon, confirma cette donation.

Le cartulaire de l'abbaye d'Ardenne nous apprend qu'en l'année 1333, Guillaume II de Thieuville, sur la présentation de l'abbé et des religieux de l'abbaye d'Ardenne, conféra à Jean Durand l'église paroissiale de Saint-André-du-Valjouas, libre et vacante par la mort de Robert Fouqout.

Guillaume de Saint-André fut député, en 1583, par le Tiers-Etat de la vicomté de Coutances, afin d'assister aux assemblées qui eurent lieu à Rouen pour la réforme de la coutume.

On trouve, dans le cours des XVII° et XVIII° siècles, Dominique de Bérauville, écuyer, seigneur et patron de Saint-André-du-Valjuas, du Chouquet, et lieutenant de chevaux-légers. Il avait épousé noble dame Elie Marguerite de Cherye.

Dominique Thomas de Bérauville, écuyer, seigneur et patron de Saint-André, de la Chapelle, du Pont-Flambart, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, officier dans le régiment de Royal-Marine.

Jean-François Guichard, gendarme ordinaire de la garde du roi, et capitaine de cavalerie; Il épousa Jeanne Catherine de Bérauville, qui lui apporta la seigneurie et le patronage de Saint-André.


Mesnil-Bonant

Le Mesnil-Bonant, Mesnillum Bornenc,Mesnillum Bournenc.

L'église est sans intérêt architectonique. Les fenêtres n'ont aucun caractère. Le chœur et la nef sont voûtés en forme de tonneau. A droite, entre chœur et nef, il existe une petite chapelle.

La tour, placée à l'extrémité de la nef, est carrée et se termine en bâtière. A chacun des angles, à la naissance du toit, on remarque un animal paraissant avoir la forme d'un chien ou d'un lion. Celte partie de l'église est du XVII° siècle, ainsi que l'indique la date de 1656 qu'on lit sur un des murs.

La croix du cimetière date de l'année 1666.

On lit sur une pierre tumulaire :

CI GIT LE CORPS DE

M. MARIN ANTOINE LE

FEBVRE NE EN CETTE

PAROISSE LE 28 AVRIL 1755

ET Y DECEDE LE 19 MAI

1828 BON FILS BON

MARI BON PERE ET BON

AMI PRIEZ POUR LUI.

L'église est sous le vocable de saint Jean-Baptiste. Elle payait 18 livres pour décime, dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Le patronage appartenait à l'abbaye de Hambye : il lui avait été donné en l'année 1210 par Raoul de Grosfarto, alors seigneur du Mesnil-Bonant. Le curé avait toutes les dîmes que les religieux lui avaient abandonnées à condition qu'il leur fournirait, à la Chandeleur, douze marcs de cire. Il avait droit dans la forêt de Gavray au bois nécessaire à son chauffage ; il y pouvait aussi faire pâturer ses bestiaux : diclus rector habet calfagium et pastum bestiarum suarum in faresfa Gavreii. En l'année 1210, Hugues de Morville confirma cette donation faite à l'abbaye de Hambye de l'église et du patronage du Mesnil-Bonant.

On trouve qu'en 1201, Rodolphe, alors curé du Mesnil-Bonant, donna au chapitre une rente, payable au synode de Pâques, afin qu'on lui chantât un obit dans l'église cathédrale.

La paroisse du Mesnil-Bonant relevait entièrement du roi, à cause de la châtellenie de Gavray.


Mesnil-Hue

Le Mesnil-Hue, Mesnillum Hugonis.

L'église est insignifiante. Le chœur est voûté en bois. Dans la nef, la charpente qui soutient la couverture est à nu.

Cette église et son petit clocher sont couverts en essente.

Les fenêtres du chœur et celles de la nef sont, les unes carrées, et les autres à ogive trilobée. Le mur absidal est à pans coupés. La sacristie est établie derrière l'autel, qu'on a orné d'un contre-retable.

Le cimetière renferme plusieurs pierres tumulaires sur lesquelles on lit :

CY GIST LE CORPS

THOMAS LEFEBURE ANCIEN

AVOCAT NÉ AU MESNIL-HUE

LE 10 8bre 1733 ET Y DECEDE

LE 22 MARS 1812.

PRIEZ POUR LUI


ICI GIT LE CORPS DE

DE HENRIETTE ELISABETH

ABRAHAM Vve. DE M. THOMAS

LEFEBURE ANCIEN AVOCAT

NÉE A AVRANCHES LE 11 JUILLET

1753 ET DÉCÉDÉE A MESNIL-HUE

LE 9 JUILLET 1823

PRIEZ POUR ELLE.

On y voit aussi les pierres tombales de Julien Lefebvre, médecin, mort en 1826, et de Charles-François Lefebvre, né en 1756, et mort en 1827.

L'église est sous le vocable de saint Etienne. Elle appartenait à l'archidiaconé du Val-de-Vire et au doyenné de Gavray. Sa taxe pour les décimes était de 30 livres. Le seigneur du lieu avait le patronage et présentait à la cure. Le curé était seul décimateur; il avait en outre environ deux acres de terre aumônée.

On comptait, dans le XVII° siècle, deux fiefs nobles à Mesnil-Hue : le fief au Mancel et celui de Hamard. L'un et l'autre alors relevaient du marquisat du Mesnil-Garnier.

Lorsque Philippe-Auguste fit la conquête de la Normandie, le seigneur du Mesnil-Hue devait, en temps de guerre, garder la principale porte du château de Gavray.

Dans ses recherches sur les léproseries et maladeries dites vulgairement maladreries, M. Léchaudé-d'Anisy dit : « La maladerie de Mesnil-Hue (de Maisnillo Hugonis) sous le vocable de St. Etienne, était assise dans le doyenné de Gavray, diocèse de Coutances. » Il n'indique pas l'époque de sa fondation; mais on peut penser qu'elle eut lieu dans le XIII° siècle, car alors le diocèse en eut un grand nombre. On ne parait pas avoir conservé dans la paroisse du Mesnil-Hue le souvenir de cette léproserie.


Grimesnil

Grimesnil, Grisi-Mesnilum, Grimesnillum.

L'église est insignifiante. Le mur absidal est droit et se termine en forme de triangle. A l'exception d'une fenêtre qui peut dater du XV° siècle, toutes les autres sont rondes.

Le chœur et la nef sont voûtés en bois; mais la voûte de la nef est plate et offre la forme d'un plancher.

La tour, placée à l'occident, est carrée et se termine par un petit toit en bâtière.

La sacristie est établie derrière l'autel, orné d'un contre-retable, et s'accède par deux portes, l'une à droite et l'autre à gauche.

On remarque au-dessus de la porte occidentale une croix grecque entre deux cœurs, et surmontée de ces trois lettres : D. O. M.

La croix du cimetière porte la date de 1613.

L'église de Grimesnil est sous l'invocation de saint Pierre. L'abbaye de Saint-Lô en avait le patronage et nommait à la cure. Cette église, taxée à 30 livres de décime, était desservie par un religieux. Elle dépendait de l'archidiaconé de la chrétienté et du doyenné de Cérences. Le prieur de la Rouelle avait toutes les dîmes. En l'année 1768, Denis Agnès, prêtre, mourut prieur-curé de la paroisse de Grimesnil.

Un aveu du XIV° siècle nous apprend que Fraslin de Malemain tenait en la paroisse de Grimesnil, du seigneur de Chanteloup, une vavassorie qui l'obligeait à remettre au seigneur suzerain, à titre de rente, un éperon doré.

En l'année 1601, Jean de Saint-Denys obtint du roi des lettres-patentes en forme de charte, portant union des fief et sieurie de Grimesnil au fief de Saint-Denis-le-Gast, à condition que Jean de Saint-Denys confesserait les tenir du roi par un huitième de haubert, et par un seul hommage. Malgré cette union, chacun des fiefs de Grimesnil et de Saint-Denis devait rester distinct, sans que les teneures et terres de l'un fussent affectées aux charges et redevances de l'autre, et parce que le tennement des pleds, élection de prevost et gage plège de Grimesnil se feroit par le prevost à l'issue de la grande messe paroissiale de la paroisse de Grimesnil.

Il y avait à Grimesnil deux fiefs nobles, appelés, l'un le fief Lucas-Aube ou le Masaube, et l'autre le fief Houdin. Ils dépendaient tous les deux de la châtellenie de Saint-Denis, et appartenaient au seigneur de Saint-Denis-Ie-Gast.


Hambye

Hambye, Hambeya, Hambia.

Hambia, suivant les uns, Hambeya, suivant d'autres, aurait été la capitale de ces peuples celtiques appelés Ambivares dans les commentaires de Jules-César : le mot Hambye signifierait aussi village, demeure de Bie, du mot ham, qui, dans la langue celtique, voulait dire hameau, habitation.

Une rivière qui coule dans la commune porte le nom de Hambiotte, quœdam aqua quœ Hambiota nominatur.

L'église actuelle de Hambye en a remplacé une qui datait du XI° siècle. Elle se compose d'un chœur, d'une nef et de deux bas-côtés qui s'arrêtent au mur absidal, sans rayonner autour du chœur. Dans toutes ses parties elle est voûtée en bois.

La nef et les bas-côtés ne remontent pas au-delà de 50 à 60 ans. Le chœur, quoique n'offrant aucun caractère, parait être plus ancien.

Les arcades des fenêtres et celles qui mettent le chœur et la nef en communication avec les bas-côtés présentent un demi-cercle, ou mieux peut-être un cintre surbaissé.

La tour, carrée et terminée par une plate-forme, est au nord, et en dehors de l'église.

On remarque à l'occident de la nef un joli porche du XV° siècle, et qu'on a sans doute conservé lors de la construction de la nef et des bas-côtés. Des consoles, figurant des têtes grimaçantes, reçoivent les arceaux croisés de la voûte. Le point de jonction des arceaux offre un écusson, soutenu par deux anges, et sur lequel un calice est représenté. L'arcade s'élève en accolade, et ses rampants, garnis d'animaux, reposent sur des lions.

Les colonnes de l'autel sont torses, chargées de raisins et de feuilles de vigne. Elles portent un entablement chargé de médaillons.

J'ai relevé dans le chœur, sur des pierres tombales, les inscriptions suivantes:

SOUS CE TOMBEAU REPOSE LE CORPS DE

VENERABLE ET DISCR. PERSONNE GUILL. MARIETTE

P. CURE de HAMBYE décédé LE 30 JUIN 1676

IHS MA


DESSOUS CE TOMBEAU EST

LE CORPS DE VENERABLE ET DISCRETE PERSONNE

M°. HENRY ROBER MARIETTE

Ptre CURÉ DE CE LIEU

DECEDE LE 28 7bre 1720

AGÉ DE 48 ANS

PRIEZ DIEU Pr LE REPOS DE SON AME AMEN.


SOUS CE TOMBEAU REPOSE LE CORPS DE

M°. HENRI ROBERT MARIETTE

Ptre CURE DE CE LIEU

DECEDE LE 18 AVRIL 1701.


TOMBEAU DE VENERABLE PERSONNE

M°. ANTOINE MARIETTE

Ptre CURE DE CE LIEU ET DOYEN DE GAVRAY

DÉCÉDÉ LE 26 MARS 1752

PRIEZ DIEU POUR LUY.


CY GIST LE CORPS DE DISCRETE PERSONNE

M°. PIERRE GUILLAUME MARIETTE

Ptre CURÉ DE HAMBYE DÉCÉDÉ LE

15 9bre 1756

PRIEZ DIEU POUR LUY.


CY GIST ET REPOSE LE CORPS DE

CHARLES DE BEAUFILS

ESCUYER GOUVERNEUR ET CAPITAINE DU CHASTEAU DE HAMBYE

QUI DECEDA LE 24 DOCTOBRE 1652.


CY GIST LE CORPS DE MICHEL DE BAUFILS

ESC. Sr DE LATOVILLE GOUVERNEUR DU CHASTEAU DE HAMBYE LE QUEL DECEDA

LE 7e JOUR DE JUIN 1658 AGE DE 83 ANS

PRIEZ DIEU POUR LUY.

On lit encore dans le chœur, sur un carreau appliqué sur le mur de la tour, l'inscription suivante, consacrée à la mémoire d'un curé de Hambye, mort apparemment dans le premier quart du XVII° siècle :

HIC QUI LVSTRA DECEM SECVRO PASTOR OVILI

EXCVBVIT, PRESSUS MEMBRA SPORE JACET

EXTINCTUM FLET MOESTA DOMVS. VOX OMNIBVS VNA EST :

OCCIDIT, HEV ! QUO VIX JVSTIOR ALTER ERAT.

BAT, PIA TVRBA, DATVM LACRYMIS ; ABSISTE QVERENDO,

NON OBIIT, VIVIT, QVEM PERIISSE PVTAS.

QVIN AVDI : EX IMO VOCES TIBI MITTIT EASDEM

MARMORE, DE CELSO QVAS DABAT ANTE LOCO :

DISCE, O TVRBA, MORI ; SVMMA HÆC SIT REGVLA VITAE ;

ET MIHI, SI MEMOR ES, QVAM POTES AFFER OPEM.

HÆC PATRVO SVO POSVIT MOERENS DOM. LVD. PICQUELIN

BACCAL. THEOL. IN DEFVNCTI SACERDOTIVM SVFFECTVS.

Dans le cimetière, sur une table en granit:

ICI REPOSE LE CORPS DE HONORABLE HOMME PIERRE HUREL

VIVANT SIEUR DE LA FOURIERE VETERANT DES GARDES DU

CORPS DU ROY ET CONCIERGE DU CHASTEAU DE HAMBYE

DECEDE LE SIXIESME JOUR DAOUST EN LANNEE 1657 PRIES Pr MOY

Et devant une croix, sur une pierre tumulaire :

À LA MÉMOIRE

D'ANTOINE DAVID ROGER LETULLIER

ANCIEN PROCUREUR DU ROI EN L'ELECTION DE COUTANCES

PREMIER SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LA MANCHE

MAIRE DE HAMBYE

SON LIEU NATAL

OÙ DANS SA 73° ANNÉE, LE 10 8bre 1822

IL EST DÉCÉDÉ

JUGE DE PAIX DE LA VILLE ET CANTON DE COUTANCES.

A Hambye, comme dans beaucoup d'autres paraisses, on a fait des marches avec des pierres tumulaires. L'église est sous le vocable de saint Pierre; elle était comprise dans l'archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. L'abbaye de Hambye en avait le patronage et nommait à la cure, qui payait une décime de 20 livres: elle dimait tout, même les novales, le lin et le chanvre : percipit omnes garbas etiam novalia, et linum et canabum. Le curé n'avait que le reste, Rector percipit residuum. Ce fut Guillaume Paynel qui donna cette église à l'abbaye le jour qu'il fonda cette maison religieuse : Donavi, dit la charte de fondation, ecclesiam de Hambeia cum pertinentiis suis in perpetuum possidendam. Cette donation fut- plusieurs fois confirmée par la famille Paynel.

Le château avait une chapelle sous le vocable de saint Nicolas. Chaque année, le jour de Pâques, l'abbaye de Saint-Sever était tenue d'y envoyer un moine qui célébrait la messe. Ce religieux devait d'abord se présenter à l'abbaye de Hambye, et se rendre ensuite en chasuble depuis l'abbaye jusqu'au château, accompagné d'un ermite de Saint-Gerbold, qui lui servait la messe.

Guillaume Paynel, chevalier, seigneur de Hambye, aumôna, en 1272, les religieux qui desserviraient la chapelle Saint-Nicolas, placée dans son château, d'une acre de terre, unam acram terrœ sitam in parochia de Hambeja. L'abbé de Hambye avait précédemment permis à Foulques Paynel de choisir, pour le service de sa chapelle, celui des religieux qui lui conviendrait, à l'exception cependant de l'abbé, du prieur et du bailli : exceptis tribus videlicet abbate, priore et ballivo .


FAITS HISTORIQUES. — On a trouvé à Hambye de ces instruments en bronze qu'on désigne ordinairement sous le nom de coins ou haches, et qui sont antérieurs à l'époque gallo-romaine. Le château de Hambye a toujours été possédé par de puissants barons.

Sur les listes des seigneurs normands qui jouèrent un rôle important lors de la conquête de l'Angleterre, on lit les noms de Raoul et de Guillaume Paynel : ils appartenaient l'un et l'autre à l'une des plus riches et des plus grandes familles de la province. Guillaume-le-Conquérant, voulant récompenser Raoul Paynel des services qu'il en avait reçus, lui concéda en Angleterre un grand nombre de seigneuries dans divers comtés. On lit qu'il en avait jusqu'à 45 dans celui d'York.

Cette famille donna son nom à plusieurs paroisses, et les seigneuries qu'elle avait en Normandie étaient aussi nombreuses que les concessions qu'elle avait obtenues en Angleterre. Ainsi, elle posséda avec Hambye les seigneuries d'Agon, d'Ouville, de Regnéville, Chanteloup, Bricqueville-les-Salines, Lingreville, la Haye-Pesnel, Percy, Moyon, d'Agneaux, et plusieurs autres.

On trouve au nombre des seigneurs et chevaliers normands qui, sous Philippe-Auguste, avaient le droit de porter bannière , Foulques et Jean Paynel. L'un et l'autre prêtèrent serment au roi dans une grande assemblée qui eut lieu à Rouen, au mois de novembre 1205.

Parmi les barons normands renommés dans le XIV° siècle, et à la fin du XIII°, figurent le sire de Hambye, Jean Paynel de Marcey, Paynel de Moyon. Fouques Paynel, Raoul Paynel, Guillaume Paynel d'Agon, Guillaume Paynel de Bracqueville, et Thomas Paynel.

La seigneurie de Hambye, à cette époque, valait 1 200 livres de revenu; c'est ce que nous apprend un acte de l'an 1327, dans lequel on lit : « M. Fouquier Paenel chevalier tient Hambye et ses appartenances cest assavoir Bréhal Ouville Hauteville Courtil en la vicomté d'Avranches et valent les choses dessus dites autant comme il en demeure en sa main environ 1200 liv. de revenus. »

Ce Fouquier Paynel figure au nombre des cinquante nobles seigneurs normands qui, en 1339 , revêtus des pouvoirs et procurations des prélats et gens d'église des autres nobles des citoyens habitants des villes et de tout le commun peuple de Normandie, s'engagèrent par un traité fait devant notaire à fournir pendant dix semaines 4 000 chevaliers, hommes d'armes, et 2 000 hommes de pied, pour aider au roi de France à faire, au nom de Jean, son fils, duc de Normandie, la conquête du royaume d'Angleterre; parce que Jean en serait proclamé roi, et que ceux qui l'auraient accompagné obtiendraient des concessions dans le pays conquis. Cet acte prouve combien était grande la haine des Normands contre l'Angleterre, puisqu'ils en voulaient faire une seconde fois la conquête.

