Maison de Habsbourg de 1440 à 1740

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"Paon" généalogique des Habsbourg, avec armoiries des membres des différentes maisons. Reproduction d'un tableau de 1550 exposé au musée de Wien. Extrait d'un panneau d'information au château de Habsburg (Suisse) Photo B.ohland

Introduction

Albert IV de Habsbourg (°1397-✞1439], duc d'Autriche, a réussi à cumuler trois couronnes : celles de roi de Bohème et de Croatie, celle de roi de Hongrie, et celle d'empereur de mars 1338 à octobre 1439 sous le nom d'Albert II du Saint-Empire.
Malgré la brièveté de son règne, il est à l'origine de la succession de douze autres membres des Habsbourg sur le trône du Saint-Empire romain germanique, sans discontinuer, pendant trois siècles.

Frédéric III, empereur du Saint-Empire de 1440 à 1493

Le trône redevenu vacant, une nouvelle élection a lieu. C'est Frédéric V de Habsbourg (°1415-✞1493), de la branche styrienne et cousin d'Albert II, qui est élu roi de Germanie sous le nom de Frédéric III, et va se faire couronner empereur, à Rome, en 1452.

  • Son règne sera long (53 ans), mais émaillé de difficultés. Au début, absorbé par la succession d'Albert II, il ne se préoccupe pas assez de l'Empire germanique, d'où des insatisfactions et tensions. Il est en conflit avec son frère Albert VI de Habsbourg, ce qui aboutit à une insurrection à Vienne et au siège de la Hofburg. Il doit faire face aux ambitions de Charles le Téméraire sur les territoires habsbourgeois en Haute-Alsace. Il est aussi menacé par Georges de Podebrady, roi de Bohème, également par Mathias Corvin, roi de Hongrie, et sa « politique expansionniste »[1]. Et bien sûr, tous ces conflits entraînent batailles ou guerres, donc de nombreuses dépenses.
  • Faute de moyens suffisants, Frédéric III doit lâcher du lest par rapport à ses ambitions de départ, mais à la fin de son règne, le bilan est grandement positif :
- l'état autrichien s'est renforcé et Vienne est devenue capitale et évêché.
- l'union avec la Maison de Bourgogne, grâce au mariage de son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne, a permis à la Maison d'Autriche de devenir une puissance importante en Europe.
  • Pour ces raisons, Frédéric III pourrait être perçu comme « le second fondateur de la fortune européenne des Habsbourg »[2], s'illustrant par l'importance qu'il a accordée à l'archiduché autrichien, et adoptant une devise devenue célèbre par la suite : « AEIOU : Austriae est imperare orbi universo »[3].

Maximilien Ier, empereur du Saint-Empire de 1508 à 1519

Portrait
(Salle des trésors, Hofburg, Vienne)
Photo C. Angsthelm

Quand son père Frédéric III meurt en 1493, Maximilien d'Autriche (°1459-✞1519) est déjà roi des Romains depuis sept ans. Il devient tout naturellement archiduc d'Autriche, et, en 1508, ne pouvant se rendre à Rome comme prévu, il s'autoproclame empereur du Saint-Empire avec le consentement du pape Jules II.

  • Habitué aux affaires politiques par son père, il est aussi doué sur le plan militaire et porté par de grandes ambitions ; ce qui ne l'empêche pas de connaître quelques déboires et désillusions avec le duché de Milan ou les Confédérés suisses. Durant son règne, malgré un manque de moyens financiers, il cherche des appuis de divers côtés et vise à « renforcer la monarchie autrichienne »[4]. Il promulgue certaines mesures prises par la Diète (Chancellerie, Chambre, Conseil), afin de jeter les bases d'une administration centralisée.
  • Mais c'est surtout sur le plan des arrangements matrimoniaux qu'il se révèle un fin stratège.

1) Sa première épouse Marie de Bourgogne étant décédée en 1482, Maximilien essaye de reproduire cette "manœuvre" fructueuse en épousant Anne de Bretagne en 1490. Mais le mariage est annulé un an plus tard par le roi de France Charles VIII.
2) Quatre ans plus tard, il épouse par intérêt la nièce du duc de Milan, Bianca Maria Storza, richement dotée. Mais le mariage se solde par un échec et Bianca Maria meurt en 1510.
3) Maximilien règle avec brio le sort de ses enfants (issus du premier lit avec Marie de Bourgogne) :
- son fils Philippe de Habsbourg (°1478-✞1506), ou Philippe Ier roi consort de Castille, surnommé Philippe le Beau, épouse Juanita d'Espagne qui, à la mort de son frère, devient l'unique héritière des rois catholiques. Ils auront six enfants aux destinées brillantes, comme nous le verrons plus tard.
- sa fille Marguerite d'Autriche (+1486-✞1530), épouse Juan de Trastamare, prince d'Espagne, appelé Jean d'Aragon, puis, après le décès de Juan, épouse en secondes noces Philibert II, duc de Savoie.

