Onomastique, origine des noms de familles

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L'onomastique (du grec onoma, nom) est la science de l'étymologie des noms propres. Même si on l'associe souvent à l'étude des noms de personne, elle regroupe en fait l'étude de l'anthroponymie (noms de personnes) et de la toponymie (noms de lieux). Nous n'aborderons ici que l'étude des noms de famille.

Officialisation du patronyme

Le nom apparaît en France au XIe siècle, l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, l'officialise.
La loi du 24 brumaire an II (14 novembre 1793) donnait à chaque citoyen la possibilité de changer de nom sur simple déclaration à la municipalité.
La loi du 6 fructidor an II (23 août 1794) interdira à tout citoyen de porter d'autre nom et prénom que celui inscrits sur son acte de naissance.

La formation des noms de familles

On admet généralement que les noms de famille datent du XIIe siècle, même si les choses gagneraient à être nuancées. Autrement dit, à partir de cette époque, chaque habitant de chaque village se retrouve avec un nom (qui deviendra le prénom) et un attribut aux origines aussi diverses que différentes (qui deviendra le nom de famille).

Car il s'agit bien au départ de surnoms, comme l'ont d'ailleurs retenu les Anglais qui continuent à dire name pour prénom et surname pour nom de famille. Ces surnoms étaient devenus nécessaires pour éviter les homonymies : dans un village où un habitant sur trois s'appelait Martin, il fallait bien arriver, ne serait-ce que pour le paiement des redevances seigneuriales, à distinguer tous ces Martin les uns des autres.

On peut penser que les surnoms existaient déjà dans la vie courante, ils se sont simplement peu à peu officialisés. Leur formation est assez facile à comprendre, et on a l'habitude de les classer en quelques catégories, finalement peu nombreuses :

Les noms de personne (ou « prénoms »)

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Nos Martin avaient tous (ou à peu près) un père ou une mère. C'était un bon moyen de les reconnaître, il y avait le Martin fils de Jacques, le Martin de Pierre, celui de Michel ou celui... de Martin. Et donc le Martin fils de Pierre va s'appeler Martin Pierre. Quant au Martin fils de Martin, il s'appellera peut-être Martinet, Martineau, Martinel. Car le français, presque autant que l'italien, fait un grand usage de suffixes diminutifs qui, accolés à un nom très répandu, donneront d'innombrables variantes. On estime que plus de 40 % des Français portent un prénom comme nom de famille. Si ce prénom est masculin, on l'appellera patronyme (nom transmis par le père) ; s'il est féminin, ce qui est beaucoup plus rare sauf dans quelques régions de France (le Calvados notamment), on parlera de matronyme.

Parmi ces prénoms, on trouve de nombreux noms d'origine germanique, qui s'étaient développés avec les grandes invasions et étaient ensuite devenus très à la mode. Il suffit de songer que Charles, Gérard, Guillaume, Louis ou Thierry sont tous des noms de personne d'origine germanique. Donc, si l'on vous dit que vous portez « un nom de personne d'origine germanique », n'allez pas croire pour autant que vous avez des ascendants allemands !

À titre indicatif, voici un relevé des noms des habitants du “fisc” de JOUY-EN-JOSAS (Yvelines), Gaudiacus, sous Irminon, abbé de Saint-Germain-des-Prés de Paris vers 813. Relevé effectué dans la publication faite par Auguste Longnon, et consultable sur Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale. Nous indiquons dans l’ordre : le nom du tenancier ; son état ; le nom de sa femme ; l’état de celle-ci ; les noms des enfants. — Ce texte est important car il montre comment, sous Charlemagne, se transmettait un nom de baptême, des parents aux enfants, quand l’adoption des noms d’origine germanique était devenue une règle presque exclusive.