Après Foulques Paynel, on trouve Jehan Paynel, qui était chevalier, capitaine de la frontière des pays de Normandie; et Guillaume Paynel, chevalier, sire de Hambye, aussi capitaine commis et establi par le roi ès parties du Costentin.

Le château de Hambye était trop important pour n'être pas attaqué par les ennemis de la France. Aussi, en 1362, les Anglais et les soldats du roi de Navarre l'occupaient et y avaient une garnison. Les chefs qui les commandaient les envoyaient chevaucher de jour en jour sur la ville de Saint Lo, prenant gens d'icelle ville, emmenant plusieurs personnes tenues en leurs fors, et avec ce les marchands fréquentant la dite ville de Saint Lo ont été par eux dérobés de. leurs draps et autres biens. Aussi, par un « mandement du 17 juin 1362, des élus de par le roi en la cité de Rouen, sur le fait de l'aide ordonnée à lever pour la délivrance du roi, fut-il enjoint à ceux du diocèse et cité de Coutances, pour qu'ils aient à rabattre la somme de 200 livres tournois sur la ferme des draps de la ville de Saint Lo, dont les marchands avoient été pillés, emmenés prisonniers et même mis à mort par les Anglois et Navarrois de la garnison de Hambye. »

Un Guillaume Paynel, baron de Hambye et seigneur d'Ollonde, ayant épousé, dans le cours du XIV° siècle, Jeanne Bertrand , de la puissante famille de Bricquebec, se trouva possesseur de la baronnie de Bricquebec et des domaines étendus qui en dépendaient. Ils eurent un fils du nom de Guillaume, qui posséda, après eux, les châteaux de Hambye et de Bricquebec, et les laissa à son fils, aussi nommé Guillaume.

Ce Guillaume épousa une de ses parentes, fille d'Olivier Paynel, seigneur de Moyon. Il ajouta, par cette alliance, la grande baronnie de Moyon à celles que déjà il possédait. Cet Olivier Paynel avait eu pour femme Isabelle de Meullan du Neufbourg, dame du Mesnil-Patry.

Nicolas Paynel,.fils de Foulques Paynel et d'Agnès de Chanteloup, épousa, vers l'année 1393, Jacqueline de Varenne, veuve de Raoul Tesson, seigneur du Grippon. Ce Nicolas Paynel et Foulques Paynel partagèrent, en 1413, la succession de leur frère Jean Paynel, mort sans enfants. Voici quelques passages de l'acte de partage :

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront Jean Boivin clerc garde des sceaux des obligations de la vicomté de Coutances salut. Scavoir faisons que par devant Jean Lengronne tabellion juré et commis au siège de Cenilly ce sont les partyes d'héritages que fit messire Nicole Paisnel chevalier seigneur de Moyon a monsire Foulques Paisnel chevallier seigneur d’Hambye et de Bricquebec des héritages qui leurs sont eschus de la mort et succession de feu monsire Jean Paisnel chevallier sire du Mesnil Ceron leur, frère. »

Suit le détail de tous les biens qui composent chaque lot:

« On voit que le premier lot demeura par non choix à monsire de Moyon et quant à ce que dit est les dits chevalliers chacun en son fait obligèrent eux et leurs hoirs et tous leurs biens présents et à venir en témoing de ce nous gardien des sus dits à la relation du dit juré nous avons mis à ces lettres le scel dessus dit sauf autruy droit. Ce fut fait en la présence de monsire Charles de Dinan et monsire' Guillaume de la Haye chevalliers le quatrième jour d’octobre l’an de grâce mil quatre cent treize. »

En l'année 1421, il y eut une revue de la garnison du Mont-Saint-Michel ; on y vit paraître entre les chevaliers messire Nicolle Paisnel banneret. Ailleurs on lit: La monstre de messire Nicolas Paynel chevalier banneret et quatre chevaliers bacheliers et quatorze escuyers de sa chambre….

Un Nicolas Paynel, peut-être celui qui figura à la revue, épousa Jeanne de la Champagne, baronne de Gacé. Il n'en eut pas d'enfants, et laissa son immense fortune à Jeanne Paynel, restée l'unique héritière de cette riche et puissante famille. Jeanne, en épousant le sire Louis d'Estouteville, dont les aïeux avaient aussi figuré à la bataille d'Hastings avec les Paynel et les Bertrand, lui apporta en dot les baronnies de Hambye, de Bricquebec, de Gacé et de Moyon.

Le sire d'Estouteville ne devait pas jouir longtemps de ses nombreux domaines. L'année même de son mariage fut livrée cette sanglante bataille d'Azincourt, si funeste à la France. Henri V, roi d'Angleterre, se fut bientôt rendu maitre de la capitale et des deux tiers des provinces. Il se jeta sur la Normandie, et s'empara de plusieurs villes. Ce fut Nicholle Paynel, gardien de Coutances, qui, après capitulation, rendit cette ville au comte de Hantitonne, qui commandait les troupes anglaises.

Louis d'Estouteville, sire de Hambye, était alors gouverneur du Mont-Saint-Michel. Secondé par 119 braves gentilshommes qu'il commandait, il conserva cette forteresse à son prince légitime contre les Anglais, qui, en l'année 1423, s'assemblèrent en bon nombre vinrent poser le siège devant iceluy tant par mer que par terre. Au nombre des cent dix-neuf braves on trouve le sieur Paisnel.

Henri V s'empara des domaines de Louis d'Estouteville. Jehan de Soule, écuyer de messire Philippe de la Haye, chevalier et capitaine de Hambye, rendit le château aux Anglais, commandés par le comte de Glocester, qui permit à la garnison de sortir et de se retirer.

Le roi, le 13 mars 1418, donna la baronnie de Hambye et celle de Bricquebec à Guillaume de la Pole, comte de Suffolk, un de ses plus grands capitaines. Voici les termes de celte donation, datée de Bayeux :

« Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre, seigneur d'Irlande, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Faisons savoir que de notre grâce spéciale, et à cause des bons et loyaux services que notre très-cher parent Guillaume, comte de Suffolk, nous a si admirablement rendus jusqu'à ce jour, nous lui donnons et concédons les châteaux et domaines de Hambye et de Bricquebec, avec leurs dépendances et tous les autres fiefs héréditaires, terres, possessions qu'a eues Fouques Paynel chevalier mort dans notre duché de Normandie, pour en jouir lui le dit comte et ses héritiers de mâle en mâle avec les dignités, franchises, droits, donations quelconques, appartenant aux dits châteaux, domaines, ainsi qu'aux fiefs héréditaires et autres possessions, situés dans notre duché de Normandie, de la même manière qu'en jouissait le dit Fouques ou tout autre, à charge d'hommage à nous et à nos héritiers, et de nous fournir à perpétuité un cavalier armé le jour de la fête Saint-Georges, à notre château de Cherbourg, nous réservant la haute justice et tout autre droit qui nous appartient ou pourrait nous appartenir. Parce que encore le dit comte ou ses héritiers nous fourniront à leurs frais six hommes armés et douze arbalétriers pour chevaucher avec nous, nos héritiers, ou notre lieutenant, tant que durera la présente guerre, parce que la guerre finie, il ne fera plus ce service qu'en partie…

En foi de quoi nous avons rendu publiques les présentes lettres. Donné dans notre ville de Bayeux, le 13ème jour de mars, et de notre règne la cinquième année »

Le comte de Suffolk était encore seigneur de Hambye en 1427. Dans un acte de cette époque, il prend les titres de comte de Suffolk et de Dreux, seigneur de Craon, Bricquebec et Hambye. Il parait que tant que dura la domination anglaise, il serait resté maître de la baronnie de Hambye, et qu'il l'aurait possédée jusqu'après la bataille de Formigny , qui fut bientôt suivie de l'expulsion entière des Anglais du territoire français. Ce furent le duc de Bretagne et le connétable de Richemont qui reprirent le château de Hambye et en chassèrent les Anglais, au mois de mai 1450.

Charles VII, redevenu maitre de son royaume, rendit à Louis d'Estouteville, qui lui était resté fidèle, le château et la baronnie de Hambye, avec les seigneuries de Percy, de Moyon, de Chanteloup et de Bricquebec.

Quoique les Anglais eussent perdu toutes les forteresses qu'ils occupaient dans le Cotentin, cependant il leur restait encore dans le pays, et notamment à Hambye et à Chanteloup, plusieurs compagnies de troupes qui inquiétaient les habitants. Elles reçurent injonction de se retirer, et elles abandonnèrent leur position dans le délai de dix jours qui leur avait été accordé.

Louis II d'Estouteville, baron de Hambye et de Bricquebec, seigneur de Vallemont et de Hottot, était grand sénéchal de Normandie en 1467. Louis I d'Estouteville l'avait été en 1413.

Pendant les troubles du XVI° siècle, le château de Hambye a dû jouer un rôle; mais je n'ai trouvé aucun fait historique précis, et même la tradition est très-incertaine.

La seigneurie de Hambye, depuis la fin des guerres civiles, perdit peu à peu son ancienne importance. Adrienne d'Estouteville, fille et unique héritière de Jean d'Estouteville, avait apporté en mariage, en l’année 1534, à François de Bourbon, comte de Saint-Paul, fils puîné de François de Bourbon, comte de Vendôme, la baronnie de Hambye.

Léonor d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville, ayant, en 1563, épousé Marie de Bourbon, se trouva seigneur de Hambye.

On voit qu'à la fin du XVII° siècle, la châtellenie de Hambye appartenait à la duchesse de Longueville, et qu'ensuite elle fut possédée par la duchesse de Némours. Alors, elle s'étendait sur une partie de Bourrey, du Loreur, de Montmartin, de Hauteville-sur-Mer, de Cérences, en entier sur Bréhal et Hudimesnil, et elle était d'un revenu de 10 à 12 000 livres.

La baronnie et la seigneurie de Hambye devinrent, en l'année 1725, la propriété des Matignon de Thorigny, qui, vers la fin du règne de Louis XIV, avaient changé leur nom pour celui de Grimaldi, et qui, plus tard, par suite d'un mariage, prirent le nom, les armes et les titres du prince de Monaco, duc de Valentinois. Un arrêt du Conseil du roi de 1726 porte union des fiefs et de la baronnie de Hambye au comté de Thorigny en faveur de M. de Matignon .

Il y avait, dans le XVII° siècle, à Hambye, deux fiefs nobles. Le fief de la Châtellenie de Hambye, avec extension sur Percy, Montabot, Chevrv et Ouville, appartenait au duc de Longueville.

L'autre, nommé le Fief de l'Abbaye, était possédé par l'abbé et les religieux de Hambye.

En l'année 1652, les cinq traits ou provostés du Moustier, de Trouey, d'Amonthambye, du Bourg et du Mesnil-Gonfroy. sis en la paroisse de Hambye, et dépendant de la châtellenie du même nom, se composaient : le premier trait, de seize fiefs; le second, de vingt-quatre; le troisième, de vingt-un; le quatrième, de vingt-six; et le cinquième, de vingt-six.

On comptait aussi à Hambye, à la même époque, quatre moulins. Le duc de Longueville avait ceux de Mauny et de la Chaussée. Chacun d'eux était banal, et leur revenu était de 800 livres. Celui des religieux, banal aussi, valait 300 livres.

C'est sans doute le moulin qu'on voit à peu de distance des bâtiments de l'abbaye. Un moulin à foulon rapportait 60 livres.


CHATEAU DE HAMBYE. — Le château de Hambye et sa forteresse ont complètement disparu. Lorsque je visitai l'emplacement où ils s'élevaient, je ne reconnus plus que l'orifice d'un puits creusé à une grande profondeur, dans une roche de grès schisteux. En parcourant ces lieux, où se trouvait jadis un des plus grands châteaux du pays, une des forteresses les mieux défendues, on se sent vivement impressionné au souvenir de tous ces sires, de tous ces barons de Hambye, qui, en France comme dans les pays lointains, furent l'honneur et la gloire du nom normand.

Le château était placé sur un tertre, à l'extrémité du bourg de Hambye, qu'il dominait. Il était de forme carrée, d'après ce que me dirent des personnes âgées, et qui en avaient encore vu une partie. Le donjon avait plus de cent pieds de hauteur; son sommet était garni de créneaux, et il avait à chaque angle une petite guérite en pierres, soutenue par des consoles. On prétend qu'il fut terminé par Louis d'Estouteville et Jeanne Paynel. Comme le château de Hambye paraissait être du XIV° siècle, et en avait sans doute remplacé un autre qui remontait au X° ou XI° siècle, il est possible que, dans le XV° siècle, Jeanne Paynel et Louis d'Estouteville aient fait exécuter des travaux à cette forteresse, et en aient augmenté les moyens de défense.

Presque tous les appartements étaient voûtés.

On avait établi des citernes destinées à recevoir et à conserver les eaux pluviales, parce que sans doute on craignait que celles du puits fussent insuffisantes pour les besoins de la garnison. La chapelle était placée au rez-de-chaussée du donjon. Sous l'escalier de ce donjon et près de la chapelle, il existait une basse-fosse.

Une des tours se nommait la tour de Moyon. On sait que, dans le XIV° siècle, les Paynel possédaient la baronie de Moyon et celle de Hambye; celui des membres de cette famille qui fit construire cette tour lui donna le nom de sa seigneurie de Moyon.

Une légende ou histoire merveilleuse se rattache au château de Hambye, et j'en dois le récit; car tout ce qui est relatif au moyen-âge, tout merveilleux que cela soit, est souvent de l'histoire. Dans l'antique château de Hambye vivaient un preux chevalier et une châtelaine d'une grande beauté. Le chevalier partageait son amour entre sa dame et ses armes, tant était grande son ardeur pour la gloire des combats. Un soir, à la veillée, pendant que la châtelaine faisait à l'aiguille une tapisserie, un de ces rapsodes ou ménestrels qui parcouraient les manoirs et les châteaux redisait au châtelain les malheurs des habitants de Jersey, dont un énorme serpent ou dragon ailé désolait l’ile. Aussitôt le sire de Hambye forme le projet d'aller combattre ce monstre. Le lendemain, on le vit échanger avec la châtelaine un gage de souvenir, se revêtir de son armure, s'élancer en selle, suivi d'un seul écuyer. Le pont-levis s'abaissa pour le laisser passer, et, après un dernier regard d'adieu donné à la châtelaine, qui se tenait à l'une des fenêtres du vieux manoir, on le vit s'éloigner dans la plaine.

Le sire de Hambye, arrivé à Jersey, se fait indiquer l'endroit où se trouve le serpent. Bientôt il l'aperçoit roulant son corps sinueux sur le gazon. Il s'élance aussitôt, la visière baissée et la lance en arrêt, contre ce redoutable ennemi. Le fer de la lance se brise contre la dureté des écailles. Le chevalier tire son épée; mais le cheval, qu'une morsure du serpent a empoisonné, tombe frappé de mort. Le sire de Hambye se dégage de ses étriers, et un combat à mort s'engage entre lui et le serpent. L'écuyer effrayé s'enfuit, abandonnant lâchement son chevalier. Après un rude combat, le monstre enfin expire percé de coups. Alors l'écuyer revient près de son maître, qui, épuisé de fatigue, se débarrasse de son armure et s'endort.

Le lâche écuyer, voyant son seigneur et maître livré au sommeil, conçoit l'affreuse pensée de l'assassiner. Il va ensuite trouver les habitants de l’ile, et leur fait un récit mensonger. Le serpent a tué le noble chevalier, et lui, pour venger sa mort, a plongé son épée dans la gueule béante du monstre. Le sire de Hambye fut enterré dans le lieu témoin de sa victoire, et les trop crédules habitants attestèrent comme vrai le récit faux qui leur fut fait.

Muni de ce témoignage, l'écuyer revient au château de Hambye, et s'y présente comme le vengeur de l'époux de la châtelaine.

Lorsque le deuil de la dame de Hambye fut passé, le criminel écuyer ne craignit pas d'aspirer à la main de celle qu'il avait rendue veuve. Les parents paraissaient agréer cette union ; la châtelaine seule éprouvait une répugnance invincible.

Le ciel frappa le coupable écuyer d'un châtiment exemplaire. Partout il lui semblait voir son maître devant lui. Un jour, il entre dans l'appartement qu'occupait la châtelaine, et aussitôt il aperçoit le sire de Hambye auprès de celle dont il venait demander la main. Un autre jour, invité à un festin que donne la famille, c'est encore son maître qu'il trouve à la place même qui lui est destinée. Alors il quitte la salle, poussant des cris affreux, et, dans un accès de délire, il avoue son crime. Aussitôt il fut arrêté, et, après jugement, dégradé de l'ordre sacré de la chevalerie, et pendu en dehors de l'enceinte du vieux manoir de Hambye.

La dame de Hambye fit élever un tombeau à la mémoire de son noble mari, dans l'ile de Jersey, sur une colline qu'on nomme encore aujourd'hui Hougue-Bie, c'est-à-dire Colline de Bie.

Hambye est un ancien bourg qui dépendait de l'élection de Saint-Lô et de la sergenterie de Gavray. Aujourd'hui il fait partie du canton de Gavray. Il s'y tient dans l'année plusieurs foires, et un marché chaque semaine.


CHATEAU DE MAUNY. — A peu de distance de l'abbaye de Hambye, et près de la rivière de Sienne, on rencontre l'emplacement d'un autre château, nommé le Château de Mauny. Elevé dans les premières années du XIV° siècle, il n'eut un peu d'importance que pendant cent cinquante ans environ ; car, dès le XVI° siècle, il ne pouvait plus servir de point de défense.

La famille Mauny, dont le château-fort portait le nom, était étrangère au pays, où elle n'était venue s'établir que dans le XIV° siècle, à la suite du connétable du Guesclin.

Jean-Hervé de Mauny était un seigneur breton, parent du connétable du Guesclin. Il le suivit dans presque toutes ses expéditions. En l'année 1370, il acheta de l'amiral Jean de Vienne la seigneurie de Torigny, et deux ans après Charles V le fit un de ses chambellans et un des capitaines généraux de la Normandie. Plus tard, Hervé de Mauny et Guillaume Paynel, baron de Hambye, commandaient les troupes du roi dans le Cotentin.

Cette famille fut dépossédée de sa seigneurie de Torigny par les Anglais, lorsque, dans le XV° siècle, ils se rendirent maîtres de la Normandie. Un de ses membres, Olivier de Mauny , épousa Catherine de Thieuville, héritière de la branche ainée des seigneurs du Mesnil-Garnier. Je n'ai trouvé mentionné dans les historiens du Cotentin aucun fait historique relatif au château de Mauny.


ABBAYE DE HAMBYE — L'abbaye de Hambye, de l'ordre de saint Benoit, dédiée à la Vierge Marie, s'élevait au pied d'un rocher, ad radicem montis abrupti, à peu de distance du vieux château, non longe ab antiquo Hambeiœ castello, et dans un riant vallon où serpente la rivière de Sienne. On a remarqué le soin que mirent, dès le XI° siècle, les pieux fondateurs d'abbayes et de maisons religieuses à toujours les établir près d'une rivière, ou au moins d'un ruisseau d'eau vive.

