72183 - Marçon - Vie quotidienne et coutumes

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Ferme l'Oriarière

Vie quotidienne

Travail et campagne

Gravure du XIX° siècle.PNG
  • Dans un environnement rural, l'habitant de Marçon est laborieux. Nos vignerons armés d'un pic, sont dans la vigne au lever du jour, et la nuit les y trouve encore. C'est qu'ils savent que le travail est la source de l'aisance, visible dans la facilité qu'ils ont d'acquérir de petites parcelles de terre. Cette grande division de la propriété, en permettant à chacun d'employer fructueusement les quelques écus gagnés par son labeur, est un puissant stimulant ; et l'acquisition de quelques ares de vigne fait, sur l'habitant de nos campagnes, l'effet que le placement des premiers fonds à la caisse d'épargne produit sur l'ouvrier laborieux et le domestique économe, c'est-à-dire le désir de travailler encore et d'épargner toujours, pour augmenter la mise.
  • Voici cependant le revers de la médaille : quelques Marçonnais, comptant trop sur l'avenir et manquant de prudence, achètent, à terme, au-delà de leurs ressources, et cette humi sacra fames[1], en leur créant des dettes, les condamne à vivre longtemps voire perpétuellement dans la gène, au milieu de leur biens.
  • Hélas !... Disons-le bien haut : cette population laborieusement rangée des campagnes n'a jamais été prise en grande considération par nos gouvernants. Les utopistes de Luxembourg, [2], dans leurs élucubrations socialistes, n'ont pas songé qu'elle existait. « Quittez un instant vos moelleux fauteuils, venez dans nos campagnes, et dites-nous, ô grands faiseurs de systèmes humanitaires, quel est celui qui doit susciter le plus de sollicitude, du campagnard laborieux et sobre qui s'expose à toutes les intempéries, qui subit toutes les privations, pour laisser à ses enfants un peu de pain qu'il arrose de ses sueurs ; qui gagne un franc chaque jour ; qui vit, lui et sa famille, avec cette faible somme, sur laquelle plusieurs trouvent le moyen d'économiser encore quelques centimes ; ou de l'ouvrier des villes, digne d'intérêt aussi sans doute, mais à qui, de par la loi[3], vous imposez quatorze heures de repos sur vingt-quatre, et un salaire triple de celui du paysan ; salaire qu'il dissipe, le dimanche et le lundi, dans des excès fâcheux pour la morale et désastreux pour sa santé !... »
  • « Une population laborieuse ne peut-être une population dangereuse ; et, si à Marçon, comme dans beaucoup d'autres lieux, en temps de tourmente révolutionnaire, les esprits se laissent facilement abuser par les rêves décevants de quelques hommes inquiets, turbulents ou envieux, adversaire-nés[4] de toute autorité, bientôt la réflexion vient démontrer au plus grand nombre qu'on ne bâtit pas solidement en l'air, qu'une société ne peut marcher à l'aventure ; et que ceux qui ont voulu se faire de la crédulité de nos campagnes un marchepied pour s'élever, ont eu tort de compter sur des hommes honnêtes, trop amis de la liberté, pour adorer comme telle l'idole débraillée, tournant le dos à l'ordre, qu'on présente à leurs hommages.[5]. »

Tenues vestimentaires

Vie familliale.jpg

Les jours de travail, les hommes portent la blouse de coton, et ils ont, pour la plupart, substitué le bonnet de coton et la casquette au chapeau. Les dimanches ordinaires, sans luxe mais proprement mis, ils ressemblent aux citadins des jours de fêtes, et ne figurent point aux noces et aux cérémonies de famille, sans être revêtus de la redingote de drap, du brillant gilet et du pantalon fin. Il est peu d'hommes qui, n'ayant pas dépassé 40 ans, ne soient pourvus de ce costume complet.
Tous ont remplacé les souliers ferrés par les bottes. Sous ce rapport, ils ont devancé les habitants de l'Ouest de notre département, qui n'ont pas renoncé, dans leurs cérémonies, à la veste et aux gros souliers.

