61487 - Torchamp : Différence entre versions

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Version du 18 juillet 2022 à 10:05

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Torchamp
Informations
Pays Portail-regionalisme-FRA.png    France
Département Blason de l'Orne    Orne
Métropole
Canton Blason en attente.png   61-07   Bagnoles de l'Orne Normandie

Anciens Cantons
Blason en attente.png   61-07   Bagnoles-de-l'Orne (Années 2015 à 2020)
Blason en attente.png   61-27   Passais

Code INSEE 61487
Code postal 61330
Population 297 habitants (2018)
Nom des habitants Torchampois
Superficie 1 469 hectares
Densité 20.22 hab./km²
Altitude Mini: 111 m
Point culminant 262 m
Coordonnées
géographiques
48.546667° / -0.697778° (GoogleMaps) Cassini
Satellite / IGN / Cadastre (Géoportail)
Localisation (avant 2015)
          Arrondissement                 Canton                 Commune      ?
Section Tableau : Modifier

Sommaire

Histoire.png Histoire de la commune

La Seigneurie de TORCHAMP

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Famille de TORCHAMP

Armes de TORCHAMP : d’argent à la croix fleurdelisée de sable

1 - Hamelin de TORCHAMP en 1198 était capitaine gouverneur du château de Gorron [1]

Galo de TORCHAMP père de Barbe de TORCHAMP vers 1330 vivait encore
Barbe de TORCHAMP en 1295 épousa Éon (ou Léon) ACHARD, fils de Jean ACHARD, auquel elle apporta en dot, moyennant cent sous de rente aux moines de l'abbaye de Savigny, ce qui leur restait de biens à St Auvieu.

2 - Henri de TORCHAMP en 1338 fournit une partie du foin des terres aux haras du Comte d’Artois, seigneur de Domfront, à raison de 15 sols la charretée, non compris le transport. Ces haras étaient situés, l’un dans la forêt de la Brosse, l’autre au Breuil. Henri de Torchamp est aussi cité dans le Livre de Marie d’Espagne et vivait par conséquent en 1346. Il est dit possesseur du fief de Torchamp et de ses dépendances, et l’un des sept sergents fieffés de la forêt de Passais.

Famille de VILLETTE

(d'après une notice écrite par le Dr Joseph Rémon-Beauvais '"Seigneurs et Seigneurie de Villette"', éditée en 1938 à l'Imprimerie Follon de Flers).

La famille de Villette appartenait à la très vieille noblesse appelée noblesse « d’ancienne extraction ». Elle tirait son nom du village de Villette situé près de la gare de Torchamp sur le chemin qui conduit au bourg de Céaucé. Ses armes étaient : « d’azur à six tours d’argent posées trois deux et une ». Elles étaient surmontées d’un casque timbré et garni de son panache de mêmes couleurs. Sa devise : « Toujours Villette, toujours fidèle ».
Dès 1230 cette famille est représentée par Aubert de Villette. De 1340 à 1360, un Jean de Villette est abbé de Saint-Vincent au Mans. An 1447, un Guillaume de Villette, docteur-ès-lois, est recteur de l'Université de Caen.
Les de Villette possédaient le fief de ce nom sans doute depuis fort longtemps. La Seigneurie de Torchamp leur échut au moins dès le commencement du XVe siècle. Dès lors, il s'intitulèrent seigneurs de Torchamp et de Villette. Ils commencent à être vraiment connnus à partir de Jean Ier de Villette.

1ère génération - Jean Ier de VILLETTE le 17 août 1385 est signalé dans un acte . Le 2 septembre 1424 cet écuyer, seigneur de Torchamp et de Villette, nous est connu par une donation de quelques biens qu’il fit le 2 septembre 1424 au recteur de l’église de Torchamp et à ses successeurs pour le recommander chaque dimanche au prône ainsi que sa feue femme et tous ses prédécesseurs. Il eut pour fils et successeur :
2ème génération - Jean II de VILLETTE
Celui-ci s’intitula comme son père « seigneur de Torchamp et de Villette ». Il vivait au commencement du XVe siècle et était fils probable de Jean Ier de Villette. Le 19 janvier 1460, il donna aveu au roy du fief noble de la terre de Torchamp , ainsi que d’autres droits seigneuriaux dépendant de cette terre noble. Le 23 septembre 1490, il donna pareillement son aveu au duc d’Alençon des domaines de Torchamp et de Villette, lesquels domaines il tenait de ce Prince à foy et hommage pour un huitième de fief dans la mouvance de sa seigneurie de Domfront. Dans cet aveu du 23 septembre 1490, le domaine de Torchamp est dit contenir un étang et un moulin.
Il eut d’une alliance inconnue deux fils, et sans doute une fille Françoise qui est dite en 1516 veuve de Robert de Verdun. De ses deux fils, le premier Guillaume de Villette fut seigneur de Torchamp et le second Jacques de Villette fut seigneur de Villette.

+ Guillaume de VILLETTE succéda à son père dans la seigneurie de Torchamp. Noble homme Guillaume de Villette, écuyer, seigneur de Torchamp, et Jacques de Villette, son frère, partagèrent, le 25 avril 1492, les héritages que possédait Jean de Villette, leur père. Guillaume de Villette eut le domaine de Torchamp, et Jacques le lieu et domaine de Villette. Guillaume de Villette donna son aveu au duc d’Alençon comme seigneur de Torchamp le 4 mai 1507 et le 23 avril 1512, du domaine de Torchamp qu’il tenait de ce Prince à foi et hommage pour un huitième de fief de haubert. Il épousa demoiselle Marie Ralluau d’une vieille famille de Saint-Bômer et en eut une fille unique : Suzanne de VILLETTE. Celle-ci épousa Guillaume LESNÉ et lui apporta en dot, le 19 juin 1513, la seigneurie de Torchamp qui ainsi changea de famille.

3ème génération - Jacques Ier de VILLETTE vivant en 1518 épousa demoiselle Jeanne Le Héricé, de la famille des deux célèbres frères Le Héricé, qui prirent par surprise le château et la ville de Domfront en 1574. Celle-ci était encore vivante le 13 avril 1554 et était alors remariée avec noble homme Hector du Coudray.

4ème génération - Jacques II de VILLETTE Noble homme Jacques de Villette (fils de Jacques Ier de Villette et de Jeanne Le Héricé), écuyer, seigneur de Villette en partie, se maria le 1er novembre 1528 avec Dlle Marguerite (ou Madeleine) de Montarguins (ou Monterguin) fille de Jean Monterguin, écuyer. Il rendit aveu au roy le 23 juin 1553 de la moitié du fief de Villette et mourut avant le 31 janvier 1568 ayant eu de son mariage trois enfants :
+ François de VILLETTE qui suivra
+ Siméon de VILLETTE de La Pallu en Saint-Front. Le 16 avril 1568, Siméon de Villette avait acheté à Françoise Lesné veuve de Rolland de Chauvigny, la métairie de la Chopelinière en Lucé (Remembrances). Le 12 janvier 1574, il partagea avec son frère François l’héritage paternel. Il acquit de Jacques et Josselin Achard le 15 mai 1576 pour 74.000 livres le lieu et manoir de la Pallue, avec la métairie de la Cour de la Pallu et la métairie du Passoir (Remembrances de François de Villette), et le 8 juillet suivant pour 1.000 livres, le fief et sieurie noble du dit lieu. Siméon de Villette était encore vivant le 25 juillet 1584, mais décédé avant le 9 novembre 1596. Il eut plusieurs enfants dont aucun n’eut de rapport avec la seigneurie de Villette et dont en conséquence, il ne sera pas ici fait mention.
+ Marguerite de VILLETTE, qui épousa Mainfroy Le Cilleur, écuyer, sieur de Lionnière en Torchamp.

5ème génération- François de VILLETTE né à Torchamp, se dit écuyer, seigneur de Villette, de Gonherays et de Landelinaye. Il devint seigneur de la Pallue après la mort de son frère Siméon de Villette et seigneur de Valaubin en Soucé, par son mariage, avant le 13 décembre 1559 avec Dlle Jeanne Vegeais, fille de Jacques Vegeais, seigneur de Valaubin, et de Jeanne Provost.
Il était âgé d’environ 70 ans le 3 juin 1590, date d’un acte de comparution qu’il fit devant René de Saint-Denys, sieur de Hartray, chevalier de l’ordre du Roi, capitaine de 50 lances pour le service de sa Majesté et gouverneur des ville et château d’Alençon. Cet acte porte que « luy et Pierre de Villette, écuyer, son fils aîné avaient juré qu’ils avaient toujours été très humbles et fidèles serviteurs de leur Majesté et du roi Henri quatrième, roy de France et de Navarre, et voulaient demeurer en son obéissance sans adhérer ne donner ayde ne secours à ceulx de la Ligue, ne aultres ses ennemis et adversaires en quelque manière que ce soit. » Le Seigneur de Hartray ajoute que ledit François de Villette « n’ayant moyen de venir et le suivre à l’armée pour son antiquité, il l’avait retenu, commis et député pour demeurer en cette place d’Alençon et avoir soin de faire travailler les bionniers qui viendraient chaque jour pour besogner aux fortifications et remparts ordonnez être faites en ce château, fossez et environs d’iceluy. » Ledit seigneur de Hartray atteste de plus que « depuis ledit temps, François de Villette s’était toujours continuellement tenu en ce dit lieu, faict tout devoir de bon et fidèle serviteur de Sa Majesté et encore y faisait service alors. »
François de Villette acquit par acte de 1598 de Me François Gillebert, avocat, la moitié de la sergenterie de Domfront.
François de Villette mourut au mois de Mai 1600 et demoiselle Jeanne Vigeais, sa femme, le 19 décembre 1606. De leur mariage étaient issus deux fils Jean et Pierre, qui se partagèrent la Seigneurie de Villette:
6ème génération-1- Jean de VILLETTE
Écuyer, seigneur de Landelinaye et de Villette (en partie), Jean de Villette épousa Jeanne de Logé qui lui apporta en dot la terre de Beauchesne en Cigné. De sa première union, Jeanne avait eu une fille Françoise qui épousa Claude CORMIER, et lui apporta en dot ce que Jean son beau-père possédait à Villette. Né en 1626, Claude Cormier s’intitula plus tard : chevalier, seigneur de la Bindellière, Creuillet et Villette. Son fils Charles CORMIER eut d’une alliance inconnue une fille : Marguerite Antoinette, qui épousa Messire Louis de Quincé, chevalier comte du lieu et du Saint-Empire, maréchal de camp général des carabiniers de France, gouverneur des villes et châteaux de Narbonne et de Domfront, et filleul du roi Louis XIII.
Charles Cormier ne transmit pas à son gendre la seigneurie de Villette. Il l’échangea contre une autre propriété, avec Anne Germont, femme de Henri Lesné, seigneur de Torchamp. C’est ainsi que cette partie de la seigneurie de Villette, qui contenait 50 journaux, après avoir appartenu aux de Villette, puis aux Cormier, fut désormais réunie au Domaine de Torchamp, et, de nos jours, elle est toujours la propriété du châtelain de Torchamp. Mais restait l’autre partie, dont avait hérité Pierre de Villette, fils de François et de Jeanne Vegeais, lors des partages qu’il avait faits avec son frère Jean.

6ème génération-2- Pierre de VILLETTE
Pierre de Villette prit les titres d’écuyer, seigneur de la Pallu, de Valaubin, de Villette et de la sergenterie noble de Domfront et s’unit (contrat du 7 juin 1571), à demoiselle Hardouine des Chapelles , fille aînée de Guillaume des Chapelles, écuyer, seigneur des Chapelles, capitaine de la ville de Domfront, et de Guillemette de Montesson.
Comme son père et suivant la devise de la famille : « Toujours Villette, toujours fidèle », il mit son épée au service du Roi, ainsi que l’atteste un certificat en date du 16 mai 1590, dans lequel Pierre d’Harcourt, baron de Beuvron, chevalier de l’Ordre du Roy et capitaine de 50 hommes d’armes, déclare que Pierre de Villette servit le roi sous sa conduite et qu’il le suivit sans désemparer, depuis le siège de Falaise jusqu’à la bataille de Saint-André et jusqu’à son retour en la ville de Caen. Comme son père aussi, il combattit dans le parti huguenot.
Dans les dernières années de sa vie, il lui fut donné, chose assez étrange, d’assister au baptême de sa femme : « demoiselle Hardouine des Chapelles, épouse de Mr de Villette », qui fut en effet baptisée à la Baroche-sous-Lucé, le 2 avril 1608, par Me François Busson, prêtre, prieur de la Baroche. Née à une époque où le pays était divisé en catholiques et huguenots, ennemis acharnés, il serait tout naturel de penser qu’Hardouine fut élevée dans le protestantisme, mais justement son père et son frère combattirent vaillamment dans les rangs catholiques. Aussi ce baptême tardif reste une énigme. Pierre de Villette eut de son mariage avec Hardouine des Chapelles au moins cinq enfants :

+ Charles de VILLETTE qui suivra
+ Urbain de VILLETTE qui suivra
+ Marie-Jeanne de VILLETTE qui épousa en 1ères noces Pierre Tetrel, écuyer, sieur d'Anès (ou d'Avès) et, en 2èmes noces Robert Le Maître, sieur de la Mancellière.
+ Marguerite de VILLETTE qui épousa Mainfroy le CILLEUR, sieur de Lionnière à Torchamp.
+ François de VILLETTE, écuyer, seigneur de la Pallu, qui épousa Marguerite Gallois et fut l'auteur d'une branche qui quitta le Passais pour habiter la région de Falaise, puis de Caen, et, enfin, le département de l’Oise et Paris. La fortune considérable de cette branche fut, en mars 1763, érigée en marquisat, sous le nom de du Plessis-Villette. Le dernier marquis mourut au milieu du XIXe siècle, sans enfants
7ème génération-1- - Charles de VILLETTE
Écuyer, seigneur de la Pallu, terre qu’il choisit le 22 juillet 1608, dans les partages de la succession de son père, Charles de Villette s’intitula aussi seigneur de la sergenterie noble de Domfront, dont il acquit, le 10 novembre 1623, la moitié que possédait son frère Urbain.
Charles de Villette ne prit pas, semble-t-il, le titre de seigneur de Villette. Cependant en 1618, il possédait 45 acres de terre à Torchamp, tant au lieu de Villette qu’aux Landes. Il est probable qu’il céda ce qu’il possédait à Villette à son frère Urbainde Villette, qui, lui, se fit appeler seigneur de ce lieu.
Il fut maître d’hôtel d’Henry de Bourbon, prince de Condé, suivant une lettre sans date que ce prince écrivit au sieur Viquet, conseiller d’État et avocat général au Parlement de Rouen, pour lui recommander un procès que le dit seigneur de la Pallu avait à cette Cour et par laquelle on voit qu’il était fort considéré de ce prince.
Charles de Villette avait épousé Françoise Germont, fille de feu Me Christophe Germont, écuyer, sieur de la Vente, maître des Eaux et Forêts de la vicomté de Domfront et de Françoise Couppel de l’Épinay. Charles de Villette fut inhumé dans l’église de St Front le 6 octobre 1631 (Registre paroissial de Torchamp).
De l'union avec Françoise Couppel naquirent trois filles :
+ Marie Antoinette de VILLETTE, qui épousa Guillaume de Cairon, sieur du lieu de la Harclaie et de Saint-Vigor, et lui apporta en dot le domaine de la Pallu.
+ Julienne de VILLETTE, qui s’unit en premières noces à Pierre d’Aunay, baron de Saint-Poix, et en deuxièmes noces, à Guy de Héricy, sieur de Dompierre (paroisse de Freville près de Caen), patron de Mesnil-Auger et de Livet, fils de Auguste de Héricy, seigneur de Pompierre, vice-amiral de Normandie.
+ Françoise de VILLETTE, femme, en premières noces, de Charles de Bellée (alias Thomas du Bellay), seigneur du lieu, chevalier, capitaine de gardes, puis gouverneur de Barcelone ; et, en deuxièmes noces, d’Antoine Auber, chevalier, baron d’Aunay et de St-Aignan. De ce second mariage sortit Marie-Françoise Auber, qui s’unit à René de Froulay, comte de Tessé, qui devint maréchal de France, sous le nom de Maréchal de Tessé.
7ème génération-2- - Urbain de VILLETTE
Né du mariage de Pierre de Villette et de Hardouine des Chapelles, Urbain de Villette est dit écuyer, seigneur de Villette, Valaubin et La Poitevinière. Comme son père, il habita le manoir de la Poitevinière, en la Baroche.
Il mourut en 1642 et fut inhumé dans sa paroisse. Il aurait contracté trois alliances : la première avec Claude le Cilleur, fille de noble Arthur le Cilleur , écuyer, sieur de Cheviers et de Marguerite Boispitard, la deuxième avec Françoise Durand de Lorière, la troisième avec Barbe des Chapelles . Le contrat de mariage d’Urbain de Villette et de Claude Le Cilleur fut passé le 23 décembre 1608.
De ses deux mariages eut 5 enfants, mais les dates sur les mères respectives sont contradictoires et il est difficile de retrouver les liens mère-enfant:
+ Brice de VILLETTE , baptisé à la Baroche le 8 octobre 1615 (parrain : noble Brice Couppel, °° écuyer, vicomte de Domfront ; marraine : Dlle Geneviève de Courtarvel, épouse de noble Jehan Millet, sieur de Burllières et de Bon-Renom.
+ Marguerite Françoise de VILLETTE, baptisée à la Baroche en 1617 (parrain : Charles de Villette, sieur de La Pallu).
+ Françoise de VILLETTE, baptisée le 2 juin 1623, qui épousa (contrat du 28 février 1641) Pierre Chardon, sieur de la Brardière, demeurant à la Touche, en Beaulandais, fils de Pierre Chardon, sieur de la Touche et d’Aragonde Fourneau.
+ Antoine de VILLETTE qui fut sieur de Le Chesnay et demeura à la Poitevinière
+ Charles de VILLETTE, baptisé à la Baroche le 24 mars 1612
Dernier enfant d'Urbain de Villette et de Claude Le Cilleur, Charles de Villette était encore, le 15 septembre 1643, mineur et sous la tutelle de sa mère et de François Lesné, seigneur de Torchamp. Il se qualifia de chevalier, seigneur de Villette, de la Poitevinière, du Creux et de la Sirardière (Beaulandais), de la Barillère et de la Rousselière (Saint-Front). Le manoir de la Poitevinière fut sa résidence.
Le 2 août 1671, il présenta au greffe de l'élection de Domfront, les titres de sa noblesse, et, le 7 février 16665, il rendit aveu au Roi:
1°) du lieu et métairie de la Poitevinière
2°) du lieu de la Varillère
3°) de la métairie de la Rousselière.
Le manoir de la Poitevinière dut être construit par Charles de Villette, si l'on tient compte de la date "1677", gravéée sur la pierre qui couronne la porte d'entrée, côté du jardin.
Ce vieux logis existait toujours (en 1938, date de cette notice), bien conservé et a gardé une partie des larges fossés qui l'entouraient. Dans la pièce principale existe une imposante cheminée avec, au fond, une grande plaque de fonte armoriée, dont le blason est supporté par deus lions. De la façade principale partait une large et longue avenue qui traverse aujourd'hui perpendiculairement la route de Domfront à Alençon. Le tracé de cette avenue, dans la partie située au-delà de la route, est bien conservé.
Par contrat du 25 juillet 1665, Charles de Villette avait épousé demoiselle Marie MILLET, fille aînée et principale héritiière de Charles MILLET, écuyer, sieur du Bois-Blondel et du Creux et de demoiselle Barbe du JARRY.
En 1687, les deux époux avaient fondé une chapelle à La Poitevinière et avaient affecté à cette fondation 48 livres de rente à prendre sur la terre de la Poupinière e la Baroche, dotqu'ils augmentèrent un peu plus tard.
Charles de Villette eut de Marie de Millet, deux fils et quatre filles. Ni l'un ni l'autre de ses deux fils ne s'intitula seigneur de Villette.Cette seigneurie de Villette est allée par alliance à la famille CORMIER, puis, par échange dans la maison LESNÉ. Mais aucun LESNÉ, bien qu'étant propriétaire à Villette, ne s'en intitula seigneur. Ce n'était plus que la terre de Villette.
Mr Julien LHOMER, dont le père était déjà, lui aussi fermier à Villette, qui lui-même y a passé toute son existence, me disait, en 1927, qu'il se rappelait fort bien avoir vu dans son enfance et son adolescence, un vieux manoir avec touts et entouré complètement de fossés. Quelques appartements de ce logis étaient encore habités dans son enfance par une vieille dame de la noblesse dont il n'a pu retrouver le nom. Il y avait également dans le voisinage du château, de grands bois de haute futaie, ainsi que des étangs.
Le château a été détruit à une date relativement récente, vers 1875. Les pierres de sa démolition ont servi à constuire les bâtiments actuels de la ferme. Il n'existe plus ni fossés, ni étangs, ni bois. Une douve est le seul souvenir qui reste des étangs, et le village de Sur-le-Bois, voisin immédiat du village de Villette, reste pour rappeler qu'il y avait là autrefois un bois de quelques importance.

D'après l'histoire de cette famille tracée à grands traits, le manoir de Villette dut être habité par des de Villette jusqu’à la fin du XVIe siècle. Depuis cette époque, les de Villette restés dans la région, habitèrent le château de la Pallu, en Saint-Front, et celui de la Poidevinière en la Baroche.

Famille LESNÉ

Les LESNÉ – dont le nom est souvent orthographié « LAÎNÉ » - étaient originaires de Bretagne et d’une noblesse très ancienne. En 1371, nous trouvons Jean Lesné, écuyer, présent à Pontorson à une montre (ou revue militaire) de messire Olivier de Mauny, chevalier banneret. Les Lesné étaient seigneurs de la Motte de Drouges (région de Vitré).
Ils avaient pour devise : « Sine macula unica, uniquam relinquo » (Sans une seule tache, j’en laisse une).

Les armoiries des Lesné étaient :

1. D’après Cauvin : d’azur à la fleur de lys d’or accompagnée de trois mollettes d’argent.

2. D’après le manuscrit du Comté de Mortain, selon Liard et Surville : d’azur au chevron d’or accompagné de deux étoiles du même en chef et d’un croissant d’argent en pointe

3. D’après le Nobiliaire de Normandie et aussi d’après d’Hozier : d’azur au chevron d’argent accompagné en chef de deux étoiles d’or et en pointe d’un croissant de même.

Nous avons vu en étudiant la famille de Villette qu'à la 2ème génération des de Villette, Suzanne de VILLETTE avait épousé le 19 juin 1513 Guillaume LESNÉ et lui avait apporté en dot la Seigneurie de Torchamp. Nous reprenons donc les différentes générations connues issues de ce mariage.

1ère génération - Guillaume LESNÉ
Guillaume LESNÉ né vers 1480 à Drouges en Bretagne et Suzanne de VILLETTE, fille de Guillaume DE VILLETTE et de Marie RALLUAU eurent 4 fils : Ambroise, Roland, François et Cesbron (ou Bertrand). C'est ce dernier qui hérita de la Seigneurie de Torchamp.

2ème génération - Cesbron (ou Bertrand) LESNÉ
Le nouveau seigneur de Torchamp, Cesbron LESNÉ (appelé aussi Bertrand Lesné) épousa, contrat du 20 février 1557, Jeanne de MONTCHAUVEAU dont il eut 4 enfants :

+ Josias LESNÉ qui suivra

1 - Guillaume LESNÉ qui fut seigneur de Champeaux (St Fraimbault) sans descendant

2 - Julien LESNÉ qui remplit la charge de lieutenant du vicomte de Domfront et se trouva comme témoin le 19 octobre 1600 à la prise de possession de la cure de Domfront par François Guyton.

3 - Françoise LESNÉ qui épousa vers 1580 Nicolas de MALFILLASTRE

4 - Louise LESNÉ, qui épousa Richard Le Harivel, écuyer, seigneur de Beaumanoir et de Sourdeval)

3ème génération - Josias LESNÉ
Josias Lesné succéda à son père comme seigneur de Torchamp. Il rendit en 1606 aveu de cette seigneurie. Il épousa Suzanne MAHÉ le 25 juin 1595, qui lui apporta en dot la seigneurie de la Vallée, en Savigny. Suzanne Mahé en 1605 est séparée de biens et obtient à cette date main levée de son fief de la Vallée saisi.
De ce mariage naquirent trois enfants:

1 - François LESNÉ qui suivra
2 - Juienne LESNÉ qui épousa (contrat du 27 septembre 1622) Guillaume de Montreuil, écuyer, seigneur de Mellerai, lequel apporta en se mariant la terre et seigneurie du Temple, en la Baroche Gondouin. De leur union vint un fils marié en 1661 à Françoise Le Faucheux et une fille mariée à François de Mondamer.
3 - Josias (d'après d'Hozier) eut une fille Charlotte qui épousa Claude Poretée ; tous deux vivaient en 1662.

4ème génération - François LESNÉ
François LESNÉ, fils de Josias LESNÉ et de Suzanne MAHÉ, devint seigneur de Torchamp à la mort de son père. Il épousa, le 15 juin 1625, Françoise BARRÉ de JUMILLLY, dame de la Nocherie, fille de François Barré de Jumilly , écuyer, seigneur de Jumilly (Saint-Bômer) et des Hayes (Torchamp), lieutenant général civil et criminel au bailliage de Domfront et de Antoinette Cormier, dame de la Guyardière (Haute-Chapelle).
Les BARRÉ, contrairement à ce que déclarent Surville et d’autres auteurs, n’étaient originaires ni de Domfront, ni de Saint-Front, ni de la Baroche, mais du village des Hayes, en Torchamp. Appartenant alors à la bourgeoisie, ils s’intitulaient sieurs des Hayes. Plus tard, ayant acquis le fief noble de Jumilly (Saint-Bômer) et ayant occupé de hautes fonctions dans la magistrature, ils furent anoblis et prirent pour armes : ‘or à trois trèfles de sinople et une rose de gueules en abîme. Ils supprimèrent le nom de BARRÉ pour se faire appeler « de JUMILLY ». Ils habitèrent le château de Jumilly, mais restèrent propriétaires des deux fermes des Hayes, de la ferme des Noës et de la ferme de la Saulnerie. Cette famille de Jumilly fonda de nombreuses œuvres charitables. Un de ses membres, François Barré, seigneur de Jumilly et des Hayes, conseiller du roy, lieutenant général civil et militaire au bailliage de Domfront et capitaine de la milice, se rendit célèbre en sauvant Domfront du pillage au moment des troubles qui suivirent l’assassinat de Henry IV. Le dernier Barré de Jumilly mourut en 1680.
Suite à des échanges de terres avec Jacques COUPPEl, vicomte de Domfront, François Lesné acquit le fief de Jumilly en Torchamp (à ne pas confondre avec le fief de Jumilly en St Bômer), et s'intitulera désormais seigneur de Torchamp et de Jumilly dans tous les actes retrouvés de cette époque.
François LESNÉ eut de Françoise BARRÉ de Jumilly au moins cinq enfants :

1 - Henri LESNÉ, qui succèdera à son père comme seigneur de Torchamp et de Jumilly, qui suivra;
2 - Antoinette LESNÉ,née à Torchamp le 1er novembre 1627, qui épousera le 10 juillet 1644 à Champsecret Siméon COUPPEL de la GOULANDE , écuyer, sieur de Champsecret, la Goulande et Verdun, conseiller du roy, procureur aux Eaux et Forêts de la Vicomté de Domfront , fils de Guillaume Couppel .
Ce couple eut dix enfants. L’un de ces dix enfants, François de la Goulande eut lui-même quatorze rejetons. Un seul des dix enfants d’Antoinette Lesné et de Siméon de la Goulande intéresse la commune de Torchamp. C’est une fille Marquise de la GOULANDE, qui épousa Pierre DOMER, sieur du Tertre (Torchamp) et de la Piloisière (St-Brice. Ils habitèrent le Tertre. À la mort de son mari (1710), Marquise de la Goulande se retira à la Piloisière, où elle mourut. Elle fut inhumée à Torchamp le 21 août 1724. .
De l'union Pierre DOMER-Marquise de la GOULANDE naquirent cinq enfants, dont Jean-Baptiste DOMER, qui fut curé de Torchamp, et Henri DOMER, sieur du Tertre et de la Piloisière, notaire royal et procureur en la juridiction d’élection de Domfront, demeurant au Tertre qui épousa, en 1718, Catherine Hubert des VILLETTES d’où cinq enfants, dont Catherine Marie DOMER, qui épousa, en 1746, Henri RÉMON, sieur du Domaine, et François Louis Jean DOMER, notaire royal, conseiller du roy, lieutenant du quart-bouillon et des traites foraines de Domfront, syndic de la paroisse de Torchamp , demeurant également au Tertre. Mort sans enfant (1805), sa fortune revint à son neveu, Jean RÉMON, sieur du Domaine.
3 - Françoise LESNÉ baptisée le 10 septembre 1626
4 - Ambroise LESNÉ, baptisé le 9 avril 1629
5 - Isaac LESNÉ, baptisé le 7 août 1632

5ème génération - Henri LESNÉ
Henry Lesné succéda à son père dans la Seigneurie de Torchamp. Il fait suivre son nom des titres suivants : écuyer, chevalier, seigneur de Torchamp, du plein de haubert de la Nocherie, de la Vallée, Jumilly, Le Fougerai et Champeaux. Il épousa Anne GERMONT de la VENTE, dame de Champeaux, fille et seule héritière d’Hector GERMONT , écuyer, sieur de la Vente et de Marie PITARD. (contrat de mariage du 19 novembre 1657)
En 1666, Henry Lesné fut reconnu par de Marle, noble d’ancienne extraction . Il était par son père propriétaire des fiefs nobles de Torchamp, de Jumilly (en Torchamp) , de la Vallée (en Savigny), par sa mère du fief noble de la Nocherie (en St-Bômer). Sa femme lui apporta les fiefs nobles de Villette (en Torchamp), de Champeaux (en Saint-Fraimbault), une maison à la Biherrière (en Torchamp) et une terre à Beaulieu (en Torchamp). Le fief noble de Fougerai (en Saint Bômer) lui était venu en héritage, en 1681, après la mort de son cousin Henri Claude de Jumilly.
À ces fiefs, il convient d’ajouter ce que l’on appelait alors « un fief en l’air » la sergenterie de Torchamp.

La SERGENTERIE de TORCHAMP
Le sergent d’autrefois était à peu près l’équivalent de notre huissier actuel. La sergenterie de Torchamp appartenait au seigneur de Torchamp qui en louait l’exercice et en retirait des revenus appréciables.
Dans une longue énumération des terres qui comprenaient environ les deux tiers de la paroisse de Torchamp trouvée dans un acte du 2 juin 1680: (Extrait des minutes de Henry Domer, tabellion royal, minutes conservées aux Archives Départementales), il faut distinguer deux ordres de fiefs :
Les uns formaient le domaine propre du seigneur qui en était, suivant l’expression actuelle, propriétaire: manoir, église, presbytère, cimetière, les terres du Gage, de la Rivière-Oignet, de la Faverie, des Ardillets, de la Guennepannerie, de la Chauvière, de la Soule, des Lorges, de la Thébaudière, des Loges, de la Boraudière, le moulin de Varenne, et dans la paroisse de Saint-Fraimbault les moulins de Champeaux.
Les autres fiefs, beaucoup plus nombreux, formaient le domaine seigneurial. Le seigneur de Torchamp n’en était pas propriétaire, mais il percevait sur les tenants de ces fiefs des redevances variables suivant les fiefs. Il avait aussi des droits tels que celui de lever des hommes pour la guerre. Il rendait la justice dans les assemblées appelées « pleds ». Le tenant ne pouvait vendre ou céder autrement son fief sans payer au seigneur un droit de vente dit de relief ; et quand le tenant avait vendu son fief, le seigneur pouvait supplanter l’acquéreur en payant le prix que celui-ci avait consenti.
En plus de la seigneurie de Torchamp, Henry Lesné possédait en propre dans la paroisse de ce nom :

Le fief et terre noble de Jumilly, d’une contenance de 40 journaux.

Le fief de Villette, d’une contenance de 50 journaux.
et plusieurs maisons terres et vergers à la Bihérière et à Beaulieu.

À Saint-Bômer, il possédait les deux seigneuries de la Nocherie et du Fougeray.
Après l'énumération de tous ces biens, on pourrait penser qu'Henry LESNÉ était riche. Mais un manuscrit du 18 février 1664 nous apprend que son domaine de Torchamp est saisi à la requête du procureur général de la Chambre des Comtes de Rouen (aveux des terres nobles de Jumilly et de Villette Bibliothèque de Domfront). Et un autre manuscrit du 2 décembre 1686 nous apprend que ses fiefs de la Nocherie et de Fougeray sont également saisis.
C’est lui sans doute que Almire Bernard évoque dans ses notes manuscrites quand il écrit : « Les Lesné étaient devenus pauvres et menacés de saisie. Dans nous ne savons quelle maison notable des environs, le seigneur de Torchamp et un bon curé se trouvaient réunis à table, lorsque le premier voulant s’amender aux dépens du dernier, raconta qu’en venant, il avait vu celui-ci qui, dans son chemin, était précédé d’une bande de corbeaux criant : Kouâ, kouâ, kouâ ! ...Et moi, répliqua l’ecclésiastique, j’ai vu à mon tour toute une meute de chiens qui couraient suivis d’un huissier en japant. Les uns criaient : Ham ! Ham ! Ham ! les autres disaient : Ayou ! Ayou ! Ayou ! Et les autres ripostaient : à Torchamp ! à Torchamp ! à Torchamp ! ».
Non seulement Henry Lesné, poursuivi par les huissiers, fut saisi dans ses biens, mais il le fut aussi dans sa personne. Suivant un arrêt de la Cour des Aides (Conseil) en date du 27 juillet 1684, Henry Lesné était accusé d’avoir tenté d’assassiner un nommé Pouchard, procureur-syndic des habitants de Torchamp et d’avoir exigé quantité de deniers et extorqué plusieurs obligations aux habitants eux-mêmes. Emprisonné, il s’était évadé à deux reprises des prisons de Domfront. L’affaire fut portée devant les Élus de Domfront, dont deux sentences, l’une du 31 janvier, l’autre du 15 juin 1682, sont citées dans un arrêt de la Cour des Aides du 21 juillet 1684. Il fut enfin emprisonné à Rouen. Un manuscrit des Archives du notariat de Rouellé, en date du 3 avril 1687, nous apprend qu’il était alors « depuis fort longtemps retenu dans les prisons de la conciergerie de la Cour d’Église à Rouen ». Un second manuscrit nous dit qu’il est en prison « pour cas non civil » ; un troisième, plus explicite et rejetant toute expression voilée, dit qu’il est détenu « pour cas criminel ».
État de fortune de Henry Lesné à son décès : À la mort du seigneur de Torchamp, Anne GERMONT sa veuve, tutrice de leurs enfants mineurs, sachant que son mari était poursuivi par de nombreux créanciers, voulant que ses biens personnels soient mis à l’abri et que ses enfants aient suivant l’usage, le tiers coutumier de la fortune de leur père, fit dresser l’état des biens de son mari au moment de leur mariage. Conclusion : Henry Lesné avait un avoir d’un peu plus de 66.000 livres. Mais en retranchant de cette somme ses dettes et le tiers coutumier, il ne restait qu’un peu plus de 20.000 livres pour payer plus de 23.000 livres de dettes. (Archives départementales d’Alençon).
Il semble bien cependant qu’elle ne fut pas insensible aux malheurs de son peu sympathique conjoint et qu’elle s’efforça au contraire de faire face à l’adversité et de sortir de l’impasse, en luttant de toutes ses forces et en mettant dans la balance ses propres biens restés intacts. Henry Lesné saisi, en prison, n’était-ce pas en effet un déshonneur pour elle sa femme et pour leurs enfants ? Elle semble, dès lors, avoir deux buts : faire libérer son mari et liquider ses dettes.
Le 2 décembre 1686 ; devant Michel Dumesnil, notaire à Domfront, François de Vaufleury, écuyer, sieur d’Ouessey, Julien Pitard, écuyer, sieur de St Jean et de Boudé, et Claude Roque Degouvais, sieur de la Fleurière, veulent bien se porter caution de l’usufruit et revenu des fiefs et terres nobles de la Nocherie et du Fougeray, saisis en décret à la requête de Jacques le Harivel, écuyer, sieur de Saint-Denis. Alors Anne Germont s’engage sur l’universel de tous ses biens meubles et immeubles, à les acquitter et indemniser de cette caution. Elle promet de tenir ou de faire tenir par les fermiers de ces deux fiefs les terres bien peuplées de bestiaux. Elle s’engage à ne toucher elle-même aucune rente seigneuriale, aucuns fermages des terres et moulins, mais de les faire verser à ses cautionneurs. Ce n’est qu’avec leur consentement qu’elle fera sur ces fiefs les réparations qu’ils jugeront nécessaires.
Par ailleurs, elle a demandé à la Cour des Aydes de Normandie l’autorisation de vendre et d'engager une partie de sa dot jusqu’à la somme de trois mille livres pour retirer son mari de la prison. La Cour lui en donne l’autorisation le 14 août 1686. Mais cette permission n’est pas suffisante. Pour aliéner sa dot, il lui faut aussi l’autorisation de sa famille.
C’est pourquoi le 3 avril 1687, devant François Danvel, notaire royal à Saint-Fraimbault-sur-Pisse, à la réquisition de Mme Germond, femme civilement séparée quant aux biens avec Henry Lesné, écuyer , seigneur de Torchamp, se trouvent réunis : Louis Gallery seigneur de la Motte, Siméon de Danvel, , sieur de la Grange, Jean Fleury sieur de la Clergerie, et René Seillery, sieur de la Corbière, lesquels « considérant la nécessité urgente et pressante de retirer le dit sieur de Torchamp des prisons de la Conciergerie de la Cour d’Eglise à Rouen, où il est détenu depuis fort longtemps pour certains intérêts résultant de cas criminel, lesquels intérêts le dit sieur de Torchamp ne peut payer avec ses biens qui sont saisis, sont d’avis et consentants pour les intérêts de la famille du dit sieur et dame de Torchamp, que la dite Anne Germond femme du dit sieur de Torchamp reçoive et ramortisse la somme principale de 40 livres de rente qu’elle a droit de prendre sur le sieur Ruault écuyer sieur de la Vaidière. Fait en présence de Dlle Marie Lesné fille du sieur de Torchamp et de dame Germond sa femme, Brice Rémon sieur des Gages et Pierre Cruchet paroissiens de Torchamp et de St Fraimbault. » (Archives du Notariat à Domfront – Minutes du notariat de Rouellé).

Ces documents suffisent pour nous démontrer que le seigneur de Torchamp était à la tête d’une belle fortune foncière qu’il dilapida rapidement, que tous ses biens propres furent saisis, qu’il fut mis en prison pour cas criminel et que sa femme répara de son mieux les fautes de son mari.
Anne GERMOND réussit-elle à tirer Henry LESNÉ de prison ? Nous ne le savons pas. En tout cas le seigneur de Torchamp mourut peu après, inhumé à l’église le 24 avril 1692. Elle paraît avoir au moins conservé à ses enfants les biens qui lui avaient été saisis ; leurs descendants, en effet, s’intitulèrent comme Henry Lesné seigneurs de Torchamp, de Jumilly, de la Nocherie, du Fougerai et Champeaux, ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils avaient été dépossédés de ces fiefs nobles.
De ce mariage Henry LESNÉ-Anne GERMOND naquirent au moins sept enfants.

1 - Marie Henriette LESNÉ, qui épousa le 6 mars 1710 Nicolas de la PALU, écuyer, de la paroisse de Colandon, bourgeois d’Argentan, d’où trois enfants Hélène Henriette Marie (1713), François Nicolas (1718-1803), Françoise Agathe Renée.
2 - Hector LESNÉ qui suivra.
3 - Henri François LESNÉ baptisé le 7 octobre 1672.
4 - Anne LESNÉ qui épousa (contrat du 10 juillet 1700) François de SAINT-GERMAIN , écuyer, seigneur de Granvilliers, fils de François de Saint-Germain, écuyer, seigneur de Collières et de Granvilliers. Ils n’eurent pas d’enfants.
5 - Henri LESNÉ baptisé en novembre 1657 et inhumé en 1693.
6 - Marie-Madeleine LESNÉ baptisée le 4 mai 1662.
7 - Anne LESNÉ baptisée le 24 février 1666 et décédée le 26 février 1666.

6ème génération - Hector Magdeleine François Marie LESNÉ
Hector LESNÉ chevalier, seigneur des terres nobles de Torchamp, de Jumilly (en Torchamp), la Nocherie, Champeaux et autres terres seigneuriales, patron honoraire présentateur de la cure de Torchamp, naquit vers 1684.
Il épousa le 29 juillet 1702 dame Marie-Louise DESLANDES , fille de Robert Deslandes, écuyer, seigneur de Surlandes, Collières, Crève-Cœur, la Renaudière, conseiller du roy, lieutenant général civil et criminel, enquêteur examinateur, maire de Domfront, lieutenant général de police à Domfront, subdélégué de l’Intendant d’Alençon, et de noble Françoise du Merle.
Le futur époux étant mineur, un conseil de famille s’était réuni le 26 juillet 1702, pour autoriser et régler les conditions de son mariage avec la fille unique de Mr de DESLANDES. Les parents délibérants furent : Anne Dupont, de la Pesnière, de Vaufleury, de Malterre, Cousin des Louvellières, de Collibans, Germont de Crinais, Couppel de la Goulande et de Bois d’Arcy. Le contrat de mariage fut passé le 28 juillet 1702. La Dlle DESLANDES apportait en dot 24000 livres (Extrait du registre de la famille du Plessis-Vaidière).
Après la mort d'Hector LESNÉ le 16 juillet 1717 (à l’âge de 33 ans)et son inhumation dans l'église de Torchamp le 17 juillet, Marie-Louise DESLANDES réclame comme lui appartenant à titre de femme séparée quant aux biens, les 2 vaches, tous les meubles, argenterie, vaisselle, literie, lingerie et autres, à la réserve des armes, habits, chevaux du défunt qui lui appartiennent en propre, ainsi que 200 livres qu’il avait à reprendre suivant l’inventaire qui fut fait après la sentence de séparation. Le seigneur de Torchamp n'avait plus rien dans le mobilier du château, tout appartenait à sa veuve.
Cet Hector Lesné fut comme ses ancêtres un personnage peu intéressant, faisant de folles dépenses sans penser à ses enfants. Sa femme au contraire, pieuse économe, simple et bonne, est obligée comme sa belle-mère, pour sauver sa fortune personnelle et celle de ses enfants, de se séparer civilement d’avec son prodigue mari. De l’union Hector LESNÉ - Marie-Louise DESLANDES naquirent neuf enfants.

1 - Françoise Marie LESNÉ, baptisée le 2 mai 1703. Elle épousa, en 1726, avec dispense de bans en date du 30 janvier 1726, Louis de VILLERS, né en 1695, du mariage de Me Jacques de VILLERS, avocat au Parlement et de Claude LEFEUVRE. Les deux futurs époux sont dits alors tous les deux paroissiens de Domfront. Le contrat de mariage avait été rédigé le 21 janvier 1726.
Louis de VILLERS a laissé dans le pays le souvenir d’une initiative aussi bienfaisante que courageuse. Caillebotte, en effet, raconte, dans son Histoire de Domfront, que le sieur Berlan-Dumassu, receveur général du domaine d’Alençon, et ses agents vexèrent et persécutèrent pendant plusieurs années les habitants de la ville et du canton de Domfront, pour leur faire payer un droit d’ensaisissement de leurs titres de propriété depuis le 1er janvier 1702, à quoi ils s’opposèrent, les terres patrimoniales et domaniales de M. le duc d’Orléans en étant exemptes. En 1723, Berlan-Dumassu envoya deux fameux huissiers d’Alençon accompagnés de leurs recors, trois cavaliers de maréchaussée commandés par leur brigadier, qui tombèrent le sabre à la main, dans les villages et firent sur quatorze ou quinze malheureux cultivateurs, en deux jours de travail, des saisies et enlèvements de tous les meubles, hardes, effets, vivres et fourrages qu’ils trouvèrent, sans vouloir accepter aucuns commissaires. M. de Villers, receveur des tailles, prit la défense des habitants et obtint un jugement qui défendait au sieur Berlan, à ses agents et à tous huissiers de faire ou diriger aucunes exécutions, saisies ou vendues de meubles, pour raison du droit d’ensaisissement, à peine de faux, concussion, désobéissance aux ordres du Roy.
Louis de Villers, conseiller du roy, receveur des Tailles à Domfront, mourut en 1762. Françoise Marie Lesné fut inhumée dans l’église de Notre-Dame-sur-l’Eau le 2 mai 1773, à l’âge de 69 ans environ.
2 - Anne LESNÉ née vers 1706 car inhumée en 1786 à lâge de 80 ans. Le 9 janvier 1724, elle obtint une dispense de parenté pour épouser Georges César de VAUFLEURY seigneur de Malterre et des Hayes, paroissien de Torchamp 3 - Marie Louise LESNÉ née vers 1711, car inhumée dans l’église de Torchamp le 10 novembre 1740, à l’âge de 29 ans.
4 - Marie Claire Nicolasse LESNÉ baptisée à Torchamp le 27 mai 1712 eut pour parrain Nicolas de la Palue, écuyer et pour marraine demoiselle Lesné de Torchamp.
5 - Agathe LESNÉ qui fut inhumée dans l’église Notre-Dame de Torchamp le 13 octobre 1726.
6 - Élisabeth LESNÉ Le 3 septembre 1746, est passé un contrat de mariage devant Me Louis Julien Gahery de la Saulnaie, notaire royal à Céaucé. Le 6 octobre 1746 eut lieu à Torchamp son mariage avec messire Nicolas René Emmanuel de PENHARD, écuyer. De leur union ne naquit qu'une fille, Catherine Françoise Élizabeth Renée de Penhard qui épousa, le 31 janvier 1771, Jean René Alexandre du Bois, seigneur de la Prouardière, colonel de régiment, chevalier de Saint-Louis : dont deux filles, la première née le 27 avril 1772, l’autre le 2 septembre 1773. 7 - François Louis Hector Madeleine LESNÉ, qui suivra à la 7ème génération
8 - Louis LESNÉ et sa mère dame Marie Louise Deslandes furent, le 20 mars 1750, à cause de leur seigneurie de la Nocherie, parrain et marraine d’une cloche à Saint-Bômer, cloche qui fut nommée Marie-Louise.
9 - Françoise LESNÉ qui épousa le marquis Louis Henri de Poillé, seigneur de Saint-Hilaire-du-Harcouët, lequel était précédemment veuf, et lui apporta en dot le fief de la Vallée. Son fils unique Louis Henry, comte de Poilley, seigneur de Saint-Hilaire, mourut sans enfants en novembre 1738 et sa terre de la Vallée revint alors au seigneur de Torchamp.

7ème génération - François Louis Hector Magdelaine LESNÉ
François-Louis LESNÉ, quand il aura atteint le faîte de sa fortune, s’intitulera : chevalier, seigneur de Torchamp, Jumilly, la Nocherie, le Breuil, le Fougerai, la Rénaudière (en St Front), la Faverie (en Céaucé), de Collières (en St Front), du Creux et de la Sivardière (en Beaulandais).

Le 8 juin 171, un contrat de mariage est signé entre les deux futurs époux François Louis Hector Magdelaine LESNÉ et Marie Françoise Élisabeth de VILLETTE, paroissienne de la Baroche-sous-Lucé. À l’occasion de ce contrat de mariage, il y eut au château de la Sausserie une très brillante réunion de la plupart des seigneurs, des nobles dames et des gentes damoiselles de la contrée, tous revêtus de leurs plus beaux costumes, de leurs plus chatoyants atours. François Lesné faisait d’ailleurs là un beau mariage. Marie Françoise de Villette avait un frère Jean Jacques de Villette, seigneur de la Poitevinière, mais celui-ci était mort sans alliance avant le mariage de sa sœur. La nouvelle châtelaine de Torchamp, orpheline et seule héritière, jouissait donc immédiatement et en totalité de la fortune de ses parents, fortune consistant en grande partie en terres situées dans les paroisses de la Baroche, Beaulandais et Lucé.
Après une dispense de bans de mariage accordée par l'évêque du Mans le 14 juin 1741, le mariage eut lieu le 20 juin 1741 à La Haute-Chapelle.
François LESNÉ vendit une partie de ses biens et eut un procès retentissant avec l'abbé de Lonlay au sujet du droit de présentation à la cure, qui se termina par la victoire du seigneur de Torchamp et lui accordait un certain nombre de droits : droit de présentation, droit de banc, etc. Mais François Lesné, de 1759 à 1775, eut, comme patron présentateur à la cure de Torchamp, de nombreux démêlés avec la justice ecclésiastique pour imposer ses candidats au bénéfice-cure de Torchamp.
Du mariage François LESNÉ-Marie Françoise de VILLETTE naquirent sept filles et un fils:
1 - Marie Françoise Élisabeth LESNÉ, baptisée à Torchamp le 18 avril 1742 eut pour parrain Jacques Sonnet et pour marraine Marguerite Le Ray.
Elle épous dans la chapelle du château de Torchamp le 16 novembre 1770 Louis Charles François du ROSEL.
2 - Louise Barne LESNÉ baptisée à Torchamp le 8 juin 1743 eut les mêmes parrain et marraine que sa sœur : parrain Jacques Sonnet et marraine Marguerite Le Ray.
3 - Henriette LESNÉ baptisée à Torchamp le 11 février 1745 eut les mêmes parrain et marraine que ses 2 sœurs précédentes : parrain Jacques Sonnet et marraine Marguerite Le Ray. Religieuse aux Ursulines de Caen, elle devint ensuite pensionnaire au Couvent Saint-Antoine à Domfront et fut inhumée dans le chœur intérieur de ce couvent le 11 mars 1770
4 - Adélaïde Lesné, baptisée à Torchamp le 10 septembre 1746 eut pour parrain Jacques Sonnet.
5 - Madeleine Marie LESNÉ baptisée à Torchamp le 27 juin 1748, eut également pour parrain et marraine Jacques Sonnet et Marguerite Le Ray. Son mari René François Jean DOYNEL succèdera comme seigneur de Torchamp à son beau-père François LESNÉ.
6 - Jean François Henry Louis LESNÉ, baptisé à Torchamp le 6 juin 1750, eut pour parrain messire Jean Claude Doynel, chevalier, seigneur du la Sausserie, patron honoraire de la Haute-Chapelle, et pour marraine noble dame Marie Louise Deslandes. Cet enfant ne vécut qu’un mois et fut inhumé dans l’église de Torchamp le 7 juillet 1750. Ce fut le dernier descendant mâle de cette famille Lesné.
7 - Marie Françoise LESNÉ fut baptisée à Torchamp le 2 septembre 1752. Son parrain fut Guy Caillebotte et sa marraine Marguerite Le Ray.
8 - Adélaïde LESNÉ, dernier enfant de François Lesné et de Marie Françoise de Villette, fut baptisée à Torchamp le 14 septembre 1754. Même parrain et même marraine que Marie Françoise. Elle mourut à l’âge de sept mois et fut inhumée dans l’église de Torchamp le 21 avril 1755.

Les LESNÉ n’avaient donc pas d’héritier mâle et la seigneurie de Torchamp allait de nouveau changer de famille. Après les de TORCHAMP et les de VILLETTE, les LESNÉ pendant environ trois siècles avaient plus ou moins honorablement porté le titre de seigneurs de Torchamp. Soit que ses sœurs soient mortes jeunes, soit que mariées elles soient mortes sans enfants, Madeleine Marie LESNÉ restait la seule héritière de la maison LESNÉ. C'est grâce à son mariage avec René François Jean DOYNEL qu'apparaît cette 4ème famille des Seigneurs de Torchamp, la Famille DOYNEL.

Famille DOYNEL

Blason DOYNEL

Quelques lignes sur la famille Doynel tirées de « L’histoire de Domfront » par Liard.
"Aussi distinguée par ses services militaires que par ses alliances avec les plus nobles maisons de France, la famille Doynel ou Doisnel, connue en Normandie depuis le XIe siècle, a constamment joui des privilèges attribués à la noblesse d’extraction chevaleresque. Cette famille descend de N. Doinel, compagnon de Guillaume le Conquérant à la conquête de l’Angleterre en 1066. Elle a été confirmée dans sa noblesse d’ancienne extraction, lors de la recherche de Montfaut en 1463, par divers jugements des années 1540, 1621, 1667 et autres ».
La famille avait pris pour armes : « d’argent à un chevron de gueules accompagné de trois merlettes de sable posées deux en chef et l’autre en pointe »; armes que l’on peut voir encore sur la façade du beau porche de la Sausserie et sur un vitrail de l’église de Torchamp.

Cette famille prétend être venue d’Irlande en Normandie où elle habita d’abord la région de Caen. Robert Doynel figure en 1089 dans une charte de Robert, duc de Normandie, en faveur de l’église Saint-Étienne de Caen. Au XIVe siècle elle se rapprocha de notre contrée. Bertrand Doynel qui vivait en 1391 était seigneur de la Doynellière en Fougerolles. Jean Doynel, son fils, est seigneur du Grand et du Petit Montecot, près du Teilleul, et Jacques Doynel, son petit-fils, par suite de son mariage avec Guillemette de Villaines, devint seigneur de Villaines en St-Front, et du plein fief de Haubert de la Sausserie en la Haute-Chapelle. Vers le milieu du XVIIe siècle, de la souche de la Sausserie se détacha la branche des Doynel de Montecot qui habita le château de Lévaré dans la Mayenne. De cette dernière branche sortit, au commencement du XVIIIe siècle, la branche des Doynel de Quincé et de Saint-Quentin, branche qui habita le château de Quincé, en la Baroche-sous-Lucé, jusqu’à la Révolution.
René François Jean DOYNEL, le nouveau seigneur de Torchamp appartenait à la branche principale, la branche de la Sausserie, qui seule nous intéresse concernant Torchamp. L'arrivée de cette famille à Torchamp est due au mariage de René François Jean DOYNEL avec Madeleine Marie LESNÉ,

Pour les ancêtres de René François Jean DOYNEL, se reporter à

  1. Geneanet[-arbre généalogique BOUILLAT-RÉMON[1]]

ou

  1. Geneanet-Base collaborative Pierfit[[2]]

Pour le manoir de la Saucerie (ou Sausserie), se reporter au Forum de Marie-Antoinette

  1. Le Manoir de la SAUCERIE par Mme de SABRAN[[3]]

1ère génération des DOYNEL de la SAUSSERIE en tant que Seigneurs de Torchamp
René François Jean DOYNEL
René François Jean DOYNEL naquit à la Haure-Chapelle (Orne) le 18 juillet 1739.

Le 20 septembre 1773, messire René François Jean DOYNEL, comte, ancien page de la Dauphine, mestre de camp et premier capitaine au régiment de Noailles, chevalier, seigneur de la Sausserie, Rubesnard et autres lieux, fils de messire Jean Claude de DOUESNEL, chevalier, seigneur de la Sausserie, Rubesnard et autres lieux, et de feu noble dame Catherine Guyonne Jacquine de SALIOU le Chef du Bois ses père et mère de la paroisse de la Haute Chapelle, épousait noble demoiselle Madeleine Marie LESNÉ de Torchamp, fille de messire François Louis Hector Madeleine LESNÉ, chevalier, seigneur et présentateur de la paroisse de Torchamp, seigneur de la Nocherie, de Jumilly, Collières, la Renaudière, la Faverie, le Creux, l’Essivardière et autres lieux, commissaire de la noblesse et lieutenant de MM. Les Maréchaux de France et de Madame Marie Françoise Élizabeth de VILLETTE, ses père et mère de la paroisse de Torchamp.

La bénédiction nuptiale fut donnée aux époux dans la chapelle domestique du Château de Torchamp, suivant la lettre missive de permission d’épouser dans ladite chapelle, adressée par l’évêque du Mans à Monsieur de Torchamp en date du 16 septembre 1773. René François Jean Doynel, le nouveau seigneur de Torchamp appartenait à la branche principale, la branche de la Sausserie, qui seule nous intéressera dans ce récit.

Un an environ après leur union, le 20 novembre 1774, le comte René François Jean Doynel et noble dame Madeleine Lesné, achètent pour 70.000 livres, à messire Jacques Leforestier, chevalier seigneur comte de Vandoeuvre et à Marguerite Françoise Camille de Launay d’Eterville, dame de la Motte d’Egrenne, les fiefs, terres et seigneureries de la Motte d’Égrenne, situés en la paroisse de Saint-Mars-d’Égrenne avec extension en celles de Saint-Gilles-des-Marais et de Saint-Brice (Archives notariales de Domfront).

Jusqu’à la Révolution, le comte et la comtesse Doynel semblent avoir mené la vie banale des seigneurs de l’époque sans que rien de marquant, sauf la naissance de deux enfants, ne vint mettre de relief dans leur existence. Ils habitèrent le château de Torchamp tant que l’ouragan révolutionnaire ne parut pas menacer leurs jours.

Le 16 mars 1789, René François Doynel représenta sa belle-mère à l’assemblée générale tenue à Alençon pour la députation aux États-Généraux. La situation des nobles restés dans le pays devenant de plus en plus critique, le comte et la comtesse Doynel quittèrent le château de Torchamp.
En 1792 ils résident avec leurs enfants à Paris quai Bourbon. Ils restèrent dix mois dans la capitale. Plus tard, René François Jean Doynel ancien maître de camp et ex-premier capitaine au régiment de Nouailles, prit du service dans l’armée vendéenne. Sur ces entrefaites parut la loi du 28 mars 1793 prononçant contre tous les français émigrés le bannissement perpétuel. Les émigrés étaient morts aux yeux de la loi et leurs biens étaient acquis à la République. En outre tout émigré arrêté en France était exécuté. Madame Doynel pour sauver sa vie, ses biens propres et, si possible, les biens de son mari, jugea prudent de ne plus se cacher, afin de ne pas passer pour émigrée. Elle revint en Normandie et résida à Argentan.
Là, malgré toutes les précautions qu’elle dut prendre, elle fut considérée comme suspecte et emprisonnée. On lit, en effet dans l’Histoire du diocèse de Séez, par l’abbé Hommey : « La maison des capucins d’Argentan devint la prison des suspects. Parmi les premiers habitants de cette prison se trouvaient Deshayes-Chiffrotot, Madame Doisnel, Guyon des Dignières, tous noms connus alors dans le pays, Corday d’Armont, père de Charlotte, Guyon-Vauloger et autres qui pouvaient passer pour les plus influents du pays. »

. Le 21 janvier 1793, la citoyenne Madeleine Marie Lesné, se disait veuve de René François Doynel de la Sausserie et présentait la requête suivante au juge de paix de Passais : « Vous expose que les troubles qui ont eu lieu les années dernières, ont forcé son mari et elle à se retirer à Paris où ils ont résidé environ dix mois. Malheureusement le 10 août dernier le sieur Doynel et son fils ont été les effroyables victimes de cette malheureuse journée. Ainsi, en même temps ont péri un père de cinquante-cinq ans et un enfant de douze ans. L’exposante a fait l’impossible pour avoir des nouvelles de l’un et de l’autre, mais ses cruelles et douloureuses recherches ont été absolument infructueuses. Elle s’est retirée à Argentan avec sa fille qui partage sa douleur et qui est mineure. La santé de l’exposante a prodigieusement souffert depuis le malheureux événement ; elle est en même temps sujette à des accidents qui l’empêchent soit d’aller à cheval, soit en voiture ; il est cependant intéressant qu’elle fasse établir un ou plusieurs tuteurs à sa fille mineure. Le domicile de son mari était dans l’étendue de votre tribunal et vous êtes compétent pour recevoir la délibération qui doit avoir lieu à cet effet ; mais comme l’exposante se trouve dans l’impossibilité de s’y rendre, sans courir pour sa vie des dangers, elle vous prie, citoyen juge, vu le certificat du médecin qui l’a traitée depuis son arrivée à Argentan, d’accorder commission rogatoire au juge de paix de cette dernière ville, pour assembler devant lui, les parents et amis de sa fille mineure et du feu citoyen René François Jean Doynel et lui nommer un ou plusieurs tuteurs aux fins d’administrer sa personne et ses biens, etc… » Le juge de paix de Passais s’empressa de faire droit à cette requête. Les craintes de Madame Doynel étaient, du reste, exagérées, car son mari n’était que disparu. M. Doynel, ancien capitaine aux dragons de Noailles, n’était ni mort ni émigré et devait alors servir dans l’armée Vendéenne. Madame Doynel ne l’ignorait peut-être pas, mais ce qu’elle voulait surtout empêcher, c’était la vente du mobilier réparti dans les châteaux de Torchamp et de la Sausserie. À cet effet, et dans les premiers jours de février, elle présentait une nouvelle requête au Directoire de Domfront, pour qu’il fût « provisoirement sursis à la vente du mobilier de son mari qui serait mort dans la journée du 10 août. » Le 9 février le Directoire accordait le sursis sollicité, mais le lendemain, le département annulait son arrêté et ordonnait « qu’il soit passé outre à l’opposition de la dame Doynel et procéda à la vente du mobilier dont il s’agit, à l’exception des effets mobiliers et meubles meublants à l’usage personnel de ladite dame et de sa fille qui sont réservés sous inventaire et leur seront provisoirement délivrés jusqu’à ce que leurs droits aient été liquidés. » En conséquence, aux dates du 11 février et jours suivants, il fut procédé par le ministère de Bazin huissier à Domfront, à la vente aux enchères publiques de tout le mobilier mort et vif du château de Torchamp. Cette vente fut faite en présence du citoyen Sallé, membre du Conseil d’administration du district, Leray, maire de Torchamp, Dupuis, Boissière, Le Roy et Chuquet, gendarmes à Domfront. Les amateurs accoururent nombreux de tous les coins du canton de Passais, Domfront, la Baroche, Lucé et Lonlay. Les bourgeois des environs se partagèrent à des prix assez modiques, les meubles meublants, le linge et la vaisselle. Tout y passa jusqu’aux fientes du pigeonnier qui furent adjugées au citoyen René Ruault, de Torchamp, pour le prix de 30 livres 5 sols. Les mêmes opérations recommencèrent au château de la Sausserie, le 20 mars et les jours suivants en présence des citoyens Sallé, administrateur, et Jean Simon, maire de la Haute-Chapelle. Le produit total des adjudications dépassa 25.000 livres, qui furent payées partie au receveur du district et partie au receveur de la régie. Tous ceux qui s’attendaient à trouver dans ce vieux manoir un mobilier somptueux furent déçus ; il est vrai que les matières d’or et d’argent avaient été réservées et que Madame Doynel avait eu le temps de mettre en lieu sûr ses effets les plus précieux.
Le 26 nivôse an II (15 janvier 1794) eut lieu l’adjudication des immeubles appartenant à René François Jean Doynel de Torchamp considéré comme émigré.
Quelques biens ne furent pas vendus. Restés propriétés de la Nation, ils furent loués. C’étaient le moulin de la Sausserie, une pièce de terre de la Motte, deux de la Pervenche, quatre de La Brasse et plusieurs des Parcs. (Archives de la Recette des Domaines de Domfront). Ainsi le stratagème inventé par Madeleine Marie Lesné, consistant à déclarer que son mari avait été massacré à Paris, et qu’en conséquence il ne pouvait pas être émigré, n’avait pas été pris longtemps au sérieux. Restait à Madeleine Marie LESNÉ sa fortune personnelle, le château de Torchamp et tous les biens qu’elle tenait de ses parents. Mais, quoi qu’elle fut revenue habiter en Normandie et qu’ainsi elle ne pouvait être elle-même considérée comme émigrée, ses biens propres devaient, d’après la loi, être également vendus comme biens nationaux parce que appartenant à une femme d’émigré.
C’est alors, écrit l'auteur Louis Chambay que « pour échapper dans une certaine mesure aux lois terribles édictées contre leurs maris et pour sauver du moins une partie de leur fortune personnelle, plusieurs femmes d’émigrés restées dans le pays, telles que Madame Doynel et Madame du Bailleul, eurent recours à un procédé juridique ingénieux : elles se firent divorcer. Ceux qui les ont blâmées ne se sont pas rendus compte du but généralement poursuivi qui était pourtant bien simple, le divorce permettant à ces infortunées de se faire attribuer en paiement de leurs reprises une partie des biens de leur époux. Elles ne le sollicitèrent que pour cela, car au fond, le moyen devait répugner autant à leur cœur qu’à leurs principes. » D’ailleurs, la révolution passée, il ne fut plus question de divorce pour le ménage Doynel-Lesné.