AB…, colon ? (tenent mansum ingenuilem I); SAXA,; — ACFREDUS, lide; AMALTRUDIS, «colone»; Amalricus; — ACLEDULFUS, colon; WINEGARDIS, «colone»; Hidulfus, Ragentrudis, Winegildis, Winegis; — ADREMARUS, lide ; — AGENULFUS, colon; — ALANTEUS, lide ; INGBERTA, «colone» ; Ercamberta, Adalricus, Autbertus; — ANSBOLDUS, lide "hôte" ; — ANSEGARIUS, colon ; — BALDRICUS, colon; MAURINGA, «colone»; Vulfredudis, Framberta; — BERTOINUS, colon "hôte" ; — CALADULFUS, colon; NATALIA, «colone»; Nadaltrudis; — DALBERTUS, colon ; — DODO, colon; — DOMINICUS, serf ; LANDEDRUDIS, «colone» ; Baldulfus, Bertraus, Liutardus, Grimbarius; — ERCAMBOLDUS, colon ; GISA, «colone» ; Saidra, Ercamberta, Hildegundis; — ERMGAUDUS, hôte ; — EVREBOLDUS, serf ; — FROTGARIUS, colon ; — GAUTSELMUS, colon ; ERMINA, «colone», Teodarus, Adalgundis; — GEROSMUS, colon ; — GISLEBOLDUS, colon ; — GODEBOLDUS, colon ; [ ?] ; Godelhildis, Amaltrudis; — GODEMARUS, colon ; — GODINUS, prêtre; — GODINUS, lide ; — HAIRBERTUS, lide; GODELINDIS, lida; Aiginardus, Dodo, Restoldus; — LANDOINUS, colon ; GANDOILDIS, «colone» ; Gantildis, Godelildis, Salamonus; — LANTBERTUS, colon ; ANSBERTA, «colone» ; Lantbertus, Haltbertus, Waltbertus, Lantberta; — LEUTARDUS, serf ; — LEUTGAUDUS, colon; — LEUTHARIUS, serf ; — NATALIDIUS [cité avec le lide GODINUS] ; — RAGEMBOLDUS, colon ; — RAGENULFUS, colon ; RATRUDIS, «colone» ; — RAINTBERTUS, colon ; — RATGIS, "bénéficier" (habet in beneficio mansos ingenuiles III) ; — RESTOLDUS, serf ; — SICLEBOLDA, serve ? (ancilla) ;— SICLEFREDUS, colon ; — STADIUS, colon ; — TEODRADUS, colon ; — TEODRADUS, "bénéficier" (habet in beneficio mansos ingenuiles II); — TEUDHARDUS, colon; — WALATHEUS, colon; FRAMENGILDIS, «colone»; Walantrudis, Nadilindis; — WINTBOLDUS, colon; — ERMENTILDIS, « colone ».

Les noms de métiers

Un autre moyen bien utile de différencier nos Martin, c'est de donner à quelques-uns d'entre eux le nom de leur métier. Pour cela, il faut évidemment que celui-ci soit assez rare dans le village, autrement cela ne servirait pas à grand-chose. D'où le succès du forgeron : il y en avait un par village, et rarement plus d'un, ce qui explique que tant de gens s'appellent Fabre, Faivre, Faure, Lefèvre, ou encore Le Goff (le même métier en breton). Parmi les autres métiers à succès, on notera le meunier, le fournier et le boulanger (autrefois pistre ou pestre), un trio indispensable dans chaque village.

Les sobriquets

On appelle sobriquet un surnom lié à une caractéristique physique ou morale, à une anecdote, à un comportement particulier. Ces surnoms sont très nombreux et souvent bien difficiles à expliquer, surtout lorsqu'il s'agit d'une anecdote. Mais il y a aussi, et ce sont les plus répandus, les Legrand, Leblond, Lesage et autres Leriche, qui ne posent pour leur part aucun problème. Beaucoup de ces sobriquets sont donnés par métaphore ou par métonymie : lorsque quelqu'un s'appelle Poisson, on fait une métaphore si on le compare à un poisson (à cause de son mutisme ou de ses yeux globuleux par exemple) ; si par contre le surnom lui a été donné parce qu'il pêche ou vend des poissons, on parlera de métonymie. Bien entendu, la différence est le plus souvent impossible à faire aujourd'hui. De même, allez savoir pourquoi quelqu'un a été appelé Loiseau ou Lechat !