On entre dans la cour de l'abbaye par deux portes cintrées : l'une, grande et assez large pour les charrettes ; l'autre, moins grande, pour les gens de pied. La grande porte est ornée d'un rang de petites moulures rondes, figurant des têtes de clous. Il y avait au dessus un écusson aux armes des Paynel. Ces armes ont en grande partie disparu. Suivant les uns, elles étaient d'or à deux fasces d'azur à une orle de merlettes de gueules. Suivant d'autres, elles étaient d'or à deux fasces d'azur à neuf merlettes de gueules, 4, 2, 3.

La petite porte présente comme ornement une garniture denticulée.

Les ruines de l'église sont encore imposantes el dignes d'être visitées. A leur vue, on est saisi d'un sentiment d'indignation contre ces vandales et ces barbares de la fin du XVIII° siècle, qui entreprirent de régénérer la société en incendiant et en détruisant ces admirables basiliques, ces vieux donjons qui redisaient la bravoure comme la piété de nos aïeux, et avaient fait appeler notre belle province la terre classique des églises et des châteaux.

Cette église est à gauche, en entrant dans la cour; elle se compose d'un chœur, d'une nef, de bas-côtés régnant autour du chœur, et de cinq chapelles qui rayonnent le long des bas-côtés.

La nef est antérieure au chœur; elle annonce un peu l'époque de transition. Commencée à la fin du XII° siècle, elle n'a été achevée que dans les premières années du XIII°. Le chœur est de la fin du XIII° siècle ou de la première partie du XIV°. Quelques travaux de réparation paraissent y avoir été exécutés dans le XV° siècle.

On remarque dans cette église de longues et étroites fenêtres dont l'ogive représente presque un fer de lance, ce qui a fait donner à cette forme de fenêtre, par les antiquaires anglais, le nom de lancette. On y en voit aussi de plus courtes, géminées et renfermées dans une plus grande ogive. Un trèfle occupe le centre de l'arcade.

De belles colonnes s'élancent d'un seul jet jusqu'au haut des voûtes. Celles qui règnent autour du sanctuaire sont légères, géminées et de forme cylindrique.

Plusieurs chapiteaux sont ornementés, les uns avec des palmettes, des volutes ou fleurs enroulées, les autres avec des animaux à corps ou figures bizarres. On remarquait encore, il y a quelques années, une scène de chasse sur le chapiteau d'une courte colonne en granit, monolithe, vers le transept, côté de l'évangile : sur ce chapiteau l'artiste a grossièrement sculpté un chasseur tenant de la main droite une lance ou épieu, et de la gauche un olifant dans lequel il souffle fortement. Deux chiens le devancent, poursuivant un cerf. Sous chaque angle du tailloir qui est carré un arbre étale ses rameaux : les arbres figurent sans doute un bois, une forêt. Cette scène se reproduit souvent dans l'architecture du XII° siècle.

Le clocher, qui, dit-on, était d'un style fort élégant, s'élevait entre chœur et nef. Sa voûte existe encore. Il était soutenu par quatre piliers élancés de figure hexagonale.

La partie absidiale de l'église est en forme de rond-point.

L'église est entièrement dépavée. Elle avait conservé un grand nombre de pierres tumulaires. Jeanne Paynel et Louis d'Estouteville, son mari, regardés comme les restaurateurs d'une partie de l'église du monastère, reposaient dans le milieu du chœur. Leur tombe était fermée par une grande pierre tumulaire plate offrant une épitaphe marginale en français, et revêtue, dans sa partie moyenne, d'une tablette en cuivre sur laquelle était sans doute représentée l'effigie des deux époux.

Plusieurs tombeaux des membres de la famille des fondateurs étaient placés dans les chapelles et dans les entre-colonnements autour du chœur. On en remarquait un surtout très-curieux : c'était un guerrier, représenté couché, les mains jointes sur la poitrine, en costume militaire. Sur son écu, attaché au bras gauche, on distinguait les armes des Paynel.

Des actes de donations ou de fondations de messes et d'obits nous font connaître sous quels vocables étaient quelques-unes des chapelles de l'église de l'abbaye. Ainsi, Lesceline de Subligny donna à la chapelle Sainte-Catherine, et pour le soulagement des moines infirmes, six acres de terre de son domaine de Marcey ; ...videlicet capellœ Sanctœ Catherinœ abbatiœ de Hambeja.

« Noble et puissant chevallier messire Nicolas Paisnel seigneur de Bricqueville-sur-la-Mer fonda quatre messes de requiem par chacune semaine pour le salut de lame de luy de madame Marie de la Marche sa femme et pour madame Agnès de Chanteloup sa mère… Suit le détail des objets donnés… Et furent icelles messes fondés lan mil trois cent quatre vingt dix huit et trépassa le dit chevallier lan mil quatre cent en retournant du pardon de Rome et en gist le corps en lhopital de Montflacon et le corps de madame Marie sa femme gist en la chapelle Saint Jacques de cette abbaye et le corps de madame Agnès sa mère gist devant la chapelle Saint Jean. »

« Comme feu de noble mémoire monsire Guillaume Paisnel sire dHambye naguère allé de vie a trepassement en son testament ou deraine (dernière) volonté eut esleu sa sépulture en labbaye du dit lieu dHambye qui fondés fut par ces prédécesseurs et aussy noble dame madame Jeanne Paisnel dame de Moyon sa compagne eut pareillement esleu sa sépulture en la dite abbaye et à relligieux abbé et couvent djcelle abbaye et a leurs successeurs eut le dit seigneur donné affin dhéritage trente livres de rente a estre pris en franc fieu pour le salut des ames de ses père et mère et autres ancesseurs de luy de la dite madame Jeanne Paisnel dame de Moyon sa compagne et de touts leurs successeurs et amis et parmy ce que jceux relligieux et leurs successeurs seroient tenus et obligés dire et célébrer chacun an quatre obits solennels dont la messe sera ordonnée à diacre et sous diacre cest a scavoir aux quatre temps de lan et outre ce par dessus seront tenu dire et célébrer perpétuellement chacune semaine trois messes à la chapelle Saint Michel que le dit feu sire dHambye avait fait faire à la dite abbaye et avant qu'il eu peu avoir passé lettres devant tabellion royal fut aller de vie a décéder… nobles hommes Guillaume Paisnel Foulques Paisnel Colin Paisnel Jean Paisnel escuyers enfans et héritiers du dit feu sire dHambye lesquels en accomplissant la bonne dévotion de leur dit père par le consentement et le conseil de la dite madame leur mère de révérend père en Dieu monsieur l'évêque de Coutances et de plusieurs autres et de leurs amis ratifièrent approuvèrent et eurent agréable le dit don des trente livres de rente pour les causes et en la manière dessus touchés… Ce fut fait en la présence de Guillaume Despas et de Raoul de Monde le quatorzième jour davril lan de grâce mil quatre cent quatre. »

« Messire Jean Paisnel chevallier seigneur du Mesnil Ceron du quel le corps repose en la chapelle de la Magdelaine de cette abbaye fonda quatre obits et trois messes la semaine la première de la Trinité la seconde de Nostre Dame et la tierce de St. Jacques et St. Christophe pour le salut de lame de lig et de son père de sa mère et de ses frères et pour ce donna et aumosna afin dhéritage pour jceux obits et messes fondés le fieu de Lengronne… le quel don après le trépassement du dit seigneur du Mesnil Ceron le dit messire Foulques Paisnel seigneur de Moyon de Créances et de Chanteloup frères aisnés et héritiers du dit seigneur du Mesnil-Ceron eurent… et agréable et pour ce baillèrent au dit abbé a héritage la saisine et possession du dit fieu de Lengronne et fut ce fait lan de grâce lan mil quatre cent treize ».

Les bâtiments claustraux étaient voisins de l'église, et les moines pouvaient se rendre à l'office à couvert et sans traverser ni les cours, ni les jardins. On remarque dans le bas-côté méridional de l'église la porte par laquelle ils entraient.

La salle du Chapitre est encore entière. Un rang de colonnes la divise en deux. Sa voûte est en pierre, et ses arceaux croisés sont formés de tores bien profilés et de cannelures soigneusement évidées. Des fleurons ornent leur point de jonction, et des volutes garnissent les chapiteaux. Cette salle, qui se termine par un rond-point, et dont les murs sont tapissés de quinze arcades ogivales aveugles ou bouchées, est bien conservée, et offre un beau type de l'architecture à ogive du XIII° siècle.

Près de la salle capitulaire, on trouve la Salle des morts, ainsi nommée, parce qu'après leur mort on y déposait les religieux jusqu'à leur inhumation. Sa voûte en pierre n'est soutenue au centre que par un pilier cylindrique.

La cuisine est placée à côté, et un pilier central soutient sa voûte, qui pareillement est en pierre. On voit encore la longue galerie couverte que suivaient les religieux lorsqu'ils se rendaient à l'église, et le long de laquelle règnent les chambres qu'ils occupaient. Cette partie des bâtiments date du XVII° siècle.

L'une des chambres, appelée Chambre du meurtre , est voûtée en pierre, et fermée par une porte en fer. C'était dans cet appartement qu'on déposait les papiers, les archives et les chartes de l'abbaye.

Dans une chambre, au premier étage, et qui peut-être était celle de l'abbé, on remarque une cheminée dont le trumeau est ornée d'anges qui jouent dans des grappes da raisin et autres fruits. Un lion repose sur chaque colonne, placée à droite et à gauche du trumeau.

L'abbaye de Hambye fut fondée vers l'année 1145. Son fondateur, Guillaume Paynel, descendait de Raoul Paynel, un des seigneurs normands qui allèrent avec Guillaume conquérir l'Angleterre. Il donna la charte de fondation en présence de ses quatre fils, Hugues, Jean, Fouques et Thomas, et d'AIgare, évêque de Coutances, qui lui inspira la pensée de cette fondation. Cette charte est en latin; en voici la traduction :

« Qu'il soit connu à tous, présents et à venir, que moi Guillaume Paisnel, de l'avis et du consentement de mes fils Hugues, Fouques, Thomas et Jean, j'ai fondé une abbaye sur mon propre héritage, à Hambye, pour le salut de mon âme et de celles de mon père, de ma mère et de mes ancêtres ; pour la construction de laquelle et pour l'entretien des frères qui serviront Dieu en ce lieu, j'ai donné à perpétuité l'église de Hambye avec tout ce qui en dépend; deux charruées de terre en cette même paroisse; la dime de tous les revenus des terres que je possède dans l'évêché de Coutances; la moitié de la laine des moutons, et trois livres de cire à prendre sur le Mont-Saint-Michel; tout mon sel de Verdun; le panage de leurs porcs, et l'exemption de toute coutume ordinaire pour leurs hommes et serviteurs; le lieu où est située l'abbaye, avec tous les droits d'eau des deux côtés, et l'Ile qu'elle forme; et encore cette partie de la forêt qui a été séparée par des devises, et la lande de Meley; en outre, une maison de retraite dans la forêt qui m'appartient aux Moutiers-Hubert, avec ce qui en dépend, savoir : celte partie de la même forêt qu'on a partagée par des devises, deux charruées de terre, deux acres de pré, un jardin et toutes les dîmes de mes revenus du château des Moutiers-Hubert. Le terme de ces donations est la Saint-Michel; à la charte desquelles j'ai fait apposer mon sceau, afin que personne n'ose y attenter par quelque machination que ce puisse être. Témoins Algare, évêque de Coutances, à la recommandation duquel j'ai entrepris cette œuvre ; Théodoric, abbé de Saint-Lô; Roger, Gislebert et Philippe, archidiacres; Robert de Hambye, Roger de Lizors, Hugon de Neuville, Silvestre, Thomas et Jean Paisnel, Guillaume de Verdun, Jean de Gavray, Guillaume de Tresgoz, et beaucoup d'autres . »

Alexandre III, Grégoire X et plusieurs autres papes accordèrent à l'abbaye de Hambye des privilèges et des immunités. Elle compta au nombre de ses bienfaiteurs Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre, les Paynel, Lesceline de Subligny, Eléonore, comtesse de Salisbury, André de Vitry, Foulques de Chanteloup, Nicolas et Jourdain de la Haye, Henri et Guillaume de Thieuville, Guillaume de Tresgoz, seigneur de Saint-Romphaire, son fils Geoffroi, Guillaume Carbonnel, Guillaume de Montaigu, seigneur de Guéhébert, Guillaume et Jean de Brucourt, Jeanne Paynel, et Louis d'Estouleville, son mari .

L'abbaye de Hambye possédait le patronage des églises de Pont-Flambart, Quesnay, Bréhal, Mesnil-Bonant, Tribehou, Saint-Romphaire, Lolif, Marcilly, Crollon, Subligny, Ronthon, du Grippon et de Notre-Dame-des-Houletles aux Moutiers-Hubert , ainsi que le prieuré de la Genevraie .

Ce fut Foulques Paynel qui lui donna les églises de Bréhal et de Quesnay, avec tout ce qui en dépendait; la dime aussi de la foire de Bréhal, celle de la mouture et des anguilles de son moulin de Quesnay. Guillaume, son fils, donna a l'abbaye vingt quartiers de froment sur ses moulins de Bréhal .

Lesceline de Subligny lui donna, pour le salut de son âme, de celles de son père, de sa mère, de Foulques, son mari, de Guillaume, son fils, en pure et perpétuelle aumône, les églises de ses fiefs en Angleterre et en Normandie. Elle l'aumôna encore de toute la dime de son fief et de son héritage de Pont, afin d'avoir le vin nécessaire pour les messes qui seraient célébrées dans l'église du monastère .


Voici la liste des abbés qui ont gouverné l'abbaye depuis sa fondation jusqu'en 1789 :

I.— Foulques. Il obtint pour lui et ses religieux, de Richard de Bohon, évêque de Coutances, une charte par laquelle l’évêque confirmait toutes les donations que ses diocésains avaient faites par ses mains ou en sa présence à Dieu et à ses serviteurs, les religieux de Hambye, et il prononçait anathème contre tous ceux qui oseraient en violer la sainteté. D'après cet acte, l'abbaye avait les grosses dimes de la paroisse; on devait prendre sur les oblations et les autres menus revenus de l'autel ce qui serait nécessaire pour le luminaire et l'entretien du vicaire .

II — Roscelin. Le pape Alexandre III, par une bulle de l'an 1181, statua que les abbayes qui avaient adopté la règle de Hambye ne pourraient se soustraire à sa juridiction.

Plusieurs abbayes suivaient la règle monastique de Hambye. On comptait en France l'abbaye de Valmont et celle de Longues . En Angleterre, celles de Mulen, de Osmon et de Hubrestène.

Richard, évêque d'Avranches, donna à l'abbé de Hambye une charte confirmative de toutes les donations faites à l'abbaye.

III. — Guillaume Ier. Il est cité dans des chartes de 1197 pour l'abbaye de Savigny . Il gouvernait encore l'abbaye en l'année 1209; car le pape le choisit avec Guillaume, évêque de Coutances, pour terminer une contestation qu'avaient les religieux de Lessay et ceux de Blanchelande.

IV. — Lucas. Il dirigeait l'abbaye en 1218. Philippe-Auguste, roi de France, lui donna une charte confirmative de toutes les donations faites à l'abbaye.

Guillaume Paynel confirma aussi, en 1230, la donation que sa femme Pétronille avait faite à l'abbaye de cent sols tournois pour le luminaire, ad luminare, à prendre, à la Saint-Michel, par les mains de son prévôt, sur les revenus du marché de Percy .

V. —Jean Ier. En l'année 1234, il abandonna aux moines de l'abbaye la dime de la paroisse de Saint-Romphaire, pour leur procurer des vêtements. On le trouve encore cité en 1240.

VI. — Hamon. Il figure, dans les années 1242 et 1243, sur des chartes en faveur de l'abbaye de Fontenay.

VII. — Hugues. Ce fut lui qui, en 1248, convoqua, dans l'abbaye de Sainte-Marie de Hambye, un chapitre général de l'ordre de saint Benoit, auquel se rendirent Robert, abbé de Lantenac, l'abbé de Longues, l'abbé de Valmont, le prieur du Merlerault, de Merula , et celui de Buron. Entre autres décisions qui furent prises dans ce chapitre, on remarque celles qui suivent; comme le texte est en latin, j'en donne la traduction :

« Quand, au chapitre, on fait lecture de la règle, elle doit être expliquée en langue française, en faveur des jeunes religieux.

Les abbés et les moines, les malades exceptés, ne doivent pas coucher ailleurs que dans les dortoirs; et aucun religieux, sinon l'abbé, ne doit avoir une chambre particulière.

Un malade ne doit recevoir sa portion que s'il se sent en état de la manger; et si, après l'avoir acceptée, il ne peut la manger, ce qui reste doit être aussitôt porté à l'office.

Les religieux, une fois au réfectoire, n'en peuvent sortir qu'avec permission. Ils ne doivent pas entrer dans la cuisine. Pour boire ou manger à des heures outres que celles marquées, l'abbé ou le prieur doit les y autoriser.

Ni l'abbé, ni les religieux, ne doivent manger hors de l'abbaye, s'ils n'en sont à plus d'une lieue.

Si un religieux, dans l'abbaye ou hors de l'abbaye, se trouve ivre, il doit s'abstenir de paraître aux offices, et s'il s'y présente, il encourt des peines plus sévères.

Un religieux ne peut donner ou vendre ses vêtements et sa chaussure. Il ne peut de même accepter un dépôt sans l'assentiment de l'abbé ou du prieur, et ceux-ci ne le peuvent non plus sans la présence de personnes qui en pourraient témoigner.

Les serviteurs inutiles ou mal famés doivent être renvoyés des abbayes ou des prieurés.

Les copistes, scriptores, ne peuvent, sans la permission du supérieur, recevoir aucun salaire pour leur travail, scripturarum, et ce salaire doit vertir au profil du monastère.

Les religieux doivent s'abstenir de fréquenter les cabarets, les personnes et les lieux suspects.

Ceux qui auraient répandu le sang de leur prochain, sanguinis effusores, ou auraient commis des énormités, enormitatum actores, doivent être jugés au prochain chapitre général. Jusques-là, ils doivent s'abstenir de paraître à l'autel, et deux fols par semaine jeûner au pain et à l'eau.

Si un moine est trouvé avec une femme, et qu'il n'y ait pas d'honnêtes témoins, la permission de sortir de l'abbaye doit à l'avenir lui être refusée. »

Ces détails sur la vie et les mœurs monastiques, dans le XIII° siècle, ne sont pas sans intérêt.