Il résulta du divorce de Mme Doynel que le « 31 mai 1794, par arrêté du représentant Dubois-Dubays, le séquestre fut levé provisoirement sur les biens de la citoyenne Lesné, épouse divorcée de René François Jean Doynel, reconnue n’avoir participé en rien à l’émigration de son fils. » C’est ainsi que Madame Doynel, parce que divorcée d’avec son mari et parce que reconnue innocente de l’émigration de son fils, put conserver intégralement ses biens personnels.
Le 29 septembre 1795, Madeleine Marie LESNÉ fut mêlée à une affaire connue, dans l’Histoire de la Chouannerie Normande, sous les noms de « Surprise de Torchamp », « Guet-Apens de Torchamp ».

Le GUET-APENS ou La SURPRISE de TORCHAMP

Le meilleur moyen d’exposer cet épisode raconté par plusieurs écrivains, est de fonder en un seul le récit qu’en ont fait dans leurs mémoires, deux officiers qui faisaient partie de l’État-Major du général de Frotté, et avaient assisté en personne à cette affaire. Dans cette occasion, Frotté, malgré sa vigilance et le soin avec lequel il se gardait d’ordinaire faillit être surpris avec tout son État-Major au château de Torchamp.
Le général de Frotté en tournée de révision avec son État-Major dans la région de Domfront, passa par la commune de Torchamp. Madame Doynel, qui, depuis deux jours était revenue habiter son château et dont le mari, ancien capitaine aux dragons de Noailles, servait alors comme officier dans l’armée royale de Vendée, ayant appris la présence de Frotté dans sa paroisse, l’envoya prier de venir avec son détachement souper et coucher chez elle le soir même. Le général chouan, après avoir réfléchi un peu, répondit au commissionnaire de Madame Doynel qu’il allait se rendre à l’invitation de cette dame. Son détachement était composé d’une soixantaine d’hommes, officiers et soldats. Effectivement le général de Frotté se rendit au château après le coucher du soleil, sans avoir dit à ses hommes où il les conduisait. Pour prévenir toute indiscrétion, on poussa la précaution jusqu’à enlever un manouvrier qui s’en retournait de sa journée et que l’on rencontra dans l’avenue du château. La pluie tombait à torrents et le temps était si noir qu’il était impossible de hasarder des patrouilles aux environs. Madame Doynel accueille ses invités avec les démonstrations de la plus vive amitié et fait toutes les offres possibles d’argent et de services. Ils n’ont rien à craindre de la garnison de Domfront, ils peuvent se dispenser de poser des factionnaires, ils pourront même se déshabiller et dormir tous tranquilles cette nuit-là. De grands préparatifs annonçaient un dîner plus somptueux que les chouans n’avaient coutume d’en trouver dans leurs courses fatigantes. Monsieur de Frotté remercie Madame Doynel de ses attentions si délicates, mais il lui dit qu’il ne pouvait dispenser ses soldats de faire la garde comme à l’ordinaire, que ce serait leur donner très mauvais exemple que de leur laisser croire qu’il fût permis même une seule nuit de s’exempter de la garde. Un factionnaire fut donc placé à la grille du château, non pas que le général suspectât la fidélité de Madame Doynel, épouse du ci-devant seigneur de Torchamp et dont le mari était émigré, mais parce qu’il ne voulait rien relâcher de la discipline militaire qu’il ne cessait de recommander à ses soldats. On se met à table. L’hôtesse veut prendre les carabines que tous avaient gardées à table entre leurs jambes suivant l’usage, et les mettre dans un cabinet sous clef. « Madame, déclara le général, nous ne nous séparons jamais de nos armes. Ce sont nos femmes, nous couchons avec elles. » Elle insiste inutilement.
Tout à coup vers dix heures du soir, au moment où l’on était occupé à se divertir, on entend tirer un coup de fusil et crier aux armes ! L’appel vient de Raimbault placé en faction à la grille de la cour. On se demande encore si ce n’est pas une fausse alerte, tant la supposition d’une attaque par la garnison de Domfront paraît invraisemblable. Mme Doynel d’ailleurs, s’efforce à persuader que ce n’est rien, parfaitement rien. Bientôt, un second coup de fusil est tiré par le même factionnaire. La nuit était très obscure, il avait entendu marcher plusieurs personnes qui descendaient l’avenue du château et leur ayant crié trois fois : qui vive ! sans recevoir aucune réponse, il avait tiré son premier coup de fusil en ajustant vers le point où il entendait du bruit. Puis fermant les grilles, il avait rechargé vivement son fusil et tiré un second coup sur la troupe alors qu’elle arrivait au pied de la grille qu’il venait de fermer. Le général Mignotte qui commandait à Domfront et qui avait été prévenu que le général de Frotté soupait au château avec tout son état-major, était venu l’attaquer.
Lorsque le fonctionnaire de garde avait tiré son premier coup de fusil le général Mignotte avait fait battre la charge en descendant l’avenue. Du côté royaliste, un soldat nommé Renouard était allé aussitôt lui-même fermer au verrou les deux portes de chaque côté de la grille. Un officier du général de Frotté, Billard, toujours dispos, s’était précipité dans la cour avec quelques hommes, dès la première alerte. Mais déjà les républicains attaquent à coups de feu et de crosses et crient : Rendez-vous brigands ! Point de prisonniers. Billard et Renouard après avoir brûlé quelques cartouches sur un groupe qu’ils ne distinguaient qu’à la lueur de son propre feu, se rendant compte qu’ils avaient en face d’eux, une troupe de cinq à six cents hommes, prennent le parti de se retirer. Ils rentrent dans le château qui est vide ; tous les chouans se sont évadés de divers côtés par les derrières du château et les issues dérobées. Madame Doynel seule au milieu de la panique générale a gardé une certaine impassibilité. Billard supposant que les issues du château sont maintenant gardées ressort dans la cour. Les portes de la grille n’étaient pas encore enfoncées. La lueur d’un coup de feu lui montre l’ouvrier qu’ils avaient arrêté en arrivant. Cet homme escaladait un mur à l’aide d’un arbre. Il prend le même chemin, tombe dans un jardin, passe dans un autre à l’aide d’un treillage, se jette dans l’étang sans en calculer la profondeur, gagne une chaussée, puis un petit bois et se croit sauvé. Mais la frayeur lui a tourné la tête, à lui si brave et qui vient de montrer tant de sang-froid. Des vaches paissaient dans un champ voisin ; il les prend pour un détachement ennemi.
Une tête se montre au-dessus d’une haie ; il s’enfuit, c’était celle d’un pauvre chien plus effaré encore que lui. Enfin, il tombe dans un groupe d’hommes ; il s’adosse au pied d’un arbre en criant : qui vive ! Il va tirer : une main saisit la sienne, c’est celle de Frotté, et ils s’embrassent en gens qui ont couru risque de ne se revoir jamais. On va aux renseignements, on se concerte. Le trompette qui était rentré du jardin dans la cuisine pour y prendre son instrument oublié et qui venait de franchir les fossés pour la troisième fois en sonnant bravement, raconte que les républicains pénétraient dans le château par une porte au moment où il en sortait par l’autre. Ils ont dû arrêter Madame Doynel. Quelques-uns veulent chevaleresquement essayer de la délivrer. Un soldat, Placène, fait observer que si cette dame vit encore, leur retour va être le signal de son exécution. Frotté se tait, en homme qui n’ose livrer toute sa pensée. La vérité est que Madame Doynel n’eut aucun mal ; elle s’en alla le matin avec les soldats et ne reparut plus dans le pays durant la guerre. Le bruit courut qu’on lui avait pris de l’argenterie, ce qui n’aurait eu rien de surprenant dans un pareil désordre ; on ajouta ensuite qu’elle lui avait été rendue à Domfront. On la poursuivit pour avoir donné volontairement asile aux Chouans dans son château et leur avoir fait servir à boire et à manger. Une décision de non-lieu du 28 novembre, la rendit à la liberté, en relevant particulièrement cette circonstance, que Madame Doynel habitait ordinairement Argentan et qu’elle n’était rentrée à Torchamp que le 27 septembre.

Mignotte avait conduit lui-même ses hommes. L’avertissement qu’il avait pour ainsi dire donné aux Chouans en faisant battre la charge avant d’avoir cerné le château, fit croire à quelques personnes qu’en réalité il n’avait pas voulu les prendre ; ils n’eurent ni un tué, ni un blessé ; les bleus perdirent quelques hommes à la grande porte de la cour. Frotté se retira sur Céaucé. Ce récit qui a servi de base aux appréciations portées dans la suite par les historiens n’accuse pas formellement Madame Doynel de trahison, mais on devine entre les lignes que c’est là pourtant la pensée intime de leurs auteurs.
Commentaire du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS sur cet épisode au château de Torchamp.
Voyons ce que vaut cette grave accusation ou insinuation. Il est évident que les républicains de Domfront ont été avisés du passage de Frotté par Torchamp. Qui les a avertis ? Des tas de gens à Torchamp savaient la présence du général des chouans dans cette paroisse. C’était un secret de polichinelle. Madame Doynel l’a appris par la rumeur publique ; les républicains de Domfront pouvaient tout aussi bien l’apprendre. Ils n’étaient pas sans avoir des espions qui suivaient autant qu’ils le pouvaient les pérégrinations du chef de la chouannerie Normande. D’ailleurs Torchamp ne manquait pas de gens qui étaient partisans de la Révolution et hostiles à Frotté. Ces gens ont pu d’eux-mêmes prévenir les autorités domfrontaises. Ceux-ci ont pu en conclure que le général souperait au château ce qui était vraisemblable. Il semble cependant qu’il y ait eu dénonciation précise sur ce dernier point ; par qui a-t-elle été faite ? Également par des habitants de Torchamp. Un souper somptueux de 60 couverts qu’il fallait préparer en hâte dans un après-midi, le coucher pour le même nombre d’hommes, tout cela a dû faire un remue-ménage formidable. On a dû forcément réquisitionner toute la main d’œuvre disponible des environs du château. Tout un quartier de Torchamp a su qu’un grand festin était préparé pour le soir au château en l’honneur de Frotté. Pourquoi la dénonciation ne viendrait-elle pas d’une de ces nombreuses personnes au courant de l’évènement ? D’autre part Madame Doynel n’a pu préparer un aussi plantureux repas sans envoyer des commissionnaires chercher à Domfront diverses provisions qu’elle ne pouvait trouver que là : viandes de boucherie, pâtisseries, etc… Il est naturel de supposer que les fournisseurs de Domfront, surpris des grosses commandes aient demandé aux commissionnaires de Madame Doynel, explications que ceux-ci ont pu donner sans y prendre garde, ce qui aurait fait connaître la nouvelle dans la ville où, à cause de son importance, elle se serait rapidement répandue et arrivée aux oreilles des autorités. En somme, on s’explique très bien que le général Mignotte ait appris et la présence de Frotté à Torchamp et son acceptation de souper au château, par d’autres dénonciateurs que Madame Doynel, et cependant la grande majorité des historiens l’a accusée. Personnellement, nous avouons n’avoir aucune sympathie pour la famille Lesné dans son ensemble. Nous n’y avons pas rencontré des personnages emportant l’estime ou l’admiration. Nous y avons en revanche trouvé de tristes sires, tels que le lâche assassin Cesbron Lesné ou le prisonnier pour cas criminel Henry Lesné. En présence de Madeleine Marie Lesné, femme Doynel, notre première pensée a été : encore un triste personnage de plus dans cette famille. Mais la réflexion nous a amenés à juger différemment. Si, comme nous le verrons plus loin, elle a contre elle de sérieuses probabilités, elle a en revanche pour elle toutes les raisons de bon sens. Madeleine Lesné avait tous les motifs pour détester le régime révolutionnaire. La révolution avait supprimé les privilèges de la noblesse, l’avait contrainte de fuir le château de Torchamp, sa demeure familiale et l’avait obligée de se réfugier et de se cacher à Paris avec son mari et ses enfants. Elle avait dû vivre là en proscrite dans des transes continuelles, son arrestation et celle des membres de la famille la conduisant presque sûrement à l’échafaud. Revenue en Normandie, elle était obligée d’y vivre séparée de son mari et de son fils qui combattaient la révolution dans l’armée vendéenne. Son cœur de mère et d’épouse souffrit forcément de ses longues et pénibles séparations, conséquence du nouveau régime. À Argentan, elle connait, grâce à la révolution les rigueurs de la prison des suspects. La révolution a vendu comme biens nationaux tous les biens de son mari. La moitié de la fortune du ménage est ainsi perdue pour les deux époux et leurs enfants. Et l’on admettrait que cette femme qui a été torturée par le régime révolutionnaire a fait une ignoble trahison en faveur de son bourreau ! Si Madame Lesné a toutes les raisons de détester profondément la révolution et ses agents, elle a au contraire tous les motifs d’avoir la plus grande sympathie pour la chouannerie, son chef en Normandie et ses auxiliaires. Frotté est d’abord probablement un ami ; les familles Lesné, Doynel et de Frotté qui habitent la même région ont eu vraisemblablement autrefois de nombreuses relations d’amitié. En tout cas, Frotté, ses officiers et ses hommes sont les compagnons d’armes de son mari et de son fils. Tous combattent pour les mêmes idées dans des lieux différents. Les trahir, c’était trahir des hommes qui risquaient leur vie pour sa cause, pour une cause commune. Mais, en accomplissant une trahison qui apparaît d’un côté si invraisemblable et si ignominieuse, Madeleine Lesné a peut-être en vue des compensations, des avantages considérables. Eh bien non ! la révolution a fait contre elle tout ce qu’elle pouvait faire. Sa situation de divorcée lui valait officiellement la propriété de ses biens propres qui, par ailleurs, se trouvent à l’abri depuis le décret rendu en sa faveur, le 31 mars précédent, décret qui reconnait qu’elle n’a participé en rien à l’émigration de son fils. Elle n’a plus rien à espérer ni à craindre du régime révolutionnaire. En outre, comme l’insinue M. de la Sicotière, dans son livre sur Frotté et les insurrections normandes, elle n’a pas eu le temps de faire le marchandage d’une trahison. Madeleine Lesné n’est revenue à Torchamp que deux jours avant la surprise et elle n’a su la présence de Frotté dans cette paroisse que le jour même où elle l’a invité à souper. Il faut avouer que préparer dans un après-midi souper et coucher pour soixante convives n’a pas dû lui laisser le temps de négocier une trahison de si grande importance. Pourquoi donc les écrivains l’ont-ils considérée la plupart comme un traître, les autres comme suspecte de trahison ? On s’est basé sur les phrases qu’elle a prononcées, que vous avez lues et dont nous rappelons la substance : Général, vous n’avez rien à craindre chez moi, j’ai pris toutes les précautions, inutile de placer des sentinelles, quittez donc vos armes et donnez-les-moi je les mettrai en sûreté dans un cabinet fermé à clef. ; et plus tard, au premier coup de feu tiré par le factionnaire, elle ajoute : ce n’est rien, parfaitement rien. Enfin un soldat de Frotté rentré dans le château la trouve impassible au milieu des soldats républicains. Ces paroles, cette attitude, sont évidemment une charge à son actif et semblent démontrer qu’elle avait tendu une souricière, avec, comme appât, un repas somptueux accompagné d’un accueil charmant. Mais ces paroles, les a-t-elle vraiment prononcées telles qu’on les a citées ? Elles ont été rapportées, c’est vrai, par Michelot Moulin et Billard de Vaux qui assistaient au souper. Mais ces officiers qui tous les deux avaient été comme l’escorte entière de Frotté, fort désappointés de l’aventure de Torchamp, ont-ils exactement répété les paroles de Madeleine Lesné, ou plutôt ne les ont-ils point présentées tel qu’il était bon de les présenter, pour arriver à faire partager par les lecteurs leur propre sentiment, à savoir que Madame Doynel les avait attirés dans un guet-apens. Cependant ces propos eux-mêmes, à les prendre au pire, sont non des preuves mais seulement des probabilités. On ne peut pas en conscience accuser une femme d’odieuse trahison sur des bases aussi fragiles. Combien de malheureux ont été sur des probabilités estimées accablantes, condamnés aux travaux forcés ou à la guillotine, et qui dans la suite ont été reconnus formellement innocents ? Tout au plus peut-on, d’après ces paroles, considérer Madame Doynel comme suspecte. Nous allons plus loin, si, comme le bon sens l’indique, l’attaque de Frotté par le général Mignotte, n’est pas due à la dénonciation de Madeleine Lesné, ces paroles, même telles qu’on nous les a rapportées deviennent toutes naturelles. Le château de Torchamp est bien isolé, l’hôtesse se croit sûre de son entourage et de son voisinage ; Frotté est arrivé chez elle à la nuit noire, personne n’a pu le voir arriver. La garnison de Domfront est loin et ne peut connaître la présence du général ici. D’ailleurs elle n’aurait pas fait son invitation si elle avait supposé que le chef de la chouannerie pût courir dans sa demeure le moindre danger : Allons, dit-elle à ses hôtes, pour une fois reposez-vous bien tranquillement sans penser à des dangers illusoires, vous êtes ici chez la femme d’un bon royaliste, donc, chez vous, mangez et buvez gaîment sans arrière-pensée, pourquoi garder vos carabines entre vos jambes, vous avez l’air grotesque, donnez-les-moi, je vous les garderai en lieu sûr. Toutes ces précautions que vous prenez chez moi gâtent la joie que j’ai de vous recevoir. C’est le raisonnement que tiennent toutes les maîtresses de maison à leurs invités que leur santé oblige à suivre un régime sévère : Allons ! aujourd’hui pas de régime, buvez et mangez sans vous surveiller, un écart de surveillance d’un repas ne peut nuire à votre santé. Demain vous reprendrez toutes vos précautions, mais aujourd’hui soyez tout entiers et sans restriction à la bonne chère que je vous ai préparée, autrement vous me feriez de la peine. Quand éclata le premier coup de feu du factionnaire de garde, Mme Doynel dut avoir évidemment une surprise désagréable, mais persuadée qu’il ne pouvait y avoir de danger possible, elle essaie de rassurer tout le monde et invite les convives à continuer le repas sans tenir compte de ce bruit qui ressemble à un coup de feu, mais ne peut pas être un coup de feu. Les chouans eux-mêmes d’ailleurs croient d’abord à une fausse alerte.

Bref, les paroles de Madame Doynel lui ont été gravement reprochées parce qu’elles ont été suivies de l’attaque des républicains. Mais s’il n’y avait pas eu d’attaque, on lui en aurait fait gloire en louant bien haut sa grande amabilité de bonne hôtesse. On semble également lui reprocher ce fait que les soldats républicains ne lui firent aucun mal et qu’elle ne reparut plus dans le pays durant la guerre. De cela, il n’y a, il nous semble, aucune conclusion à tirer contre elle. Son arrestation se termina par un non-lieu, mais on ne lui rendit sa liberté qu’après deux mois. Comment expliquer cette détention infligée par les républicains, si elle avait été leur complice ?

Monsieur de la Sicotière, dans son Histoire de Louis de Frotté et les insurrections normandes, histoire la plus considérable qu’il ait été écrite sur la chouannerie dans notre région, ne prend parti, ni pour ni contre Madame Doynel et après avoir donné le récit de la surprise de Torchamp, conclut en disant : « les proscrits sont soupçonneux et une fâcheuse coïncidence suffisait peut-être à expliquer sans la justifier l’accusation portée contre la châtelaine de Torchamp. »

Après la Révolution, le comte Doynel qui avait combattu avec les chouans de Vendée, revint à Torchamp. S’il avait pu supposer que pendant son absence, sa femme avait préparé un infâme guet-apens où pouvaient trouver la mort ses frères d’armes, Frotté et ses compagnons, assurément dans sa juste colère, il se fut empressé de ratifier le divorce qu’avait obtenu sa femme et de fuir loin de ce monstre indigne de porter son nom. Or, il n’en fut rien ; le divorce qui avait été demandé dans un intérêt commun fut considéré comme non existant et les deux époux vécurent sous le même toit comme avant la Révolution.
Nous nous sommes peut-être arrêté trop longtemps sur cette surprise de Torchamp et peut-être aussi avons-nous mis trop d’insistance à essayer de démontrer l’innocence, d’après nous à peu près certaine, de Madeleine Lesné, dans cette affaire. Il nous paraissait injuste de laisser entachée la mémoire d’une femme qui, quoi qu’en aient dit la plupart des historiens, ne nous paraissait pas coupable.

De ce mariage René François DOYNEL - Madeleine Marie LESNÉ naquirent deux enfants
1 - François DOYNEL qui suivra
2 - Madeleine Françoise DOYNEL de la Sausserie, née le 21 novembre 1776 et mariée le 7 mai 1801 à Alexandre François Louis de COURTILLOLES d’Angleville dans la chapelle du château de Tertu. Alexandre de Courtilloles d’Angleville demeura n°1, rue des Granges à Alençon. Il eut des enfants dont des descendants vivent encore de nos jours. Marie Madeleine LESNÉ, femme de René François Jean DOYNEL mourut le 1e frimaire an XIII (22 novembre 1804).
Avant sa mort, le 25 Fructidor an XII (12 septembre 1804), elle avait légué par testament à son fils François le tiers de tous ses biens meubles et immeubles. Restaient donc seulement à séparer entre le frère et la sœur les deux autres tiers. Après quelques difficultés soulevées par M. de Courtilloles, le partage définitif fut fait le 11 Brumaire an XIV (2 novembre 1805).

2ème génération des DOYNEL de la SAUSSERIE sur Torchamp
René François DOYNEL
Connu sous le nom de Comte François Doynel de la Sausserie, il fut le premier châtelain de Torchamp qui ne se qualifia plus du titre de « Seigneur de Torchamp », la Révolution ayant aboli les seigneuries. Mais il est le descendant des seigneurs de cette paroisse.
François Doynel naquit le 31 janvier 1780 et fut reçu page du Roy en 1789. Il émigra avec son père en 1791, fut mis au collège en Belgique, puis fut obligé de fuir devant les armées de la République. Il entra à 14 ans dans les chasseurs nobles de l’armée de Condé où il servit jusqu’en 1797. À cette date, il rentra en France et prit part jusqu’en 1800 à la guerre de la Chouannerie Normande.
Parmi les biens que la Révolution avait ravis aux Doynel, une terre leur tenait particulièrement à cœur : la Sausserie qu’ils possédaient depuis la première moitié du XVe siècle, dont ils avaient fait longtemps leur résidence principale et pris le nom comme titre de noblesse. Aussi le 9 Prairial an XI (17 septembre 1803), voyons-nous le citoyen François René Doynel, propriétaire demeurant à Rânes (Orne) représenté par son beau-frère le citoyen Alexandre Courtilloles d’Angleville, racheter au citoyen Bouc-Duval, marchand à Domfront, la terre de la Sausserie telle que ce dernier l’avait acquise par adjudication passée devant les administrateurs du District du 11 Floréal an II (30 avril 1794), et pour le même prix, c’est-à-dire 12.000 francs valeur métallique (Extrait des Archives du notariat de Domfront).
La Révolution passée, il fut contraint de reprendre du service sous l’Empire et fit les campagnes de 1813 et 1814 en qualité de lieutenant aux Gardes d’honneur. Il fut fait chevalier de Saint-Louis le 5 décembre 1821 et reçut du roi Louis XVIII une épée d’honneur en récompense de ses services dans les armées royales et catholiques.
Il avait épousé le 6 avril 1818 mademoiselle Benonie DOYNEL de MONTÉCOT, fille de Jacques Charles Alexandre DOYNEL, marquis de Montécot, colonel, chevalier de Saint-Louis et de dame Jeanne Henriette THIBAULT de la Carte de la Ferté-Senectère. Il fut inhumé à Torchamp. Sur une colonne de marbre située dans l’ancien cimetière entourant l’église on lit : Ici repose le corps de M. le Comte François Doynel de la Sausserie, chevalier de Saint-Louis, mort le 26 mars 1838.

René François DOYNEL laissa trois enfants:
1- Olivier Charles René DOYNEL DE LA SAUSSERIE, qui suivra.
2 - Claudine Marie Doynel de la Sausserie. Ce sont ces descendants de Georges François René, vicomte DOYNEL, qui sont alors propriétaires de la Sausserie.
3 - Alix Marie Françoise DOYNEL, née en janvier 1820, épousa le 24 juin 1845, Médéric FERDINAND, marquis de Chivré.

3ème génération des DOYNEL sur Torchamp

Olivier Charles René DOYNEL comte de la Sausserie, chef de nom et d’armes de la famille, naquit le 26 décembre 1820 et épousa le 19 septembre 1842, demoiselle Constance Marie BABIN de LIGNAC, fille de Monsieur le comte Adrien Babin de Lignac, ancien officier d’État-Major de la Garde Royale, et de dame Apolline ThHIBAULT de la CARTE, de la Ferté-Senectère. Il fut fait chevalier de Pie IX en décembre 1867. C’était un homme intelligent, simple, quoique distingué, charitable, au jugement droit. Les vieux habitants de Torchamp se rappellent sa physionomie sympathique. Sa canne à la main et son inséparable pipe à la bouche, il faisait toujours à pied le chemin qui allait du château à l’église et à la mairie, s’arrêtant pour causer familièrement à ceux qu’il rencontrait. Il mourut le 14 juin 1895 au château de Torchamp, après avoir rempli pendant de nombreuses années et jusqu’à sa mort les fonctions de maire de sa commune 5. Madame DOYNEL, ruinée par les folles dépenses d’un de ses fils, fut obligée de vendre le château de Torchamp avec toutes les fermes qui en dépendaient; Le château et sa retenue, les fermes de la Guennepannerie, des Ardillets, du Gage, de Villette, de la Rivière, le Moulin de Varenne furent achetés par M. Couespel de Boisgency ; les fermes du bourg et de Loirie devinrent la propriété de la famille Leroyer de Torchamp.

Madame DOYNEL alla se retirer au Mans où elle mourut le 12 février 1908. Elle a été inhumée dans le cimetière de Torchamp, ainsi que son mari OlIvier Charles René DOYNEL décédé 13 ans plus tôt.
Du mariage Olivier DOYNEL-Constance Marie BABIN de LIGNAC naquirent six enfants :
1 - Marie Françoise Benoite DOYNEL de la Sausserie qui naquit le 8 septembre 1843 et mourut religieuse le 27 janvier 1877.
2 - Marthe Marie Appoline DOYNEL de la SAUSSERIE naquit le 21 août 1845 et épousa le 27 juin 1871 Monsieur Joseph Marie Dominique CHARDON DU RANQUET, capitaine aux zouaves pontificaux, chevalier de Saint-Sylvestre, décoré des médailles de Montana et « bene merenti ». À la bénédiction nuptiale qui fut donnée dans l’église de Torchamp, assistèrent plusieurs officiers des zouaves pontificaux, notamment le général de Charrette.
De cette union sortirent trois enfants : + Marie Anne Appoline CHARDON DU RANQUET née le 22 août 1872 à Torchamp, qui épousa à Clermont-Ferrand Ernest de VILLELE le 10 décembre 1894 et mourut à Paris le 8 mai 1949. Ils eurent 4 filles : Marie Joseph Raphaël en 1896, Marie Joseph Camille en 1898, Anne Marie Joseph en 1900 et Claire Marie Thérèse en 1902.
+ Marie Renée Marthe Constance Antoinette CHARDON DU RANQUET, née à Clermont-Ferrand le 12 décembre 1874, qui devint religieuse de l’Assomption, décédée à 20 ans le 26 février 1894.
+ Françoise Alix Marie CHARDON DU RANQUET, née à Clermont-Ferrand le 1er novembre 1877, qui épousa à Beaugency le 9 décembre 1908 Joseph Marie BABIN DE LIGNAC, décédée à 41 ans le 17 septembre 1918 à Issoudun.
3 - Paul René Médéric DOYNEL de la SAUSSERIE né le 13 juin 1847, s’engagea dans les zouaves pontificaux pour défendre la cause du pape Pie IX dont les états étaient envahis. Il fut blessé mortellement à la bataille de Mentana (3 novembre 1867) très grièvement d’une balle qui lui fracassa le bras droit ; une seconde balle au flanc droit s’aplatit sur l’épine dorsale ; une troisième balle de revolver, tirée par un garibaldien qu'il avait fait prisonnier, fut reçue au même endroit que la seconde. Et il fut amputé du bras droit. Le docteur Ozanam fit l'extraction des deux balles. Il décéda à Rome dans l’hôpital des Frères de St Jean-de-Dieu le 30 novembre 1867. Sa bravoure lui valut la Croix de Chevalier de Pie IX et la médaille d’or « Bene merenti ». En souvenir de sa mort glorieuse, la famille DOYNEL éleva une belle croix de granit au centre du cimetière de Torchamp.
4 - René François Gabriel DOYNEL de la SAUSSERIE naquit le 17 juin 1849. Devenu vicomte à la mort de son frère Paul, il prit part à la guerre de 1870 comme officier de cavalerie et sa vaillance lui fit décerner la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur. Il épousa le 17 juin 1879 Marie Gabrielle Delphine de GRENAUD de SAINT-CHRISTOPHE. Ses brillantes qualités étaient accompagnées de graves défauts : l’amour du jeu et de la dépense. Il avait hérité personnellement d’une belle fortune. M. Guy de la Roque, en mourant le 13 février 1879, lui avait légué le château de la Raterie avec de belles fermes. Non seulement tout cet héritage fut dilapidé en très peu de temps, mais René Doynel fit en outre de très grosses dettes. Pour les payer, les Doynel furent obligés de vendre tous leurs biens et de quitter, la mort dans l’âme, le château qu’eux ou leurs ancêtres habitaient depuis plusieurs siècles. Après avoir ruiné sa famille, René Doynel mourut le 11 mai 1896, sa femme était décédée en 1890. Tous deux sont inhumés à Torchamp.
Ils laissaient: + Gabrielle Rose Charlotte Marie DOYNEL de la SAUSSERIE, née à Rouen le 3 mai 1885, mariée au Mans le 1er août 1906 à Paul Joseph Marie Le Jariel des Châtelets, docteur en médecine, décédée à Vichy le 15 avril 1916.
+ Olivier Alexandre René Marie DOYNEL de la SAUSSERIE, né à Rouen le 9 février 1887 et mort à Paris le 22 mai 1913.
+ Anne Constance Marie Paul Françoise DOYNEL de la SAUSSERIE, née le 20 avril 1890, mariée le 9 avril 1912 à Émile Victor Adrien Félix Grisez, ingénieur, décédée à Saint-Fargeau-Ponthierry (77407) le 9 mars 1973.
5 - François René DOYNEL de la SAUSSERIE né à Torchamp le 27 août 1856, marié à Monthuchon (Manche) le 1er septembre 1889 à Camille Marie Adélaïde Mathilde Michel de Monthuchon, née à Rennes le 4 décembre 1861, fille de Louis Marie Stanislas Michel de MONTHUCHON et de dame Camille Marie PINCZON du SEL. Ce mariage de François Doynel nous rappelle un souvenir d’enfance. L’arrivée des jeunes mariés à la gare de Torchamp et le court trajet de la gare au manoir familial se fit en grande pompe. Traîné par deux beaux chevaux, le landau du château où avaient pris place François Doynel et sa jeune femme, s’en alla escorté de six cavaliers (six garçons de fermiers ayant servi dans la cavalerie). De ces six cavaliers, droits sur leurs étriers, deux galopaient en avant du landau, deux en arrière et deux de chaque côté. Ce spectacle, de style ancien régime, ne manquait pas d’allure et est resté gravé dans notre mémoire.
François Doynel, à la suite de la mort de son père et de ses frères aînés, décédés sans laisser d’héritier mâle, devint vicomte puis comte.
Quand éclata la guerre de 1914, François Doynel, âgé de 58 ans, mais digne cousin de Guynemer, voulut s’engager, et, comme ses ancêtres, défendre la patrie les armes à la main. On le refusa. L’ayant rencontré par hasard à la fin de la guerre dans une rue du Mans, François Doynel nous racontait le plus simplement du monde la déception que lui avait causé ce refus. « Heureusement, nous disait-il, mon fils aîné, aussitôt que l’âge le lui a permis, s’est engagé, a été accepté et a représenté valeureusement la famille Doynel. »
Le comte François Doynel de la Sausserie est décédé le 14 octobre 1924 au Mans, à l’âge de 65 ans, et a été inhumé dans le tombeau familial du cimetière de Torchamp. Il a laissé deux fils, seuls descendants mâles des Doynel. L’aîné Paul DOYNEL, engagé volontaire pendant la grande guerre a été officier dans l’armée française. Le second Henri René DOYNEL, officier de marine, a été englouti pendant la guerre 1939-40 à bord du fameux sous-marin le Siroco. Madame la comtesse François DOYNEL, née Michel de MONTHUCHON, est décédée au Mans le 22 janvier 1927, et a été également inhumée à Torchamp.
6 - Alix Marie DOYNEL de la SAUSSERIE naquit le 23 décembre 1857 et épousa le 1er août 1882, Ernest AUBIN de la MESSUZIÈRE. De ce mariage sont nés six garçons : Charles (1883-1918), Paul (1886-1973), Olivier (1892-1964), François Xavier (1895-1915), Joseph (1899-1902), Gonzague (1901-1988) et quatre filles, Marthe (1889-1958), Marie Thérèse (1891-1974), Antoinette (1894-1972) et Bernadette (1898-1989). L’aîné, Charles, religieux jésuite, est décédé pendant la guerre d’une maladie contractée aux Armées.

Le CHÂTEAU de TORCHAMP
Construit vraisemblablement par les LESNÉ, agrandi par les DOYNEL (l’aile droite a été construite par ces derniers), ce château avec, en avant, ses majestueuses avenues, les plus belles de la région, son imposante cour d’honneur précédée de la grille et des fossés, limitée harmonieusement sur les côtés par la chapelle et les communs, avec, en son arrière, son orangerie, ses jardins en terrasse descendant jusqu’à l’étang. Ce château, dis-je, forme un ensemble de grande allure et laisse l’impression qu’il fut autrefois habité par des seigneurs d’importance.
Malheureusement les nouveaux propriétaires l'ayant acheté l'ont assez mal entretenu, et son état aujourd'hui est assez déplorable. Mr DELAPLACE, l'actuel propriétaire n'ayant pas de descendant, l'avenir de ce château est assez incertain.

Chateau Torchamp.jpg






La Seigneurie de JUMILLY

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Emplacement du manoir seigneurial Le fief de Jumilly est de tous les fiefs nobles de Torchamp , le plus ancien et aussi le plus intéressant, tant à cause de sa motte féodale qu’à cause de l’influence déterminante qu’il a eue sur l’emplacement de l’église et en conséquence du bourg.
Le siège de cette seigneurie, située à 400 mètres environ au nord du bourg, était adossé à l’une des trois branches de la rivière La Varenne, à peu près à égale distance entre le village des Planches et ce qu’on nomme la Grande-Rivière, c’est-à-dire la Varenne après la réunion de toutes ses branches et après l’appoint de l’Égrenne. Bien qu’il ne reste en ce lieu aucune trace de construction, il est facile cependant de retrouver l’emplacement exact du manoir seigneurial. Si partant de la 1ère Planche , on descend le cours de la Varenne, on arrive bientôt à un endroit où la rivière tourne brusquement à gauche. C’est dans l’angle ainsi formé que se trouvait le château de Jumilly avec sa motte féodale. Protégés sur deux côtés par la Varenne, le manoir et sa motte étaient défendus sur les deux autres côtés par de larges et profonds fossés partant de la rivière et se rejoignant à angle droit pour former un carré complètement entouré d’eau et ayant 60 mètres de côté environ.
La MOTTE de JUMILLY

Dans l’un des quatre angles de ce grand carré, dans celui qui est borné de deux côtés par la rivière, s’élevait la motte féodale, elle-même protégée sur les deux autres côtés par des fossés qui lui étaient propres et qui partaient également de la rivière pour se rejoindre à angle droit. Il en résultait deux carrés entourés d’eau, le plus petit qui contenait la motte se trouvant inscrit dans l’un des angles du grand, lequel contenait ainsi dans un coin la motte et dans le reste de sa superficie le manoir seigneurial et ses dépendances. Pour atteindre la motte, il fallait donc en venant de Torchamp traverser deux fossés parallèles, le premier protégeant l’ensemble (manoir et motte), le second défendant particulièrement la motte. En venant de Saint-Mars, on devait franchir non seulement le bras de la Varenne qui baignait le pied de la forteresse, mais en outre, suivant la direction, soit la Grande-Rivière, soit deux autres bras de la Varenne, celle-ci se divisant en plusieurs branches quelques centaines de mètres avant cet endroit. Il est vraisemblable qu’un barrage de la rivière, construit en aval, augmentait la hauteur de l’eau et dans la Varenne et dans les fossés, ce qui rendait le château-fort plus difficilement abordable au moment des basses-eaux de l’été.

Qu’étaient les mottes féodales ? C’étaient des fortifications construites au Moyen-Âge, en général bien avant l’an mille, avant l’apparition des donjons en pierres. Pour les établir on élevait un monticule en terre ayant la forme d’un tronc de cône. La terre destinée à former ce monticule était prise à son abord immédiat. Le même travail servait ainsi à creuser les fossés et à élever la motte. Le pied de la butte était entouré d’une fortification en charpente. Le sommet supportait une tour ou donjon à plusieurs étages, également en bois. Le rez-de-chaussée du donjon était obscur et accessible seulement par le 1er étage ; il renfermait des cachots et des magasins de provisions. Le 1er étage était la salle et le retrait du seigneur et de ses serviteurs intimes. Au-dessus logeaient enfants, gardes et serviteurs. Enfin, le haut de la tour avait une terrasse ou des galeries pour la défense. Dans l’enclos accolé à l’enceinte particulière de la motte, se trouvait le manoir où le seigneur habitait en temps de paix. On y voyait aussi les bâtiments où logeaient les serviteurs, les hommes de troupe, ainsi que les écuries, les autres communs et quelquefois la chapelle.

Une passerelle amovible jetée sur le fossé de la première enceinte, permettait en temps de paix la communication avec l’extérieur. Le donjon était lui-même mis en relation avec le manoir et les communs par une passerelle également facile à enlever. Cette passerelle franchissait en plan incliné le fossé propre de la motte et s’en allait aboutir à une porte pratiquée, non au rez-de-chaussée, mais au 1er étage du donjon et à laquelle, en conséquence il n’était possible d’arriver que difficilement par escalade, lorsque la passerelle était enlevée. Quand l’ennemi se présentait devant la place, la première passerelle était détruite ou démontée, et lorsqu’il était parvenu à pénétrer dans l’enceinte du manoir et à s’en rendre maître, les défenseurs se réfugiaient avec le seigneur et sa famille dans le donjon dont la passerelle amovible était à son tour supprimée. La citadelle ainsi isolée des autres parties du château, les dominant et les commandant toutes, formait alors un réduit capable de soutenir un nouveau siège . L’histoire de ces mottes féodales est quelquefois accompagnée de légendes. On raconte que celle de Boutemont, commune de Taillebois, canton d’Athis, renferme un trésor qu’y ont enfoui les derniers possesseurs de la motte, pour le soustraire à la rapacité des Anglais devenus maîtres du pays. Dans la même région, la motte de Ste-Honorine-la-Guillaume, cacherait également un trésor consistant en une poule et douze poussins, le tout en or. Des fouilles ont été pratiquées dans quelques mottes de notre contrée. Dans celle de la Lande-Patry, près de Flers, on a trouvé une pendeloque de collier mérovingien en pierre ollaire, des tessons de poterie mérovingienne, un fer de javelot, des fers à cheval, des gonds de porte remontant au XIIIe siècle et des morceaux de plomb. Le tout a été déposé au musée de Vire, de 1865 à 1870. À la Nocherie, en Saint-Bômer, ont été recueillis en 1909, de nombreux tessons qui ont permis de reconstituer une buire de 29 centimètres de hauteur, que l’on croit antérieure à l’an mille. Ce sont des trouvailles de peu de valeur intrinsèque, mais d’un grand intérêt pour les amateurs d’histoire ancienne, car elles servent à dater l’âge de la motte et de ses occupants successifs. Les mottes féodales se font de plus en plus rares dans notre région, leurs propriétaires les ayant fait niveler pour en cultiver l’emplacement. C’est ainsi qu’est disparue celle de Saint-Mars-d’Égrenne . Sont au contraire très bien conservées, les mottes de Lucé et de Sept-Forges et en partie seulement celles de la Nocherie et de la Baroche-sous-Lucé.

À Torchamp, que reste-t-il actuellement tant du manoir seigneurial que de la motte de Jumilly ? Du château il ne subsiste que l’emplacement bien délimité par ses fossés. Le fermier, en labourant le Clozet de la Motte où s’élevaient les bâtiments seigneuriaux a trouvé quelquefois des pierres taillées et c’est tout. Quant à la motte, quoiqu’en partie découronnée, elle est en assez bon état de conservation. Dans la direction des Trois-Planches, pour permettre l’exploitation du Clozet de la Motte et de la Butte ronde (la Motte), les deux fossés parallèles ont été, en bordure de la rivière, comblés sur une petite étendue, mais une légère dépression du sol indique encore nettement la place qu’ils occupaient. La terre nécessaire au remblai a été prise aux dépens de la Motte, sur son versant le plus proche. Il en résulte que celle-ci a perdu notablement de sa hauteur. Sur son versant faisant face aux fossés comblés, elle descend maintenant en pente douce, tandis que sur le reste de son pourtour, elle descend presque perpendiculairement.

Voici quelles sont approximativement de nos jours les dimensions de cette ancienne forteresse féodale. Hauteur au-dessus du niveau de la rivière : trois mètres ; diamètre de la surface supérieure : vingt-cinq mètres ; largeur des fossés : six à sept mètres. Telle qu’elle est aujourd’hui, cette motte n’est certes pas aussi belle que celle de Lucé ou de Sept-Forges, mais en revanche, si l’on considère la motte avec ses fossés propres ainsi que les fosses qui entouraient le manoir seigneurial, on trouve un ensemble en bien meilleur état de conservation.

C’est avec un vif plaisir qu’en 1919, je découvris dans une commune dont l’histoire m’est chère, cette précieuse relique du passé, auparavant complètement ignorée. La lecture de vieux parchemins où étaient cités le Clozet de la Motte, le bois de la Motte, ainsi qu’une vague tradition de Château, arrivée à mes oreilles d’enfant, m’incitèrent à faire des recherches qui furent couronnées de succès. Mais pour un esprit non prévenu, rien ne peut faire actuellement penser qu’il y eut là, jadis, une forteresse moyenâgeuse. Des fossés envahis par les broussailles et en partie comblés par les feuilles et la vase, un petit monticule verdoyant (situé, il est vrai, dans une région parfaitement plate), il n’y a pas là de quoi attirer l’attention du passant.

Pourtant cette motte féodale de Jumilly a dû jouer un grand rôle dans l’histoire ancienne de Torchamp. Située au niveau d’un passage à gué très fréquenté avant la construction du pont du bourg, elle commandait le gué et ainsi défendait l’accès de la région contre les ennemis venant de la direction du Nord. Il en était de même pour la motte de Saint-Mars qui défendait deux passages à gué sur l’Égrenne, l’un au Boulay et l’autre au pont d’Égrenne ; et pour celles de la Nocherie et de Sept-Forges qui remplissaient le même rôle sur les bords de la Varenne et de la Mayenne. Les antiques forteresses, dont celle de Jumilly, ont été certainement les théâtres de sanglants combats.

C’est en outre à cause de cette petite éminence, de cette Butte ronde, comme l’appelle le fermier, que le bourg de Torchamp se trouve là où il est situé, contrairement à tout bon sens, à la limite de la commune. Au Moyen-Âge, les luttes étaient pour ainsi dire continuelles. Aussi l’église, pour être protégée, se rapprochait-elle le plus possible du château-fort. Si l’on considère les mottes de la région, on voit qu’à Lucé, Sept-Forges et La Baroche, elles ont attiré l’église dans leur voisinage immédiat. À Torchamp, motte et sanctuaire ne sont séparés que par 400 mètres environ à vol d’oiseau. À Saint-Mars, l’église, un peu plus éloignée, n’était cependant qu’à 1.500 mètres de sa motte. Et comme à Torchamp, les bourgs de St-Mars et de Sept-Forges, sont ridiculement placés dans un coin de leurs communes.

Importance de la Seigneurie de JUMILLY Les domaines non fieffé et fieffé de Jumilly n’avaient, tout au moins à partir du milieu du XVIe siècle, qu’une importance relativement faible. Les aveux nous apprennent qu’il comptait en 1556 et 1578 pour un sixième de haubert ; en 1610 pour un quart ; en 1682 et 1741 pour un tiers. En 1556, il relevait directement du Roi ; en 1578, du duc d’Anjou et d’Alençon, frère du Roi ; en 1658, 1682 et 1741, à nouveau du Roi, auquel il devait foi et hommage, comparence aux plaids royaux de Domfront et payer ventes, reliefs et autres droits.

Jumilly avait plaids, gaige-plège, cours, juridiction et usages, vassaux, rentes en deniers, œufs et poules, aides coutumières, coutumes, amendes, forfaitures, confiscations, reliefs, droit de pêcherie dans la Varenne, douves, motte à lapins ou garennes.

Le domaine non fieffé, c’est-à-dire appartenant en propre au seigneur de Jumilly, comportait : manoirs, cours, jardins, communs (boulangerie, écurie, grange, étable, colombier), vergers, bois de haute futaie « pour la décoration », terres labourables et préables, le tout contenant suivant les époques de 40 à 70 journaux. Ce terrain, depuis la disparition des bâtiments de Jumilly a formé la plus grande partie de la ferme du Bourg.

Il y avait eu autrefois à Jumilly, un moulin appelé le moulin de la Vollée. Dès le XVIe siècle, il n’en restait plus que l’emplacement. À cette époque ce fief noble possédait le moulin de Varenne, où, suivant l’usage féodal, les vassaux étaient obligés d’apporter leurs grains. Au XVIIe siècle, le domaine fieffé de Jumilly, c’est-à-dire l’ensemble des fiefs qui n’appartenaient pas en propre au seigneur, mais lui devaient comme vassaux : des redevances en argent, corvées, grains, volailles, œufs, ainsi que les devoirs seigneuriaux habituels, comprenait : la Basse-Provostière, l’Écluse, L’Ouche, la Bellière, la Fosse-Loup, la Richerie, la Susière, la Saulnerie (ou Saulnay), la Gonterie, la Petite Gonterie, la Rogerie, la Rairie (Maisonneuve), la Rairie aux Beaudets, la Rairie aux Nellerets, les Rottes, la Petite Soule, la Martellière, la Touche, la Basse-Lorme, la Barre, le Village, les Basses-Hayes, la Petite Haye, tous fiefs situés en Torchamp.

Famille de JUMILLY

Les premiers seigneurs de ce fief noble furent sans doute les « de Jumilly », dont un seul personnage m’est connu : Julien de Jumilly, qui est dit dans deux aveux de la Bibliothèque Nationale, « écuyer, dernier sieur du lieu », sans que soit donné sur lui d’autre renseignement.

Famille PITARD

Les PITARD furent les plus connus des seigneurs de Jumilly. Ils tinrent ce fief pendant plus de 250 ans. Leur famille était originaire d’un lieu appelé « le Bois-Pitard » au comté d’Artois. Robert III, comte d’Artois, beau-frère du roi Philippe VI de Valois, était venu vers 1321 à Domfront, dont il se trouvait être le seigneur, donna à un gentilhomme de sa suite, Mainfroid Pitard, le fief de Jumilly, sis en la paroisse de Torchamp.
1 - ce Mainfroid Ier PITARD était probablement fils de Huet Pitard qui vivait en 1325-1340, fut fauconnier du roi Philippe VI de Valois et est dit en 1301 « garde-jument du comte d’Artois ». Ce titre de fauconnier expliquerait la présence d’un oiseau de proie dans les armes des Pitard. Mainfroy 1er, seigneur de Jumilly, épousa vers 1335 Jeanne de CHAMPEAUX , fille de Hugues, chevalier, qui vivait vers l’an 1300 et fut vraisemblablement le dernier descendant Arthus de Champeaux, bailli de la forêt de Passais et ami de Saint Guillaume Firmat, mort entre 1090 et 1103 . De l’union Pitard-Champeaux, je ne connais qu’un enfant qui suit.
1-2 Robert PITARD, écuyer, seigneur de Jumilly après son père, vivait en 1361. Il épousa Perrine de la BUNACHE (ou Bunèche) , dont il eut au moins un fils.
1-2-1 - Mainfroy II PITARD, qui s’intitule également écuyer, seigneur de Jumilly. Il s’unit à Nicole de CORNILLAU , dame des Loges et de quelques autres terres près d’Ambrières, province du Maine, et mourut vers 1450, laissant cinq fils. Deux entrèrent dans les ordres ; un troisième mourut sans alliance, le quatrième, Mainfroy III fut seigneur de Jumilly et suivra ; le cinquième, Jean, écuyer, seigneur des Loges et de la Rivière, épousa Ysabeau de la JANETIÈRE et fut l’auteur de la branche des PITARD des Loges. Il eut aussi une fille, Guillemette qui épousa Gilles DOYNEL de la Sausserie
1-2-4 . Mainfroy III PITARD succéda à son père comme seigneur de Jumilly. Il prit pour femme, en 1448, Clémente LE MICTIER , fille et héritière de Guillaume LE MICTIER, seigneur et patron des paroisses de Saint-Hilaire près Briouze et de Chênesec, et de Jeanne de SARFAULT. Après son mariage il prit le titre de seigneur de St Hilaire. De l’union Mainfroy III PITARD-Clémence LE MICTIER trois enfants sont connus.
1-2-4-1 Jean PITARD qui suivra, ;
1-2-4-2 Mainfroy IV PITARD sieur du Châtelier qui fut capitaine d’une compagnie de gendarmes et fut tué glorieusement en 1490, en faisant la charge pendant le siège d’Avranches ;
1-2-4-3 Marie PITARD, dame de Saint-Hilaire, qui épousa Jean VAUQUELIN, sieur des Yvetaux, lieutenant général du roi à Falaise, anobli en 1472, d’où de nombreux descendants qui furent seigneurs de Yvetaux, de Sassy, de Nécy, de la Fresnaye, de Meheudin, d’Hermanville, de Vrigny, de la Réauté. Le plus illustre de leurs descendants fut leur arrière-petit-fils, le poète Jean VAUQUELIN de la Fresnaye, auteur de « L’art poétique et des Foresteries »., dont le fils Nicolas, seigneur des Yvetaux est également connu dans l’histoire. Le roi Henri IV, en effet, en fit le précepteur de son fils naturel, le duc de Vendôme, puis du dauphin, le futur Louis XIII.
1-2-4-1 Jean PITARD écuyer, seigneur de Saint-Hilaire, de Jumilly et de Chênesec, épousa Jeanne COUSIN , dame de Boudé en Saint-Gilles-du-Marais, fille et héritiè're de Jean COUSIN, écuyer, et de Jeanne Manvieu. Par son mariage, Jeanne Cousin apporta la seigneurie de Boudé dans la famille Pitard, qui la conserva pendant plus de 250 ans.

Ils eurent cinq enfants :
1-2-4-1-1 Nicolas PITARD, qui fut seigneur de Boudé et de Saint-Hilaire. Il s’unit à Marie du PONT-BELLENGER et en eut une nombreuse descendance. Dans celle-ci je note seulement Julien PITARD, né en 1642, mort en 1714, écuyer, seigneur de St-Jean, Boudé, Jumilly (St-Bômer) et de Lyonnière (Torchamp), bien connu des historiens locaux pour plusieurs ouvrages fort intéressants : « Histoire des seigneurs de Domfront », « Histoire du Comté de Mortain et de la noblesse du Mortennais ». Noter que la seconde union qu’il contracta avec Françoise le CILLEUR, dame de Lyonnière, fut bénie en l’église de Saint-Brice, par le curé de Torchamp.
1-2-4-1-2 Étienne PITARD, seigneur de Chênesec, qui changea son nom de Pitard en celui de Bois-Pitard et épousa Fraimbaulde de la FERRIÈRE. Leur fils François PITARD, né à Domfront en 1533, écuyer seigneur de Cheviers (Lucé), de la Barillère et du Lude (St-Front), était gouverneur au château de Domfront lorsque les deux frères Le Héricé s’en emparèrent par surprise. Il se joignit aux troupes de Matignon qui bientôt le reprirent après le fameux siège de 1574 et la capitulation de Montgommery. Mêlé personnellement à ces importants événements, il les a racontés dans un mémoire très précieux pour l’histoire locale. Il fut ainsi le premier historien de Domfront. La dernière des de BOIS-PITARD s’allia aux LE CILLEUR, seigneurs de Lyonnière (Torchamp).
1-2-4-1-3 Jeanne PITARD, qui épousa Pierre Vauquelin de la Réauté.
1-2-4-1-4 Mainfroy V PITARD qui suivra
1-2-4-1-5 Nicolas François PITARD qui suivra
1-2-4-1-4 - Mainfroy V PITARD
écuyer, avocat du roi à Domfront, succéda à son père Jean, comme seigneur de Jumilly. Suivant l’historien Julien Pitard, il s’unit à Marguerite de MILLET, fille du seigneur d’Auverney . Les archives de Jules Appert, concernant le fief de la Goulande, nous le montrent en 1551, 1552 et 1553, soutenant un procès contre Julien Gillebert. Il est dit alors sieur de Jumilly et tuteur de son neveu François PITARD, fils d’Étienne, sieur de Chênesec. Les partages de sa succession eurent lieu le 22 avril 1557. Il mourut sans doute sans enfants, car la seigneurie de Jumilly passa à son frère, Nicolas-François;
1-2-4-1-5 Nicolas François PITARD
écuyer, lieutenant des Eaux et Forêts de Domfront, rendit aveu de son fief noble de Jumilly en 1556. À ses moments de loisir, il se plaisait à cultiver la poésie. C’est ainsi qu’il composa à l’occasion de la mort glorieuse de Mainfroy IV, sous les murs d’Avranches, un poème de 300 quatrains « pour sagement se conduire au voyage de la vie humaine », poème qu’il fit imprimer en 1593. Saluons à présent l’unique poète connu qu’ait produit la paroisse de Torchamp. Il épousa la marquise de MILLET dont il eut deux enfants connus et un troisième à peu près certain. Les deux premiers sont une fille qui se maria au sieur de RADULPHE et un fils Manfroy VI qui suivra ; le troisième est Jehan PITARD qui suit.
1-2-4-1-5-3 Jehan PITARD
Jehan PITARD fut seigneur de Jumilly après son père Nicolas-François PITARD. Un acte du 15 mars 1558 (archives de M. Jules Appert) apprend en effet qu’à cette date Jacques Pitard, écuyer, ayant un différent à soutenir aux pleds de la seigneurie de la Goulande, eut pour défenseur « noble homme Me Jehan Pitars, écuyer, sieur de Jumilly, advocat pour le roi son conseil, venu exprès pour plaider sa cause ». Après Jehan PITARD, la seigneurie de Jumilly passa à son frère MAINFROY VI.

1-2-4-1-5-2 - Mainfroy VI PITARD
Mainfroy VI PITARD écuyer, seigneur de Jumilly et du Pressoir, fut comme son père, employé aux Eaux et Forêts de Domfront. D’après M. Durand de Saint-Front, ce serait lui et non Manfroy V qui épousa Marguerite de Millet. On lui donne, en tout cas, pour enfants : Jacques, écuyer, sieur de la Goulande, qui, en 1587, était curé de la Haute-Chapelle ; un autre fils qui s’intitula sieur des Pares, épousa Marie BOUDIN, d'où :
d’où Marie Pitard, qui s’unit à Hector GERMOND de la Vente et en eut une fille, Anne GERMOND, dame de Champeaux, devenue femme de Henri LESNÉ, seigneur de Torchamp ; enfin Guillaume PITARD qui suit.
1-2-4-1-5-2-3 - Guillaume PITARD seigneur de Jumilly, du Pressoir et de l’Artour, céda à la fin du XVIe siècle, devant Benoist Couppel, licencié-ès-droits, garde des sceaux de la vicomté de Domfront, le moulin de la Varenne à Bertrand LESNÉ, seigneur de Torchamp, et ce dernier donna en échange au sieur de Jumilly, la terre de la Perelle qui lui avait été apportée en dot par sa femme, Jeanne de MONTCHAUVEAU « dame de la Perelle ».
Ainsi amputé de son moulin, le fief noble de Jumilly perdit beaucoup de sa valeur. En 1578 et 1603, Guillaume Pitard rendit aveu du fief de Jumilly, qui est dit être alors de 1/6 de haubert. Il eut d’une alliance inconnue trois filles :
1-2-4-1-5-2-3-1 L’une épousa Pierre CADIN. De ce mariage naquirent plusieurs enfants, dont trois furent prêtres. L’un d’eux, Jacques CADIN, ancien chapelain du collège de Séez, à Paris fonda en l’église de Saint-Front, un obit ou prestimonie dans la chapelle Notre-Dame des Cordiers. La ruelle Porte-Cadin, à Domfront, doit son nom à ce que l’un des frères Cadin, prêtre, y avait sa demeure.
1-2-4-1-5-2-3-2 La seconde, Jacqueline PITARD épousa N… de MÉZENGE, sieur de la Trocherie, gentilhomme verrier.
1-2-4-1-5-2-3-3 La troisième, Renée PITARD, dame de Jumilly et du Pressoir, s’unit en 1575 à Marin COUPPEL de la Cousinière (Saint-Brice) et lui apporta en dot le fief de Jumilly qui changea ainsi à nouveau de famille pour passer à la famille COUPPEL.

Famille COUPPEL

Les différentes branches
La maison Couppel à laquelle appartenait Marin COUPPLE, le mari de Renée PITARD, se divisait en trois branches principales.
I – La Branche de la Marchandaye (en Lesbois), dont le premier auteur, Guillaume COUPPEL avait épousé en 1517 Renée BAGLION, descendante des fameux BAGLIONI, podestats souverains de Pérouse (Italie), dont un membre compromis dans une conspiration politique, avait dû fuir son pays et était venu habiter en France, dans le Maine.
II – La branche de la RÉNAUDIÈRE (en Saint-Front), dont la noblesse ne fut pas maintenue.
III – la branche de l’ÉPINAY reconnue comme noblesse d’ancienneté et qui fournit pendant longtemps les vicomtes de Domfront. Ses armes étaient : « d’argent au chevron de gueules, accompagné de deux merlettes de sable en chef et d’une rose de gueules en pointe ». Ces trois branches se divisèrent en un grand nombre de rameaux dont les plus connus formèrent les COUPPEL de la Cousinière, de Vaucé, de Belle, du Lude, du Gué-Thibeaut, de la Guéroussière, de Chaponnais, de la Haute-Boudière, de la Bardouillère, de la Goulande, de Saint-Laurent, et de Saint-Front. Les derniers descendants de cette prolifique famille furent dans notre contrée : M. COUPPEL du Lude, préfet de l’Orne, et les demoiselles de Saint-Front, décédées à Domfront, peu avant la guerre de 1914, lesquelles en mourant laissèrent leur titre « de Saint-Front », à leur cousin M. Durand de Fougerolles.
1 - Marin COUPPEL
Marin Couppel, faisant partie de la sous-branche Couppel de la Cousinière, le nouveau seigneur de Jumilly, était fils de Siméon COUPPEL, sieur de l’Épinay et de la Cousinière, et de Françoise FEUVRIER (ou FEBVRIER). Quelques pièces d’archives apprennent que le 9 septembre 1577, il acheta aux moines de l’abbaye de Lonlay, pour 1450 livres, une prairie dépendant de l’Ermitage de la forêt d’Andaine, que le 27 décembre 1579, il se rendit acquéreur du Lude, qu’il avait une propriété à l’Aunay-Hébert;
Marin Couppel décéda le 1er juillet 1586. Après sa mort, sa veuve Renée PITARD rendit au roi l’aveu suivant concernant Jumilly : « Du roy notre sire et souverain seigneur, confesse et advoue tenir Renée Pitard, damoiselle, dame de Jumilly et du Pressoir, veuve de Marin Couppel, escuier, vivant sieur de la Cousinière, eslu en la vicomté de Domfront, le franc-fief et terre noble de Jumilly, acquis de la possession de deffunt Guillaume Pitard, escuier, vivant sieur des dits lieux de Jumilly, le Pressoir et le Retour, mon père, le dit fief de Jumilly étant ¼ de fief de haubert et touchant les héritiers de Bertrand Lesné, sieur de Torchamp. »
De l’union Marin COUPPEL-Renée PITARD, naquirent au moins trois enfants.
2-1 - Siméon COUPPEL
Siméon Couppel, sieur de la Cousinière, avocat du roi prit pour femme Julienne DES MOULINS, dont il n’eut pas d’enfant. Avec lui s’éteignit la branche des COUPPEL de la Cousinière.
2-2 - François COUPPEL
François COUPPEL, né vers 1584, est écédé le 18 octobre 1610 et a été inhumé à St Brice le 19 octobre.
2-3 - Brice COUPPEL
Brice COUPPEL s’intitula écuyer, sieur de l’Épinay et de Jumilly, conseiller du roi et fut vicomte de Domfront. Il épousa en premières noces, en 1607, Marquise LEDIN de la Châlerie (Haute-Chapelle) avec laquelle il eut 5 enfants : Renée COUPPEL (1608-1620) morte à l’âge de 11 ans, et 4 autres enfants morts en bas âge (René à 2 mois, Charles à 10 jours, Magdelaine à 22 jours, et Françoise à 15 mois).
Marquise LEDIN mourut le 28 octobre 1613, et fut inhumée dans l’église de Notre-Dame-sur-l’Eau, où se voit toujours son tombeau avec l’inscription suivante :
« Passant, ce marbre ne regarde,
Ma cendre n’est sous ce tombeau,
Car mon cher mari me la garde
Et son cœur en est le vaisseau »
En novembre 1616, Brice COUPPEL mettait dans son cœur une remplaçante dans la personne de Nicole de MARGUERIT, fille de Jean de Marguerit, avocat général au Parlement de Rouen, et de Marie des Rotours.
En 1610 et 1615, Brice Couppel rendit aveu au roi de son fief de Jumilly.
Du mariage Brice COUPPEL-Nicole de MARGUERIT, naquirent au moins deux enfants :
2-3-1- Siméon Brice François COUPPEL, né le 3 février 1618, mort à 21 ans le 20 octobre 1639 sans postérité, et Jacques, qui suit.

