85255 - Preuves de l'ancienneté de l'origine de l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm

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Article de 1864.

Preuves de l'ancienneté de l'origine de l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm

PAR M. FILLON.

Le monastère de St-Michel, que la tradition dit être issu de celui de Noirmoutier, fut fondé, vers la fin du VIIe siècle, sur un îlot situé à l'extrémité du golfe des Poitevins, îlot qui avait été habité aux époques celtique et romaine, puisqu'on y trouve des vestiges datant de ces périodes. Son nom d'Herm (Heremus, terre non cultivée) ne paraît lui avoir été donné que depuis la réédification du monastère par Ebles II , duc d'Aquitaine, dans la seconde moitié du Xe siècle, à la suite des invasions des Normands, qui avaient détruit les bâtiments de la première abbaye en 877, et avaient fait un désert de l'île.

Les documents écrits, relatifs aux temps antérieurs à cette seconde réédification , font absolument défaut. Rien n'a survécu à l'incendie du chartrier par les calvinistes, à l'époque des guerres de religion , sauf peut-être un exemplaire des Capitulaires , transcrit au IXe siècle , qui était passé dans la bibliothèque de l'évêque Colbert. Mais il me semble possible de suppléer à l'absence de ces documents, pour démontrer que le monastère de St-Michel-en-l'Herm eut, dès les temps mérovingiens et carolingiens, une importance assez grande.

Les conditions d'existence imposées à ses religieux, par la situation géographique de leur demeure, les obligea de vitre à la façon des mariniers, comme le faisaient ceux de Noirmoutier. Ne pouvant communiquer avec la terre ferme que par bateau, il en résulta que la plupart des établissements qu'ils fondèrent furent situés de préférence sur le rivage de la mer et sur le cours de certaines rivières , où ils avaient accès direct par eau. Le Poitou , le pourtour de la portion du golfe des Poitevins où les flots pénétraient encore soit directement, soit au moyen de canaux ; l'Aunis et la Saintonge, les îles des bords de l'Océan reçurent ainsi plusieurs colonies.

Je citerai, par exemple, la Dive, îlot voisin, dont le nom rappelle un souvenir du paganisme, superposé sans doute à une tradition celtique ; l'île de Ré, Chatelaillon, Ste-Radegonde-des-Noyers, dans l'île de Champagné ; le Langon, St-Benoît-sur-Mer, St-Gilles-sur-Vie, St-Hilaire-de-Rié, ... Mais ce fut surtout vers le Lay, rivière dont l'embouchure était alors située tout près de leur îlot, que les moines de St-Michel dirigèrent de préférence leurs barques. Tout le long de son cours et de celui de plusieurs de ses petits affluents, ils fondèrent une multitude de prieurés ou de chapelles. Il suffit de comparer la liste suivante avec la carte pour s'en convaincre :

St-Denis-du-Pairé.

Mareuil.

Grues.

Dissais-sur-la-Smagne.

Curzon.

L'Angle-du-Lay.

L'Airoux.

Chantonnay , à petite distance de l'une des branches de cette rivière.

La Claie.

Le Champ-St-Père, sur le Graon.

St-Vincent-Sterlange.

St-André-sur-Mareuil.

Ste-Cécile.

Sur l'autre branche du Lay :

Charrault.

Javarsay.

St-Mars-des Prés.

Saint-Philbert-de-Pont.

Monsireigne.

Ce n'est pas tout : plusieurs de ces établissements secondaires devinrent à leur tour de petits centres, d'où partirent d'autres colonies qui allèrent se fixer sur divers points, placés presque toujours sur d'anciens chemins ou sur des voies romaines. C'est ainsi que de Chantonnay ils gagnèrent ce réseau de voies qui coupait le Haut-Bocage dans tous les sens, et qui les conduisit, de proche en proche, jusque sur les bords de la Sèvre nantaise, d'où ils se répandirent dans le pays situé au-delà de cette rivière. Nous les trouvons, en effet, aux Redoux, à Cheffuis, à St-Germain-l'Aiguiller, à Ardelay, aux Herbiers, à St-Mars-de-la-Réorthe, à la Gaubretière, à la Verrerie, à Mortagne, à Évrunes, à Chollet, à St-Michel-du-May, ...

St-Gilles, placé à l'embouchure du Jaunay et de la rivière de Vie, fut aussi l'un des centres de leurs incursions. Ils remontèrent ces deux petits fleuves et fondèrent des maisons à Givrand, la Chaise-Giraud et Landevieille, sur le premier, et sur le second : à St-Ambroise-de-Rié, St-Hilaire-de-Rié ; puis, prenant la voie qui se dirigeait vers Durivum (St-Georges-de-Montaigu), ils se posèrent à la Chapelle-Palluau et à St-Pierre-de-la-Lande.

Si nous nous mettons maintenant en quête de l'époque à laquelle les religieux de St-Michel ont pu remonter ainsi les rivières sans obstacle et suivre le réseau encore praticable des voies romaines, le simple bon sens veut que ce soit antérieurement à l'établissement du régime féodal, qui laissa se perdre ou détruisit systématiquement tous les chemins de grande communication, et antérieurement aussi à la construction de cette foule de chaussées, de moulins à l'eau qui coupèrent tous les cours d'eau, à partir de la seconde moitié du Xe siècle.

Donc, il résulte bien de cette quantité de fondations, qui remontent dès lors pour la plupart à une date antérieure à 877, époque de la destruction de St-Michel-en-l'Herm par les Normands, que cette abbaye eut, sous les derniers Mérovingiens et les premiers Carolingiens, une assez grande importance (1). (1) M. l'abbé Aillery s'est servi, dans l'introduction de son Pouillé du diocèse de Luron, d'une première note, où j'avais esquissé cette question sans la formuler d'une manière complète.

Le mode de donation des églises aux abbayes que pratiqua le régime féodal, mode de donation où présidaient seul le basant et le caprice des seigneurs, n'eût pu grouper avec autant d'ensemble et de régularité cette série des domaines et des dépendances d'une même maison religieuse.

Ces divers renseignements ont quelque valeur au point de vue historique; mais ils sont surtout d'une utilité extrême pour la géographie ancienne. Peut-être essaierai-je un jour, A l'aide des pouillés et des visites épiscopales du moyen-âge, y compris celle de Bertrand de Got, de dresser une sorte de statistique. Il n'est pas jusqu'à l'ordre dans lequel sont inscrits les noms de lieux sur certains pouillés, jusqu'au vocable des églises, dont il ne faille tenir compte.