Odon Rigault, archevêque de Rouen, fit, dans le cours du XIII° siècle, plusieurs visites pastorales, afin de s'assurer de l'état des maisons religieuses et de leur discipline dans les divers diocèses suffragants de sa métropole. En l'année 1250, le 9 août, l'archevêque se transporta à l'abbaye de Hambye; il y trouva dix-sept moines, dont deux habitaient chacun un prieuré, ce qui était contre la règle; car ils devaient y vivre au moins deux. Ils se servaient tous du même calice. Il n'y avait dans la maison qu'un dortoir commun. On y observait fort mal la règle sur les articles de la confession, de l'abstinence et du jeûne. Les hôtes étaient mal reçus.

Le prélat constata encore que cette abbaye avait quatre prieurés et le patronage de six églises; qu'elle jouissait de 600 livres de revenus et qu'elle était grevée de 4 100 livres de dettes, qu'enfin la gestion de la maison était en désordre. Les moines prétendaient que l'élection du prieur appartenait au couvent. Odon Rigault partit après avoir fait ses injonctions aux religieux.

L'archevêque revint le 1er septembre de l'an 1266, et inspecta l'abbaye. Il s'y trouvait vingt-un moines qui avaient 300 livres de dettes. Il ordonna de faire dresser un état exact des revenus de la maison .

VIII. — Robert 1er. Il figure depuis l'année 1266 jusqu'en 1282. A cette époque, il rendit hommage à Jean, abbé du Mont-Saint-Michel, pour un tènement , pro quodam tenemento, que l'abbaye de Hambye possédait dans la paroisse de Pontorson.

IX. — Geoffroi 1er. Il administra l'abbaye pendant peu de temps. Il obtint de Jean Paynel, seigneur de Marcey, confirmation des donations faites par Lesceline de Subligny.

X. — Philippe. Il gouverna l'abbaye, comme abbé, depuis 1296 jusqu'à l'année 1306. Il déclare, en 1303, que la contestation qu'il avait avec les religieux de l'abbaye de Fontenay , au sujet du prieuré de Buron et des dimes de Rots et de Cesny, a été terminée par un accord du consentement des deux parties.

XI. — Richard 1er. Il ne gouverna l'abbaye que pendant quelques années.

XII. — Robert II. En l'année 1315, à l'exemple de ses prédécesseurs, il rendit hommage à l'abbé du Mont-Saint-Michel pour le tènement de Pontorson.

XIII. — Thomas 1er. Pendant qu'il était abbé, la dame de Hambye fit une donation de froment pour l'établissement de deux torches dans l'église. Voici quelques passages de l'acte de donation :

« A tous qui ces lettres verront ou orront Agnès de Chanteloup dame d’Hambye salut scavoir faisons que pour le bien et affection que nous avons à Dieu et à Nostre Dame de l'abbaye d'Hambye nous avons donné et donnons par la teneur de ces présentes pour Dieu et en pure aumosne et pour le salut de lame de nous et de nos enfans et de nos prédécesseurs à relligieux et honnête l'abbé et couvent du dit lieu afin d'héritage perpétuel deux quartiers de froment à la mesure de Gavray d'annuelle rente à la Saint Michel en septembre… Cest à scavoir pour être cette rente convertie et employée dorénavant à trouver à toujours mais deux torches de cire bonnes et convenables qui serviront ardentes à l'eslevation du saint sacrement à !a grande messe du moustier de la dite abbaye et à l'eslevation du saint sacrement à la messe de Nostre Dame de la chapelle de la Sergue au dit moustier toutes fois qu'elle y sera célébrée… En témoing de ces lettres sont scellés de nostre propre scel lesquels furent données le dimanche dernier jour de janvier lan mil trois cent soixante

XIV. — Gérard. Dans un acte de donation de Foulques Paynel, de l'an de grâce 1364, on lit : « Avons donné ...C'est a sçavoir pour l'amour de Dieu pour charité et en aumosne pure pour le salut de l'ame de Jean et Guillaume Paisnel jadis archidiacres de monsire Foulques Paisnel jadis notre père de madame Agnès de Chanteloup nostre mère de nous et de toute notre lignée tant vifs que trespassés et pour estre dorénavant tous les dessus dits et chacun de la lignée plenierement participant en toutes les messes prières et bienfaits spirituels qui seroient faits dits et célébrés en la dite abbaye et par spécial pour avoir désormais en icelle à toujours et à perpétuité chacune semaine une messe des trépassés pour les ames de dessus dits... »

XV. — Guillaume II Bovelin. On le trouve cité depuis l'année 1376 jusqu'à 1384. Colin Le Tanneur, sieur de Bricqueville, accorda, dans le mois de février 1377, aux religieux de Hambye, le droit de nommer deux curés. Il se réservait de nommer le troisième .

XVI. — Valeran.

XVII. — Raoul. Pendant qu'il gouvernait l'abbaye, on voit que « noble et puissant seigneur monsire Fouques Paisnel, chevallier seigneur de Créances, partit en l'armes de Turquie contre les ennemis de la foi en la compagnie et sous le gouvernement de très excellent prince monsire le comte de Nevers et de plusieurs autres comtes barons et seigneurs. » Il fit un testament en faveur de l'abbaye de Hambye, et lui donna des terres, afin d'avoir part aux prières. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires « noble et puissant seigneur monsire Guillaume Paisnel chevallier son frère, seigneur d'Hambye, noble dame et puissante madame Marie Riboul femme d'icelluy monsire Foulques. Foulques Paynel périt sans doute dans l'expédition ; car on trouve que sa veuve, le 13 janvier 1400, donna une procuration pour exécuter le testament. Cette procuration se termine ainsi : « Et promit et s'obligea la dite dame par la foy de son corps et l'obligation de tous ces biens meubles et immeubles, présents et à venir . »

XVIII. — Guillaume III Bertault. Il figure dans des chartes des années 1400, 1401 et 1405. En 1409, l'abbé de Hambye envoya un religieux, chargé de le représenter au concile de Pise. Bertrand Paynel, chevalier, seigneur d'Orlonde, et Foulques Paynel, sire de Hambye et de Bricquebec, abandonnèrent « à Dieu et à l'église moustier ou abbaye Nostre Dame d'Hambye et aux relligieux abbé et couvent du dit lieu… toute la disme en portion et disme entièrement sans y rien retenir ni réserver aucunes choses la dime de Villebaudon, assise en la paroisse de Villebaudon et illec environ . »

XIX. — Robert III. Il ne fut abbé que très-peu de temps.

XX. — Geoffroi II. De simple procureur de l'abbaye, il en devint abbé. Pendant l'occupation anglaise, il prêta serment à Henri V, roi d'Angleterre, maître de la Normandie, et il obtint de ce prince, le 26 mai 1419, que les biens confisqués sur l'abbaye lui fussent rendus.

XXI — Martin le Masnier. On le voit figurer depuis 1436 jusqu'à 1456. Il rendit hommage à Charles VII, quand ce prince eut reconquis son royaume.

XXII. — Robert IV. Il ne gouverna l'abbaye que pendant quelques années.

XXIII. — Guillaume IV. Le 13 décembre 1476, il prêta serment à Louis XI. En 1485, il assista, avec plusieurs autres abbés, aux états-généraux de Normandie.

XXIV. — Berault de Bonce. Il est cité dans des actes de l'an 1504.

XXV. — Richard II Lhermite. Des actes des années 1522 et 1523 font mention de lui.

XXVI. — Pierre Pinchon. Curé de Saint-Romphaire, il fut élu abbé de Hambye le 28 mai 1528 : évêque de Porphyre in partibus, il fut suffragant de Coutances. En 1548, il permuta son abbaye contre le titre de grand chantre de Coutances avec François de Lautrec. Il mourut en 1559, il fut inhumé dans la chapelle des enfants de chœur. Ce fut le dernier abbé élu.

XXVII. — François de Lautrec, fils de Simon, seigneur de Saint-Germier, et de Marguerite Sanguinette, fut le premier abbé commendataire de Hambye.

Dans un temps, on vit les rois et les grands seigneurs, tentés par les richesses que possédaient les abbayes, s'en déclarer abbés, afin de jouir de leurs revenus. Alors, les abbés furent divisés en deux classes : les abbés réguliers, véritables moines ou religieux, faisant des vœux et portant l'habit de leur ordre; et des abbés séculiers, jouissant, pendant leur vie, des revenus d'une abbaye qu'ils tenaient en commende, c'est-à-dire en garde, en dépôt. On vit même les revenus des monastères donnés à des laïques, comme moyen de les faire vivre. Dans les derniers temps de la monarchie, on détruisit une partie des abus attachés aux commendes; mais on en conserva l'usage. On donna alors le titre d'abbé commendataire à celui qui, nommé par le roi à une abbaye régulière, disposait des revenus. Il en faisait trois parts : l'une pour lui, la seconde pour les- moines, la troisième pour l'abbé régulier, afin de subvenir a l'entretien et aux charges de la maison. Le plus souvent, il en appliquait la plus forte portion à ses propres besoins.

XXVIII. — Jean II de Ravalet, sieur de Tourlaville. Charles IX le nomma abbé commendataire de Hambye en l'année 1561; il n'avait alors que douze ans. Lorsqu'il eut reçu les ordres, il devint grand vicaire d'Arthur de Cossé, évêque de Coutances, puis chanoine et grand chantre de la cathédrale. Ce fut à sa générosité que le collège de Coutances dut des dotations importantes .

Le roi, dans le mois de janvier 1586, obtint du pape une bulle qui lui permettait, afin de subvenir aux frais de la guerre qui avait recommencé plus vive que jamais entre les catholiques et les huguenots, de vendre des biens appartenant au clergé, jusqu'à concurrence d'une somme de 100 000 écus. Cette bulle et la vente des biens mécontentèrent les évêques; mais les circonstances étaient graves, et il fallut se résigner. Le diocèse de Coutances fut taxé à 28 000 livres, et l'abbaye de Hambye figura dans cette somme pour 1 150 livres. Afin d'en obtenir le paiement, on vendit sur Jean de Tourlaville, alors abbé de Hambye, 34 demeaux de froment de rente foncière mesure de Cérences, qu'il avait droit de prendre, à la Saint-Michel, sur plusieurs terres dans la paroisse de Bréhal. Ce fut Martin Bernard du Breuil, chanoine et scholastique de Coutances, qui acheta cette rente pour 464 liv. 4 s., et 35 s. 6 d. pour frais .

XXIX. — Thomas II Morant. Il fut abbé de Hambye jusqu'en 1602.

XXX. — Jacques de Franquetot. Aumônier du roi, grand chantre de Coutances, il devint abbé commendataire de Hambye en l'année 1602. Il mourut en 1626.

XXXI. — Alphonse-Louis de Richelieu. C'était le frère ainé du cardinal de Richelieu, premier ministre sous Louis XIII. Quoiqu'il fût homme de mérite et prélat très distingué, son nom cependant est un peu obscurci par l'éclat qui entoure celui de son frère.

Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu fut cardinal, archevêque de Lyon, grand aumônier de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, abbé de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Paul de Cormery et de la Chaise-Dieu, doyen de Saint-Martin de Tours, proviseur de Sorbonne. Nommé à l'évêché de Luçon, il se démit, avant d'être sacré, en faveur de son frère, embrassa la vie monastique et fit profession chez les Chartreux, où, pendant vingt-un ans, il vécut dans une austère solitude. Il était parvenu aux premières dignités de leur ordre, quand Louis XIII le fit sortir du cloître, et l’éleva à l'archevêché d'Aix. Deux ans après, en 1628, il fut transféré à celui de Lyon : il reçut, l'année suivante, le chapeau de cardinal du pape Urbain VIII, qui, dans cette circonstance, s'écarta du règlement de Sixte-Quint, qui ne permet pas que deux frères soient admis en même temps dans le sacré collège.

Sur la démission du cardinal de La Rochefoucauld, il fut nommé grand aumônier de France, le 24 mars 1632. Le roi le fit commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, et, en 1635, le chargea, auprès du pape, d'une mission fort délicate, dont il s'acquitta avec succès. De retour dans son diocèse, il trouva Lyon ravagé par une peste affreuse : il y répandit d'abondantes aumônes, allant lui-même visiter les malades et leur offrir les consolations de la religion.

Il avait favorisé l'établissement d'un grand nombre de maisons religieuses dans son diocèse.— Il mourut le 23 mars 1653, et fut inhumé dans l'église de la Charité, hospice qu'il avait fait bâtir et qu'il avait richement doté. Il avait ainsi lui-même composé son épitaphe :

PAUPER NATUS SUM; PAUPERTATUM VOVI;

FAUPER MORIOR ! INTER PAUPERES SEPELIRI VOLO.

Pauvre je suis né; j'ai fait vœu de pauvreté; pauvre je meurs, et au milieu des pauvres je veux être enterré.

XXXII. — Jean III de Passelaigue. D'abord moine de Cluny, prieur de la Charité-sur-Loire, de Saint-Victor de Nevers, et évêque de Belley, on le trouve abbé de Hambye en l'année 1652: il mourut en 1664.

XXXIII. — Henri 1er de Mesmes. Fils de Jean-Antoine et d'Anne Courtin, il mourut abbé de Hambye en 1658.

XXXIV. — Claude de Mesmes. Frère de Henri et chevalier de Malte, il devint abbé de Hambye et de Val-Roi au diocèse de Reims : il fut tué à Rome dans le mois de février 1681.

XXXV. — Henri II de Mesmes. Il était fils de Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier au parlement de Paris. Aumônier de la reine de Pologne, il fut le successeur de son oncle aux deux abbayes de Val-Roi et de Hambye. Nommé en avril 1681, il mourut dans le mois de mai 1721.

XXXVI. — Nicolas Lepelletier de la Houssaye. Nommé abbé de Hambye en 1721, il mourut à Paris en 1740.

XXXVII. —N. de Pontac. Aumônier de la reine, il obtint du roi sa nomination d'abbé commendataire de Hambye. Il mourut presque aussitôt après.

XXXVIII. — Joseph-Hubert de Vintimille du Luc , fils de Joseph Hubert, seigneur de Vidauban, de Figassières, et de Marthe de Fortia de Piles. Chanoine de Paris, en 1740, lorsque le roi le désigna comme abbé de Hambye, il mourut en l'année 1744.

XXXIX. — N. de Scepeaux. Le roi le nomma abbé commendataire de Hambye à la mort de Joseph-Hubert de Vintimille du Luc.

XL. — De la Prune-Montbrun. Nommé en 1771, il était encore abbé commendataire à l'époque de la révolution. De son temps, l'abbaye avait cessé d'avoir des religieux. Des prêtres séculiers y célébraient l'office et y acquittaient les fondations.

L'abbaye avait environ 20 000 livres de rente, dont plus de la moitié revenait à l'abbé, qui payait 72 florins en cour de Rome pour ses lettres de provision. Elle était taxée à 705 livres de décime.


C'est un devoir pour moi, en terminant cet article, d'adresser mes remerciements et de témoigner ma reconnaissance à M. Denis, avocat à Saint-Lô, pour les renseignements qu'il m'a si obligeamment fournis. Je lui dois surtout les trois plus intéressantes inscriptions de l'église paroissiale de Hambye.

Lengronne

Lengronne, Ingronia, Lingronia.

L’église, qui a la forme d’un carré oblong, n’est pas sans intérêt.

Le mur du chœur et celui de la nef, vers le sud, appartiennent au XI° ou XII° siècle. Quoiqu’ils aient subi des reprises, ils offrent encore quelques assises d’opus spicatum. Plusieurs contreforts ont peu de saillie, et sont aussi de la même époque. Un rang de modillons simples règne au sud, au dessous de la corniche du mur du chœur.

Le mur méridional de l’église est percé de deux portes qui attirent l’attention du visiteur. L’une est cintrée, et son architecture, ornée d’un triple zig-zag, repose sur des colonnes romanes. L’entablement qui surmonte ces colonnes et forme imposte est festonné ou denticulé, ornement qu’on trouve souvent dans les églises romanes.

L’autre porte appartient à l’époque de transition. Elle est à ogive, et présente une archivolte, pareillement ornée d’un rang de dents de scie.

Le chœur est voûté en pierre, et les arceaux croisés de la voûte viennent tomber sur des colonnes engagées dont les chapiteaux sont ornés de volutes ou de fleurs enroulées. Cette partie de l’église est du XIII° siècle.

L’arc triomphal est à ogive. Une autre voûte, dans le même style et avec les mêmes caractères que celle du chœur, existe au-delà de celle-ci, vers la nef. Elle a sans doute fait partie d’une tour qu’on aura supprimée pour la reporter à l’occident, où elle est aujourd’hui, à l’extrémité de la nef. On lit sur cette tour le millésime de 1821. Ce doit être la date de sa construction.

Il existe un télégraphe dans l’étage supérieur de cette tour.

Toutes les fenêtres sont rondes et d’une époque récente.

La nef est voûtée en bois. Le mur absidial est droit et percé d’une fenêtre sans caractère, et qu’on a bouchée.

Une crédence, avec une arcade en accolade, se remarque dans le mur septentrional de la nef.

L’église est sous l’invocation de Saint-Ouen. Elle dépendait de l’archidiaconé de la chrétienté et du doyenné de Cérences, et payait 28 livres pour décime. Dans les XIII° et XIV° siècles, l’évêque de Coutances avait le patronage de l’église : ecclesie de Ingronia patronus est episcopus. D’abord, le chanoine prébendé fut seul décimateur, et le curé n’avait que le casuel, ce qui lui valait 30 livres, et valet pro rectore XXX lib. Plus tard, le curé eut des terres aumônées et plusieurs autres revenus. Un Thomas Lerebours, dans le cours du XIV° siècle, lui devait surtout, à titre d’hommage, un pain d’un denier et une poule, unum panem unius denarii et unam gallinam. Alors la dîme se partageait en deux portions.

La grande portion appartenait au chanoine prébendé, et, dans les derniers temps, il avait le patronage de l’église, présentait à la cure, et n’avait que le tiers de la dîme . L’autre portion, qui avait été donnée par les seigneurs de Chanteloup, appartenait à Robert Paynel.

Lorsqu’en 1338, l’évêque Guillaume de Thieuville régla, d’accord avec son chapitre, la prière capitulaire, le chanoine prébendé de Lengronne eut sept psaumes à dire, et la présentation aux bénéfices pendant quinze jours.

On trouve que les armes de Robert de Lengronne, qui devait vivre dans le XIV° siècle, portaient semblable à un frémaillet d’or en quartier.

Le registre des fiefs de Philippe-Auguste nous apprend que Fouques Paynel, à cause d’un fief qu’il tenait au Mont-Saint-Michel, devait le service d’un chevalier, service qu’il faisait au roi sur l’avertissement que lui en donnait l’abbé : Fulco Paganellus… hoc autem quod ipse habet in Briquevilla…. Et Lengronne tenet de abbate Montis per servicium unius militis quod facit domino regi per submonitionem abbatis.

Dans le XII° siècle, on comptait à Lengronne cinq fiefs nobles. Le fief du Mesnil-Aubert appartenait à Louis-Georges Hue, écuyer, seigneur du lieu. On trouve qu’un François Hue de Lengronne dit Cérences fut anobli par édit de Louis XI.

