Mont Valérien

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Le mont Valérien est une colline culminant à 162 mètres, située dans le département des Hauts-de-Seine sur les territoires des communes de Suresnes, Nanterre et Rueil-Malmaison. Sa partie supérieure est occupée par la forteresse du Mont-Valérien, construite à partir de 1841, où plus d'un millier d'otages et de résistants furent exécutés de 1941 à 1944. Adossé au rempart sud de la forteresse, le Mémorial de la France combattante, inauguré le 18 juin 1960 par le général de Gaulle, fut érigé en l'honneur de tous les morts de la Seconde Guerre mondiale.

Mémorial de la France combattante
Photo J. GALICHON

Mémorial de la France combattante

La forteresse du Mont-Valérien fut le lieu de plus de 1009 exécutions de résistants, comme Honoré d'Estienne d'Orves ou 22 membres du groupe Manouchian. Dès le 18 juin 1946, le général de Gaulle rend à cet endroit un hommage aux « massacrés et aux fusillés » et décide de créer un monument commémoratif.

Le 11 novembre 1946, sous la direction d'Henri Frenay, alors ministre des Prisonniers, déportés et réfugiés du Gouvernement provisoire, quinze corps de combattants de la Seconde Guerre mondiale, originaires de France et des colonies, dont deux femmes (Berty Albrecht et Renée Lévy), sont inhumés dans une crypte provisoire.

Il faudra attendre 1958 et le retour du général de Gaulle au pouvoir pour que le projet de monument aboutisse. Il charge alors l'architecte des bâtiments civils et palais nationaux Félix Brunau d'édifier un véritable monument, inauguré le 18 juin 1960.

L'esplanade du monument fait plus de 1 000 m². Un mur de 150 m de long, en grès rose des Vosges, est accolé au rempart de la forteresse. Au milieu de ce mur, une grande croix de Lorraine de 12 m de haut marque l'entrée de la crypte où reposent 16 combattants.

Devant la croix de Lorraine, une flamme jaillit en permanence d'un brûloir en bronze. Le long du mur, 16 sculptures différentes, équivalentes des métopes grecques, en bronze, symbolisent les différentes formes des combats pour la Libération.

La crypte

La crypte contient dix-sept caveaux :

Berty ALBRECHT, Circuit des Illustres
  • Diasso Kal Boutie (1919-1940), soldat au 16e régiment de tirailleurs sénégalais, tué à l'ennemi le 28 mai 1940 à Fouilloy (Somme)
  • Edmond Grethen (1898-1945), inspecteur en chef de la garde indochinoise, fusillé par les Japonais le 16 mars 1945 à Thakhek, Laos
  • Raymond Anne (1922-1944), sergent FFI, « Filochard » dans la Résistance, tué à l'ennemi le 21 juillet 1944 à Vassieux-en-Vercors, Drôme
  • Maboulkede (1921-1944), soldat au 24e bataillon de marche (BM 24) de la 1re division française libre (1re DFL), tué à l'ennemi le 22 août 1944 à La Garde (Var)
  • Berty Albrecht (1893-1943), résistante, torturée, s'est suicidée à la prison de Fresnes en mai 1943
  • Maurice Debout (1914-1944), prisonnier de guerre, fusillé le 13 mars 1944 à Oberhonau (Bavière) pour refus d'obéissance
  • Pierre Ulmer (1916-1940), militaire au 4e régiment de dragons portés, tué à l'ennemi le 24 mai 1940 pendant la campagne de France à la ferme de Berthonval (Pas-de-Calais)
  • Georges Brière (1922-1944), matelot au 1er régiment de fusiliers marins, tué à l'ennemi le 25 novembre 1944 à Giromagny (Territoire de Belfort)
  • Alfred Touny (1886-1944), résistant, fusillé en avril 1944 à Arras (Pas-de-Calais)
  • Jean Charrier (1920-1944), soldat au 152e régiment d’infanterie, tué à l'ennemi le 26 décembre 1944 à Courtelevant (Territoire de Belfort)
  • Allal Ould M'Hamed Ben Semers (1920-1944), soldat au 1er régiment de tirailleurs marocains, tué à l'ennemi le 6 octobre 1944 à Briançon (Hautes-Alpes) ;
  • Mohamed Amar Hedhili Ben Salem Ben Hadj (1913-1940), soldat au 4e régiment de tirailleurs tunisiens, tué à l'ennemi le 16 juin 1940 à Aunay-sous-Auneau (Eure-et-Loir)
  • Henri Arnaud (1907-1944), commandant la 4e escadre de chasse, tué à l'ennemi le 12 septembre 1944 à Roppe (Territoire de Belfort)
  • Maurice (Marius) Duport (1919-1944), sous-lieutenant au 22e bataillon de marche nord-africain (22e BMNA) (1re DFL), tué à l'ennemi pendant la campagne d’Italie, le 14 mai 1944 à San Clemente, Italie
  • Antonin Mourgues (1919-1942), caporal-chef au bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique (BIMP), tué à l'ennemi le 1er novembre 1942 à El Mreir (Égypte), au cours de la seconde bataille d'El Alamein
  • Renée Lévy (1906-1943), résistante, décapitée le 31 août 1943 à la prison de Cologne (Allemagne)
  • un caveau est vide, il est réservé au compagnon de la Libération qui va s'éteindre le dernier
La Crypte