2-3-2- Jacques COUPPEL, le nouveau seigneur de Jumilly, né le 27 mai 1619, s’intitula seigneur de l’Épinay, Jumilly, la Faverie, Bellée, du Lude, seigneur et patron honoraire de Vaucé, conseiller du roy, vicomte de Domfront. Il épousa d’abord le 8 mars 1644 Louise de BEAUREPAIRE fille de messire Siméon de Beaurepaire, seigneur de Peyrière et Couvigny, et en deuxièmes noces, noble dame Suzanne GUÉRIN, veuve de Jacques Avenel, écuyer, seigneur de Nantreil.
En 1666, lors de la vérification des titres de noblesse, dans notre région, par M. de Marle, intendant de la généralité d’Alençon, la branche des COUPPEL de l’Épinay, représentée par Jacques Couppel, fut d’abord condamnée puis rétablie.

Le 24 septembre 1674, par devant Me Thomas Roussel, bachelier licencié-ès-droits, avocat au grand conseil et notaire apostolique, demeurant à Domfront, messire Jacques COUPPEL, vicomte de Domfront et Passais, fonda la chapelle déjà édifiée près et à l’extrémité des cours de l’ancien manoir de Bellée. Cette chapelle dédiée à Saint Jacques, fut dotée de 48 livres de rente annuelle, à prendre sur la métairie de Pont-Bureau, située même paroisse de Vaucé et appartenant au dit sieur de l’Épinay. Cette chapelle fut décrétée le 5 avril 1675.

De Louise de BEAUREPAIRE, Jacques COUPPEL eut 15 enfants, mais aucun d’eux ne fut seigneur de Jumilly.

En 1650, en effet, le sieur de l’Épinay avait cédé par échange, à François LESNÉ le fief noble de Jumilly qui, dès lors, fit partie intégrante de la Seigneurie de Torchamp.

Famille LESNÉ

En ce qui concerne ce fief noble de Jumilly, c’est François LESNÉ qui l’acquit par échange avec Jacques COUPPEL, le 22 octobre 1650, devant le Rée et Husson, tabellions à Domfront, auquel étaient ajoutées pour la circonstance, des maisons et terres à la Bellière, ainsi qu’un pré à la Houardière. François LESNÉ est donc le premier Lesné qui posséda Jumilly en Torchamp. Il en rendit aveu au roi en 1656. Par son mariage avec Françoise BARRÉ de Jumilly (St Bômer), il fit entrer dans sa famille les seigneuries de FOUGERAI et de la NOCHERIE (également en St-Bômer).

Famille DOYNEL

Tous les détails sur les DOYNEL ont été racontées dans les pages précédentes concernant la Seigneurie de Torchamp.
Mais pour résumer ce qui concerne le fief de Jumilly, la Révolution ayant vendu tous les biens propres de René-François DOYNEL, son épouse Madeleine Marie LESNÉ, pour conserver ses biens propres usa d’un subterfuge et divorça. C’est ainsi que Jumilly et la plupart des autres biens des LESNÉ ne furent pas vendus comme biens nationaux. Jumilly resta la propriété des descendants de René-François DOYNEL : le comte François DOYNEL de la Sausserie (1780-1838) et le comte Olivier DOYNEL de la Sausserie (1820-1895).

Peu d’années après la mort de ce dernier, des revers de fortune obligèrent les DOYNEL à vendre le château de Torchamp avec toutes les fermes qui en dépendaient : Jumilly qui, depuis longtemps était réuni à la ferme du bourg, fut acquis par la famille LEROYER, de Torchamp, qui le possède aujourd’hui.

La Seigneurie de MALTERRE - Les De VAUFLEURY

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

La terre de Malterre, appelée aussi quelquefois les Hayes de Malterre et aussi les Terres, ne prit le titre de seigneurie qu’à une date relativement récente (seconde moitié du XVIIe siècle). Ce fut un de VAUFLEURY qui en fut le premier seigneur. Il appartenait à une famille bourgeoise de la région du Teilleul, les De VAUFLEURY.
1 - Étienne de VAUFLEURY
C’est cet Étienne de VAUFLEURY qui obtint l’ennoblissement de sa famille, en 1628, en conséquence de l’Édit donné en faveur de la Compagnie du Canada. Il prit pour armes : « d’azur au sautoir d’or cantonné de 4 quintefeuilles (alias 4 roses) de même. »

Blason De Vaufleury.jpg

L’enregistrement de ses lettres de noblesse fut fait à la Cour des Aydes le 9 septembre 1634. Étienne de Vaufleury s’intitula dès lors : écuyer seigneur de la Durandière et du Pouët.
Il épousa Jeanne BARRÉ de Jumilly, dont le père, François de JUMILLY , était seigneur de Jumilly, en Saint-Bômer, seigneur des Hayes en Torchamp, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel du bailli d’Alençon à Domfront, et la mère, Antoinette CORMIER, dame de la Guyardière en la Haute-Chapelle. Ce fut grâce à ce mariage que plus tard, en 1680, après la mort sans enfants de Claude de JUMILLY, vinrent par héritage dans la famille de VAUFLEURY, les terres de Malterre, des Hayes, des Noës et de la Saulnaie, que les BARRÉ, originaires de Torchamp, possédaient dans cette paroisse.

De l’union de Étienne de VAUFLEURY-Jeanne BARRÉ naquirent au moins trois fils et une fille :
1-1 Jean de VAUFLEURY, écuyer seigneur de la Durandière et du Pouët qui épousa le 6 octobre 1666 noble dame Françoise le SILLEUR, fille de feu René Le Silleur, écuyer sieur de Sougé et Cheviers et de dame Françoise le Vayer. Leurs descendants s’allièrent avec les familles de Pillervain, Bourget, de Marseul, etc…
1-2 Yvonnne de VAUFLEURY, née avant 1632 qui épousa le 8 janvier 1648 Jean DAVY
1-3 François Julien de VAUFLEURY, seigneur de Saint-Patrie et de Grigny, qui épousa le 20 octobre 1670 Julienne de CHEVERUE, veuve de François d’Estranger, écuyer sieur de Heussey et sœur de François de Chevrüe écuyer sieur de la Haussière, vicomte de Mortain. Leurs descendants s’allièrent aux familles du Bailleul, Pitard, Fortin, Gaudin de Villaine, etc.
1-4 un autre François de VAUFLEURY qui nous intéresse particulièrement, parce qu’il fut le père du premier seigneur de MALTERRE, et se qualifia seigneur d’Oissé. Il épousa Anne VIVIAN, fille de Gilles VIVIAN, seigneur de la Champagne, de Plomp et de Charruel, lieutenant général à Avranches . Ce François de VAUFLEURY, sieur d’Oissé, fut le premier membre de cette famille qui posséda le fief de MALTERRE avec les fermes voisines qui en dépendent, mais je n’ai pas connaissance qu’il ait pris le titre de seigneur de MALTERRE.
Du mariage François de VAUFLEURY-Anne VIVIAN naquirent au moins trois enfants :
1-3-1 César de VAUFLEURY qui suivra.

1-3-2 Gilles de VAUFLEURY, écuyer, sieur d’Oissé, qui épousa Françoise de Vauborel, dame de Saint-Georges et de Notre-Dame-du-Bois, fille de Léonard de Vauborel écuyer. Il mourut en 1705 sans enfant.

1-3-3 René-Joseph de VAUFLEURY, écuyer sieur des Hayes, qui épousa en premières noces Marie Le Royer de la Brizollière en Lucé, et en deuxièmes noces, Marie-Anne de Roussel, fille de Jacques de Roussel, sieur de la Berardière en St-Bômer, conseiller du roi et de demoiselle Jacqueline de Réboulé. Il fut inhumé dans l’église de Torchamp le 6 avril 1694.

1-3-1 César de VAUFLEURY
C’est le premier qui se qualifia « seigneur de Malterre », dont il fit vraisemblablement sa résidence. Il épousa Jeanne LE COURT, dame de Bois-Halé en Saint-Bômer, qui lui apporta en dot le fief de ce nom. La famille LE COURT à laquelle s’allia le seigneur de Malterre était originaire de Bretagne et se rattachait, d’après Surville, à celle d’Abélard, le célèbre amant d’Héloïse . De l’union de César de VAUFLEURY - Jeanne LE COURT naquirent trois filles et trois fils.
1-3-1-1 Jeanne Aimée de VAUFLEURYY qui épousa Charles PAYEN sans descendance connue
1-3-1-2 François Gilles de VAUFLEURY qui épousa Jeanne THEBERT sans descendance connue
1-3-1-3 François Henry de VAUFLEURY
1-3-1-4 Françoise Renée de VAUFLEURY née le 13 mai 1698, qui épousa Louis de VAUBOREL, né en 1677, du mariage de Bertrand de VAUBOREL, seigneur de Saint-Germain et de Suzanne de CHEMILLY et lui apporta en dot la terre de Bois-Hallé.
1-3-1-5 Madeleine Henriette de VAUFLEURY, née vers 1702 et décédée à Tinchebray le 31 décembre 1742
1-3-1-6 Georges César de VAUFLEURY qui succéda à son père dans la seigneurie de Malterre dont il habita le manoir et fit suivre son nom des titres de : chevalier, seigneur de Malterre et des Hayes . Le 9 janvier 1724, il épousa, avec dispense de parenté, noble dame Anne LESNÉ, fille d’Hector LESNÉ, chevalier, seigneur de Torchamp, Jumilly, etc… et de Marie-Louise DESLANDES.
De l'union Georges César de VAUFLEURY - Anne LESNÉ naîtront quatre enfants.
1-3-1-6-1 Louis de VAUFLEURY qui suivra.
1-3-1-6-2 Marie Louise de VAUFLEURY, qui épousa le 7 septembre 1751, Jacques VERRAQUIN, sieur des Bouillons, licencié-ès-lois, fils de Jean VERRAQUIN, sieur d’Avrilly, avocat au Grand Conseil, puis lieutenant général au bailliage de Domfront et de Anne LEMOINE. Le mariage fut célébré à Domfront, en présence de noble dame Marie-Louise Deslandes de Torchamp, grand-mère de l’épouse, de noble dame Anne Lesné de Malterre, sa mère, de demoiselle Anne de Vaufleury, sa sœur, de François-Jacques Verraquin, sieur d’Avrilly, conseiller du roi et son procureur en l’élection de Domfront, de Louis de Villers, sieur de Beauvais, conseiller du roi, receveur des Tailles, et de noble dame Françoise Lesné de Villers, oncle et tante de la future. Du mariage Marie Louise de de VAUFLEURY - Jean VERRAQUIN vint au moins une fille qui mourut en 1752, peu de temps après sa naissance.
1-3-1-6-3 Anne Madeleine de VAUFLEURY naquit en 1733. Le 31 mai 1755 eut lieu le mariage, par permission épiscopale, dans la chapelle du château de Torchamp, de cette demoiselle de VAUFLEURY avec messire Jean-Baptiste de la ROQUE, chevalier, seigneur de Monségré, Granvilliers et autres terres, fils de défunt messire de la Roque et de noble dame Marie-Louise de St-Germain.
Jean-Baptiste de la ROQUE qui était né en 1713, mourut dans son château de la Raterie (St Front) en 1758, laissant de son mariage :
Jean de la ROQUE, qui fut baptisé à Domfront le 31 octobre 1757 et eut pour parrain messire Jacques Le Harivel, seigneur de Rouellé, et pour marraine sa grand-mère, noble dame Anne Lesné de Torchamp,
et Anselme de la ROQUE, baptisé le 21 décembre 1758. Parrain : Jacques Bermond ; marraine : Anne Lolier.

1-3-1-6-1 Louis de VAUFLEURY
Né en 1730, Louis de VAUFLEURY fut seigneur de Malterre après son père et se qualifia : chevalier, marquis, seigneur de Malterre, d’Ouessey, de Poë, Bois-Halé, la Reinière, Chantepie, Courberie, du Bois-Thubœuf, de la Bouverie, de Gland-Sémé, Mebizon, seigneur et patron honoraire des églises et paroisses de Trégé, Saint-Martin, Loup-Fougères, seigneur et châtelain de Lambourg, de Fossé, d’Oisillé, de Vaupicron et autres terres seigneuriales.
Avant Louis de VAUFLEURY, la fortune des de MALTERRE paraissait assez modeste. Mais la longue énumération des seigneuries de Louis de VAUFLEURY, l’érection de ses biens en marquisat indiquent clairement que Louis de VAUFLEURY était devenu un gros propriétaire terrien. Ses fermes de Torchamp ne formaient plus qu’une petite partie de ses revenus. Que s’était-il donc passé ? Nous trouvons bien dans cette liste quelques terres ayant appartenu à la famille de Vaufleury, mais à côté apparaissent de nouvelles et nombreuses seigneuries. Il est à supposer que le marquis de Malterre fit un riche mariage, en épousant en 1744 noble dame Anne-Françoise de PENNART de Chantepie, fille de Anne-Emmanuel de PENNART, seigneur de Monbezon et de Chantepie et de Catherine-Claude de PENNART (sa cousine).
Trois ans avant son mariage, Louis de VAUFLEURY avait quitté son modeste manoir de Malterre, pour aller habiter à Domfront, l’imposant château de Godras, dont il avait acheté une partie le 14 février 1771, à messire Louis-Marie de Vassy, mari de noble dame Henriette Ledin de la Châlerie.
Le marquis de Malterre Louis de VAUFLEURY ne jouit pas longtemps de sa belle situation. Il mourut en pleine force, d’une manière imprévue à Granvilliers en revenant d’un voyage à Paris. Un extrait des registres de la paroisse de Saint-Martin-de-Granvilliers, recopié sur le registre de Domfront, dit, en effet : «  Le 13 janvier 1778, fut inhumé dans le chœur de l’église de Granvilliers, le corps de messire Louis de Vaufleury de Malterre, âgé de 48 ans, chevalier seigneur d’Oissé et autres lieux, résidant dans son hôtel de ville à Domfront, Basse-Normandie, décédé hier dans le presbytère de ce lieu, revenant de Paris ; en présence de haut et puissant seigneur Armand Félicien comte de Banetz, seigneur de Fossé, chevalier de l’Ordre militaire et royal de Saint-Louis, lieutenant de vaisseau de sa majesté, etc… ».
Ainsi mourut tristement loin des siens le « premier marquis de MALTERRE » et aussi le « dernier seigneur de MALTERRE ». Quelques années plus tard, en effet, la Révolution allait supprimer les titres de seigneur et de seigneurie. Cette seigneurie était de peu d’importance et au point de vue féodal était vassale de celle de Torchamp.
Anne-Françoise de PENNART de Chantepie avait donné à Louis de VAUFLEURY, une fille, et était, au moment où elle devenait veuve, enceinte d’un second enfant.
Aussitôt après la mort de son mari, elle revendit le château de Godras. Vint-elle alors habiter le manoir de Malterre ? C’est peu probable. Elle fixa plutôt sa résidence au château de CHANTEPIE (près de Couterne), demeure beaucoup plus importante et située dans un site beaucoup plus agréable. C’est d’ailleurs là que depuis ont habité les de VAUFLEURY ses descendants, toujours possesseurs du domaine de MALTERRE. Anne de Pennart ne se remaria pas, et était encore vivante au moment de la Révolution. Le nom de la Veuve de MALTERRE de VAUFLEURY figure en effet sur la liste des membres de la noblesse, chargés en 1789 d’élire à Alençon les députés à la Constituante.
Il reste à Malterre, comme souvenir des de VAUFLEURY, une petite gentilhommière qu’ils construisirent et habitèrent, et aussi une avenue au milieu de laquelle passe la route qui va du bourg de Torchamp à la route de Domfront-Mayenne.

La Seigneurie de LYONNIÈRE

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

La terre de Lyonnière (ou Lionnière) située à la limite de la paroisse de Torchamp, avoisinant la paroisse de Saint-Brice-en-Passais, ne garde plus trace de son passé seigneurial. La maison d’habitation actuelle du fermier, relativement récente, a dû être construite, comme à Villette, avec les pierres de l’ancienne gentilhommière. Seule l’étendue de la ferme fait penser qu’elle dut être autrefois une terre noble.
Guy CHAUVIN
Le premier seigneur de Lyonnière qui soit connu, est Guy CHAUVIN, qui fut également seigneur de Saint-Brice. Il vivait à la fin du XVe siècle ou au commencement du XVIe. Il eut une fille qui épousa Robert LE CILLEUR (ou LE SILLEUR), écuyer, seigneur de Rupières, lequel devint par son mariage seigneur de Saint-Brice et de Lyonnière.
1 - Robert LE CILLEUR
Il appartenait à une famille qui tiendra une place assez importante dans la noblesse de Basse-Normandie, aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, pour disparaître ensuite sans laisser de traces, au moins dans notre région. Elle était, d’après l’historien alençonnais Odolant Desnos, originaire de Bretagne et avait pour armes : « d’azur à la bande d’or accostée de trois mollettes d’éperon d’or en chef, et trois coquilles d’argent en pointe ».


'Les origines de cette famille'
D’après le comte de Contades, les Le Cilleur seraient venus du Pays d’Auge, où l’on trouve en 1401, Gaspard le Cilleur, écuyer, seigneur du Bailleul, dans la paroisse de Hottot.
Et peu après, en 1418 un des membres de cette famille, Robin Le CILLEUR fut le héros de la vieille cité de Domfront.En pleine guerre de Cent ans (1337-1453) opposant la dynastie des Plantagenet à celle des Valois les Anglais s'étaient rendus maîtres de presque toute la Normandie. Deux forteresses seulement, dont Domfront, n’avaient pu être prises. En voici un bref récit.
En 1418, les Anglais assiègent Domfront. Celle-ci et son château ont été délaissés par Pierre Ledin qui en est gouverneur pour le duc d’Alençon, Jean II. Les habitants de Domfront se sont réfugiés dans le château et sous l’habile conduite de l’un d’entre eux, Clément Bigot, résistent avec acharnement aux nombreux assauts des Anglais commandés par le comte de Warwick et le célèbre Talbot, à la tête de troupes nombreuses. Clément Bigot attend en vain le secours que lui a promis le duc d’Alençon. Mais les munitions et les vivres se faisant de plus en plus rares et les assauts de plus en plus nombreux, les assiégés à bout de forces, épuisés par la faim et les fatigues, demandent une suspension d’armes. Il fut convenu par un armistice signé le 10 juillet 1418, que la place serait rendue le 22 juillet, si, d’ici-là il ne lui venait pas de secours (secours qui d’ailleurs fit défaut). Pour garantir l’exécution de ce traité, sept défenseurs du château pris parmi les gentilshommes, les bourgeois et autres, se livrèrent courageusement comme otages, confiant leurs personnes et leurs vies au roi d’Angleterre, pour sauver leurs concitoyens. Or, parmi ces braves, se trouvait Robin le CILLEUR.
On a beaucoup exalté, écrit l’historien H. Sauvage, le courage des compagnons d’Eustache de Saint-Pierre qui, à Calais, se livrèrent en 1349 à la merci du roi d’Angleterre Édouard III. Les Domfrontais renouvelèrent l’exemple d’un pareil dévouement, mais leur héroïsme est resté ignoré , tandis que l’action des bourgeois de Calais a été exaltée par tous, chantée par les poètes et portée même sur la scène, au théâtre. Honneur donc aux sept hommes remplis de modestie et de si nobles sentiments, dont les noms ont mérité d’être inscrits en lettres d’or dans les annales de la cité domfrontaise.
Un siècle plus tard, en 1509, nous retrouvons un Jean Le Cilleur, prêtre, fils de Raoul Le Cilleur et de Raoulet Cousin de Jumilly (St-Bômer) qui vend la seigneurie de Jumilly à Jean Hallé, fils de Thomas, écuyer, sieur des Mafardières.
Robert Le Cilleur, seigneur de St-Brice et de Lyonnière eut pour fils ou petit-fils :

1-1 Michel Le Cilleur, écuyer, seigneur de Saint-Brice, qui alla habiter la Chapelle-Moche, où il fut inhumé en 1611, dans l’église, devant l’autel des trois Marie, laissant de nombreux descendants dans cette paroisse.

1-2 Arthur Le Cilleur, seigneur de Cheviers (Lucé) qui épousa en 1590 Marguerite de Boispitard, dame de Sougé-le-Gannelon, et dont les nombreux descendants furent seigneurs de Cheviers, Sougé, Mebezon, Chênesec, la Barillère, Corbuzin, Étrigé.

1-3 Mainfroy Le Cilleur qui fut seigneur de Lyonnière
En plus du fief de Lyonnière, Mainfroy possédait le fief de la Chauvière, en Lucé, où il habita. Il épousa en 1604, Marguerite de Villette, dont il eut au moins cinq enfants.

1-3-1 Sébastien Le Cilleur, seigneur de Lyonnière, qui suivra.

1-3-2 Charles Le Cilleur, écuyer sieur de la Chauvière, qui épousa Jeanne Ballin.

1-3-3 Henri Le Cilleur, écuyer, également sieur de la Chauvière, qui épousa Anne Ruault de la Vaidière.

1-3-4 Jeanne Le Cilleur, femme de Antoine de Maigny, écuyer, sieur du lieu.

1-3-5 Suzanne Le Cilleur, mariée deux fois, dont une avec Robert Dupont, avocat.

1-3-1 Sébastien le Cilleur
Sébastien Le Cilleur se qualifia d’écuyer, seigneur de Lyonnière. Il habita ce village et contracta trois alliances :
1ère union avec Françoise Barré, fille de Jean Barré, sieur de Lande-Parfonde, conseiller du roy et contrôleur des domaines à Domfront. Françoise Barré morte en 1621 laissait au moins deux enfants :
1-3-1-1 Renée Le Cilleur, baptisée le 8 novembre 1619, qui épousa en février 1640 Pierre Pottier (mort en 1693), écuyer, sieur de Fresnay et de Boisevin, anobli en 1654, conseiller du roy et son receveur des traites à Domfront, où il demeura. Les époux Pottier-Le Cilleur vendirent en 1670 à demoiselle Madeleine de Saint-Germain, femme de Mathieu Ledemé, sieur du Lude, mais d’avec elle civilement séparé quant aux biens, la terre du Bois-de-Saint-Brice. En revanche il dut acheter la ferme du Boulay en Torchamp, car ses deux fils s’intitulèrent sieurs de cette terre.
1-3-1-2 Charles Le Cilleur né en 1620.
2ème union avec Marie Couppel, le 21 octobre 1629 à Domfront, veuve de François Dupont, sieur de la Bonnelière. Pas d'enfant connu.
3ème union avec Barbe Gillebert le 15 juin 1646 à Domfront, qui, veuve, se remaria à son tour avec Michel de Maillot, sieur de la Roustière.
Sébastien Le Cilleur eut avec Barbe Gillebert au moins six enfants :
1-3-1-3 Henry Le Cilleur né en 1648
1-3-1-4 Marquise Le Cilleur née ne 1649
1-3-1-5 Joachim Le Cilleur né en 1653
1-3-1-6 Françoise Le Cilleur, née en 1653, qui nous intéresse particulièrement parce que c’est à elle qu’échut le fief de Lyonnière qu’elle porta dans la famille Pitard, par son mariage avec Julien Pitard, qui suit.
1-3-1-7 Marie Le Cilleur née en 1656
1-3-1-8 Joachim Le Cilleur né en 1657
Sébastien Le Cilleur fut inhumé dans l’église de Torchamp le 30 décembre 1661 (Registre paroissial de Torchamp).

1 - Julien Pitard le nouveau seigneur de Lyonnière.
Nous résumons sa biographie longuement donnée par H. Sauvage.
Il appartenait à une famille de vieille noblesse venue de l’Artois dans les contrées de Domfront et Falaise, et dont le premier ascendant connu Huet Pitard, fauconnier du roi Philippe VI de Valois, vivait en 1325. Les Pitard de la région se divisèrent en plusieurs branches, dont une, la branche de Jumilly (Torchamp). Les autres branches principales furent celles de Boispitard et de Boudé. C’est à cette dernière qu’appartenait messire Julien Pitard.
Fils aîné de François Pitard, écuyer, sieur de Boudé (Saint-Gilles) et de Jumilly (Saint-Bômer) et de Adrienne de Saint-Manvieu, dame de St-Jean-du-Corail, il naquit le 18 décembre 1642 à St-Jean-du-Corail, y fut baptisé le 13 janvier 1643 et nommé par Julien de Saint-Manvieu, écuyer, seigneur présentateur de cette paroisse, et par demoiselle marquise de Jumilly. Il se qualifia d’écuyer, seigneur de Boudé, Jumilly, seigneur et patron de St-Jean. Dès l’âge de seize ans, il devint le chef de la famille par la mort de son père, arrivée le 30 novembre 1658. À lui et à sa mère échut ainsi la charge de ses frères et sœurs au nombre de six.
Il épousa en premières noces, le 5 avril 1668, Bertrande Roger, fille de Gabriel Roger, écuyer, seigneur de Bardé et de dame Andrée de la Broise. Bertrande Roger mourut le 5 octobre 1678, lui laissant quatre enfants :
1-1 Marquise Bertranne Pitard qui sera religieuse aux Ursulines de Vire
1-2 Andrée Pitard, qui sera également religieuse aux Ursulines de Vire
1-3 Adrien-Guillaume Pitard, sieur de Boudé, né en 1675, mort en 1706, sans alliance.
1-4 Pierre Pitard, qui mourra étant curé de St-Jean-du-Corail.
Devenu veuf, Julien Pitard se remaria en 1680 avec Françoise Le Cilleur, qui lui apporta le fief seigneurial de Lionnière.
Cette seconde union lui donna cinq enfants :
1-1-5 Jean-François Pitard, seigneur de Lionnière qui suivra
1-1-6 Marie-Henriette Pitard, décédée en 1747.
1-1-7 Marie-Françoise Pitard, qui épousa Jacques-François Hamelon de St-Ouen.
1-1-8 Françoise-Julienne Pitard, morte en 1709.
1-1-9 Julien-Adrien Pitard, né le 5 avril 1685, mort à Avesnes en Hainaut, le 20 octobre 1703, au retour de la campagne de Maëstricht, pendant laquelle il avait été fait prisonnier de guerre, après la capitulation de la citadelle d’Huy.
Julien Pitard produisit ses titres nobiliaires en 1666 et fut maintenu dans la catégorie de la noblesse ancienne. Son blason héraldique fut en même temps reconnu et ainsi décrit : « Champ d’azur à l’épervier d’argent, tenant entre ses griffes une perdrix de même. Cimier : un épervier naissant au vol abaissé d’argent. Supports : deux lions à tête de femme ».
Le 22 juillet 1682, sans doute à l’occasion du mariage en secondes noces de Barbe Gillebert, eurent lieu, devant Belin, notaire à Domfront, les partages en trois lots de la seigneurie de Lyonnière. (Archives notariales de Domfront).
La terre de Galachère formait un lot ; les deux autres lots étaient pris sur la terre de Lionnière, sa voisine. Un de ces lots était donné pour douaire à Barbe Gillebert, au précédent veuve de Sébastien Le Cilleur, les deux autres revenaient à Françoise Le Cilleur, femme de Julien Pitard.

Cet acte de partage, outre qu’il nous apprend que la terre de la Galachère dépendait de cette seigneurie, nous donne la description sommaire de ce qu’était alors le manoir de Lionnière et ses dépendances.
La description en serait trop longue, mais le détail concernant cette maison de maître avec cabinet, laverie et chambres, deux pavillons dont un au-dessus du portail (ce qui laisse supposer que celui-ci était imposant), maison de fermier, pigeonnier, douves, bois, moulin, tout cela, a bien l’allure d’une gentilhommière, dont, hélas ! il ne reste plus de traces.

Julien Pitard, seigneur de Lyonnière, fit, pendant le règne de Louis XIV, deux campagnes dont la première, sous les ordres de l’illustre Turenne. C’était une sorte de tradition dans la famille Pitard, que ses membres maniassent aussi bien la plume que l’épée. Déjà, François Pitard, écuyer, sieur de Chênesec, de la Barillère et du Lude, avait laissé un Journal de la Prise de Domfront par les protestants en 1574.
Un autre, Nicolas Pitard, sieur du Châtelier, avait composé à l’occasion de la mort de son frère, capitaine d’une compagnie de gendarmes, tué devant Avranches en faisant la charge, un poème formé de 300 quatrains.
Nous devons à ce Julien Pitard : une Histoire des Seigneurs de Domfront, un Mémoire historique sur le comté de Mortain, un Nobiliaire du même comté, enfin une Généalogie de la famille Pitard, avec de nombreux dessins : blasons, portraits, châteaux, etc. Le manuscrit original de ce dernier travail, fait partie du Chartrier des Doynel, anciens châtelains de Torchamp.
Cet homme de valeur n’habita sans doute pas la seigneurie de Lyonnière. Il demeura pendant toute sa jeunesse au château de Boudé. Vers 1680, il fit sa résidence au château de St-Jean-du-Corail. Enfin, il mourut à Domfront, le 12 septembre 1714, mais son corps fut inhumé dans l’église de St-Jean-du-Corail.
1-1-5 Jean-François Pitard,
Né le 5 octobre 1681, il fut seigneur de Lyonnière après la mort de son père Julien Pitard. Il s’intitula en outre chevalier, seigneur de Boudé, seigneur et présentateur de St-Jean-du-Corail.
Jean-François Pitard épousa le 16 décembre 1709 Anne-Françoise-Gabrielle de Vassy, fille de messire Claude de Vassy, chevalier, seigneur marquis de Peron, et de dame Marie-Angélique de Motteville, dont il n’eut qu’une fille, Pélagie Pitard, qui apporta la seigneurie de Lyonnière à son mari Gilles de Vaufleury.

TORCHAMP pendant la Révolution

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites,corrigées et complétées par Jean-Louis BOUILLAT [2]

Membres des municipalités

Ceux-ci sont donnés par M. J. Hamon dans "La vie municipale dans les communes du canton de Passais pendant la Révoltion" et aussi par les "Notes manuscrites" de de M. Louis Chambay sur la Révolution dans la région de Domfront.

Municipalité élue sous l'ancien Régime (septembre 1787 à février 1790)

Cette municipailé a été élue sous l'Ancien Régime mais est restée en fonction pendant les deux ans et 5 mois jusqu'en février 1762.
Membre de droit : Messire Doynel, seigneur.
Président : Ambroise Mottay, curé.
Six membres élus : Lefèvre du Bourg, vicaire ; François Rémon, Jacques Lebossé, Siméon Beaudet, Jean Blanchetière et Jean Rémon du Domaine.
Greffier : Hubert.

Municipalités de la période révolutionnaire à Torchamp

Les membres de droit (le seigneur et le curé) sont supprimés. Désormais tous les composants de la municipalité doivent être élus par leurs concitoyens.
Le syndic disparaît également. Apparaît au contraire le maire qui préside l’assemblée composée d’un procureur, d’officiers municipaux, de notables et d’un secrétaire. Dans ces municipalités, le maire est un personnage surtout honorifique. Le procureur au contraire, n’a pas de voix délibérative, mais joue cependant un rôle très important, chargé qu’il est de défendre les intérêts et de poursuivre les affaires de la commune. C’est lui en somme qui administre.
Plus tard, l’assemblée aura à sa tête non plus un maire et un procureur, mais un agent et un adjoint.

Voici quelques membres des municipalités successives de Torchamp pendant la période révolutionnaire.
1790 - Maire : Mottay, curé
1791 - Maire : Jean Rémon du Domaine. Procureur : Barré. Secrétaire : Blanchetière.
1792-1793 - Maire : François Hubert de la Brosse. Procureur : Guillaume Brosse. Officiers municipaux : G. Leneveu, Jean Pottier, Henri Rémon-Provostière. Secrétaire : Pierre Barré.
1793-1794 - Maire : Julien Le Ray de Malterre. Procureur : Étienne Gobbé. Secrétaire : Pierre Barré.
1794-1795 - Maire : Pierre Jean Guillard-Champinière. Officier : Jacques Sonnet.
1794-1795 (élection de Germinal an IV) - Agent : Louis Bernou. Adjoint : Siméon Beaudet-Beauctière. Sont alors membres de la municipalité : François Hubert, Guillaume Brosse, Siméon Lebossé, Jacques Lebossé, Jean Rémon, François Chauvin, Guillaume Leneveu, Jacques Rémon, François Lebossé. L’agent et l’adjoint démissionnent aussitôt, Louis Bernou le 4 Germinal, et Siméon Beaudet le 9 Germinal. Les membres de la municipalité de Torchamp prient la municipalité cantonale de les maintenir, mais évidemment sans résultat. En effet, Pierre Barré (fils de Jacques) et Pierre Barré (fils de Pierre) se décident à accepter, le premier la fonction d’agent, le second celle d’adjoint.
On trouve à ce moment comme membres de la municipalité : Henri Rémon, François Hubert, Jean Rémon, Leneveu, Jacques Lebossé, F. Vaidis, F. Chauvin et G. Beaudet.
Le 12 juin 1796 (24 Prairial an V), l’agent Pierre Barré démissionne à son tour. Henri Rémon-Provostière est nommé à sa place, mais refuse. La municipalité cantonale nomme alors le 2 messidor an V (20 juin 1797) Jean Rémon du Domaine pour agent et François Chauvin pour adjoint. Jean Rémon démissionne le 9, François Chauvin fait de même et est remplacé le deuxième jour complémentaire an V (18 septembre 1797) par Vaidis.
An VII - La municipalité cantonale, le 4 Floréal (23 avril 1799), nomme l’agent François Vaidis et adjoint Guillaume Brosse. Ils démissionnent le surlendemain le 6 (25 avril). Je ne sais qui les remplaça. En tout cas Pierre Barré est donné comme adjoint le dernier jour de Vendémiaire an VII (21 octobre 1798). 1797-1799 (An IX) - Maire : Pierre Barré.
On remarquera après cette lecture, combien furent fréquents, pendant cette période agitée, les changements dans la municipalité. C’est qu’alors maire ou adjoint, membre de la municipalité ou officier municipal, étaient des postes peu enviables. Agents de l’administration plutôt que représentants de leur commune, ils étaient obligés de négliger leurs propres affaires pour assister à d’incessantes et longues réunions, faire auprès de leurs concitoyens des réquisitions aussi nombreuses qu’impopulaires (grains, chevaux, voitures, porcs, cidre, etc…), répartir et recouvrer les impôts, administrer les biens du clergé et des émigrés, lever, même par force, les jeunes gens destinés aux armées, faire la chasse aux réfractaires et saisir les biens de leurs parents, aller chercher au loin en cas de disette les grains nécessaires et les répartir entre les habitants, maintenir la sûreté de la commune contre les actes de brigandage si fréquents des chouans. Toutes ces fonctions leur étaient imposées par le gouvernement révolutionnaire sous peine d’amendes et même d’emprisonnement . Pour comble de malheur, leur zèle en faisait des victimes désignées des ennemis du régime, des chouans, qui ne se gênaient pas pour commettre des attentats contre leurs biens et leurs personnes. Surchargés ainsi de besognes ingrates, impopulaires et dangereuses, les membres des municipalités se retiraient d’eux-mêmes par démission. Parfois, c’était l’administration qui, sous prétexte d’épuration, abrégeait la durée de leurs fonctions, les jugeant trop ternes ou trop zélés. Aussi est-il facile de comprendre que, dans ces conditions les municipalités n’avaient qu’une vie très éphémère.

Délégués de la paroisse de Torchamp pour l'élection des députés aux États-Généraux (1789)

Les députés aux États-Généraux de 1789 furent nommés séparément par le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État. Le Clergé et la Noblesse ou leurs représentants nommèrent directement leurs députés. Le Tiers-État au contraire nomma les siens par des élections à trois degrés. Les habitants de chaque paroisse réunis le 1er mars en assemblée générale, qu’on appela « Assemblées primaires », établirent leurs cahiers de doléances et nommèrent un ou plusieurs délégués suivant le nombre des habitants. Ces délégués, le 3 mars, se rassemblèrent dans l’église St Julien de Domfront, où ils fondirent en un seul leurs divers cahiers de doléances. Cela fait, ils nommèrent le quart d’entre eux pour porter à Alençon, chef-lieu du bailliage, le cahier de doléances ainsi résumé, et là, le 16 mars, nommèrent leurs députés aux États-Généraux.

Voici maintenant quels furent les délégués pour la paroisse de Torchamp,

Délégué du clergé : Ambroise Mottay, curé de Torchamp qui se fit représenter par le curé de St-Mars-d’Égrenne.

Délégués de la Noblesse
René-François-Jean Doynel de la Sausserie. Marie de Villette, veuve de Messire François-Louis-Hector-Magdeleine Lesné, seigneur de Torchamp, qui se fit représenter par son gendre, Messire François Doynel ci-dessus. Mme veuve Malterre de Vaufleury.

Délégués du Tiers-État
Trois délégués furent nommés par l’Assemblée Générale des habitants, parce que la paroisse comprenait alors plus de deux-cents feux. De ces trois délégués, un seul nous est connu : François-Hubert de la Brosse, fils de Jean-Hubert de la Brosse et d’Angélique du Grangéré du Manoir. (Chambay : Domfront et ses environs pendant la Révolution). D’après J. Hamon (La vie municipale dans le comté de Passais, page 39 note), le seul des trois délégués qui soit connu était Henri Hubert.


Délégués de la paroisse de Torchamp pour l'élection des Députés de la Convention

Cette élection se fit à deux degrés comme actuellement celle de nos sénateurs. Louis Chambay, dans Domfront et ses environs pendant la Révolution, dit que le 26 août 1792, les citoyens des communes de Saint-Mars, Saint-Roch et Torchamp qui avaient droit de vote, se réunirent en Assemblée primaire dans l’église de Saint-Mars. Rémon-Provostière et Hubert de La Brosse de la commune de Torchamp furent au nombre des électeurs désignés pour voter au deuxième degré. Réunis aux délégués de tout le département, ils s’assemblèrent du 2 au 13 septembre suivant, dans l’église Saint-Julien de Domfront., et au milieu de nombreux incidents, nommèrent dix députés à la Convention et leurs suppléants. Le récit de Chambay ne concorde pas entièrement avec ce qu’on lit dans l’Almanach du District de Domfront de cette époque. Celui-ci donne en effet, Rémon du Domaine, Hubert de la Brosse et Rémon du Rocher comme étant du nombre des 16 électeurs du canton de Passais pour l’année 1792.

L'abbé Jean-François HUBERT

Fils de Jean Hubert, sieur des Villettes et de Anne Dupont, Jean-François Hubert qui se qualifia plus tard « sieur d’Auvernay », naquit à Torchamp en 1752. Il embrassa l’état ecclésiastique à l’exemple d’un de ses grands oncles Guillaume Hubert, bachelier en théologie, licencié-ès-lois, curé de Soucé, à l’exemple aussi d’un de ses cousins issus de germains, un autre Guillaume Hubert qui fut vicaire à Céaucé, puis aumônier à Versailles de la compagnie des gendarmes de la Garde du Roi.
Quand éclata la Révolution, l’abbé Jean-François Hubert était vicaire à Avrilly. Il prêta le serment prescrit par le décret du 27 novembre 1790, mais il le fit avec des restrictions considérées comme inadmissibles par la République. Classé dès lors dans les prêtres réfractaires, il fut obligé de mener une vie errante et cachée, mais n’en continua pas moins à exercer courageusement son ministère autant qu’il le put. Traqué de plus en plus par la police, il se réfugia un jour chez une belle-sœur qui demeurait à Torchamp au village des Villettes. Les révolutionnaires à sa recherche, vinrent perquisitionner chez une de ses sœurs, Françoise, qui habitait la même paroisse au village des Ardillets. Françoise Hubert déclara, ce qui était vrai, que son frère n’était pas chez elle, mais, sous la pression menaçante des inquisiteurs et dans un moment d’affolement, elle laissa clairement entendre que l’abbé, objet de leurs recherches, était caché chez sa belle-sœur des Villettes. Aussitôt la bande se transporta dans ce village. Là, tout fut employé, fouilles minutieuses, menaces, pour découvrir la cachette de l’abbé Hubert. Mais la courageuse femme ne se laissa pas intimider et les révolutionnaires durent s’en aller sans avoir rien trouvé.
La tradition familiale qui a conservé les détails de ces événements, ajoute que, faisant plus tard son testament, le sieur d’Auvernay favorisa sa belle-sœur des Villettes et déshérita sa sœur de Ardillets. Échappé cette fois aux recherches de ses persécuteurs, notre prêtre réfractaire fut, plus tard, découvert dans des circonstances que j’ignore et enfermé dans la prison de Domfront. C’était l’époque où se tenait dans cette ville la réunion de tous les délégués du département chargés d’élire les députés à la Convention (septembre 1792). L’abbé Hubert, qui, jusque-là, avait été un courageux défenseur de la foi, finit par subir l’influence démoralisante ambiante. Affolé par la perspective des supplices et de la mort qui l’attendaient d’une manière à peu près certaine, il se décida, comme d’ailleurs plusieurs de ses confrères, à faire la soumission complète à la Révolution. En conséquence, le 6 septembre 1792, il se présenta pour prêter le serment pur et simple devant l’Assemblée Électorale, réunie dans l’église de Domfront. Voici d’ailleurs à ce sujet l’extrait du procès-verbal de cette réunion, rapporté par Chambay dans son Histoire de la Révolution pour la région de Domfront. On fit alors l’ouverture d’une lettre adressée au président de l’Assemblée par Hubert d’Auvernay, prêtre, en date du 5 septembre 1792, dans laquelle il témoignait les « regrets les plus amers de l’égarement qui l’avait porté à méconnaître les lois de son pays en refusant de prêter le serment, et il implorait la pitié et la miséricorde de l’Assemblée, l’assurant qu’il était entièrement convaincu de son erreurs et la priant de recevoir son serment qu’il promettait d’exécuter de bonne foi. »
Le président consulta l’Assemblée pour savoir si elle devait, malgré l’atrocité des crimes du dit Hubert, le recevoir à résipiscence, en acceptant son serment. L’Assemblée, considérant que les termes dans lesquels est conçue cette lettre annoncent un repentir réel et sincère, considérant d’ailleurs que ce prêtre a, pendant la durée de son égarement, fanatisé les habitants de sa paroisse et un grand nombre de ceux des paroisses voisines, que les termes de sa lettre et l’authenticité de sa rétractation peuvent retirer les mêmes personnes du précipice où il les a plongées que si lui-même est sincèrement converti, comme il l’assure, il s’empressera sans doute de désabuser les fanatiques qu’il a égarés en se servant pour les éclairer des mêmes lumières qui l’ont ramené à son devoir. Arrête que ce prêtre sera reçu à rétracter au milieu d’elle les erreurs qu’il a professées jusqu’à ce jour ; qu’il réitérera les témoignages de repentir exprimés dans sa lettre et y sera reçu à prêter le serment par lui offert ; qu’il sera tenu de réitérer dans toutes les circonstances possibles sa rétractation et de prouver la sincérité de son repentir par la conduite la plus franche et la plus civique ; qu’il sera tenu de se transporter incessamment dans sa paroisse et par toutes celles où il a répandu le poison de ses précédentes erreurs, là, les rétracter, y prêcher l’égalité et la liberté ; de réparer par tous les moyens possibles des maux qu’il a occasionnés. Arrête en outre que copie de sa lettre sera inscrite à la fin du procès-verbal de ses séances, qu’elle sera imprimée avec sa rétractation, et qu’un exemplaire sera remis, à l’ouverture de la séance de cet après-midi, à chaque électeur qui le publiera dans son canton.
À l’ouverture de la séance de l’après-midi du 6 septembre, J.F. Hubert, ci-devant vicaire d’Avrilly, fut introduit. Il réitéra les prières contenues dans sa lettre, lue à la séance du matin, implora la miséricorde de l’Assemblée, en lui rappelant que toutes les fois qu’un pécheur reconnaissait son erreur, il était de l’humanité de lui pardonner et la pria en conséquence de recevoir le serment suivant qu’il prononça avec toute l’onction d’un homme vraiment repentant. « Je déclare qu’à tort j’ai méconnu les lois de mon pays en refusant le serment exigé par la Constitution de tous les fonctionnaires publics, que mon refus n’a été qu’une suite d’un égarement dans lequel j’ai été entraîné par le fanatisme qui m’aveuglait ; que mieux éclairé, ma conscience me reproche mon égarement ; que je me repens et demande pardon de toutes les fautes qu’il m’a fait commettre ; que mon repentir est sincère et véritable. En conséquence, je jure d’être soumis aux lois de mon pays, reconnais qu’aucunes n’ont jamais pu blesser ma conscience, ni être en aucunes manières contraires aux principes de la religion chrétienne que je professe. Je jure en outre d’être fidèle à la nation française et de maintenir l’égalité et la liberté, ou de mourir en les défendant. ».<br L’assemblée en recevant ce serment, protesta qu’elle n’y avait été déterminée que par la douleur et le repentir manifestés par l’ex-vicaire d’Avrilly et plus encore pour prouver à tous les citoyens qui se sont laissés égarer par les prêtres fanatiques, la mauvaise foi de tous les scélérats et les mettre en garde contre toutes leurs suggestions. Elle arrête en outre qu’aucun autre ecclésiastique ne serait admis à faire le même serment, quelques protestations qu’il puisse faire. Il est facile de critiquer la conduite de l’abbé Hubert d’Auvernay, quand on lit le récit de son reniement, bien tranquillement assis au coin du feu, l’Écho de l’Oratoire à la main et une cigarette aux lèvres ; mais lorsqu’on se reporte au temps où se passèrent les événements et qu’on songe au sort qui attendait les malheureux prêtres réfractaires quand ils étaient découverts, on est tout disposé à excuser les défaillances de la pauvre nature humaine. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir l’étoffe d’un martyr. Nous citerons, à ce propos, ci-dessous l’exemple d’un prêtre martyr de la Révolution que de proches liens de famille rattachaient à Torchamp : l’abbé HERVIEU
Lorsque l’ouragan révolutionnaire fut passé, l’abbé Hubert d’Auvernay fit sa rétractation et devint curé d’Avrilly. C’est, dit-on, en grande partie, grâce à lui, que fut rétabli la traditionnelle procession de Saint-Ernier, le lundi de la Pentecôte, procession qui, bien entendu, avait été supprimée pendant la Révolution. On raconte qu’après sa mort, l’abbé Hubert, craignant que son reniement n’ait pas été pardonné, arriva tout tremblant à la porte du Paradis, mais que là il trouva saint Ernier qui prit éloquemment sa défense auprès de saint Pierre. Celui-ci se rappelant d’ailleurs son triple reniement, s’empressa d’ouvrir toute grande la porte du Ciel, au curé d’Avrilly.

L'abbé Pierre Julien HERVIEU

Pierre-Julien Hervieu était né à Domfront, fils de Pierre Hervieu, perruquier bourgeois de Domfront et de Catherine Rémon, originaire du village de la Sauvagère en Torchamp et qui vécut jusqu’à son mariage à Torchamp, paroisse de son père Siméon Rémon-Sauvagère. Il fut le second d’une famille d’au moins huit enfants. Il fut baptisé le 28 mai 1755. Plus tard, il fit se humanités au collège de sa ville natale, alors tenu par les Eudistes. En 1722, il y joua même dans la comédie d’« Ésope au collège ».
Ayant choisi l’état ecclésiastique, il fut ordonné prêtre en 1780 et successivement vicaire à Saint-Fraimbault-sur-Pisse, puis à la Croiseille (canton de Challand) et enfin à Olivet, près de Laval. Il ne faut pas oublier que sous l’ancien régime, le Passais normand faisait partie du diocèse du Mans.
Vient la Révolution. À l’Assemblée du Clergé qui se tient au Mans le 16 mai 1789, il représente son curé Jacques Angélique Guays ; ses vertus sacerdotales lui avaient gagné l’estime de ses paroissiens qui en 1790 lui firent l’honneur de le nommer procureur de leur commune ; mais bientôt invité à prêter le serment révolutionnaire, il s’y refusa, fut arrêté et emprisonné. Coïncidence pénible pour lui et ses parents, le lieu de sa détention fut à Domfront la maison où s’était passée sa jeunesse studieuse : le collège transformé en prison. Ce n’était là cependant que le commencement de ses épreuves. Condamné à la déportation, il dut émigrer en Angleterre où il resta trois années. Il est inscrit sur la liste des émigrés le 9 octobre 1793. Mais au mois de septembre 1795, il ne put se résigner à vivre plus longtemps dans l’oisiveté, alors qu’il savait ses anciens paroissiens privés de tout secours religieux. Il rentre donc à Olivet. La tourmente révolutionnaire bat son plein, qu’importe à son âme d’apôtre ! Malgré les dangers qui le menacent sans cesse, il exerce son périlleux ministère, non seulement à Olivet, mais dans six autres paroisses. On conserve 35 actes de mariage et 180 actes de baptême écrits de sa main ; un plus grand nombre ou ne furent pas rédigés, ou se trouvent disséminés. Ce ministère étendu l’obligeait à beaucoup de courses dangereuses pour ses jours. Le plus souvent il disait la messe sur la paroisse, à la Faverie, au Pas, au rond-point de la Belle-Étoile, dans le bois de Misedon ; parfois dans la chapelle priorale, où se faisait un rassemblement considérable. Une de ses sœurs habitait le presbytère. Pour lui au moment du danger, il se retirait dans une cachette, qu’on avait dissimulée derrière une cloison, dans la tour du prieuré. Du reste il prenait peu de précautions, même après les ordonnances rigoureuses du 18 Fructidor. Bien loin de redouter la mort, il semblait la désirer plutôt, pour rendre témoignage à Jésus-Christ par l’effusion de son sang. À son ami l’abbé Barré, vicaire à St-Ouen-des-Toits, qui lui conseillait la prudence, le saint prêtre répondit un jour assez sèchement : « Mon ami, je crains beaucoup pour toi que la foi ne te manque ! ». Les patriotes eux-mêmes, frappés par l’éclat de ses vertus, l’avaient en haute estime et semblaient s’être donné le mot d’ordre pour ne point l’inquiéter. Il fallut la dénonciation d’un misérable, Jean Rabuffé, closier au Pas, que l’abbé avait maintes fois assisté et qui connaissait sa cachette au presbytère pour obliger le détachement de la Chapelle-du-Chêne en Loiron, à venir perquisitionner à Olivet. Une première perquisition effectuée le 10 mars 1798, n’amena aucun résultat ; une seconde n’aboutit pas davantage. Dans une troisième visite faite sur les indications plus précises du traître, les soldats démolirent les cloisons qui formaient la cachette et vers cinq heures du soir se trouvèrent face à face avec l’homme de Dieu. À la tête de la troupe qui l’arrêta était un ancien moine bernardin. Les soldats lui montrèrent son délateur. Il se contenta de lui faire donner par sa sœur deux boisseaux de blé. On l’emmena passer la nuit au cantonnement de la troupe et le lendemain on le conduisit à la prison de Laval.
Dès le 16 mars 1798, l’abbé Hervieu subit un premier interrogatoire, devant le directeur du Jury d’accusation, officier de police judiciaire de l’arrondissement. Il en subit un second le 17 devant le commissaire du pouvoir exécutif du tribunal correctionnel. Tous deux sont consignés dans le jugement qui le condamna à mort. Le même jour, le commissaire près l’administration centrale de Laval, s’empressa d’annoncer triomphalement cette capture au ministre de la police qui répondit dès le 25. C’était trop tard pour sauver l’accusé, mais cette lettre montre au moins les illégalités qui furent commises pour arracher une sentence de mort.
« J’ai reçu, écrivait le ministre, votre lettre du 22 du mois dernier, par laquelle vous m’informez de l’arrestation du nommé Hervieu, ministre du culte catholique et de sa traduction devant les directeurs du jury. Cet individu étant prévenu d’être prêtre réfractaire, c’est à l’administration centrale et non aux tribunaux à instruire et juger ce délit politique. L’administration doit en conséquence s’assurer si le nommé Hervieu est réellement insoumis et lorsqu’elle aura acquis la preuve, elle le fera conduire à Rochefort pour être déporté, à moins que son âge et ses infirmités, légalement constatées, changent cette disposition en une réclusion dans une maison de détention. Vous aurez soin de me rendre compte des mesures qui auront été prises à son égard. »
Quand cette lettre arriva à Laval, l’abbé Hervieu était loin de Laval. Depuis deux jours on l’avait en grand secret dirigé vers Tours, pour y être jugé par la commission militaire qu’avait instituée le général Vineux. Il fit le voyage monté sur une mauvaise charrette, accompagné par sa sœur Marie Hervieu, un jeune homme d’Olivet nommé Mottier du Noque, son fidèle compagnon dans toutes ses courses apostoliques et par d’autres paroissiens qui ne le quittèrent qu’après avoir rendu les derniers devoirs à ses restes vénérables.
Malgré les chaînes dont on le chargea à Château-Gontier et qui pesaient plus de 60 livres, il ne laissa pas échapper une plainte durant tout le parcours douloureux et continua de réciter son bréviaire, de garder le même jeûne quadragésimal. À Château-du-Loir, la vue de ses mains et de ses pieds ensanglantés émut la pitié de son geôlier, qui lui enleva ses chaînes et lui prodigua ses bons soins. Grâce à ce réconfort, le prisonnier put gagner Tours où il arriva le 29 mars. Dès le lendemain à 4 heures du soir, il comparut devant la commission militaire. L’administration départementale avait fait l’opinion des juges. C’était donc une sentence de mort qui était portée d’avance, sous prétexte qu’on avait trouvé dans les papiers du prêtre une lettre du chef royaliste de Puisaye.
Cependant par pure forme, on fit subir à l’accusé un interrogatoire dont nous reproduisons les parties les plus saillantes.
« Avez-vous obéi à la loi de la déportation ? - Je m’y suis soumis. Je fus conduit jusqu’au port de Granville par la force armée. - Quand êtes-vous rentré ? - Au mois de septembre 1795 - Quel motif vous a fait rentrer ? - Le désir de me rendre utile aux fidèles catholiques. - Pourquoi n’avez-vous pas obéi à la loi du 19 Fructidor ? - Le même motif qui m’avait fait rentrer m’a fait rester. - Pourquoi n’avez-vous pas prêté les différents serments exigés par la loi ? - Ma conscience me le défendait. - Pourquoi aviez-vous des registres de baptêmes, de mariages, de sépultures ? - Pour constater que les catholiques l’étaient vraiment et satisfaisaient aux devoirs de la religion. - Avez-vous dit la messe en présence d’attroupements de chouans, les excitant à la révolte ? - Jamais, je ne me suis occupé que de mon ministère. - Pourquoi des papiers royalistes se sont-ils trouvés là où vous avez été pris, ainsi que deux scapulaires où étaient écrits ces mots : Vive la religion ! vive le roi ! - Je ne les croyais pas dans mes effets. »
On lui lut ensuite la liste des émigrés comme pièce à conviction. Il répondit en produisant la radiation qu’il avait obtenue depuis quinze jours. Cette réponse déconcerta quelque peu les juges et l’on entendit quelques murmures dans l’assemblée : « Citoyens, dit Pierre Hervieu, je vous prie de m’expliquer pourquoi cette pièce me condamne ? Dans toutes mes réponses je vous ai dit la vérité ; je serais désolé de sauver ma vie par un mensonge. »
Son avocat prouva ensuite jusqu’à l’évidence que son client déporté et non émigré ne pouvait être jugé par une commission militaire. Il n’en fut pas moins condamné à mort à l’unanimité comme coupable d’être rentré sur le territoire de la République « après sa déportation et de n’en être pas sorti après la quinzaine qui a suivi la publication de la loi du 19 Fructidor an V ». Le confesseur de la foi accueillit avec joie cette sentence inique qui lui fut signifiée le lendemain. « C’est maintenant, écrit-il dans son testament, que je puis dire : mori lucrum, mourir est un gain, c’est à ce moment que je commence d’être le disciple d’un Dieu crucifié et que je dois dire comme l’apôtre superabundo gaudio, je suis dans une extrême joie d’avoir été trouvé digne de terminer ainsi ma carrière. »
Il était dix heures quand il eut fini de consigner ses dernières volontés, et il ne lui restait plus qu’une heure pour se préparer à la mort. Il donna son bréviaire à sa sœur en disant : « Je regrette de ne pouvoir réciter mes vêpres. À onze heures on vint le prendre à la prison et il marcha à la mort en tenant un crucifix à la main et en priant avec une grande ferveur. Arrivé sur la place d’Aumont, il se mit à genoux et se découvrit. Il était 11h40 lorsqu’il tomba le 31 mars 1798, veille du dimanche des Rameaux. Son corps fut inhumé dans le cimetière de la ville. Ses amis qui ne l’avaient point quitté, rachetèrent ses dépouilles et les rapportèrent à Olivet et à Saint-Ouen où elles sont conservées comme des reliques. Après sa mort, la Révolution séquestra ses biens : cinquante livres de rente sur quelqu’un de Caen, avec sa mère et ses sœurs.

Les renseignements sur cette biographie ont été puisés dans les Registres de l’état civil de Domfront, dans Louis Duval (Le collège de Domfront), dans Caillebotte (Histoire de Domfront), dans l’abbé Blin (Les martyrs de la Révolution), dans Louis Chambay (Histoire manuscrite de la Révolution dans la région de Domfront), dans l’abbé Hommey (Histoire du diocèse de Sées), mais surtout dans l’abbé Gauguin (Histoire de la Révolution dans la Mayenne).

Assassinat de Jacques Lebossé

Remarque préliminaire : avant de commencer le récit de cet assassinat et des autres scènes de meurtres et de brigandages qui désolèrent Torchamp, comme, hélas ! toute la région pendant la période révolutionnaire, il est juste de faire remarquer que ces lugubres histoires ne furent sans doute pas toutes le fait des « vrais chouans ». Notre contrée était aussi infestée de « faux chouans », vulgaires brigands que ne guidait aucune idée politique ou religieuse et qui profitaient du désarroi général pour voler, piller, incendier, assassiner, se servant pour accomplir leurs forfaits des prétextes donnés, tant par les royalistes ou chouans, que par les républicains surnommés « bleus ou patauds ». Certains meurtres ou pillages eurent aussi pour cause de simples vengeances particulières. C’était un bon moment pour assouvir sa rancune que celui de la Révolution, alors que régnait le plus grand désordre et que la plupart des crimes restaient impunis.
(d'après les Archives de la Mairie de Torchamp)
« Le second jour de la 2ème décade du septième mois Frimaire de l’an II de la République Française (1er décembre 1793), le cadavre du citoyen Jacques Lebossé, âgé de 60 ans, fermier à la Briardière, est trouvé vers les sept heures du soir, dans un taillis près du village de la Basse-Brosse, sur le bord du fossé, du côté droit, proche d’une pièce de terre appartenant à la veuve François Hubert des Villettes. Le cadavre reposait sur le dos, les pieds encore dans le fossé. On voyait une plaie à la tête. La chemise, le gilet, la veste, et le tour du col étaient ensanglantés. Dans une des poches était un petit chapelet de coco et six assignats. Sur notre réquisition (celle du maire), est survenu le citoyen François-Louis Rémon, officier de santé, chirurgien national, demeurant à Passais, lequel, après visite faite et examen du cadavre, nous a dit et rapporté avoir vu une plaie au dit Lebossé de longueur d’un pouce, pénétrant les téguments, située à la partie postérieure et inférieure de l’angle du pariétal, au côté gauche de la partie moyenne et antérieur de l’occipital, avec un caillot de sang. Cette plaie lui a paru être faite par un corps contondant, comme bâton, pierre, etc… Quant à l’extérieur du corps, il n’y a ni plaies ni contusions. À la bouche il sortait de l’écume. Et annonce que Jacques Lebossé avait été suffoqué ». Signé : F.L. Rémon ».
Il semble bien résulter de ce rapport que le malheureux avait d’abord été assommé d’un coup de matraque qui n’avait pas déterminé la mort, et qu’ensuite son ou ses meurtriers avaient achevé leur œuvre par suffocation en l’étranglant ou en maintenant sa tête sous l’eau du fossé. En tout cas, le chirurgien expert conclut bien au crime. Dans ces temps où le zèle était souvent dangereux et où le principe « pas d’histoires ! » régnait en maître, le maire et le procureur de Torchamp eurent quelque mérite à demander une expertise. La municipalité de St-Roch, trois ans plus tard, fut moins vaillante. Le maire, Jean Bouvet, notaire, avait été à l’hôtel Soulard traîtreusement assassiné par les républicains d’un coup de fusil, genre de meurtre facile à reconnaître. Or, pour éviter toute histoire, il fut déclaré à la mairie que Bouvet « avait paru avoir été tué par accident ! ». Quelle suite fut donnée à la grave affaire de Torchamp ? Vraisemblablement aucune. Jacques Lebossé avait été étouffé, son assassinat le fut aussi et l’affaire fut enterrée avec lui.