Coiffes féminines

Les femmes de la campagne, les jours de travail, portent le grand bonnet ; et le dimanche, une coiffure de même sorte, mais plus ornée. Leurs robes sont sans faste, mais propres, et elles font moins usage de bijoux que dans d'autres régions du département. Cependant, plusieurs portent au cou une simple croix d'or surmontée d'un cœur, et attachée à un velours. Lorsqu'elles vont aux champs, elles sont couvertes d'un manteau en toile, ressemblant assez à un peignoir, mais moins large, afin de n'être pas gênées en tournant leur fuseau ; elles donnent à ce manteau le nom d'abriau.[6] Elles appellent coiffe ou toque, une coiffure en molleton imitant assez bien la tête du burnou, à cela près que le fond en est moins pointu, les deux côtés couvrent les épaules et le derrière se termine en pointe et retombe au milieu du dos. Elles mettent cette coiffe sur leur bonnet, et ne la portent que par mauvais temps (avant 1840).
En été, elles abandonnent ce costume fort peu gracieux, et recouvrent leur tête d'un chapeau de paille plus évasé que celui de nos dames, et qui n'en diffère que par l'absence de fond : elles donnent le nom de casquette à cette espèce de chapeau.

Alimentation

Consommation de viande..jpg
  • Les Marçonnais ne font presque jamais usage de viande de boucherie, si ce n'est pour le bouillon, quand il sont malades. Mais ils consomment une assez grande quantité de viande de porc, ainsi que de jeunes chevreaux, au printemps, car les chèvres sont abondantes dans le pays.
  • La quantité d'animaux citée ci-contre, est le résultat des déclarations des bouchers de Marçon ; car ceux-ci vendent davantage dans les communes voisines.
Bœufs :4 bœufs d'une consommation nette de 640 kilogrammes. Vaches : 14 vaches d'une consommation nette de 2000 kilogrammes. Veaux : 140 veaux d'une consommation nette de 1900 kilogrammes. Moutons : 50 moutons d'une consommation nette de 700 kilogrammes. Brebis : 50 brebis d'une consommation nette de 700 kilogrammes. Porcs : 100 porcs d'une consommation nette de 6500 kilogrammes. Chèvres et chevreaux : 400 chèvres et chevreaux d'une consommation de 1200 kilogrammes.
  • Les habitants de la campagne se contentent, à leur repas, de soupe, de quelques légumes, d'un peu de fromage de chèvres ou de fruits.
  • Le pain fait avec du froment pur, ou peu mélangé d'orge ou de seigle, est excellent, et sa qualité surpasse celle qu'on appelle deuxième qualité[7] chez les boulangers.
  • Le vin blanc, absorbé pur, serait la boisson habituelle de Marçon, mais souvent fatale aux habitants de la campagne ; car malgré la défense du médecin, ils en font grand usage, même dans les phlegmasies [8]les plus intenses. Le cidre est presque dédaigné ; et cela est regrettable, car il est de bonne qualité. Les années où abonde le vin, on utilise la plus grande partie des pommes en aliments pour les bestiaux [9]

Mœurs et habitudes

« Versons à pleine mains, le progrès et l'instruction morale sur ces populations ; mais en les éclairant, gardons-nous de corrompre ces excellentes natures : mieux vaudrait cent fois les laisser à leurs sentiments instinctifs.[10] »

  • En général les Marçonnais sont polis sans servilité ; et les enfants apprennent, de bonne heure, la civilité enseignée par leurs parents. Les étrangers sont frappés de la politesse des enfants qui ne passent point auprès d'eux sans les saluer. Économes, mais obligeants, nos habitants ne savent pas refuser un service. J'ai été souvent touché du fait que dans les maladies, on ne réclame presque jamais les secours d'une garde-malade salariée, et que les parents, les voisins, les amis remplissent cet office avec le plus louable empressement.[11]
  • Cette attitude doit-être exempte de flatterie ; et, « à Dieu ne plaise que mes paroles[12] tournent au paradoxe ou à l'hyperbole ; mais je le demande : y a-t-il dans le département une commune de cette importance,[13] qui puisse se présenter presque indemne de toute condamnation infamante, depuis plus d'un demi siècle ? Eh bien, Marçon, depuis soixante ans, n'a eu qu'une seule condamnation en cour d'assises. Quelques peines correctionnelles, peu graves, et en petit nombre, sont les seules que l'on puisse enregistrer ; et jamais personne ici n'a été soumis à la surveillance de la police. »
  • Disons encore, à l'honneur de cette population, que depuis 37 ans, sur 1321 naissances, il n'y eu que 40 enfants naturels, c'est à dire 1/33e.
  • « Je ne remplirais pas ma tâche, si je ne parlais, ne serait-ce qu'en passant, des sentiments religieux des habitants. Eh bien, il faut le dire, cela est vrai : il y a ici, peu, très peu d'habitudes religieuses : il n'y a, à vrai dire, ni amour ni dédain mais la plus grande indifférence en matière de religion.
Je ne puis que constater ce fait. Si les préjugés et les superstitions trouvent encore ici quelques adeptes, le nombre de ceux-ci diminue ; et le temps est bientôt passé où les paysans croyaient aux sorciers, et égayaient leurs veillées en effrayant leurs enfants avec les contes de leurs grand-mères. »