Les sculptures du monument

Les hauts-reliefs, réalisés par 16 sculpteurs différents, sont disposées en deux groupes de huit de part et d'autre de la croix de Lorraine

Colmar (sculpteur : Joseph Rivière)

Pour la libération de l'Alsace (de novembre 1944 à février 1945). Deux mains entourent les armes de Colmar dont la masse d'armes d'or est réinterprétée comme « étoile d'espérance ».
Colmar
Casabianca (sculpteur : Georges Saupique)

Le 27 novembre 1942, le sous-marin Casabianca parvient à s'échapper du port de Toulon investi par les Allemands et rejoint les Forces françaises d'Afrique du Nord. La lutte dans l'élément marin est figurée par un combat contre une pieuvre.
Casablanca
Paris (sculpteur : Marcel Damboise)

Paris est libéré, le 25 août 1944, grâce à l'action de la Résistance, de la 2e division blindée du général Leclerc et des Alliés. La main de la résistance brise la chaîne et fait lâcher prise à celle de l'occupant.
Paris
Maquis (sculpteur : Raymond Corbin)

En hommage à l'action des résistants maquisards. La sculpture représente les groupes armés dans les forêts.
Maquis
Alençon (sculpteur : René Leleu)

Débarquée en Normandie, la 2e division blindée du général Leclerc est la première grande unité française engagée sur le sol national, elle libère Alençon le 11 août 1944. La sculpture représente le phénix renaissant de ses cendres.
Alençon
Saumur (sculpteur : Pierre Duroux)

Rappelle le combat de Saumur, du 19 au 21 juin 1940, lors de la Bataille de France. Le sacrifice des combattants est représenté par un soldat percé d'une épée.
Saumur
Déportation (sculpteur : Henri Lagriffou)

A la mémoire de tous les déportés (résistants, Juifs, Tsiganes, etc.), qui sont envoyés dans les camps de concentration et d'extermination où de nombreux meurent. Des mains tentent de libérer un cœur torturé par des barbelés.
Déportation
Forces aériennes françaises libres (sculpteur : Claude Grange)

Les Forces aériennes françaises libres sont engagées sur tous les fronts. Un opérateur radio coiffé d'écouteurs affronte des rapaces.
Forces aériennes françaises libres
Action (sculpteur : Alfred Janniot)

L'Appel du 18 Juin du général de Gaulle, refusant l'armistice de 1940, donne naissance aux Forces françaises libres et la Résistance française. Allégorie de la France résistante tenant d'un bras une épée, et de l'autre un combattant tué dont elle poursuit le combat.
Action
Fezzan (sculpteur : Aimé Bizette-Lindet)

Avec ses troupes, le général Leclerc s'empare de l'oasis de Koufra, le 2 mars 1941, puis conquiert le Fezzan. Un lion affronte un serpent devant un palmier.
Fezzan
Les Fusillés (sculpteur : Maurice Calka)

Entre 1940 et 1944, de nombreux de Français et étrangers, résistants ou otages, sont fusillés. La composition complexe de la sculpture laisse entrevoir les corps transpercés par les balles.
Les fusillés
Cassino (sculpteur : Ulysse Gemignani)

L'action des troupes du général Juin permet aux Alliés de s'emparer en mai 1944 du monte Cassino, point de résistance des Allemands en Italie. Aigle étranglé par une main gantée.
Cassino
Bir Hakeim (sculpteur : Raymond Martin)

La 1re brigade française libre du général Koenig défend la position de Bir Hakeim en Libye, contre les Allemands et les Italiens, du 27 mai au 10 juin 1942. Barrage de fer et de feu brisé par le glaive.
Bir-Hakeim
Narvik (sculpteur : Robert Juvin)

Le corps expéditionnaire français s'empare de Narvik, le 28 mai 1940, puis regagne la France menacée d'invasion. Une partie des forces rejoint les Forces françaises libres du général de Gaulle. La sculpture représente un drakkar sous une pluie de flèches.
Narvik
Sienne (sculpteur : René Andrei)