Pillage de la maison de Pierre-Jean Guillard-Champinière

Louis Chambay écrit : « Dans la nuit du 4 au 5 mars 1795, la maison du citoyen Guillard-Champinière, de la commune de Torchamp, fut pillée par une quarantaine de brigands. » (Domfront et ses environs pendant la Révolution – ouvrage manuscrit). Cet événement est confirmé par M.J. Hamon : « Le 15 ventôse an III (5 mars 1795), pillage de la maison Guillard-Champinière, maire de Torchamp, qui se réfugie à Domfront et demande de la troupe au District pour l’aider à exterminer les chouans de sa commune. » Voici la lettre qu’il adressa aux administrateurs du District : « Vous ignorez peut-être que la nuit du 14 au 15 ventôse, les brigands se sont portés chez moi ; ils y ont exercé toutes les cruautés ; ils m’ont laissé dans le plus grand dénuement ; enfin des vols de toute espèce y ont été exercés. On me menace maintenant du feu ; je le crains et je suis actuellement dans vos murs ; mais pour me défendre et empêcher l’horrible projet de ces scélérats, je vous demande, s’il est possible, 15 à 20 hommes de force armée. D’accord avec eux, je les ferai disparaître et les chasserai des bois qu’ils occupent et qui m’environnent. Étayez, citoyens ma bonne volonté de la troupe que je sollicite ; vous serez ainsi que moi satisfaits. Salut et Fraternité. Guilllard-Champinière. » L’administration envoya aussitôt les ordres nécessaires au commandant de place, pour qu’il fournisse un détachement. On ne sait quel fut le résultat de la battue. De son côté, le procureur général syndic du département de l’Orne écrivait le 11 fructidor an III (29 août 1795) c’est-à-dire cinq mois plus tard : « Trois citoyens : Champinière de Torchamp, Barrabé de Passais et Losinière de Larchamp, se plaignent d’avoir été volés ». S’agit-il pour Guillard-Champinière d’une autre affaire ? C’est probable. Il serait intéressant de connaître le nom du village dans Torchamp où se passèrent ces actes de brigandages. Mais on ne peut faire à ce sujet que des suppositions. Les bourgeois avaient alors l’habitude de résider dans leur propriété ou dans une propriété de leurs parents ou beaux-parents. Pierre-Jean Guillard-Champinière, originaire de Mantilly, ne possédait personnellement rien à Torchamp, mais il avait épousé Anne-Marie-Louise Rémon, fille de Henri Rémon, sieur du Domaine et de Catherine-Marie Domer du Tertre. Son beau-père était propriétaire des terres du Domaine, de Beauvais et du Noyer. Après son mariage, Guillard habita vraisemblablement l’un de ces trois villages, non loin desquels se trouvait d’ailleurs les taillis du Boulay, de la Provostière et de l’Herbage, taillis qui pouvaient servir de repaire aux brigands. Quoi qu’il en soit, le sieur Champinière devait pour trois motifs au moins, s’attendre à la haine des chouans. Il occupait la fonction publique de maire de Torchamp, il avait le grade d’adjudant dans la Garde Nationale , il était enfin acquéreur de biens nationaux. Il avait en effet acheté les presbytères de Torchamp et d’Avrilly, avec leurs dépendances, la moitié de la ferme de la Châlerie en la Haute-Chapelle, onze pièces de terre (26 journaux) à la Vaidière en Saint-Mars, quatre taillis à la Motte en Saint-Mars, les forges et usines de Cossé en Saint-Patrice-du-Désert, et enfin une importante coupe de bois en Andaine. J’ajoute même à ce propos qu’il eut les yeux plus grands que le ventre. Acheter c’est bien, mais il faut payer. C’est ce qu’il ne put faire ; si bien que la République n’arrivant pas à faire rentrer complètement dans ses caisses l’argent que lui devait le sieur Guillard, remit en vente les presbytères de Torchamp et d’Avrilly, et les 26 journaux de la Vaidière. De lui-même il revendit les usines et forges de Cossé, ce qui n’empêcha pas qu’en l’an 10, ses meubles furent saisis et mis en vente ; cela aida à payer la coupe de bois. Après avoir été pillé et volé à Torchamp, Guillard-Champinière ne se trouvant pas en sûreté à la campagne, se retira dans la ville de Domfront. Là, il fit partie du jury d’accusation. En 1803, il était l’un des 24 francs-maçons qui composait la Loge Saint-Jean sous le titre « La Parfaite Réunion de l’O. de Domfront. » S’il fut un mauvais payeur, il fut sûrement un ardent républicain. Les chouans lui firent voir qu’ils le savaient.

Le Pont des Planches

Un attentat tout différent des précédent fut commis le 7 frimaire an IV (29 novembre 1795) : le Pont-des-Planches fut coupé. Un rapport fut aussitôt envoyé au Directoire de Domfront, l’avisant : « que des malveillants, dans le dessein visible d’affamer la commune de Domfront, en empêchant la circulation des grains viennent de couper plusieurs pont importants, surtout ceux des Planches et d’Égrenne. Alors le Directoire « considérant qu’il y a nécessité de rétablir promptement ces ouvrages ; considérant que les communes de Saint-Mars, Saint-Fraimbault et de Torchamp sur les territoires desquels les délits ont été commis, n’ont pris aucune mesure propre à les prévenir ou à les arrêter ; qu’elles en deviennent par conséquent responsables, aux termes de la loi du 10 Vendémiaire dernier, etc… arrête :
Art. 1er – Les communes de Saint-Mars, Saint-Fraimbault et Torchamp, sont responsables chacune en ce qui les concerne, des dégradations commises aux deux ponts dont il s’agit.
Art. 2 – Des commissaires sont chargés de se transporter sur les lieux, pour constater les délits et faire un devis estimatif du montant des réparations. Art. 3 – L’indemnité à eux due sera pris sur les trois communes susdites, etc…
Art. 4 Sont nommés commissaires, les citoyens Rémon fils et Léger. »
Si cette destruction du Pont-des-Planches fut néfaste pour Domfront, elle le fut aussi pour Torchamp, qui « n’ayant pas su prévenir ou arrêter le délit » se trouvait privée de ses communications normales avec les paroisses de la rive opposée, mais surtout voyait son budget grevé d’une dette impopulaire et imprévue. C’était là une affaire déplorable pour la municipalité et particulièrement pour l’agent (maire) et l’adjoint. Le Directoire avait demandé que la réfection du Pont fut faite « promptement ». Or, quatre mois après l’attentat, elle n’était pas encore exécutée et le Directoire était à bout de patience, comme le montre la lettre que la municipalité de Torchamp écrivait le 11 Germinal an IV (2 avril 1796) à l’agent national de Passais : « Nous vous marquons que nous avons reçu un procès-verbal daté du 9 Germinal, et envoyé par le citoyen Toussaint, capitaine commandant la 1ère colonne mobile du ci-devant district de Domfront. Ce procès-verbal contient un ordre du général La Rue, pour rétablir le Pont-des-Planches sous huit jours. » La situation presse. Ce n’est pas long une semaine. Or, pour comble de malheur, la municipalité est alors complètement désorganisée. Pas d’agent, pas d’adjoint. Louis Bernou, trouvant trop lourdes pour ses épaules les responsabilités de sa charge d’agent a donné sa démission le 4 Germinal précédent et le 9 l’adjoint Siméon Beaudet a suivi son exemple. Les conseillers municipaux le savent, mais ces démissions n’étant pas encore ratifiées, ils essaient, mais en vain, de remettre entre les mains de Louis Bernou, cette affaire embarrassante du Pont-des-Planches. La lettre en effet ajoute : « nous avons présenté l’ordre du général La Rue au dit Bernou agent, mais il a refusé de nous recevoir ». Grand embarras de nos édiles, qui, eux aussi aiment bien les honneurs, mais pas du tout les responsabilités gênantes. Par tous les moyens, même par la force, ils s’efforcent de ramener les démissionnaires à leur devoir. Aussi, en terminant leur lettre invitent-ils l’agent national de Passais « à donner ou faire donner des ordres à Louis Bernou et Siméon Beaudet pour les remettre en activité, afin que la chose publique ne reste point en souffrance, autrement ils y seraient contraints par la voie militaire. Salut et Fraternité ». Bientôt cette affaire du Pont-des-Planches allait avoir d’autres suites fâcheuses. L’agent et l’adjoint avaient été remplacés. Le pont avait été enfin réparé. Mais restait à payer l’amende imposée à la commune de Torchamp. Il faut croire que l’argent se refusait à sortir de la poche des habitants, car le Directoire en fut réduit à prendre des mesures draconiennes. En effet, le 10 Prairial an IV (30 mai 1796), on arrête pour otages et on met en prison à Domfront, Henry Rémon, Louis Bernon, Étienne Goblet et la femme Rose Cousin. Ces otages prisonniers s’obligent alors à payer l’amende et sont remis en liberté le lendemain et le surlendemain, sur les ordres du général La Rue. Noter en passant que Rose Cousin pendant son court séjour à la prison, trouva moyen d’y accoucher. Le 15 prairial, de nouveaux otages sont arrêtés. Ce sont : François Vaidie et Jean Renaud. Ils sont libérés le 20 prairial. Cette petite relation a pu être faite grâce aux notes manuscrites de L. Chambay, notes qu’il avait lui-même tirées des registres du Directoire et de la prison de Domfront, ainsi que des registres de l’état civil de Passais.

Brigandages

Les brigands et leur repaire

La Révolution a déjà donné l’occasion de constater à Torchamp un assassinat, une scène de pillage et la destruction d’un pont. Mais ce n’étaient là que des faits isolés. Bientôt leur succédèrent dans les années 1796 et 1797, de nombreux brigandages en série : un assassinat, une tentative d’assassinat, des menaces de mort et d’incendie, des vols, le tout effectué la nuit, à main armée, avec effraction et accompagné souvent de coups et blessures . Certes à la même époque, les autres communes de la région furent également troublées, mais aucune ne fut aussi gravement éprouvée que Torchamp, ce qui faisait dire au Directeur du Jury, qui condamna plus tard les coupables : « les vols, les brigandages, les assassinats exercés dans la commune de Torchamp étaient tellement multiples, les brigands y étaient si nombreux que les victimes, terrorisées, n’osaient porter aucune plainte ». Pourquoi notre paroisse eut-elle un aussi triste privilège ? C’est que le repaire des bandits était sur son territoire, au moulin du Pont des Planches. Là, habitait la famille Lecouturier : Julien, le père, âgé de 52 ans,; François, fils aîné, âgé de 20 ans, ex-chouan ; Siméon, second fils, âgé de 18 ans, faisant comme son frère François, les fonctions de garçon meunier ; enfin, Julienne âgée de 22 ans, dont il sera fait mention plus loin. À l’époque qui nous intéresse, le moulin, depuis deux ans environ, était loué à François Crouillebois, meunier à Bavaux, en Saint-Front. Mais Julien Lecouturier y restait sans aucun droit. La terreur qu’inspiraient les meuniers et leurs complices, empêchait la propriétaire, la citoyenne Doynel, de les mettre à la porte. Quant à Crouillebois, le père Lecouturier l’avait tout simplement menacé « de le faire assommer s’il osait le déplacer ». François lui avait déclaré « qu’il ne mourrait jamais que par eux s’il venait occuper leur moulin ». Enfin, Julienne, lui avait annoncé « qu’il n’avait pas pour deux jours de vie dans le corps s’il prenait leur place ». Aussi, Crouillebois qui les savait capables d’exécuter leurs projets, n’osait les inquiéter. Non seulement les Lecouturier occupaient contre toute justice le moulin du Pont des Planches, mais ils obligeaient par leurs menaces ou par les menaces des autres brigands, les cultivateurs de la région à apporter leurs grains à leur moulin. Bien entendu, les Lecouturier prirent une part active aux attentats qui désolèrent la commune de Torchamp. Quels étaient les autres membres de la sinistre bande ?
Tout d’abord, celui qui était le chef, un ancien chouan déserteur du 16ème régiment de dragons, à Rouen, connu sous le nom de Belle-Humeur, et dont j’ignore le nom véritable. Il était originaire de Céaucé, suivant toutes les vraisemblances et se retirait fréquemment dans cette commune, au village de la Fenouillère, chez un nommé Leprovost. Viennent ensuite : François Jamois (dit La Ribotte) 21 ans, ex-chouan, laboureur au village du Haut-Fresnay, en Céaucé. René Demore (dit La Victoire) 23 ans, ex-chouan, laboureur au village de la Jottière, en Loré, qui avait été domestique chez les Lecouturier, au moulin du Pont des Planches. Le Blanc (dit La Couronne) 26 ans, ex-chouan, déserteur du 6ème bataillon de chasseurs à cheval, demeurant au village du Chemin, en Céaucé. Chevreuil (dit Monte-à-l’Assaut), ex-chouan, déserteur du bataillon d’Aunis, sans domicile fixe, mais résidant à l’ordinaire, soit chez La Couronne, au village du Chemin, soit dans les communes de Couesmes et du Pas. Étienne Douillet (dit Chardinière) 25 ans, ex-chouan, domestique de ferme à la Chardinière, en Saint-Fraimbault. Il avait été, lui aussi, domestique de Julien Lecouturier. Dumesnil, 23 ans, ex-chouan, laboureur au village de la Fiaudière, à Torchamp. Gilles Joubin, 38 ans, laboureur et charpentier, demeurant au village de la Pélerinière, Haute-Chapelle. Il avait été également, avant la Révolution, domestique chez Julien Lecouturier, au moulin du Pont des Planches. La Violette, ex-chouan, dont le vrai nom et l’origine me sont inconnus. Jean Quentin, 25 ans, ex-chouan, manouvrier, demeurant au village de Belle-Arrivée, en Lucé. Grangeret (dit La Ramée) ex-chouan, demeurant au bourg de Saint-Fraimbault. La plupart de ces personnages étaient donc d’anciens chouans et cinq avaient même appartenu à la même compagnie, savoir : Belle-Humeur, François Lecouturier, La Victoire, la Couronne et la Violette. C’étaient donc de vieilles connaissances, bien disposées à s’associer. Au moment où vont se dérouler les événements de Torchamp, la première période de la guerre de la chouannerie normande venait de se terminer. Nos chouans amnistiés avaient déposé les armes, fait leur soumission aux lois de la République et promis de vivre désormais en paisibles et loyaux citoyens. Mais leur ancienne vie leur avait donné l’amour des aventures et le mépris du travail. Ils ne purent ou ne voulurent reprendre l’existence calme et laborieuse de la campagne. Leur soumission n’avait été qu’une feinte, et sans transition, ils passèrent de la chouannerie dans le vulgaire brigandage. Tous ces tristes sires, mais surtout Belle-Humeur, la Ribotte, Monte-à-l’Assaut, et la Victoire, étaient des habitués du Moulin du Pont des Planches. C’était là qu’après s’être échappés de prison, ils venaient chercher asile. Deux ou trois fois par semaine, ils s’y réunissaient en nombre imposant, faisaient alors surveiller les abords de leur repaire par une ou deux sentinelles, puis, tranquilles, festoyaient bruyamment et se livraient à des orgies sans nom.
L’âme damnée de cette maison était la fille du meunier : Julienne Lecouturier. Mariée à Étienne Piednoir (dit Gerbeux), marchand à Céaucé, elle avait abandonné son mari et était venue habiter chez son père. Là, elle tenait une sorte de cabaret où elle ne vendait guère que de l’eau-de-vie. Il était de notoriété publique qu’elle menait une vie scandaleuse avec la plupart des brigands, mais particulièrement avec leur chef Belle-Humeur, sur lequel elle exerçait une grosse influence et auquel elle désignait les personnes dont elle voulait se venger. C’est au moulin en effet, que se tramaient tous les projets de meurtre, de vols, de brigandages. On disait couramment : « il va, bien sûr, arriver du malheur cette nuit, les brigands sont au Pont des Planches ! » C’est là aussi qu’on partageait les bénéfices des expéditions. Ce lieu était suivant les dires du Président du Jury « l’antre de la terreur et on n’en approchait qu’avec crainte et horreur. »
À l’exception du vol d’un cheval avec menaces et coups chez Pierre Faverie au village de la Futaie en Saint-Brice ; à l’exception aussi d’une tentative d’assassinat et de vol, commise la nuit à main armée avec effraction, coups et blessures chez Gallery, au Lot-en-Céaucé, tous les brigandages, et ils sont hélas ! nombreux, perpétrés par cette bande, le furent dans la commune de Torchamp. Ces attentats, pour en faciliter la description, seront, d’après leurs dates, divisés en quatre groupes se rapportant : aux environs de la Saint-Jean en 1796, aux environs de Notre-Dame des Avents en 1796, au mois de février 1797, et aux environs de Pâques 1797.

Brigandages commis de la St Jean 1796 à Pâques 1797

1 - Brigandages aux environs de la Saint-Jean (1796)
À ce moment en 1796, nos chouans venaient de faire leurs soumissions aux lois de la République. Serait-ce pour cette raison que les attentats qu’ils commirent à cette époque furent peu nombreux et n’eurent pas l’allure tragique qu’ils auront plus tard. Ne faut-il pas penser plutôt que nos bandits étaient encore mal organisés, qu’ils avaient besoin de s’entraîner, de se faire la main. Ces premiers attentats sont d’ailleurs racontés très sommairement. Le soir de la Saint-Jean, Belle-Humeur et La Couronne, armés d’un bâton et montés à cheval (sans doute sur le cheval que la Ribotte venait de voler à Faverie), arrivèrent vers quatre heures du soir chez Henri Rémon-Provostière, 42 ans, cultivateur aux Ardillets et l’obligèrent à donner 161 livres. Le lendemain de la Saint-Jean, c’est chez Julien Beaudet, 62 ans, cultivateur à la Rivière, que Belle-Humeur et La Couronne se présentent vers minuit. Ils le forcent à leur verser le terme de fermage qu’ils devaient à la citoyenne Doynel. Aux environs de la Saint-Jean, les deux mêmes voleurs accompagnés de Monte-à-l’Assaut et de La Ramée, se rendent chez Julien Ruault, 49 ans, cultivateur à la Crolais, qui doit leur donner 50 livres. Il est évident que les victimes de ces trois attentats ne se laissèrent pas extorquer des sommes alors très importantes sans protester et peut-être sans lutter. Bien grandes durent être les menaces ou bien forts les coups pour arriver à faire passer des mains des cultivateurs dans celles des bandits l’argent péniblement gagné et mis de côté pour les besoins de la ferme et de la famille. Mais on ne peut faire, à ce sujet, que des suppositions, aucun détail n’étant donné dans les pièces du procès. Toujours à la même époque (environs de la Saint-Jean), Belle-Humeur à la tête de plusieurs brigands dont La Couronne, et en plein jour, arrive chez Guillaume Beaudet, 29 ans, cultivateur au Gage et exige de lui 100 livres. Guillaume Beaudet réussit à lui persuader qu’il n’a pas cet argent. Mais la nuit même qui suit, les brigands reviennent et frappent à coups de bâtons le pauvre fermier, jusqu’à ce qu’il leur donne les 100 livres demandées. Après ces attentats de la Saint-Jean, il y eut une accalmie de six mois environ. Les habitants de Torchamp purent croire qu’ils allaient enfin dormir tranquilles. Hélas ! il n’en fut rien.

2 - Brigandages la veille de Notre-Dame des Avents (1796)

Dans la nuit du 11 ou 12 décembre, suivant certains témoins, la veille de « Notre-Dame des Avents » suivant d’autres, La Couronne, Monte-à-l’Assaut, Joubin, Quentin, Siméon Lecouturier et Chardinière, armés de fusils, pistolets et bâtons, arrivent au domicile de Louis Mottier, 45 ans, laboureur aux Noës, enfoncent la porte de la maison qu’on refusait d’ouvrir et se précipitent à l’intérieur au nombre de trois, tandis que les autres restaient dehors. Deux des bandits qui étaient entrés, exigent de l’argent en braquant leurs pistolets sur les poitrines de Louis Mottier et de sa femme Anne Deslandes. Ceux-ci déclarent qu’ils n’en ont pas. Aussitôt on les roue de coups de bâtons, particulièrement Anne Deslandes qui tombe sans connaissance, le corps si meurtri, si douloureux, si couvert de blessures, qu’elle reste deux jours sans pouvoir être déshabillée. N’ayant plus personne à leur résister, les brigands mettent la maison au pillage et emportent tout ce qui leur convient. Ils fouillent même dans le lit de la servante Anne Tissier qui, à moitié morte de peur, est restée blottie dans ses draps. Le domestique Pierre Caillebotte assiste de même à la scène sans oser intervenir. Ce bel exploit accompli, nos brigands se rendent aussitôt chez Pierre Mottier, 34 ans, lui aussi laboureur aux Noës et le forcent à ouvrir. Trois pénètrent à l’intérieur de la maison et volent sept mouchoirs, six fichus, une paire de bracelets en laine et une paire de bas. Ils demandent enfin un fusil à un coup et douze livres d’argent. Pierre Mottier ayant répondu qu’il n’en avait pas, les brigands l’obligent à se rendre avec eux chez son neveu Guillaume Martel, laboureur aux haies de Malterre, sous prétexte d’emprunter les douze livres. Arrivé chez son neveu, Pierre Mottier lui dit pour l’empêcher d’ouvrir sa porte : « Venez que je vous parle seulement par la fenêtre ». Mais Guillaume Martel reconnaissant la voix de son oncle, ouvre la porte sans défiance. Aussitôt trois des brigands se précipitent dans la maison. L’un d’eux demande qu’on allume une chandelle. On lui répond qu’il n’y en a pas. « Eh bien ! déclare-t-il, je vais éclairer la maison avec une paillasse à laquelle je vais mettre le feu. » Craignant que la menace ne soit exécutée, Guillaume Martel s’empresse d’allumer une lampe : « Nous sommes des nobles », dit alors l’un des brigands. « On s’est emparé de nos biens. Aussi, après nous être longtemps cachés, nous avons décidé de nous faire payer des contributions pour la dîme. » Là-dessus, ils lui réclament douze livres pour le sieur Mottier, son oncle, et dix écus pour sa propre contribution. Guillaume Martel refuse ; les bandits le frappent violemment à coups de bâtons, et, alors que l’un d’eux le tient en respect avec un pistolet, les deux autres ouvrent les armoires, coffres, et volent treize livres dix sols, un mouchoir de col et un savon. Voyant cette scène de pillage, le vieux père Martel, âgé de 70 ans, s’est levé. Un pistolet est aussitôt braqué sur lui. Il réussit à l’écarter, mais reçoit plusieurs coups sur la tête et tombe à terre. Son fils Jean, 28 ans, et ses deux filles sautent du lit à leur tour et en chemise prennent part à la lutte. C’est une mêlée générale. De son côté, la femme de Guillaume Martel sort de la maison en criant : « Au voleur ! à l’assassin ! » Deux des brigands s’élancent à sa poursuite pour la faire rentrer. Guillaume Martel n’ayant plus en face de lui qu’un bandit, réussit, quoiqu’en chemise, à le terrasser et à le désarmer, pendant que son frère Jean, craignant pour sa belle-sœur, se précipite après les deux autres. Ceux-ci reviennent alors sur leurs pas et aidés de leurs complices restés dehors, criblent Jean Martel de coups de bâtons, rentrent à la maison, frappent à son tour Guillaume Martel jusqu’à ce qu’il abandonne celui qu’il tient à sa merci. Mais trouvant dans cette maison une résistance inattendue qui pouvait mal tourner pour eux, ils prennent enfin la fuite, en laissant sur place : un pistolet, un bâton cloué d’un bout, un chapeau et une tabatière. À la même époque, une dizaine de jours avant Noël (sans que la date soit mieux précisée), Belle-Humeur, Monte-à-l’Assaut, La Victoire, La Violette, Joubin, Quentin, Siméon Lecouturier et Chardinière, se rendent chez Jean Beaudet, 35 ans, laboureur à la Beauquetière. Trois de ces brigands entrent chez lui et sous la menace de leurs bâtons et surtout de leurs pistolets, lui volent cent-vingt livres.

3 - Brigandages en février 1797
Après une courte accalmie d’un mois et demi environ, nos bandits, ayant sans doute épuisé les produits de leurs brigandages passés, se remirent en campagne. Leurs attentats furent alors si nombreux, si violents, si généralisés que la paroisse de Torchamp tout entière vécut vraiment sous le règne de la terreur. En apprenant le lendemain le nom des victimes de la veille, chacun se demandait avec effroi : « Sera-ce mon tour la nuit prochaine ? ». On se couchait le soir par habitude, par fatigue, mais quel sommeil léger ! Le moindre bruit du dehors faisait tendre l’oreille. « Ne serait-ce pas les brigands ? Non. » Et on essayait de se rendormir. Mais combien, répétée pendant plusieurs semaines, devait être angoissante et déprimante cette attente dans la nuit ?
Au commencement de février, suivant les uns, aux environs de Carnaval selon les autres, Belle-Humeur, La Victoire, Monte-à-l’Assaut, La Ribotte, Siméon Le Couturier et François Joubin arrivent au village de la Thébaudière, au début de la nuit. Ils frappent à la porte de François Mercier (ou Le Mercier), cultivateur. Mercier refuse d’ouvrir en disant naïvement : « Vous me voulez peut-être du mal ? – Ouvre, bougre, ou nous enfonçons ta porte ! » Ils l’enfoncèrent en effet, et entrèrent au nombre de quatre, armés de pistolets et de fusils. « Il nous faut cinquante écus », dit Belle-Humeur ». Mercier refuse, disant qu’il n’en a pas. Le bandit insiste en le menaçant de son pistolet : « Donne, bougre, ou je te tue ! » Mercier refuse à nouveau. Aussitôt un coup de feu l’étend raide mort. Après ce beau fait d’armes, nos brigands sortent de la maison, mais se ravisant, ils reviennent sur leurs pas quelques instants plus tard. Ils ont jugé que ce n’était pas la peine d’avoir tué pour s’en aller les mains seulement rouges de sang, mais vides de pièces d’or, et en présence du cadavre encore chaud de leur victime, ils ont l’impudeur de réclamer de l’argent à sa femme, Marie Mottier, 44 ans, ainsi qu’à son frère Michel Mercier, qui vit en ménage sous le même toit. Ils menacent même de le tuer comme son frère, dont ils lui montrent le cadavre, s’il ne donne immédiatement de l’argent. Affolée, la femme de Michel Mercier leur passe les clefs de son armoire. Ils y prennent dix-huit livres, et ce fut tout ce qu’ils emportèrent d’argent. Commettre un assassinat pour 18 livres, ce n’était vraiment pas payé. Mais leur programme est à peine esquissé. Vite la bande se rend vers un autre village pour y continuer ses attentats.
Traversant une partie de la commune, les bandits arrivent au Boulay où était laboureur Guillaume Leneveu, alors âgé de 58 ans. Entré dans la maison avec quelques complices, Belle-Humeur, qui, au dire de la victime, avait « une ceinture de pistolets », lui en pose un sur l’estomac en lui disant : « Donne trois cents livres ou je te tue ; je viens déjà d’en faire autant au fermier de la Thébaudière, c’est moi-même qui l’ai tué ». Devant cette déclaration peu rassurante, Leneveu, craignant pour ses jours, lui donne 97 livres. De là, les sinistres personnages toujours armés de fusils et pistolets arrivent aux Essartz, frappent violemment à la porte de Jacques Chauvin, laboureur, qu’ils appellent par son nom, en lui demandant d’ouvrir. Notre fermier était couché, mais les entendant proférer des menaces, il se lève et ouvre. Belle-Humeur suivi d’une partie de la bande entre et réclame 200 livres. Cette demande ne fut sans doute pas accueillie sans protestation et sans une vive résistance, car, dit le témoin, les brigands le frappèrent ainsi que sa fille et l’un de ses fils. Finalement Chauvin leur donna six livres, le seul argent qui lui restait. Mais en partant Belle-Humeur lui déclara qu’il leur fallait 600 livres sous huit jours. Des Essartz, la troupe se transporta chez Jacques Breux, 50 ans, laboureur à la Basse-Cour du Château et gérant de Mme Doynel. L’un des bandits frappe à la porte. « Qui est là ? », demande Breux ? « Patrouille républicaine », répond-on. Trompé par cette réponse, Breux ouvre sa porte sans défiance. Deux bandits entrent et continuant leur plaisanterie : « Il y a des chouans cachés ici ? – Non, citoyen, voilà les clefs, je vais vous conduire partout, vous chercherez. » Alors, cessant de jouer la comédie, : « Ce n’est pas tout ça », dit l’un d’eux, qu’il sut plus tard être Belle-Humeur, c’est de l’argent qu’il nous faut - Je n’en ai point, répond Breux, j’achète le blé et j’ai beaucoup de peine à faire vivre ma petite famille ». Alors, un pistolet est braqué sur lui : « Voilà ce qui a tué Mercier, de la Thébaudière, paie ou je t’en fais autant. » Pour sauver ses jours, Breux donna une somme de 300 livres qu’il avait en dépôt. Quelques jours auparavant, La Victoire était venu aux Ardillets, chez Henri Rémon-Provostière et avait demandé à emprunter 20 écus pour Belle-Humeur. Rémon avait alors répondu qu’il n’avait pas d’argent, obligé qu’il était de payer sa maîtresse, la citoyenne Doynel, pour qui Breux remplissait les fonctions de gérant. Aussi nos brigands n’oublient pas de s’informer auprès de Breux si le sieur Provostière lui a versé son fermage. Et comme il répond négativement : « Eh ! bien, viens avec nous tout de suite aux Ardillets, nous allons voir ça ». Aussitôt rentrés chez Rémon, ils lui mettent un pistolet sur la gorge en lui demandant s’il a, oui ou non, payé son fermage à Breux ; et comme il reconnaît ne pas l’avoir payé, on l’oblige à verser l’importante somme de 400 livres, ce qui représentait vraisemblablement son fermage d’une année. Les bandits songent alors à rejoindre le Moulin du Pont des Planches, leur repaire. Mais la nuit n’est pas tellement avancée, qu’ils ne puissent encore faire deux stations sur le chemin du retour. Ils passent au Gage et se présentent chez Guillaume Beaudet. Là, ayant demandé sans résultat, l’ouverture de la porte de la maison, ils s’efforcent de l’enfoncer, pendant qu’à l’intérieur Beaudet et son domestique neutralisent leurs efforts. Finalement la porte cède et livre passage aux bandits qui pour se venger de la résistance qui leur a été opposée, criblent de coups Beaudet et son domestique. Celui-ci ne doit même qu’au hasard de ne pas avoir le même sort que le fermier de la Thébaudière. Belle-Humeur l’ajuste avec son pistolet, appuie sur la gâchette, mais par bonheur, le coup ne part pas. Les bandits ne réussissent à extorquer à Beaudet que la somme très modeste de 12 livres, mais, avant de se retirer, ils le frappent à nouveau copieusement en lui déclarant qu’ils ne le tiennent pas quitte, qu’ils reviendront et qu’en attendant il apprendra bientôt une nouvelle qui lui fera bien trouver de l’argent, allusion au meurtre de Mercier dont le lendemain la nouvelle se répandra de village en village en y jetant l’épouvante. Poursuivant leur chemin, ils approchent de la Crolais. Le chien de Julien Ruault, cultivateur dans ce village, devinant leur approche, aboya de telle façon que son maître, intrigué, s’est mis à observer ce qui se passait dehors par une petite fenêtre de sa cave, et il reconnaît parfaitement dans la bande : Belle-Humeur, Monte-à-l’Assaut, la Victoire, la Ribotte et Siméon Lecouturier. Mais Julien Ruault ne reste pas longtemps à son poste d’observation. Il les voit en effet avancer vers sa maison. Bientôt ils frappent à la porte en demandant de l’argent. Ruault refuse d’ouvrir. Les bandits qui, peut-être, ont hâte de faire bombance au moulin, n’insistent pas, mais avant de s’éloigner, ils menacent Ruault lui disant : « Apprête de l’argent, bougre, nous reviendrons et si tu ne nous en donnes pas, on t’en fera autant qu’à l’autre qui a été tué cette nuit ». Ainsi prit fin cette sinistre expédition nocturne. Quelques minutes plus tard, nos brigands rentrés dans leur repaire, partageaient leur butin et festoyaient gaiement en préparant de nouveaux et prochains exploits.

Ces longues randonnées nocturnes faites à pied, par les mauvais chemins d’alors, fatiguaient nos brigands. Et puis, pensez donc ! des personnages aussi importants, parcourir leur domaine en usant la semelle de leurs chaussures ! Non vraiment, cela n’était pas digne. Se procurer des chevaux ? Mais rien n’était plus simple pour eux. Il suffisait d’en exiger le pistolet à la main. C’est ce qu’ils firent. Déjà l’année précédente aux environs de la Saint-Pierre, La Ribotte avait, nous l’avons vu, pris un cheval à Faverie, de la Foutaie, en Saint-Brice. Cette année (1797), une quinzaine de jours avant carnaval, ils avaient pris un cheval à Hubert-la-Brosse et deux chevaux à Étienne Gobé, meunier au moulin de Varenne. Mais là, nos voleurs furent en partie volés. L’un des deux chevaux était boiteux. Ils le jugèrent inutilisable et l’abandonnèrent le long du chemin. L’autre fut gardé 14 jours et en le rendant nos bandits eurent le cynisme d’obliger Gobé à leur verser 10 écus pour rentrer en possession de son bien. Une dizaine de jours plus tard, Belle-Humeur et sa bande ont une seconde fois recours à l’écurie de Varenne. Ils savent bien que les meuniers, qui dans ce temps-là allaient chercher à domicile, à dos de cheval, les sacs de grain et reportaient ensuite les sacs de farine, sont obligés d’avoir de nombreux chevaux. Belle-Humeur entre chez Gobé avec deux de ses camarades. D’autres, pendant ce temps, restent embusqués derrière le moulin et causent à haute voix. Il ne fait pas encore nuit. Belle-Humeur craignant qu’ils ne soient reconnus, déclare qu’il va brûler la cervelle à ceux qui sortiront de la maison. Quant au meunier, notre brigand, comme entrée en conversation, le frappe à la tête et sur la bouche avec le canon de son pistolet, en disant, suivant son habitude : « Voilà le pistolet qui a tué Mercier, de la Thibaudière et qui te tuera aussi si tu ne me donnes pas d’argent avant Pâques ». Il lui déclare d’ailleurs qu’il reviendra bientôt chez lui avec toute sa troupe. En attendant, il demande à Gobé combien il loue son moulin, lui défend de payer sa propriétaire, Mme Doynel et lui avoue qu’il veut être meunier à sa place. Enfin vient la question des chevaux, objet principal de la visite. Belle-Humeur exige, sous la menace des armes, qu’il lui soit donné quatre chevaux avec leurs brides et leur équipement. Voilà donc les brigands, qui bien entendu peuvent aussi utiliser les chevaux du moulin des Planches, à la tête de montures suffisantes pour leurs déplacements.

À cette époque, très peu de jours après l’assassinat de Mercier, aux environs de Carnaval de la mi-février, disent les victimes et témoins, les brigandages reprennent ou plutôt continuent dans la commune de Torchamp et se succèdent pour ainsi dire sans interruption, mais dans un ordre qu’il ne m’est pas possible de préciser. À cette longue série d’attentats, prennent part, par groupes de cinq montés sur quatre chevaux : Belle-Humeur, toujours au premier plan, La Victoire, Monte-à-l’Assaut, La Ribotte, la Ramée et Chardinière. Leurs manières de procéder sont toujours les mêmes : arrivée de nuit, entrée dans les maisons par intimidation ou enfoncement de la porte, extorsion d’argent les armes à la main et sous menace de mort, après avoir souvent roué leurs victimes, le tout accompli le plus rapidement possible. C’est ainsi qu’ils volent alors : 50 livres à Julien Ruault, laboureur à la Crolais, qui reçoit leur visite pour la troisième fois ; 9 livres à Guy Le Sellier, laboureur à la Lande-Chalibourg, et 7 livres 4 sols à Jacques le Roy, laboureur. Jacques Breux, laboureur à la Basse-Cour du Château, à qui nos cambrioleurs, une dizaine de jours auparavant, avaient déjà volé la grosse somme de 300 livres, les voit revenir avec frayeur. Le pauvre diable ayant un besoin pressant d’argent, était allé à la halle de Domfront et avait vendu deux boisseaux de blé, gardé jusque-là pour les besoins de sa famille. Sur le prix de son blé, Breux avait donné douze livres à sa femme pour faire des achats. Lui-même avait dépensé la petite somme de six sols. Or, le meunier du Pont-des-Planches qui, lui aussi, était à la halle, l’avait vu vendre son blé. De retour à son moulin, il s’était empressé de mettre la bande au courant de l’affaire, et le soir même, dans la première moitié de la nuit, nos cambrioleurs arrivent chez Breux, bien persuadés qu’ils vont s’emparer du prix total du blé. Mais les voleurs sont attrapés et doivent se contenter des 3 livres 14 sols, seul et maigre reliquat de la vente. Pour se consoler, ils exigent une chopine d’eau-de-vie, dont ils boivent une partie à la maison et portent le reste à leurs complices restés dehors. Une autre nuit, ils frappent à la porte de Pierre Gaumer, laboureur, âgé de 25 ans et menacent d’incendier sa maison et de le brûler vif lui et les siens, s’il persiste à refuser d’ouvrir. Entrés, ils lui soustraient sous la menace de leurs armes, 10 écus, le seul argent qu’il avait. Jean Beaudet de la Bauquetière, à qui les scélérats avaient déjà volé 120 livres à la fin de l’année précédente, reçoit à nouveau leur visite. La porte seulement « crouillée » est facilement enfoncée. Mais Jean Beaudet a eu le temps de se sauver par une autre issue et est allé se cacher chez sa voisine Marie Cillière, laissant dans la maison ses sœurs et son cousin François Beaudet, que la crainte maintient prudemment tapis sous les couvertures du lit. Ses cousines plus courageuses se sont levées, prêtes à tenir tête aux malfaiteurs. Ceux-ci exigent de l’argent et un fusil. Les jeunes filles affirment crânement n’en pas avoir, malgré les coups qu’on leur distribue généreusement. Elles sont bientôt immobilisées sous la menace de pistolets, tandis que tout dans la maison est mis sens dessus dessous, les armoires vidées ainsi que les coffres. Les cambrioleurs se retirent enfin après avoir trouvé 90 écus dans un tiroir. Les brigands restés en faction dehors avaient vu Jean Beaudet s’enfuir à côté chez sa cousine Marie Cillière, veuve Beaudet. La bande s’y rend aussitôt. Il est environ minuit ou une heure. À peine entrés, ils déclarent à la pauvre femme que si elle cache une autre fois son voisin, ils mettront le feu à sa maison. L’un d’eux, s’adressant à Julien Geneslay, domestique, lui dit : « Tu connais sans doute Belle-Humeur, nous sommes ses camarades et de bons bougres. » Cela ne les empêche pas d’exiger 10 livres de Marie Cillière, qui déclare ne pas en avoir. À cette réponse, nos « bons bougres » entrent en fureur, frappent l’infortunée veuve à coups redoublés, bousculant tout dans la maison et s’en vont. C’est ensuite le tour de François Chauvin, 28 ans, laboureur à la Biherrière. Françoise Liot, sa femme, au bruit qui est fait à la porte, refuse d’ouvrir et veut parlementer, mais les bandits lui disent « qu’ils n’ont que faire à elle, qu’ils veulent tuer son mari », et là-dessus, ils enfoncent la porte. Trois entrent, armant ostensiblement leurs pistolets. Belle-Humeur, toujours en tête du mouvement, a un fusil en bandoulière et un pistolet dans chaque main. Il s’avance vers le lit où est couché François Chauvin, appuie un pistolet sur sa poitrine en disant : « voilà le pistolet avec lequel j’ai tué Thébaudière, donne de l’argent ou je t’en fais autant. » Françoise Liot, effrayée, leur versa aussitôt 30 écus, tout ce qu’elle possédait. Le bourg et le village voisin l’Ouche , n’avaient pas encore été visités. Cela ne pouvait durer. Un soir vers dix heures, la brute de Belle-Humeur arrive avec quatre complices chez Louis Bernou, 55 ans, marchand de sel, et son frère Jean, 48 ans, laboureur, tous deux demeurant au bourg de Torchamp dans la même maison. Louis Bernou est absent, c’est Jean qui est obligé de les recevoir. Ils lui demandent 12 livres. Jean déclare qu’il n’en a que six, qu’il ne peut en donner davantage. Il est alors renversé plusieurs fois par terre, traîné dans la boue et frappé violemment. Belle-Humeur lui dirige sa carabine sur « l’estomac » en proférant sa menace habituelle : « paie, sinon je vas t’en faire autant qu’à Mercier de la Thébaudière ». Jean Bernou couvert de sang, demande pour les apaiser et se tirer de leurs griffes, à aller emprunter au village de l’Ouche les six livres qui lui manquent. Lorsqu’il eut empoché cette petite somme, Bell-Humeur se retira, mais en annonçant qu’il lui fallait 600 livres, qu’il reviendrait bientôt les chercher avec sa bande et « gare à lui s’il ne les versait pas ». Au sortir de la maison des Bernou, nos voleurs de grand chemin s’en vont à côté, au village de l’Ouche, chez Siméon Deslandes, « sacriste ». C’est un vieillard de 74 ans, qui a la réputation de ne pas avoir d’argent. Ils lui demandent seulement de l’eau-de-vie. Il leur dit ne pas en avoir. Ils cherchent, n’en trouvent pas et s’en vont sans l’inquiéter. Jean Bernou était allé emprunter la somme de 6 livres chez Julien Leray, cultivateur, âgé de 33 ans, demeurant aussi au village de l’Ouche. Celui-ci apprend ainsi que les brigands sont dans le quartier. Viendront-ils chez lui ? C’est probable. Il prend ses précautions en conséquence. Sachant qu’ils s’attaquent plus particulièrement aux hommes, il conseille à sa femme Rose Cousin de dire que parti à Passais dans l’après-midi, il n’est pas encore rentré. Cela fait, il va se cacher dans un champ voisin. Effectivement Belle-Humeur et sa troupe arrivent bientôt et demandent de l’argent. Rose Cousin ayant répondu qu’elle n’en avait pas, ils lui annoncent qu’ils reviendront et qu’elle ait soin d’en trouver pour leur prochaine visite. Faute d’argent, ils réclament du pain et de l’eau-de-vie qu’ils mangent et boivent en dehors de la maison, pour que ne soient pas reconnus leurs compagnons restés à la porte. Quittant l’Ouche, nos malfaiteurs se rendent chez Jean Rémon, 42 ans, laboureur au Domaine, frappent à la porte et se préparent à l’enfoncer. Jean Rémon ouvre et a la chance de s’en tirer en donnant seulement dix livres. La bande se présente ensuite à la Grisière, chez Guillaume Leriverain, laboureur, qui, menacé de mort s’il n’ouvre pas, laisse entrer trois brigands qui lui demandent un fusil et trois louis. Leriverain assure qu’il n’a ni fusil ni argent, mais craignant d’être tué, il donne 56 livres. C’est ensuite le tour de Pierre Sonnet, laboureur au même village. Ils disent qu’ils veulent brûler dans la maison s’il n’ouvre la porte. Entré, Bell-Humeur, suivant sa méthode ordinaire, place un pistolet sous la gorge de Sonnet et lui promet le même sort qu’à Mercier, s’il ne donne 40 écus. Toutefois notre laboureur peut s’en débarrasser en cédant deux pièces de six francs, son seul avoir. Enfin, toujours au même village de la Grisière, Belle-Humeur, avec sa suite, pénètre chez Henri Montaufray, laboureur, et l’entendant refuser ce qu’il demande, braque sur lui son pistolet en disant : « aimes-tu mieux mourir que de fournir 20 écus – 20 écus ? répond Montaufray, il me serait bien impossible de les donnerVoilà comme vous répondez tous, réplique Belle-Humeur, Eh bien ! qu’on allume vite du feu et de la chandelle, on va fouiller partout. » Montaufray croit les apaiser en offrant de l’argent en petite monnaie, mais ils font la moue et menacent de plus belle. Effrayé, il leur donne 9 livres appartenant à son fils et propose d’aller emprunter pour eux de l’argent chez son voisin Leriverain. Mais un des brigands l’arrête en disant : « C’est inutile, il vient de nous donner ce qu’il avait ».
On lit dans les attendus de jugement de nos tristes sires que « dans le même temps », sans que la date soit mieux précisée, d’autres attentats, que l’on détaille, furent encore commis à Torchamp. Faut-il en conclure qu’ils firent suite aux brigandages qui viennent d’être racontés ? Oui, probablement. Notre bande a commencé sa randonnée à la tombée de la nuit et les nuits sont longues en février. Il faut se souvenir, en outre, qu’elle se déplace à cheval, et que chaque attentat est rapidement mené. Après les brigandages commis au bourg à l’Ouche, au Domaine, à la Grisière, la nuit n’est pas finie. Les scélérats peuvent, en regagnant leur repaire du Pont-des-Planches, faire d’autres visites domiciliaires. Quoi qu’il en soit, à cette époque, les villages de la Rivière, de la Bauquetière et de la Vectière sont également le théâtre de leurs exploits. À la Rivière, Julien Beaudet, à qui, aux environs de Pâques l’année précédente, ils avaient déjà extorqué une somme d’argent considérable, est à nouveau leur victime, mais cette fois le vol est peu important : 10 francs lui sont pris, 24 sols à la servante, enfin du tabac, deux rasoirs, de la flanelle pour faire un gilet, une bouteille d’eau-de-vie et un morceau de lard cuit. Il n’y a pas de petits profits. Cette même nuit, un dimanche au matin, deux heures avant le jour, précise un témoin, la troupe se présente au domicile de Siméon Beaudet, 63 ans, laboureur à la Beauquetière. Celui-ci refuse d’ouvrir, mais aussitôt la porte est enfoncée. Douze écus lui sont volés, ainsi qu’un fichu à Françoise Lamy sa femme. De la Beauquetière, nos scélérats se rendent à la Vectière qui se trouve plus loin sur leur chemin de retour. Là, ils enfoncent aussi la porte de Mathieu Mercier, 34 ans, laboureur, frère du fermier de la Thébaudière, assassiné peu de temps auparavant. Deux des bandits entrent et demandent 20 écus. Mercier ayant répondu qu’il n’avait pas d’argent, ils exigent qu’on allume du feu et une chandelle, fouillent alors partout, mais ne réussissent à voler que 29 sols qui se trouvent dans la culotte de leur victime. Enfin, les scélérats entrent chez René Ruault, 57 ans, laboureur, demeurant aussi à la Vectière avec son fils Guillaume, âgé de 20 ans. Ils font semblant de ne pas connaître le maître de la maison, lui demandent gentiment son nom et s’informent du prix de location de sa terre. Mais bientôt ils exigent de lui 25 francs. Ruault ne les a pas. Il donne 4 livres, 2 sols, tout son avoir, que les voleurs empochent en lui faisant toutefois promettre de se tenir prêt à leur verser 12 livres dans une huitaine, sans quoi il recevra un coup de fusil. ?
Ces attentats de Belle-Humeur et de sa bande vont-ils bientôt prendre fin ? Oui, heureusement, car les habitants de Torchamp, tant bourgeois que paysans ; sont fatigués de vivre depuis bientôt un an dans des transes continuelles. Eux qui avaient accueilli avec enthousiasme l’avènement de la Révolution, commencent à trouver que l’Ancien Régime avait du bon, qu’au moins on dormait alors tranquillement, sans craindre pour sa vie ou son porte-monnaie. On se demande pourquoi nos insignes malfaiteurs ne trouvaient, en général, qu’une faible résistance dans l’accomplissement de leurs attentats. Dans la pièce même où se joue le drame, frères, parents, domestiques voient le cambriolage, entendent les coups pleuvoir sur la victime et restent le plus souvent impassibles dans leurs lits. Dans certains villages où existent plusieurs feux, les voisins du cambriolé perçoivent certainement dans le silence de la nuit des bruits qui ne leur laissent aucun doute sur ce qui se passe à côté d’eux. Or personne ne vient porter secours au voisin, volé, maltraité, menacé de mort. Comme expliquer cela ? Sans doute par la terreur que devaient inspirer nos brigands, surtout après le meurtre de Mercier de la Thébaudière. On les savait armés, non seulement de bâtons, mais de fusils, de pistolets, et l’on savait aussi qu’ils étaient hélas capables de s’en servir. On laissait le cambriolé se débrouiller seul, en pensant sans doute qu’intervenir, c’était exposer sa vie sans le moindre espoir de modifier le dénouement. Cependant, les tragiques exploits de nos bandits ne pouvaient durer indéfiniment. Déjà le lecteur a pu remarquer que les derniers attentats avaient été commis dans des circonstances moins terrifiantes. Sans doute nos cambrioleurs se sentaient-ils traqués par la police. En tout cas, les brigandages finirent vraiment avec le mois de février 1797 (Ventôse an V). Quelques jours plus tard, aux environs de Pâques, la Victoire fera cependant encore un peu parler de lui et commettra des vols de la plus grande banalité et qui méritent à peine d’être rapportés.

4 - Vols aux environs de Pâques 1797 C’est Jean Guyot, 40 ans menuisier à Torchamp, qui témoigne au procès, qu’à la fin du Carême, Demoré, dit La Victoire, vint acheter chez lui différents meubles pour la somme de 33 livres, dont il ne paya que 18 francs. Guyot ajoute qu’il ne lui fit crédit que parce qu’il n’osa pas agir autrement. C’est enfin Michel Brosse, laboureur à la Soule, qui dépose que ce même Demoré vint chez lui aux environs de Pâques, acheta un boisseau de blé noir qu’il lui promit de payer 6 francs. Mais lorsqu’il fut en possession du sarrasin, La Victoire ne donna que 45 sols. Brosse savait bien qu’il n’aurait jamais le reste de l’argent, mais il ne protesta pas, craignant que sa réclamation n’eût des suites fâcheuses pour lui. Et c’est tout. Là s’arrête la longue série des attentats plus ou moins graves, relatés dans les pièces du procès. Mais, est-ce vraiment tout ? Non, certainement non. Rappelons à ce propos la phrase prononcée par le directeur du jury d’accusation : « les vols, les brigandages et les assassinats exercés dans la commune de Torchamp, avaient été tellement multipliés, que les victimes, terrorisées, n’osaient porter aucune plainte. ». Mais tout a une fin. Quelques personnes plus courageuses que les autres osèrent faire des dénonciations à la police. Celle-ci se mit en branle et la répression commença.

Châtiments des brigands

1 - Mort de Belle-Humeur
L’ex-chef des chouans, Billar de Vaux, dans le « Bréviaire du Vendéen , tome I, page 40 », raconte qu’au mois de mars 1797, Belle-Humeur fut blessé par des coups de feu que tirèrent sur lui des soldats républicains, cachés dans le clocher de l’église de Céaucé. Comme il se sauvait, il fut achevé par un habitant du bourg. On trouvera peut-être que, malgré le passé sinistre de Belle-Humeur, la façon de procéder de ses justiciers manqua d’élégance. Son exécution sommaire ne fut en somme qu’un guet-apens doublé d’un assassinat. Mais les habitants de Torchamp moins formalistes, jugèrent qu’il n’était pas besoin de prendre de gants pour abattre ce chien enragé. Quoi qu’il en soit, cette triste fin de Belle-Humeur, dut jeter un froid parmi ses complices. Le chef disparu, la bande se disloqua et les brigandages cessèrent.

2 - Les complices de Belle-Humeur et la Justice
La disparition de ce bandit eut, en outre, l’avantage de délier de plus en plus les langues. Beaucoup de victimes osèrent dénoncer leurs bourreaux. Il en résulta que des mandats d’arrêts, suivis d’emprisonnements immédiats, furent exercés. Le 16 Floréal an V (5 mai 1797) contre Jamois dit La Ribotte. Le 21 Floréal (10 mai 1797) contre Démoré, dit La Victoire. Le 10 Messidor suivant (28 juin 1797) contre les Lecouturier (le père, les 2 fils et la fille). Le 13 Messidor (1er juillet 1797) contre Joubin. D’autre mandats d’arrêts furent lancés en Fructidor an V (août 1797) contre Chevreuil dit Monte-à-l’Assaut, Quentin, Dumesnil, Le Blanc dit La Couronne, Douillet dit Chardinière, et Grangeret dit La Ramée. Mais, hélas ! ces six bandits échappèrent aux recherches de la police, ce qui, par crainte de représailles, scella définitivement les langues qui n’avaient pas encore osé remuer. Restait à délivrer un dernier mandat d’arrêt contre La Violette. On se disposait à le faire quand on apprit qu’il était décédé. Nos brigands sont dans l’ensemble prévenus d’assassinats, tentatives d’assassinat, menaces de mort et d’incendie, de vols, tentatives de vol à main armée, de coups et blessures, de brigandages et attentats à la sûreté des personnes et des propriétés, le tout effectué de nuit, avec effraction et en groupe. Le tribunal criminel du département de l’Orne, siégeant à Alençon, condamna par jugement du 19 Vendémiaire an VI (10 octobre 1797)
+ à la peine de mort : François Jamois, dit la Ribotte, René Demoré, dit la Victoire, Julien Lecouturier, père, Simon Lecouturier, jeune fils, Gilles Joubin,
+ à 24 ans de fers, c’est-à-dire de travaux forcés : François Lecouturier, fils aîné, Julienne Lecouturier, femme Piednoir. Cette dernière, quelques jours auparavant, (1er octobre 1797), avait essayé d’apitoyer les juges sur son sort en se disant enceinte, mais un chirurgien expert démentit ses dires. Après sa condamnation, elle tenta de se faire amnistier, mais le tribunal de cassation confirma le jugement.
Suivant le règlement d’alors, une huitaine de jours après les sentences, un vaste échafaud fut dressé sur une place publique d’Alençon et on y fixa sept poteaux. L’exécuteur des jugements criminels y attacha les condamnés et mit au haut de chaque poteau un écriteau sur lequel étaient inscrits en gros caractères, les noms, domiciles, professions et crimes commis par les coupables. Les condamnés à mort restèrent exposés aux regards du public pendant 12 heures, et les condamnés aux fers pendant 6 heures. Enfin, Jamois, Démoré, Julien Lecouturier, Siméon Lecouturier, Joubin, « revêtus d’une chemise rouge », eurent la tête tranchée le 29 Nivôse an VI (18 janvier 1798) sur un échafaud dressé lui aussi sur une place publique d’Alençon.
Restaient à juger : Chevreuil Quentin, Dumesnil, Le Blanc, Douiller et Grangeret, toujours introuvables. Le tribunal criminel de l’Orne, le 10 Fructidor an VI (18 août 1798) condamna par contumace, les cinq premiers à la peine de mort et Grangeret à 24 ans de fers. Deux jours après, un échafaud fut à nouveau dressé avec 6 poteaux sur la place publique d’Alençon. Aux poteaux on attacha non les condamnés qui faisaient, hélas ! défaut, mais seulement les écriteaux avec leurs inscriptions réglementaires, écriteaux qui restèrent aussi exposés aux regards du public 12 heures pour les condamnés à mort et 6 heures pour les condamnés aux fers.
Trois mois plus tard, le 15 Frimaire an VII, Jean Quentin qui jusque-là avait échappé aux recherches de la justice, et avait été condamné à mort par contumace, se fit prendre à Paris, où il exerçait le métier d’ouvrier salpêtrier. Écroué à la prison d’Alençon le 16 Nivôse an VII (5 janvier 1799), il fut, cette fois, condamné par le tribunal criminel de l’Orne, le 21 Ventôse an VII (11 mars 1799) à 24 ans de fers.
Finalement, 10 des bandits sur 15, avaient été mis hors d’état de nuire. Il en restait donc encore 5 (et c’était beaucoup) qui n’avaient pas été appréhendés, et qui pouvaient, d’un moment à l’autre, quand les circonstances leur paraîtraient favorables, recommencer leurs sinistres exploits. C’est pourquoi après toutes ces condamnations, la tranquillité des habitants de Torchamp ne pouvait pas être complète. Il y avait soulagement, mais non délivrance. Ici finissent les renseignements puisés dans le volumineux dossier du procès de nos criminels.

Le Dr Joseph Rémon-Beauvais en consultant ces dossiers et en les résumant, a retranscrit fidèlement cette partie absolument inédite de l’histoire de Torchamp pendant la Révolution.

Autres événements de la période révolutionnaire

1 - Mort violente à la Basse-Cour
Suivant toujours l’ordre chronologique, j’arrive à un meurtre brièvement signalé dans les Registres de l’état-civil de Torchamp : « Le 8 Ventôse an VII (26 février 1799), décès par mort violente de Joseph Froc, âgé de 54 ans, jardinier à la Basse-Cour, décès survenu dans ce village sur les onze heures du matin. Le jour même l’autorité judiciaire représentée par le juge de paix du canton de Passais, visita le cadavre ». Là s’arrêtent les renseignements que je possède sur cette affaire. Ils sont suffisants, je crois, pour affirmer qu’il s’agit d’un crime. Quels en furent le ou les auteurs ? Le récit des actes de sauvagerie qui vont suivre, fait penser à la réapparition des sinistres bandits qui, on s’en souvient, avaient terrorisé la commune de Torchamp deux ou trois ans plus tôt et dont malheureusement plusieurs avaient échappé à la justice.

2 - Assassinats de Malterre
On lit dans les registres de l’état-civil de Torchamp : « Le 26 Floréal an VII (mercredi 15 mai 1799), Jean Martel, âgé de 33 ans, marié, est tué sur les 10 heures du soir dans sa maison, au lieu des Haies-de-Malterre. Le même jour, assassinat de Guillaume Martel, âgé de 38 ans, marié, à la même heure et au même village. Les deux cadavres sont visités par Henry Garnier, Juge de Paix Passais. » Caillebotte aîné, contemporain de ces événements, rapporte brièvement dans ses Notes manuscrites, cette triste affaire et écrit : « que les fermiers de Malterre furent assassinés pour avoir déposé 18 mois auparavant contre une société de chouans qui fut guillotinée à Alençon ». Donc, là, pas de doute, ces crimes furent commis par des survivants de la fameuse bande de Belle-Humeur. Les frères Martel, on s’en souvient, avaient, dans la série d’attentats que j’ai racontés précédemment, opposé une magnifique résistance aux bandits et, malgré l’inégalité de la lutte, les avaient contraints de s’enfuir tout penauds. Plus tard, ils n’avaient pas craint de les dénoncer, de déposer contre eux et d’aider ainsi à les faire condamner à mort. Quelques-uns des scélérats n’avaient échappé à la guillotine qu’en se cachant. Mais ils avaient estimé qu’ils pouvaient maintenant exécuter leurs projets de vengeance. J’ai entendu raconter autrefois, mais je donne les faits sous les plus expresses réserves, que les meurtriers avaient poussé la barbarie jusqu’aux plus cruels raffinements. Leurs victimes attachées sur un établi avaient été saignées comme de vulgaires cochons, et leurs femmes obligées de tourner le sang à mesure qu’il tombait dans un chaudron. Le fait est tellement atroce qu’il est à peine croyable et pourtant il est malheureusement vraisemblable. L. Chambay, dans Les Anecdotes sur la Chouannerie dans le Passais, écrit en effet, page 28 : « Dans la région de St-Fraimbault, on attachait quelquefois les victimes pieds et poings liés sur un établi ; on leur enfonçait un couteau dans la gorge et on les saignait comme de véritables porcs. Plusieurs femmes furent contraintes d’assister à cette boucherie et de tenir la marmite ou le chaudron dans lequel le sang jaillissait en bouillonnant ; d’autres le mouvaient pour l’empêcher de se coaguler ». D’après M. de la Sicotière (Frotté et les Insurrections Normandes), un nommé Malfilâtre, de Lonlay-l’Abbaye, aurait été ainsi égorgé, mais par les bleus. Quoi qu’il en soit, avec ou non raffinement de cruauté, les deux frères Martel furent bel et bien assassinés et le crime fut commis, semble-t-il, par vengeance des anciens compagnons de Belle-Humeur.

3 - Tortures au Domaine
Caillebotte aîné poursuit dans ses mémoires : « On assure que dans la même journée, le citoyen Rémon fut volé pour avoir amené deux bœufs à la foire du 23 Floréal qui tombait le jour de la Pentecôte (dimanche 12 mai 1799) ». Il s’agit ici de Jean Rémon du Demaine, qui lui aussi, avait autrefois reçu la visite de la bande de Belle-Humeur. Il s’en était alors tiré à bon compte. Mais cette fois il en fut autrement. La tradition familiale rapporte ainsi qu’il suit cette seconde visite : Jean Rémon venait de vendre deux bœufs, nos brigands le savaient et tout simplement ils venaient pour s’en approprier le prix. Leur arrivée dans le village n’était pas passée inaperçue. Jean Rémon, qui sans doute avait eu connaissance des assassinats de Malterre, s’enfuit aussitôt de la maison avec l’argent et alla se cacher. Il laissait sa femme seule avec ses enfants, ce qui n’était pas très brave, mais logique. Il savait en effet que nos bandits ne touchaient pas aux enfants, qu’ils maltraitaient bien quelquefois les femmes, mais ne les tuaient pas, tandis que les hommes étaient exposés à tout. Sa femme d’ailleurs pouvait déclarer ne pas savoir où était l’argent des bœufs, lui ne le pouvait pas. En effet, aux brigands qui sont entrés dans la maison, Renée-Charlotte Lelandais, femme de Jean Rémon, répond obstinément qu’elle ne sait ni où se trouve son mari, ni où se trouve l’argent des bœufs. On la menace, on la maltraite, rien n’y fait. C’est alors que nos bandits usent d’un procédé employé par eux dans les grandes circonstances. Ils allument un feu de fagot dans la cheminée, placent un trépied et dessus une tuile à galette. Quad la tuile est devenue brûlante, ils éteignent le feu. Alors la pauvre femme, jupes retroussées est assise et maintenue de force sur ce siège de torture. Elle parlera bien maintenant ? Non, elle ne parle pas. Renée Lelandais pousse des cris de douleur mais ne donne aucun renseignement. Entendant leur mère, les quatre enfants poussent à leur tour des cris déchirants qui paraissent émouvoir les tortionnaires. Désespérant de pouvoir arracher à leur courageuse victime, la moindre révélation, ils cessent de la martyriser et se retirent après avoir dérobé ce qui se trouve à portée de leurs mains : une barre de savon de lessive et deux pains blancs que Jean Rémon avait apporté de Domfront. À ces attentats, j’en ajoute deux autres, uniquement transmis par la tradition et commis pendant la Révolution, mais pour lesquels des dates précises ne peuvent être données.

4 - Brigandages à Margantinet
Au village du Grand-Margantinet habitaient alors Siméon Rémon, du Rocher, et Siméon Rémon-Sauvagère (père et fils). Une bande de malfaiteurs venus chez eux et n’obtenant pas ce qu’ils réclamaient se vengèrent en défonçant tous les fûts de la cave, tant de poiré que d’eau-de-vie.

5 - Vol au Tertre
Dans ce village demeurait François Domer, ancien notaire de Torchamp. Celui-ci avait mis de côté soixante-dix-mille francs avec lesquels il se proposait d’acheter les terres du Boulay et de la Guinardais, susceptibles d’être vendues comme biens nationaux. Cette grosse somme pour l’époque avait été renfermée dans un « haut de chausse » (sorte de culotte), et comme les vols à main armée étaient alors chose courante, François Domer avait soigneusement caché son trésor dans ses cabinets d’aisance. Seul était dans le secret un vieux domestique à son service depuis trente ans. Celui-ci, sans doute sous l’influence de menaces et de mauvais traitements, dévoila la cachette, et nos voleurs de grand chemin purent ce jour-là empocher une somme vraiment rondelette. Ce fut même là, vraisemblablement, le vol le plus important commis à Torchamp pendant la Révolution. Ici se termine le récit des vols, meurtres et autres actes de brigandage perpétrés dans cette paroisse et qui sont venus à ma connaissance. Mais assurément ce n’est pas tout. La terreur était alors si grande, la peur des représailles si généralisée que les victimes n’osaient porter plainte. Cette peur n’était d’ailleurs pas sans fondement. Nous venons de voir les frères Martel payer de leur vie le fait d’avoir osé dénoncer ceux qui les avaient maltraités et volés. Triste époque ! Le désordre, l’anarchie, le banditisme régnaient alors non seulement à Torchamp, mais dans tout le Passais et dans toute la France.