Les fiefs de Saint-Jean et de la Cour-marcey, avec extension sur Cérences et Gavray, appartenaient au sieur du Mesnil-Aubert.

Le fief du Quesnay, qui s’étendait sur la paroisse du Quesnay, était celui de Rigault, receveur des tailles à Senlis.

L’abbé et les religieux de Hambye avaient le cinquième fief.

On trouve comme seigneurs et patrons de Lengronne, dans le XVIII° siècle :

  • Messire Jean Hue, écuyer.
  • Messire Charles-François-Nicolas-Bourdon, écuyer, mousquetaire dans la garde du roi et chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis.
  • Et Georges-Jacques-Robert de Péronne de la Sablonnière. Il fit partie, en l’année 1789, de l’assemblée des trois états du bailliage du Cotentin. Sa famille avait été anoblie en 1593.


Pont-Flambart

Pont-Flambart, Pons Flambardi.

L'église était sous le vocable de saint-Nicolas. Elle appartenait à l'abbaye de Sainte-Marie de Hambye, qui en avait le patronage et nommait à la cure. Elle payait 17 livres de décime, et dépendait do l'archidiaconé de la chrétienté et du doyenné de Cérences. Le curé était seul décimateur au XIV° siècle, n'avait qu'une simple habitation, et payait douze deniers pour la chape de l’évêque.

La paroisse du Pont-Flambart a été réunie à celle de Lengronne ; l'église même n'existe plus : la croix de son cimetière est celle qu'on voit sur la route de Coutances à Gavray, près du chemin qui conduit à Lengronne.

Richard, évêque de Coutances, confirma aux religieux de Hambye le patronage de l'église du Pont-Flambart, ainsi que les dimes et dix acres de terre que Guillaume de Trezgotz lui avait données dans la paroisse de Roncey.

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Le Mesnil-Amand

Le Mesnil-Amant, Mesnillum Amant.

L'église est d'une construction assez récente ; car la tour, qui est carrée, et se termine par un petit toit couvert en ardoise, porte la date de 1801, qui parait être aussi celle de l'église.

Toutes les fenêtres sont carrées. Le mur absidal est à pans coupés.

Elle se compose d'un chœur, d'une nef et de deux chapelles. Dans le cimetière, une pierre tumulaire porte l'inscription suivante :

CY : GIST : LE : CORPS : DE

M : JEAN : BINET

QUI : DÉCÉDA : LE : 24 : DE : SEPTEMBRE : 1633

PRIES : DIEU : POUR : LUI

PATER : AVE:

L'église est sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul. Elle faisait partie de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du diaconé de Gavray, et était taxée à 30 livres de décime. Le patronage appartenait au chanoine de Gavray. Dans le XIIII° siècle, c'était Etienne de Saint-André, chanoine de Bayeux, qui le possédait. Il avait toutes les dîmes, et le curé n'avait que le casuel ou l'autelage. C'était Henri II, duc de Normandie, qui avait donné cette église à la cathédrale de Bayeux.

Le fief du Mesnil-Amant avait fait partie du comté de Mortain.

On lit dans plusieurs actes du XIV° siècle : « Fouquier de Beauchamps tient du roy nostre sire en la paroisse du Mesnil-Amant une franche vavassorie et vaut environ 25 liv. »

- « Jehan Frestart escuyer tient une franche vavassorie à gage plège en la paroisse du Mesnil-Amant de Ricart de Foligny escuyer par hommage et vaut de revenu bon an mal an 40 liv. ou viron. »
- « Guillaume de Percy personne de Bonnieres tient de Philippe de Saint Denys par hommage en la paroisse du Mesnil-Amant une vavassorie à gage plège et vaut de revenu 60 liv. en toute chose. »
- « Guillaume de Lesiauls pour cause de sa femme lient une portion d'un fieu de haubert assis és paroisses du Mesnil-Vinneman et du Mesnil-Amant et le tient en parage de M. Hue de Lucy qui le tient des hoirs de Beaufort et vaut de revenus environ 20 liv. »

Dans le cours du XVII° siècle, on comptait trois fiefs nobles à Mesnil-Amant. Le fief le Valpains appartenait à noble dame Catherine do Piennes, veuve du seigneur d'Aspre.

Le fief de la Faslarderie était possédé par Bernard Escouland, écuyer, seigneur de Muneville-près-la-Mer. Plus tard, il appartint à Pierre-Henri Le Forestier de Claids.

Le fief de la Vallée de Gavray, avec extension sur le Mesnil-Villeman, était celui d'André de Pierre, écuyer, sieur de la Vallée.

Avant la révolution de 1789, François-Robert Lepigeon de Laulney était seigneur et patron du Mesnil-Amant.


Le Mesnil-Garnier

Le Mesnil-Garnier, Mesnilum Garini, Mesnllum-Garnerii.

L'église appartenait primitivement à la période romane; mais, aujourd'hui, elle a en partie perdu son premier caractère. Ses deux chapelles, l'une au sud et l'autre au nord, lui donnent la forme d'une croix. Ce qui prouve qu'il y a eu une église plus ancienne que celle actuelle, c'est que le long des murs intérieurs de la nef on a conservé des consoles qui sans doute soutenaient les arceaux de l'ancienne voûte. Ces consoles sont ornées de têtes à figures humaines et de moulures ressemblant à des pommes de pin. Les colonnes soutenant les arcades qui mettent le chœur et les chapelles en communication avec la nef ont aussi leurs chapiteaux ornés.

Dans le mur méridional du chœur, on remarque une porte romane cintrée, aujourd'hui bouchée, dont l'archivolte est ornée d'un cordon de zigzags, et repose sur des chapiteaux qui offrent pour ornements des figures grimaçantes, des fleurs et des espèces de pommes.

Le chœur et la chapelle méridionale ont été voûtés en pierre dans le XVII° siècle, comme l'indiquent les dates de 1626 et 1665 qu'on y lit. La voûte de l'autre chapelle est plus ancienne. La forme des tores et des canelures parait appartenir au XIV° siècle.

Les murs du chœur et ceux des chapelles sont à pans coupés. Sur ceux du chœur, les contreforts sont appliqués sur les angles, ce qui donne à penser que ces murs ont été refaits dans le XV° ou XVI° siècle. Les contreforts qui tapissent les murs sont peu saillants; peut-être les a-t-on replacés sur les murs reconstruits tels qu'on les avait trouvés sur les anciens murs.

La nef est voûtée en bois. Toutes les fenêtres qui éclairent l'église n'ont aucun caractère.

La tour est carrée, surmontée d'une petite flèche octogone, dont une partie a été détruite par la foudre. Aux quatre angles sont quatre petits clochetons ou tourillons, sans fenêtres ni ouvertures. La sacristie est placée derrière l'autel. On y entre par deux portes donnant sur le sanctuaire, à droite et à gauche de l'autel.

Les colonnes de l'autel sont ornées de petites figures, de grappes de raisin dont des oiseaux becquetent les grains.

On voit dans cette église plusieurs pierres tumulaires portant les dates de 1660 et de 1676. Les inscriptions sont ou effacées ou en partie cachées. Dans le chœur, on lit:

CY GIST LE CORPS

DE DISCRÈTE P.

JEAN LE JOLIVET

P. CURÉ DE CE LIEU QUI

DÉCÉDA LE SIX DE NOVEMBRE

1704.


CY GIST M°

FRANÇOIS HINET VICre

DE CE LIEU M° ES-ARTS

ET GRADUÉ DÉCÉDÉ

LE 26 JANVIER 1726

AGÉ DE 27 ANS.

Dans la chapelle méridionale, au pied des marches de l'autel, on lit:

ICY GIST LE CORPS DE M°

JEAN DESFONTAINES ptre

CURÉ DE BAYOLET DÉCÉDÉ

LE 20 NOVEMBRE 1680.

Sur l'un des murs de cette chapelle, dans un petit encadrement, on remarque une inscription relative à une fondation. Je l'ai ainsi relevée :

PIERRE DANIN FILS

JACQUES A DONNÉ 6 LIVRES

DE RENTE FONSIÈRE

A L'EGLISE DE CÉANS

PAR CONTRA PASSÉ

POUR DIRE 4 MESSES AVX

2 — LUNDI DE LA PASSION

ET 4 LIBERA QUI SE

DISENT AUX 4 FESTES

SOLENNELLES DE LAN

DONT Y EN A 16 SOYEZ

POUR LES CLERCS ET 20

SOYEZ POUR LES PAUVRES

PRIEZ DIEU POUR LUY.

1629.

Dans le cimetière, près le mur méridional de la nef, on remarque un tombeau en pierre de granit d'un bon goût et d'une grande simplicité, sur lequel on lit :

ICI REPOSE

PIERRE VICOMTE DE BONNEMAINS

GÉNÉRAL DE DIVISION, PAIR DE FRANCE,

ANCIEN DÉPUTÉ DE LA MANCHE,

GRAND OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR,

COMMANDEUR DE L'ORDRE DE St. LOUIS,

CHEVALIER DE LA COURONNE DE FER,

GRAND-CROIX DE St. FERDINAND D'ESPAGNE

ET DE L'ÉPÉE DE SUÉDE,

NE A HEAUVILLE LE 13 7bre 1773,

DÉCÉDÉ MAIRE DU MESNIL-GARNIER

Le 9 9bre 1850.

DE PROFUNDIS .

L'église est sous l'invocation de sainte Anne. Elle dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray, et payait 56 livres pour décime. Dans le XIII° siècle, le patronage appartenait à Maître Radulphe de Thieuville. Le curé percevait tout sur la terre aumônée. Dans le cours du siècle suivant, Guillaume de Thieuville, évêque de Coutances, était seigneur et patron du Mesnil-Garnier.


FAITS HISTORIQUES. — Hospice et Prieuré. — En l'année 1619, Thomas Morant, seigneur et baron du Mesnil-Garnier, fonda dans la paroisse un couvent de dominicains et un hospice pour les aliénés. L'hospice existe encore aujourd'hui. Les bâtiments n'offrent rien d'intéressant.

Quelques années après leur établissement, le prieur et les religieux du Mesnil-Garnier élevèrent la prétention de bâtir un moulin. Le seigneur s'y opposa, soutenant que les religieux, qui possédaient le moulin banal, ne pouvaient en bâtir un autre sous le même toit. Cette prétention des religieux donna lieu à un procès que le parlement de Normandie termina en faisant défense aux religieux de bâtir leur moulin.

On les voit, en 1657, obtenir une concession de bois pour leur chauffage jusqu'à concurrence d'une somme de soixante livres.

Dans les XII°, XIII° et XIV° siècles, les Thieuville ou Thiéville, seigneurs du Mesnil-Garnier et du Mesnil-Hue, faisaient le service au château de Gavray, et devaient, au cas de guerre, en garder la principale porte : Radulfus de Thevill tenet feodum unius militis apud Mesnillum Garnier ad quod pertinet le Mesnil-Hue et débet servicium ad majorem portam de Gavreio tempore guerre.

Cette famille des Thieuville a donné deux évêques : l'un, Raoul de Thieuville, au diocèse d'Avranches; l'autre, Guillaume de Thieuville, à celui de Coutances ; un abbé à l'abbaye de Lessay, et deux abbesses a l'abbaye royale de Sainte-Trinité à Caen. Guillaume était fils du seigneur du Mesnil-Garnier, et neveu de Raoul.

L'évêque de Coutances devint lui-même seigneur du Mesnil-Garnier, et un aveu qu'il donna en 1327 fournit quelques détails curieux sur le fief du Mesnil-Garnier.

« Guillaume de Thieuville, dit cet aveu, par la permission » divine évêque de Coutances tient à cause de son patronage et patrimoinerie le fieu du Mesnil-Garnier et les appartenances nuement du roy pour un fieu de chevalier entier desquelles appartenances la paroisse de Thieville est qui sort en la vicomté de Falaise et tout le surplus en la vicomté de Coutances et à cause du dit fieu il a certains usages en la forêt de Gavray cest a savoir un quesne par chacun an tel comme il lui plait a choisir à son ordre et son amenagier es mettes du bois qui est appelé Berences pour son manoir du Mesnil-Garnier par la tenue du seigneur de la Vallée verdier de la dite forêt et le pasturage a ses bestes et aux bestes de ses hommes es dit bois de Berences et tous ses porcs quittes en la dite forêt quand le panage soffre et les porcs de ses hommes chacun pour my-droit sont les dits hommes quittes de coutume es foires du roy pour leur usage et ès marchés de Gavray. Item les ancessours (prédécesseurs) du dit seigneur du Mesnil-Garnier prirent du roy nostre sire une ferme perpétuelle qui est appelée le fieu au Mancel dedans les mettes du dit fieu pour la quelle prise il rent chacun an 20 liv. à deux échéances et pour tout le dit fieu il doit servir 10 jours à la mestre porte du chatel de Gavray en tems de guerre et vaut ou peut valloir au dit seigneur demolument dudit fieu de tout comme il en sied en la vicomté de Coutances 400 liv. de rente bon an mal an ou environ et appartient au dit fieu le patronage de l'église du Mesnil-Garnier qui vaut au dixième 90 liv. Item le patronage du Mesnil Hue qui vaut 40 liv. au dixième. »

Dans le commencement du XV° siècle, le domaine et la seigneurie du Mesnil-Garnier passèrent dans une autre famille par le mariage de Catherine de Thieuville, dame du Mesnil-Garnier, avec Olivier de Mauny. baron de Thorigny.

Marguerite, leur fille, épousa Jean Goyon de Matignon, qui devint ainsi seigneur du Mesnil-Garnier. Leur fils, Allain Goyon, fut, en 1470, seigneur du Mesnil-Garnier, sire de Villers, d'Anisy et de Thiéville. Il fut aussi chambellan du roi, son grand bailli à Caen, et conservateur-général de l'Université de cette ville.

La seigneurie du Mesnil-Garnier appartint longtemps à la famille de Matignon; mais, dans les premières années du XVII° siècle, elle fut vendue à Thomas Morant, conseiller du roi en ses conseils et maître des requêtes ordinaires en son hôtel. Ce nouveau seigneur, en l'année 1607, la fit ériger en baronnie avec incorporation des terres de Champrépus, du Mancel et de la Bellonnière.

Cette baronnie fut elle-même, en 1659, érigée en marquisat en faveur des descendants de Thomas Morant, et les fiefs d'Eterville et des Brulards y furent réunis. Le roi confirma cette érection en 1715.

Le marquisat du Mesnil-Garnier passa des Morant aux Poilvillain, comtes de Cresnay, qui, ensuite, transmirent leur seigneurie à la famille génoise de Cambiaso.

La terre du Mesnil-Garnier est devenue la propriété du général Bonnemains, et appartient aujourd'hui à sa famille.

Lorsque des troubles eurent lieu en Basse-Normandie à l'occasion de l'établissement de la gabelle, les redoutables Va-nu-pieds inquiétèrent vivement le seigneur du Mesnil-Garnier, qu'ils traitaient de monopolier et de gabeleur. Ainsi, dans le Journal du chancelier Séguier, qui fut envoyé en Normandie pour faire punir les coupables, on lit : « Jobmettois à dire que le sieur du Mesnil-Garnier a passé dans les calomnies, aussy bien que les autres, pour un des principaux arcs-boutants de la Gabelle. On dict que cette charité luy a esté prestée par quelques uns d'Avranches, pour un mesconlentement qu'ilz disent avoir reçeu de luy. Quoi qu'il en soit, il est vray qu'il fut contrainct de munir sa maison d'hommes et d'armes, y ayant tenu garnison de plus de quatre vingt hommes, durant tous ces desordres, qui luy eussent esté funestes s'il n'avoit aussy généreusement résisté a ses ennemis qu'ilz le vouloient attaquer injustement. »


CHATEAU DU MESNIL-GARNIER. — Le château des Thieuville a disparu. Celui que les Morant firent construire dans le XVII° siècle a lui-même été remplacé par l'habitation actuelle, qu'élevèrent les comtes de Cresnay. Le château était défendu par des fossés profonds et par quatre tours pareilles à celle qui existe encore.

Les armes des Thieuville sont d'argent à deux bandes d'azur, accompagnées de sept coquilles de même, deux, trois, deux.

Celles des Morant étaient d'azur à trois cormorans d'argent.

Celles des Poilvillain, parti d'or et d'azur. Je donnerai celles de la famille de Bonnemains à l'article Montaigu-les-Bois.


Le Mesnil-Rogues

Le Mesnil-Rogues, Mesnillum Rogues.

L'église se compose du chœur, de la nef et de deux chapelles.

La nef est du XIV° siècle. Ses fenêtres sont longues, étroites et à ogive. Elle est voûtée en bois. Le chœur, aussi voûté en bois, est éclairé par des fenêtres ouvertes dans la première moitié du XVII° siècle.

La voûte des deux chapelles, établies entre chœur et nef, est en pierre. La chapelle septentrionale se trouve sous l'étage inférieur de la tour, construite à l'extérieur. Celte tour est carrée, et se termine par un petit toit en forme de bâtière.

On remarque dans le cimetière un bel if.

La croix qui s'y trouve m'a paru ancienne. Chaque angle du piédestal est orné d'une figure grossièrement sculptée.

Sur une pierre tumulaire, on lit l'inscription qui suit

ICI REPOSE LE CORPS

DE M. PIERRE ARSÈNE GUIDON

DÉCÉDÉ

MAIRE DE MESNIL-ROGUES,

LE 14 AOUT 1850

A L'AGE DE 50 ANS.

PRIEZ DIEU P0UR LUI.

L'église est sous l'invocation de saint Laurent. Elle payait 25 livres de décime, faisait partie de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure.

L'Hôtel-Dieu de Coutances avait les deux tiers de la dîme. C'était l'évêque Hugues de Morville qui les lui avait donnés en l'année 1219 . Le curé avait l'autre tiers, le casuel, et environ quatre acres de terre aumônée.

Ce ne serait pas Hugues de Morville qui aurait donné à l'Hôtel-Dieu de Coutances les deux tiers de la dîme de Mesnil-Rogues. L'Evêque n'aurait que consenti à la donation qu'en fit Foulques Meurdrac ; mais, comme la terre était dans la mouvance de la seigneurie de Foulques Paynel, celui-ci, dont le consentement était nécessaire pour valider la donation, le donna en ces termes :« Universis christi fidelibus ad quos presens scriptum pervenerit, Fulco Paganellus miles salutem. Noverit universités vestra quod ego capitalis dominus, charitatis intuitu ratam et gratam habui donationem duarum garbarum décime sancti petri de Mesnil Rogue quam Fulco Meurdrac miles fecit hospitali sancti spiritus et sancti Antonii constantiensis ad sustentationem fratrum et pauperum ibidem commorantium, assensu et voluntate venerabilis patris nostri Hugonis constantiencis episcopi. »

Le fief du Mesnil-Rogues a été compris dans le comté de Mortain, comme nous l'apprend un acte de l'année 1327, dans lequel on lit : « Fouques de Beauchamps escuyer tient une vavassorie en la paroisse du Mesnil-Rogues et de Beauchamps franchement et à gage plège et est tenu du roy à cause de la comté de Mortain et vaut environ 140 liv. par an. »

Fouques Paynel avait aussi au Mesnil-Rogues un fief qui l'obligeait envers le roi au service d'un chevalier : Fulgo Paganellus débet domino régi servicium unius militis de feodo Mesnillo Roges.