Le corps expéditionnaire français, commandé par le général Juin puis par de Lattre, achève glorieusement sa campagne en Italie après la libération de Sienne, le 3 juillet 1944. La sculpture du cheval est une évocation du Palio de Sienne.
Sienne
Rhin (sculpteur : Louis Dideron)

L'armée française de la Libération repousse l'offensive allemande sur Strasbourg puis franchit le Rhin le 31 mars 1945. La sculpture se compose d'un buste habitant le V de la victoire, surmontant les eaux du Rhin et une chaîne brisée.
Rhin

La forteresse

Historique

Sous le règne de Louis-Philippe (1830-1848), Adolphe Thiers fait construire au Mont Valérien l'un des seize forts prévus dans le programme de fortifications de Paris décidé par la loi du 3 avril 1841 et l'un des plus importants. Cent quarante millions de francs sont alloués au projet. De forme pentagonale, la forteresse comprend des fronts allant de 350 à 400 mètres, des pas de cavaliers reliant les bastions. Il y a un double mur de soutènement, des douves et un mur défensif. En 1850 la forteresse du Mont-Valérien est rattachée à Suresnes.

Pendant la guerre franco-allemande de 1870, la forteresse joue un rôle important :

  • d'une part dans le siège de Paris : la destruction du château de Saint-Cloud, tenu par les Allemands, le 13 octobre 18704, par les troupes républicaines du gouvernement de la Défense nationale, témoigne de la puissance de feu de ses canons. Le fort est occupé par les Allemands en application de l'armistice franco-allemand le 29 janvier 1871 ;
  • d'autre part dans la lutte contre la Commune de Paris en 1871.

Après le départ des Allemands, le fort est investi par les troupes versaillaises dès le 21 mars 1871.

  • En 1884, le dépôt central du matériel et l'École de la télégraphie militaire sont créées dans la forteresse, ce qui ne nécessite donc désormais plus d'avoir recours à des civils. En 1897, le général Gustave Ferrié devient directeur de l'école, après y avoir été stagiaire en 1893 et instructeur en 1895. En 1900 est créé le 24e bataillon des sapeurs-télégraphistes du 5e génie.
  • Le 31 août 1898, le colonel Hubert Henry, protagoniste de l'affaire Dreyfus placé aux arrêts au mont Valérien, s'y suicide.
Clairière des fusillés
Photo J. GALICHON
  • Pendant la Première Guerre mondiale, la forteresse est utilisée pour la défense aérienne de Paris, un projecteur y étant installé pour voir les avions la nuit (cf. « Camille Mortenol »).
  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, la forteresse est utilisée par les nazis pour y fusiller un millier d'otages, résistants et Français libres parachutés sur le sol français.
  • L'armée est toujours présente aujourd'hui avec un régiment de transmission.

Les fusillés du Mont-Valérien

Entre 1941 et 1944, la forteresse du Mont-Valérien est utilisée comme lieu de fusillade par les Nazis.

Un circuit mémoriel retrace les derniers pas des condamnés, de la chapelle où ils étaient enfermés à la clairière où ils ont été fusillés. Deux catégories de fusillés ont étés assassinés au Mont Valérien : les résistants qui étaient jugés et les otages, assassinés en répression par l'occupant. À noter qu'il ne s'agit pas exclusivement d'hommes. Les femmes étaient déportées.

Dans la chapelle sont conservés les graffitis écrits par les fusillés avant de mourir, cinq poteaux d'exécution et des cercueils provisoires retrouvés à la libération du site.

Graffiti, derniers messages des fusillés

Cloche commémorative
Photo J. GALICHON

En 2001, un concours artistique est organisé pour la réalisation du Monument à la mémoire des otages fusillés au Mont-Valérien entre 1941 et 1944, au terme duquel le projet du sculpteur et plasticien Pascal Convert est retenu. Il s'agit d'une cloche en bronze de 2,18 m de haut posée sur une dalle de béton devant la chapelle.

Y figurent, par ordre chronologique de décès puis ordre alphabétique, les noms et prénoms des 1 009 résistants et otages fusillés au Mont-Valérien entre 1941 et 1944 qui ont pu être identifiés. Une inscription sur la base de la cloche perpétue la mémoire de « tous ceux qui n'ont pas été identifiés ». Le 20 février 2002, la cloche est coulée par la fonderie Paccard à Sévrier. Le 20 septembre 2003 le monument est inauguré par le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin.


En photos


Cartes postales anciennes

Voir aussi

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