Conséquences de la Révolution

Généralités

La Révolution causa dans nos campagnes des ruines considérables. Le clergé s’était, au moins partiellement, laissé entraîner dans le schisme. Le culte avait été pendant plusieurs années complètement aboli. Le sentiment religieux avait été en partie étouffé. Les églises et les presbytères étaient en ruine ou tout au moins dans un grand état de délabrement. Les presbytères et les biens du clergé, vendus comme biens nationaux, n’avaient que rarement été rendus par leurs acquéreurs. Les cloches avaient été descendues de leurs clochers et fondues ; les vases sacrés emportés et également fondus ; les ornements n’existaient plus, les autels, statues, bancs avaient été détériorés ou détruits. Le désordre général qui avait gagné les campagnes empêchait tout travail sérieux. Les paysans d’ailleurs, ruinés par d’incessantes réquisitions avaient vu fondre leur cheptel. Les grains manquaient non seulement pour les ensemencements, mais même pour la nourriture. Le commerce, l’industrie ne marchaient qu’au ralenti. L’ouvrier était en demi-chômage, le propriétaire ne faisant pas de constructions neuves et ne réparant que le moins possible ses propres bâtiments et les bâtiments de ses fermes. De même le fermier ne faisait faire que les travaux absolument urgents. Les assassinats, les vols, les brigandages si longtemps répétés avaient provoqué une terreur de tous les instants. Bref, c’était partout la désolation et la misère. Le culte catholique, le retour à la foi, l’ordre, la prospérité et la tranquillité ne furent rétablis que lentement. « La Déclaration des droits de l’homme » avait été bien chèrement payée.

Partages avec la Nation des biens de Madeleine Lesné

Il a été vu précédemment dans le paragraphe concernant la famille Doynel que René François Doynel, mari de Madeleine-Marie Lesné, étant émigré, la République avait confisqué et vendu tous ses biens propres, comprenant outre une grande partie du mobilier du château de Torchamp, de nombreuses terres situées à la Haute-Chapelle, Saint-Mars-d’Égrenne, Saint-Roch et Saint-Gilles. La citoyenne Lesné, pour sauver sa fortune personnelle s’était séparée quant aux biens d’avec son mari et par ailleurs, la République avait reconnu qu’elle était innocente de l’émigration de son fils et, qu’en conséquence, le 31 mai 1794, le séquestre avait été levé sur ses biens. On pouvait en conclure que Madeleine Lesné n’avait plus rien à craindre de la Révolution. C’était une erreur mise en évidence par la lecture des Archives de la Recette des Domaines de Domfront. Quatre ans plus tard en effet, ses tracas recommencèrent. C’est que la levée du séquestre n’avait pas été définitive, mais, hélas, seulement « provisoire ». La République réclama ce qui dans les biens de la mère revenait au fils émigré. Madeleine Lesné ayant aussi une fille, la fortune devait être divisée en trois parties égales : le premier tiers restait à la mère, le deuxième tiers à la fille et le dernier tiers (part du fils) devenait propriété de la Nation. Pour que les partages soient irréprochables, il fallait que soit connus d’une façon précise l’actif et le passif de la fortune de la citoyenne Lesné, femme Doynel. Celle-ci fournit l’état nécessaire le 24 Messidor an IV (12 juillet 1796), puis le 24 Pluviôse an VI (12 février 1798) et le 20 Fructidor an VI (6 septembre 1798). En ce qui concernait les meubles, elle déclara que son mobilier avait été vendu par la Nation en 1793 et que ce qu’elle en avait racheté depuis avait été pillé en l’an IV, lors de l’invasion de son château par les soldats des généraux de Frotté et Mignotte. Elle estima donc son mobilier à « néant ».
Restaient les immeubles, à savoir : I – Immeubles situés à Torchamp
1° Le château, ses dépendances, la ferme de la Basse-Cour, les avenues, les bois, les étangs (un grand et deux petits), un fourneau à tuiles et ses dépendances, près le village des Ardillets, en bordure des taillis, le tout estimé : 30.176 francs. 2° La ferme de la Guennepannerie: 8.472 francs 3° La ferme de la Rivière : 1.980 francs 4° La ferme de la Crollais : 4.472 francs 5° Le moulin du Pont des Planches, tant à blé qu’à foulon : 15.925 francs 6° La petite ferme nommée la Maison du Moulin à Foulon : 1.600 francs 7° Le moulin de Varenne : 6.000 francs 8° La ferme de la Thébaudière : 8.602 francs 9° La ferme de Loirie : 8.970 francs 10° La ferme de Villette : 14.030 francs 11° La ferme de la Beauctière : 6.647 francs 12° La ferme du Gage : 6.960 francs 13° La ferme des Ardillets : 10.240 francs 14° La ferme de la Richerie : 1.800 francs 15° La ferme de Jumillé : 550 francs 16° La ferme du Bourg : 13.150 francs 17° Le pré dit : Jumillé : 5.900 francs 18° Trois pièces de terre en pâtis nommées : Le Huillier, la Vallée et le pré du Pont : 1.485 francs 19° Le pré Biquanne et la queue de l’étang : 4.620 francs 20° La maison dite le Hutereau : 600 francs. II – Immeubles situés à Saint-Fraimbault
Le moulin de Champeaux : 10.000 francs III – Immeubles situés à Saint-Bômer
1° La ferme de la Nocherie : 29.000 francs 2° Le moulin de la Nocherie : 5.000 francs. IV – Immeubles situés à Domfront
Une maison comprise la boutique y attenant : 8.000 francs.
Ce rapport, dont je ne donne que l’essentiel, signale que la ferme de la Thébaudière comprend 52 journaux « de mauvaise terre » ; celle de Villette 60 journaux « de mauvaise terre » ; celle de la Beauctière est dite « de médiocre qualité » ; celle du Bourg a ses prés et pâtures « de mauvaise qualité » ; enfin, celle de la Nocherie se fait remarquer « par la mauvaise qualité de la majeure partie de ses terres. ». Partout, les bâtiments sont en piteux état, n’ayant pas été réparés depuis le début de la Révolution, ce qui d’ailleurs se comprend. Tels quels, tous les immeubles ci-dessus arrivaient au chiffre d’estimation totale de 204.229 francs. C’était là l’actif de la fortune. Quel était, d’autre part, le passif ? Celui-ci, dont je ne donne pas le détail, s’élevait, d’après la déclaration de notre châtelaine à 123.856 francs, mais il fut réduit par l’administration à 117.933 francs. La différence entre l’avoir et les charges était donc de 86.295 francs. Mais, conformément à l’article 12 de la loi du 9 Floréal, il était distrait 20.000 francs sur cette somme. Restaient donc définitivement à partager 66.295 francs, dont le tiers (part du fils Doynel, donc de la Nation), s’élevait à 22.098 francs. Le partage eut lieu le 29 Fructidor an VI (15 septembre 1798). Le moulin du Pont des Planches, le moulin de la Nocherie, la petite ferme de Jumillé et la maison le Hutereau, formant un total de 22.025 francs, devinrent la propriété de la République et furent mises en vente par elle les 3 et 8 Pluviôse an VII (22 et 27 janvier 1799. La citoyenne Lesné dut racheter le moulin du Pont des Planches et la ferme de Jumillé, car ces biens figurent dans les partages qui suivirent sa mort. À ces biens s’ajoutèrent d’ailleurs la fortune de sa mère, née de Villette, dont heureusement elle n’avait pas encore hérité au moment des partages avec la Nation. Ces biens qui consistaient surtout en de nombreuses et belles terres situées à la Baroche, Saint-Front, Lucé et Beaulandais, firent plus que doubler ses biens propres venus des Lesné. Il en résulta qu’après la Révolution, la fortune du ménage Doynel-Lesné, bien qu’amputée de tous les biens Doynel et d’une partie des biens Lesné, resta néanmoins une fortune importante, lui permettant de continuer un train de vie analogue à celui qu’il menait sous l’Ancien Régime.

Héraldique

Histoire administrative

  • Département - 1801-2022 : Orne
  • Arrondissement - 1801-1926 : Domfront --> 1926-2022 : Alençon
  • Canton - 1801-2015 : Passais [1856, Passais-la-Conception ... Passais] --> 2015-2020 : Bagnoles-de-l'Orne --> 2020-2022 : Bagnoles de l'Orne Normandie
  • Commune - 1801-2022 : Torchamp

Résumé chronologique :

  • 1801-.... :

Patrimoine.png Patrimoine bâti

Église Notre-Dame-de-l'Assomption


Histoire de l'église de Torchamp à partir de 1821

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

À l'arrivée en janvier 1821 de Me TEMPIER, qui fut le premier après la Révolution à s'intituler "curé de Torchamp", l'aspect de l'église était très différent de ce qu’il est aujourd’hui. L’église Notre-Dame de Torchamp se présentait alors, en coupe horizontale, sous la forme d’un simple rectangle avec chœur à l’est et nef à l’ouest.

Comparaison entre les 2 églises

Sa superficie n’était pas la moitié de l’église nouvelle puisqu’elle ne comprenait que le transept actuel. Le chœur, dans les sanctuaires anciens, était généralement à l’est dans la direction des Lieux-Saints. Cette règle appliquée à Torchamp donnait ce résultat contraire au bon sens de placer la grande porte du côté de Saint-Mars. L’entrée principale ainsi située était très incommode pour la paroisse et ne rendait même pas service à Saint-Mars séparé de Torchamp par la rivière que ne traversait alors aucun pont, celui-ci ayant été construit seulement en 1870.
Cette grande porte en plein cintre, sans aucune ornementation, bien qu’elle soit depuis longtemps fermée par de la maçonnerie, se voit encore à l’extrémité gauche du transept actuel. Les pierres de taille qui la limitaient, se détachent nettement sur ce reste du mur. Une petite porte était ouverte sur la façade méridionale de la nef dans une situation beaucoup plus pratique pour l’entrée des fidèles. L’église était dominée par un clocher qui avait contenu deux cloches avant la Révolution, mais n’en contenait plus qu’une à l’arrivée de M. le curé Tempier . Le bas du clocher communiquait avec l’intérieur de l’église et était lambrissé. Le maître-autel était en bois peint. Un second autel était dédié à la Vierge. Il y avait à l’arrivée du nouveau pasteur une tribune avec stalles et, dans la nef, des bancs et des bancelles.
Les murs tant du chœur que de la nef étaient à l’intérieur simplement crépis à la chaux. Le sol, dans toutes les parties qui ne recouvraient pas les bancs, les autels ou les confessionnaux, était pavé. Accolé à l’église était le cimetière où était enterrée la grande majorité des paroissiens. Il était planté de quelques arbres fruitiers dont la récolte, en 1832, rapporta 3 Fr.50 à la Fabrique.

En 1838 se présentèrent de grosses dépenses concernant cette église. La population de la paroisse augmentant sans cesse (En 1842 la commune compte 1069 habitants), on avait précédemment, pour créer de nouvelles places, édifié une première tribune. Puis en 1830 on avait été obligé de construire une chapelle pour agrandir encore l’église. Et en 1839 notre vieux sanctuaire est devenu à nouveau trop exigu. Que faire ? On décide finalement, par économie, de faire une fois encore un agrandissement provisoire en construisant une deuxième tribune et, pour remédier à l’assombrissement qui en résulte, on perce deux croisées dans le bas de la nef. Le tout coûte 358 francs.

Les Cloches

(photos des 3 cloches prises par Jean-Louis Bouillat en août 2021)

La grosse cloche de 1839

La grosse cloche de 1839

Une autre dépense plus importante encore est jugée nécessaire : l’acquisition d’une seconde cloche. L’affaire est exécutée et voilà que le clocher, comme avant la Révolution, est munie de deux babillardes, sujet de légitime fierté pour la paroisse. La nouvelle venue plus belle que sa vieille compagne, devient « la grosse cloche » d’alors . Elle fut nommée à son baptême : MARIE, FRANÇOISE, LOUISE par son parrain Louis Hubert et sa marraine Alix Doynel de la Sausserie. La note s’élevait à 925 francs pour le paiement de la cloche, plus 50 francs de fer nécessaire pour reprendre l’ancienne. Heureusement la caisse de la Fabrique vient précisément de recevoir deux dons qui sont de taille : 500 fr. offerts par par M. Le Broc-Malibert et 200 fr. par Mme Doynel pour le « tombage » de son mari. Un troisième don généreux est également, en 1839, fait à la paroisse. Dans son testament dame Anne Appert, épouse du sieur Guillaume-Jean Rémon, demeurant à Passais, lègue à M. le curé de Torchamp une somme de 250 francs par an pendant trois années consécutives, dont 50 francs pour faire tous les ans un service et dire des messes basses, et 200 francs à distribuer aux pauvres qui assisteront aux services. Malheureusement pour la fabrique, ce don intéressant surtout pour les pauvres, ne peut être employé au paiement de la cloche dont une partie reste impayée.
il est décidé que « chacun donnera ce qu’il voudra, mais pourtant raisonnablement et selon ses moyens. Celui qui refusera de se prêter à cette bonne œuvre sera privé de l’usage de la nouvelle cloche aux baptêmes, mariages, sépultures et services et ne pourra réclamer que le son de l’ancienne cloche comme autrefois ».





La grosse cloche de 1871

La grosse cloche de 1871

Cette cloche de 1839 passera au second rang une quarantaine d'années plus tard avec l'achat d'une seconde cloche plus imposante qui fut baptisée solennellement en 1871 avec l'inscription suivante gravée sur son airain :
1871 nommée Marthe, Alice, Amandine
par le comte DOYNEL et Mme Amandine SOHIER, dame RÉMON-BEAUVAIS.
M. Léon FORGET étant curé de Torchamp.

  • Amandine SOHIER, marraine de cette cloche était la mère du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS, née à Désertines (Mayenne) le 8 juin 1837 et décédée à Torchamp le 19 janvier 1915
  • Le comte DOYNEL était Olivier Charles René DOYNEL de la SAUSSERIE né à Torchamp le 26 décembre 1820 et décédé à Torchamp le 14 juin 1895






La petite cloche de 1964

La cloche de 1964 Liliane-Monique Martine

Une troisième cloche sera installée en 1964 qui a été nommée LILIANE - MONIQUE - MARTINE avec l'inscription suivante :
J’AI ETE NOMMEE LILIANE-MONIQUE-MARTINE PAR M. LOUIS ROTTIER ET MARIE LEROYER JE CHANTE LA GLOIRE DE DIEU

  • Mr Louis ROTTIER était maire de Torchamp
  • Liliane est la fille de Louis ROTTIER et de Paulette ROCHE, épouse de Jean-Claude BOUVET

Les restes de l'ancienne église

Que reste-t-il aujourd’hui de notre ancienne église qui mérite d’être noté ?
D’abord le transept actuel avec, à chaque bout, ses deux belles fenêtres en granit. Celle de droite est haute et étroite avec des ogives géminées en lancette surmontées d’une rose à quatre feuilles; celle de gauche est également haute et étroite avec deux ogives géminées surmontées d’une rose à quatre lobes peu accentués. Dans cette dernière la forme ogivale à peine marquée se rapproche du plein cintre roman. Ces deux fenêtres ont le précieux avantage de donner l’âge de notre ancien sanctuaire qui, suivant mes très modestes connaissances archéologiques, remonterait au moins au XIIIe siècle.
Un autre souvenir de cette vieille église : un bénitier rustique formé d’un bloc rectangulaire de gros granit, sans aucun caractère archéologique, qui a été transporté à droite de l’entrée de la petite chapelle de Notre-Dame de Lourdes, construite par M. le curé Forget, en bordure de la route de la gare. Sur la face de ce bénitier qui regarde la route, on voit une anagramme religieuse et sur la face qui regarde le chemin du Tertre, on lit le mot LEVEQE, qui doit être le nom de celui qui l’avait donné, peut-être un curé de Torchamp avant le XVIe siècle. Enfin, de l’ancienne église sont aussi les deux autels, heureusement conservés et placés dans le transept. Celui de droite possède une belle statue qui, affirme-t-on, est en bois doré et représente la Vierge portant l’enfant Jésus dans ses bras.

C'est M. le curé FORGET qui restera curé de Torchamp pendant 50 ans environ (1840 à 1896) qui sera le constructeur de la nouvelle église actuelle, sans doute vers les années 1850, sinon dans sa totalité, du moins la plus grande partie.
Le chœur et la nef furent bâtis à neuf. On conserva le vieux sanctuaire, dont on fit, après démolition de la chapelle surajoutée en 1830 et de deux affreuses tribunes, le transept de la nouvelle église. On abattit également l'ancien clocher, qui fut remplacé par le clocher actuel. Maître-autel, stalles, bancs, confessionnaux, tribune, statues, vitraux, harmonium, tout cela fut nouveau. Ce fut une œuvre vraiment considérable. Le Chemin de croix fut acheté par M. le curé Forget vers 1890-1895. Les quatorze stations furent payées par les familles notables de la paroisse. Avant que ces stations disparaissent, on lisait encore sous chaque station le nom du donateur qui l'avait offerte.
Plus tard, M. le curé Poupard, successeur de M. Forget, agrandira la sacristie et embellira le maître-autel.

Mr le curé Joseph MONTEMBAULT, curé de Torchamp de 1922 à 1954, fit pendant toute la durée de sa charge, de très importantes réparations au clocher et surtout à cette église dont l'aspect a été très heureusement modifié.
Les vitraux de l'église qui avaient été pulvérisés en 1944, lorsque les Allemands ont fait sauter le pont du bourg ont été remplacés plus tard. Parmi les vitraux détruits, deux des plus beaux avaient été offerts par la famille Doynek, dont on voyait les armes à la partie supérieure de chacun d'eux.

Calvaire

Repère géographique.png Repères géographiques

Démographie.png Démographie

Coup d'oeil sur une partie de l'État-Civil de Torchamp au XVIIIe siècle

(d'après les recherches du Dr Joseph Rémon-Beauvais, publiées dans l'Écho de l'Oratoire de Notre-Dame de Passais de mai à octobre 1949, transcrites et résumées par Jean-Louis Bouillat)

  • Nombreuses NAISSANCES et terrible mortalité infantile
  • Beaux cas de LONGÉVITÉ : trois centenaires

NAISSANCES

"J'ai eu l'occasion de parcourir une cinquantaine d'années de l'état civil de Torchamp au XVIIIe siècle sur les registres de catholicité tenus sous l'ancien régime par nos curés. Cette succession de baptêmes, mariages et inhumations, toute monotone qu'elle soit, m'a révélé cependant des dignes d'être notés, surtout en ce qui concerne les naissances et les décès. Pour bien apprécier le mouvement de la population de Torchamp à cette époque, il est bon de connaître au moins approximativement le nombre de ses habitants.
Le chanoine Lepaige a publié en 1777 une volumineuse Histoire de la Province du Maine, dont faisait partie notre région du Passais. L'érudit chanoine attribue à Torchamp 660 communiants, c'est-à-dire 660 personnes en âge de communier, ce qui d'ailleurs revient au même, car alors, à part de rarissimes exceptions, tous les paroissiens adultes faisaient, dans nos campagnes, au moins leur devoir pascal. Mais de ces 66 communiants ne peut être tiré qu'approximativement le nombre réel des habitants. À cette époque la première communion devait se faire vers 11 ou 12 ans. Or les enfants au-dessous de ces âges étaient alors très nombreux. J'estime donc que la population totale de Torchamp, devait être vers le milieu du XVIIIe siècle d'au moins 850 habitants.
Des renseignements plus précis sont donnés sur ce point par G. Lasseur dans l'Histoire de Domfront. D'après cet auteur, il y avait à Torchamp en 1774 : 209 feux et 950 habitants.
À titre de comparaison, voici quel était, à la même époque dans les autres paroisses du canton de Passais le nombre des communiants, des feux, et des habitants, d'après Lepaige et Lasseur :

  • La Conception : 1750 communiants---463 feux---2099 habitants
  • St Fraimbault : ---??? communiants---459 feux---2129 habitants
  • L'Épinay : --------??? communiants---204 feux---919 habitants
  • Mantilly : --------2200 communiants---522 feux---525 habitants
  • St-Mars-d'Égrenne: 1900 communiants-446 feux-155 habitants

Pour ne pas ennuyer avec des statistiques sur un demi-siècle, j'ai pris au hasard les 10 années qui suivent :
Année 1733 : Baptêmes 45 - Mariages 10 - Inhumations 10
Année 1734 : Baptêmes 45 - Mariages 11 - Inhumations 14
Année 1736 : Baptêmes 51 - Mariages 5 - Inhumations 33
Année 1737 : Baptêmes 44 - Mariages 5 - Inhumations 39
Année 1738 : Baptêmes 41 - Mariages 6 - Inhumations 39
Année 1739 : Baptêmes 29 - Mariages 8 - Inhumations 17
Année 1740 : Baptêmes 41 - Mariages 4 - Inhumations 15
Année 1755 : Baptêmes 39 - Mariages 9 - Inhumations 30
Année 1756 : Baptêmes 40 - Mariages 4 - Inhumations 23
Année 1757 : Baptêmes 39 - Mariages 7 - Inhumations 21

Cela donne une moyenne annuelle de 41 baptêmes, de 7 mariages et de 24 inhumations. On est surtout frappé par le grand nombre de baptêmes. En 1793, il y en eut même jusqu'à 60. Les inhumations sont, elles aussi, fort nombreuses. Pourtant, malgré le peu d'hygiène, de bien-être, malgré le travail pénible sans machines agricoles, et la nourriture très frugale, on vivait alors aussi longtemps qu'aujourd'hui et même plus. Les décès entre 70 et 85 ans sont très fréquents. Pourquoi donc cette mortalité élevée? L’explication en est simple et donnée par le nombre excessif des inhumations d'enfants. L'âge des inhumés étant assez souvent omis sur les actes des registres, je prends quelques exemples dans les années où ces omissions sont nulles ou peu importantes, en remarquant que les autres années ont approximativement la même mortalité infantile.
En 1739, sur 38 décès (avec 3 omissions d'âge) on compte 17 enfants.
En 1757, sur 21 décès on compte 12 enfants En 1768, sur 39 décès (avec une omission d'âge) on compte 22 enfants.
Chez ces petits anges, la mortalité est surtout effrayante dans la première année, dans les premières semaines. Deux exemples seulement :
En 1757, les 12 enfants décédés meurent respectivement à 3 jours, 4 jours, 10 jours, 20 jours, 1 mois, 3 mois, 10 mois, 11 mois, 22 mois, 2 ans et demi, 3 ans.
En 1768, l'âge des enfants inhumés est de 3 jours, 3 jours, 5 jours, 12 jours, 17 jours, 20 jours, 21 jours, 22 jours, un mois, un mois, 5 semaines, 2 mois, 1 an, 13 mois, 18 mois, 2 ans, 2 ans et demi, 4 ans, 6 ans, 9 ans, 9 ans, 9 ans.
Il est bon de remarquer qu'à cette époque se trouvaient à Torchamp, comme d'ailleurs dans les paroisses voisines, beaucoup plus que de nos jours, des enfants mis en nourrice et venant la plupart de Domfront, les uns envoyés par leurs parents, les autres par l'hospice qui plaçait à la campagne les enfants abandonnés et déposés incognito au "tour" de cet établissement, généralement par des filles-mères. Ces deux sortes de nourrissons contribuaient certes à augmenter le nombre des tout-petits sur lesquels s'abattaient si cruellement les maladies mortelles. Mais baptisés à Domfront avant leur départ, ils n'augmentaient pas le nombre des baptêmes de leurs paroisses hospitalières.
Pour une partie ces décès étaient dus à la variole et aux maladies qui s'attaquaient à l'enfance et tout particulièrement la diphtérie, contre laquelle on était alors à peu près désarmé, maladies dont l'éclosion et la propagation étaient favorisées par l'entassement de nombreuses personnes dans de petites chaumières mal aérées, mal ensoleillées où régnait très souvent la misère. Mais une autre partie des décès, très fréquents qui survenaient dans la première année, doit être attribué à une autre cause, vraisemblablement à l'allaitement au biberon avec les pratiques rigoureuses qu'il exige.
Cependant, malgré les trop nombreux décès, il y avait excédent des baptêmes sur les inhumations, de sorte que la paroisse voyait peu à peu augmenter le nombre de ses habitants. Les ménages de 10 ou 12 enfants étaient chose courante et très rares ceux de 1 et 2 enfants.
Avec la diminution des naissances viendra dans la suite la diminution de la population (cf. le tableau des statistiques de l'INSEE ci-dessous).

LONGÉVITÉ

L'implacable mort qui frappait si durement les enfants avait pour conséquence de faire une sorte de sélection. Les malingres disparaissaient, seuls survivaient les forts. Aussi les décès, après 90 ans, étaient fréquents. Torchamp a même eu l'honneur d'avoir, à cette époque, plusieurs centenaires. Nous trouvons dans nos vieux registres:

  • "Le 25 mars 1763 est inhumé par Me Mitivier, vicaire soussigné, le corps de Julien Le Bossé, âgé de 100 ans."
  • "Le 28 janvier 1769 est inhumé par Me Gosselin, curé soussigné, le corps de Guy Gaumer, âgé de 103 ans."
  • "Le 13 février 1770 est inhumé par Me Gosselin, curé soussigné, le corps de Julienne Le Ray, veuve de Michel Galler, âgée de 104 ans."

J'ajoute que trois ans avant le décès de notre premier centenaire, le 25 mars 1760, Louis Rossignol était inhumé à l'âge de 98 ans. En 1769, l'année de notre 2ème centenaire, Renée Le Cellier, veuve de François Sablerie, décédée à la Sauvagère, fut inhumée le 1er mars 1769 à l'âge de 96 ans. Et en 1770, Marie Domer, veuve de M. Henry Marie, sieur de Becuel, avocat, décédée au Tertre, fut inhumée le 2 mai 1770 à l'âge de 96 ans également. Enfin, deux ans après la mort de notre 3ème centenaire, étaient inhumés deux hommes âgés de 92 ans, le premier Jean Lebossé, décédé à la Soule le 12 mai 1772; le second Guillaume Gaumer, décédé au Noyer, le 12 octobre de la même année. Donc, en résumé, de 1760 à 1772, la paroisse de Torchamp compta trois centenaires (2 hommes et une femme), plus un homme de 98 ans, un homme et une femme de 96 ans et enfin deux hommes de 92 ans. Il est remarquable de constater que ces trois centenaires décédèrent dans l'espace d'un peu moins de sept ans et que les deux derniers vivaient en même temps dans une petite paroisse comprenant alors environ 900 habitants.


Année 1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856
Population 1 034 939 1 029 1 068 1 018 1 082 1 069 1 060 1 126 1 087
Année 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906
Population 1 028 1 005 1 005 1 005 961 936 916 852 816 834
Année 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975
Population 767 632 626 584 605 581 511 462 413 379
Année 1982 1990 1999 2006 2011 2016 2021 - - -
Population 368 331 283 279 295 293 - - - -

Sources : Cassini/EHESS : de 1962 à 1999, population sans doubles comptes, Insee : depuis 2006, population municipale référencée tous les 5 ans.

Cf. : EHESS - Fiche Cassini , INSEE 2006, 2011, 2016 & 2018.

Illustrations - Photos anciennes.png En photos

Familles notables.png Notables

Les maires

Prénom(s) NOM Période Observations
Pierre BARRÉ de La Gonterie 1792-1793  
Julien LERAY de Malterre 1793-1794  
Guillaume CHAMPINIÈRE 1794-1795  
Louis BERNOU 1795-1796  
Guillaume LENEVEU 1796-1797  
Pierre BARRÉ 1797-1799 Maire jusqu'a sa mort en 1807 ?  
Simon LEBOSSÉ 1799-1810  
François Henry HUBERT des VILLETTES 1810-1820  
M. BEAUDET de la Beaucquetière 1820-1830  
M. RÉMON 1830-1853 Pas d'adjoint au maire jusqu'en 1800. De 1800 à 1907, quelques adjoints au Maire sans date précise : Pierre BARRÉ (1800), M. BEAUDET de la Beaucquetière, M. RÉMON de Belle Vue, M. BOISGONTIER de la Basse Martellière, M. Jules LHOMER de Villette  
Comte
Olivier Charles René DOYNEL de LA SAUSSERIE
1853-14 juin 1895 -Père de René François Gabriel DOYNEL de La SAUSSERIE (Voir paragraphe des titulaires de la Légion d'Honneur)
-chevalier de l'Ordre Pontifical de Pie X
-Fils de François Doynel de la Sausserie, et de Bénonie Doynel de Montécot
-né le 26 décembre 1820 à Torchamp (Orne)
-Marié le 17 décembre 1842, à Gehée (Indre), avec Marie Constance BABIN de LIGNAC
-Décédé le 4 juin 1895 à Torchamp (Orne)  
Alexis HUBERT des VILLETTES entre juillet et août 1895-1907  
Louis BERNOU 1907-1919 -Adjoint au maire :Albert BOISGONTIER des Ardillets  
Auguste LEBOSSÉ de la Richerie 1920-1946 Sa fiche Geneanet[3] - Adjoint au maire:Albert BOISGONTIER des Ardillets jusqu'en 1938 et Victor LEROYER de 1938 à 1946  
Victor LEROYER 1946-1961 Né en 1886
Adjoint au maire :Albert DEROUET de la Martinière, puis de 1959 à 1961 : Louis ROTTIER
Décédé en 1961 - Inhumé dans le cimetière communal.  
Louis ROTTIER 1961-1965 Né en 1912
Adjoint au maire : Joseph HUBERT de Malterre
Décédé en 1965 - Inhumé dans le cimetière communal  
Joseph HUBERT de Malterre 1965-1972 Né en 1911
Adjoint au maire : Léon DURAND
Décédé en 1972 - Inhumé dans le cimetière communal  
Léon DURAND 1972-1985 Adjoint au maire : Louis POTTIER puis Raymond GÉRAULT de 1983 à 1985  
Raymond GÉRAULT 1985-2001 Adjoint au maire : Francis GAUDIN  
Didier LAUNAY 2001-2020 3 mandats -Adjoint au maire : Henriette BEAUDET puis Joël ROGER  
Guy AVRIL 2020- novembre 2021 Démission complète du conseil municipal en novembre 2021  
Didier LAUNAY 5 février 2022-(2026) Élections municipales partielles le 23 janvier 2022 - Didier LAUNAY élu pour son 4ème mandat - Adjoints au Maire : Gérard HUBERT et Emmanuel HAVARD  


Cf. : Mairesgenweb

Les curés de Torchamp

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Hypothèse sur l'origine de la paroisse et du bourg de Torchamp

Cette paroisse tire son nom du lieudit : Torchamp, qui était primitivement et est toujours le nom du village où se trouve le château actuel. Il est à présumer que le défrichement de la forêt de Passais dans cette région, commença dans cet endroit, qui, à cause de l’irrégularité du terrain fut appelé Torchamp (Tortus campus). Le défrichement s’étendant progressivement, les hameaux nouvellement construits prirent les noms particuliers qu’ils ont gardés ; mais leur groupement prit, au fur et à mesure de son développement, le nom du premier village et forma la paroisse appelée « Torchamp ».

Se fit alors sentir le besoin d’un desservant religieux et l’on construisit une chapelle ou une église. Mais pourquoi, contrairement à tout bon sens, choisit-on pour son emplacement un point excentrique de la paroisse ? À cette époque de luttes perpétuelles, on construisait, quand il était possible, la maison de Dieu près d’une forteresse qui la protégeait. C’est ainsi que dans notre région, les églises de Lucé, Sept-Forges, de la Baroche sont accolées à leurs mottes féodales, que les églises de Saint-Fraimbault, Saint-Mars sont dans le voisinage de leurs mottes disparues. À Torchamp j’ai précisément découvert en 1919, une motte féodale auparavant ignorée et située dans le voisinage de l’ancien village de Jumilly. Quatre cents mètres environ séparent à vol d’oiseau cette motte, du bourg de Torchamp. La forteresse est disparue depuis longtemps, mais l’église, sa voisine, est restée là où elle est, dans un coin de la commune.

Ancienneté de la paroisse de Torchamp

(Extraits de l’Écho de l’Oratoire et du Canton de Passais (décembre 1931 à mai 1932)
Un long procès a eu lieu un peu après le milieu du XVIIe siècle entre deux prétendants à la cure de Torchamp. : Messire André-Pierre Achard et Messire Jacques Gosselin, le premier patronné par l’abbé de Lonlay et la Cour de Rome, le second par François-Louis-Hector Lesné, seigneur de Torchamp, se disant patron présentateur concurremment avec l’abbaye. M. Étienne Leroyer de la Tournerie, dans le Traité des fiefs, paru en 1784, donne page 453 et suivantes, le compte-rendu de ce procès.
Messire Achard, pour soutenir ses droits, prétendit que le patronage de la cure de Torchamp appartenait aux religieux de Lonlay et il prouva par les actes du chartrier de cette abbaye et par les Registres des Insinuations de l’évêché du Mans, que l’abbé de Lonlay était en possession de présenter à la cure de Torchamp depuis le onzième siècle.
Il y avait donc une cure à Torchamp dès cette époque lointaine. L’abbaye de Lonlay ayant été fondée vers l’an 1020, il en résulte que la paroisse de Torchamp a fait son apparition entre 1020 et 1100.

Privilèges des curés de Torchamp dans les forêts de Passais et d'Andaines

Dans un livre rédigé en 1346, Marie d’Espagne, veuve de Charles II, comte d’Alençon, relate en détail les privilèges dont jouissaient certains personnages dans les forêts de Passais et d’Andaine. On lit que « des curés, recteurs de l’archidiaconé de Passais (donc le curé de Torchamp), avaient droit de prendre en franchise dans ces deux forêts, le bois brisé et volé (c’est-à-dire emporté par le vent), droit aussi de panage (c’est-à-dire de conduire les porcs à la glandée) et d’herbage pour leurs bêtes. En redevance de ces privilèges, les curés et recteurs devaient chaque année, le mercredi d’après la Pentecôte, aller faire au Mans une procession commencée à l’église de la Couture où était enterré Élie, ancien seigneur de Domfront. De là la procession devait se rendre à l’église Saint-Nicolas et enfin à l’église Saint-Jean. »

Quelques renseignements antérieurs au 17ème siècle

  • Raoul de BAZEILLE

Ce prêtre fut curé de Torchamp à une date très lointaine (milieu du XIIe siècle). Surville, dans une « Histoire de Saint-Front », restée manuscrite dont une copie a été communiquée au Dr Rémon-Beauvais, raconte « qu’un Raoul de Bazeille, dont on trouve le testament dans le cartulaire de Beaulieu, fut curé de Torchamp vers 1158 ». Sa famille tirait son nom du village de Bazeille en Lucé ou plus probablement en Saint-Front et Saint-Brice. L’Histoire de Domfront de G. Lasserre, signale un autre Raoul de Bazeille chevalier, qui à la fin du XIIe siècle, fut pris plusieurs fois en délit de braconnage dans les forêts de Passais et fut de ce fait puni par le comte d’Artois, alors seigneur de Domfront. La même Histoire rapporte qu’en 1435 un Geoffroy de Bazeille possédait des biens dans notre région. Cela suffit au moins pour amener tout au moins la conviction que notre pasteur appartenait à une vieille famille noble du Passais Normand et que suivant l’usage du temps, il s’était fait nommer dans une paroisse voisine de la résidence de sa famille.

  • Philippe SUZANNE

Ce prêtre était recteur de Torchamp en 1424, au moment de la donation faite à l’église par Jehan de Villette.

  • Siméon LE BER

En 1459, il est fait mention d'une donation aux Assises de Domfront en qualité de « prêtre curé de Torchamp ». Cet ecclésiastique appartenait à une famille notable de Passais. En 1461, 1463, 1470, c’est-à-dire à l’époque où vivait notre curé de Torchamp, un Jehan Le Ber était receveur du Domaine. En 1486, un Julien Le Ber comptait parmi les officiers du duc René d’Alençon et était garde des sceaux.

  • Jehan de QUINCÉ

Ce prêtre est, lui aussi, cité en 1562 à propos de la fameuse donation de Jehan de Villette comme « curé de Torchamp ». Il ne dut pas rester à la tête de la paroisse longtemps après cette date. En effet, en 1565, fut faite une résignation du Prieuré de l Ferté-Macé en faveur d’un Jehan de Quincé, dit alors chanoine du Mans et ayant passé la cinquantaine. À son tour il résigna le Prieuré de la Ferté-Macé en 1575 (extrait d’une Notice manuscrite de l’abbé Lemoine, curé du Perrou). Jehan de Quincé appartenait à une famille de vieille noblesse, qui tirait son nom du fief de cette appellation en la Baroche-sous-Lucé. Deux membres de cette maison, Joachim et Louis de Quincé, bien connus dans l’histoire locale, furent, au XVIIe siècle, en même temps que d’insignes bienfaiteurs de Domfront, d’illustres ambassadeurs et chefs militaires.

La cure de Torchamp du XVIIe siècle à la fin de la Révolution

Sources de cette notice indiquées par le Dr Joseph Rémon-Beauvais concernant la cure et les curés de Torchamp :

  • Notes prises à la mairie de Torchamp et aux Archives du du Notariat de Domfront.
  • Ouvrage manuscrit d'Almire Bernard, notaire à Ambrières vers la moitié du XIXe siècle : (Notes sur des communes et des personnages du Passais Normand)
  • Ouvrage manuscrit de Chambay, avocat à Domfront (Notes et document sur Domfront et ses environs pendant la Révolution)
  • Thèse de doctorat de H. Hamon, conseiller général et maire de Passais (La vie municipale dans les communes du canton de Passais pendant la Révolution)

Généralités sur le clergé
Le clergé se recrutait à peu près uniquement dans la noblesse et la bourgeoisie, sans doute parce que ces classes fortunées étaient seules capables de subvenir aux frais d’instruction et d’entretien du futur prêtre, qui, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à la prêtrise et quelquefois après, ne gagnait rien , et qu’aussi seules elles pouvaient lui donner ce qu’on appelait un « titre sacerdotal », sorte de dot que le père ou le tuteur fournissaient au clerc tonsuré et qui consistait généralement dans le revenu d’une terre.
Remarquons qu’à cette époque (tout au moins pendant une grande partie du XVIIe siècle) les clercs, faute de séminaires qui n’existaient pas, ou s’ils existaient ne fonctionnaient pas comme aujourd’hui, continuaient à résider chez leurs parents et recevaient leur instruction chez des prêtres de leur voisinage, lesquels transmettaient tant bien que mal à leurs élèves la science religieuse nécessaire pour recevoir la prêtrise.
Quand le jeune clerc avait reçu l’ordination sacerdotale, il n’était pas pour cela, comme de nos jours, pourvu aussitôt d’un poste rémunérateur.
Il y avait certes de nombreuses paroisses à fournir de vicaires ou de curés, de nombreuses chapelles à fournir de chapelains, mais la proportion des prêtres à placer était alors encore plus grande. Aussi voyait-on dans toutes les paroisses plusieurs prêtres habitués ou prêtres libres quelquefois vieux mais souvent jeunes qui demeuraient sur leurs terres où ils avaient une retenue ou petite faisance valoir. Empêchés par leurs occupations ou séparés de l’église par des chemins trop longs ou pitoyables, ces prêtres libres ne disaient parfois leur messe que le dimanche.
Sous l’Ancien Régime l’instruction des enfants n’était pas, comme actuellement, obligatoire et donnée par des instituteurs et institutrices. Le plus souvent l’école était faite par le Clergé, généralement par un prêtre libre habitant la paroisse. Si le prêtre libre ou prêtre habitué restait souvent sans fonction rétribuée, en revanche le même prêtre curé ou vicaire était quelquefois titulaire de deux postes rémunérateurs. Il était par exemple curé et chapelain, accumulant alors les revenus attachés aux deux bénéfices. Le vicaire était choisi par le curé qui le payait, le chapelain par le fondateur de la chapelle ou ses héritiers, le plus souvent des laïques nobles ou bourgeois. Le prêtre titulaire d’une chapelle touchait de ce fait un revenu net en argent ou le revenu d’une terre affectée à la fondation. Pendant la durée de ses fonctions il choisissait le fermier, faisait les baux à sa guise, mais était tenu de faire les réparations aux bâtiments de la ferme qu’il devait laisser en bon état à son successeur. Un prêtre pouvait être nommé chapelain ou curé sans avoir été préalablement vicaire. Le curé était tantôt nommé directement par l’évêque, tantôt nommé après présentation par le patron présentateur de la cure qui était un seigneur (ordinairement le seigneur du lieu) ou un abbé, souvent un abbé commendataire tel que l’abbé de Lonlay.
Lorsqu’une cure à présentation devenait vacante, le patron dont dépendait l’église présentait à l’évêque un candidat pour le bénéfice ecclésiastique devenu libre. L’évêque avait simplement un contrôle canonique sur la capacité du présentateur et à plus forte raison sur celle du clerc, mais il était tenu de faire la nomination et d’accorder le bénéfice, c’est-à-dire dans la circonstance la cure, au candidat présenté par le patron, pourvu que la présentation fut régulière et que le prêtre fut reconnu idoine, c’est-à-dire propre à la fonction. Le pape lui-même, comme nous le verrons à propos d’un curé de Torchamp, était obligé de retirer son candidat devant le candidat du patron présentateur.
Ce choix des curés et des chapelains par les patrons présentateurs et le choix des vicaires par les curés explique ce fait que curés, chapelains et vicaires étaient le plus souvent des prêtres de la région ou même de leur paroisse natale et aussi qu’ils étaient souvent du nombre des parents, des amis du patron et du curé. Parenté, amitié, voisinage étaient des titres qui primaient le mérite. Le curé une fois pourvu de sa cure, quels étaient ses moyens d’existence, la source de ses bénéfices ? C’étaient comme aujourd’hui : les messes, le casuel (mariages, inhumations, etc…) mais aussi le revenu de la fabrique et des bancs et surtout de la dîme. Cette rétribution, payée par les paroissiens, était au début égale au dixième des récoltes, des salaires, etc… Mais à l’époque qui nous occupe elle était devenue bien inférieure au dixième et correspondait plutôt au vingtième, tenant malgré cela la place la plus importante dans les revenus des curés. En somme, comme de nos jours, les besoins de la cure étaient couverts en grande partie par les dons des paroissiens. La dîme d’alors était un denier du culte non volontaire mais imposé. Le logement des dîmes nécessitait un important bâtiment. La grange dimeresse de Torchamp était l’importante construction qui sert actuellement d’étable et écurie à la ferme du bourg. En dehors de ces revenus que j’appellerai « ecclésiastiques », rien n’empêchait d’ailleurs le curé, pour augmenter ses moyens d’existence, d’avoir une petite faisance valoir. À côté des revenus, le curé avait des charges inhérentes à sa fonction. Nous avons vu qu’il payait son ou ses vicaires que bien entendu il nourrissait aussi. Il était tenu de faire à ses frais les réparations au presbytère et aux divers logements presbytéraux. Il avait des impositions, des frais de récolte, des frais de maison. Ses déplacements par des chemins impraticables l’obligeaient à avoir un cheval. C’est en selle, en effet, qu’il allait administrer les sacrements aux malades. Il ne faut pas oublier enfin que les pauvres étaient très nombreux à cette époque et qu’alors la mendicité n’était pas interdite. Le presbytère de tout temps a été la maison du pauvre. Les aumônes certainement comptaient pour une part importante dans les dépenses du curé
Bref, sous l’Ancien Régime, comme de nos jours, le Clergé des campagnes n’était pas riche. Il jalousait bien un peu le haut Clergé : prélats, abbés, gros bénéficiaires, et ce fut la raison pour laquelle le bas Clergé vit dans son ensemble avec plaisir l’évènement de la Révolution qui promettait l’abolition de tous les privilèges.
Les fonctions des curés aux XVIIe et XVIIIe siècles étaient au point de vue religieux les mêmes qu’aujourd’hui. Au point de vue administratif, ils tenaient aussi, comme de nos jours, des registres où ils notaient ou faisaient noter par leurs vicaires, les baptêmes, mariages et inhumations de leurs paroissiens, registres qui sont d’un grand intérêt pour les chercheurs. Les registres d’état civil des mairies n’ont en effet commencé leur apparition qu’à la Révolution. Sans les précieux registres tenus par le Clergé, nous ne saurions rien des baptêmes, mariages et inhumations de l’ancien régime et ce serait là une immense lacune heureusement comblée par les curés et leurs vicaires.
Ces registres pour la paroisse de Torchamp commencent en 1612, mais malheureusement souvent rédigés avec une peu trop de brièveté, tels ce quelques exemples recopiés sur ces premiers registres.

  • Mois de Mai 1612 : Marguerite, fille d'André DOMER et de Michelle PERRIER a été baptisée par nous vicaire l 21 du dit mois et an. Parrain: Jean Domer le Tertre, marraine: Guillemine Beaudet
  • Année 1612 - Ernier DOMER a été mis en sépulture dans le cimetière de Torchamp le 29 mai.
  • Année 1612 - Jeanne RÉMON vivant femme de François du Boullay a été inhumée dans l'église de Torchamp le 4 novembre.
  • Année 1622 - Jean DOMER et Jeanne POUCHARD ont été épousés le 3 octobre.

À mesure qu'on approche de la Révolution, les registres donneront de plus en plus de détails : l'âge, le lieu d'habitation, les noms des père et mère des baptisés, des mariés, des inhumés, ainsi que les noms des témoins.
Dans mes manuscrits de famille, je retrouve deux testaments, l'un de 1642 fait devant Maître Louis Duval, prêtre curé de Torchamp, l'autre de 1731 devant Me Jean-Baptiste Combray également curé de Torchamp. Il en résulte que les curés avaient alors le droit, comme de nos jours les notaires, de recevoir les testaments de leurs paroissiens. (ces manuscrits sont parvenus jusqu'à nous).
Cette charge de curé était inamovible. et lui appartenait s’il le voulait jusqu’à sa mort. Il ne la quittait que de son plein gré, de sa seule initiative :sa démission, par acte notarié, était faite au patron présentateur. Il résiliait sa fonction pour raison de santé, de vieillesse, et le plus souvent pour se faire présenter à un autre bénéfice qu’il jugeait plus intéressant pour lui. Dans sa résiliation, il désignait quelquefois son successeur, mais le candidat désigné n’était pas obligatoirement le candidat présenté par le patron dont le choix primait celui du curé démissionnaire.

Curés, vicaires et prêtres habitués de la paroisse de Torchamp de 1600 à la Révolution Le premier curé actuellement connu de la paroisse de Torchamp fut:

  • Guillaume BRÉARD, qui consentit en 1607 la résignation de son bénéfice au profit de
  • Jehan BEAUDET, que nous voyons le 16 juin 1607 (alors qu’il n’était encore que successeur désigné de Guillaume Bréard) assister à la prise de possession de la cure de Domfront par Guillaume Merel. Jehan Beaudet ne prit lui-même possession de la cure de Torchamp (de Torto Campo) que le 15 juillet 1607. On peut supposer qu’il était membre d’une famille Beaudet qui à cette époque habitait en Torchamp le village de la Pouplinaie.
  • Louis DUVAL est curé de Torchamp de 1612 là 1651.

Inhumé dans léglise le 8 mars 1651, on not ce qu'il a écrit au début de cette année dans le registre paroissial : « au mois d’août 1629, j’ai fait remaçonner le pignon de ma grange dîmeresse » et au mois de septembre 1641 « prolongation a été donnée par Monseigneur du Mans, pour célébrer la première messe dans la chapelle de la maison de Torchamp . »
Il s’agit là évidemment de la chapelle du château, lieu alors connu sous le nom de « fief de Torchamp » ou simplement de « Torchamp ». Cette dernière note de Louis Duval ne manque pas d’intérêt en montrant que, pendant une période peut-être longue, une messe fut célébrée dans cette chapelle, sinon chaque jour, du moins les dimanches et fêtes. Les châtelains et aussi tous les paroissiens âgés ou infirmes, dont les villages se trouvaient au-delà du château, pouvaient ainsi, à leur grande satisfaction, éviter les 1500 mètres de mauvais chemins qui les séparaient encore du bourg. C’était là une chose appréciable en tous temps, mais surtout pendant l’hiver.. Il eut pour successeur :

  • François DUVAL , sans doute parent du précédent qui est dit curé de Torchamp en 1655, 1658.

Pendant la durée des fonctions de Louis et François Duval, nous trouvons comme prêtres habitués :
Jacques LE MAIGNY, vicaire. Une famille de ce nom habitait Torchamp ou une paroisse voisine.
Mathurin BARRÉ, sans doute de la famille Barré des Hautes-Hayés, en Torchamp.
Julien LE SAULNIER
Guillaume VILLETTE qui est dit sous-diacre en 1644. Une famille Villette demeurait alors en Torchamp au village de la Bêlière.
À François Duval succéda :

  • François DUPONT qui se qualifiait « sieur de la Bonnelière » est dit curé de Torchamp dès 1659 jusqu'en 1688 et sans doute plus tard.

François Dupont était, par sa mère, cousin d’Anne Germont, femme de Henri Laîné, seigneur de la paroisse. Depuis longtemps les familles Dupont et Laîné vivaient en très mauvaise intelligence et déjà Henri Laîné, très connu pour son caractère violent, en était venu aux mains avec son parent Anne Dupont, à propos d’un héritage. De son côté François Dupont avait, comme curé de Torchamp, des raisons particulières de brouille avec la famille Laîné. Celle-ci, en effet, refusait de payer à l’Église une rente de la donation qu’avait faite autrefois Jehan de Villette, dont Anne Germont était héritière en partie.
Un jour, le 26 septembre 1690, le curé rencontrant la femme et la fille d’Henri Laîné, eut avec elles une grave altercation « les outragea odieusement et les blessa sérieusement ». Bien entendu, le batailleur Henri Laîné prit la défense des deux victimes, « se porta aux dernières insolences envers le curé et lui rendit avec usure les coups qu’il avait distribués à la femme et à sa fille, et comme les prêtres ne se battaient pas en duel, le sieur de Torchamp intenta à François Dupont un procès criminel ». Il résulta de cette affaire qu’Henri Laîné fut envoyé réfléchir à l’ombre de la prison ecclésiastique de Rouen (renseignements dus à l’amabilité de M. A. Lafontaine).

  • René VERRAQUIN

René Verraquin est signalé comme « Curé de Torchamp » en 1672. Il ne semble pas avoir rempli longtemps cette fonction. Il a François Dupont comme prédécesseur et comme successeur, de sorte qu’il parait avoir tenu la cure seulement pendant une absence de ce dernier.

Guy POTTIER originaire de Torchamp, fils de Jean Pottier et de Julienne Le Cellier qui possédaient des biens à la Fosse-Louve et à la Sauvagère.
Jean COURTEILLE, qui, après avoir été prêtre à Torchamp, fut chapelain de la Prestimonie Cadin à Saint-Front, enfin prieur-curé de Saint Front. Ce prêtre dévoué fonda un hospice et une école à Saint-Front, et aussi de petites écoles à Passais. Enfin, en collaboration avec Me Pierre Bidois, prêtre, licencié ès-droits, il fonda le collège de Domfront.
Jean BARRÉ, sans doute un parent de Mathurin Barré que nous avons vu plus haut.
Louis BEAUDET, peut-être parent lui aussi de Jehan Beaudet, le second curé de Torchamp.
Julien LE VANNIER, prêtre habitué.

  • Siméon RÉMON et annexe sur ses importantes missions

(bien qu'il n'ait pas été curé de Torchamp, mais seulement prêtre habitué, il est important de décrire ici l'importance des missions remplies par lui dans le doyenné de Passais) Siméon RÉMON, originaire de Torchamp où il fut baptisé le 7 septembre 1646, était fils de Noël Rémon, sieur du Domaine, et de Marguerite Douyet, son père et sa mère faisant partie de la bourgeoisie rurale.
En 1668, il est dit sous-diacre et demeurant au Domaine en Torchamp. Devenu prêtre, il est vicaire à la Haute-Chapelle, où nous le trouvons en 1681 et 1684. Tout en étant vicaire de cette paroisse, il est chapelain de l’obit ou prestimonie Cadin, fondé en l’église de Saint-Front. Enfin il est nommé au bénéfice-cure de Rouellé dans la première moitié de 1685.
Tout d’abord il s’occupe de l’instruction des fidèles par les missions, se met en campagne, trouve l’argent nécessaire et, en 1683, alors qu’il était simple vicaire de la Haute-Chapelle et modeste chapelain de la Prestimonie Cadin à Saint-Front, il fonde une mission qui devait être prêchée tous les ans dans le Doyenné du Passais à dix lieues à la ronde de Domfront, mission qui ne pouvait être faite par moins de 6 prêtres à la fois et devait durer sept à huit semaines. Une rente annuelle de 300 livres (grosse rente pour l’époque) était affectée à cette œuvre d’évangélisation populaire.
À la même époque Siméon Rémon obtenait à Domfront la cession d’un pavillon à usage de cabaret sur le coteau de la Brière, pour faire de ce pavillon une chapelle destinée à ses missionnaires, chapelle qui fut la plus ancienne du diocèse du Mans dédiée au Sacré-Cœur.
C’est dans cette dernière fonction qu’il décéda âgé seulement de 41 ans fin de 1687 ou commencement de 1688.

Après François Dupont, la cure de Torchamp fut occupée par :

  • Jean-Baptiste COMBRAY. Ce prêtre prit possession de sa charge en 1694. Il fut inhumé à Torchamp le 9 avril 1738, dans le chœur de l’église, âgé de 75 ans après avoir été curé de Torchamp pendant 44 ans. Pendant son ministère nous constatons encore dans la paroisse la présence de nombreux prêtres.

Pendant son ministère nous constatons encore dans la paroisse la présence de nombreux prêtres.

Jean-Baptiste DOMER, originaire de Torchamp, y est prêtre habitué en 1719.
Guy-Michel Rémon, également originaire de Torchamp, né au Domaine en 1673 du mariage de Guillaume Rémon, sieur du Domaine et de Jeanne Pottier. Guy-Michel Rémon fut d’abord vicaire à Cigné où nous le trouvons en 1707 et 1709. De 1713 à 1723 il est à Torchamp soit comme vicaire soit comme prêtre habitué. Il est encore dit prêtre habitué en 1717 et vicaire de Torchamp en octobre 1730. Il fut inhumé à Torchamp en 1733.
Jean LEBOSSÉ est dit vicaire à Torchamp en 1711 et 1713.
Julien MAIGNAN, en 1711 et 1713 est dit procureur de la Fabrique
Julien VAIDIE fut prêtre habitué en 1711-1713 puis vicaire de Torchamp au moins de 1717 à 1724 et fut inhumé à Torchamp le 2 janvier 1733 à 55 ans.
Louis GERMONT est dit vicaire de Torchamp en 1733, 1734.
Jacques DESLANDES est dit prêtre à Torchamp en 1726.
Jean LEVESQUE est dit prêtre à Torchamp en 1734.
Michel ROMAIGNÉ fut vicaire à la fin du ministère de Jean-Baptiste Combray et continua son vicariat sous son successeur.
À Me Jean-Baptiste Combray succéda comme curé de Torchamp :

  • Jean-Baptiste DOMER, fils de Pierre Domer, sieur du Tertre, avocat, procureur en la juridiction de Domfront et de Marquise de la Goulande, né au village du Tertre et baptisé le 8 octobre 1688, en 1710 est donné comme clerc habitant à Torchamp. En 1719 il était prêtre habitué dans sa paroisse natale. En 1737 il est chapelain de la Prestimonie Cadin à Saint-Front. C'est en 1738 qu’il succéda à J.B Combray dans la cure de Torchamp, ce qui ne l’empêcha pas de rester jusqu’à sa mort chapelain de la Prestimonie Cadin, cumulant ainsi les bénéfices d’une cure et d’une chapelle. Malgré le cumul de ses deux bénéfices, auxquels s’ajoutait sa fortune personnelle, Jean-Baptiste Domer ne s’enrichit pas. En 1759, âgé de plus de 70 ans, perclus par la goutte, il est au lit grabataire et aussi, hélas ! couvert de dettes. Se sentant dans l’impossibilité de remplir désormais les fonctions de son bénéfice-cure, il passe le 10 août 1759 devant Guillaume Hedou, notaire royal et apostolique, demeurant à Domfront, une procuration à l’effet de résigner sa cure en faveur de M André-Pierre Achard, sieur des Hautes-Noës, paroisse de Saint-Mars-d’Egrenne, sous la réserve d’une rente annuelle de 400 livres.

le 10 avril 1760 a lieu l’inventaire au presbytère de Torchamp où le pauvre curé « est détenu au lit par la goutte et accablé d’infirmités ». On constate alors que J.B. Domer ne dispose que de 170 livres provenant tant du grain qu’il a fait vendre que de ce qu’il pouvait posséder auparavant, laquelle somme est trouvée dans l’armoire de la cuisine et dans la poche de sa culotte. Ces 170 livres sont bien insuffisantes pour payer les créanciers au nombre desquels se trouvent : Me la Brière, son vicaire, son grand domestique Jean Maignan, à qui il est dû 67 livres pour trois années de gages, sa servante Marie Lehec, son petit domestique Jacques Dupont et un nommé Siméon Villette, rouëttier.
François Domer, son neveu, sera donc obligé de vendre les meubles, grains et effets qui se trouvent appartenir à son oncle au dit presbytère et parmi lesquels il y a deux vaches dans l’étable et deux selles dans l’écurie (le cheval est depuis longtemps vendu). Seront exceptés de la vente : le lit en tombeau sur lequel le dit sieur Domer est couché, tous ses draps au nombre de 27. Sa servante Marie Lehec déclare d’ailleurs qu’ils sont presque tous pourris par les infirmités du malheureux grabataire qui a besoin d’être changé cinq à six fois par jour. Seront exceptées également les serviettes, au nombre de 120, jugées nécessaires aux soins du malade, ainsi que ses chemises au nombre de 27. L’inventaire a lieu en présence de messire André-Pierre Achard, curé actuel du dit Torchamp, de Me Pierre-Paul Crué, vicaire et de Louis-Augustin Lebossé, prêtre de la paroisse de Saint-Fraimbault.
Le curé de Torchamp se trouvait ainsi pour les dernières semaines de son existence dans la plus pitoyable des situations. Sa santé et sa fortune étaient complètement effondrées et il allait finir misérablement ses jours à la charge de son neveu. Il ne tarda pas, d’ailleurs, à mourir au Tertre, et fut inhumé à Torchamp le 17 avril 1760.

Pendant la durée des fonctions de Me Jean-Baptiste Domer, nous voyons comme vicaires ou prêtres habitués de Torchamp : Michel ROMAIGNÉ, déjà vicaire sous le précédent curé. Il cesse de signer en avril 1741.
Guy-Henri RÉMON, qui, fils de Henri Rémon, sieur du Domaine et de Anne Cousin, naquit au Domaine, paroisse de Torchamp, en 1713. Il était neveu de Me Guy-Michel Rémon et de Me Guy Pottier, que nous avons vu plus haut. Guy-Henri Rémon mourut jeune, à 30 ans, en 1743.
BOISGONTIER est vicaire à partir de 1741. Il l’est encore en 1751.
Georges FOUQUÉ est vicaire de 1751 à 1757.
Brice PIERRE, de Pailpré. La famille Pierre appartenait à la bourgeoisie de Champsecret. Elle habitait le village de Pailpré, dont elle avait pris le titre. Brice Pierre, après avoir été le vicaire de Me Jean-Baptiste Domer, lui succéda comme chapelain de la Prestimonie Cadin, à Saint-Front.
LA BRIÈRE est également cité au nombre des vicaires en même temps que les créanciers de J.B. Domer. La Brière est le même que Pierre-Paul Crué sieur de la Brière, dit vicaire en avril 1763.
POTTIER, vicaire en 1758.

  • André Pierre ACHARD, écuyer, sieur des Landes et des Hautes-Noës

Ce prêtre naquit à Saint-Mars-d’Égrenne du mariage de Jacques-Louis Achard, seigneur des Hautes-Noës et de la Regellerie, garde du roi, et de demoiselle François-Louise du Bailleul. Il fut tonsuré au Mans l’an 1755 et reçut de son père son titre sacerdotal le 7 décembre 1757, devant Me Guillaume Hedou, notaire à Domfront. Il occupa d’abord la cure de Torchamp, puis celle de Saint-Ellier-du-Maine, enfin la cure de Saint-Mars-d’Égrenne.
Lutte d'influence entre sa désignation par Jean-Baptiste Domer et le Seigneur de Torchamp.
Après sa désignation par Jean-Baptiste Domer comme nouveau curé de Torchamp passée devant notaire le 10 août 1759, désignation approuvée par la Cour de Rome, André Pierre Achard se croyait bien solidement établi dans la cure Notre-Dame de Torchamp. Mais il avait compté sans le patron présentateur. Le 21 décembre 1759, par acte au rapport du même notaire, messire François-Louis-Hector-Magdeleine LESNÉ, chevalier, seigneur de Torchamp, Jumilly, Champeaux, etc…, demeurant en son château de Torchamp, vu que la cure de Torchamp est devenue vacante par la résiliation qu’en aurait faite Me Jean-Baptiste Domer, en faveur du sieur Achard, au mépris des droits du seigneur patron, lequel Achard aurait pris depuis possession du dit bénéfice, déclare présenter à l’évêque du Mans la personne de Me Jacques Gosselin, prêtre, vicaire de Domfront.
Et le 12 janvier 1760, toujours devant le notaire Hedou, Jacques Gosselin prend possession de la cure de Torchamp dont il a été pourvu par l’évêque diocésain, en présence de Me Charles Le Tourneur, sieur de la Vannerie, curé de Domfront, promoteur de l’officialité du Mans, de Jean-Baptiste Gosselin, frère du dit Jacques Gosselin, et Henri Pottier, sieur du Noyer.
Lorsque Me Jean-Baptiste Domer fut décédé, messire Lesné, de Torchamp, fit une nouvelle présentation de ladite cure à Gosselin le 27 juillet 1760, ce qui fit suivi d’une prise de possession nouvelle à la date du 30 juillet de la même année. Messire Achard forma opposition aux deux prises de possession de Jacques Gosselin. Il avait, comme curé de Torchamp, commencé à signer les registres de la paroisse dès le mois d’octobre 1759. En 1760 et 1761, il s’intitule toujours curé de Torchamp, mais ce fut Me Gosselin qui définitivement garda la cure, disputée d’ailleurs jusqu’à son décès.
Pendant le peu de temps que messire Achard exerça les fonctions de curé de Notre-Dame de Torchamp nous trouvons comme vicaires :

Pierre-Paul CRUÉ, qui, présent à une inhumation à St Roch le 17 avril 1763, est dit sieur de la Brière et vicaire de Torchamp.
MÉTIVIER vicaire fin 1762 et commencement 1763.