  • Enfin, en 1515, Maximilien conclut un pacte de « succession mutuelle »[4] avec Vladislas II ou Vladislas Jagellon, roi de Bohême et de Hongrie, par lequel ils se promettent réciprocité de leurs héritages respectifs. Et dans ce pacte, les dés sont jetés pour un futur double mariage de ses petits-enfants Ferdinand et Marie.
  • Finalement, durant son règne, l'empereur a su réunir à nouveau les pays héréditaires de la Maison d'Autriche et faciliter leur administration. Et il a su rassembler « ce conglomérat de pays et de royaumes qui sera le patrimoine de Charles Quint »[5].

Charles V, ou Charles Quint, empereur du Saint-Empire de 1519 à 1556

  • Charles de Habsbourg (°1500-✞1558) est âgé de six ans quand son père Philippe le Beau décède. Sa mère[6] étant en Espagne et ne se remettant pas de son chagrin, Charles est élevé par sa tante, Marguerite d'Autriche, qui est nommée régente des Pays-Bas par Maximilien Ier. L'année suivante, à l'âge de sept ans, Charles devient Duc de Bourgogne, puis souverain des Pays-Bas. En 1515, l'empereur demande son émancipation, l'amenant ainsi à exercer ses premières tâches politiques. L'année suivante, le décès du roi Ferdinand II d'Aragon[7] propulse Charles "Roi des Espagnes", en binôme avec sa mère. En 1519, le destin le pousse encore en avant car son grand-père décède, laissant le trône du Saint-Empire vacant.
Pour les princes électeurs devant choisir entre Charles, Henri VIII d'Angleterre, François Ier de France et des princes allemands, les hésitations durent six mois. D'autre part cette élection est devenue une histoire d'argent : les candidats "achètent" les voix des électeurs, et Charles surpassera François Ier en allant jusqu'à la somme de « huit cent quarante six milles florins d'or »[8]. Finalement, le petit-fils de Maximilien est élu à l'unanimité en juin 1519 sous le nom de Charles V ou Charles Quint et est couronné officiellement en 1520[9].
  • Le fameux Empire sur lequel « le soleil ne se couche jamais » est particulièrement étendu puisqu'il est le fruit de quatre héritages : bourguignon, habsbourgeois, castillan et aragonais. Et il s'accroit encore de la Bohême et la Hongrie suite à l'astucieuse politique matrimoniale de Frédéric Ier scellée dans le pacte de 1515[10]. Mais cet empire est discontinu, les états ont chacun leurs particularités et leurs propres langues. La cohésion est difficile. Et Charles, dont un des premiers objectifs est de préserver l'héritage acquis, choisit de déléguer ses pouvoirs, notamment à son frère Ferdinand pour les territoires allemands. Le deuxième objectif est de préserver la Chrétienté, alors menacée par l'empire ottoman, en arrivant à réaliser l'ancien rêve carolingien d'une grande unité religieuse.
  • Les objectifs sont-ils trop ambitieux ? Les obstacles sont-ils trop nombreux ? En tout cas, Charles est en difficulté à plusieurs reprises. La Réforme de Luther commence à prendre de l'ampleur. Des agitations en Espagne se transforment en « révolution nobiliaire »[11]. L'empereur n'arrive pas à rassembler les adhésions et forces nécessaires à son projet d'unité religieuse. Des conflits avec François Ier puis Henri II se transforment en guerres. En conséquence les finances de l'Empire chutent. Enfin, sous Soliman le Magnifique, les Ottomans commencent à s'emparer de la Hongrie.
  • Charles, lucide, se remet en cause. Il est également affecté par des désaccords avec son frère Ferdinand, puis affaibli par la mort de sa mère. Il envisage alors de renoncer au pouvoir et prépare sa succession. Mais il est difficile pour lui de choisir entre son frère Ferdinand et son fils, l'infant Philippe. Finalement, en 1555, l'empereur annonce son souhait d'abdiquer et remet le gouvernement des Pays-bas aux mains de Philippe. En 1956, il renonce aux possessions espagnoles. Puis il se réconcilie avec Ferdinand à qui il destine la couronne impériale, et énonce ses volontés au collège électoral.
Il se retire en 1557 à Yuste[12] où il décède en 1558.

