26026 - Les croix de Barret-de-Lioure

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Des croix à Barret

Les 3 croix


Quand on évoque les croix de Barret de Lioure, chacun pense aussitôt aux croix qui dominent le bourg, sur un rocher à 1005 m d’altitude. ( voir le blason en page d'accueil).

Mais il est bien d’autres croix singulières à Barret-de-Lioure.

Les 3 croix du rocher

Les 3 croix détail


Dominant le village, trois croix, dont la centrale seule porte un christ, ont été installées vers 1835 par le maire Martin CONIL(ancêtre de tous les CONIL de Barret, Séderon ...) en remerciement de ce que Barret-de-Lioure avait été épargné par la grande épidémie de choléra qui a sévit à partir de 1832 en Provence, épidémie qui a quasi anéanti le village des Omergues et que GIONO a décrite dans le « Hussard sur le toit ».

Comme tous les autres christs dont nous allons parler par la suite, ce christ, de 115 cm de haut et 100 cm d’envergure, est de type « janséniste ».

Barret sous le rocher

Le jansénisme

Le jansénisme s'inspire de la pensée d'Augustin d'Hippone. Il a été développé par Cornélius Jansen (1585-1638), dit Jansénius, évêque d'Ypres dans l'Augustinus, publié en 1640. Le jansénisme s'inscrit en réaction contre l'humanisme et le molinisme. Le jansénisme a conquis aux XVIIe et XVIIIe siècles de vastes régions de France, de Belgique, de Hollande, d'Italie et d'Allemagne et a eu de nombreux partisans célèbres. Les Jansénistes diffusent leur théorie via de petites écoles et ont des disciples comme Racine et Pascal.

Il peut grossièrement se définir par les principes suivants :
• rigueur morale extrême
• doctrine erronée sur la grâce
• valeur exclusive accordée à l'écriture, aux Pères de l'Église
• mystique du cœur.

La doctrine du jansénisme sur la grâce a été vigoureusement condamnée en 1653 (condamnation renouvelée en 1715 dans la bulle papale Unigenitus), elle comportait notamment la croyance que Jésus est mort pour quelques élus et qu'une masse nombreuse est prédestinée à la damnation.

Durant le XVIIIème siècle, sévèrement réprimés, les jansénistes créent en 1728 un journal clandestin, "les nouvelles ecclésiastiques" qui paraît jusqu'à la fin du siècle.

Jésuites et Jansénistes se sont vivement opposés tout au long du XVIIe siècle.

Leurs visions sont diamétralement opposées : les Jésuites croient au libre-arbitre alors que les Jansénistes sont fatalistes et pensent que tout est écrit à l'avance.

Les crucifix jansénistes se caractérisent par l’élévation des bras (en non l’horizontalité) et le fait que les pieds du Christ sont cloués individuellement (et non les pieds croisés et cloués par un seul clou).

La présence des crucifix jansénistes à Barret-de-Lioure (aucun autre crucifix) laisse penser que ce mouvement y fut bien implanté, en réaction, peut-être, au mouvement protestant qui a eut un grand développement dans la région, en particulier à Montbrun. Les recherches récentes de Sandy ANDRIANT ont d’ailleurs montré qu’il n’ y avait pratiquement pas de protestant à Barret, contrairement à Montbrun et Séderon.

Jusqu’il y a peu, le calvaire des 3 croix était éclairé la nuit par un puissant faisceau lumineux qui le signalait au loin. Il est regrettable que, pour des raisons techniques, ce phare soit actuellement inactif.

Les autres croix du village

1. Le crucifix sur la façade de l’église

Un christ en croix, lui aussi janséniste, a été fixé sur la façade de l’église en 2004. Ce christ a une histoire particulière que nous a rapporté Louis THIBAUD.
Jusqu’en 1958, il se trouvait sur la façade du presbytère, situé en face de l’église, derrière le tilleul, soit à l’emplacement du chemin actuel. Le maire de l’époque, M. JASSES, ordonna la destruction de la ruine qu’était devenu le presbytère (le dernier curé résident a quitté Barret en 1909 !).
De cette ruine, il reste cependant 3 éléments : le linteau en pierre de la porte d’entrée (un bloc de 1,70 m de long) qui sert de banc sur la place de l’église, le balcon en fer forgé qui entoure le caveau funéraire de la la famille JEAN au cimetière de Barret et la croix qui fut déposée durant près de 50 ans contre le tilleul et déplacée, en 2004, sur la façade de l’église.
Le christ (en bronze) de ce crucifix mesure 97 cm de haut et l’envergure des bras est de 70 cm.