Coutumes marçonnaises

Les assemblées

La veillée, de Léon Lhermitte
  • J'ai dit que les caves étaient nombreuses : elles sont en outre, très vastes ; et en hiver, elles servent de lieu de réunion pour les veillées. On donne à ces réunions nocturnes le nom de veillons[14] ; et prêter sa cave pour cet usage, s'appelle donner le veillon. De même que, dans les villes, on est du cercle de l'union, du commerce, etc, à Marççon, on est du Veillon de La Lucerie, des Roches, du Bourg, etc.
Donc, tous les soirs, de mi-novembre jusque vers carnaval, quand la nuit est venue, que le souper est fini, les petits enfants couchés et les bestiaux pansés[15], on se rend au veillon. Les femmes et les filles y portent leur aiguille, leur tricot ou leur quenouille ; et celles qui cousent ou tricotent se rangent en cercle, assises sur la paille, autour d'un chandelier d'un mètre de hauteur, fiché en terre, et qui s'appelle le Pot. Au second plan, sont rangées les fileuses, ayant pour sièges des madriers ou des planches ; et pêle-mêle sont les frères, les maris et les voisins. Ces veillées se prolongent souvent fort avant la nuit. Point n'est besoin de dire que le caquetage ne reste pas à la porte, et que les nouvelles du village trouvent là plus d'écho.
  • Cet usage est très ancien, et ce n'est que depuis quelques années seulement qu'on a renoncé à l'habitude de donner, à la fin de la saison, un repas qu'on appelait le repas de qui file, et auquel prenaient part tous les habitués du veillon.


Langage et accent

  • À Marçon, il n'y a pas d'idiome[16] particulier et le langage y est assez correct. Cependant la consonne s est placée à tort et à travers, devant les voyelles initiales. Ainsi, on prononce j'ai zeu (pour j'ai eu), il a z'eu, ils ont z'eu, (pour il a eu et ils ont eu). On supprime cette consonne dans le mot moins et beaucoup disent : moin un quart, moin liard[17], etc. À l'article le, la, les on substitue l'adjectif démonstratif ce, cet, cette. Ainsi au lieu de dire : ma vache est dans le pré, je l'ai vue sur la place, dans la rue, etc ; on dit ce pré, cette place, cette rue. L'é fermé final se prononce, dans quelques régions de la campagne, comme è, et presque tous disent voyâge pour voyage.
Le mot train est souvent employé et signifie enfants ; ainsi on dit : il y a deux trains, ces trains là me font beaucoup d'embarras, etc.
  • L'accent manceau se fait peu remarquer, et celui du pays approche beaucoup plus de l'accent bref saccadé de la Touraine, que de la prononciation lourde et traînante d'une grande partie du Maine.


Souvenirs d'enfance[18]

André DROUAULT est né en 1922, à Marçon, au lieu dit la Connillière [19]. Ses grands-parents habitaient à Ruisseau. Pour la Gazette il nous livre ses souvenirs, l'espace d'un entretien.