Le partage de 1556

L'abdication de l'Empereur Charles Quint mettait à mal le projet de monarchie universelle qui était si cher aux Habsbourg.
La Maison d'Autriche se divisait :
- d'un côté la branche d'Eapagne avec Philippe II face aux ambitieux Valois, branche qui s'éteint en 1700 à la mort de Charles II qui n'a pas d'enfants. Cette branche ne sera pas traitée ici,
- de l'autre côté, la branche autrichienne, qui allait conserver la « dignité impériale »[13]. Une belle voie était ouverte à l'archiduc Ferdinand : son règne serait-il facile et brillant ?

Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire de 1556 à 1564

Quand il accède au pouvoir suprême en 1956, Ferdinand de Habsbourg (°1503-✞1564) n'est pas un novice. Archiduc depuis 1521 et missionné par son frère Charles Quint pour gérer les possessions autrichiennes, il est couronné roi de Bohême, de Hongrie et de Croatie en 1526, puis roi des Germains en 1531.

  • « Le véritable créateur de la monarchie, c'est lui »[14]. Avec des idées neuves, il a su remettre de l'ordre, organiser différemment ses États, à l'aide d'une politique rationnelle et pérenne. Face à peu de moyens, il a emprunté et visé l'efficacité, la rentabilité en privilégiant la centralisation des administrations, y compris dans le domaine militaire. Il a créé de nombreuses institutions, en a modernisé d'autres. Même en Haute-Alsace comme à Ensisheim par exemple, il « recompose le tribunal et [...] introduit l'appellation de régence »[15]. Avec tolérance, il a su trouver des compromis face à la crise religieuse, et avec diplomatie il est arrivé à un terrain d'entente en concrétisant la Paix d'Augsbourg[16] en 1555.
  • Ferdinand avait l'étoffe d'un grand homme politique. Mais s'il a plutôt bien réussi à sauver la monarchie et à apaiser ses États par sa politique intérieure, il a du faire face à la menace ottomane de plus en plus pressante. Il quitte alors Prague où il résidait et s'installe à Vienne, afin d'être sur place pour commander les hostilités. L'armée de Soliman le Magnifique est « la première d'Europe »[17], mais Ferdinand ne se décourage pas. Il connaît des échecs, une trêve assortie d'un tribut à payer, une petite victoire en 1556 suivie d'une pause. Il a réussi à éviter le pire, mais c'est la Hongrie qui en a fait les frais. Cependant la guerre n'est pas finie pour autant, et quand Ferdinand Ier meurt en 1564, il ne peut pas savoir qu'après une ultime bataille, Soliman mourra, ce qui aboutira en 1568 à un traité de paix signé par son propre fils Maximilien.

Maximilien II, empereur du Saint-Empire de 1564 à 1576

Ferdinand avait prévu de partager l'héritage (dettes comprises !) entre ses trois premiers fils. Pour l'aîné, Maximilien de Habsbourg (°1527-✞1576) : la Basse Autriche, la Bohême et la Hongrie, ainsi que la couronne. Pour le second, Ferdinand de Tyrol (°1529-✞1595), archiduc d'Autriche , l'Autriche Antérieure, (donc Tyrol, possessions allemandes et alsaciennes). Pour le troisième, Charles II d'Autriche (°1540-✞1590) : l'Autriche Intérieure.

  • Maximilien avait déjà été couronné roi de Bohême, de Hongrie et Croatie, et roi des Romains en 1562. Il devient archiduc et empereur en 1564.
Durant son adolescence, il s'était montré favorable au protestantisme, ce qui lui avait valu des remontrances de son cousin Philippe II d'Espagne, mais surtout une crise familiale. En raison de l'enjeu impérial, il finit par se soumettre à la foi catholique. Mais il reste un « défenseur de l'idée de tolérance »[18]. Il fait bien sûr respecter la paix d'Augsbourg négociée par son père. Et il a à cœur de ménager les deux confessions religieuses, n'entravant ni les Luthériens, ni la Contre-Réforme.
  • Deux ans après son élection au trône, en 1566, l'Empereur Soliman revient sur la scène politique et engage une bataille où il décède, entraînant le repli des Turcs et l'abandon de la guerre. Cela permet à Maximilien de conclure la Paix d'Andrinople, en 1568, avec le jeune sultan Sélim II[19].
  • Avec son épouse Marie d'Autriche (fille de Charles Quint), Maximilien a eu onze ou seize enfants (selon les sources). Rodolphe et Matthias, qui furent éduqués à la Cour d'Espagne, vont devenir empereurs. Parmi les filles, l'aînée Anne a été mariée à Philippe II d'Espagne. Élisabeth a épousé Charles IX de France.
  • Vers la fin de son règne, la paix étant revenue, Maximilien en profite pour lorgner du côté de la Pologne. Le trône royal devient vacant en 1575 quand, à la mort de son frère Charles IX, le roi Henri Ier de Pologne rejoint la France pour y devenir Henri III de France. Maximilien postule et est élu roi de Pologne, mais il n'a pas le loisir d'assumer cette tâche puisqu'il meurt en 1576.

