Salines de Salins-les-Bains

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Une partie des Salines, du côté de l'entrée du musée du sel
Photo B.ohland

Présentation

Contexte général

Avant de prendre, en 1926, la dénomination de Salins-les-Bains qui évoque instantanément une station thermale, la ville s'appelait Salins. Une bonne raison à cela : avec Lons-le-Saunier, Saulce, Saunot, Salins se trouvait sur une des trois zones salifères franc-comtoises riches en sel gemme et où les eaux de ruissellement se chargent en sel au travers du calcaire et des marnes, donnant ainsi naissance à des sources souterraines salées.

Le cas de Salins

Cheminée et entrée d'eau le long de la Furieuse

Les salines et la cité salinoise se sont développées le long de la Furieuse, rivière qui alimente encore certains éléments techniques dans les galeries. Salins « fut le plus important des centres de production de la région au Moyen-Âge »[1].
Par ailleurs, c'était la seule de toutes les cités salines franc-comtoises à être située sur la route internationale du sel.

Grande Saline
Petite Saline


Au XIIIe siècle le site était composée de trois entités distinctes :
- La Grande Saline, appelée aussi "Grande Saunerie", la plus importante des trois, était une véritable exploitation industrielle s'étendant sur 22 hectares. Lieu encore vivant, car la pompe hydraulique installée il y a 150 ans continue à remonter de l'eau salée en surface, la Grande Saline a été inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, en 2009, en complément de celle d'Arc-et-Senans.
- La Chauderette de Rosières, qui contrairement aux deux autres n'était pas bâtie sur des sources salées. Attenante à la grande exploitation, elle recevait la saumure, ou muire, de la Grande Saline. « À partir de 1645, elle est progressivement rattachée à la Grande Saunerie »[2].
- La Petite Saline, dénommée également "Puits à Muire", existait déjà au VIIIe siècle mais n'a pas été fortifiée comme sa grande sœur. C'était une sorte de société d'actionnaires, dirigée par 161 rentiers copropriétaires dont le comte de Bourgogne, et avec un statut indépendant. En 1678 elle est toutefois réunie à la Grande Saline. Les bâtiments ont été détruits en 1853 pour construire au même endroit l'établissement thermal, mais le Puits à Muire fonctionne toujours.

Histoire des salines

Chronologie

  • Les historiens supposent qu'un village s'est installé et fortifié sur le site avant l'ère chrétienne. En effet, « d'importantes accumulations de charbons de bois, datées de 3000 ans avant J.-C., attestent d'une production de sel par le feu »[2].
Et c'est déjà au VIIIe siècle que l'on trouve une première mention manuscrite des salines dans des archives.
  • Au XIIIe siècle, la cité était partagée entre "Bourg Dessous", où se trouvait le puits à Muire, et "Bourg Dessus", avec la Grande Saunerie et la Chauderette. L'ensemble était entouré d'une haute enceinte dont il ne reste que la porte d'entrée et la tour de Flore (du XVe siècle). La Saunerie de Salins « disposait même de ses propres armoiries, d'un sceau et d'un privilège de justice »[3].
En 1674, le site devient une manufacture royale.
  • Le XIXe siècle amène des changements :
D'abord un incendie, en 1825, qui anéantit une partie de la ville et quelques bâtiments des salines. Il subsiste cependant la maison "du pardessus"[4], qui comprenait également une chapelle.
Les salines deviennent un établissement privé et le resteront jusqu'en 1966.
Les progrès industriels entraînent le perfectionnement des techniques de sondage, favorisant ainsi la création de nouvelles salines dans la région et donc de la concurrence. Salins reste compétitive jusque dans les années 1920.
  • Ensuite la production décline petit à petit et l'exploitation s'arrête en 1962. Néanmoins, la saumure[5] continue à être pompée et utilisée, en priorité pour les thermes, mais aussi pour le déneigement des routes.


Le problème du combustible

Éléments du saumoduc, en chêne et en sapin Photo B.ohland

Il faut du bois pour faire chauffer la saumure (2 tonnes de bois pour une tonne de sel). Au XVe siècle, les salines en consomment 11 000 tonnes par an et le débitent grâce à « douze scieries, animées par l'impétueuse rivière justement nommée la Furieuse »[6].
Les lieux d'approvisionnement s'éloignent, le transport se rallonge et nécessite, au XVIIe siècle, « 6500 chevaux et 320 mulets »[7]. Et la forêt commence à se dégarnir sérieusement. En conséquence, le pouvoir royal décide en 1733 de construire une nouvelle saline, à l'orée de la forêt de Chaux, dans le Doubs, la fameuse saline royale d'Arc-et-Senans. Mais comme il n'y a pas de sel là-bas, la saumure salinoise va y être acheminée par un saumoduc de 21 kilomètres de long, fait de troncs emboîtés les uns dans les autres après avoir été évidés. Celui ci-contre, en sapin, s'est doublé naturellement d'un épais dépôt mi-sel, mi-calcaire.