A la fin du XV° siècle et au commencement du XVI°, Ambroise de Bereauville possédait la seigneurie de Mesnil-Rogues et celle de Beauchamps, qui depuis furent réunies. Une branche des Pierrepont les posséda ensuite, d'où elles passèrent, par des mariages, dans les familles de Thère, d’Osmond et de Briges.

En l'année 1523, un Richard de Bereauville était curé de Mesnil-Rogues.

En 1778, on trouve comme seigneur du Mesnil-Rogues M. le comte d'Osmont.

On a trouvé au Mesnil-Rogues, en 1839, sur les confins de cette paroisse, près de Beauchamps, une grande quantité de coins celtiques, enfilés avec des lanières de cuir. Ils furent vendus pour être fondus à Villedieu.

Le Mesnil-Villeman

Le Mesnil-Villeman, Mesnilum Vineman, Mesnil-Guineman.

L'église offre un certain intérêt. Elle a un chœur, une nef et deux chapelles. Quoique les murs du chœur et de la nef aient subi des reprises, cependant on y aperçoit des caractères bien marqués de l'architecture des XI° et XII° siècles. Ainsi, une partie du mur septentrional du chœur et de la nef est en arête de poisson. Les contreforts qui le tapissent ont peu de saillie. On y voit aussi des portes cintrées, aujourd’hui bouchées.

Dans le XIV° siècle ou dans la fin du XIII° siècle, on a percé le mur septentrional du chœur de deux fenêtres, longues, étroites et à lancette.

On a aussi ouvert, dans le XV° ou XVI° siècle, deux fenêtres à ogive trilobée dans le mur de la nef, vers le nord.

Dans le mur méridional de la nef, il existe une fenêtre longue, étroite et à ogive, du XIV° siècle.

Plusieurs autres fenêtres qui éclairent l'église sont rondes, et datent du commencement du XVIII° siècle (1701). La seconde fenêtre du chœur, vers le nord, était du XIV° siècle (1313); mais elle a été en partie refaite en l'année 1701; car on lit sur le profil de la plate-forme ou sablière : Olim 1313 nunc 1701 reparata fuit fenestra.

La tour, placée entre chœur et nef, repose sur des piliers romans. Les arcades qui la mettent en communication avec le chœur, la nef et les chapelles sont à ogive, et par conséquent d'une date postérieure. Les arceaux de la voûte viennent tomber sur des modillons ou consoles figurant des tètes grimaçantes. Cette tour quadrilatère est couronnée par un toit en bâtière.

La nef n'est pas voûtée ; sa charpente est à nu. La voûte en bois du chœur date de 1702.

Une sacristie, dont les murs sont à pans coupés, a été accolée contre le mur absidal, qui est droit.

On remarque dans le mur oriental la partie supérieure d'une ancienne fenêtre à plusieurs compartiments polylobés.

L'église est précédée d'un petit porche couvert en pierres.

Sur l'une des sablières de la voûte du chœur, du côté de l'épitre, on lit :

1701. CE BOIS A ÉTÉ RETABLY ET BENY

PAR GUILLAUME LEMONNIER

PRESTRE NATIF DE CE LIEU

LE JEUDY 2 JUIN 1701

OCTAVE DU St. SACREMENT.

La voûte du chœur présente l'inscription suivante:

LA CONFRÉRIE DU TRÈS SAINT. TRÈS ADORABLE

ET TRÈS AUGUSTE NOM DE JESUS

A ÉTÉ ERIGEE AU GRAND AUTEL. DE

L'EGLISE PAROISSIALE DES APOTRES

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

PATRONS DE CE LIEU DU MESNIL VINEMAN

D. DE COUTANCES PAR LES SOINS DE

M. LOUIS SOYMIER CURÉ DE CE LIEU

ET DOYEN DE GAVRAY LE 1er JANVIER 1653

ET DONT AP….NT LE 13 AVRIL 1702

DISCRÈTE PERSONNE MAITRE HENRI ROBERT QUINETTE

Ptre NATIF DE RONCEY EN EST CURÉ

ET MAITRE GUILLAUME LEMONNIER

PRETRE ET VICAIRE DE LA DITE EGLISE DES 1697.


J'ai relevé sur des pierres tumulaires, placées, l'une dans le sanctuaire, et les autres sous la tour, les inscriptions qui suivent:

CY GIST SALOMON DESFONTAINES

SEIGNEUR ET PATRON DE CÉANS.

1650.


SOUS LE CLOCHER

DU MESNIL-VINEMAN

REPOSE LE CORPS

DE FRANCOISE DASTIN

FEMME DE JEAN

LEMONNIER AGEE DE – ANS

DECEDEE LE 1ER JOUR

DE AVRIL 1711

DITES POUR ELLE

PATER ET AVE MARIA


ICY SOUS LE CLOCHER

DU MESNIL-VINNEMAN

EST LE CORPS DE JEAN

LEMONNIER AGE DE

70 ANS DECEDE

LE 29 MAI 1711

DITES POUR LUI

PATER ET AVE


On remarque dans le mur extérieur el méridional de la nef un bas-relief assez curieux. On y distingue deux écussons que soutiennent des lions et des animaux fantastiques. L'un d'eux, losange, porte trois étoiles, deux en haut et une en bas, et l'autre un bâton rompu double, surmonté d'une moulure ronde natée.

Sur la croix du cimetière, on lit :

M. G. LEMONNIER P. VIC.

DU MESNIL-VINEMAN. 1718

Ce nom est sans doute celui du donateur de la croix.

Il existe dans le cimetière une énorme et ancienne épine blanche, dont les branches s'étendent en cercle et forment dais. Ou sait que l'if n'avait pas le privilège exclusif d'abriter le champ des morts. Il est à désirer qu'on respecte cette épine, vrai monument du règne végétal.

L'église est sous le vocable de saint Pierre. Elle était comprise dans l’archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. Elle était taxée à 34 livres de décime. Le patronage s'exerçait alternativement par l'abbaye de Belle-Etoile et le seigneur du lieu. L'abbaye avait les deux tiers de la dime. Le curé avait l'autre tiers avec le casuel, six vergées de terre et une habitation.

Si l'on en croit une ancienne tradition, ce serait sur le territoire du Mesnil-Villeman que Viridovix, choisi pour leur chef par les Unelles, qui lui avaient fourni une nombreuse armée, aurait offert le combat à Quintus Titurius Sabinus, qui commandait les troupes que César lui avait confiées. On sait que Sabinus, maître d'une position avantageuse, et fort aussi de la vieille expérience des soldats romains, défit Viridovix, et remporta une victoire décisive qui fut suivie de l'entière soumission des Unelles.

Il y avait au Mesnil-Villeman, d'après un acte de 1327, un fief qui obligeait celui qui le tenait à payer 52 sous de rente, quatre chapons et deux gelines. Il devait en sus 12 deniers pour corvée au roi. Mais, ajoute l'acte : « et partout sont quittes ses hommes de toutes coustumes ès foires du roy et leurs porcs au panage chacun pour 4 deniers. »

Dans le XVII° siècle, on comptait trois fiefs nobles au Mesnil-Villeman.

Le fief du Mesnil-Villeman appartenait à Paul Desfontaines. François Desfontaines l'avait possédé avant lui.

Le fief de Virville, pour le domaine fieffé, appartenait à Gaultier, vicomte de Coutances, et au seigneur du Mesnil-Garnier, pour la partie non fieffée.

Le fief de la Gazelière, qui s'étendait sur Beauchamps, appartenait au sieur de Pierrepont.

Robert Lepigeon de Laulney, président honoraire en l'élection de Coutances, était seigneur du Mesnil-Villeman dans le cours du XVIII° siècle.


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Dragueville

Dragueville, Draguevilla.

L'église est petite et complètement insignifiante. Les fenêtres sont rondes, et le mur absidal est à pans coupés.

La voûte du chœur et celle de la nef sont en plâtre. Les toits sont couverts en chaume.

La tour est carrée, et se termine par un petit toit pointu, couvert en essente.

On remarque sur le mur méridional de l'église un cadran solaire qui porte la date de 1671. Il fut donné à l'église de Dragueville par Th. Vachot. Dans le XVII° siècle, beaucoup d'églises rurales furent pourvues d'un cadran solaire, afin sans doute de suppléer au défaut d'horloge, ou peut-être aussi pour rappeler à ceux qui entraient dans l'église la rapidité du temps et la brièveté de la vie.

La croix du cimetière fut donnée, en l'année 1777, par J. B. Lhermitte de Dragueville.

Une pierre tombale, portant la date de 1662, sert d'échalier à l'une des entrées du cimetière. Les fabriques qui font servir à un pareil usage les pierres funéraires, qu'elles devraient conserver avec soin, méritent à juste titre d'être accusées de vandalisme.

La paroisse est réunie, pour le temporel, au Mesnil-Villeman ; mais elle continue, pour le spirituel, à être desservie par un prêtre.

L'église est sous l'invocation de Notre-Dame. Elle payait une décime de 18 livres, et dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure.

Guillaume Paynel, chevalier et sire de Hambye, assigna au prieuré de Tombelaine, en l'année 1393, des revenus sur des terres qu'il avait à Dragueville.

On trouve, dans les XVII° et XVIII° siècles, soit comme seigneurs, soit comme seigneurs et patrons de Dragueville :

Jean du Mesniladelée, qui épousa, en 1658, noble demoiselle Marie de Pigousse, fille de Jean de Pigousse, écuyer, seigneur de Saint-Denis-le-Vêtu, et de noble dame Françoise de Camprond.

Jean-Bapliste du Mesniladelée. Il épousa Suzanne-Françoise Davy du Perron.

Messire François de Gourmont, marié à Claire du Mesniladelée.

Pierre-Charles de Gourmont, lieutenant-colonel d'infanterie et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Il fit partie de l'assemblée des trois ordres du bailliage du Cotentin, en l'année 1789. Il avait épousé Julie-Henriette-Louise Tours de Beaumanoir.

Son fils, M. Louis-Auguste de Gourmont, chevalier de Saint-Louis, habite Coutances. Il a épousé Monique-Françoise Le Pigeon de Boisval, fille de Jean-François Le Pigeon de Boisval et de Françoise-Monique Michel de Chambert.


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Montaigu-les-Bois

Montaigu-les-Bois, Mons acutus.

L'église se compose du chœur, de la nef et de deux chapelles.

La nef est du XIV° siècle, ou de la fin du XIII°. Les fenêtres qui l'éclairent sont les unes à ogive, longues et étroites, et les autres à deux baies, divisées par un meneau, et le centre de l'arcade est rempli par une rose polylobée. C'est assez la forme des fenêtres de la fin du XIII° siècle ou des premières années du XIV°.

Le chœur et la nef sont voûtés en bois, mais la voûte du sanctuaire est en pierre. Cette partie de l'église annonce ainsi l'opulence des seigneurs de Montaigu, qui comme patrons, devaient, d'après l'usage, construire et entretenir le chœur de l'église. Cette construction dut avoir lieu dans le XV° siècle. Les poutres transversales .qui soutiennent la voûte de la nef portent les millésimes de 1604 et de 1748.

Les deux chapelles sont postérieures à la nef. Elles sont l'une et l'autre voûtées en pierre, et les fenêtres qui les éclairent sont rondes.

La tour de forme carrée et couronnée par un toit en bâtière, est placée à l'extérieur et du côté sud de l'église. Son mur occidental est percé d'une fenêtre dont l'arcade polylobée est surmontée d'un-petit fronton. Cette tour n'est pas antérieure au XV° siècle.

La sacristie est établie entre l'autel et le mur absidal, et s'accède par deux portes, l'une à droite et l'autre à gauche de l'autel.

Chaquè porte est surmontée d'un écusson chargé d'armes; du côté de l'évangile sont celles des Montaigu qui étaient d'argent à deux bandes de sable accompagnées de sept coquilles de même. Celles du côté de l'évangile sont d'argent à l’arbre de sinople.

On remarque encore sur les murs extérieurs de l'église la bande seigneuriale qui n'a plus de valeur aujourd'hui que comme souvenir historique.

La croix du cimetière est du XVII° siècle. Elle fut érigée par Jacques Lucas, alors curé, au mois de mars 1643. Un bel if couvre de son ombrage les restes de ceux qui reposent sous la protection de cette croix : il s'élève à une hauteur de 17 à 18 mètres.

L'ancienne cloche portait l'inscription suivante :

J'AI ÉTÉ NOMMÉE ....... PAR M.

SEBASTIEN DE MONTAIGU COMTE DE MONTAIGU,

SOURDEVAL, LORBEHAYE ET AUTRES SEIGNEURIES,

CAPITAINE DE CAVALERIE DANS LE RÉGIMENT DE

ROMAINVILLE, ET PAR NOBLE DAME

JEANNE MARGUERITE DE BEAUFILS

SON ÉPOUSE, FILLE DE MESSIRE

CHARLES FRANÇOIS DE BEAUFILS, MARQUIS DE

ROMAINVILLE, BRIGADIER GÉNÉRAL DES

ARMÉES DU ROI, MAISTRE DB CAMP D'UN

RÉGIMENT DE CAVALERIE, CHEVALIER DE

L'ORDRE DE SAINT LOUIS, ET BENITE PAR

Me MICHEL LEMERCIER, PRESTRE

CURÉ DE CE LIEU, EN 1693.

Sur-la cloche actuelle, on lit:

L'AN 1840 J'AI ÉTÉ BÉNITE PAR M.

ETIENNE BOUSSARD, CURÉ DE CETTE PAROISSE,

EN PRÉSENCE DE MM. LEHODEY LAVILLIÈRE,

MAIRE, AUBERT, ADJOINT, ET NOMMÉE

ANNE CHARLOTTE VIRGINIE,

PAR M. PIERRE VICOMTE BONNEMAINS

LIEUTENANT GÉNÉRAL, INSPECTEUR GÉNÉRAL

DE CAVALERIE, GRAND OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR,

COMMANDEUR DE L’ORDRE MILITAIRE DE

St. LOUIS, GRAND CROIX 4ème CLASSE

DE L'ORDRE MILITAIRE DE St. FERDINAND D'ESPAGNE,

CHEVALIER DE LA COURONNE DE FER D'ITALIE,

MEMBRE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTES

ET PAR MADAME ANNE CHARLOTTE

VIRGINIE CALISTE DE LAITRE DE TILLY SON ÉPOUSE.

LES FRÈRES GRENTE DE HAMBYE M'ONT FAITE.

On voit sur cette cloche les armes de la famille de Bonnemains, qui sont de sinople à deux tours d'argent à la cotice d’or, chargée de trois étoiles d’azur, adextrée d’un lion couché d’or, soutenu de deux sabres d’argent à poignée d’or, renversés et croisés en sautoir ; bordure de gueules. L’église possède un calice en argent qui porte en exergue sur le pied : LE LIEUTt Gal BONNEMAINS A L’EGLISE DE MONTAIGU. 1840

J’ai relevé dans l’église plusieurs inscriptions tumulaires : Memento mort...

PIERRE LECOYESONNOYS

CURÉ AOUST L’AN 1622 PATER NOSTER


CY GIST LE CORPS DE

M° JACQUES LUCAS Ptre CURE DE CE LIEU

DECEDE LE 13e JOUR DE JUILLET 1643


CY GIST LE CORPS DE Me MICHEL LEMERCIER

PRESTRE CURE DE MONTAIGU DECEDE LE 24 AVRIL 1711

OMNIA SUA DEDIT PAUPERIBUS ET ECCLESIAE


CY GIST MADELAINE BLOUET

DECEDEE LE 16 MARS 1735


CY GIST LE CORPS DE Me THOMAS

PREVEL PRESTRE

DECEDE LE 2 7bre 1741 AGE DE 66 ANS

PA – AVE


CY GIST LE CORPS DE GEORGES PREVEL

QUI DECEDA LE

QUATRIEME DE JANVIER 1703


CY GIST LE CORPS DE GUILLAUME DUFOUR

CURE ET TITULAIRE DE LA CHAPELLE NOTRE DAME

DE CE LIEU DECEDE LE 3 FEVRIER 1721


TOMBEAUX DE RICHAR PREVEL DECEDE LE 28

MARS 1739 AGE DE 58 ANS

PA + AVE


ET DE ANTOINETTE BOSQUET

SON EPOUSE DECEDEE LE 30 AOUT 1764 AGEE

DE 71 ANS. Pr

On voit dans le chœur la pierre tombale de

LEONOR ELISABETH DE POILVILLAIN

FEMME DE GUILLAUME LOUIGLU

CONSEILLER DU ROI, GARDE DES SCEAUX

DU BAILLIAGE DE COTENTIN A COUTANCES

L'AN 1696.

Il existe sous l'église de Montaigu un caveau qui servait de lieu de sépulture aux seigneurs de Montaigu et aux membres de leur famille. Il a la forme d'un trapèze, et se prolongea partir du milieu du chœur jusque sous la chapelle septentrionale. Sa longueur, vers l'ouest, est de 6 m 92 c, vers l'est, de 8 m 19 c, et sa largeur est de 4 m 38 c. Il est éclairé par deux soupiraux donnant sur le cimetière. L'escalier qui y conduit a son entrée dans le chœur. On y remarque des chantiers en pierre dans lesquels étaient scellées des barres de fer sur lesquelles on déposait les cercueils en plomb, après les avoir descendus à l'aide de crochets en fer retenus à la voûte. Des lampes suspendues à cette voûte restaient allumées pendant les quarante jours qui suivaient la sépulture des seigneurs de Montaigu. Les registres de l'église indiquent quels sont ceux qui, dans les XVII° et XVIII° siècles, ont été inhumés dans ce caveau. Ce sont les quatre enfants de messire Sébastien de .Montaigu et de noble dame Jeanne-Marguerite de Beaufils, son épouse. On y déposa aussi, en l'année 1715, le cœur de Sébastien de Montaigu, mort à Saint-Germain-en-Laye, et en 1775, le corps de Louis-Anne de Poilvillain.

L'église est sous le vocable de saint Marc. Elle était comprise dans l'archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure, qui était taxée à 30 livres pour décime. Le curé était seul décimateur dans le XIII° siècle, et il le fut jusqu'à la fin du XV°; mais alors Geffroy Herbert, évêque de Coutances, donna les dîmes de la paroisse de Montaigu et celles de plusieurs autres paroisses à la commune capitulaire.