  • À l'entrée de "Ruisseau", sous la route, coule une source. « Je l'ai toujours connue » raconte André Drouault. « Lorsque j'étais enfant, il n'y avait pas l'eau dans ces maisons ; les gens venaient puiser ici pour leur consommation, leur toilette... » Aujourd'hui (1998) la source est toujours au même niveau et à quelques mètres, où le ruisseau grossit, se trouve un lavoir. « Quand j'étais jeune, le lavoir était recouvert de tôle d'un côté et de chaume de l'autre, les femmes étaient à genoux lavant leur linge. Les gens de ce hameau ainsi que ceux des "Carries" et de "La Boulairie" descendaient en carriole avec leur linge qu'ils lavaient ici. En face du lavoir, les gens amenaient leurs outils chez le maréchal-ferrant, RIMBAULT. [...] Il y avait également un charron, s'appelant LETANNEUX. »
  • Les grands-parents d'André tenaient une épicerie-mercerie et une salle de café à "Ruisseau". « Tandis que ma grand-mère s'occupait de l'épicerie, mon grand-père était tonnelier-cerclier, fabriquait dans son atelier des feuillards[20] et des tonneaux, fûts et barriques, qu'on appelait autrefois dans la région busses, des baquets à vendanges, etc. » Pour faire des cercles, le grand-père d'André achetait des parcelles de taillis. Le bois vert du châtaignier, uniquement, fraîchement abattu, était ensuite fendu en trois. Puis le cerclier évidait l'intérieur, gardant l'écorce, et faisait des pelotes de cercles de la dimension d'une barrique, liées provisoirement. Enfin, les cercles, dits "de roulement", se mettaient par dessus les cercles en feuillard, pou protéger le tonneau. « Mon grand-père faisait le courtage pour les marchands de vin. [...] Il achetait donc du vin en barrique par lots pour des marchands ou des distilleries de Saint-Calais et du Mans. Les expéditions se faisaient à la gare de La Chartre-sur-le-Loir ou passaient par le Tramway de la Sarthe. »

Le sanitaire, le confort à cette époque était encore rudimentaires. Peu d'électricité, les gens se chauffaient grâce au bois. Certaines fermes avaient des cuisinières. Quant à la toilette, on la faisait dans une cuvette en faïence ou en céramique, se souvient André Drouault, et sur une table de toilette en marbre avec un pichet à proximité. Pas de médecin à Marçon. Jusqu'en 1935 environ, il fallait appeler celui de La Chartre(-le-Loir) ou celui de Château-du-Loir. Les médecins avaient une voiture, ce qui était rare à cette époque, avec chauffeur.


L'école, quand j'ai commencé était de venue mixte. On allait à l'école des filles, dans une classe où il y avait trois division, puis j'ai continué dans l'école des garçons. Quand on rentrait de l'école, on faisait nos devoirs puis on jouait. Vers dix-onze ans, nos parents commençaient à nous envoyer garder les vaches dans les prés. Il y avait peu de tourisme autrefois car le plan d'eau n'existait pas. Les seuls touriste était surtout les gens qui avait de la famille à MARÇON. Certains arrivaient par le train à la gare de MARÇON-VOUVRAY. C'était l'époque où la vie était dure mais on prenait le temps de vivre. Deux fois par an étaient organisés des assemblées, fêtes, car les gens, qui venaient également our danser, n'avaient pas tellement de distractions. Patrice Guérin[21] 1998.

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Référence.png Notes et références

  1. http://www.locutio.net/modules/Encyclopedia/copyright.php
  2. Le palais de Luxembourg est le siège du Sénat Français.fja.
  3. Décret du 2 mars 1848. fja (www.benedicte-reynaud.com/texte/Reynaud_Geneses-2011.pdf)
  4. ne respecte pas!
  5. Henri Gousson exprime ici ses prises de position pendant la révolution de 1848.
  6. Patois
  7. 1er, 2ème, 3ème qualité.
  8. Vieilli en médecine.Phénomène caractéristique de l'inflammation.
  9. À dose modérée pour les animaux.
  10. Point de vue de Henri Gousson en 1850.
  11. Cela s'appelle Solidarité.fja
  12. D'Henri Gousson.
  13. La moyenne de la population à Marçon depuis soixante ans a été de 2000 habitants.
  14. En patois.fja
  15. Soignés et alimentés
  16. Langage particulier à une communauté, à une région.
  17. https://books.google.fr/books?id=hcZjAAAAcAAJ
  18. Entretien réalisé par Patrice Guérin ; La Gazette de Marçon année 1998.
  19. Ou Cornillière- FJA
  20. Cercle de bois - Patrice Guérin.
  21. http://www.yvelinesradio.com/infos_all/affichage_all_01_489716576612_30440.html - FJA


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