Le sel, véritable or blanc

Quel sel, au juste ?

Le sel peut être classé en trois catégories :
- Le sel gemme, ou sel fossile. Présent dans le sous-sol sous forme de masse solide, il est extrait en creusant des galeries lors de l'exploitation du gisement.
- Le sel marin, qui se dépose au bord des marais salants lorsque l'eau de mer s'évapore.
- Le sel ignigène. C'est le cas à Salins-les-Bains qui a exploité ses sources souterraines pendant plus d'un millénaire : la saumure puisée et remontée en surface était chauffée pour provoquer évaporation et cristallisation.

La valeur du sel

  • Le sel est indispensable à la vie humaine car le sodium est un composant naturel de l'organisme.
  • Dès l'antiquité, on a attribué au sel des vertus thérapeutiques, phénomène qui perdure comme en témoignent les soins thermaux à base d'eau salée.
  • Mais surtout, le sel a permis la conservation des aliments avant que n'apparaisse la pasteurisation. De ce fait c'était un ingrédient fort recherché, qui a très vite acquis une valeur marchande.

Sa fiscalisation

Dès le Moyen-Âge, sont mises en place des taxes locales, variables, payables à différents postes de péage. Puis s'instaure un véritable impôt : la gabelle (« le terme vient du mot arabe "kabala", qui signifie "taxe" »[8]). Cet impôt augmentant constamment, Claude Nicolas Ledoux, architecte de la saline d'Arc-et-Senans construira de nombreuses barrières d'octroi. Pour échapper à cette fiscalité, tout un réseau de contrebande se met en place, les faux-sauniers. Cela engendre la création de nouveaux employés de police, les gabelous qui sillonnent la région. Autour de Salins-les-Bains a été aménagé un "sentier des gabelous", qui suit le parcours du saumoduc.

La fabrication du sel

Puiser la matière première

Galerie sous la Grande Saline
Photo B.ohland
  • À neuf mètres de profondeur, les galeries s'étendent du Nord au Sud sur une longueur de 180 mètres. Voûtées au XIIIe siècle, et plusieurs fois retravaillées, c'est là que les sauniers sont venus creuser des puits pour capter la précieuse substance.
  • Les puits étaient au nombre de trois. Le plus ancien est le Puits à Muire, aujourd'hui sous les thermes et encore en activité. Dans la Grande Saline, le Puits à Grès date du XIIIe siècle, et le Puits d'Amont, qui fonctionne toujours, est encore plus ancien.
  • La saumure est donc là, il faut maintenant la remonter en surface. Pour ce faire, trois moyens successifs ont été utilisés :
- Le gréal ou griau, utilisé jusqu'au XVIIIe siècle. Un seau était accrochée au bout d'une perche à balancier, et un système de contrepoids permettait de remonter le seau.
- La noria ou signole, inventée au XIVe siècle. Des tonneaux en bois étaient accrochés en ribambelle à une courroie entraînée par une roue, elle-même actionnée par la force d'animaux.
- La pompe hydraulique, apparue au milieu du XVIIIe. « En 1791, quatre roues font marcher dix pompes aux salines de Salins »[9].
  • Dans le puits d'Amont se trouve encore en fonction une grande roue du XVIIIe siècle. À l'aide d'un balancier muni d'un très long bras, elle transmet son mouvement à une pompe hydraulique du XIXe, excentrée pour ne pas se trouver sous la maison du pardessus, et qui perpétue inlassablement sa mission.
  • La galerie et tous ces éléments sont classés aux Monuments historiques depuis 2009[10].


Produire le sel par chauffage

Schéma de l'installation et du processus
  • Une fois la saumure arrivée à l'endroit souhaité, on la faisait parvenir dans de grandes halles où étaient installés d'immenses récipients métalliques appelés poêles qui allaient être chauffées jusqu'à évaporation de l'eau et cristallisation du sel. La poêle visible au musée, du XXe siècle, est la dernière de cette époque encore existante en France. Voici ses dimensions : « longueur : 17,50 m / largeur : 4,20 m / surface : 73,5 m2 »[11].
  • Sous les poêles se trouvait un espace de chauffe qui n'est pas sans rappeler les hypocaustes romains. Les chandelles en fonte étaient réparties de manière à supporter les poêle et laissaient circuler l'air chaud produit par les fours de l'étage inférieur. Ceux-ci étaient alimentés au bois à l'origine, puis à la houille aux environs de 1805.
  • Quand le sel cristallisait, il était tiré à l'aide d'un râble jusqu'au bord de la poêle et pelleté sur la toiture en bois appelée égouttoir. Il restait là le temps de perdre son humidité puis était versé dans des tombereaux en bois ou des wagonnets sur rails, afin d'être acheminer sur le lieu de conditionnement.