Rodolphe II, empereur du Saint-Empire de 1576 à 1612

Rodolphe II, tableau en bois sculpté, XVIe, (Musée historique de Mulhouse)
Photo B.ohland

Déjà couronné roi de Hongrie et de Croatie en 1575, puis roi des Romains en 1575, Rodolphe II de Habsbourg (°1552-✞1612) devient roi de Bohême et empereur à la mort de son père en 1576. Monarque atypique, les avis à sont sujet sont divergents.

  • C'est à Prague que Rodolphe Ier choisit de résider, et en collectionneur et mécène, il accorde une grande place à l'art et fait de la ville un lieu culturel et dynamique.
  • Peut-être rêvait-il comme son aïeul Charles Quint, de parvenir à une unité de la Chrétienté ? D'autant plus qu'il avait subi l'influence de Philippe II à la Cour d'Espagne. En fait, il fait preuve de modération en continuant à respecter le « pluralisme confessionnel »[20]. Il ne cherche pas à favoriser la persécution des Protestants. En 1609, face aux difficultés en Bohême, Rodolphe édicte la "Lettre de Majesté" qui ouvre la porte aux pleins pouvoirs des ordres dans ce pays, mais n'est plus dans la ligne de la paix d'Augsbourg.
  • La politique de l'empereur est axée sur la pacification de son empire, mais avec un programme modéré et un certain manque de réactivité. Il doit faire face à une insurrection des Protestants de Transylvanie et de la noblesse hongroise, menée par Étienne II de Bocskay. C'est son frère Matthias qui en vient à bout grâce au "Traité de Vienne" en 1606. Parallèlement, la guerre avec les Turcs reprend et s'étale sur treize années ; et là aussi, c'est Matthias qui règle la problème, de concert avec Bocskay devenu prince de Hongrie, en signant « la paix de Zsitvatorok »[21] qui définit une frontière plus stable entre empires habsbourgeois et ottoman, mais qui accorde liberté religieuse en Hongrie. En Alsace, Rodolphe connait aussi un échec lorsqu'il veut récupérer la ville de Mulhouse.
  • Mesurant l'inefficacité de la politique de l'empereur, quelques membres des Habsbourg se réunissent pour trouver des solutions. Ils demandent à Rodolphe de laisser son trône à Matthias. Après refus et appel à la rescousse de son frère Léopold, l'empereur, fatigué et de moins en moins considéré et soutenu, se résigne. Il cède d'abord, en 1608, les couronnes d'Autriche, de Hongrie et de Moravie, puis en 1611 la couronne de Bohème. L'année suivante, la mort de Rodolphe II entraîne l'élection de Matthias au rang d'empereur.

Matthias Ier, empereur du Saint-Empire de 1612 à 1619

L'archiduc Matthias Ier de Habsbourg (°1557-✞1619) a déjà joué sur le devant de la scène et récolté quelques couronnes durant le règne de son frère Rodolphe.
Une fois au pouvoir suprême, en juin 1612, il respecte comme promis les différents traités et la Lettre de Majesté. Mais, malade et sans descendant mâle, il se soucie davantage de sa succession que de l'avenir de l'Empire. Or celui-ci est menacé par l'extension à la fois du Calvinisme et de la Contre-Réforme...
Après hésitations, ses frères candidats potentiels : l'archiduc Albert d'Autriche (°1559-✞1621) gouverneur des Pays-Bas, et l'archiduc Maximilien III d'Autriche (°1558-✞1618) roi du Tyrol, ne sont pas retenus. Son cousin Léopold V d'Autriche-Tyrol (°1586-✞1632), évêque de Strasbourg, n'est pas retenu non plus.
Le choix se porte sur un autre cousin : Ferdinand de Styrie, donc petit-fils de Ferdinand Ier, qui va devenir empereur sous le nom de Ferdinand II. Mais la Bohême va changer la donne...