Il y avait dans le château une chapelle que Richard de Montaigu avait fondée dans le cours du XIII° siècle, et qu'il avait dotée de revenus que recevait le curé. Je ne l'ai point visitée; mais elle existe encore, et a été depuis quelques années transformée en bâtiment d'exploitation : elle était sous l'invocation de Notre-Dame.


FAITS HISTORIQUES. — La paroisse de Montaigu-les-Bois a été le berceau de la famille Montaigu, si riche et si puissante en Angleterre, et dont le duc de Manchester se fait honneur d'être descendu. Drogon de Montaigu accompagna Guillaume, lorsque ce prince, à la tète de tous les barons normands, alla conquester l'Angleterre (1). Il prit une part si distinguée à cette conquête, que Guillaume le récompensa par la concession de plusieurs fiefs : il eut des descendants aussi bien en Normandie que dans le pays conquis.

Sa famille a possédé en Normandie la seigneurie de Montaigu-les-Bois jusqu'à la mort de Sébastien de Montaigu, arrivée à Saint-Germain-en Laye, dans les premières années du XVIII° siècle.

Sébastien de Montaigu étant décédé sans postérité, sa seigneurie passa dans la famille des Poilvillain, comtes de Cresnay, par le mariage de sa sœur avec Georges de Cresnay.

Plusieurs membres de la famille de Montaigu se distinguèrent au service de la France sous le règne de Philippe-Auguste, de Philippe-le-Hardi et de Philippe-le-Bel. On en vit, à la bataille de Poitiers, combattre contre leurs parents d'Angleterre.

Un des membres de la famille anglaise, Guillaume de Montaigu, épousa la belle comtesse de Salisbury, pour l'amour de laquelle Edouard III institua l'ordre de la Jarretière . En parlant de Guillaume de Montaigu et de Gautier de Mauny, qui combattaient pour Edouard, roi d'Angleterre, contre les Ecossais, le chroniqueur Froissard dit : « Ils étoient demeurés pour tenir la frontière plusieurs apperts chevaliers, bacheliers et escuyers, entre lesquels messire Guillaume de Montaigu et messire Gautier de Mauny sont bien à rementevoir (à rappeler). Ils faisoient souvent de hardies entreprises, de belles chevauchées, dont ils acquirent grand grâce devers le roi et les barons d'Angleterre. »

Sous le règne de Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre, Roger de Montaigu devait le service militaire au château de Gavray.

Lorsque Philippe-Auguste réunit la Normandie au royaume de France, Guillaume de Montaigu devait, avec deux autres seigneurs, le service de trois chevaliers et demi pour la garde du même château : ... et Guillelmus de Monte acuto debent servicium trium militum et dimidii ad custodiam castrie de Gaureio, quando rex est in exercitu.

La famille de Montaigu continua à être tenue de faire le service, ainsi que nous l'apprend un acte de 1327, dans lequel on lit : « Guillaume de Montagu tient du roy nostre sire le quart d'un fieu de chevalier assiz en la paroisse de Montagu et le tient du roy nuement et en doit service au chastel de Gavray 10 jours à la seconde porte du dict chastel en temps de guerre et pour ycelui service prent le dict Guillaume à la forêt de Gavray pour son arde (chauffage) pour le dict fief de Montagu cest assavoir de chacun arbre où il y a trois… si son coupeur y pouvet avenir de dessus la roè de la charrette o une coignée de trois pieds et demi de manche. Item tout bois qui ne porte fruit et feuille il pouvet couper par pied et fait ces choses tous les jours de lan le dict Guillaume par toute la forée. Item le panage de ses porcs franc et quitte pour lusage de son hôtel par toute la forêt. Item tous ses hommes quittes ès foires et marchés de Gavray et pour ycelle quittance des dicts hommes le roy prent 5 s. de rente le jour St. Martin desté sur le dict fieu de Montagu et sont payés par la main du prévost. Item les dicts hommes sont quittes au moulin fouleur de Gavray par un denier de chacune verge de drap. Item le dict Guillaume est patron de leglise de Montagu et de la chapelle du manoir au dict Guillaume laquelle est annexée à leglise de la ville et vaut 35 liv. au dixiesme. Item ce que le. dict Guillaume a en la foire de Gavray vaut tant pour luy que pour ses gens 25 liv. tournois bon an mal an. »

On ne retrouve à Montaigu-les-Bois aucunes traces d'un ancien château fort. Ce qu'on nomme l'ancien château est sur un terrain uni, et n'a jamais dû présenter un point de défense. Le manoir est placé près d'un petit ruisseau dont les eaux remplissent l'étang.

J'ai rencontré dans M. l'abbé Lefevre, curé de Montaigu-les-Bois, lorsque je visitai son église, et appelé depuis à la cure de Saussey, un guide aussi instruit qu'obligeant. Il m'a fourni des renseignements fort intéressants, et je le prie d'en recevoir mes remerciements sincères.


Lorbehaye

Lorbehaye, Orbahaya.

L'église tombe en ruine : elle offre un carré oblong, et n'a pas de chapelle. La couverture est partie en essente et partie en chaume.

La nef est du XI° ou XII° siècle. Le mur septentrional a été retouché ; mais on y remarque encore des assises de pierres disposées en arête de poisson, ainsi que deux fenêtres, longues, étroites et cintrées : elles n'ont qu'une largeur de 18 à 20 centimètres.

Les autres fenêtres qui éclairent l'église sont de forme carrée, et datent de la première moitié du XVIII° siècle (1744).

Le mur absidal est à pans coupés.

Au-dessus de la porte occidentale, le mur est percé d'une fenêtre étroite et cintrée. Ce mur a subi des reprises, mais la fenêtre primitive a été conservée.

La tour est placée au sud de l'église et à l'extérieur. Sa forme est carrée, et elle se termine par un petit toit à double égout. On lit sur un des murs : Fait faire par Sébastien Le Hodey, 1694.

Le plafond, au-dessus de l'autel, offre l'image des douze apôtres. La vierge est au milieu, et au-dessus on reconnaît la figure de Jésus-Christ.

Dans le mur absidal, derrière l'autel, on remarque, dans un encadrement qui date de 1756, saint Georges à cheval, terrassant le démon sous la forme d'un dragon.

La cloche porte l'inscription suivante :

L'AN 1754, J'AI ETE BENITE PAR M°

MICHEL JULIEN MAUPOINT, PTRE ET CURE DE CETTE

PAROISSE ET NOMMEE CELESTE PAR M°

CHARLES FELIX DE POILVILLIN

CHEVALIER SEIGNEUR ET PATRON

DE SOURDEVAL, STE CECILE, LES CRESNAYS, LA BOTTIERE,

DE CREUX, DES VAUX ET AUTRES TERRES ET SEIGNEURIES,

LIEUTENANT GENERAL DES ARMEES NAVALES

DE SA MAJESTE,

COMT LA COMPAGNIE DES GARDES DU PAVILLON,

CHR DE L'ORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE ST-LOUIS.

ET PAR NOBLE DAME JEANNE CELESTE DE ROBIOU,

DAME DE LA LANDE D'AIROU,

EPOUSE DE NOBLE HOMME MESSIRE

MALO AUGUSTE LOCQUET DE GRANVILLE,

ECUIER SEIGR ET PON DE LA LANDE D'AIROU,

BOURGUENOLLES ET AUTRES LIEUX,

CAPITAINE DE CAVALERIE .

Sur deux pierres tumulaires, j'ai lu :

CY GIST LE CORPS DE

M° GUILL. LE HODEY PRESTRE DÉCÉDÉ LE

XXVIII DECEMBRE 1722.


CY GIST LE CORPS DE FRANÇOIS

LE HODEY PRESTRE DÉCÉDÉ

LE XXI D'AVRIL 1730

PATER AVE.

L'église était sous le vocable de saint Georges, et payait 30 livres de décime. Elle dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire el du doyenné de Gavray. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure. Le curé était seul décimateur, Rector percipit omnia.

Aujourd'hui, la paroisse de Lorbehaye est réunie à celle de Montaigu-les-Bois, pour le temporel et le spirituel.

D'après le registre des fiefs de Philippe-Auguste, Guillaume de Montaigu tenait du roi ce qu'il possédait à Lorbehaye : Guillelmus de Monte acuto tenet inde (de rege) hoc quod habet apud Orbam haiam.

Lorbehaye dépendait de la baronnie de la Colombe, dont le château s'appelait le Château de la Roche-Tesson, du nom de la famille Tesson, illustre longtemps avant la conquête de l'Angleterre. Aussi lit-on dans un aveu du XIV° siècle que : « Pierre de Montagu tient le fié de Lorbehaye par le quart d'un fié de haubert franchement o cour et usage de M. la Roche-Tesson par hommage et vaut 40 livres. » Ce fief noble appartenait, en 1689, à Sébastien de Montaigu.


Saint-Denis-le-Gast

Saint-Denis-le-Gast, Sanctus Dionisius le Gast.

Suivant les uns, le mot gastine est celtique, et vient de gast, qui signifie gâté, mauvais. Suivant d'autres, ce mot descend de la langue des Germains, introduite dans les Gaules par les Francs. Ce qui est certain, c'est que dans le moyen-âge le mot gastine voulait dire désert, solitude, lieu aride, terre inculte. Les mots gast, gaste, rappelaient l'idée de la dévastation, de la ruine. C'était le vastatio, le vastatus des latins, dont le v se prononçait comme g.

L'église de Saint-Denis-le-Gast se compose du chœur, de la nef et de deux chapelles. Elle appartient au XI° ou XII° siècle par les colonnes et les chapiteaux romans qu'on remarque dans le chœur, ainsi que par des fenêtres et une porte aujourd'hui bouchées, dont les arcades cintrées et les chambranles sont en pierres échantillonnées ; mais de nombreuses reconstructions lui ont enlevé son caractère primitif.

Le chœur est voûté en bois. Je crois qu'anciennement sa voûte était en pierre, et que ses arceaux venaient tomber sur les colonnes ornées de chapiteaux qu'on voit encore dans les murs. Il est éclairé par des fenêtres de diverses époques. Les plus anciennes datent du XIV° siècle; elles sont à ogives trilobées.

Les murs de la nef sont couronnés par un rang de modillons simples. Le mur septentrional était percé de quatre fenêtres cintrées qu'on a bouchées, et dont, à l'extérieur, on ne voit aucunes traces. Quatre petites fenêtres à simple ogive, du XV° ou XVI° siècle, sont ouvertes dans le mur méridional. La nef n'est point éclairée vers le nord.

La porte occidentale est du XIII° siècle. Elle est à ogive, et ses archivoltes, avec tores et cannelures, reposent sur des colonnes dont quelques chapiteaux sont festonnés. Le mur absidal est à pans coupés et sans fenêtres.

La chapelle septentrionale est mise en communication avec la nef par une arcade à ogive pointue. Elle est voûtée en pierre, et se trouve établie dans l'étage inférieur de la tour, qui est placée à l'extérieur, entre chœur et nef.

Cette tour, de forme quadrilatère, est du XV° siècle, si on la juge par le style de la fenêtre percée dans le mur septentrional. Elle est couronnée par un petit toit pointu, couvert en ardoise. La chapelle méridionale parait avoir été ajoutée dans le XVII° siècle, ainsi que l'indique le millésime de 1679 placé sur le linteau de la porte. Ses murs sont à pans coupés, et ses fenêtres sont rondes.

L'église est couverte en essente et en ardoise. Elle est précédée d'un petit porche, voûté en bois, et qui peut dater du XV° ou XVI° siècle. A son entrée, on remarque une pierre tumulaire qui n'offre pas d'inscription, et n'est ornée que d'une grande croix fleurdelisée.

L'autel et son retable paraissent dater du règne de Louis XIV ou de celui de Louis XV.

A l'entrée du chœur, on lit sur une pierre tombale:

CY — GIST — LE — CORPS — DE — SU

ZANNE — JOUR

DAN — Ve—DE —M.

CH — LE — PRESTRE

DECEDEE — LE —31

8bre — 1740.

L'église est sous le vocable de saint Denis. Elle était comprise dans l'archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. Sa taxe pour les décimes était de 85 livres. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure. La paroisse avait deux portions curiales. La seconde portion, après le XIV° siècle, appartenait à l'Hôtel-Dieu de Coutances , qui la faisait desservir par un de ses religieux, et c'était à la première que nommait le seigneur. La dime se partageait par moitié entre les deux curés : Duo rectores percipiunt per medietatem equalibus portionibus.

Il y avait une chapelle dans le château de Saint-Denis-le-Gast. Une maison, située au nord de la paroisse, porte le nom de Moinerie, et figure sur la carte de Cassini. C'était sans doute celle qu'occupait le religieux que l'Hôtel-Dieu de Coutances envoyait pour desservir la portion curiale qui lui appartenait dans l'église, et qui prenait le titre de prieur-curé.


FAITS HISTORIQUES. — Un seigneur de Saint-Denis accompagna Guillaume à la conquête de l'Angleterre. Il figure sur presque toutes les listes.

Des aveux, rendus au roi dans les XIV° et XV° siècles, nous apprennent que le fief de Saint-Denis-le-Gast dépendait du comté de Mortain, et faisait partie du bailliage de Cérences: In ballia de Cerenciis Hugo de Sancto Dyonisio.

La seigneurie de Saint-Denis, lors de la croisade de Robert Courte-Heuse, appartenait à la famille Meurdrac, qui possédait aussi celles de Trelly, Contrières, Lingreville, la Meurdraquière, et dont les armes étaient d'azur à deux jumelles d'or au lion passant en chef.

Les armes de la famille de Beauchamps étaient les mêmes, à l'exception du lion, que remplaçait un lionceau. Un Philippe de Saint-Denis, dans le XIV° siècle, avait aussi les mêmes armes; seulement, il portait de gueules. Cette similitude dans les armes donnerait à penser que les seigneuries de Saint-Denis et de Beauchamps auraient dans un temps appartenu à la même famille.

Un aveu de l'an 1327 nous révèle qu'alors Philippe de Saint-Denys avait la seigneurie de Saint-Denis et le patronage de l'église: « Philippe de Saint Denys, dit cet acte, tient du roy nostre sire un fieu de haubert entier assiz à Saint Denys le Gast et en plusieurs autres paroisses en la vicomté de Coustances au quel fieu le roy prent 18 sous pour layde au vicomte qui vont par la main du dit Philippe et passent par la main de Guillaume Pierre sergent du lieu. Item le roy y prent 7 sous qui vont par la main du dict prevost de Cérences et par ce sont quittes les hommes du dict Philippe des coutumes ès foires le roy et aussy quand le cas soffre le dict Philippe en fait un service de cheval luy et ses parchonniers et est patron de l'église de Saint Denys le Gast où il a deux portions et vaut chacune portion du dixiesme 80 liv. et aussy vaut ce que le dict Philippe a au dict fieu et en la dite vicomté 200 liv. de revenus an pour autre ou viron et a plusieurs fiefs en la dicte vicomté qui sont tenus du dict Philippe les uns par parage et les autres en hommage. »

Robert Meurdrac et Jehan de la Rochelle possédaient aussi chacun un fief dans la paroisse de Saint-Denis-le-Gast.

On trouve qu'en 1394 Henry de Saint-Denys, seigneur de Saint-Denis-le-Gast, devait envoyer trente de ses ainés ou aînesses garder les foires de Montmartin-sur-Mer.

La seigneurie de Saint-Denis-le-Gast, après avoir appartenu à la famille Meurdrac, arriva dans celle des Le Marquetel, qui la possédait dès la fin du XV° siècle.

En l'année 1546, Gilles Le Marquetel était seigneur et châtelain de Saint-Denis-le-Gast et de Montfort. Il épousa Madeleine Martel, sœur d'Etienne Martel, évêque de Coutances, de la branche de Bacqueyille-Martel, famille dont un des membres, Guillaume Martel, fut, en 1141, grand sénéchal de Normandie.

Jean, leur fils, prit le nom et les armes de Saint-Denys, et devint seigneur et châtelain de Saint-Denis-le-Gast. Il épousa Catherine Martel, de la branche de Fontaine-Martel. Il fut député par la noblesse de la vicomté de Coutances pour assister aux assemblées qui eurent lieu dans la grande salle du manoir archiépiscopal à Rouen, pour la réforme de la coutume.

Jean Le Marquetel eut six filles et deux fils.

Henri mourut sans avoir été marié.

Son frère Charles épousa Charlotte de Rouville, de la famille des comtes de Rouville de la Cour, et qui, par sa mère, se rattachait à celle des Leveneur, comtes de Tillières.

Charles de Saint-Denis et Charlotte de Rouville eurent six fils et une fille qui mourut jeune. Chacun des enfants, outre son prénom, reçut un nom de distinction de l'une des terres qui relevaient de la seigneurie de Saint-Denis-le-Gast, et un surnom tiré de son caractère particulier. Ainsi, on appelait:

François dit de Hollande, l'honnête homme.
Jean dit de la Bloutière, le fin. Il devint abbé.
Charles dit de Saint-Evremont, l’esprit.
Pierre dit de Grimesnil, le soldat.
Henri dit de la Neuville, le dameret.
Et Philippe dit le Tanus, le chasseur.

La seigneurie de Saint-Denis continua d'appartenir à la famille Le Marquetel, qui, en vertu de lettres patentes du roi de l'année 1591, avait obtenu la permission de prendre le nom de Saint-Denys. Une dame Le Marquetel la transmit à Henriette Le Marquetel de Saint-Denys de Saint-Evremond, qui épousa Jacques-François Le Vaillant, avocat général au parlement de Normandie. Ensuite elle appartint à Perrette-Claudine-Henriette Levaillant, épouse de M. Dunot-d'Eberville, et elle devint enfin la propriété de Madame Dubosq de Vitermont, qui la transmit à sa fille, la marquise de Dollon. Le domaine de Saint-Denis-le-Gast a été vendu, il y a quelques années, par la famille de la Goupillière de Dollon.


CHATEAU. — Le château de Saint-Denis-le-Gast était un château de défense. Les troupes du roi de France s'en emparèrent en 1430; mais elles y furent attaquées quelques années après, par le sire Thomas Scales, commandant les troupes anglaises. Souvent les soldats français et les soldats anglais en vinrent aux mains; el il parait que plusieurs combats s'engagèrent à Saint-Denis-le-Gast, à Beauchamps, et dans un endroit nommé la Prévotière, sur la paroisse du Mesnil-Hue. Les Anglais restèrent les vainqueurs, et, en l'année 1440, ils durent démolir les fortifications du château qu'ils ne pouvaient garder.

A peu de distance de l'église, vers la rivière de Sienne, on voit encore quelques ruines de l'ancien château-fort de Saint-Denis-le-Gast, que les seigneurs habitèrent jusque vers le milieu du siècle dernier. Leur habitation se trouvait dans l'enceinte des fossés de la forteresse. On y remarquait de grands appartements, et notamment deux salles qui avaient chacune deux cheminées.

L'enceinte était flanquée de tours de défense, et on y arrivait par un pont-levis jeté sur un fossé profond.