  • Jacques GOSSELIN

Ce prêtre, ancien vicaire de Domfront, qui avait vu son titre de curé de Torchamp, disputé pendant toute la durée de ses fonctions, mourut en 1775. Il eut pour vicaires :
A. GUILLOT de la MOTTE, qui fut vicaire quelques mois
GOSIN déjà vicaire sous le précédent curé.

  • René Jean de MILLET

Ancien vicaire de Saint-Pierre-des-Nid, René-Jean de Millet fut présenté à l’évêque du Mans le 27 octobre 1775, par messire François Lesné, chevalier seigneur patron de Torchamp, seigneur de Jumilly, etc… en réitération d’une présentation déjà faite devant Michel-François de Beauvaix, notaire royal à Neuilly, Domfront n’ayant pas alors de notaire apostolique.

René-Jean de Millet prit possession le 11 janvier 1776 devant Guillaume Hedou, notaire à Domfront, de la cure de Notre-Dame de Torchamp, vacante par le décès de Me Jacques Gosselin, en présence de Me Michel-François Romaigné, prêtre vicaire de la paroisse, du sieur Jean-Baptiste Jouanne de la Croix, chirurgien à Domfront, de Siméon Deslandes et de Jean Lebossé, paroissiens de Torchamp. Le nouveau curé appartenait lui aussi à une famille des environs, la famille de Millet du Bois-Blondel, en la Baroche-sous-Lucé.

Le 1er août 1788, au château de Torchamp, devant Guillaume Hedou, notaire royal et apostolique pour la résidence de Domfront, Me René-Jean de Millet, prêtre et curé de Torchamp et y demeurant, déclara donner sa démission de la cure de cette paroisse sous l’invocation de Notre-Dame, dont la présentation appartenait , depuis la mort de François-Louis-Hector Lesné, à son gendre, messire René-François-Jean comte Doynel, chevalier seigneur de Torchamp, la Sausserie, Rubesnard, la Nocherie, Saint-Gilles-des-Marais, Saint-Mars-d’Égrenne, patron honoraire de la Haute-Chapelle, chevalier de Saint Louis, maître de camp de cavalerie et premier capitaine du régiment de Noailles, lequel avait épousé le 20 septembre 1773 noble dame Madeleine-Marie Lesné. Cette démission avait été donnée par messire de Millet, attendu qu’il avait été présenté au seigneur évêque du Mans, pour la cure de Madré devenue vacante, par messire Louis-Gabriel Pitard, chevalier seigneur de la Brisolière, Sept-Forges, Loré, de Housseau, Bretignolles, patron présentateur de ladite cure de Madré alternativement avec le chapitre de la Cathédrale du Mans, lequel chapitre avait présenté Me Laumonier dernier curé. L’acte de démission fut fait en présence de Me François Domer, conseiller du roy, lieutenant du quart bouillon, notaire royal de Torchamp, et de François Hurel, tous deux paroissiens du dit lieu.
René-Jean de Millet était toujours curé de Madré au moment où éclata la Révolution. Il fut chargé en mars 1789 de participer à la rédaction du cahier des doléances du Clergé à l’Assemblée des Trois-Ordres qui se réunit à Alençon le 16 mars 1789.
Il refusa de prêter le serment pur et simple appelé « serment schismatique » décrété le 27 novembre 1790. Dès lors catalogué comme prêtre réfractaire, il fut en partie la cause involontaire de l’odieux assassinat, à la Chapelle-Moche, de son frère Gaspard de Millet, par de sauvages révolutionnaires.

Pendant son ministère à Torchamp il eut pour vicaires :
Michel-François ROMAIGNÉ, déjà vicaire de de Me Jacques Gosselin. Il fut inhumé à Torchamp le 18 janvier 1785.
Julien BIDARD qui était vicaire en 1785.
GOSSELIN déjà vicaire sous le précédent curé.
OUTIN

  • Ambroise MOTTAY

Ambroise Mottay, prêtre habitué à Domfront, qui succéda à René-Jean de Millet, fut présenté à l’évêque du Mans le 2 août 1778 par messire René-François-Jean comte Doynel, suivant acte devant Guillaume Hedou, notaire à Domfront, passé en présence du sieur Roland Gaupuceau, contrôleur des actes, et du sieur Antoine Burel, marchand bourgeois de Domfront. Il prit possession de la cure le 11 août 1788 suivant procès-verbal dressé par le même notaire.
Il dut donner sa démission peu de temps après, car le 18 octobre 1788, suivant acte toujours passé devant le même notaire, messire René-François-Jean Doynel présenta au seigneur évêque du Mans pour la cure de Torchamp, vacante par démission, la personne de Me André-François Navet, prêtre du diocèse d’Avranches, demeurant à Saint-Brice. Mais Ambroise Mottay dut presque aussitôt retirer sa démission, car en 1790 il était de nouveau curé de Torchamp alors que Me Navet était curé de Saint-Gilles-des-Marais.

En 1789, Ambroise Mottay fut au nombre des députés du clergé chargés de porter le cahier des doléances à l’Assemblée d’Alençon et de nommer les députés aux États-Généraux. Mais il ne s’acquitta point de son mandat et se fit remplacer par Nicolas Hardy, curé de Saint-Mars-d’Égrenne. Il parait certain que Me Ambroise Mottay, comme d’ailleurs un nombre important de la petite noblesse et du bas clergé et la plupart des membres de la bourgeoisie, se montra partisan, au moins au début, du mouvement révolutionnaire. En effet, lorsque la Constituante par loi du 14 décembre 1789 eut aboli les anciennes assemblées municipales et les remplaça par des municipalités fondées sur de nouvelles bases, Me Mottay, aux élections du 6 février 1790, se laissa élire maire et fut ainsi le premier maire de Torchamp. Mais, dès la fin de l’année, voyant les événements révolutionnaires prendre une tournure de plus en plus avancée, il donna sa démission et fut remplacé par François Rémon du Domaine.

Il restait cependant encore partisan de la Révolution, car il prêta serment pur et simple, appelé « serment schismatique ». Ajoutons à son éloge qu’il ne tarda pas à se rétracter.
Monsieur Hamon, dans son ouvrage La vie municipale dans les Communes du Canton de Passais pendant la Révolution, donne les revenus de la cure de Torchamp en 1790, revenus qui furent vérifiés le 14 janvier 1791 par le commissaire du gouvernement et estimés à 1819 livres.
Pendant les fonctions d’Ambroise Mottay, nous trouvons pour le clergé de la paroisse :
P.C.F. OUTIN, déjà vicaire sous Jean de Millet
LEFÈVRE du bourg, qui était vicaire en 1787 et fut élu en 1790 membre de la municipalité dont son curé était maire.
DELAUNAY qui est dit simplement prêtre à Torchamp. Il refusa de prêter le serment schismatique. Il se rétracta dans la suite.
LE ROYER qui était vicaire en 1790 et prêta, comme Ambroise Mottay, le serment schismatique.
Jacques LEBOSSÉ, vicaire en 1792, originaire de Saint-Mars-d’Égrenne, qui prêta le serment schismatique et fut élu le 22 mars 1792 curé constitutionnel de la Croiseille. Ayant refusé ce poste, il accepta un peu plus tard la cure de Couesmes. Malgré une vive opposition, il put se maintenir dans ce poste jusqu’en 1793. Il se qualifiait alors d’officier public. Il revint à Saint-Mars-d’Égrenne le 29 novembre 1794. Il y résidait encore en 1801.

  • Michel MAUNOURY
    , curé schismatique de Torchamp

Ambroise Mottay ayant rétracté son serment ne pouvait plus être toléré par le régime révolutionnaire. Il dut, d’après Chambay, avoir pour successeur l’abbé Maunoury, qui prêta non seulement le serment schismatique, mais aussi le « serment de haine » et obtint l’autorisation d’exercer le culte dans la paroisse de Torchamp.
Des renseignements puisés dans l’Histoire de la paroisse de Saint-Bômer, par l’abbé Mauviel, permettent de donner la biographie de ce curé assermenté, de la paroisse de Torchamp.
Michel Maunoury était originaire de la paroisse de Saint-Bômer où il naquit vers 1756. Lorsqu’il reçut l’ordination sacerdotale, il fut pris pour vicaire en 1788 par son compatriote Charles-Bonaventure Barbotte, qui était curé d’Aron (Mayenne).
Quand survint la Révolution, le curé et le vicaire prêtèrent le serment constitutionnel sans restriction. L’abbé Maunoury prononça même en cette circonstance le discours suivant :
« Le moment est arrivé où chacun doit s’énoncer clairement. Périsse le respect humain ; que la conscience seule en présence du Juge des vivants et des morts parle et s’explique ! La Loi exige aujourd’hui que, dans le temple et en qualité de fonctionnaire public, je prononce le serment civique décrété et prononcé par elle. Nulles considérations extérieures et redoutables ne m’en détournent. Mon cœur seul dit que je le puis, et que par conséquent, je le dois. La suite m’apprendra si mon cœur se trompe. Quoi qu’il arrive, je ne puis croire que je me repente un jour d’avoir franchi le pas, n’ayant en vue que mon devoir, la gloire de Dieu et la réforme des abus. Je suis catholique et le serai jusqu’à la mort. Je n’ai jamais étudié que l’Évangile et je tâche de pratiquer ses maximes ; j’aime la paix, je hais la dispute et l’ai en horreur. J’aime la Sainte Église de toute mon âme et je désire son triomphe. Me sauver moi-même et sauver mes frères par la méditation et la pratique de la loi de Dieu, voilà tout mon attrait, voilà tout mon but. Du reste je ne juge personne, je ne condamne personne. Me juge qui voudra et comme il le voudra, peu m’importe ! J’en appelle à Dieu qui connaît jusqu’aux plus secrètes pensées de nos cœurs. En conséquence, pour satisfaire au décret du 27 décembre dernier, je jure de remplir mes fonctions avec exactitude ; d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et sanctionnée par le Roi. »
L’abbé Maunoury curé intrus de Torchamp, prête le 4 juin 1798 le 3ème serment imposé aux prêtres le 29 septembre 1795 :

« Le 16 Prairial an VI de la République Française, devant nous agent et adjoint municipal de la commune de Torchamp, est comparu le citoyen Michel Manoury membre du culte catholique, lequel fait la déclaration dont la teneur suit : je reconnais que l’universalité des citoyens français est la souveraine et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. Nous lui avons donné acte de son serment et de ce qu’il entendait exercer ses fonctions dans l’église de Torchamp.
Délivré par nous le dernier jour de Vendémiaire an VII. Signé : P. Barré, adjoint. (Registre du Tribunal de police correctionnelle de Domfront).

Michel Maunoury fut d’abord curé constitutionnel de Dompierre, où il exerça aussi des fonctions civiles, puis de Torchamp, sans qu’il soit possible de dire combien de temps il resta curé schismatique de cette paroisse. Peu de temps sans doute, car c’est seulement le 4 juin 1793 qu’il obtint l’autorisation d’exercer le culte à Torchamp, culte que la Révolution allait bientôt supprimer complètement. En tout cas, la crainte des chouans qui l’avaient menacé lui fit abandonner l’isolement de la campagne. Il se retira à Domfront et plus tard au logis de Montpatry (St-Bômer)., où Thomas-Jacques de Roussel et Renée de Bois Parcys son épouse lui donnèrent une bienveillante et studieuse hospitalité, le chargeant de compulser et classer les abondants parchemins de leur chartrier.

Me Maunoury curé constitutionnel jusqu’à la fermeture des églises, enseigna à lire et à écrire aux enfants. Il fut nommé professeur au collège de Domfront. En 1806, il professait la cinquième et la sixième (Pays.Bas.Normand – 19ème année N°1 p 73-74).

La Révolution passée, Michel Maunoury rétracta ses serments schismatiques, car il devint curé de Saint-Rigomer-des-Bois, où il mourut le 24 novembre 1834, âgé de 78 ans.

La cure de Torchamp après la Révolution

En 1794 la révolution balaya les curés intrus eux-mêmes et ne reconnut plus que le culte de la Raison. On abandonna églises et presbytères. L’argenterie, les ornements, tous les objets de quelque valeur furent, par ordre, transférés à Domfront. Les cloches furent dépendues et fondues pour en faire des canons. On dévasta, on profana les églises. Les presbytères furent loués puis vendus au profit de la nation ainsi que les fabriques. La religion catholique en France n’était plus qu’un souvenir et il semblait bien qu’elle était anéantie pour toujours.
Le presbytère de Torchamp fut d’abors, d’après l’abbé Boissey (Histoire de Passais-la-Conception), loué pour la somme dérisoire de 30 sous. Le 1er nivôse an III (21 décembre 1694) Guillard-Champenière loua pour 25 francs par an le presbytère et son jardin (archives de la Recette des Domaines). Il s’y passa alors un événement tout à fait imprévu pour un presbytère. On lit, en effet, dans les registres de l’état civil de Torchamp que le 12 Floréal an IV (1er mai 1796), Marie Gaumer, âgée de 34 ans, femme de Guillaume Rémon, journalier domicilié au presbytère, y donna naissance à une fille qui reçut le nom de Françoise.
Quelques mois plus tard, le 8 Fructidor an IV (25 août 1796), le presbytère de Torchamp et ses dépendances étaient mis en vente par le département de l’Orne. Cette vente comprenait la maison ci-devant presbytérale, grange, étable, four, fournil, cour et jardin à légumes, plus une portion de terre en pré sise aux environs de la Houardière, le tout situé en la commune de Torchamp et tel et tout ainsi qu’ils appartenaient aux cy-devants curés. Le tout fut acheté par le citoyen Pierre-jean Guillard-Champinière, propriétaire demeurant en la commune de Domfront au prix de 2090 francs.
Quelques jours après, le 19 Fructidor an IV (5 septembre 1796), devant Hedou notaire, le citoyen Guillard-Champinière revendait tout ce qu’il venait d’acheter. Il le revendait pour le prix de 1150 livres, payables en monnaie métallique, au citoyen Henri Rémon-Provostière, demeurant en la commune de Torchamp.
Le 1er Brumaire an V (22 octobre 1796), devant le même Hedou notaire, le citoyen Henri Rémon-Provostière cédait au citoyen Siméon Rémon du Rocher son frère, demeurant à Torchamp, la moitié de la maison ci-devant presbytérale, la moitié de la grange et étable, le four, fournil, cour, jardin à légumes, plus la moitié de la portion de pré de la Houardière. Cette vente était faite moyennant le prix de 600 livres présentement payée en écus de six livres, monnaie métallique.
Enfin, le 13 août 1808, Henri Rémon-Provostière, propriétaire à Torchamp, vendait à François Vaidie fils Guillaume, une grange et une écurie formant mêlés le corps de bâtiment, l’aire au-devant, une boulangerie, un toit à porcs, un jardin à légumes derrière le presbytère de Torchamp, enfin une portion de pré séparée par une haie d’avec celle appartenant au sieur Siméon Rémon du Rocher dans le pré de la Houardière, le tout pour le prix de 324 francs. L’acquéreur était tenu de souffrir le passage à toute nécessité dans l’aire ci-dessus près le mur du cimetière pour accéder à la maison dite le ci-devant presbytère de Torchamp. Les bâtiments dont il est question ici, paraissent être les bâtiments de la ferme du Bourg, actuellement séparés par la route.
Ainsi, en France, non seulement il n’y avait plus de clergé (sinon les prêtres qui, au péril de leur vie, exerçaient leur ministère en cachette), mais les presbytères eux-mêmes et leurs dépendances étaient aliénés et réduits à l’état de demeures quelconques. Quant aux églises, après avoir été dévastées, elles servaient de lieux de réunions publiques, de magasins ou étaient purement et simplement abandonnées.
Mais Le 15 juillet 1801, le premier consul Bonaparte signait avec le pape un concordat qui reconnaissait la religion catholique, apostolique et romaine comme la religion de la majorité des Français, assurait son libre exercice et la publicité de son culte.

La cure de Torchamp de la fin de la Révolution' à 1840

(cf. L'Écho de l'Oratoire de N.D. de Passais - mars à décembre 1947)

La tourmente révolutionnaire avait laissé après elle, dans toutes nos paroisses, de grands dégâts tant spirituels que matériels. Grâce au zèle des prêtres qui, au péril de leur vie, avaient, en se cachant, célébré la messe, prêché et administré les sacrements, grâce aussi à ce que la foi était profondément enracinée dans nos campagnes, la religion n’avait pas été anéantie, comme la Révolution l’avait espéré, la foi était même restée très vive chez un grand nombre. Pourtant la masse de la population qui, pendant plusieurs années, n’avait pu profiter des bienfaits de la religion ou n’avait pu le faire qu’irrégulièrement, était devenue peu à peu indifférente. Quelques-uns même, séduits par les théories anti-chrétiennes abondamment répandues autour d’eux, étaient franchement hostiles. Par ailleurs, les presbytères avaient été vendus comme biens nationaux ; les églises, profanées et restées sans entretien, étaient dans un lamentable état de délabrement ; les ornements et vases sacrés le plus souvent n’existaient plus ; une ou plusieurs cloches avaient été descendues des clochers et fondues pour faire des canons ; les autels, les statues, les confessionnaux, les stalles, les bancs avaient été plus ou moins endommagés, quelquefois détruits.
En ce qui concerne la paroisse de Torchamp, nous ne savons presque rien sur le rôle spirituel du clergé après la Révolution. Mais un document malheureusement trop tardif (il ne commence qu’en 1820) et aussi trop court (il finit dès 1839), le Registre du Conseil de Fabrique aimablement communiqué par l'abbé Montembault, curé de Torchamp, donne une idée de ce que fut l’importance de la tâche matérielle accomplie par nos prêtres desservants ou curés ainsi que par nos conseillers de fabrique.

  • Me Julien FOURREAU et Me DAVID

De 1801 à 1820, deux desservants se succédèrent à la cure de Torchamp :
Me Julien Fourreau, de janvier 1801 à août 1810, et Me David, ancien vicaire de Saint-Front, de 1812 à 1820. Il y eut entre leurs deux ministères un intervalle d’un an et demi, pendant lequel l’administration des sacrements fut faite par les prêtres des paroisses voisines.
Le 4 avril 1813, on procéda à la désignation des membres du Conseil de Fabrique. Furent nommés : François Hubert, président ; François-Jean Rémon, secrétaire, François Chauvin, trésorier, Henri Rémon, membre ordinaire, et Hubert la Brosse, membre de droit en sa qualité de maire ; le desservant était alors Me David, aussi membre de droit.
Pendant cette longue période qui va de 1802 à 1820, on n’a pas de détails sur ce qui fut fait. On apprend seulement que le sieur Chauvin, trésorier, avança les fonds pour les réparations de l’église, réparations qu’on ne précise pas, et aussi avança quatre années de location du presbytère (la paroisse n’avait donc pas alors de presbytère lui appartenant). Il en coûta en tout au sieur Chauvin 1286 francs, somme qui, en tenant compte des prix de l’époque, suppose des réparations très importantes.
Durant la Révolution, beaucoup de baptêmes avaient été donnés en cachette par des prêtres zélés et courageux . De nombreux mariages avaient été bénis dans les mêmes conditions. Le registre des baptêmes et mariages montre que Mes Fourreau et David, en plus de leurs fonctions ordinaires, s’employèrent à réhabiliter les mariages et à baptiser sans condition tous ceux qui ne purent prouver d’une façon suffisante qu’ils l’avaient été. Ainsi fut régularisée la situation religieuse d’un bon nombre de paroissiens.

  • Me TEMPIER

Ce prêtre fut le premier depuis la Révolution à s’intituler « curé » de Torchamp, ses deux prédécesseurs étant désignés sous le nom de « desservants ». Il exerça son ministère de janvier 1821 à septembre 1833.
Au commencement de 1822, M. le curé Tempier et ses marguilliers achetèrent un presbytère et y firent les réparations nécessaires. Ce fut sans doute l’ancien presbytère qui, pendant la Révolution, avait été vendu comme bien national. Concernant l'église, une moitié de la charpente fut refaite et l’autre moitié réparée. En 1823 on réforma divers abus touchant les sonneries des inhumations. Chacun, paraît-il, usait de la cloche gratuitement et aussi longtemps qu’il le voulait. C’était là un reste de l’anarchie révolutionnaire, un abus qu’il y avait lieu évidemment de supprimer. Il fut donc arrêté que désormais il ne serait accordé qu’une heure et demie de sonnnerie pour chaque décès, savoir : une demi-heure d’avertissement ou d’agonie, une autre demi-heure, douze heures après la mort et une dernière demi-heure lors de l’inhumation. Un supplément d’argent devait être payé par ceux qui useraient plus longtemps de la cloche. En revanche, le sacristain, pour les pauvres, sonnait et creusait les fosses gratuitement.
Vu la pénurie de prêtres, MM Fourreau et David desservirent seuls la paroisse. Le premier vicaire n’apparut que dans la seconde moitié de 1824. Chose nouvelle : le vicaire qui, autrefois, était à la charge de son curé fut désormais à la charge de la Fabrique. Payer son traitement fut dès lors une grosse affaire pour la caisse paroissiale.
Aussi, en 1825, le Conseil des Marguilliers reconnait qu’il lui est impossible de prendre sur les fonds dont il dispose et qui sont déjà totalement absorbés par les dépenses ordinaires, l’argent nécessaire pour payer le vicaire et décide d’en informer le Maire ainsi que le Conseil municipal, après que, si possible, la commune soit imposée pour venir en aide à la fabrique.
En 1826, les Marguilliers décident, pour l’église, de refaire à neuf ou réparer des bancs, pour le presbytère de paver la cuisine et de mettre un plancher à la salle à manger et au cabinet avoisinant.
En 1830, toujours des réparations à l’église. Le Conseil de Fabrique déclare « qu’elles sont urgentes, l’édifice étant dans le plus triste état, que les différer serait exposer la paroisse à ne plus avoir d’offices, attendu qu’il y aurait danger à y assister ». On refait à neuf la couverture du clocher ainsi que les lambris de sa charpente. On refait également le tombeau au tabernacle du maître-autel dont il y a lieu par ailleurs de raccorder et repeindre la boiserie. La nef et le chœur doivent être recrépis et blanchis à la chaux. Enfin, chose plus importante, la grandeur de l’église ne correspondant plus au nombre des paroissiens, la construction d’une chapelle est reconnue indispensable.
En 1831 on dote l’église d’une chaire neuve.

Toutes ces dépenses, auxquelles s’ajoutait toujours le traitement du vicaire, ne purent être couvertes par les recettes de la Fabrique. On dut encore demander à la commune de faire une imposition spéciale et au ministère des Affaires Ecclésiastiques d’accorder un secours. À ces gros frais s’en ajoutèrent en fin d’année de moins imposants comme la réfection du plancher de la sacristie, réparations aux fonts baptismaux, réparation au pavage de l’église autour des fonts, devant l’autel de la Vierge et à l’entrée du chœur, réparations aux croisées aux marches d’un escalier, enfin réparations au presbytère.
M. le curé Tempier signe pour la dernière fois la délibération du Conseil de Fabrique le 24 septembre 1833 et, à côté de sa signature, apparait la signature de son successeur, M. Lhermitte. Le Conseil est alors composé de Charles Rémon, président, Pierre Vaidie, secrétaire, ; J. Leneveu, trésorier ; F. Vaidie, L. Hubert et F. Hubert maire.

  • Me LHERMITTE

Le nouveau curé, en prenant ses fonctions, bénéficia de toutes les dépenses faites par son prédécesseur et n’eut d’abord à faire que des travaux et des acquisitions relativement modiques. En 1834 façon d’un escalier et d’une entrée de chambre au presbytère. En 1835 et 1836, acquisition d’ornements. En 1837, acquisition d’un Chemin de Croix dont l’érection fut faite par M. le Curé de Saint-Gilles. Il s’agit du Chemin de Croix très simple qu’on voyait encore il y a une cinquantaine d’années mais qui sera remplacé par Lle Chemin de Croix actuel, acheté par M. le curé Forget vers 1890-1895. Les quatorze stations furent payées par les familles notables de la paroisse.
En 1838 se présentèrent à nouveau de grosses dépenses. La population de la paroisse augmentant sans cesse (En 1842 la commune compte 1069 habitants), on avait précédemment, pour créer de nouvelles places, édifié une première tribune). Puis en 1830 on avait été obligé de construire une chapelle pour agrandir encore l’église. Et en 1839 notre vieux sanctuaire est devenu à nouveau trop exigu. Que faire ? On décide finalement, par économie, de faire une fois encore un agrandissement provisoire en construisant une deuxième tribune et, pour remédier à l’assombrissement qui en résulte, on perce deux croisées dans le bas de la nef. Le tout coûte 358 francs.

Une autre dépense plus importante encore est jugée nécessaire : l’acquisition d’une seconde cloche. L’affaire est exécutée et voilà que le clocher, comme avant la Révolution, est munie de deux babillardes, sujet de légitime fierté pour la paroisse. La nouvelle venue plus belle que sa vieille compagne, devient « la grosse cloche » d’alors . Elle fut nommée à son baptême : MARIE, FRANÇOISE, LOUISE par son parrain Louis Hubert et sa marraine Alix Doynel de la Sausserie. La note s’élevait à 925 francs pour le paiement de la cloche, plus 50 francs de fer nécessaire pour reprendre l’ancienne. Heureusement la caisse de la Fabrique vient précisément de recevoir deux dons qui sont de taille : 500 fr. offerts par par M. Le Broc-Malibert et 200 fr. par Mme Doynel pour le « tombage » de son mari. Un troisième don généreux est également, en 1839, fait à la paroisse. Dans son testament dame Anne Appert, épouse du sieur Guillaume-Jean Rémon, demeurant à Passais, lègue à M. le curé de Torchamp une somme de 250 francs par an pendant trois années consécutives, dont 50 francs pour faire tous les ans un service et dire des messes basses, et 200 francs à distribuer aux pauvres qui assisteront aux services. Malheureusement pour la fabrique, ce don intéressant surtout pour les pauvres, ne peut être employé au paiement de la cloche dont une partie reste impayée.
il est décidé que « chacun donnera ce qu’il voudra, mais pourtant raisonnablement et selon ses moyens. Celui qui refusera de se prêter à cette bonne œuvre sera privé de l’usage de la nouvelle cloche aux baptêmes, mariages, sépultures et services et ne pourra réclamer que le son de l’ancienne cloche comme autrefois ».
Mais la méthode ne donna pas le résultat escompté. Le Conseil de Fabrique, malgré sa répugnance à le faire, en fut réduit encore une fois à recourir à la commune.

La cure de Torchamp après 1840

M. FORGET
Ce prêtre qui restera curé de Torchamp pendant 50 ans environ (1840 à 1896) sera le constructeur de la nouvelle église actuelle, sans doute vers les années 1850, sinon dans sa totalité, du moins la plus grande partie.
Le chœur et la nef furent bâtis à neuf. On conserva le vieux sanctuaire, dont on fit, après démolition de la chapelle surajoutée en 1830 et de deux affreuses tribunes, le transept de la nouvelle église. On abattit également l'ancien clocher, qui fut remplacé par le clocher actuel. Maître-autel, stalles, bancs, confessionnaux, tribune, statues, vitraux, harmonium, tout cela fut nouveau. Ce fut une œuvre vraiment considérable. Le Chemin de croix fut acheté par M. le curé Forget vers 1890-1895. Les quatorze stations furent payées par les familles notables de la paroisse. Avant que ces stations disparaissent, on lisait encore sous chaque station le nom du donateur qui l'avait offerte.
Plus tard, M. le curé Poupard, successeur de M. Forget, agrandira la sacristie et embellira le maître-autel.

Annexe sur la Prestimonie Cadin

(selon une Notice parue dans le Bulletin de la Société Historique de l'orne en octobre 1935)

Les Cadin appartenaient à une famille bourgeoise dont les membres au XVIIe siècle habitaient les paroisses de Saint-Brice et Saint-Front. Ils possédaient des biens à la Piloisière au bourg de Saint-Brice, au Tertre-Bouce (ou Boucé) à Bazeilles (paroisse de Saint-Brice), à la Lamberdière, au Lude, au bourg de Saint-Front, à la Rousselière, à Lozé, à la Cloutière (paroisse de Saint-Front). Cette famille est remarquable par le nombre de prêtres qu’elle donna alors à l’Église. On trouve dans cette famille Cadin en même temps cinq prêtres, dont trois étaient frères et les deux autres proches parents des précédents. Aussi n’est-on pas étonné de voir une famille si imprégnée de religion faire une fondation pieuse, durable et imposante, à savoir un obit ou une prestimonie. Cet obit ou cette prestimonie consistait en une fondation sans doute à perpétuité, dans l’église de Saint-Front, d’une chapelle dont le chapelain avait pour charges de dire et célébrer la messe chaque jour de la semaine et de réciter les prières portées par la fondation. Son fondateur fut Me Jacques Cadin, prêtre, ancien chapelain du collège de Séez à Paris. Cependant plusieurs manuscrits disent : « prestimonie des messieurs Cadin », ce qui laisse supposer que cette fondation fut faite par Me Jacques Cadin en son nom et au nom de son frère Michel, également ancien chapelain du collège de Séez à Paris. Cet obit fut fondé vraisemblablement fin de 1676 ou commencement de 1677. Le premier chapelain fut, en effet nommé par acte passé devant Mes Jean Noire et Jean Laillé, tabellions, en date du 24 mars 1677.
Outre la charge de la messe et des prières quotidiennes, le chapelain devait aussi faire le catéchisme aux enfants de Saint-Front, car le 30 octobre 1779, en faisant le bail de la ferme affectée à la fondation, Me Guillaume-Nicolas Hubert, prêtre titulaire de la prestimonie, charge son fermier « de payer chaque année en déduction du fermage trente livres pour le sieur vicaire ou prêtre de Saint-Front qui fera le catéchisme ». Le titulaire de la prestimonie devait enfin verser annuellement : « cent sous à la fabrique et cent sous au sieur prieur de Saint-Front ». En revanche le chapelain avait en indemnité le revenu de la ferme du Bourg de Saint-Front avec, à sa charge, les réparations, pendant le temps que duraient ses fonctions. On trouve une autre dénonimation de cette Prestimonie : Prestimonie de Saint-Front, dite de la Chapelle-aux-Cordiers ; Prestimonie aux Cordiers des Messieurs Cadin ; Prestimonie de Notre-Dame-des-Cordiers. Il faut en conclure que la chapelle de l’église de Saint-Front affectée par les messieurs Cadin prêtres à cette fondation, était sous le patronage de Notre-Dame-des-Cordiers.
Le revenu du chapelain de la prestimonie Cadin était important. La métairie du Bourg de Saint-Front , affectée à cette fondation était louée, en 1762 et 1767, par Me Brice de Pailpré 322 livres par an, plus de nombreuses faisances ; en 1773 par Guillaume-Nicolas Hubert, sieur des Villettes, 360 livres ; en 1779 par le même titulaire 410 livres. C’était à l’époque un revenu important et d’autant plus appréciable que le titulaire, tout en remplissant les fonctions de chapelain de cette prestimonie, pouvait en même temps remplir les fonctions de curé, vicaire et aumônier. L’héritier de Me Jacques Cadin, prêtre, fut Me Louis Domer, sieur du Tertre (Torchamp), dont la femme, Michelle Cadin, était la sœur du fondateur. C’est pourquoi la nomination et la présentation du chapelain appartinrent d’abord à ce Louis Domer et dans la suite à ses descendants.

Jean Courteille

Le premier titulaire de l’obit ou prestimonie Cadin fut Me Jean Courteille, prêtre, prieur, curé de Saint-Front, présenté par Me Louis Domer, sieur du Tertre, procureur postulant en la juridiction d’élection de Domfront et nommé par acte du 24 mars 1677 passé devant Mes Jean Noire et Jean Laillé, tabellions en la vicomté de Domfront.

Pierre Le Provost

Après Jean Courteille, Me Pierre Le Provost, prêtre, fut présenté par Me Louis Domer, sieur du Tertre et sa femme, Michelle Cadin, le 10 avril 1677 et resta titulaire jusqu’au 21 juillet 1678.

Siméon Rémon

Il eut pour successeur Me Siméon Rémon, prêtre habitué à Torchamp qui fut peu de temps après vicaire à la Haute-Chapelle. Les familles Domer et Rémon étaient toutes les deux des familles bourgeoises de Torchamp, ayant alors entre elles des rapports, sinon de parenté, du moins d’amitié, ce qui explique aussi le choix du chapelain Siméon Rémon par le présentateur Louis Domer. Siméon Rémon donna sa démission en 1686 quand il fut nommé curé de Rouellé.

Henri Boutruche

Il eut pour successeur Me Henri Boutruche, prêtre vicaire de Domfront, selon l’acte de nomination daté du 27 mars 1686. Le cinquième titulaire connu de la prestimonie fondée en l’église de Saint-Front par les Messieurs Cadin fut Me Thomas Le Royer, prêtre, prieur de Saint-Front, que nous voyons, en 1721, louer la terre du Bourg affectée à ladite prestimonie.

Thomas Le Royer

Le cinquième titulaire connu de la prestimonie fondée en l’église de Saint-Front par les Messieurs Cadin fut Me Thomas Le Royer, prêtre, prieur de Saint-Front, que nous voyons, en 1721, louer la terre du Bourg affectée à ladite prestimonie.

Jean-Baptiste Domer

À Me Thomas Le Royer succéda Me Jean-Baptiste Domer, prêtre, qui est dit, en 1737, titulaire de la prestimonie de Saint-Front et habitant le Tertre (Torchamp). En 1752, il est toujours chapelain et est dit alors curé de Torchamp. À ces deux dates il loue à Jean Leverrier la ferme du bourg de Saint-Front affectée à la prestimonie Cadin. Il garda sa charge de chapelain jusqu’à sa mort arrivée en 1760. Il fut inhumé le 17 mai 1760. Jean-Baptiste Domer était le frère du présentateur qui, naturellement, l’avait préféré à tout autre comme titulaire de cette fonction rémunératrice.

Michel Denis

Le successeur de Me Jean-Baptiste Domer fut Me Michel Denis, qui le 5 juillet 1760 prit possession, par l’intermédiaire de Me Pilloire, prêtre, de la prestimonie fondée par les sieurs Jacques et Michel Cadin (Registres paroissiaux de Saint-Front).

Brice Pierre

Après Me Michel Denis, ce fut Me Brice Pierre, sieur de Pailpré, prêtre, demeurant à Saint-Brice, qui fut titulaire de la prestimonie dite de La Chapelle-aux-Cordiers à Saint-Front. Dès le 9 mai 1761, sans doute peu après son entrée en fonctions, le nouveau chapelain conclut un arrangement avec François-Louis-Jean Domer, notaire royal de la paroisse de Torchamp et héritier de son oncle Me Jean-Baptiste Domer, précédent chapelain, au sujet des réparations que ce dernier avait négligé de faire à la ferme de la prestimonie, réparations qui ne devaient pas incomber à Me Brice Pierre de Pailpré, nouveau chapelain. Il se trouvait dans la circonstance que François-Louis-Jean Domer, en même temps qu’il était héritier du précédent titulaire, était justement devenu présentateur à la fondation Cadin. Aussi Brice Pierre, qui devait de la reconnaissance à son présentateur, , ne lui réclame qu’une partie de la somme des réparations. Brice Pierre, sieur de Pailpré, était d’ailleurs un ami de François-Louis-Jean Domer. Il était au nombre des personnages qui assistèrent à son contrat de mariage et à la cérémonie de son mariage. Ainsi s’explique encore le choix qui avait été fait de lui comme chapelain. En 1762 et 1767, Me Brice Pierre de Pailpré, titulaire de la prestimonie de Notre-Dame-des-Cordiers en l’église de Saint-Front, loue la métairie du Bourg pour 322 livres par an, plus les faisances, mais en se réservant des salles et maisons comme l’avait fait Me Boutruche. Me Brice Pierre, sieur de Pailpré, « prêtre prestimonié de la chapelle Notre-Dame-des-Cordiers » fut inhumé le 2 novembre 1773.

Guillaume Nicolas Hubert

Le dernier titulaire de la prestimonie de Saint-Front sera Me Guillaume Nicolas Hubert, sieur des Villettes, prêtre, bachelier en Sorbonne, , qui est dit, en 1773, être de la paroisse de St Fraimbault et, en 1779, aumônier des gendarmes de la Garde et demeurant à Paris. Ce Guillaume-Nicolas Hubert était le cousin germain du présentateur François-Louis-Jean Domer, conseiller du roi, notaire royal à Torchamp et ancien lieutenant du quart-bouillon et des traites foraines de Domfront. C’est encore la raison qui vraisemblablement avait décidé du choix qu’en avait fait François Domer. Le 6 décembre 1773, Me Guillaume-Nicolas Hubert, pourvu de la prestimonie aux Cordiers des Messieurs Cadin, loue à François Jourdan la terre de Saint-Front, affectée à ladite prestimonie moyennant le prix de 360 livres par chacun an. Le fermier jouit de la terre en entier, y compris ce que le sieur de Pailpré, dernier titulaire, s’était réservé en maisons et jardins. Les faisances sont également supprimées. François Jourdan a seulement la charge de nourrir chaque année pendant 10 jours un homme qui fera les réparations. Le 30 octobre 1779, nouveau bail entre le même chapelain et le même fermier au prix de 410 livres. Mais le bailleur se réserve, cette fois, une chambre et un cabinet. François Jourdan devra payer chaque année, en déduction du fermage, 30 livres au sieur vicaire ou prêtre de Saint-Front qui fera le catéchisme et 32 livres à la fabrique, ainsi que les deniers dus à cause de la prestimonie. Il paiera les rentes seigneuriales et nourrira chaque année six hommes pour les réparations des bâtiments. C’est là le dernier acte concernant la prestimonie Cadin. Vint, en effet, bientôt la Révolution qui anéantit toutes les fondations pieuses et sans le moindre scrupule s’appropria les revenus qui y étaient affectés.
L’obit ou prestimonie des messieurs Cadin disparut comme les autres après 115 ans environ d’existence. Les biens affectés à l’obit Cadin, mis en vente par la Nation, furent acquis par Étienne Guillaume Merille et par Merille médecin (Archives paroissiales de Saint-Front).
Dans l’histoire de cet obit, un point reste obscur qui eût été sans doute éclairci par l’acte de fondation si celui-ci n’était pas resté introuvable. Une chapelle en l’église de Saint-Front était affectée à la prestimonie Cadin, et le chapelain titulaire de cette prestimonie devait, tous les jours, dire la messe aux intentions du fondateur, charge qui lui rapportait un revenu appréciable rémunérant largement la fonction. Il eut été naturel de penser que le chapelain était obligé de dire lui-même cette messe quotidienne et de la célébrer à l’autel de la chapelle de fondation. Or il était impossible qu’il en fût ainsi, au moins dans la grande majorité des cas, vu la localisation géographique des différents titulaires de cette Prestimonie Cadin.. Il paraît donc qu’il y ait deux hypothèses à envisager : ou bien, l’acte de fondation n’obligeait pas le chapelain titulaire à dire la messe prescrite en l’église de Saint-Front et il la disait aux intentions du fondateur dans le lieu de sa résidence. Ou bien, d’après l’acte de fondation, une messe devait être célébrée chaque jour à l’autel de Notre-Dame-des-Cordiers en l’église de Saint-Front aux intentions du fondateur, sans qu’il y ait obligation pour le chapelain titulaire de la dire lui-même. Dans ce cas il n’était pas difficile à ces titulaires, à une époque où les prêtres étaient très nombreux, de trouver un prêtre habitué ou un vicaire de Saint-Front qui, sous sa responsabilité et moyennant dédommagement équitable, célébrait à sa place la messe et disait les prières quotidiennes prescrites.

Les Curés et Vicaires de Torchamp : tableau récapitulatif jusqu'à la Révolution


Prénom(s) NOM Période Observations
Raoul de BAZEILLE vers 1158  
Philippe SUZANNE 1424  
Siméon LE BER 1446-1459 -Relevé Généanet AD61 1J857 - Torchamp (Orne, France) - Autres  
Jehan de QUINCÉ 1562  
Guillaume BRÉARD avant 1607  
Louis du VAL ou DUVAL 1612-1651 Prêtre curé de Torchamp inhumé dans l'église le 8 mars 1651  
Jacques Le MAIGNÉ 1612-1614 Vicaire  
Jean de la MOTTE - Prêtre inhumé dans l'église le 25 janvier 1614  
Mathurin BARRÉ 1625 Prêtre habitué en 1625, puis vicaire en 1631  
André BARRÉ 1641 Prêtre inhumé dans l'église le 2 juin 1641  
Guillaume VILLETTE 1644 Sous-diacre  
René VERRAQUIN 1666-1672 Prêtre curé de Torchamp  
Julien LE SAULNIER 1669 Vicaire, inhumé dans l'église le 12 mai 1669  
Julien LE SAULNIER (neveu du précédent) 1672 Prêtre habitué  
Pierre LE CELLIER 1669 Prêtre  
Marin LE CELLIER 1669 Prêtre  
Guy POTTIER 1669 Prêtre  
Jean BARRÉ 1669 Prêtre  
Siméon RÉMON 1669 Diacre  
Jean COURTEILLE 1669 et 1672 Prêtre  
Louis BARRÉ 1671 Prêtre  
Guy POTTIER 1672 Prêtre  
Guillaume BRICHARD 1672 Sous-diacre  
François DUPONT 1673-1694 Prêtre curé de Torchamp inhumé dans l'église le 27 novembre 1694  
Siméon RÉMON 1673-1694 Prêtre qui dessert l’église de Torchamp en l'absence de François DUPONT  
Jean BARRÉ 1673-1694 Prêtre qui dessert l'église de Torchamp en l'absence de Franço1s DUPONT, comme Siméon RÉMON  
Jean LE BOSSÉ 1680 Prêtre  
Jean-Baptiste COMBRAY 1694-1738 Prêtre curé de Torchamp, inhumé dans l’église le 9 avril 1738 à l'âge de 75 ans  
Charles CHERAULT- 1712 Prêtre  
Jean LEBOSSÉ 1711, 1713 Vicaire  
Guy Michel RÉMON 1713 à 1723 Vicaire, puis prêtre habitué après 1723  
Guy RÉMON 1725, 1730 Vicaire  
Jean ou Julien VAIDIE 1724 Prêtre habitué, décédé en 1733 à 55 ans  
Jean LEVESQUE 1734 Prêtre  
Michel ROMAIGNÉ 1937jusqu'à avril 1741 Vicaire  
Jean Baptiste DOMER mai 1738 à mai 1759 Prêtre curé de Torchamp, inhumé le 11 mai 1759  
N... BOISGONTIER 171 à 1751 Vicaire  
N.. FRÉMONT 1749 Vicaire  
Georges FOUQUÉ 1751 à 1757 Vicaire  
N... FAVERIE 1755 Vicaire  
Brice Pierre DE PAILPRÉ 1756 à 1758 Vicaire  
N... POTTIER 1758 Vicaire  
Paul CRUÉ-LA-BRIÈRE 1759 à 1763 Vicaire  
Pierre MONTAUFRAY 1755 Clerc tonsuré  
Nicolas POTTIER 1756 Clerc tonsuré  
André Pierre ACHARD des Hautes Noës 1759 à 1761 Prêtre curé de Torchamp  
Jacques GOSSELIN 1761 à 1775 Prêtre curé de Torchamp, inhumé dans l’église le 14 octobre 1775  
MÉTIVIER fin 1762 et courant 1763 Vicaire  
A. GUILLOT DE LA MOTTE 1763- Vicaire après MÉTIVIER  
Michel François ROMAIGNÉ 1776 à 1785 Vicaire après A. Guillot de la Motte, décédé le 18 janvier 1785  
René Jean de MILLET 1175 à août 1788 Prêtre curé de Torchamp  
GOSSELIN 1776 Vicaire  
Julien BIDARD 1785-1786 Vicaire  
G.C.F. OUTIN 1786 Vicaire  
LE ROYER 1790 Vicaire  
Jacques LEBOSSÉ 1792 Vicaire  
Michel MAUNOURY Prêtre schismatique  

Curés et Vicaires de Torchamp après la Révolution, à partir de 1801 - Tableau récapitulatif

Prénom(s) NOM Période Observations
Julien FOURREAU 1801 à 1810 Prêtre curé de Torchamp sans vicaire  
DAVID 1812 à 1820 Prêtre curé de Torchamp sans vicaire  
LHERMITTE 1833... Prêtre curé de Torchamp avec des vicaires se succédant (un seul à la fois)  
Léon FORGET ... à 1896 Prêtre curé de Torchamp avec des vicaires se succédant (un seul à la fois)  
Mr BEAUDOUIN 1874 à 1880 Vicaire  
Mr LEMARIE vers 1880 Vicaire  
Mr Auguste BIDARD vers 1884 Vicaire à Torchamp et curé de La Courbe  
Mr Ambroise MADELINE vers 1888 Vicaire, mort de typhoïde à Torchamp  
Mr Auguste GOUJARD vers 1895 jusque vers 1919 Vicaire puis curé de Loré  
Émile POUPARD 1896 à 1922 curé desservant/ né en 1846, mort fou- Pas de vicaire dans les dernières années de Mr Poupard  
Joseph MONTEMBAUT 1922 à 1954 Prêtre curé de Torchamp sans Vicaire  
Gustave CHRISTOPHE 1954 à 1960 Prêtre curé de Torchamp. Après 1960, l'abbé CHRISTOPHE a été nommé curé à La Chapelle d'Andaine  
Georges BAYER 1960 à 1977 à partir de 1977, plus de curé à Torchamp. Le presbytère a été loué par la commune à des particuliers jusqu'à ce jour.  
Charles LEBRUN de 1977 à 1982 L'abbé LEBRUN est venu régulièrement à Torchamp pour assurer les messes dominicales et les autres célébrations : baptêmes, mariages, sépultures }. Jusqu'en 1982, il résidait à Saint-Front, puis fut nommé curé à St Bômer-les-Forges.  
Louis GAHÉRY jusqu'en 2013 Prêtre curé de St Mars d'Égrenne, St Roch-sur-Égrenne St Jean-des-Bois. Il résidait à St Mars d'Égrenne  
Plus de messe dominicale depuis 1983 Une seule messe dominicale deux fois par an, lorsque le mois de l'année comporte 5 dimanches  

Monseigneur SOHIER (1818-1876)

d'après les notes manuscrites du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS transcrites par Jean-Louis Bouillat
Mgr Sohier, bien que né en Mayenne, étant l'oncle maternel du Dr Joseph Rémon-Beauvais, est venu rendre visite à sa sœur Amandine SOHIER, mère du Docteur J.R-B à deux reprises à Torchamp et c'est une occasion de retracer l'itinéraire de cet évêque de Cochinchine qui a été accueilli deux fois par les habitants de Torchamp avec fête, et qui est donc lié de près à l'histoire de Torchamp.

Sa vie résumée
Évêque de GADARE à 32 ans, Vicaire apostolique de la Cochinchine Septentrionale (Sud-Vietnam), Chevalier de la Légion d’Honneur, Grand Mandarin de la Cour du roi TU-DUC, deux fois décoré de la médaille d’or dans l’ordre du Dragon d’Annam.

22 septembre 1818 Naissance au village de Mortiers, commune de Désertines (Mayenne), Diocèse du Mans
1834 Entrée au Petit Séminaire de Précigné (Sarthe)
1840 Entrée au Grand Séminaire du Mans (Sarthe)
1841 (vers le milieu de l’année) Dernier séjour sans sa famille avant son départ pour le Séminaire des Missions Étrangères et la Mission de Cochinchine
Février 1842 Entrée au Séminaire des Missions Étrangères de Paris
21 mai 1842 Ordination sacerdotale
21 décembre 1842 Départ de Paris pour la Cochinchine
23 juin 1844 Arrivée en Cochinchine chez son évêque Mgr Cuenot-Persécution violente
Février 1845 Arrivée à son poste de mission dans la Province de Quant-Trij ; continuation de la persécution violente
17 août 1851 Il est sacré évêque de Gadare et est coadjuteur de Mgr Pellerin. Il a 32 ans, et est, dit-il, le plus jeune des évêques du monde. Continuation de la persécution violente.
1862 De coadjuteur il devient Vicaire apostolique après le décès de Mgr Pellerin. Persistance mais diminution de la persécution qui avait été très violente depuis son arrivée en Cochinchine
1864-1865 Séjour en France
Février 1866 Retour en Cochinchine
1870-1871 Deuxième séjour en France, après le Concile du Vatican où il vote pour l’infaillibilité pontificale.
1873-1874 Il est Ambassadeur aux négociations d’Hanoï, qu’il mène à des conclusions très favorables pour la France et les chrétiens d’Annam, si favorables qu’elles sont jugées alors trop impérialistes et, de ce fait, ne sont ratifiées qu’en partie par le représentant de la France au Traité de Saïgon (15 mars 1874).
8 février 1875 Nommé Chevalier de la Légion d’Honneur pour services rendus à la France à l’occasion du Traité de Saïgon.
Octobre 1875 Fin de la persécution qui avait repris avec violence après le traité de Saïgon.
3 septembre 1876 Mort à Ke-Sen, en tournée de confirmation, à la suite d’une dysenterie, à l’âge de 57 ans.

Il est inhumé dans l’église de Ké-Sen suivant sa volonté.

L'histoire de sa vie

Son enfance

Joseph Hyacinthe SOHIER naquit le 22 octobre 1818 au village de Mortiers, paroisse de Désertines, diocèse du Mans, mais actuellement diocèse de Laval. Il était l’aîné de 7 enfants dont 2 moururent très jeunes. Ses autres frères et sœurs étaient :
• Marin SOHIER qui épousa sa cousine germaine Agathe MILLET dont il eut trois enfants, mais dont une seule, Agathe, arriva à l’âge adulte et épousa Benoît BANSAYE. Il fut propriétaire cultivateur à Vieuvy (Mayenne). • Joséphine SOHIER, religieuse dans la communauté d’Évron, morte de la variole en 1871 à Bazougers (Mayenne), où elle était Directrice d’école. • Mathilde SOHIER, sa filleule, qui épousa son cousin germain Jean SOHIER, propriétaire cultivateur à St Mars-sur-la-Futaie. Mgr Pellerin, évêque de Biblos, qui se trouvait en France, était venu visiter la famille de Mgr SOHIER, et voulut marier la sœur de son coadjuteur et ami, dont le mariage avait lieu à ce moment-là. Mathilde n’eut qu’une fille morte à 21 ans. • Enfin Amandine Blandine SOHIER, ma mère (1837-1915), qui épousa Arsène RÉMON-BEAUVAIS, propriétaire cultivateur à Torchamp.
Son père Joseph SOHIER, mari de Marie Jeanne BARENTON, était au moment de la naissance de son fils aîné, cultivateur à Mortiers sur une ferme de son beau-père René Bertrand BARENTON. Plus tard il alla cultiver une ferme plus grande, appartenant également à son beau-père et située dans la même paroisse au village de la Vallée. C’est là que naquit ma mère. Devenu vieux, mon grand-père Joseph SOHIER et sa femme Marie-Jeanne BARENTON se retirèrent sur leurs biens au bourg de Lévaré, où ils firent construire une maison. Tous deux y moururent en bons chrétiens dans un âge fort avancé (78 et 73), et sans avoir jamais dans leurs vies consulté un médecin, ce qui laisse supposer qu’ils jouissaient d’une bonne santé. De même que plus tard son frère Marin, Joseph Hyacinthe SOHIER entra à Lévaré au petit collège des deux frères Poulain, qui, en plus de l’instruction primaire, apprenaient le latin et le grec jusqu’à la cinquième exclusivement. Se destinant au sacerdoce, il entra à l’âge de seize ans (1834) au Petit Séminaire de Précigné et en 1840 au Grand Séminaire du Mans. Dans ces deux établissements, où les élèves étaient très nombreux, il fut toujours dans les tout premiers. En 1841, il reçut les ordres du sous-diaconat et du diaconat. Il se sentit alors appelé à évangéliser les infidèles.

Les Missions Étrangères

En février 1842, il entra au Séminaire des Missions Étrangères de Paris, après avoir vu pour la dernière fois, croyait-il, toute sa famille aux vacances de 1841. Il n’avait pas osé alors, pour éviter des scènes déchirantes, annoncer sa détermination. Il ne le fit qu’après son arrivée à Paris. Là, dans des lettres pleines de sentiments affectueux, il essaya de combattre leur chagrin, en leur montrant à eux qui étaient de fervents catholiques, toute la beauté et la grandeur de sa vocation. Il reçut la prêtrise rue du Bac, à la fête de la Trinité de 1842, et, le 21 décembre de cette même année, il quitta Paris et se rendit à Bordeaux où un bateau devait l’emmener en Cochinchine, bien fier d’avoir été choisi pour cette mission considérée comme la plus ingrate et la plus périlleuse. Après une dangereuse et longue traversée par le Cap de Bonne-Espérance (l’isthme de Suez n’était pas encore percé), il arriva enfin, le 8 juin 1844 en vue des côtes de l’Inde. Il séjourna huit mois dans l’île de Penang, où il étudia la langue annamite. Au bout de ce temps, il embarqua pour Singapour où l’attendait une barque qui le conduisit en Cochinchine orientale auprès de son évêque Mgr Cuénot, évêque de Metellopolis, qui plus tard mourut en prison la veille de son supplice et a été béatifié par Pie XII. Arrivé le 8 juin chez son vicaire apostolique, il en repartit un mois plus tard, en pleine persécution, pour se rendre, en voyageant la nuit et au milieu de multiples dangers, dans la Cochinchine Septentrionale, dans la région de Hué, capitale du royaume annamite, exactement dans la province de Quảng Trị, poste, écrit-il, qu’on regarde comme un des plus périlleux de la mission, « ce qui le remplit de joie et lui fait espérer le martyre ». Parti en décembre 1842, il était arrivé à son poste de mission en février 1845, c’est-à-dire après 2 ans et 2 mois de pérégrinations pleines de péril. Il lui fallait maintenant trouver un gîte, affaire difficile, personne n’étant pressé de donner asile à un missionnaire européen, vu les dangers qui en étaient la conséquence. Il eut enfin pour logement la moitié d’une cabane, sorte de loge de bûcheron, où il passait, caché dans la plus grande solitude, ses journées entières, ne sortant que la nuit pour faire quelques pas autour de sa masure. Tout le village, en effet, devait ignorer sa présence. Seuls, au milieu de la nuit, venaient le visiter avec précaution et lui demander des directives, quelques prêtres annamites, quelques catéchistes, quelques religieuses et aussi de jeunes indigènes à qui le nouveau missionnaire apprenait le latin et la théologie. Cette réclusion dans une cachette semblable à une prison, dura plusieurs années, avec plus ou moins de rigueur. Un missionnaire tombé aux mains des païens, entrainait les plus grandes calamités, non seulement pour ceux qui l‘hébergeaient, mais aussi pour toute la chrétienté des environs. Aussi, tout en désirant ardemment le martyre, Joseph Hyacinthe SOHIER comme les autres missionnaires, faisait-il tout pour éviter d’être pris. En 1850 la Cochinchine fut divisée en deux vicariats apostoliques. Mgr Cuénot garda la Cochinchine Orientale et Mgr Pellerin évêque de Biblos, son coadjuteur, fut placé à la tête de la Cochinchine Septentrionale, où se trouvait Joseph Hyacinthe Sohier.

L'évêque

Presque aussitôt, sachant le danger qu’il courait en temps de persécution, Mgr Pellerin demanda et obtint de Rome la permission d’avoir un coadjuteur pour le remplacer au besoin. C’est Joseph Hyacinthe Sohier qui fut choisi. Le 1er août 1851, en pleine persécution, il fut clandestinement sacré évêque avec le titre de « évêque de Gadare, Vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale » .

Il prit pour armes « d’azur au monogramme des ME d’argent mais dont la croix partant de la pointe de l’écu le dépasse dans le haut et va jusqu’à une couronne formée d’une fleur de lys de de deux demies ». Devise : « Pax vobis ». (ME= Missions Etrangères)

Joseph Hyacinthe Sohier avait alors 32 ans, et est, écrit-il à ses parents, « sans doute le plus jeune, le dernier et le plus pauvre des évêques ». Il fut le deuxième vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale. Le nouveau pontife continua à mener sa vie pénible et démoralisante de reclus total jusqu’au commencement de l’année 1853. À ce moment la persécution s’étant un peu calmée, il put parcourir prudemment sa mission. Mais à la fin de cette année, la persécution recommença plus terrible que jamais, et Mgr Sohier fut obligé de reprendre sa vie cachée, à la merci d’une dénonciation. Cela dura pendant toute l’année 1854 et la plus grande partie de l’année suivante. Dans les derniers mois de 1855, il y eut une accalmie et il put rebâtir à Ké Sen un collège qui avait été détruit pendant la persécution
.

Mgr SOHIER à Ke-Sen pendant la persécution

(extrait de la Revue « LES MISSIONS CATHOLIQUES » par André Chapuis - Lyon 16 octobre 1928 transcrit par Jean-Louis Bouillat)


Ke-Sen dans la province de Quang-Binh (Annam), à environ 20 kilomètres au nord de Donghoi, est une vieille chrétienté de la Haute Cochinchine, aujourd’hui Vicariat apostolique d Hué. Située au bas du grand massif de Ba-Rênh, elle est célèbre dan l’histoire de la Mission par la retraite, la mort et la sépulture de Mgr Sohier, et aussi par le camp retranché qu’y établirent les chrétiens de Bô-Trach en 1885-18886, pour résister aux attaques des Van-Thân, les lettrés rebelles. Joseph Hyacinthe SOHIER, deuxième Vicaire apostolique de la Mission de Cochinchine septentrionale, naquit à Désertines (Mayenne), le 22 septembre 1818, fut ordonné prêtre le 21 mai 1842, et partit pour la Cochinchine le 21 décembre suivant. En 1844, il appartint à la Cochinchine occidentale, et en 1850, à la Cochinchine septentrionale, lors de l’érection de ces Vicariats, appelés aujourd’hui de Saïgon et de Hué. Au mois de mai 1850, il fit une visite au Père Galy à Ke-Sen, et pour la première fois prit contact avec cette chrétienté qu’il devait tant affectionner par la suite. Nommé évêque titulaire de Gadare et coadjuteur de Mgr Pellerin en 1851, il fut sacré à Di-Loan (Quang-tri) le 17 août de la même année. Lorsque le collège de Ke-Sen fut démoli de fond en comble à la suite de l’édit de persécution de 1855, Mgr Sohier qui s’y trouvait, se cacha aussitôt dans la région, jusqu’au traité de paix du 5 juin 1862.

La retraite favorite de l’évêque proscrit Mgr Sohier, dont la résidence était à Hué, mena de 1855 à 1862 une vie un peu errante pour fuir la persécution, mais dès 1853, il se réfugia dans la région de Sen-Bàng et habita ordinairement à Ke-Sen pendant les années de persécution. C’était, dans sa Mission, l’endroit le plus écarté, où en cas d’alerte il lui était facile de gagner la grande montagne. D’autre part, les chrétiens, y étant nombreux et éloignés des païens, pouvaient aisément le cacher et protéger sa retraite. Lorsque sa présence était nécessaire, Sa Grandeur allait encore dans les différentes chrétientés de la Mission, voyageant de nuit pour ne pas être découvert, mais Ke-Sen fut toujours sa retraite favorite ; aussi, jusqu’à sa mort, affectionna-t-il tout particulièrement cette chrétienté qui lui avait donné asile aux plus mauvais jours de sa vie apostolique. Les Chrétiens de Ke-Sen le payaient assurément de retour, car, après de longues années, ceux qui l’ont connu n’en parlent qu’avec le plus grand respect et une émotion toute filiale : « Ah, disaient-ils, comme l’évêque Binh (nom annamite de Mgr Sohier), nous aimait, comme il était bon pour nous ! » Aussi sa mémoire y est-elle encore aujourd’hui en bénédiction, et ils s’estiment heureux de posséder au milieu d’eux le tombeau de celui qu’ils aimaient comme un père, qui soutint leur courage aux jours si tristes de la persécution et de la dispersion, et qui était résolu à tout souffrir plutôt que de les abandonner. Tant que la persécution ne fut guère violente, Monseigneur habita une case près de l’ancienne église, et avant sa destruction, sans doute en l’année 1857, le jour du Jeudi-Saint, il y donna la Confirmation et y consacra les Saintes Huiles, ayant deux prêtres indigènes pour l’assister. La femme Dâm, du hameau Dâù, qui était du nombre des confirmés, s’en souvient encore parfaitement. Ce fut la dernière solennité qui eut lieu publiquement et en plein jour à Ke-Sen avant la grande persécution ; toutes les cérémonies s’y accomplirent par la suite dans le plus grand secret et avant le lever du jour.