Les métiers liés au sel ignigène

Au plus fort de leur production, le seuil de rentabilité des salines étaient de « 150 000 tonnes »[12] par an. Cela nécessitait un personnel en nombre important, non seulement pour la production du sel, mais aussi pour le travail du bois et son transport, concentrant 80% des employés. Certaines qualifications étaient spécifiques à ce type de saline :
- Pour gérer l'ensemble, le pardessus s'entourait d'officiers faisant office de contremaîtres.
- Les clercs de puits travaillaient dans les galeries à la gestion des canalisations et machines d'extraction.
- Les chauffeurs alimentaient les fours en continu.
- Pour réaliser les immenses poêles et les entretenir, les salines avaient besoin de forgerons appelés fèvres.
- Les moutiers et maîtres-moutiers veillaient à la bonne fabrication de l'or blanc.
- Le séchage et le conditionnement étaient généralement assurés par des femmes, les tirari de sel et les séchari.
- Enfin, pour éviter toute intrusion, les portes étaient surveillées par des guettes.
Avec l'arrivée de la houille, les besoins en personnel diminuent fortement. Et en 1960, avant la fermeture, il ne reste plus qu'une douzaine d'employés, des chauffeurs, tireurs de sel et sauniers.

Ils ont travaillé aux Salines de Salins

Un pardessus :

Nicolas PERRENOT de GRANVELLE : En 1934, il est nommé à la Grande Saline en tant que pardessus. Il prend la relève de Jean de la THOUVIERE, seigneur de Beauregard, nommé en 1522. Pour diriger la saline, il choisit des personnes de son entourage pour assumer les fonctions d'officiers. À la mort de Nicolas, c'est son fils Thomas PERRENOT (1521-1571), diplomate, qui est mandaté pour cette haute fonction.
Nicolas était un grand notable. Né en 1486 à Besançon, fils de Pierre PERRENOT, notaire à Ornans, et d'Étienette PHILIBERT, il suit des études d'avocat à Dole. En 1518, il est avocat du Roi. En 1527, devenant seigneur de Granvelle, il rallonge son patronyme et fait construire le palais Granvelle à Besançon. Nommé chancelier en 1530 et garde des sceaux en 1532, il devient le premier conseiller de Charles Quint et son homme de confiance. Il cumule les titres et distinctions : seigneur de Chantonnay, baron d'Aspremont, chevalier de l'ordre d'Alcantata, commandeur de Salaméa...
Nicolas a épousé en 1513 Nicole BONVALOT, de la noblesse. Le couple a eu 15 enfants dont 11 ont survécu. Son fils aîné, Antoine, est resté également célèbre, en tant qu'archevêque, cardinal, diplomate et conseiller d'État.
Nicolas est décédé le 27 août 1550 à Augsbourg (Allemagne).

Le dernier saunier :

Raymond LEGOUHY : entré à la Grande Saline en 1950, il y reste jusqu'à sa fermeture en 1962. Il est polyvalent, commençant par être tireur de sel, poste très pénible, non seulement à cause de l'effort physique, mais aussi à cause de la chaleur étouffante provoquée par la saumure chauffée à 80°. Il est aussi chauffeur pendant deux ans, poste astreignant également, soumis au rythme des trois-huit. Il participe à l'entretien des poêles et travaille aussi au conditionnement.
Dans un témoignage recueilli en 1983, qui a fait l'objet d'une vidéo et de photos restituant les gestes d'autrefois, il nous confie :
« En somme, les salines c'était tout un monde, un peu fermé, c'est vrai. [...] C'était dur comme boulot, mais je garde un très bon souvenir de l'époque où j'y travaillais »[13].
Raymond LEGOUHY est décédé le 15 août 2012 à Salins-les-Bains.

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  • Anne Sefrioui, La saline royale d'Arc-et-Senans, Nouvelles Éditions Scala, 2017, 56 pages, ISBN 2-35988-031-1
  • Le guide vert Franche-Comté, Boulogne-Billancourt, Michelin Propriétaitres-éditeurs, 2016, 510 pages, ISSN 0293-9436

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Référence.png Notes et références

  1. Page 9, in Anne Sefrioui, La saline royale d'Arc-et-Senans, Nouvelles Éditions Scala, 2017, 56 pages, ISBN 2-35988-031-1
  2. 2,0 et 2,1 Page 13, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  3. Page 8, in Anne Sefrioui, La saline royale d'Arc-et-Senans, Nouvelles Éditions Scala, 2017, 56 pages, ISBN 2-35988-031-1
  4. Le pardessus désigne le directeur des salines.
  5. Les sources salées de Salins-les-Bains contiennent 33% de sel par litre d'eau
  6. Page 146, in Le guide vert Franche-Comté, Boulogne-Billancourt, Michelin Propriétaitres-éditeurs, 2016, 510 pages, ISSN 0293-9436
  7. Page 20, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  8. Page 16, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  9. Page 18, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  10. Base Mérimée
  11. Page 20, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  12. Page 16, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4
  13. Page 29, in Les Salines de Salins-les-Bains, collection "Musées en résumé", Édition Musées des techniques et cultures franc-comtoises, 32 pages, ISBN 2-911484-13-4




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