Saint Simon

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Saint-Simon n'est pas, comme tant d'autres, un généalogiste laborieux et régulier, n'ayant de surcroît jamais travaillé pour autrui. Cependant, le souci généalogique est permanent dans ses mémoires témoignage historique exceptionnel du règne de Louis XIV, durant lequel les débats touchant aux questions de naissance atteignent un paroxysme que l'on ne retrouvera en France que sous le règne de Charles X.

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Louis de Rouvroy, duc de Saint Simon (1675-1755), d'abord sans goût pour l'étude, devient passionné d'histoire. Encore adolescent, il a l'idée de consigner par écrit et de faire revivre après lui tout ce qui se passe sous ses yeux, avec la résolution bien ferme d'en garder sa vie durant le secret « à lui tout seul ». Après des études classiques, il entre dans une compagnie de mousquetaires, se bat, mais obtient peu d'avancement, car inconnu du roi et de ses ministres (« esseulé »). Il ne lui reste que le plaisir secret, qui doit être bien vif chez lui, d'écrire ses impressions de chaque jour. Il commence alors ses mémoires en 1694 (à 19 ans). Il pâtit du contraste entre son rang de duc et pair, et sa position personnelle, ce qui décide de son tour d'esprit. Le procès de Montmorency, créé duc de Piney-Luxembourg, et qui prétend à un droit de préséance (obtenu en faisant remonter sa pairie à Henri III) fournit à Saint-Simon une occasion qu'il recherchait avidement. Il confère avec ses collègues les ducs et pairs, et se livre à des recherches généalogiques et à des artifices de procédure qui les émerveillent. Le parlement, entraîné par le président de Harlay, donne gain de cause à Luxembourg, qui, du dernier rang parmi les 18 pairs laïques, remonte au second. Saint-Simon se venge alors en écrivant: « Ce magistrat, d'une autorité pharisaïque, soutenu en tout par la cour, dont il était l'esclave ; homme sans honneur effectif, sans moeurs dans le secret, sans probité qu'extérieure ; hypocrite parfait, sans foi, sans loi, sans Dieu et sans âme ; cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi-même, méchant par nature, se plaisant à insulter, à outrager, à accabler et n'en ayant de sa vie perdu une occasion. » Il entreprend alors une guerre contre la magistrature qui durera toute sa vie. Il épouse la fille aînée du maréchal de Lorges (aliée Duras et Turenne), mariage heureux et haute alliance à la fois.

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Souvent, sa femme le tire avec à-propos des mauvais pas où l'avait engagé son humeur frondeuse et chagrine. Il abandonne la carrière militaire, déçu par les différents passe-droits des uns et des autres, malheureux de n'être pas compris dans une promotion de brigadiers, où figuraient des cadets « et quatre gentilshommes particuliers ». Il s'adonne alors, un peu désoeuvré, à la vie de cour ; il est Janséniste, par opposition, et n'est pas insensible aux faveurs du maître : il a deux ou trois fois l'honneur de tenir le bougeoir au coucher, « tant, dit-il, le roi a l'art de donner l'être à des riens ». Il est de la plupart des voyages de Marly, faveur recherchée. Un jour qu'il n'y est pas convié, il se croit en disgrâce, veut en avoir le coeur net, et demande audience au roi le 4 janvier 1710, dont le récit détaillé est un morceau de bravoure de ses mémoires.

Saint-Simon est chargé de négocier le mariage de la fille du régent avec le prince des Asturies et d'aller demander à la cour d'Espagne la main d'une infante pour le jeune roi Louis XV. Atteint de la petite vérole au moment d'arriver à l'Escurial, il reçoit dans un village les soins du médecin de Philippe V. Aussitôt rétabli, il remplit sa mission et revient en France avec la Grandesse et la Toison d'or pour son fils aîné. Violemment irrité en voyant Louis XIV placer ses enfants naturels entre les pairs et les princes du sang, « il eût dû, ce semble, crier bien plus haut quand ils furent purement et simplement déclarés aptes à succéder au trône. Il n'en fut rien, et il parut prendre son parti de l'introduction de ce droit insolite. C'est qu'il n'avait plus devant lui le fantôme d'un pouvoir intermédiaire supérieur à la pairie. Il ne jouit pas longtemps de ce triomphe, le duc d'Orléans lui-même ayant retiré aux légitimés le droit éventuel à la couronne, en même temps qu'il leur rendait les honneurs dont ils jouissaient à la suite des princes du sang. » Son goût d'une hiérarchie anachronique a tendance à l'aveugler, et l'on comprend donc, qu' « en économie politique, il devait avoir des idées assez peu nettes pour ne point reculer, par exemple, devant le projet de faire proposer à des états généraux ad hoc une banqueroute qui eut détruit d'un coup l'hydre des embarras financiers qui menaçaient d'engloutir le royaume. » Saint-Simon : « La charité chrétienne ne saurait imposer de ne pas voir les choses et les gens comme ils sont. » Sainte-Beuve, à son propos : « Les groupes se détachent, les personnages se lèvent en pied et marchent devant nous. » Chateaubriand : « il écrivait à la diable pour l'immortalité. »

Il se retire à la fin de sa vie, dans sa terre de la Ferté, occupé sans doute à revoir et à finir ces Mémoires qui doivent le ressusciter, lui et son siècle. Plusieurs copies restent longtemps manuscrites dans les mains de l'évêque de Metz, son frère. La censure et l'intérêt de beaucoup de familles en empêchent la publication. Ce n'est qu'en 1788 qu'il en paraît un abrégé. Une édition plus complète en est donnée à Strasbourg, en 1791.


Source : François Louis A'weng pour Geneanet