Dans le cours du XVII° siècle, il y avait à Saint-Denis-le-Gast deux fiefs nobles. Les fief et châtellenie de Saint-Denis-le-Gast appartenaient à Jacques-François de Saint-Denys, et s'étendaient sur Grimesnil. Ils étaient d'un revenu de 4 à 5 000 livres de rente.

L'autre fief, nommé le Fief du Chouquet, appartenait à André de Bereauville.

Saint-Denis-le-Gast vit naitre, en 1613, Charles de Saint-Denys, sieur de Saint-Evremoud. Destiné par sa famille à la magistrature, il mena de front les plaisirs, la littérature, la jurisprudence et une science, l'escrime, dans laquelle il se distingua, si on en juge par |a renommée que conserva longtemps dans les salles d'armes la botte de Saint-Evremond. Une passion plus forte l'entraîna vers le métier des armes. Tout en remplissant ses devoirs militaires, il prenait place parmi les beaux esprits du temps. Ses plaisanteries sur Mazarin le conduisirent à la Bastille. Il en sortit après trois mois; mais menacé bientôt d'y rentrer, il se retira en Hollande d'abord, et ensuite en Angleterre. Son esprit le fit rechercher par les hommes les plus distingués. Il y devint l'ami, le confident de la belle et spirituelle duchesse de Mazarin. Il mourut après 42 ans d'exil, en 1703, et l'abbaye de Westminster ouvrit ses portes pour cet illustre écrivain normand qui n'avait pu trouver un tombeau dans sa patrie.

« A 88 ans, écrivait-il, je mange des huitres tous les matins, je dine bien, je ne soupe pas mal; on fait des héros pour un moindre mérite que le mien. »

Les femmes trouvaient beaucoup de charmes dans sa conversation ; mais aussi il s'était appliqué à connaître les moyens les plus propres à se concilier leurs bonnes grâces. « Le premier mérite auprès des dames, écrivait-il, est d'aimer; le second est d'entrer dans la confidence de leurs inclinations; le troisième, de faire valoir ingénieusement tout ce qu'elles ont d'aimable. Si rien ne vous mène au secret du cœur, il faut gagner au moins leur esprit par des louanges; car, au défaut des amants, à qui tout cède, celui-là plait le mieux qui donne aux femmes le moyen de plaire davantage. Dans leur conversation, songez bien à ne jamais les tenir indifférentes : leur âme est ennemie de cette langueur : ou faites-vous aimer, ou flattez-les sur ce qu'elles aiment, ou faites-leur trouver en elles de quoi s'aimer mieux; car enfin il leur faut de l'amour, de quelque nature qu'il puisse être. »

Il parait que dans sa vieillesse Saint-Evremond abandonna son penchant pour la satire. C'est ce que nous apprennent les vers suivants, qu'on peut citer plutôt comme prose rimée que comme poésie :

Je perds le goût de la satire ;

L'art de louer malignement

Cède au secret de pouvoir dire

Des vérités obligeamment.

Saint-Evremond avait beaucoup d'esprit. C'était un écrivain agréable, ingénieux. Ses œuvres se composent surtout de lettres, parmi lesquelles on en rencontre quelques-unes de la célèbre Ninon de Lenclos, qui s'y montre avec tout son caractère et son esprit. Ce que Saint-Evremond écrivait avait tant d'attrait que les libraires disaient : Faites-nous du Saint-Evremond.

La naissance à Saint-Denis-le-Gast de cet écrivain célèbre du grand siècle de Louis XIV est un fait assez important de son histoire, pour que cette commune doive tenir à honneur d'en garder le souvenir.

Sourdeval-les-Bois

Sourdeval, Sordevallis, Surdavallis.

Ce surnom des Bois indiquerait qu'il y avait autrefois des bois dans le voisinage.

Les murs de la nef et du chœur de l'église ont été en partie refaits; mais on y remarque encore des pierres disposées en arête de poisson. Le mur méridional du chœur était percé d'une porte cintrée qui est aujourd'hui bouchée.

Les fenêtres-qui éclairent l'église sont les unes carrées, les autres à arcade trilobée. Le mur absidal est droit, et se termine en forme de fronton triangulaire. On y a adossé une sacristie à pans coupés.

Le chœur et la nef sont voûtés en bois.

On remarque dans l'un des murs une crédence dont l'ogive est trilobée.

La tour qui précède l'église est carrée et se termine par un petit toit pointu, couvert en ardoises. La couverture de l'église est en essente.

L'église est sous l'invocation de Notre-Dame. Taxée à trente livres de décime, elle était comprise dans l'archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. Le curé avait toutes les dimes. Le Seigneur du lieu exerçait le droit de patronage, et présentait à la cure. Dans le cours du XIII° siècle, c'était Hugues Carbonnel qui avait le patronage.

A la fin du XVII° siècle, messire Sébastien de Montaigu possédait le fief noble de Sourdeval, et était seigneur de la paroisse. Ce fief avait fait partie du comté de Mortain. Le moulin banal qui en dépendait valait 100 livres de revenus.

La Haye-Comtesse

La Haye-Comtesse, Haya Comtessa, Haya Comitisse.

L'église est d'une construction récente (1845). Elle se compose d'un chœur, d'une nef et de deux chapelles. La sacristie, placée derrière l'autel, s'accède par deux portes, l'une à droite, l'autre à gauche.

On a, dans la construction de cette église, adopté, et avec raison, le style ogival, mais l'ogive simple et sans moulures.

La tour, placée à l'extrémité occidentale de la nef, est carrée et éclairée par des ouvertures rondes (oculus) et par des fenêtres à doubles ogives, encadrées dans une plus grande. Elle est couronnée par une espèce de lanterne à jour.

Le mur absidal est à pans coupés, et on a placé les contreforts sur les angles.

L'entrée principale de l'église n'est pas à l'occident, elle est ouverte dans le mur méridional de la tour.

L'église est sous l'invocation de saint Pierre. Elle dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray, et payait 22 livres de décime. Le patronage était laïque, et le seigneur du lieu présentait à la cure. Dans le XIII° siècle, c'était Jourdan de la Haye-Comtesse avec les héritiers de Luce de Guéhébert qui avaient ce patronage. Le curé était seul décimateur, et il avait aussi quelques terres aumônées. Le tout lui valait 28 livres.

La paroisse pour le temporel est réunie à Sourdeval-les Bois; mais elle a conservé son église que dessert un prêtre. Les habitants veulent prier là où prièrent leurs pères, et reposer près de leurs ancêtres. Cest un pieux sentiment qui les honore.

« L'abbé et le couvent de Hambye, dit un acte de l'an 1327, tiennent à la Haye-Comtesse une portion de franc flé en aumosne des seigneurs de Hambye, et vaut de revenu bon an mal an 16 livres. »

L'an de grâce 1363. le samedi avant la saint Georges, noble et puissant messire Foulques Paynel acheta des héritages provenant de Montreul, en la paroisse de la Haye-Comtesse. On lit dans l'acte : « lesdits vendeurs chacun pour tous obligent eux et leurs hoirs leurs corps à tenir prison et tous leurs biens meubles et héritages présents et à venir ». Ainsi, dans le XIV° siècle, les clauses des contrats permettaient beaucoup plus que celles qu'on peut stipuler aujourd'hui.

Le 8 juillet 1541, noble homme François de la Haye, sieur de la Haye-Comtesse, rendit aveu à Louis de Rohan, seigneur et baron de Marigny, pour un membre de fief, sis à la Haye-Comtesse. Ce fief sur lequel il y avait manoir, colombier, étang, garenne, moulin et pêcherie sur la rivière de Sienne, devait seize hommes pour garder la foire de Montmartin quand elle se tient el qu'il leur est fait à cavoir par le provost de mondit seigneur en sa terre de Cenilly.

Dans le cours du XVII° siècle, on comptait trois fiefs nobles dans la paroisse. Le fief de la Haye-Comtesse appartenait à messire Jean Leroux, seigneur et patron du lieu , dont les armes étaient de gueules au chevron d'or accompagné de 5 coquilles de même, 2 et 1, et en chef une croix alésée de même. Jean Leroux avait épousé noble dame Marie-Marguerite-Madelaine Le Cocq.

Un autre fief était celui de l'abbé et des religieux de Hambye.

Le troisième était possédé par le prince de Guémené, et dépendait du marquisat de Marigny qui s'étendait ainsi jusque dans la paroisse de la Haye-Comtesse.

On trouve comme seigneurs de la paroisse :

En 1541, noble homme François de La Haye, sieur de la Haye-Comtesse.

En 1562, noble homme Enguerrand de La Haye, sieur de la Haye-Comtesse.

En 1639, Henri Le Roux, écuyer, sieur de la Haye-Comtesse.

En 1689, Jean Leroux.

A peu de distance de l'église, on remarque une maison dont les fenêtres annoncent la fin du XVI° siècle. C'était, me dit-on, le manoir des seigneurs de la Haye-Comtesse.


Ver

Ver, Vair, Veyre, Vere.

L'église est un parallélogramme rectangle. La nef, quoique retouchée dans plusieurs parties, appartient au XII° siècle, peut-être à la fin du XI°. Ses murs offrent l'opus spicatum, ou de la maçonnerie en arête de poisson. Au nord, elle n'était pas éclairée, et la petite fenêtre carrée qu'on y voit aujourd'hui est d'une époque peu ancienne. La voûte de la nef est en bois.

Le chœur est du XIII° siècle. Les arceaux de sa voûte, en pierre, viennent tomber sur des colonnes engagées dont les chapiteaux sont ornés de volutes. Ses fenêtres septentrionales sont à ogive, et garnies de colonnes. Au midi, il est éclairé par trois fenêtres : deux sont du XV° siècle ; la troisième est d'une époque plus récente.

Le mur occidental est percé d'une fenêtre qui parait appartenir au XIII° siècle ; elle est à deux baies, divisées par un meneau, et encadrées dans une plus grande ogive.

La tour, couronnée par un toit à double égout, est placée entre chœur et nef. Le haut est postérieur à la partie basse, qui date du XIII° siècle. Elle est voûtée en pierre, et des colonnes engagées en portent les arceaux.

Une sacristie à pans coupés est adossée contre le mur absidal, qui est droit, et se termine en forme de fronton triangulaire.

On remarque des pierres tombales qu'aux attributs, formés de croix et de calices, qui les couvrent, on reconnaît pour appartenir à des prêtres. Sur une d'elles, j'ai relevé l'Inscription suivante :

ICI REPOSE LE CORPS DE M° SEBASTIEN BRIENS, Ptre VICAIRE DE CE LIEU DÉCÉDÉ LE 29 MARS 1678.

L'église est sous l'invocation de la sainte Vierge. Elle payait pour décime 25 livres, et dépendait de l'archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Henri II, duc de Normandie, avait donné cette église, ainsi que celles de Gavray et du Mesnil-Amand, à la cathédrale de Bayeux, au profit de laquelle elles formaient une prébende. C'était le chanoine prébendé de Gavray qui avait le patronage de l'église de Ver, et présentait à la cure. Il percevait toutes les dîmes, et le curé n'avait que le casuel.

Il y avait sur la paroisse de Ver, au lieu dit le Valencey, une chapelle qui, comme une partie de l'église, datait du XII° siècle. Elle payait une décime de 30 livres ; le seigneur de Valencey y présentait ; elle était sous le vocable de sainte Marguerite.


FAITS HISTORIQUES. — Ver signifie, dit-on, rivière ou bord de l'eau. On sait que la rivière la Sienne coule à Ver.

La paroisse de Ver, quarante ans avant la conquête, faisait partie du domaine ducal. Elle est citée parmi les terres que Richard III, duc de Normandie, donna en dot à sa fiancée : concedo ergo libi jure detali de rébus proprietatis meœ civitatem quœ appellatur Constancia… concedo quoque curtem quœ dicitur Ver super fluvium Senœ cum silvis et terris cultis et incultis.

Sur les listes des compagnons de Guillaume lors de la conquête, on trouve le sieur de Ver. Un écrivain anglais dit que Geoffroy de Ver figurait à la conquête parmi les chevaliers de Guillaume de Moyon. Robert, fils de Bernard de Ver, fut connétable d'Angleterre.

En l’année 1135, ce fut Robert de Ver qui conduisit en Angleterre le corps de Henri 1er. L'année suivante, il signa la charte de joyeux avènement qu'Etienne de Blois donna à Oxford.

Deux paroisses, du nom de Ver, dans la Basse-Normandie, Ver près Bayeux, et Ver près Coutances, revendiquent l'honneur d'avoir été le berceau de l'ancienne maison des comtes d'Oxford. Ver près Bayeux est plus important ; mais ce qui parait assurer les droits de Ver qui nous occupe, c'est que dans le Domesday, ou livre cadastral de l'Angleterre, à la fin du XI° siècle, Alberic de Ver est indiqué comme sous-tenant de Geoffroy, évêque de Coutances, dans les comtés où Alberic figure lui-même comme tenant en chef du roi. Quoi qu'il en soit, la famille normande de Ver est citée parmi les bienfaiteurs des abbayes de Sainte-Trinité de Caen, de Fontenay, d'Aunay, de Savigny et de plusieurs autres maisons religieuses. Elle conserva aussi des relations de parenté avec la branche anglaise. Ainsi, on voit dans des chartes normandes qu'Alberic de Ver, comte d'Oxford, abandonna, en l'année 1209, à l'abbaye de Sainte-Trinité, tous ses droits sur plusieurs manoirs qu'il avait en Angleterre, sous la condition que deux jeunes filles seraient admises comme religieuses dans ce monastère, et qu'elles seraient présentées par lui ou par les comtes ses successeurs en Normandie. On trouve encore en 1248 Geoffroy de Ver, miles, chevalier, et en 1304 Jean de Ver.

Celte famille a existé plus longtemps en Angleterre qu'en Normandie. Cependant, sous le règne de Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre, Raoul de Ver devait le service d'un chevalier au château de Gavray. Dans le XIII° siècle, d'après le registre des fiefs de Philippe-Auguste, Guillaume de Ver, Guillelmus de Ver, devait, avec plusieurs autres seigneurs, le service de trois chevaliers et demi pour la garde du même château : debent servicium trium mliitum et dimidii ad custodiam Gaure. Robert de Ver, en 1272, prêta au roi serment de fidélité pour un fief entier. Dans le XIV° siècle, la famille Louvel avait remplacé les anciens seigneurs de Ver, et la seigneurie de Ver était devenue un plein fief de haubert. Elle continuait à devoir au château de Gavray le service militaire en temps de guerre. Voici ce qu'on lit dans un acte de l'an 1327 : « Jehan Louvel escuyer tient des hoirs Fouquier Louvel par parage un fief de haubert en la paroisse de Ver et fait le dict escuyer pour le dict fieu un chevalier au château de Gavray par le temps de guerre. »

Au nombre des cent dix-neuf gentilshommes qui, en 1423, défendirent avec Louis d'Estouteville le Mont-Saint-Michel contre les Anglais, figure le sieur de Veir.

Il y avait aussi, dans le XIV° siècle, une foire à Ver; car on trouve qu'en 1395, Raoul Chaalon prenait 12 deniers de rente sur la foire Toussaint à Ver .

Lorsque, dans le cours du XV° siècle, Charles VII, guidé par Jeanne d'Arc, eut chassé les Anglais et reconquis son royaume, il rendit aux seigneurs qui lui étaient restés fidèles les terres et les seigneuries qu'ils avaient perdues. Alors Jehan Louvel, seigneur de Ver, fut réintégré dans tous ses domaines, et sa seigneurie, que l'Anglais Guillaume Walpon avait obtenue, lui fut rendue.


SEIGNEURIE DE VALENCEY.— Il existe dans la paroisse de Ver une terre qui a toujours été connue sous le nom de Valencey, et qui était seigneuriale. Il parait que dans un temps elle aurait été divisée, car on disait le grand et le petit Valencey.

Sous Philippe-Auguste, le fief de Valencey devait le même service que celui de Ver au château de Gavray ; c'était alors Guillaume de Ver qui le possédait aussi : Guillelmus de Ver tenet feodum unius militis apud Valence ad servicium Guaraii . On voit aussi qu'Agnès de Valencey, Raoul de Thieuville, Guillaume de Ver et Guillaume de Montaigu devaient, pour garder le château de Gavray, le service de trois chevaliers et demi : Radulfus de Tevilla, Guillelmus de Ver, Agnes de Valence et Guillelmus de Monte-acuto debent servicium trium militum et dimidii ad custodiam Gaure.

La seigneurie de Valencey avait le titre de baronnie, et on trouve plusieurs fiefs qui en relevaient.

Après les Louvel, ce furent les Gascoing qui possédèrent la seigneurie de Ver et la baronnie de Valencey. La famille Louvel et la famille Gascoing sont anciennes, et l'une et l'autre ont été distinguées en Angleterre aussi bien qu'en Normandie. Les armes des Louvel étaient de gueules au griffon d'or. La famille Gascoing de Ver portait d'argent à trois feuilles de laurier en pairle de sinople, accompagné de trois molettes d'éperon de gueules.

Dans le cours du XVII° siècle, on trouve Louis de Gascoing, seigneur de Ver et de Valencey. Il épousa noble dame Marguerite Cornet.

Après lui, on voit figurer Gabriel de Gascoing, chevalier, comte et seigneur de Ver, baron du grand et du petit Valencey et d'autres lieux. Il se maria à Marie-Bertrande de Rochefort.

Leur fille, Marie-Gabrielle-Victoire de Gascoing, dame de Ver et baronne de Valencey, épousa Henri Leforestier de Mobecq, et porta dans sa nouvelle famille la seigneurie de Ver et la baronnie de Valencey.

C'est un de leurs enfants, M. Pierre-Henri Leforestier de Mobecq, chevalier de la Légion d'Honneur et de l'ordre de Malte, qui possède aujourd'hui la terre de Ver et la baronnie de Valencey.


CHATEAU DE VER. — Je n'ai pu me faire indiquer, dans la paroisse de Ver, l'emplacement de l'ancien château. Cependant la famille de Ver, dont plusieurs membres, dès l'époque de la conquête, figuraient parmi les premiers barons de l'Angleterre, et ont été comtes d'Oxford, a du posséder un château, ou au moins un manoir féodal, dans le lieu où fut son berceau. Peut-être aussi, les seigneurs de Ver devant le service militaire au château de Gavray, relevant du roi, leur avait-il été défendu d'élever château contre château.

Le château actuel de Ver, qu'habite M. Leforestier de Mobecq, ne doit pas être antérieur au XVII° siècle. Il est placé près de la rivière de Sienne.

On ne rencontre non plus à Valencey aucuns vestiges d'ancien château. Quelques personnes placent le château de Valencey sur un tertre qui porte le nom de Mont-de-Souris; mais c'est évidemment une erreur ; car Valencey a toujours fait partie de Ver, et le Mont-de-Souris dépend de Cérences.