Typhon, famine et choléra
De terribles fléaux vinrent peu après aggraver la situation et la rendirent extrêmement pénible. Le 18 octobre 1858, quelques jours après le martyre du Bienheureux François Trung, dont la nouvelle avait terrifié Ke-Sen, commença un typhon accompagné d’une pluie torrentielle, qui dura quatre jours et quatre nuits. « De mémoire d’homme on n’avait jamais vu par ici pareille tempête, ni une telle inondation » a écrit Mgr Sohier. La moisson, qui était magnifique et sur le point d’être recueillie, fut presque entièrement perdue. Ensuite vinrent des chenilles qui détruisirent tout ce que le déluge avait épargné. Cette double calamité fut suivie d’une sécheresse extrême. Il en résulta une affreuse famine pour le pays. « Mais le plus terrible fléau qui affligea ce pays, ce fut le choléra. La mortalité commença par les animaux, dont elle frappa un nombre prodigieux. Les hommes furent attaqués à leur tour. Pendant les huit mois que la contagion propagea ses ravages d’une province à l’autre, elle mit la population en coupe réglée. Dans la chrétienté où je suis, (10 janvier 1860), elle a emporté environ le quinzième des habitants et presque tous les autres ont été plus ou moins gravement atteints. On dit que, proportion gardée, les païens sont morts en bien plus grand nombre que les catholiques. Le plus souvent, cette terrible épidémie frappait comme la foudre : des personnes bien robustes succombaient en quelques heures. ». Monseigneur fut aussi visité par la maladie commune. : « Elle me saisit tout à coup, dit-il, et l’on crut que j’étais arrivé au dernier soupir, mais le Bon Dieu ne m’avait pas encore jugé digne du ciel. »

Arrestation des notables
L’intensité du fléau ne diminua en rien les fureurs de la persécution, les édits contre es chrétiens continuèrent à se succéder et rendirent encore plus précaire la retraite de l’évêque proscrit. Au mois d’octobre 1859, parut un édit spécial contre les notables de chaque chrétienté : ordre était donné de les arrêter touts et de les tenir prisonniers au chef-lieu de chaque province. On arrêta dans toutes les provinces les catéchistes, les notables, tous ceux qui par leur instruction ou leur position étaient capables de soutenir les néophytes. Ce fut une grande peine pour Mgr de Gadare de voir ces arrestations en masse, qui jetèrent la désorganisation et l’effroi dans toutes les chrétientés, et de ne pouvoir empêcher les chrétiens d’être livrés aux païens, comme une matière traitable et rançonnable à merci. Lorsque les principaux chrétiens de Ke-Sen furent arrêtés et conduits au mandarin, Monseigneur ne put que se cacher et se dérober aux poursuites des émissaires, afin de prévenir de plus grands châtiments. Trois mois après la publication de cet édit, il écrivait : « On a commencé d’arrêter les plus notables des néophytes vers la mi-octobre 1859 et l’on continue plus que jamais. Il y a des chrétientés où l’on en a arrêté jusqu’à quatorze… »

Les compagnons de l’évêque
Mgr Sohier avait avec lui le P. Choulex, son unique missionnaire, qui était malade. « M. Choulex est toujours gisant sur son grabat depuis plus de trois ans et logé dans une cabane qui ressemble plus à un tombeau qu’à une maison, écrivait Monseigneur en 1860. Tant qu’il sera dans ce pays insalubre, manquant de toutes choses, il lui sera difficile de recouvrer la santé. Depuis longtemps je cherche le moyen de l’envoyer à Singapore, où le changement de climat et de meilleurs médecins hâteraient sa guérison ; mais nous sommes bloqués si étroitement qu’il n’a pas encore été possible d’exécuter ce projet» . Mgr Sohier et le P. Coulex furent rejoints, en février 1860, par le missionnaire chargé du district de Bô-Chinh, au nord du Quang-Binh. « M. Barbier, ne pouvant plus tenir dans sa mission (Tonkin méridional), est venu se réfugier dans ma case, à Ke-Sen, sur la fin de février. Nous n’y sommes pas trop en sûreté, nous avons souvent des alertes ; des païens du voisinage savent qu’un Européen est caché dans la chrétienté ; ils peuvent nous prendre d’un jour à l’autre ; cependant, nous demeurons toujours à notre poste, car nous n’avons d’autre asile, à moins d’aller porter nos os sur la montagne. » Ils furent heureux de se trouver ensemble pour se soutenir les uns les autres en ces temps difficiles, et certes ils en avaient grand besoin, car leur vie de proscrits n’avait rien de gai. Toute la journée ils étaient obligés de rester enfermés dans un sombre et bien misérable réduit, de crainte d’être vus par les païens, et ce n’était que la nuit qu’ils pouvaient en sortir discrètement pour respirer un peu.

L’édit de persécution générale du 17 janvier 1860
Malgré la situation bien difficile, Mgr Sohier dirigeait encore son Vicariat, et du fond de sa retraite n’apprenait que de mauvaises nouvelles : la persécution était partout dans sa Mission désolée, les prisons étaient pleines de confesseurs de la foi, et cependant beaucoup étaient partis pour l’exil. Les prêtres obligés de fuir ne pouvaient exercer leur ministère qu’en cachette et avec beaucoup de précautions ; la plupart des chrétientés n’étaient plus visitées. Le 10 février, on avait torturé à la préfecture de Dông-Hoi, avec des tenailles rougies au feu, un séminariste venu du collège de Pinang, nommé Bich. Il refusa d’apostasier et quand on le porta sur la croix, il protesta qu’on lui faisait violence. Cependant ce qui attrista par-dessus tout Monseigneur, ce fut la nouvelle de l’édit de persécution générale du 17 janvier 1860. Le 11 février il écrivait : « Je viens de recevoir une lettre de la capitale, du 30 janvier, qui me consterne. Il parait certain qu’un nouvel édit de persécution ordonne de disperser les chrétiens et de les répartir entre les villages païens : que vont-ils devenir ? C’est, je pense, le nec plus ultra. Mieux vaudrait nous massacrer tous, il y aurait moins de péchés commis. » Ajoutez à tout cela que le P. Choulex toujours souffrant, pouvait moins que jamais se soigner, que de plus ils avaient à peine de quoi manger et que souvent ils étaient obligés de fuir et l’on comprendra aisément combien fut héroïque la retraite de l’évêque proscrit. Les chrétiens de Ke-Sen racontent que Monseigneur ne se trouvant pas en sûreté chez eux, vu que sa présence dans leur village était connue des païens des environs, alla d’abord se cacher au hameau du Sable, dans la maison de Ông But, père de Léon Uân. Pendant la nuit, Sa Grandeur profitait parfois des ténèbres pour aller visiter la chrétienté de Ke-Bàng, où le couvent était assez tranquille et où les religieuses purent vivre en communauté jusqu’à l’édit de juillet 1860. Monseigneur se cacha ensuite derrière ce même hameau du Sable, à l’endroit appelé Trot Miêu, en aval de la digue Con-Gao. C’était un lieu solitaire où personne ne venait jamais et où il y avait alors un épais fourré. Un soir, après la tombée de la nuit, les séminaristes qui étaient à Le-Sen vinrent rendre visite à leur pasteur. Le diacre Cang portait une torche enflammée, parlait un peu trop fort en cours de route et se montrait plus joyeux qu’il ne convenait, sans se soucier du danger auquel il les exposait tous. L’évêque les entendant approcher, fut fort inquiet à cause de tant de bruit, aussi l’en réprimanda-t-il vertement, lui faisant bien remarquer que « ce n’était pas alors qu’il se cachait pour échapper aux persécuteurs qu’il fallait allumer des torches et parler aussi bruyamment, c’était dévoiler sa retraite et le livrer entre les mains de ses persécuteurs. » Trois mauvais sujets, alléchés par les primes que le roi accordait à ceux qui arrêtaient des missionnaires ou des prêtres, essayèrent alors de se saisir de sa Grandeur. Mais fort heureusement, la chrétienté de Ke-Sen veillait, et l’un de ces mécréants qui allait faire sa dénonciation à Trot-Miêu en fut absolument empêché par Ông But et reçut la sévère leçon qu’il méritait.

Le passage des soldats chrétiens condamnés à l’exil
Pendant que le Vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale se cachait à Ke-Sen et dans les environs, la persécution continuait à sévir dans tout l’empire d’Annam. Les soldats chrétiens étaient arrêtés et ceux qui refusaient d’apostasier étaient condamnés à l’exil selon l’édit de décembre 1859. « Les perquisitions contre les soldats chrétiens, a écrit Mgr Sohier, commencèrent en même temps que celles qui étaient dirigées contre les mandarins et elles durent encore, car on en arrête toujours de nouveaux… Tous ceux qui ont refusé d’apostasier ont été privés immédiatement de leur solde. C’est la Mission qui a dû pourvoir à leurs besoins jusqu’au moment de leur départ pour l’exil, autrement ils seraient morts de faim. On a commencé à les diriger au nord du Tonkin, le 15 juin… Quelques-uns sont partis accompagnés de leur femme et de leurs enfants, de sorte qu’il y a environ 150 chrétiens de notre Mission sur le chemin de l’exil. Ces généreux confesseurs passèrent tous à deux heures de ma retraite ; j’envoyai à leur rencontre un de nos prêtres qui, faisant route avec eux, confessait ceux qui n’avaient pu être absous plus tôt. Quelques-uns ont pu arriver jusqu’à moi ; c’était au milieu de la nuit, ils venaient au nom de tous demander ma dernière bénédiction ; ils profitèrent de cette occasion pour se confesser, et, de grand matin, ils repartaient, munis du pain des forts. Je n’ai pu voir sans une profonde émotion ces hommes héroïques qui n’ont commis d’autre crime que d’être chrétiens, qui abandonnent tout pour le nom de Jésus-Christ et s’en vont chargés de chaînes terminer leur vie au fond des cachots, exposés à toutes sortes de souffrances et de privations. Cependant ils s’en allaient joyeux d’être trouvés dignes de souffrir pour leur foi, récitant à haute voix des prières sur la grand-route et faisant l’admiration des païens même. Je leur ai fait donner à chacun 13 ligatures. Voilà tout ce que mes ressources m’ont permis de faire. Ils mériteraient bien d’être pourvus plus abondamment, car le roi ne leur accorde par mois que trente écuellées de mauvais riz qui sont encore souvent gaspillées par les geôliers. Pour le reste ils n’ont d’espérance que dans la charité des fidèles. »

L’édit contre les religieuses
Depuis longtemps déjà, les religieuses annamites rendaient de trop grands services à la religion pour être oubliées par les persécuteurs. Tandis que les soldats chrétiens partaient en exil, un nouvel édit de persécution, dirigé cette fois contre elles, vint augmenter les angoisses de Mgr Sohier. Le nouveau décret royal condamnait à l’exil à perpétuité et aux travaux forcés dans les prétoires toutes celles qui resteraient inébranlables dans leur foi et dans la pratique de la religion. « Dès que j’eus connaissance de l’édit concernant les religieuses, écrivait plus tard Monseigneur, je fis disperser sans retard toute la communauté de Ke-Bàng, où il y avait une soixantaine de sujets, et fort heureusement, car deux ou trois jours après, le chef de canton entra subitement dans le couvent, mais il ne put rien prendre.» Le 14 août, le chef de canton revint à la charge, accompagné de six ou sept brigands ; ils passèrent la nuit à faire la garde autour du couvent, et au point du jour ils y entrèrent en brisant les portes. Ils saisirent la Supérieure et une autre religieuse, et les garrottèrent ; mais bientôt les gens du village accoururent et les délivrèrent. Le chef de canton et sa bande se retirèrent les mains vides, mais fort en colère ; ils allèrent porter cette affaire au sous-préfet, et il fallut dépenser beaucoup de ligatures pour les apaiser. Ce fut là un nouveau sacrifice, ajouté à tant d’autres qui augmenta encore la gêne de Monseigneur et de ses suivants. Ne pouvant recevoir aucun subside d’Europe, Monseigneur manquait non seulement de tout confortable, mais était de fait dans le plus grand dénuement. Malgré leur indigence, les chrétiens de Sen-Bàng s’efforçaient de l’aider en prélevant sur leur pauvreté et de lui fournir le strict nécessaire. Sa Grandeur n’était d’ailleurs pas difficile et se contentait de bien peu. Du riz cuit à l’eau et assaisonné de feuilles de patates, avec quelques tubercules et un peu de poisson salé composaient ordinairement tout son menu ; et pour boisson, l’eau des fruits et du torrent, qu’on avait soin de faire bouillir, de crainte de la fièvre. Caché dans de misérables chaumières, au fond d’un sombre et bas réduit, une espèce de lit de camp lui servait en même temps de siège, de table, de lit et de bureau ; et pour toute literie une couverture, avec une simple natte de joncs. Les chrétiens de Ke-Sen racontent que, malgré un tel dénuement, Monseigneur était joyeux et soutenait tous les courages autour de lui. Au point de vue humain, pareille vie est incompréhensible ; ne nous en étonnons pas cependant, car si Mgr de Gadare l’a vécue avec un tel héroïsme, ce fut uniquement pour la grande gloire de Dieu et le salut des âmes dont il avait la charge.

La retraite de Mgr Sohier est dévoilée aux mandarins
Après plusieurs alertes, Monseigneur et ses compagnons s’étaient réunis de nouveau à Ke-Sen et s’y cachaient sans bruit, quand une dénonciation calomnieuse fit malheureusement connaître aux mandarins le lieu de leur retraite et vint troubler leur solitude. Voici comment Mgr de Gadare a raconté la chose : « Un aventurier du Tonkin méridional, du nom de Nhiêu-Han, s’étant rendu aux navires alliés lorsqu’ils étaient encore à Tourane, y obtint quelque emploi. Il allait tomber aux mains de la justice à cause de ses vols et de ses malversations, lorsqu’il prit la fuite avec son neveu et passa du côté des Annamites pour leur faire sa soumission. Afin de gagner les bonnes grâces des mandarins, il apostasia ainsi que son neveu, et commença à faire des révélations sur la conspiration du prince Cam-Hoa, ce qui ne les empêcha pas d’être enfermés tous les deux dans des cages et conduits à la capitale, où ils n’arrivèrent que le 8 février 1861. Nhiêu-Han avait su mon nom et le lieu de ma résidence ordinaire par l’indiscrétion d’un clerc nommé Duc, que j’avais envoyé à Tourane porter ma correspondance pour l’Europe et chercher notre viatique. Afin donc de gagner du temps en embrouillant les choses et reculer par là l’heure des supplices qui lui étaient réservés pour avoir suivi les Français (car je ne puis expliquer ses perfides calomnies contre moi et tant d’autres), il me dénonça comme étant à la tête du complot du prince Cam-Hoa. Il dit que je résidais ordinairement à Ke-Sen ou à Ke-Bàng, dans la province de Quang-Binh, ou bien encore à Di-Loan dans la province de Quang-Tri : il déclara en outre les noms de toutes les personnes de notre mission qu’il connaissait et les fit passer pour complices. Le 2 décembre 1860, on arrêta le prince Cam-Hoa, avec vingt personnes de sa maison ; des espions et des satellites circulèrent en tous sens et mirent la main sur quiconque portait le nom des personnes dénoncées. »

Arrestation de Binh, l’homonyme de Monseigneur
Dans sa retraite, Mgr Sohier ignorait complètement le complot du prince Cam-Hoa et la dénonciation calomnieuse dont il était lui-même l’objet. De tous les côtés, la police le signalait comme étant à la tête de l’entreprise et entretenant des relations avec les navires français ; elle le recherchait partout et à son défaut arrêtait un chrétien de Ke-Sen qui avait le même nom. « Le 12 décembre 1860, un de nos chrétiens, mon homonyme Binh, continue Mgr Sohier, ayant été arrêté, on voulut le faire passer pour prêtre. Le sous-préfet de l’endroit eut beau protester qu’il ne l’était point, qu’il était laboureur, ayant femme et enfants, et qu’il ne s’était jamais éloigné de son pays, les satellites, sans vouloir rien écouter, le mirent à la cangue et le conduisirent au chef-lieu de la province, d’où il fut envoyé à la capitale, le 4 février 1961, après avoir courageusement refusé de marcher sur la croix. Le 21, ayant été appelé au ministère des supplices, les mandarins lui firent donner trois coups de verge pour obtenir de lui des révélations sur la conjuration, mais il soutint constamment qu’il n’était point au courant de cette affaire. Il reçut ensuite l’ordre d’apostasier, ce qu’il refusa. Alors le président ordonna qu’on le fît asseoir de force sur le crucifix. Vous me faites violence, s’écria-t-il, ce péché retombe sur vous. Quelques instants après, on commanda de le traîner sur la croix, mais il se coucha par terre et les soldats ne purent le faire avancer. Pourquoi cette violence inutile ? dit un des oncles du roi qui était présent. La religion est dans le cœur de l’homme. S’il ne veut pas renoncer à la sienne, à quoi bon l’obliger à un semblant d’apostasie ? Les mandarins reconnurent bien qu’il n’était pas le prêtre dénoncé, car il a près de 70 ans, tandis que Nhiêu-Han avait déclaré que l’évêque Binh avait environ 37 ans. Il était donc naturel de lui rendre la liberté, mais il refusait d’apostasier et il fut reconduit en prison. » Apprenant le complot du prince Cam-Hoa, Mgr Sohier écrivait de Ke-Sen au Supérieur du séminaire des Missions Étrangères de Paris, le 10 janvier 1861 : « J’ai appris une nouvelle qui pourra avoir des conséquences très graves pour nos pauvres chrétiens, que le gouvernement est toujours disposé à soupçonner de révolte. Si je viens à tomber dans les mains de ces sicaires, des tortures horribles me sont réservées. Que Dieu me fasse la grâce de les supporter ! »

Toujours de mauvaises nouvelles
Presque en même temps que la conspiration du prince Cam-Hoa, qui lui causait de vives inquiétudes, le vaillant prélat apprenait aussi l’arrestation du doyen des prêtres indigènes, Jean Hoan, ancien desservant de Ke-Sen, avec huit personnes, dans la petite chrétienté de Sao-Bùn, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1861, où il était allé célébrer la fête de l’Épiphanie. Cette triste nouvelle fut aussitôt connue à Sen-Bàng, Sao-Bùn n’étant éloigné que d’une vingtaine de kilomètres, et remplit de terreur les habitants, ce qui faisait dire à Mgr Sohier : « Cette arrestation va avoir du retentissement dans toute la mission ; nos chrétiens en sont effrayés, ils n’osent nous donner l’hospitalité qu’en tremblant, nous sommes obligés de nous cacher dans nos plus sombres retraites. Domine, salva nos, perimus ! » Monseigneur resta quand même dans sa chère chrétienté de Ke-Sen, qui lui était bien dévouée. Il s’y tint caché avec M. Barlier et les élèves du collège jusqu’au 1er mars 1861, lorsqu’il fut prévenu pendant la nuit qu’un ordre avait été donné au mandarin de Dông-Hoi de faire des perquisitions dans les chrétientés de Ke-Sen et de Ke-Bàng, dans le but de l’arrêter. Comme ils n’étaient plus en sûreté, ils prirent tous la fuite et allèrent se cacher dans les forêts où ils restèrent sept jours et fort heureusement, pendant toute la semaine, un capitaine de Dông-Hoi, accompagné d’espions, ne cessa de rôder autour de Ke-Sen et de Ke-Bàng. Le vendredi 8 mars, circulaient les bruits les plus sinistres. On disait que le capitaine était au courant de tout, qu’il était allé chercher une armée à la ville, et qu’il devait convoquer les païens des environs afin de faire invasion sur les localités mentionnées. « Au milieu de l’alarme générale, dit Mgr Sohier, nous reprîmes, dans la nuit du vendredi au samedi, le chemin des montagnes, où nous passâmes encore trois jours, M. Barlier et moi, au milieu des tigres, des éléphants sauvages et de toutes sortes d’animaux féroces, contre lesquels nous n’avions d’autres armes que des tisons ardents. Heureusement le blocus qu’on nous avait annoncé n’eut pas lieu ; nous nous hâtâmes de sortir de cet affreux repaire et d’aller nous cacher dans le plus grand secret dans les maisons chrétiennes.»

Une alerte subite à Lôc-Tho
Le Vicaire apostolique s’arrêta quelque temps dans le petit village païen de Lôc-Tho, vulgairement appelé Vinh-Ang, à l’ouest de Ke-Sen, qui est entouré de bois et se trouve à l’entrée de la grande forêt. Il y habita dans la maison de Ông Dê, maire du village, qui, bien que païen, ne craignit pas de s’exposer à perdre la vie pour sauver l’évêque. Une fois, à la suite d’une dénonciation qui avait fait connaître aux mandarins le lieu de sa retraite, il y eut une alerte absolument imprévue, qui faillit coûter la vie au proscrit et à ses bienfaiteurs. Des soldats envoyés par les mandarins arrivèrent à l’improviste pour perquisitionner jusque dans cet endroit retiré. La maîtresse de maison, femme courageuse assurément, eut assez de présence d’esprit pour prendre aussitôt Monseigneur par la main et le loger dans la loge aux pourceaux, fermant les ouvertures avec de grandes corbeilles plates dont les Annamites se servent quand ils décortiquent le riz et sur lesquelles ils font sécher des patates. Les soldats entrèrent dans la maison et se mirent de suite à chercher et à fureter inutilement partout, sans penser le moins du monde que l’évêque était caché dans un pareil endroit. Leur visite domiciliaire terminée, n’ayant rien découvert, ils décampèrent sans retard en reprenant le chemin du mandarinat. C’est là un des épisodes de la fuite de Mgr Sohier que les chrétiens de Ke-Sen ont le mieux retenu et qu’ils racontent volontiers. Effrayé du grand danger qu’il avait couru et fait courir aussi à la maison de son bienfaiteur, Monseigneur se hâta, après le départ des soldats, de quitter le brave Ông Dê et sa famille, et d’aller se réfugier ailleurs, ne voulant plus les exposer à de pareilles alarmes.

Arrestation de François-Xavier Duc maire de Ke-Sen
Pendant que Mgr Sohier fuyait devant la persécution et cherchait un refuge dans les gorges de la montagne, les perquisitions des mandarins continuaient à Ke-Sen et dans les environs. Ils étaient pressés par les ordres du roi Tu-Duc de mettre la main sur l’évêque qu’ils savaient en fuite dans la région de Sen-Bâng. Sa Majesté leur avait enjoint en effet, de s’emparer coûte que coûte du maître Duc, c’est-à-dire de l’évêque. Taxé de maladresse ou d’incurie à cause de son insuccès de la première semaine de mars, le capitaine revint à la charge quelques jours après, et le Vendredi-Saint, 29 mars 1861, il arrêta le thây Duc (le médecin Duc), maire de Ke-Sen. Le village ne voulant pas se compromettre, crainte de représailles – les chefs païens ignoraient d’ailleurs la fuite de monseigneur qi avait été tenue secrète – indiqua aux émissaires royaux thây Duc, qui habitait au hameau de la Pagode, en déclarant que lui seul, dans ce village, portait ce nom. Ce chrétien était le frère aîné du prêtre Doan ; son nom de Duc était identique au préfixe honorifique de la dignité de Mgr Sohier. Tu Duc ayant donné l’ordre d’arrêter ông Duc, peu importait au village que le nommé Duc fût un simple particulier et non l’évêque que le roi avait en vue ; ce qui leur importait surtout, c’était de se débarrasser au plus vite des envoyés royaux sans trahir personne. De leur côté, les mandarins savaient fort bien que thây Duc, homme très distingué dans le pays, était innocent ; mais il leur fallait une victime, pour n’être pas accusés de négligence à exécuter les ordres du ministère. Une fois arrêté, François-Xavier Duc, médecin et maire de Ke-Sen, fut conduit à la citadelle de Dông-Hoi, puis les mandarins l’envoyèrent à la capitale en lui faisant espérer qu’on le renverrait absous. Il y arriva le 9 avril, fut de suite incarcéré et livré au ministère de la justice, qui lui fit subir plusieurs interrogatoires relatifs à la fuite de l’évêque proscrit. Comme les mandarins voulaient l’obliger à tout prix à dénoncer le lieu de la retraite de Monseigneur, ils le mirent plusieurs fois à la question, mais ce fut en vain. Il leur fut impossible de lui arracher une dénonciation quelconque. François-Xavier Duc resta inébranlable dans les tourments, et se laissa rouer de coups plutôt que de trahir son évêque, se contentant de répondre qu’il ne connaissait pas la montagne de Ba-Rânh, qu’il en avait seulement entendu le nom et que, par suite, il ne pouvait fournir les renseignements qu’on lui demandait.

Les interrogatoires de François-Xavier Duc racontés par lui-même
J’arrivai à la capitale le 9 avril 1861.Le lendemain, je fus livré au ministère des supplices, et le président me demanda quels étaient mon nom et ma profession et si j’étais chrétien. « Si tu veux apostasier, on te rendra libre, sinon, malheur à toi ! « Je suis disposé à tout souffrir mais je n’apostasierai pas. « Pourquoi ce refus ? « C’est par respect pour ma religion. Si vous désirez en connaître clairement les préceptes et les preuves, je vous les dirai, et vous jugerez si ma foi est vraie ou fausse. « Tu es un entêté et un endurci. » Et sur ce, le mandarin ordonna de me charger d’une cangue plus pesante et de me reconduire en prison. Le 6 mai, on m’appela au premier tribunal du royaume. Tous les princes du sang y siégeaient, ayant à leur droite les grands mandarins lettrés, et à leur gauche les mandarins militaires ; il y avait autour du prétoire trois rangs de soldats, et par derrière une multitude de spectateurs. Tous les instruments de supplice étaient étalés et les bourreaux étaient prêts à en faire usage. Quand j’arrivai là, j’étais comme une brebis au milieu de tous ces tigres. ; je ne pus me défendre d’un sentiment de crainte ; mais peu à peu, je me rassurai. Aussitôt le président me demanda : « Es-tu chrétien ? Veux-tu marcher sur la croix ? Si tu refuses, tu seras battu. « Si vous avez pitié de moi, je vous en rendrai grâce, mais je ne consentirai jamais à fouler la croix aux pieds. » Les mandarins se dirent entre eux : « Tous les chrétiens que l’on traduit ici répondent de la même manière. » Un des oncles du roi ordonna de m’enlever la cangue et me fit placer sur une même ligne avec six ou sept autres individus ; puis, ayant fait appeler Nhêiu-Han, il lui dit : « Connais-tu quelqu’un parmi ces accusés ? « Je ne connais personne. Les mandarins ajoutèrent : « Examine bien. « S’il y avait quelqu’un de ma connaissance, je le remarquerais au premier coup d’œil ; je n’ai pas besoin de regarder à deux fois. » Ils le renvoyèrent, appelèrent son neveu et lui adressèrent les mêmes questions. Il répondit : « Je ne connais aucun de ces hommes. » L’oncle ajouta en me désignant : « Qu’on lui remette la cangue et qu’on le retienne en prison. » Puis il se retira. Les mandarins continuèrent la séance, et l’un d’eux me dit : « L’année dernière, as-tu été à Tourane ? « Je ne suis jamais sorti de ma province. « Connais-tu Nhêiu-Han ? « Je ne l’ai jamais vu. « Où est ton prêtre ? « Je n’en sais rien. » Ensuite la séance fut levée. Le lendemain, 7 mai, on me cita au même tribunal. Ce jour-là, les princes du sang n’étaient pas présents ; mais l’appareil était le même que la veille. Un notaire se plaça près de moi et me demanda mon nom, celui de mon pays, de mes parents, s’ils étaient chrétiens et depuis combien de générations : « As-tu quelque dignité parmi les chrétiens ? En quel lieu t’es-tu réuni avec eux pour prier ? Il faut tout déclarer nettement, sinon tu seras frappé jusqu’à la mort. » Je répondis que je m’appelais Huynh van Duc ; que j’avais quarante ans, que mes ancêtres étaient chrétiens depuis plusieurs générations. « Le roi défend aux chrétiens de tenir des assemblées pour prier., comment oser se réunir ? Le président fit cette remarque : « Il connaît toutes les affaires de la religion, mais c’est un obstiné, il ne veut point faire d’aveux ». Un autre me dit : « Où est la montagne de Ren ? Où est caché l’évêque Binh ? Parle franchement, on te renverra. » « Je ne sais pas où est cet évêque Binh ; je ne le connais point ». Le président : « Qu’on l’attache aux piquets et qu’on le frappe rudement pour le faire parler. » Un bourreau me donna dix coups de rotin avec beaucoup de violence ; puis le président me demanda de nouveau où était l’évêque Binh. Je répondis : « Je n’en sais rien. D’ailleurs dans mon pays, il n’y a pas de montagne appelée Ren. » Un mandarin qui avait séjourné dans la province de Quang-Binh me dit : « Tu es un menteur : je sais que la montagne Ren est près de Ke-Sen, à côté de ton village. Comment oses-tu le nier ? » Alors tous s’écrièrent en même temps : « Qu’on le frappe de nouveau ! » Et on me donna cinq coups de rotin. Alors j’ajoutai : « Quoi que je puisse vous dire, vous ne me croyez point : je vous prie donc d’écrire au sous-préfet de Bô-Trach de s’informer s’il y a une montagne nommée Ren auprès de Ke-Sen, et, s’il en est ainsi, je vous donne cent fois ma tête à couper. » Ce mandarin demeura tout honteux, changea de question : « Tu es assez lettré, tu as paru deux fois aux examens publics : pourquoi n’abandonnes-tu pas la religion absurde des chrétiens ? « Si j’étais un ignorant, peut-être l’abandonnerais-je, mais c’est précisément parce que j’ai étudié que je sais qu’elle est bonne. Si vous la connaissiez, vous l’embrasseriez aussi., sans doute ; malheureusement votre science est incomplète sur ce point ». Et je lui donnai quelques notions de christianisme. Le président reprit la parole : « Qu’on le frappe de nouveau. Déclare où est l’évêque Binh. « Aussitôt qu’on peut prendre un prêtre, on le tue : comment oserais-je en livrer un au bourreau ? Du reste, l’évêque Binh est inconnu dans mon village. » « Tu avoues que tu es chrétien et tu soutiens que tu n’as pas de prêtre ! Qui t’a donc instruit de la religion ? « Ce sont mes père et mère. Les parents doivent enseigner à leurs enfants les vérités de la foi ; s’ils ne le font point, ils sont très coupables ; et si les enfants n’étudient pas, ils sont dignes de punition. L’assesseur ajouta : « C’est un endurci et un entêté ; il ne parle pas franchement. Il faut qu’on le frappe de nouveau ; et s’il s’obstine encor, qu’on le tenaille. « Pilez-moi dans un mortier, si vous le voulez ; ce sera encore mieux. Je crains moins les tenailles et les planches garnies de pointes de fer que le rotin. » On me donna encore huit coups de verge ; ensuite on me délia, et on me reconduisit en prison. Les mandarins ayant présenté au roi le procès-verbal de la séance, il ordonna d’épuiser toutes les tortures pour me faire avouer la vérité. Le 12 mai 1861, on m’appela encore au même tribunal, et toute la mise en scène était la même que la dernière fois. On me fit aussitôt attacher aux piquets pour me questionner. Le Président : « Où est l’évêque Binh ? Dis-le clairement et l’on te renverra. « Je vous ai dit que je ne le connaissais point. « Frappez de toutes vos forces ; demain on le tenaillera. » Plusieurs bourreaux se succédèrent et me donnèrent trente coups de rotin de suite. Je ne proférai pas une parole et ne poussai pas un soupir. Les mandarins disaient entre eux : « Il a du courage. » Un d’eux ajouta : « Qu’on le délie et qu’on voit un peu sa figure. « C’est bien la peine de me lier les pieds et les mains, pour me louer ensuite de ma constance à supporter vos coups ! » Le président reprit : « Veux-tu apostasier ? « Si je le voulais, je l’aurais déjà fait avant de venir ici. » Les mandarins dirent entre eux : « Nous perdons notre temps, on ne peut rien obtenir d’un tel homme. » Alors ils s’en prirent aux geôliers, leur reprochant d’avoir laissé entrer dans la prison des chrétiens porteurs de ces médecines enchantées qui étaient cause, selon eux, que je ne souffrais pas et ne poussais pas un cri. Tous les juges m’apostrophaient à la fois : « Pourquoi ne réponds-tu pas à nos questions et ne cries-tu pas quand on te frappe ?...Veux-tu donc résister à tous les mandarins de la cour ?...Nous ne nous laisserons pas vaincre ; tu es capable, à toi seul, de faire une révolte… » Je répondis : « Je vous ai dit que je suis chrétien : un vrai chrétien n’apostasie jamais et ne fait de mal à personne ; par-dessus tout, il craint et adore le Souverain Seigneur du ciel et de la terre ; ensuite, il respecte et vénère son père et sa mère, le roi et ses officiers, ainsi que les autres supérieurs, et il aime tout le monde. Voilà le résumé de ma religion. Vous ne cessez de me questionner sur des choses que j’ignore, et vous voulez que je vous réponde ! Je garde le silence quand vous me frappez, parce que j’aurais beau crier, vous ne me feriez pas grâce d’un coup de rotin. Pourquoi donc me fatiguer à pousser des cris inutiles ? Je n’ai point de médecines enchantées ; je souffre beaucoup lorsqu’on me flagelle. Quant à ce que vous me dites, que je suis capable de faire une insurrection, je n’en ai même pas la pensée : les vrais chrétiens ne se révoltent jamais ; les accuser de complot est une atroce calomnie. Un article essentiel de notre religion prescrit d’être fidèle au roi et obéissant aux supérieurs. Les chrétiens sont toujours les premiers à payer les impôts, à faire les corvées publiques et à marcher au combat. Comment pouvez-vous dire que je veux me révolter et vous tenir tête ? Comment voulez-vous me forcer à abandonner la religion de mes aïeux, pour embrasser celle des autres ? Jugez si c’est raisonnable ! Les mandarins conclurent : « On n’a jamais vu un orgueilleux et un entêté pareil. » Et ils ordonnèrent de m’attacher de nouveau aux piquets. À ce moment, un des oncles du roi entra dans le tribunal. Il demanda aux mandarins : « Combien lui avez-vous déjà donné de coups ? - Trente, dit le président. L’oncle du roi répartit : « Quelle est la loi qui vous permet d’en infliger autant à un accusé ? Le président : « On ne rencontre pas souvent une tête aussi dure ; c’est pour cela qu’on lui a doublé la dose, mais en votre considération, nous lui ferons grâce. » Aussitôt, l’oncle du roi ordonna de me délier. Le président dit aux satellites de m’ôter de là, et ils me portèrent dans un coin de la salle, où je restai couché jusqu’au soir ; ce ne fut qu’à la nuit qu’on me ramena en prison. Ma chair était en lambeaux, j’étais tout couvert de sang ; les chrétiens n’osaient m’approcher ; personne n’avait pitié de moi. Cependant je n’éprouvai aucune douleur : le sang bouillonnait dans mes veines ; je voulais encore parler aux mandarins, mais ils ne m’écoutaient pas. Ce ne fut que le jour suivant que je ressentis la douleur de mes plaies. Après trois mois de réclusion et d’interrogatoires, les mandarins, voyant qu’ils n’obtenaient rien, le renvoyèrent chez lui.

La déclaration des notables du village
Pendant que l’ex-maire de Ke-Sen, François-Xavier Duc, était en prison à Hué, confessant généreusement sa foi devant les mandarins et les princes, avec un courage pareil à celui des chrétiens de la première église, les notables du village de Phuông-Thuông (Ke-Sen) furent mandés encore une fois au mandarinat de Hô-Trach pour ce même sujet, et mis dans l’obligation de faire un rapport sur la fuite et la retraite de l’évêque proscrit. Leur déclaration fut, assure-t-on, prudente et simple, ce qui veut dire bien annamite. Ils se contentèrent d’affirmer que l’évêque n’était pas chez eux, et qu’ils ne savaient pas où il se trouvait. ; et, de fait, Monseigneur, parti depuis quelques jours, était déjà loin de leur village, et ils ne pouvaient savoir où il s’était réfugié. Cependant, l’un d’eux, ông Anh, le nouveau maire de Phuông Thuông (Ke-Sen), fut retenu quelque temps en prison à la sous-préfecture de Bô-Trach, parce que les mandarins voulaient le forcer à faire une déclaration plus claire et plus explicite, qui leur apprît quelque chose sur le lieu de retraite de l’évêque et donnât en même temps satisfaction au roi Tu-Duc, qui voulait s’en emparer à tout prix et pressait les mandarins de faire des recherches. Ne pouvant découvrir l’évêque Binh, ni avoir aucun renseignement sur son compte, les mandarins affirmèrent plusieurs fois au roi Tu-Duc que Monseigneur était mort. Sa Grandeur se cachait alors dans les ravins les plus retirés de la montagne, à l’endroit appelé Khe nuoc lan (le ruisseau qui disparaît) dont le territoire Khe nuoc lan appartient au village de Ke-Sen.

Une triste séparation
Après chaque fugue, Mgr Sohier revenait dans sa chère chrétienté de Ke-Sen, où il était toujours reçu bras ouverts par les chrétiens qui ne craignaient pas de lui donner l’hospitalité et de le cacher au péril de leur vie. Il y avait deux mois que Monseigneur et ses compagnons y vivaient sans bruit et aussi secrètement que possible, avec les élèves du collège, quand de mauvaises nouvelles les obligèrent à gagner encore une fois la forêt et à se séparer les uns des autres. Laissons Mgr Sohier nous faire lui-même le récit de leurs angoisses.
« Le 10 mai au soir, nous apprîmes que l’ordre de faire de nouvelles perquisitions avait été donné aux mandarins de Dông-Hoi, et que ceux-ci avaient adjoint deux capitaines au sous-préfet, pour fouiller à fond les villages de Ke-Sen et de Ke-Bàng. Le lendemain donc, nous nous retirâmes encore dans les forêts, M. Barlier et moi, avec nos élèves. Le 13, nous reçûmes des lettres de la capitale, dans lesquelles on nous engageait à quitter tout à fait Ke-Sen, par crainte que les nouvelles tortures que l’on se disposait à faire souffrir au thy Duc, ne lui arrachassent quelque aveu compromettant. En conséquence, M. Barlier, qui était avec moi depuis plus d’une année, dut retourner dans sa mission, où il lui était plus facile de se cacher. Nous nous séparâmes bien tristement dans la nuit du 13 au 14 mai. Pour M. Chouleix, qui était allié à Ke-Bàng depuis plus de quatre ans, on le porta dans la forêt ». On verra plus tard combien il y fut malheureux. Aussitôt après le départ de M. Barlier, Monseigneur reçut de si mauvaises nouvelles, que dès le lendemain, il quitta le village avec deux diacres et alla se cacher dans la petite chrétienté de Ke-Hac, qui dépendait alors du poste de Ke-Sen. Pendant l’absence de Monseigneur, les espions rôdèrent chaque jour autour des chrétientés de Ke-Sen et de Ke-Bàng, qui craignaient, et avec raison, de se voir envahies par les païens. La panique fut telle à Ke-Sen que, de peur d’être découverts comme receleurs de missionnaires et d’être sévèrement punis selon toute la rigueur des édits royaux, les néophytes enlevèrent tout ce qui restait dans les maisons du collège et éloignèrent de leur village les prêtres et les séminaristes. Cependant Mgr Sohier, ne voyant là aucune mauvaise intention de leur part, revint s’y cacher sans retard. « Sur un soupçon assez fondé qu’on ne connût déjà ma retraite, je partis seul et retournai à Ke-Sen me cacher dans une cabane bien obscure, car je ne savais plus où donner de la tête. Peu de jours après, il se forma dans ma jambe gauche un abcès qui me fit beaucoup souffrir et qui fut sans doute déterminé par la fatigue de mes fuites nocturnes. Aux douleurs qu’il me causa pendant plus d’un mois, vint bientôt se joindre la fièvre typhoïde ; je crus en mourir. M. Choulex fut aussi pris de la même maladie, à son retour des bois, et réduit à la dernière extrémité. Le seul prêtre qui restât dans cette partie de la mission fut atteint du même mal, ainsi que tous nos élèves, en sorte qu’il n’y avait plus personne pour soigner les malades, et nous nous voyions exposés à mourir sans pouvoir nous porter mutuellement secours.»

Vie errante de M. Choulex dans les montagnes
« Quant à M. Choulex, quoique alité depuis quatre ans et incapable de voyager autrement qu’en filet, il dut aussi chercher un refuge sur les montagnes. Il souffrit des misères incroyables ainsi que les hommes qui l’accompagnaient. Mille fois ils coururent le danger d’être dévorés par les bêtes féroces. Je croyais que ce cher infirme ne pourrait y vivre quinze jours, et il y est resté neuf mois entiers. Il était parti vers la fin de septembre, par un temps épouvantable ; c’est l’époque où commencent les tempêtes et les inondations dans ce pays. Une semaine s’écoula avant qu’on pût lui construire un abri, à cause des averses torrentielles qui tombaient continuellement. M. Choulex, souffrant de la fièvre, était suspendu jour et nuit dans son filet, entre deux arbres, n’ayant que sa couverture, attachée en forme de tente, pour le protéger contre la pluie ; ses compagnons couchaient par terre et dans la boue. Enfin ils se bâtirent une cabane mais ayant été découverts par les païens, ils ne purent l’occuper que huit jours. Il fallut donc décamper et aller habiter ailleurs. À peine la nouvelle case était-elle achevée, qu’elle fut encore aperçue par les espions, et nos fugitifs restèrent une quinzaine de jours errant dans les bois, par un temps horrible. Pendant son séjour sur les montagnes, M. Choulex fut obligé de faire construire dix cabanes différentes, très éloignées les unes des autres, étant sans cesse pourchassé par une meute d’infidèles. Les mandarins, qui savaient sa présence dans les montagnes, avaient placé des corps de garde sur toutes les routes qui y conduisent ; en sorte que ses gens étaient réduits à faire de grands détours pendant la nuit, pour aller chercher des vivres. Ce cher confrère a passé des semaines entières n’ayant pour toute nourriture que du riz assaisonné avec des feuilles de patates. Ce n’était pas très appétissant pour un pauvre invalide sans cesse agité par la fièvre. Comme moi, il a perdu un de ses hommes ; tous les autres tombaient malades et l’abandonnaient un à un. Sur la fin, il n’était plus possible de trouver quelqu’un pour l’accompagner. »

Mgr Sohier est sauvé par une petite fille de 8 ans
Le dimanche matin, 26 mai 1861, en la fête de la Très Sainte Trinité, le prêtre Jean Hoan était martyrisé à Dông-Hoi, avec Mathieu Phuong, dignitaire de la chrétienté de Sao-Bùn. La persécution était alors si violente que, ne pouvant rester plus longtemps à Ke-Sen où il n’était pas en sûreté, Monseigneur, après s’être caché par ci et par là aux environs, alla se réfugier à Ke-Hac. C’était une retraite périlleuse, il y habita successivement dans quatre maisons chrétiennes et y vécut dans des transes continuelles en prenant les plus grandes précautions. « Ce n’est pas, dit-il, que j’eusse peur de la mort, car je n’ai cessé de soupirer après la grâce du martyre, mais je craignais de compromettre ces généreux chrétiens qui exposaient leur vie et leur fortune pour me donner l’hospitalité. Cependant j’ai été plus de dix fois sur le point d’être pris, et ce n’est que par une espèce de miracle que j’ai pu échapper à la mort. ». Les chrétiens de Ke-Hac racontent que l’évêque se cachait ordinairement dans la maison de Hoan, père du médecin Hân, et que le père de la femme Viên, de Ke-Sen, hébergea pendant plusieurs mois deux séminaristes qui accompagnaient sa Grandeur. Ayant été aperçu par un païen dans la maison de ông Hoan, Monseigneur la quitta et alla habiter chez ông Duong. Une nuit, comme les espions venaient l’y arrêter, le chef de famille répondit à celui qui l’interrogeait : « N’entrez pas, les enfants ont la variole ». Il y avait de fait un varioleux, mais l’intention était de gagner du temps afin de pouvoir soustraire l’évêque aux recherches. Une petite fille de sept à huit ans, disent les chrétiens, cousine de Duong, appelée Nhuân, ayant entendu cela, se leva sans rien dire, conduisit Monseigneur dans un champ de paille derrière la maison, et mit en lieu sûr les divers objets qui appartenaient à Sa Grandeur, si bien qu’on ne put rien découvrir.

À la recherche d'un gîte
Cependant, malgré le dévouement sans bornes des chrétiens, le péril devint si imminent, que Monseigneur dut aller se cacher dans les montagnes. Il partit dans la nuit du 24 au 25 janvier, accompagné par deux dignitaires de la chrétienté de Ke-Hac, ông Tân et ông Ly. « Quelques jours auparavant, a écrit Mgr Sohier, j’avais envoyé des hommes pour nous construire une cabane. J’emmenai avec moi plusieurs élèves qui étaient aussi cachés dans diverses maisons de Ke-Hac ; nous étions tous silencieux comme des gens qui vont à la mort. Après avoir marché au milieu des ténèbres par des sentiers affreux, nous atteignîmes le pied des montagnes au point du jour. Ce ne fut qu’à huit heures que nous arrivâmes à l’agreste castel qu’on nous avait construit sur le bord d’un torrent. « Maintenant, Père, me dit notre guide, nous n’avons plus rien à craindre, nous passerons joyeusement ici les jours de nouvel an ». Et l’on commença à préparer le déjeuner. Pendant que tout le monde mangeait et se reposait, je sortis pour considérer l’aspect du paysage. Voilà qu’en me retournant, j’aperçus de loin une bande de païens qui remontaient le torrent. Je me hâtai d’entrer dans la case, où je me cachai sous des nattes, et mes gens s’assirent par devant. Les païens ne tardèrent pas à paraître, et virent tous nos bagages, parmi lesquels se trouvaient quelques objets européens. Notre guide leur représenta que nous étions des chrétiens fuyards ; que, n’osant plus nous cacher à Ke-Hac, nous étions venus nous cacher dans ce désert ; qu’il les priait d’avoir pitié de nous et de ne pas nous dénoncer dans le village. Ils jurèrent par leurs grands dieux qu’ils n’en diraient rien ; mais ils ne tinrent pas leur parole, et plus tard les païens ont fait bien des recherches pour nous perdre. Cette fâcheuse rencontre, couché là-dessous, nous jeta dans un grand embarras. Mais avant d’aller à la découverte d’un endroit plus convenable pour dresser notre tente, je décidai qu’il fallait coucher ici une nuit pour réparer nos forces. Le jour suivant, nous nous chargeâmes de notre fardeau (pour ma part je portais une marmite) et nous commençâmes à monter et à descendre, en traversant des bois presque impénétrables ».

Le palais épiscopal dans la forêt
« Vers le soir, nous arrivâmes sur le bord d’un torrent qui coulait au fond d’un ravin d’un accès très difficile. Nous trouvâmes là un arbre d’une dimension fabuleuse, qui était renversé le long du torrent. Le tronc se divisait en deux, de telle sorte qu’il nous fut facile de construire, dans l’intervalle, un toit avec des branches pour nous garantir de la pluie ; ensuite, nous nous logeâmes là-dessous, couchés sur des pierres et sur la terre, à la merci des tigres, des éléphants, des rhinocéros et de toutes sortes d’animaux féroces dont ces régions sont remplies. Les jours suivants, nous fîmes à l’entour quelques barricades avec des branches d’arbre, plutôt pour nous dérober à leur vue que dans l’espoir de résister à leurs attaques. Dieu sans doute veillait sur nous, car il ne nous est arrivé aucun malheur, quoique nous ayons souvent entendu le tigre rôder autour de nous pendant la nuit et que nous ayons vu ses traces pendant le jour aux environs de notre gîte. Nous n’y passâmes que dix jours, mais cela suffit pour nous rassasier tous de la vie de montagnards. Un mois après notre rentrée à Ke-Hac, il fallut songer à reprendre la route des montagnes, et cette fois j’y resterai trente et un jours. Comme nous avions un gîte tout préparé sous notre fameux tronc d’arbre, nous retournâmes nous y loger. Un jour, nous manquâmes d’être pris par une bande de chasseurs ; ils découvrirent le sentier qui conduisait à notre caverne, mais il n’y en eut que trois qui descendirent jusqu’à nous, les autres restèrent sur le penchant de la montagne. Quand nous les entendîmes, les élèves se cachèrent dans les broussailles ; pour moi, je me fourrai dans le tronc d’arbre qui nous abritait et qui était creux. Notre guide se présenta aux malencontreux visiteurs, et leur dit qu’il était venu là pour faire du bois, que ses compagnons étaient à travailler et qu’il gardait les bagages. Ils ne se doutèrent de rien et se retirèrent sans même entrer dans notre case, qui avait l’aspect d’un horrible repaire ». Tel était le palais épiscopal de Sa Grandeur !

L’arrestation des chrétiens de Ke-Sen et leur départ pour l’exil
Ce fut le 22 août 1861, alors que Mgr Sohier se cachait dans les gorges de la haute montagne, que fut promulguée à Ke-Sen, l’expatriation générale des chrétiens selon l’édit de Tu-Duc, pour être dispersés dans les villages païens. Mgr Sohier a raconté qu’au moment où se fit l’arrestation en masse des chrétiens, il y eut une indicible confusion. Quelques-uns ne purent retrouver leur femme et leurs enfants qu’au bout de cinq ou six jours. Quand ces pauvres gens se séparèrent sans presque aucune espérance de se revoir jamais, ils versèrent des torrents de larmes et poussèrent des cris qui furent entendus bien loin : « Hélas, disaient-ils, plût à Dieu qu’on nous coupât la tête pour en finir ! Pourquoi nous laisser une vie plus dure que la mort ?». « Autour de la résidence (c’est-à-dire aux environs de Ke-Sen), dit encore Monseigneur, l’édit ayant été mis à exécution un peu plus tard, les néophytes profitèrent de ce délai pour mettre leurs provisions et leurs meubles en dépôt chez les païens de leur connaissance qui, sans scrupule, vendirent les meubles et mangèrent le riz. Tout fut donc perdu pour les chrétiens, car à qui s’adresser pour obtenir justice quand on est voué à la mort ?». Qu’attendre, en effet, d’un juge sans foi ni loi lorsqu’il est notre ennemi ? Les chrétiens de Ke-Sen furent conduits sans retard au mandarinat de Bô-Trach. Mgr Sohier a écrit que « c’était un spectacle à fendre le cœur : on voyait des mères s’en aller, l’une avec son enfant suspendu au sein, l’autre portant sur le dos son nouveau-né ; elles étaient suivies de leurs maris chargés de vivres, et, après eux, venaient les nouveaux maîtres, une verge à la main ; les enfants abandonnés ont pris la fuite dans la forêt ». Malgré tout ils partirent, assuraient-ils, bien résignés ; quelques-uns même paraissaient contents d’être persécutés pour Notre-Seigneur. C’était l’Ibant gaudentes (Ils s'en allaient joyeux) des apôtres lors de la première des arrestations des disciples du Christ, pendant que leur évêque, qui, depuis des années, pour fuir la persécution, cherchait non loin d’eux un refuge dans la forêt de la grande montagne, avait, disaient-ils, le cœur plein de douleur à cette triste séparation, impuissant, hélas ! à leur venir en aide. Il ne pouvait que consoler et encourager ceux qui arrivaient jusqu’à lui et qui lui apportaient de si pénibles nouvelles, aussi s’efforçait-il de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et de se cacher dans les antres les plus sauvages pour se soustraire aux perquisitions des soldats et des mandarins envoyés sans relâche à sa poursuite, le roi Tu-Duc voulant absolument s’emparer de l’évêque Binh qu’il savait caché dans le pays de Sen-Bàng.


Les compagnons de Monseigneur
Plusieurs chrétiens de Sen-Bàng suivaient leur évêque infortuné dans sa fuite à la forêt et à travers la grande montagne ; avec quelques séminaristes, ils pourvoyaient à sa subsistance. Le prêtre Paul Ninh, qui se cachait à Sen-Bàng, allait et venait et formait le trait d’union entre son Vicaire apostolique et la Mission. Parmi les chrétiens qui se dévouèrent pour sauver leur évêque, on cite tout particulièrement ông Vun, père de la femme Soan, de Ke-Sen, qui fut toujours pour Monseigneur un serviteur fidèle et on ne peut plus dévoué, et le nommé Kiêù, père de Léon Phi, du hameau de Sable, qui étaient chargés de préparer les repas de Monseigneur et de sa suite, en cuisant le riz et les tubercules qu’ils pouvaient trouver. Barthélemy Y, père de Joseph Huân, du Xom-Frua (quartier du milieu), accompagna Monseigneur pendant les trois derniers mois de son séjour à la montagne. C’était un ancien serviteur du prêtre Khanh, de Ke-Sen. Plus tard, le P. Pontirame le prit à son service pour l’en récompenser et s’occupa de lui, suivant le désir de Monseigneur. On cite encore le nommé Tin, de Ke-Bàng, et d’autres qui furent très dévoués à leur évêque. Il arrivait parfois qu’ils étaient nombreux, aussi, lorsqu’ils rencontraient des bûcherons païens, ils se mettaient eux-mêmes à abattre des arbres, pour faire accroire qu’ils étaient venus couper du bois et ne pas laisser soupçonner qu’ils étaient en fuite. On raconte qu’une maison païenne du village de Sao-Sa procura longtemps des vivres à Monseigneur. On les portait aux abords de la forêt, à un endroit désigné d’avance, où les chrétiens qui accompagnaient Sa Grandeur descendaient les chercher pendant la nuit. Les chrétiens disent que Monseigneur célébrait la sainte Messe le dimanche et les jours de fête. Cette vie à moitié sauvage était horriblement déprimante ; aussi Monseigneur, voyant que son attente de secours était déçue, écrivait : « Toujours pas de nouvelles, il faut donc se résigner à la mort ».

« Monseigneur, je vous défends de vous livrer » Il y eut des journées bien pénibles et bien tristes dans cette vie errante à travers les coins les plus escarpés et les plus retirés de la montagne, où l’on manquait de tout. Monseigneur, harassé de fatigues et de privations, était parfois abattu jusqu’à perdre courage, ne voyant plus aucune chance de salut. Le prêtre Thomas Hué, mort alors qu’il desservait An-Dôn, en 1905, raconta qu’il faisait partie de la suite de Monseigneur Sohier avec quelques séminaristes, et qu’une fois ente autres, leur évêque était tellement persuadé qu’il ne pourrait plus continuer à vivre en proscrit, qu’il avait résolu de se livrer lui-même, afin que les chrétiens fussent épargnés. Sa décision produisit un grand émoi dans son entourage. Le prêtre Ninh appela aussitôt tous ceux qui étaient présents, prêtres et séminaristes ; et tous ensemble se concertèrent sur ce qu’il y avait à faire. Ils résolurent d’aller sans retard trouver Monseigneur et de lui demander la raison d’une pareille démarche ; ce qui fut fait aussitôt et à peu près en ces termes. « Monseigneur, nous avons appris avec étonnement que Votre Grandeur a pris une décision qui nous inquiète et dont nous redoutons grandement les conséquences, non seulement pour vous, mais aussi pour toute la Mission. Les temps sont durs, il est vrai, la persécution continue, aussi violente que jamais, mais jusqu’ici la Divine Providence ne vous a pas manqué dans les moments les plus périlleux. Pourquoi donc Votre Grandeur pense-t-elle à se livrer, après tant de secours providentiels sur lesquels vous pouvez encore compter ? Et d’ailleurs, à quoi aboutirez-vous, Monseigneur, en vous livrant ? Et nous, que deviendrions-nous, seuls ? Ce sera la désolation dans toute la Mission. Mieux vaut continuer à fuir et à vous cacher que de mettre un pareil projet à exécution. » Puis, prenant Sa Grandeur par le bras et parlant au nom de tous, le prêtre Ninh lui dit le plus gravement possible : « Monseigneur, je vous défends de vous livrer. » Sa Grandeur reprit alors courage, bien décidée à ne pas les abandonner et continua à mener sa vie errante, en se confiant plus que jamais à la Divine Providence.

Tous malades de la fièvre – Mort de Tin
Pendant leur séjour à la montagne, ils furent tous malheureux, plus qu’on ne saurait le dire. Ils y coururent des dangers incroyables. Sans cesse il leur fallait changer de gîte et aller planter leur tente dans un endroit plus éloigné et plus solitaire, la persécution étant signalée plus violente ou le lieu de leur retraite étant connu des païens. C’est ainsi, disaient les chrétiens, que Monseigneur parcourut avec sa suite tous les coins et les recoins de la haute montagne jusqu’à Ke-Hac. Ils y endurèrent aussi tous, mais particulièrement Sa Grandeur, des souffrances dont les forces humaines sont à peine capables. Pas d’habitation, presque pas de vivres, le voisinage des fauves dont la montagne est infestée, les recherches des persécuteurs, les mauvaises nouvelles qu’ils recevaient de la Mission, l’insalubrité de la forêt, tout contribuait à ruiner leurs forces et leur santé. Tin, de Ke-Bàng, un des chrétiens qui accompagnaient leur évêque, fut gravement atteint de la fièvre. « Nous n’avions avec nous aucun remède, a écrit Mgr Sohier. J’avertis ses parents de venir le chercher en filet. En attendant, le mal faisait des progrès rapides. J’entendis sa confession, et je lui donnai l’extrême-onction ; enfin, on vint le prendre, et il mourut deux ou trois jours après. » Tin fut enterré dans la forêt, et le lieu de sa sépulture est appelé wu mo Tin, c’est-à-dire : l’endroit où se trouve la tombe de Tin. « Presque tous les autres tombèrent successivement malades. Le spectacle de tant de misère me remplit l’âme de tristesse : je perdis l’appétit et le sommeil, et je prévoyais que je ne serais pas longtemps sans succomber moi-même. Je priai donc les chrétiens de me conduire dans quelque misérable cabane, leur déclarant que, si la chose n’était pas possible, j’irais frappe à la porte de quelque païen : il me recevrait ou me livrerait, cela m’était indifférent, car je mourrais également sur ces montagnes. Les chrétiens me ramenèrent chez eux et, depuis lors jusqu’à présent, j’ai continué de m’y cacher ». Quelques jours après son retour, Monseigneur fut pris d’une fièvre terrible, dont il fut bien longtemps à se remettre, et tous ceux qui l’avaient suivi dans les bois furent atteints par la maladie.

La paix rendue à l’église d’Annam
Monseigneur Sohier se cachait dans la chrétienté de Ke-Hac lorsque fut conclu entre la France et l’Annam le traité de paix du 5 juin 1862, qui mettait fin à la persécution officielle, en accordant à chacun le libre exercice de la religion chrétienne. Quelque temps après l’annonce de la paix rendue à l’Église d’Annam et de l’amnistie accordée aux chrétiens dispersés, Monseigneur dit adieu aux chrétientés qui avaient protégé sa retraite et partit en jonque de mer pour la capitale. Il était heureux de voir la persécution terminée, mais triste, disait-il, de se séparer de sa chère chrétienté de Ke-Sen, qu’il affectionnait beaucoup parce qu’elle lui avait servi de refuge pendant plusieurs années. Il promettait aux chrétiens de ne pas les oublier, de revenir les voir souvent et son désir était de dormir son dernier sommeil au milieu d’eux, ce que la Divine Providence lui accorda en septembre 1876. Pendant les années de paix et de tranquillité qui suivirent, Monseigneur put visiter les chrétientés et administrer solennellement la confirmation ; il ne manquait pas alors de raconter quelques épisodes de la persécution et de son séjour à la forêt. En l’entendant faire le récit des dangers qu’il avait courus et des privations qu’il avait endurées, l’assistance entière se mettait à pleurer. Ces récits de la persécution racontés par leur évêque lui-même, dont la tête avait été mise à prix, les touchaient plus que d’éloquents sermons. Les chrétiens rapportent qu’il leur disait avec attendrissement : « J’étais bien malheureux, caché dans la montagne ou dans d’obscurs réduits, mais j’étais aussi bien consolé, heureux et fier quand je vous savais en prison, subissant courageusement la persécution pour la gloire du saint nom de Dieu ; mais vous ne sauriez croire combien j’étais triste et accablé lorsque j’apprenais que quelqu’un avait eu la faiblesse et le malheur d’apostasier. »

Notes manuscrites du Dr Rémon-Beauvais - suite au récit d'André Chapuis

(transcrites par Jean-Louis Bouillat : fusion et synthèse de deux notes manuscrites)
Après les expéditions victorieuses en Cochinchine des amiraux Rigault de Génouilly, Page, Charner et Bonard de 1858 à 1862, les représentants du roi d’Annam durent signer le 25 mai 1862, le traité de Saïgon, qui donnait à la France ses premiers territoires en Cochinchine : les provinces de Saïgon, My Tho, Biên-Hoa ainsi que l’île de Poulo-Condor. En outre, une somme de vingt millions de francs payables en dix annuités devait indemniser les vainqueurs des frais de l’expédition. Enfin la liberté du culte chrétien était reconnue dans toute la Cochinchine. L’abbé Foisneau raconte que lorsque l’amiral Bonard vint dicter en 1863 à la Cour de Hué les conditions de la paix pour demander à sa majesté Tu-Duc de ratifier à son tour le traité conclu l’année précédente, mon oncle, Mgr Sohier, qui, au sortir d’une longue et terrible persécution, avait attendu si impatiemment l’intervention de la France, et qui voulait faire accepter sa présence et celles de ses prêtres, ayant eu connaissance de cette démarche, se présenta inopinément et en grande tenue devant l’amiral et le roi assisté de ses Grands Mandarins. L’amiral surpris lui fit présenter les armes. « C’est moi, dit alors le prélat à Tu-Duc et aux mandarins stupéfaits, qui suis l’évêque Binh que vous avez si longtemps cherché sans succès ». Cet acte de courage grandit l’évêque à leurs yeux et quelques jours plus tard, l’amiral assigna la première place à l’évêque lors du banquet qui clôtura les négociations. Hélas ! ce fameux traité contresigné par Napoléon III en mars 1863 n’était pas encore contresigné par le roi Tu-Duc. La paix pour les chrétiens annamites n’était qu’officieuse, et les anciens édits de persécution n’étant pas révoqués, Mgr de Gadare redoutait fort de voir sous un prétexte quelconque la persécution recommencer. Cette fausse situation dont il se plaint fort dans ses lettres à ses parents, inquiétait beaucoup mon oncle.