2. Les crucifix dans l’église

Si nous pénétrons dans l’église, nous remarquons, sur l’autel, 3 crucifix sur pied ouvragé, l’un de 84 cm de haut, les deux autres de 47 cm. A proximité deux autres crucifix sur étendard, l’un de 65 cm, l’autre de 48 cm de haut. Il s’agit de très belles croix processionnaires.
Ces cinq crucifix, tous jansénistes, témoignent d’un art très soigné de l’orfèvre qui les a réalisés.


3. La croix du cimetière

Le calvaire du cimetière
A l’extrémité Est du cimetière de Barret, une croix monumentale suscite de nombreuses questions.
Fixée sur un fût de colonne cannelé en pierre, de plan carré (65 cm x 65 cm), de 135 cm de haut, cette croix en fer forgé est remarquable par les nombreux emblèmes qui la garnissent et qui font parfois penser à des signes maçonniques !

Correction : Rien de maçonnique. Il s'agit là des instruments de la passion du Christ que l'on retrouve sur de nombreuses croix pour marquer que Jésus est mort martyrisé pour les hommes : marteau, tenailles, clous, cruche contenant le vinaigre dont on a imprégné ses lèvres, main officiant, échelle pour décrocher le corps... Derrière la croix, et cela est assez classique aussi, l'agneau de l'Apocalypse couché sur le livre aux sept sceaux et représente l'alliance entre l'ancien et le nouveau testament. Là encore, rien de maçonnique...

Le Christ et les symboles maçoniques
La Vierge
Derrière le Christ
La structure en fer forgé est uniquement vissée et boulonnée et constitue un bel exemple d’une ferronnerie d’art du XIXème siècle. Ici encore, le christ est janséniste.


Le fût
Les faces du socle en pierre portent chacune des inscriptions gravées, incantations diverses.
Sur la face Nord, on peut lire « Mission – 1863 ». Il existe une croix semblable à Montbrun, à côté du monument aux morts. Le socle ne porte aucune inscription et la croix ne porte que peu d’emblèmes. Paul ARNOUX, Conseiller général et maire de Montbrun, nous a signalé que l’ancien cimetière de Montbrun se trouvait à cet emplacement.
Une croix monumentale semblable peut être admirée à l’extrémité de la promenade de Sault.
Cette croix ne comporte aucun emblème.
Ces croix auraient été érigées par souscription publique des fidèles pour des jubilés qui étaient des années d’indulgences plénières accordées par le pape . Il semblerait que des croix semblables aient été érigées dans beaucoup de villages. Les lecteurs informés sont sollicités afin de préciser les informations relatives à ces croix.


4. Les croix repères

Dans nos montagnes drômoises, la circulation hivernale était toujours assez dangereuse. Des croix, placées de part en part, permettaient aux voyageurs de se repérer. Ces croix n’ont rien de religieux.
Sur le territoire de Barret-de-Lioure, existent, aujourd’hui encore, des croix de repérages : au col de Macuègne (1068 m), au col du Lombard (1190), à la Croix Blanche (1229 m).
Ces croix placées sur les chemins primitifs reliaient Barret aux villages voisins : Macuègne et Lombard, sur le chemin de Séderon, Croix Blanche vers Ferrassières. Les chemins actuels, la départementale 542 de Montbrun à Séderon ne fut construite qu’entre 1870 et 1880, alors que la route par le col de l’Homme mort est encore postérieure.

Mention des croix dans les registres paroissiaux

A diverses reprises, les registres paroissiaux et d’état civil de Barret-de-Lioure mentionnent la découverte de cadavres, morts de froid, aux abords de Croix Blanche. Certains étaient bien identifiés, d’autres inconnus, enterrés anonymement au cimetière de Barret.

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Voir aussi