Les termes géographiques ou topographiques

C'est la dernière catégorie, et elle recouvre de nombreuses possibilités : le principe est de donner comme surnom à notre ami Martin le lieu où il habite ou celui dont il est originaire. Le phénomène fonctionne de façon excentrique (en partant du centre, autrement dit le village).

Il y a d'abord celui qui habite à tel ou tel endroit caractéristique du village : Martin Dupont habite près du pont, Martin Léglise près de l'église, Martin Delaporte (ou Laporte) près de la porte fortifiée.
Ensuite, élargissant le cercle, on trouve tous ceux qui habitent dans des hameaux ou des fermes isolées. Ils portent le nom de leur hameau, et le plus souvent il faut avoir recours aux cartes IGN ou au cadastre pour les reconnaître.

Une autre catégorie est celle des gens qui vivent au village, mais sont originaires d'une autre localité. On les reconnaît plus facilement aujourd'hui, surtout s'ils s'appellent Toulouse ou Marseille (attention cependant, il n'y a pas forcément en France qu'un seul Toulouse ou qu'un seul Marseille, encore faut-il se méfier de la graphie : ainsi, en Berry, Marseile < Marseil < Marceil, qui n'est que la prononciation patoisante de Marcel, et n'a aucun rapport avec la ville !).
Enfin, élargissant encore le cercle, on rencontre ceux qui viennent de régions ou de pays plus ou moins éloignés. Ils s'appellent Poitevin, Percheron, Savoye, Langlais, Lebreton ou Lespagnol, et on peut les trouver très loin de leur région d'origine.

Telles sont les quatre grande catégories de surnoms, autrement dit de noms de famille, que l'on trouve aussi bien en France que dans la plupart des pays d'Europe, dans des proportions qui varient selon les habitudes des uns et des autres (par exemple les noms basques sont presque tous des toponymes, autrement dit des noms de lieux).

Fiches pratiques et particularismes régionaux

Quelques particularités en matière d'onomastique (écrites par Jean TOSTI) :

Analyses onomastiques de Patrick Jouannès

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Autres études

Essais sur des analyses onomastiques par Patrick Geoffroy

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Dictionnaire étymologique des noms de famille de Marie-Thérèse Morlet aux éditions Perrin
  • Tous les Noms de Famille et leur localisation en 1900 par Laurent Fordant
  • Les noms de personnes en France - Paul Fabre - Que sais-je ? - PUF
  • Les noms de lieux - Charles Rostaing - Que sais-je ? - PUF
  • André Compan - Étude d'anthroponymie provençale : les noms de personne dans le Comté de Nice aux XIIIe, XIVe et XVe siècles - Éditions Serre, 2004
  • Jacques Astor - Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du midi de la France - Éditions du beffroi, 2002
  • Jean-Marie Ploneis ,"L'identité Bretonne", l'origine des noms des personnes : Édition du Félin, 1996
  • Gwennole Le Menn, " Les noms de familles les plus portées en Bretagne" Éditions CoopBreizh, 1993
  • Albert Deshayes, "Dictionnaire des noms de familles Bretons" Éditions LeChasse-Marée Armen, 1995
  • Francis Gourvil " Noms de famille bretons d'origine toponymique, Édition Société Archéologique du Finistère Quimper, 1970
  • Jules Herbillon, Jean Germain - Dictionnaire des noms de famille en Belgique Romane - Éditions Crédit Communal (Dexia) - Belgique, 1996
  • Jean-Louis Beaucarnot :" Les noms de Familles et leurs secrets, Éditions Robert Laffont, 1988
  • Philippe Lagneau et Jean Arbuleau " Dictionnaire des noms de famille et des Prénoms" Éditions Vernoy-Arnaud de Vesgre, 1980
  • Félix Fenouillet " Les noms de famille en Savoie" Éditions de la Tour Gile, 1919

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