Les Voyages en France
C’est à ce moment-là que mon oncle vint en France où il résida fin 1864 et l’année 1865. Le but de son voyage était de de demander à Napoléon III de faire pression sur le roi d’Annam pour qu’enfin soit ratifié par lui le fameux traité de 1862, pour trouver l’argent nécessaire à la réparation des ruines causées par la persécution et pour préparer, dit le P. Launay, l’installation d’un collège que semblait désirer le roi Tu-Duc, mais que les mandarins voulaient empêcher. Il est probable que mon oncle vint effectivement mettre au courant l’empereur des Français de la situation irrégulière, précaire et dangereuse des chrétiens d’Annam et de presser la ratification du traité de 1862.
Mgr Sohier revint deux fois en France. La 1ère fois en 1864-65, il se proposait, comme onvient de le voir, d’entretenir Napoléon III de l’état toujours déplorable des chrétiens de Cochinchine et aussi de se procurer les moyens de réparer les désastres commis dans son Vicariat par la longue persécution. La 2ème fois en 1870-71, convoqué par le Souverain Pontife, il prit part au Concile du Vatican (1870) qui décréta l’infaillibilité du Pape, ainsi qu’aux réunions à Paris des vicaires apostoliques, pour la révision du Règlement général de la Société des Missions Étrangères. Lors du 1er voyage, il visita longuement tous les membres de sa famille et ses nombreux amis, résida principalement chez ses parents au bourg de Lévaré dans la maison que nous possédons et où existe toujours la chambre de « Monseigneur ». Bien entendu il vint à Torchamp chez mes parents au village de La Provostière. Il désirait fort connaître son beau-frère et revoir ma mère qui avait seulement un peu plus de quatre ans quand il l’avait vue pour la dernière fois, avant son départ pour le Grand Séminaire et les Missions. Les paroisses de Lévaré où habitaient ses parents, de Désertines où il était né, de Saint-Mars-sur-la Futaie, Vieuvy et Torchamp, où habitaient ses frère et sœurs, firent au jeune évêque une réception très solennelle. On dressa des arcs de triomphe, des cavaliers allèrent à sa rencontre jusqu’à la limite de la commune. Un clergé nombreux, croix et bannières en tête, alla au-devant lui jusqu’à l’entrée du bourg et le conduisit à l’église, suivi de la foule des paroissiens qui sur son passage baisaient son anneau pastoral. Ma mère (Amandine, sœur de Mgr Sohier), pour ne pas troubler la solennité de cette cérémonie, était restée mêlée à la foule. Monseigneur, qui grillait du désir de la voir au plus tôt, dit à Mr le Curé de Torchamp : « quand ce sera au tour de ma sœur de baiser son anneau, vous me donnerez un coup de coude. » Et c’est ainsi qu’eut lieu leur entrevue. Après la cérémonie, le frère et la sœur purent se dédommager tout à leur aise. À son arrivée à Torchamp, le comte Doynel offrit à mon oncle l’hospitalité au château. Les châtelains avaient même préparé à son intention, pour le lendemain, un grand dîner auquel étaient invités les membres de sa famille, ainsi que le clergé de Torchamp et des environs. Monseigneur le remercia, mais leur fit comprendre que, n’ayant que peu de temps à passer chez sa sœur, il désirait rester chez elle. Alors le comte Doynel, dont le dîner était préparé, proposa à mes parents d’offrir à La Provostière son dîner. Le repas auquel prirent part en plus de notre famille les châtelains et le clergé, eut donc lieu chez mes parents. Les châtelains firent apporter victuailles, vins, vaisselle ; leur cuisinière, leurs domestiques les accompagnèrent si bien que mes parents n’eurent qu’à se mettre à table sans se soucier du repas.
Mgr Sohier trouva son père et sa mère bien portants. Pendant ce premier voyage, il alla jusqu’en Bretagne rendre visite à la famille de son ancien évêque et ami, Mgr Pellerin. Passant par Brest, il s’y trouva au mois d’avril 1865, le jour d’ouverture du chemin de fer Brest-Paris. On lui fit l’honneur de le prier de bénir la locomotive qui devait parcourir ce trajet pour la première fois. Sur un théâtre qu’on avait préparé pour cette solennité, mon oncle présida, ayant à ses côtés le Ministre et l’Amiral. À Rennes, il se rendit dans la famille d’un de ses amis Mr Le Dauphin, originaire de Landivy. C’est alors que fut peint à l’huile, d’après nature, le beau et grand portrait de mon oncle que je m’étais procuré avec grande difficulté, que j’étais si fier de posséder, et qui a été brûlé dans ma maison de Domfront. Dans ce 1er voyage, il était accompagné de deux annamites, l’un diacre, l’autre sous-diacre. Lors du 2ème voyage (1870-71), après son séjour à Rome, Paris et en Bretagne, il visita à nouveau et pour la dernière fois sa famille et ses amis. Son père était toujours vivant quoique bien usé, mais sa mère était morte. La guerre de 1870 battait son plein. Aussi ce grand voyage fut-il moins joyeux que le premier. Il embarqua à Marseille pour l’Annam le 17 janvier 1871, le jour même de l’apparition de la Sainte Vierge à Pontmain.

Retour en mission
Rentré dans sa mission en février 1866, Mgr Sohier trouva les choses toujours dans le même état. À la fin de 1873, c’est-à-dire plus de dix ans après les négociations de Saïgon, le roi d’Annam Tu-Duc n’avait pas encore donné sa signature et paraissait peu disposé à la donner. « Plusieurs ambassadeurs, lit-on dans ‘Héros trop oubliés de notre épopée coloniale’, s’étaient succédé à la cour de Hué pour obtenir l’adhésion royale, mais on n’arrivait à rien. Les moyens dilatoires variaient à l’infini, comme du reste les protestations d’amitié. Les ministres annamites se jouaient du plénipotentiaire français avec une souplesse incroyable. Aujourd’hui ils accordaient certains points, le lendemain, grâce à une habile réticence, ils revenaient en arrière et il fallait recommencer les négociations, comme si on n’avait rien fait encore ». Survint un événement qui précipita les choses. Profitant, pour prendre pied au Tonkin, de ce que la libre circulation sur le Fleuve Rouge était refusée, l’amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, envoya sur les lieux pour négocier le lieutenant de vaisseau Francis Garnier. Celui-ci fut obligé, par la duplicité des Annamites, de recourir aux armes. C’est alors qu’avec une audace inouïe, aidé de seulement 220 hommes, il s’empara en 20 jours, au mois d’octobre 1873, des citadelles du Delta et de près de la moitié du Tonkin, qui comme la Cochinchine, dépendait du royaume d’Annam, donc du roi Tu-Duc. Ces victoires foudroyantes jetèrent le roi dans le plus grand affolement. En présence de ce désastre, Tu-Duc ne savait à qui avoir recours. Or, mon oncle, depuis la fin de la persécution, était devenu peu à peu l’ami de Tu-Duc et jouissait à la Cour d’une véritable influence. Sa majesté le pria de se rendre au plus tôt à Hanoï auprès de Francis Garnier et de ménager un arrangement. Dans l’espoir d’épargner de nouveaux malheurs aux chrétiens, mon oncle accepta cette mission délicate. Le voilà donc devenu ambassadeur de celui qui l’avait tant persécuté et avait même mis sa tête à prix. Mais connaissant l’astuce des Annamites, il eut l’heureuse idée de faire d’une pierre deux coups et de profiter de cette belle occasion pour revenir en arrière et assurer la liquidation de la vieille et interminable affaire de Cochinchine, avant d’aborder l’affaire nouvelle du Tonkin, objet direct de sa mission. Il n’accepta donc qu’à la condition :
1°) que le roi le ferait accompagner par les ambassadeurs annamites qui étaient depuis tant d’années à Saïgon et qu’il leur donnerait les pleins pouvoirs pour ratifier le traité de 1862.
2°) qu’il le ferait en outre accompagner d’un Grand Mandarin autorisé à négocier avec Francis Garnier et à signer valablement au nom du Roi les négociations qui suivraient.
Tu-Duc accorda tout. Le 1er décembre 1873, mon oncle partit de Hué, avec Mr Dangelzer son provicaire, pour Hanoï où il arriva le 17 du même mois. Là il se concerta avec Mgr Puginier, évêque du Tonkin et étudia avec lui les meilleures conditions du traité à conclure. Les pourparlers avec Francis Garnier commencèrent aussitôt. Malheureusement quelques jours plus tard, le 21 décembre, Francis Garnier, victime d’une héroïque imprudence, fut tué dans une embuscade. C’était évidemment une catastrophe pour le succès de la conférence. Cependant, grâce à l’habileté et aux efforts de mon oncle, les négociations continuèrent à vive allure. « Fixé dans l’Annam depuis trente ans, Mgr Sohier, écrit Valérien Graffier dans ‘Héros trop oubliés de notre épopée coloniale’, connaissait à fond l’astuce des Annamites et les subtilités de leur langue. Il déploya dans ses rapports avec les ministres une telle bienveillance, une si grande patience que tous les obstacles tombèrent peu à peu ».

1er et 2ème Traités de Saïgon
Le 2 janvier 1874, tout était prêt. On était tombé pleinement d’accord sur les articles d’un traité accepté par les Mandarins et cependant très favorable à la France ainsi qu’aux chrétiens du Tonkin. Ce traité, non seulement couronnait dignement les victoires de Francis Garnier, mais aussi, en ratifiant enfin pour la Cochinchine le traité de Saïgon de 1862, assurait définitivement à notre pays la possession de la partie méridionale de cette riche contrée, en même temps qu’il accordait officiellement la liberté religieuse dans toute la Cochinchine. Les missionnaires et les chrétiens avaient désormais droit de cité, pouvaient se montrer au grand jour et réclamer devant les tribunaux respect et liberté pour eux et leur croyance. Ces conférences d’Hanoï arrivées à de si heureux résultats, grâce à l’habileté diplomatique de mon oncle, constituaient pour lui un gros succès. Son contentement devait être extrême. Hélas ! il se produisit soudain un revirement de la politique française. L’amiral Dupré sous les ordres duquel était Francis Garnier, fut pris tout à coup de la crainte d’avoir mis le gouvernement français en mauvaise posture vis-à-vis des puissances étrangères, qui pourraient accuser notre pays de reprendre une politique impérialiste. Le 2 janvier 1874, alors qu’on était réuni à la maison des ambassadeurs pour échanger les signatures, arriva d’Haïphong, tel un coup de foudre, une dépêche signée du lieutenant de vaisseau Philastre, qui, au nom de l’amiral Dupré, ordonnait de suspendre immédiatement toute négociation en l’attendant. Dès le lendemain de son arrivée, il commanda à nos troupes d’évacuer les citadelles prises par Francis Garnier et de se concentrer à Hanoï. Il déclara que Garnier avait agi sans ordre et considéra comme non avenu le très avantageux traité dû au mérite de mon oncle. Trois jours plus tard, le 5 janvier 1874 était signé, sur les directives de ce néfaste Philastre le 2ème traité de Saïgon qui comprenait bien, comme l’avait obtenu Mgr Sohier, la ratification du traité de 1862, ce qui terminait favorablement la question de la Cochinchine. Mais en ce qui concernait le Tonkin, le nouveau traité anéantissait si bien les beaux résultats des victoires de Francis Garnier et de l’habile diplomatie de Mgr Sohier aux conférences d’Hanoï, que ce deuxième traité de Saïgon est qualifié par le Nouveau Larousse Illustré de « désastreux pour la France ». Il était désastreux aussi pour les chrétiens tonkinois dont la religion n’était pas reconnue et qui continuèrent, en effet, à être persécutés. Mgr Sohier ne prit pas part à ce deuxième traité de Saïgon. Il dit seulement dans une lettre du 25 février 1874, adressée à sa sœur Mathilde, qu’un de ses prêtres annamites Antoine Tho est à Saïgon pour servir d’interprète aux ambassadeurs. D’après ce traité, la France en ce qui concernait le Tonkin, obtenait l’ouverture du Fleuve Rouge au commerce, mais reconnaissait la souveraineté de l’Annam sur le Tonkin et s’engageait à évacuer le Delta. Notre pays promettait en outre son appui au roi d’Annam, mais sans établir de protectorat formel. Enfin il n’était pas question de liberté religieuse pour les chrétiens du Tonkin. Au point de vue religieux, on eut beau représenter à Philastre les conséquences faciles à prévoir de l’évacuation sans conditions, lui démontrer que les chrétiens qui étaient regardés comme des partisans des Français, allaient être les premières victimes, il répondit froidement qu’aucune considération ne modifierait sa décision.
Ce qui était prévu arriva. Instruits des sentiments de l’envoyé français, les lettrés annamites donnèrent libre cours à leur haine contre les chrétiens. Pendant dix jours leurs émissaires se jetèrent sur les plus belles provinces du Tonkin, massacrèrent de nombreux habitants, pillant et brûlant les maisons. L’autorité officielle annamite laissa faire les bandes païennes sans les approuver ouvertement. Combien mon oncle dut être navré en voyant les résultats pitoyables qu’avait donnés la politique d’abandon de la France, symbolisé par Philastre et l’amiral Dupré. Mon oncle profondément déçu et affligé vit cependant sa brillante intervention reconnue par la 3ème République, qui lui décerna en 1875 la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. Tu-Duc de son côté, pour remercier Mgr Sohier de sa diligente intervention aux négociations d’Hanoï, l’éleva à la dignité de Grand Mandarin. Précédemment il lui avait donné deux médailles en or de l’ordre supérieur du Dragon d’Annam, la première pour la création de l’œuvre de la Sainte Enfance, la 2ème pour la création de fermes modèles. La Cochinchine, de son côté, voulut reconnaître les services qu’il lui avait rendus, en donnant son nom à une rue de Saïgon. Aujourd’hui encore, d’après les dires de mon neveu Bernard Gourdin-Servenière, qui, comme aspirant dans le Corps expéditionnaire de Cochinchine a vécu à Hué en 1946 et 1947, Mgr Sohier et Mgr Rheinart résident général de Cochinchine à cette époque, sont considérés là-bas comme les deux personnages qui ont le plus contribué à l’établissement de la France en Indochine. Le souvenir de mon oncle y est toujours resté très vivace, et sa mémoire très vénérée par les Annamites. Mgr Sohier n’attachait sans doute pas une grande importance à ces honneurs. Tout au plus appréciait-il le prestige qui en rejaillissait sur sa chère chrétienté d’Annam, dont la situation bien que très améliorée lui donnait encore des soucis. Tu-Duc, en effet, près de deux ans après la signature du 2ème traité de Saïgon, n’avais pas encore promulgué son article 2 qui révoquait et annulait toutes les anciennes prohibitions portées précédemment contre la religion chrétienne et accordait à tous ses sujets la permission de l’embrasser et de la pratiquer librement.

Édit royal de 1875 et fin de vie « Ce n’est, écrit Mgr Sohier dans une lettre à la sœur de son prédécesseur Mgr Pellerin, que le 26 octobre 1875 que sa majesté Tu-Duc, pressé par les instances réitérées de Mr le Résident Général Reinhart (et évidemment pas les siennes, bien qu’il ne le dise pas) fit paraître l’édit qui promulguait ce fameux article 3. C’est pourquoi, le dimanche 31 octobre, j’ai publié solennellement cet édit royal dans ma soi-disant cathédrale de Kim-Long, après la messe à laquelle assistaient ces messieurs de la Légation et de toutes les paroisses voisines. Ensuite nous avons chanté le Te Deum de toute la force de nos poumons pour remercier Dieu d’un si grand bienfait. J’ai aussi adressé une circulaire à tous mes prêtres pour ordonner d’en chanter un dans toutes les chrétientés de ma Mission, après la lecture de cet édit de liberté. Mais les mandarins ne sont pas pressés autant que moi de le publier, car il leur coûte de brûler ce qu’ils ont adoré et d’adorer ce qu’ils ont brûlé. Cependant la publication de cet édit se fait peu à peu et maintenant il est à peu près connu dans tout le royaume. Nous voilà donc entrés dans une ère nouvelle, après laquelle les pauvres chrétiens soupiraient depuis près de cinquante ans ».
Cette fois la joie de Mgr Sohier était complète. Il pouvait enfin se livrer sans crainte et en toute liberté à la conversion de ses chers Annamites. Hélas ! son zèle apostolique ne pourra pas s’exercer aussi longtemps qu’il le désirait. Un an à peine après la publication de cet édit libérateur, Mgr Sohier en tournée de confirmation dans la région de Ke-Sen, où il avait autrefois tant souffert de la persécution et où les chrétiens qui lui avaient été si dévoués, lui étaient particulièrement chers, fut à nouveau pris d’une crise de dysenterie, affection dont il avait été déjà plusieurs fois atteint. Cette dernière crise, plus violente que les précédentes, l’emporta le 3 septembre 1876 à l’âge de 57 ans, très regretté par tous les chrétiens, par tout son clergé, par le Résident Général Reinhart son ami , et même par les mandarins et le roi Tu-Duc qui l’avaient tant persécuté. Sur sa demande, son corps fut inhumé dans l’église de Ke-Sen. Le jour du 50ème anniversaire de sa mort, une messe solennelle a été célébrée sur son tombeau.

Son portrait
Mgr Sohier était de taille moyenne, large, trapu, solidement charpenté et de santé robuste. Du petit séminaire, il écrit à ses parents « qu’il a de tous les élèves les plus gros mollets ». S’il est indisposé, « c’est, dit-il, une indigestion de santé et dis sangsues appliquées sur l’estomac amènent aussitôt la guérison ». Le travail acharné ne l’épuise point. Au Grand Séminaire du Mans, « il travaille sans cesse de 4h du matin à 9h1/2 du soir, ce qui ne l’empêche pas de se soumettre aux jeûnes réglementaires ». « C’est pour lui une promenade de faire à pied une quinzaine de lieues en un jour ». Il ne boit que de l’eau ; la nourriture la plus frugale est toujours bonne, et quand, réfugié en forêt ou en montagne, il n’est pas ravitaillé et souffre de la faim, il se contente de « serrer d’un cran sa ceinture » ; et toujours il est joyeux et content. Il porte une longue barbe soigneusement entretenue et si longue qu’il peut en mettre l’extrémité sous sa ceinture. Pendant ses longues années de réclusion, il a pris l’habitude de fumer la pipe et pendant toute son existence de missionnaire, il fume 13 ou 14 pipes par jour. Un de ses prêtres, le P. Launay écrit qu’il était « doux, prudent, conciliant ». Un autre déclare : « Ah ! le brave homme, ah ! le bon papa, ce qu’il était gai, il était universellement aimé et estimé ». Dans les conférences d’Hanoï, il se montre habile et brillant diplomate. Au point de vue politique, écrit un des missionnaires d’Annam, c’est de tous les vicaires apostoliques celui qui a eu la plus grosse influence.

Les Sergenteries

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Généralités sur les Sergenteries

La Sergenterie, institution de l'Ancien Régime, était un rouage important de la féodalité. Le sergent tenait le milieu entre l’homme de loi et l’homme de guerre. L’épée au côté et la verge d’ébène ou la masse sergentale en main, il inspirait d’ordinaire ce sentiment qui tient plus de la crainte que du respect, car tous devaient s’incliner devant ses sommations. En voyant briller sur la manche de son habit les armes brodées d’or ou d’argent du haut et puissant seigneur, dont il était le héraut, force était bien de respecter à tout le moins, le maître dans le serviteur. Les sergents étaient aux ordres des chefs militaires ou de justice.
Vers le milieu du XIVe siècle, Henri de Torchamp était « sergent fieffé de la forêt de Passais »., ce qui devait correspondre à peu près à la fonction actuelle de garde général des forêts. Au contraire, aux XVe et XVIe siècles, les sergents avaient des fonctions qui sur plusieurs points se rapprochaient de celles de nos huissiers actuels. Ils signifiaient les exploits, les assignations, faisaient les saisies de meubles et immeubles, arrêtaient ceux contre lesquels il y avait prise de corps, procédaient quelquefois aux inventaires, aux ventes, faisaient les proclamations à la porte principale des églises, à l’issue de la messe paroissiale, et étaient chargés enfin de faire sortir les rentes domaniales. Il était défendu, sous peine de la vie, d’excéder ou d’outrager un sergent en fonctions. Mais de son côté, celui-ci ne devait pas user de paroles insolentes ou arrogantes, et ne devait pas porter d’autres armes que l’épée ou la verge.
La sergenterie était une division des vicomtés, lesquels se partageaient en châtellenies et sergenteries, un peu comme de nos jours l’arrondissement se divise en cantons. C’était un fief noble qu’on appelait communément « fief en l’air » parce que n’étant pas spécialement attaché à un fond de terre. On le considérait, suivant les idées de la féodalité, comme ne reposant sur rien. Certaines de ces sergenteries dépendaient particulièrement d’un seigneur, les autres relevaient directement du roi. Dans la Vicomté de Domfront on trouvait les sergenteries de Domfront, de Barenton, de la Ferrière, de Lonlay et une cinquième qui nous intéresse tout spécialement : la sergenterie Dubois plus connue sous le nom de Gaumer, les Gaumer de Martigny en St-Mars en ayant été à un moment les principaux possesseurs.

Sergenterie Gaumer

La sergenterie Gaumer avait dans sa mouvance les paroisses de Saint-Mars-d’Égrenne, Saint-Jacques-de-la-Brasse (Saint-Roch), Saint-Gilles-des-Marais, Torchamp, Saint-Fraimbault, Vaucé, Lebois, Lepinay, La Conception-en-Passais, Mantilly et Rouellé (cf. État des Vicomtés du Duché de Normandie, de Mme de la Chaux). Dans le principe, elle forma un bloc unique et un seul sergent la régissait. Mais, dans la suite, quelques paroisses ou même des parties de paroisses, comme à Torchamp, tout en dépendant toujours de la sergenterie Gaumer, eurent leurs sergenteries particulières, ce qui donna lieu, pour les parties détachées, aux appellations bizarres « de chef, de corps, de corps de chef, de membres » dont on devine la signification. Le possesseur de cet office n’en exerçait pas lui-même la fonction mais l’affermait moyennant rétribution, à un subalterne qui prenait le titre de sergent. Chaque sergenterie, suivant son importance, devenait ainsi pour son propriétaire, une source de revenus plus ou moins grands. En outre, des droits pouvaient y être attachés.
Quelques propriétaires de divisions de la sergenterie Gaumer sont connus.
Vers le milieu du XVe siècle, les Ruault de la Bouhoudière et les Ruault de la Lande possédaient la sergenterie d’une partie des paroisses de St-Mars et de St-Gilles. En 1551, une portion de la sergenterie Gaumer appartenait à la famille Germont et était nommée « la sergenterie aux Germont ». Elle devait à cette date, 4 livres au trésor royal (extrait des Notes de Mme de la Chaux).
Une autre portion appartenant à Jacques et Alexandre Mahiet, frères et héritiers de François Mahiet, vint, en 1604, augmenter le lot de la famille Germont. En effet, par arrêt du Parlement de Rouen, en date du 5 avril de cette année, Christophe Germont, sieur de la Vente, Maître des Eaux et Forêts en la vicomté de Domfront, et déjà propriétaire du Chef de la sergenterie Gaumer, est autorisé à réunir au corps du Chef de la dite sergenterie, la part appartenant aux Mahiet (Archives nationales R4 999, Extrait des archives de Ponthault).
En 1626, le chef de la sergenterie Gaumer, qui s’étendait dans les paroisses de St-Mars-d’Égrenne, de St-Jacques-de-la-Brasse et St-Gilles-des-Marais, fut vendu pour le prix de 4.000 livres par Julien Achard, seigneur du Pas de la Vente, et de Carolles, à Marie Ponthault, fille d’André, sieur de la Couturerie. Mais, en 1636, cette vente fut annulée par sentence d’Henri de Jumilly, écuyer, sieur de Jumilly, St-Bômer et des Hayes, conseiller du Roi, lieutenant général civil et criminel en la vicomté de Domfront, du Bailly d’Alençon. Cette annulation fut faite parce que Julien Achard avait refusé de mettre entre les mains d’André Ponthault les chartes et titres concernant ladite sergenterie ainsi que l’aveu rendu par ledit Achard en la Chambre des Comptes. Il en résultait qu’André Ponthault ne pouvait jouir des droits de chasse, de pêche, de banc, de potelages, de gants, droits en la forêt de bois brisés, versé, volé, cordelé et panages suivant les clauses du contrat de ladite vente. (Archives nationales R4 999, Extrait des archives de Ponthault). On voit par cet acte d’annulation que le chef de la sergenterie Gaumer, en plus évidemment des revenus qu’il produisait, jouissait de droits auxquels, à cette époque, on attachait une grande importance. L’année suivante, le 8 juin 1637, Julien Achard, déjà possesseur du chef du corps de la sergenterie, arrondit encore ses propriétés en achetant pour le prix de 500 livres au même André Ponthault par acte passé devant Chaslaut et Jacques Louvel, tabellions royaux à Domfront, une portion et membre de ladite sergenterie, s’étendant en la paroisse de Rouellé. La famille Achard se trouva alors posséder la plus grande partie de la sergenterie Gaumer. En 1686, Alexandre Achard , écuyer, sieur du Pas de la Vente et loyauté, en la paroisse de la Conception, fils de Julien Achard ci-dessus nommé, était toujours possesseur de la sergenterie noble de St-Mars.
Enfin, en 1689, une autre division connue sous le nom de « sergenterie Foucault » appartenait à Richard Graindorge, Guillaume Germont et Julien Babin, avocat du roi en l’élection de Domfront, et était estimée à 100 livres de revenu. (Extrait des notes de Madame de la Chaux)

Sergenterie de Torchamp

On trouvait dans cette paroisse la « sergenterie Garnier ou de Torchamp » dont en 1635, André Thébault, avocat au Parlement de Rouen, donna déclaration d’une cinquième partie estimée à cinquante livres de revenu. À qui appartenaient les quatre autres cinquièmes ? Sans doute au seigneur de Torchamp. En tout cas, au milieu du XVIIe siècle, celui-ci possédait la sergenterie de toute la paroisse et elle resta vraisemblablement sa propriété jusqu’à la Révolution. Dans l’inventaire qui suivit la mort d’Hector Lesné (1717), on signale parmi les papiers du défunt : un contrat de vente de la sergenterie de la paroisse de Torchamp fait par Me André Thébault avocat, sieur de la Colombellerie à Delle Renée Pitard, par contrat passé devant Me Pierre Chulaust et Jacques Louvel, tabellions en la vicomté de Domfront, le 12 novembre 1637. On ne dit pas la vente de la cinquième partie, mais vente de la sergenterie, ce qui semble démontrer qu’en 1637 la sergenterie entière de la paroisse de Torchamp appartenait à Me André Thébault. Il résulte aussi de cette pièce qu’à partir de novembre 1637 jusqu’à une date inconnue, la sergenterie de Torchamp fut la propriété de Delle Renée Pitard, sans doute fille de Siméon Pitard, écuyer sieur de St Hilaire et de Boudé, et de Renée Gauquelin.

La lecture de mes papiers de famille et de minutes notariales m’a permis de trouver les noms de six sergents.
1 - Julien Barré – On le trouve dès 1661, en 1672 et 1675, désigné comme « sergent de la paroisse de Torchamp » dont il était d’ailleurs un des habitants notables. Il avait épousé Marie Beaudet, fille de Jean Beaudet-les-Villettes et de Françoise de Lorionière . Il exerça sa charge jusqu’en 1680 et eut pour successeur son fils.
2 - Louis Barré-les-Villettes. – Voici le début de l’acte notarié qui lui conféra l’exercice de la sergenterie. "Le 2ème jour de juin 1680, au manoir seigneurial de Torchamp, devant nous, Henri Domer, notaire soussigné en la Vicomté de Domfront, fut présent Henry Lesné, écuyer, seigneur de Torchamp et Jumilly, propriétaire de la sergenterie de Torchamp, faisant partie de la sergenterie Gaumer, lequel baille à titre de fermage pour six années de ce jour à Louis Barré-les-Villettes, de la paroisse, demeurant au lieu de la Brosse..."
Louis Barré-les-Villettes avait pour femme Marguerite Rémon, fille d’Antoine Rémon du Domaine en Torchamp et de Anne Behuet, originaire de St-Mars. Il demeura quelque temps à la Brosse, mais surtout aux Villettes.
À Louis Barré succéda sans doute :
3 - Henri Dupont qui est dit le 1er décembre 1686 « sergent royal en la Vicomté de Domfront, exerçant et résidant en la paroisse de Torchamp » et le 7 août 1688 « sergent royal en la Vicomté de Domfront, exerçant la sergenterie de Torchamp, résidant au lieu de Beauvais, paroisse de Rouellé. » Il appartenait vraisemblablement à la grande famille des Dupont de la Pesnière, de Loraille, de la Gravelle, etc… Après lui, on trouve :
4 - André Gallienne qui, en 1711, 1718, 1721, 1723, 1724, s’intitule « sergent royal en la Vicomté de Domfront, exerçant la sergenterie de Torchamp ». Le 28 septembre 1724, il réside à Saint-Mars. Il eut pour successeur :
5 - François Daligault, qui en 1726 et 1737 est dit « sergent royal en la Vicomté de Domfront, immatriculé aux juridictions royales du dit lieu, exerçant en la paroisse de Torchamp et résidant à Domfront. » Après lui mentionnons le dernier sergent qui soit venu à ma connaissance, mais qui n’est certainement pas, si l’on considère les dates, le successeur immédiat de François Daligault.
6 - Henri Pottier. Il s’agit ici à nouveau d’un paroissien authentique de Torchamp. Il se dénommait « Sieur du Noyer », était fils de Henri Pottier et de Marie-Anne Ledemé, et appartenait à la vieille famille bourgeoise des Pottier de Marguentinet. Il s’intitula en 1770, 1777 et 1778 « sergent royal au bailliage de Domfront, y reçu et exerçant à Torchamp ». Il fut peut-être le dernier sergent de cette paroisse. Bientôt, en effet, survint la Révolution qui supprima les sergenteries.

Les Procureurs-Syndics de Torchamp

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Aperçu général

Avant la Révolution, la fonction de procureur-syndic avait quelque ressemblance avec la fonction de maire actuel. Copions – à peu près textuellement – ce qu’en dit l’abbé Bernier, dans son "Essai sur le Tiers-État rural au XVIIIe siècle".
"Aucune fonction, écrit cet érudit historien, n’était jalousée comme celle de syndic et pour cause. Le syndic rural tient réellement la place qu’occupait jadis le seigneur à la tête de la paroisse. Choisi par des électeurs compétents, ses pareils et ses voisins qui l’ont vu à l’œuvre, son élection n’est due qu’à la confiance que la paroisse a dans sa loyauté, sa capacité et son dévouement aux intérêts communs. Cette situation constitue pour lui une puissance. De plus, mandataire direct des habitants, sans autre contrôle de ses actes que celui des officiers royaux qui le laissent généralement fort tranquille, il administre pour ainsi dire motu proprio toutes les affaires de la paroisse et ces affaires s’appellent légion. Entre ses mains est déposée l’une des quatre clés du coffre en chêne placé dans l’église, qui renferme les archives publiques. Il veille à ce qu’aucune imposition illégale ne pèse sur ses administrés, s’occupe avec les collecteurs d’assurer la répartition équitable et la rentrée paisible des impôts. À lui de fournir à l’intendance des renseignements précis sur l’agriculture, le commerce et l’industrie, sur le nombre, l’âge et la taille des chevaux de la paroisse, sur le chiffre de ceux qui sont propres à la remonte, sur le chiffre et la valeur des juments poulinières, sur l’état des races ovines et bovines ; les statistiques sont déjà en honneur. À lui d’empêcher la saisie des bestiaux et des instruments agricoles, de faire exécuter les arrêts relatifs à la destruction des chenilles, de prévenir les subdélégués des incendies et des épidémies qui atteignent les hommes et les animaux, de trouver des logements aux troupes de passage. À lui de signaler à la voirie les chemins impraticables, d’engager les riverains à réparer les chaussées qui touchent à leurs héritages, de faire le dénombrement exact des habitants et des animaux sujets à la corvée royale, de conduire les manouvriers et les voitures au lieu déterminé par l’administration et de présider quelquefois à leurs travaux. À lui de s’entendre avec la fabrique et les gros décimateurs pour l’entretien et la restauration de l’église et du presbytère, avec le curé, pour dresser le rôle des taxes en faveur des indigents. Le syndic s’occupe également de l’exécution des lois sur la milice. En temps de paix, il doit connaître la résidence des miliciens et en temps de guerre en faire la levée et l’équipement, besogne souvent fort ennuyeuse pour lui. Enfin, il lui appartient de convoquer et de présider l’assemblée générale des habitants. Sur le syndic, en un mot, repose toute l’autonomie du Tiers-État rural ».

Les Syndics de Torchamp

1 - Jean Beaudet-Beauctière
Il est dit en 1680 « procureur-syndic de la paroisse de Torchamp » et appartenait à une vieille famille bourgeoise dont il a été souvent fait mention dans le chapitre concernant les curés de Torchamp. Nous avons vu en particulier un Jehan Beaudet quia vait pris possession de la cure de Torchamp en 1607 et qu’aussi un Louis Beaudet, contemporain de notre syndic, en fut vicaire.

2 - N. Pouchard
Ce procureur syndic dut être le successeur immédiat de Jean Beaudet-Bauctière. À propos de la Seigneurerie de Torchamp, nous avons vu qu’il faillit être assassiné par Henri Lesné, seigneur de la paroisse, ainsi que l’indique un arrêt de la Cour des Aides de Rouen, en date du 27 juillet 1684. Il fut victime de son zèle à soutenir les légitimes intérêts de ses administrés contre les graves exactions du seigneur. La commune de Torchamp doit bien à ce courageux syndic tout au moins un souvenir reconnaissant pour avoir défendu jadis ses habitants au péril de sa vie. Il appartenait vraisemblablement à une famille qui habitait alors le village des Villettes, qui avait longtemps auparavant donné son nom au lieu-dit : les Haies-Pouchard et doit être en conséquence considérée comme l’une des plus anciennes familles bourgeoises de Torchamp. À la même époque que notre syndic et appartenant à la même famille, vivait un François Pouchard, sieur des Villettes, prêtre, bachelier, curé des églises de Domfront et vice-gérant de l’Officialité du Mans, qui est signalé dès 1661 et fut inhumé dans le chœur de son église paroissiale en 1690. Ce vénérable prêtre fut le fondateur à Domfront de la Confrérie du Saint-Sacrement et aussi un insigne bienfaiteur de l’hôpital à qui il donna les fermes de la Morinière et de la Baillette qu’il possédait à Saint-Mars. Il était fils de Jean Pouchard sieur des Haies (Torchamp).

3 - Henry Rémon
Henry Rémon est dit syndic de Torchamp le 4 juin et le 19 novembre 1713 ainsi que le 26 août 1714 (Minutes du Tabellionnage Lailler). Il s’agit ici de notre aïeul Henry Rémon sieur du Domaine, marié à Anne Cousin du Jarrosay et frère de Siméon Rémon-Sauvagère qui suit.

4 - Siméon Rémon-Sauvagère
Donné en 1714 et 1716 comme « procureur-syndic de Torchamp », Siméon Rémon-Sauvagère, né du mariage de Guillaume Rémon sieur du Domaine et de Jeanne Pottier, était neveu de Guy et Siméon Rémon, prêtre et frère de Guy Michel Rémon, également prêtre, que nous avons vu en passant en revue le clergé de Torchamp. Il épousa Catherine Legénissel, sœur de François Legénissel, notaire royal pour les paroisses de la Baroche, Lucé et Avrilly, et habita le village de la Sauvagère où il vécut en cultivant son bien. Décédé à l’âge de 75 ans, il fut inhumé dans l’église de Torchamp en 1755. Il fut le grand-père de l’abbé Pierre-Julien Hervieu, martyr de la Révolution et l’arrière-grand-père du général baron Rémond, député de l’Orne, dont le nom est gravé sur l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris.

5 - Pierre Barré
Pierre Barré est dit « procureur-syndic de Torchamp en 1785 ». Il appartenait à une famille bourgeoise, dont nous avons rencontré plusieurs fois des représentants, soit comme vicaires, soit comme sergents de Torchamp. Le village d’origine des Barré paraît être les Hautes-Haies où ils habitaient au moins à la fin du XVIe siècle et dans la première moitié du XVIIe. Cette famille se divisa en plusieurs branches, dont les unes restèrent à Torchamp, et s’intitulèrent sieurs des Hautes-Haies, de la Faverie, de la Rairie et dont les autres passèrent dans les paroisses de Juvigny, Avrilly et St-Bômer. Cette dernière branche, la plus notoire, alla habiter en 1602 le château seigneurial de Jumilly, échangea son nom de Barré, sieur des Haies et de Jumilly contre celui de « Jumilly » et fut anoblie en 1638. Ces Barré furent de grands bienfaiteurs de Saint-Bômer et de Domfront et l’un d’eux sauva Domfront du pillage. Les de Jumilly avaient leurs biens surtout sur la paroisse de Saint-Bômer, mais ils n’en restèrent pas moins propriétaires à Torchamp des terres de la Grande et de la Petite Haie, de la Saulnerie, de Malterre (ou Haies de Malterre) et des Noës. Au décès en 1680 de Henri de Jumilly, dernier représentant de cette branche des Barré, sa fortune fut partagée entre quatre de ses cousins dont deux nous intéressent : Henry Lesné, seigneur de Torchamp (fils de Françoise de Jumilly) qui eut le fief du Fougeray en Saint-Bômer, et François de Vaufleury, seigneur d’Oissé, qui eut les terres de Torchamp. Son fils César se qualifia « seigneur de Malterre ». Lui et ses descendants furent dès lors connus sous le nom de « de Malterre ».

6 - François Louis Jean Domer
François-Louis-Jean Domer, sieur du Tertre, conseiller du roi, notaire royal pour la paroisse de Torchamp, lieutenant du Quart-bouillon et des Traites foraines de Domfront, demeurant au Tertre, dont je donnerai la biographie en traitant des tabellions et notaires de Torchamp, fut syndic de cette paroisse, pendant une partie de l’année 1787, pendant les années 1788 et 1789, et pendant une partie de l’année 1790, jusqu’à ce que la Révolution eût supprimé la fonction de syndic.

Les Tabellions et Notaires

Selon les recherches sur le bourg de TORCHAMP du Dr Joseph RÉMON-BEAUVAIS (1874-1959) transcrites et résumées par Jean-Louis BOUILLAT [4]

Les renseignements concernant les tabellions et notaires de Torchamp ont été puisées aux archives du notariat de Domfront, aux archives départementales, dans les registres de l’État Civil de Torchamp, dans les papiers de famille et dans des notes aimablement communiquées par M. Gabriel Hubert.

Généralités

Les tabellionnages, tout au moins au XVIe siècle et au commencement du XVIIe, dépendaient du Domaine. Ils étaient mis aux enchères et donnés à terme temporaire, ce qui explique comment le même individu pouvait en occuper plusieurs simultanément quoiqu’ils fussent à grande distance. C’est ainsi que Pierre Ruault de la Vaidière (St-Mars) mort en 1616, était en même temps tabellion de Saint-Mars, Rouellé, Saint-Gilles-des-Marais, la Haute-Chapelle, Lonlay-l’Abbaye, Saint-Jacques-de-la-Brasse, localités voisines les unes des autres, mais aussi de la Lande-Patry, paroisse fort éloignée. (Note extraite du Registre des familles Ruault du Plessis-Vaidière). Les tabellions eurent jusqu’au XVIe siècle, pour unique fonction, de garder les minutes des notaires et d’en délivrer les grosses. Plus tard, au XVe, XVIIe et XVIIIe siècles, ils paraissent avoir eu, au moins dans notre région, les mêmes attributions que les notaires. Ces derniers d’ailleurs subsistèrent seuls, à partir de 1761. Comme de nos jours, les notaires d’avant la Révolution étaient des officiers publics, chargés principalement des actes et contrats auxquels on voulait donner un caractère d’authenticité. Il y avait les notaires des corporations, des universités et des seigneurs. Mais dans notre région, je n’ai trouvé trace que de tabellions et notaires royaux, créés par le roi, pour recevoir les actes faits entre toutes sortes de personnes de quelque qualité qu’elles fussent et de notaires apostoliques, nommés d’abord par des archevêques et évêques (un par diocèse) et à partir de 1691, par le roi, chargés de passer les actes concernant les bénéfices ecclésiastiques : démissions, résignations, prises de possession d’églises paroissiales ou de prestimonies.
Le postulant à une charge de notaire, devait produire des certificats de catholicité et de bonne vie et mœurs, présenter une connaissance suffisante des ordonnances royales et de la coutume du pays, offrir en somme une capacité professionnelle devant des juges désignés à cet effet, et satisfaire à tout ce qui était nécessaire à sa réception. Le notaire, officiellement nommé par le roi, pouvait, lui ou sa veuve s’il était décédé, louer l’office à prix d’argent, par bail généralement de six ans, semblable à un bail de ferme, pourvu que le nouveau bénéficiaire eût passé lui aussi une sorte d’examen de notaire. La médiocrité relative des connaissances exigées d’un notaire royal, la modicité du prix de l’office, les privilèges tant palpables qu’honorifiques qui y étaient attachés, faisaient que cette charge était convoitée. Il en résultait que sous l’Ancien Régime, les notaires étaient beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui. On en trouvait dans notre canton actuel non seulement à Passais, St-Fraimbault et St-Mars, mais aussi à Mantilly, Torchamp, l’Épinay et St-Roch. Mais étant nombreux, les notaires n’avaient forcément chacun qu’un rayon d’action peu étendu, et en conséquence leur office n’était que d’un faible rapport. Aussi pour augmenter leur budget, ils exerçaient quelquefois en même temps une autre charge, ou, ce qui était le plus fréquent, ils cultivaient eux-mêmes la terre où ils habitaient et dont ils étaient propriétaires. À noter qu’alors les notaires rédigeaient leurs actes non seulement dans leurs études, mais n’importe où, souvent dans une auberge, souvent aussi au domicile du client, surtout quand ce client était un client notable. À l’auberge, l’acte était évidemment cimenté par quelques libations et chez le client fortuné, par un plantureux repas. Les actes étaient ensuite lus par eux à la porte principale de l’église, à la sortie de la grand’messe. Le rôle des notaires avant la Révolution, était plus étendu que de nos jours. Non seulement ces officiers faisaient les actes, contrats, inventaires, prêts, etc…, mais ils prenaient part au « Général des habitants », sorte de conseil municipal où ils servaient de secrétaires, et dont ils dirigeaient les débats. Le moindre bail, le moindre reçu étaient faits devant eux . Il en était de même des transactions entre plaideurs qu’effrayait la perspective des frais de justice. Ils faisaient souvent les oppositions de scellés et, leur travail terminé, remettaient les clés des appartements sous scellés, entre les mains du curé de la paroisse, qui en avait la garde jusqu’au jour de l’inventaire.

Tabellions et Notaires de Torchamp

Jean Rémon
Ce Jean Rémon est le premier tabellion probable de Torchamp qui me soit connu. Je dis « probable », car rien ne me permet de le donner comme certain. Au XVe et XVIIe siècles, ces officiers dans notre région s’intitulaient presque toujours simplement au début de leurs actes « tabellions en la Vicomté de Domfront », sans préciser le lieu où ils exerçaient. Or la Vicomté de Domfront était vaste et comprenait de nombreux tabellionnages. Mais il est à noter que les tabellions, comme d’ailleurs les avocats, procureurs, curés et vicaires, choisissaient autant qu’ils le pouvaient pour remplir leurs charges, leur paroisse natale, les paroisses où se trouvaient leurs biens familiaux. Cette considération permet de supposer qu’un Jean Rémon, qui se dit en 1578 tabellion en la Vicomté de Domfront, exerça ses fonctions à Torchamp Les probabilités se changent en certitudes pour les suivants.

François Domer
Celui-ci naquit à Torchamp du mariage d’honorable homme Jean Domer, du Tertre, et de dame Jeanne Ruault de la Vaidière. Il fut baptisé le 14 décembre 1622 (parrain : François Ruault, sieur de la Vaidière ; marraine : dame Françoise Maillard). Il appartenait à la famille bourgeoise la plus importante de Torchamp. Marié à dame Jeanne Louvel, il s’intitula sieur de Beauvais (Torchamp) « tabellion royal en la Vicomté de Domfront ou tabellion juré et commissionné en cette vicomté ». Son domicile fut le village du Tertre (même paroisse) où il construisit une maison d’habitation. On lit encore sur la pierre qui couronne la porte d’entrée de cette demeure : « M. F. DOMER-LOUVEL 1656 », ce qui peut se traduire : Me François Domer et Louvel 1656 » ou « m’ont faite Domer et Louvel en 1656 ». Notre tabellion est marqué habitant Torchamp en 1652. Il y eut ses deux enfants en 1658 et 1662. Enfin, il fut inhumé dans l’église de cette paroisse le 27 février 1662. Ayant passé son existence entière à Torchamp, il parait impossible qu’il ait exercé ailleurs sa charge de tabellion.

Philippe Fleury
Dans deux actes (1669 et 1671), Philippe Fleury se dénomme « sieur de la Provostière » et « tabellion royal résidant au lieu de La Provostière, paroisse de Torchamp ». Il appartenait à une vieille famille bourgeoise depuis longtemps disparue de la contrée. Fils de « noble » Henry Fleury, avocat, sieur de la Provostière, il épousa Françoise Beaudet, également d’une ancienne famille de Torchamp. À la fin du XVIe siècle, les Fleury jouissaient d’une grande considération. Un Philippe Fleury, (peut-être le grand-père de notre tabellion), était avocat à Domfront. En 1577, il fut élu par les trois ordres de la ville, député aux États de Normandie, et député de Justice aux États de 1600.

Henry Domer
Neveu de François Domer, le tabellion, vu précédemment, et fils d’honorable homme Louis Domer, sieur du Tertre et de dame Michelle Cadin, Henry Domer naquit au Tertre et fut baptisé le 15 août 1655 (parrain : Henry Lesné, écuyer, sieur de Champeaux ; marraine : demoiselle Suzanne Esnault). Il s’intitula « licencié en droits, sieur de la Piloisière et de la Harcherie », terres de St-Brice et Céaucé, qui appartenaient aux Domer du Tertre. Il est dit en 1674 et 1675, tabellion royal en la Vicomté de Domfront. En 1676, il est dit notaire royal en ladite vicomté, exerçant ès paroisses de St-Fraimbault et Torchamp, et résidant à St-Fraimbault. En 1678, il se dit tantôt notaire à Passais, tantôt notaire royal, garde-notes en la vicomté de Domfront « résidant en la paroisse de Torchamp ». En 1680, notaire royal, exerçant à St-Fraimbault et Torchamp. En 1686, licencié en droits, sieur de la Harcherie, demeurant à la Thébaudière (Céaucé). Henry Domer changea donc souvent de résidence, mais Torchamp paraît avoir toujours été une des paroisses où il exerça son office. Il mourut en 1688, mais dut cesser ses fonctions quelques années auparavant.

Nicolas James
D’après l’en-tête des actes que j’ai eus sous les yeux, il est en 1684,1686,1687, 1703, 1707, « notaire royal, garde-notes héréditaire par commission de sa Majesté en la paroisse de Torchamp ». En 1693, il avait acheté une terre sise au village de la Rivière. En 1707, on le donne comme « extrêmement malade d’une maladie dangereuse ». Je ne sais rien sur la famille de Nicolas James, sinon qu’à cette époque, on y trouvait plusieurs notaires. Un Michel James exerçait cette profession à Domfront en 1685 et 1687. Un François James était, en 1702,1703 et 1707, notaire garde-notes royal héréditaire en la Vicomté de Domfront. Au moment de la Révolution vivait un Louis James, chirurgien à La Martellière (Torchamp).

Pierre Lailler
Ce nouveau notaire de Torchamp, probablement successeur immédiat de Nicolas James, s’intitulait sieur de la Philippardière, et appartenait à une ancienne famille bourgeoise de la Haute-Chapelle. Déjà, un Jean Lailler, sieur de la Philippardière, lequel vivait en 1675 et 1700, et pouvait être le père du notaire de Torchamp, était lui-même notaire royal à Domfront. Quant à Pierre Lailler, d’après les actes que j’ai vus, il est dit « notaire de la paroisse de Torchamp » ou « notaire garde-notes royal pour la paroisse de Torchamp » en 1713, 1714, 1715, 1716. Plus tard, en 1719 et 1720, on le trouve notaire à Domfront où il signe les actes conjointement avec Me Hedou également notaire en cette ville. Pierre Lailler, à juste titre d’ailleurs, n’admettait pas qu’un confrère vienne indûment exercer sur son territoire. Or, le 23 avril 1714 (il était alors notaire à Torchamp), une ferme de Noyer avait été vendue à Henry Pottier, sieur de Marguentinet. L’acte de vente avait été fait par François Legénissel, notaire royal, garde-notes héréditaire pour les paroisses de La Baroche, Lucé et Avrilly. Suivant la coutume, Pierre Lailler, le dimanche 13 mai 1714, donna lecture à haute voix à l’issue de la grand’messe paroissiale de Torchamp, au-devant de la grande porte et principale entrée de ladite église, le peuple sortant du divin service, assemblé en grand nombre dans le cimetière du dit lieu du contrat de vente irrégulièrement fait par le notaire de la Baroche. Mais après avoir fini de lire sa publication, il prend soin de déclarer « qu’il se réserve de poursuivre ledit Legénissel pour le faire condamner à l’amende au quadruple pour avoir passé l’acte ». Comme de nos jours, en effet, les notaires ne pouvaient exercer hors du ressort qui leur était réservé.

Henry Domer (2ème du nom)
Neveu d’Henry Domer, qui avait déjà rempli les fonctions de tabellion à Torchamp, neveu également de Jean-Baptiste Domer prêtre, dont la biographie a été donnée à propos de la cure de cette paroisse, le nouveau notaire était fils de Pierre Domer, sieur du Tertre, avocat puis procureur en la juridiction d’élection de Domfront et de Marquise de la Goulande. Baptisé à Torchamp le 16 mai 1681, il eut pour parrain son grand-oncle Henry Lesné, chevalier, seigneur de Torchamp, du plein fief de haubert de la Nocherie, du Fougeray, de Jumilly, la Vallée et autres terres seigneuriales, et pour marraine noble dame Anne Germont, femme d’Henry Lesné. Henry Domer, dit sieur du Tertre, sieur de la Piloisière, épousa (contrat du 7 janvier 1718) demoiselle Catherine Hubert, fille de Pierre Hubert , sieur des Villettes, et de Françoise Danvel. Il habita le village du Tertre, où il exerça d’abord l’office de procureur en l’élection de Domfront. Mais bientôt, le 30 mai 1732, il vendit cette charge pour mille livres tournois à Me Siméon Langlois, sieur de la Bouhordière en St-Mars. Dès le commencement de l’année 1723, il fait suivre son nom de « notaire royal garde-notes héréditaire de la paroisse de Torchamp ». En 1738, il exerce toujours cet office. Ce notaire, ancien procureur, aima beaucoup la chicane. Comme bon normand qu’il était, il plaida, replaida et finalement perdit un gros procès. Condamné par le Parlement de Rouen à payer 525 livres dont 300 à la Cour de Rouen, Henry Domer refusa de payer. La Cour le fit saisir et un beau matin un sergent se présenta au Tertre. Mais notre plaideur malheureux avait prévu le cas, avait vidé sa maison de tout ce qui pouvait être déménagé et n’avait gardé qu’un semblant de mobilier. Il jouissait sans doute d’une bonne considération dans son voisinage, car le pauvre sergent ne put trouver aucun témoin pour l’assister dans sa saisie et fut obligé de consigner sur son rapport ce qui suit : « Je me suis exprès transporté au lieu du Tertre, paroisse de Torchamp, au domicile du sieur Domer pour avoir paiement de tout ce que dessus, ce qui est refusé. Sur lequel refus, après avoir sommé deux hommes à moy inconnus, trouvés proche ledit lieu du Tertre, d’être présents à la saisie que je prétends faire des meubles du dit sieur Domer, lesquels ont fait refus et même de leurs noms, vu lequel refus, j’ai prins et saisy, et n’ayant aucuns meubles que quelque vieil coffre de bois et une vieille table et deux mauvaises bancelles, cinq chaises de bois enfoncées de paille, le tout ne pouvant se porter hors du dit domicile et étant de peu de valeur ; vue quoi je me suis retiré après avoir fait perquisition en tous les appartements du dit domicile et me suis retiré après avoir fait et dressé le présent procès-verbal. » Qu’advint-il de tout cela ? Je pense que la Cour de Rouen trouva la plaisanterie mauvaise. Comme reste toujours la force à la loi et que notre plaideur avait au soleil des biens plus importants plus difficiles à dissimuler que ses meubles, il est probable qu’il dut finalement s’exécuter. Henry Domer fut inhumé dans l’église de Torchamp le 29 septembre 1742. Louis XIV par un édit de 1677 avait promulgué que les charges de tabellion seraient désormais héréditaires. C’est pourquoi Henry Domer eut pour successeur son fils qui suit, François Domer.

François Domer
Baptisé à Torchamp le 27 août 1723, il eut pour parrain Messire François-Hector Lesné, seigneur de Torchamp et pour marraine noble dame Marie-Louise Deslandes, femme du parrain. Comme ses ancêtres, il habita le Tertre, et se qualifia « sieur du Tertre, conseiller du roy, notaire royal pour la paroisse de Torchamp, et lieutenant du quart-bouillon et traites foraines de Domfront ». Le 20 février 1753, notre futur notaire se maria avec demoiselle Jeanne-Françoise Lemoyne, fille de feu Joseph Lemoyne, sieur de Légerie, et de dame Catherine Lobineau. Le contrat de mariage qui avait été passé le 7 février précédent, montre de quelle considération jouissaient les futurs époux. Il est signé de 75 personnages représentants les familles nobles et bourgeoises de la contrée, les plus en vue à cette époque. Le 16 avril 1764, François Domer avait acheté pour 2.950 livres à demoiselle Julienne Lelandais, veuve de Guillaume Ruault, sieur du Plessis, la charge de lieutenant du quart-bouillon et des traites foraines, charge qu’il ne garda que neuf ans, car elle fut supprimée par arrêt du Conseil d’État en date du 25 mai 1773, et les attributions en furent réunies aux attributions de l’Élection de Domfront. Il fut ainsi le dernier lieutenant de cet office. De même François Domer, que les habitants de Torchamp avaient élu leur procureur-syndic en 1787, fut le dernier syndic de la paroisse, cette fonction ayant été supprimée en 1790 par le régime révolutionnaire. Il fut pour la même raison le dernier notaire de Torchamp. Enfin, décédé sans enfants le 28 Germinal an VIII (18 avril 1800), il fut le dernier représentant de cette famille Domer du Tertre, la plus marquante des familles bourgeoises de la paroisse, du moins aux XVIIe et XVIIIe siècles. Après sa mort, ses biens passèrent dans la famille Rémon.

Les titulaires de la Légion d'honneur

Médaille - Légion d'honneur.png
Prénom(s) NOM Naissance Décès Observations
René François Gabriel
DOYNEL de La SAUSSERIE
11 juin 1849
Torchamp (Orne)
12 mai 1896
Léhon (Côtes-d-Armor)
Ancienne commune
a fusionné avec Dinan (Côte-d'Armor) en 2018

-Fils de Olivier Charles René DOYNEL de LA SAUSSERIE et de Constance Marie BABIN de LIGNAC
-Marié le 19 septembre 1842 à Gehée (Indre) avec Marie Gabrielle Delphine de GRENAUD de SAINT CHRISTOPHE
-Dossier - Capitaine au 4e bataillon de la garde mobile de la Manche - Maréchal des logis au 6e régiment de chasseurs
-Inhumé dans le cimetière communal de Torchamp, avec son épouse.  
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Les titulaires de la Légion d'honneur liés à la commune

Médaille - Légion d'honneur.png
Prénom(s) NOM Naissance Décès Observations
Christian Georges DELAPLACE 6 février 1897
Paris (7e)
13 Août 1944
Torchamp (Orne)
-Fils de Georges Alphonse DELAPLACE et de Jeanne Mathilde FIAULT
-Capitaine
-Décorations: Légion d'Honneur (1932) - Médaille militaire (16/06/1920) - Croix de guerre - Médaille coloniale agrafe Maroc 1925 - Médaille d'Orient - engagé volontaire pour la durée de la guerre le 18/10/1914 à Argentan (61) - Campagne contre l'Allemagne jusqu'au 23/10/1919 - Haute-Silésie du 01//03/1922 au 31/07/1922 - Au Maroc en guerre du 12/09/1925 au 31/08/1926 - Diverses opérations au Maroc, en Tunisie et en mer jusqu'en 1932 - Lieutenant au 18ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais en 1932[5]
-Fiche des Personnels de l'aéronautique militaire - ✞
-Fiche victime civil
-relevé Mémorial GenWeb
-Décoré de la Légion d'Honneur - Dossier Léonore aux Archives Nationales
-Son nom figure sur le monument aux morts de Torchamp en tant que victime civile en 1944  
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Soldats nés dans la commune et ayant servi dans les armées de Napoléon 1er de 1802 a 1815

Prénom(s) NOM Naissance Décès Observations
François BERNOU 28 mai 1792 - -Domestique
-Fils de Michel BERNOU et de Jeanne BARRÉ
-Fiche - Matricule n°8111 - Fusilier au 39e régiment d'infanterie de ligne  
Pierre BRODIN 1790 30 juin 1811
Hôpital de l'évéché de Pampelune (Espagne)
-Fils de Jean BRODIN et de Julienne LEFEVRE
-Fiche - Matricule n°5483 - Fusilier au 44e régiment d'infanterie de ligne - Mort des suites de fièvres  
Mathieu CHAMPAIN 9 mars 1790 9 février 1810
Malines (Escault)
Mechelen, Antwerpen (Belgique)
-Fis de Louis CHAMPAIN et d'Anne POITIER
- Fiche - Matricule n°5481 - Fusilier au 44e régiment d'infanterie de ligne - Mort des suites de fièvres
-entré à l'hôpital de Malines le 5 décembre 1809, décédé le 9 février 1810
-Extrait militaire mortuaire émanant de l'hôpital miltaire temporaire de Malines (Escault) en Belgique  
Simon DESLANDES 7 novembre 1791 - -Domestique
-Fils de Simon DESLANDES et de Jeanne POTIER
-Conscrit de l'an 1811
- Fiche - Matricule n°10399 - Fusilier au 25e régiment d'infanterie de ligne
-Présumé prisonnier en Russie en 1812.  
Siméon HÉRY 11 janvier 1792 - -Laboureur
-Fils de Jean HÉRY et de Marie MARÉCHAL
-Fiche n°1 Matricule 8109 - Fusilier au 39e régiment d'infanterie de ligne
- Fiche n°2 Matricule n°777 - Voltigeur au 37e régiment d'infanterie de ligne  
Julien François JARDIN 28 septembre 1767 - -Fils de Jean JARDIN et de Julienne LECHEVALIER
-Fiche - Matricule n°142 - Fusilier au 60e régiment d'infanterie de ligne  
Julien LEBLANC 8 novembre 1790
Ceaucé (Orne)
11 janvier 1868
Ceaucé (Orne)
Laboureur
-Noté sur le registre militaire, né à Torchamp, en réalité il est né à Ceaucé (Orne), le 8 novembre 1790, Dernier domicile avant la conscription de 1814, hameau de "La Briardière", commune de Torchamp
-Marié le 24 janvier 1821, à Ceaucé, avec Jeanne Perrine Anne LELANDAIS
-Fils de Julien LEBLANC et de Geneviève " Julienne " LETISSIER
Fiche - Matricule N°1242 - Fusilier au 59e régiment d'infanterie de ligne (ex 63e régiment d'infanterie de ligne)  
François LEROUX 16 juin 1777 - -Fils de François LEROUX et de Françoise TOUCHE
-Fiche - Matricule n°878 - Fusilier à la 70e demi-brigade de ligne  
Mathieu MAIGNAN 5 mars 1788 - -Fils de Jean MAIGNAN et de Françoise MARTEL
- Fiche - Matricule n°4576 - Fusilier au 46e régiment d'infanterie de ligne
-Passé au 120e régiment d'infanterie de ligne le 1er juillet 1808.  
François MAIGNEN 5 février 1792 - -Domestique
-Fils de François MAIGNEN et de Marie BERNOULT
-Fiche - Matricule n°1842 au 138e régiment d'infanterie de ligne
-Fait prisonnier le 21 mai 1813 au cours de la bataille de Bautzen (Allemagne)  
André MARTEL 29 juin 1792 11 février 1813
Dantzig (Pologne)
-Fiche - Matricule n°8074
-Décédé par suite de pernicieuse (le typhus), au cours du Siège de Dantzig (aujourd'hui Gdansk)  
Jean François MAIGNAN 20 janvier 1790[6] 17 juillet 1810
-Fils de Jean MAIGNAN, laboureur, et de Jeanne MAIGNAN
- Fiche - Fusilier au 47e régiment d'infanterie de ligne, 4e bataillon, 4e compagnie, sous le matricule n°6741.
-Entré à l'hôpital de San Félice et Grande (Portugal), le 16 juillet 1810, et décédé le lendemain
-Extrait mortuaire émanant de l'hôpital de San Félice et Grande (Portugal)  
Julien MEIGNAN 18 août 1787 2 août 1809
Vienne (Autriche)
-Domestique
Fils de Charles MEIGNAN et de Marie MORTIER
- Fiche - Matricule n°6051 - Conscrit de l'an 1807, arrivé au 21e régiment d'infanterie de ligne le 14 mars 1807, a fait les campagnes des années 1807, 1808 et 1809
-A été blessé à la bataille de Wagram[7] (village à 15 km au nord de Vienne), le 6 juillet 1809, et est décédé à l'hôpital militaire de Vienne (Autriche), le 2 août 1809.  
Pierre MOTTIER 28 février 1791 - -Domestique
-Fils de Michel MOTTIER et de Jeanne MARTEL
- Fiche - Matricule n°2154
-Prisonnier à la Bataille de Lützen, le 2 mai 1813 - (au sud-ouest de Leipzig, en Allemagne)[8] (aussi appelée par les historiens allemands bataille de Großgörschen).  
Jacques PREL 9 juin 1788 - -Fils de Julien PREL et de Marie MASSEREAU
- Fiche - Matricule n°4721 - Fusilier au 46e régiment d'infanterie de ligne
-Présumé fait prisonnier de guerre, égaré ou décédé, par suite de la campagne de 1812. (Campagne de Russie)[9]  
Julien PREL 25 août 1791 - -Fils de Pierre PREL et de Françoise DELANDE
- Fiche - Matricule n°1744 - Soldat
-Arrivé au corps le 22 février 1813, a fait la campagne de Saxe, prisonnier de guerre le 24 mai 1813, en Saxe, rayé des contrôles le 31 décembre 1813  
Joseph Constant REMOND 28 février 1790 25 décembre 1809
Hôpital civil
de l'Ile-d'Aix
(Charente-Maritime)
-Fils de Guillaume REMOND et de Marie GAUME
- Fiche - Matricule n°5476 - Fusilier au 44e régiment d'infanterie de ligne
-Entré à l'hôpital civil de l'Ile-d'Aix (Charente-Maritime), le 17 novembre 1809 ou il y est décédé le 25 décembre 1809 [10] des suites de ??  
François ROGER 16 Juillet 1793[11] 19 mai 1814
Hôpital
de Rouen (Seine-Maritime)
-Noté etre né le 15 septmebre 1793 sur son registre militaire
-Laboureur
-Fils de François ROGER et de Françoise CHAUVIN
-Fiche - Matricule n°8644 - Fusilier au 121e régiment d'infanterie de ligne - Arrivé au corps le 22 novembre 1813
-Entré à l'hôpital de l'humanité civil et militaire de Rouen, le 4 mai 1814, il y est décédé, des suites de fièvres, le 19 mai 1814.[12]  
- - - - Fiche  


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Monument aux morts

Le monument aux morts
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Dépouillements d'archives

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Cimetières

Liste alphabétique des tombes de Torchamp établi en août 2019 par Jean-Louis Bouillat (vous pouvez télécharger le fichier en cliquant sur ce lien)

Suite à des photos de toutes les tombes du cimetière communal de Torchamp prises en août 2019, photos que j'ai triées et améliorées, j'ai dressé une liste alphabétique par nom de famille de toutes les tombes présentes au cimetière de Torchamp en août 2019, liste que vous trouverez ci-dessus.
Dans ce fichier PDF de 94 pages (3 photos par page) que vous pouvez télécharger, vous trouverez
+ à gauche : les transcriptions des inscriptions
+ à droite : les photos correspondantes des tombes ou des inscriptions.
Ne sont pas transcrits dans la liste quelques personnes ayant déjà gravé leur nom avant leur décès, ces personnes étant encore en vie, bien que leur nom soit visible sur la photo.
Quelques noms dans cette liste apparaissent en rouge, les photos ne m'ayant pas permis une précision suffisante, je les vérifierai lors d'un prochain passage dans ce cimetière et corrigerai la liste au fur et à mesure.


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Horaires d'ouverture de la mairie

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Adresse : - 61330 TORCHAMP

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