Il est à noter que ce sont Matthias Ier et son épouse Anne du Tyrol qui décident de faire creuser une crypte sous l'église des Capucins de Vienne, qui va devenir la nécropole des Habsbourg jusqu'en 1989.

Ferdinand II, empereur du Saint-Empire de 1619 à 1637

L'arrivée de Ferdinand de Habsbourg (°1578-✞1637), archiduc de Styrie, marque un tournant décisif dans la politique des Habsbourg. Il est en effet bien moins tolérant que ses prédécesseurs. Pour revenir à tout prix au catholicisme, il commence une lutte très autoritaire contre les Protestants, qui va induire la guerre de Trente Ans.

  • Tout commence par la "Défenestration de Prague"[22], en 1618, marquant le début de la révolte en Bohême. Le Directoire révolutionnaire et la Diète destituent Ferdinand, élu comme leur roi en 1617, et le remplacent par Frédéric V de Wittelsbach-Simmern, prince électeur du Palatinat.
  • Mais Ferdinand est tout de même élu empereur en 1919 et, avec le duc de Bavière, met en place la "Ligue catholique"[23]. Il obtient même le soutien de Louis XIII. Les troupes de l'Empereur parviennent à une victoire sur la Bohême en novembre 1920, à la Montagne Blanche. Il s'ensuit une forte répression, ainsi qu'en Moravie. Frédéric abolit la Lettre de Majesté, fait appliquer la paix d'Augsbourg et se lance dans une grande « politique de recatholicisation »[24].
  • À partir de 1624, Richelieu se mêle au conflit en soutenant les Protestants. Le roi du Danemark s'engage également dans cette guerre l'année suivante, mais, plusieurs fois vaincu, finit par conclure avec l'Empereur la "paix de Lübeck" et se retire de la scène. Ferdinand en profite pour édicter "l'édit de restitution"[25]. Le roi de Suède, Gustave-Adolphe, intervient militairement en 1630 et la guerre s'étend à tout l'empire. Les Suédois sont cependant vaincus en 1634 et le "Traité de Prague", signé en 1635, suspend l'application de l'édit de restitution.
  • Dès lors, la guerre s'étend à l'Europe. Car la Suède ne s'avoue pas vaincue et Richelieu cherche à nouveau à affaiblir Ferdinand II. En même temps a lieu une rupture avec l'Espagne et les Provinces-Unies. Enfin, en 1636, Ferdinand II déclare la guerre à la France en vue de récupérer la Franche-Comté (alors possession espagnole). Tandis que l'empire est devenu « un gigantesque champ de bataille »[24] Ferdinand II est malade et songe à sa succession. Son fils l'archiduc Ferdinand-Ernest, déjà roi de Hongrie, est élu roi des Romains en 1637. Parviendra t-il à mettre fin au conflit ?

Ferdinand III, empereur du Saint-Empire de 1637 à 1657

Déjà roi de Hongrie depuis 1625 et roi de Bohême depuis 1627, Ferdinand-Ernest de Habsbourg (°1608-✞1657) a participé à la guerre de Trente ans en s'illustrant brillamment contre les Suédois à Nördlingen.
Couronné roi des Romains en 1636, il devient empereur à la mort de son père en 1637 et poursuit la guerre. Les ennemis sont toujours les Suédois et les Français, menés par Louis II de Bourbon-Condé, surnommé le Grand-Condé (1621-✞1686) et le général Turenne (°1611-✞1675). Ferdinand continue les combats, tout en restant ouvert à la négociation. D'ailleurs tous les belligérants s'essoufflent et cherchent une issue favorable à cet interminable conflit.

Les traités de Münster et de Westphalie

Il s'agit là d'un véritable sommet européen, presque à l'image de notre G20 actuel ! Les conférences et négociations commencent en 1644 et durent quatre années, voyant défiler des diplomates représentant presque tous les États, cherchant à défendre des intérêts multiples et parfois opposés.
La Paix de Westphalie, définitivement signée en octobre 1648 neutralise le territoire impérial en donnant de l'indépendance à nombre d'États. Les Habsbourg sont perdants. Ils doivent par exemple céder à la France les possessions héréditaires d'Alsace, ainsi que les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun. Ferdinand voit ses pouvoirs limités mais conserve le titre d'empereur sur un territoire compact, composé de l'Autriche, la Bohême et la Hongrie.
Il vise désormais la reconstruction et le renforcement de l'autorité de la Maison d'Autriche sur son empire réduit, en essayant de concilier son autorité impériale et sa liberté d'action en Autriche avec les droits des souverains de chaque État.

La succession

Ferdinand III avait prévu de passer le relai à son fils Ferdinand IV de Habsbourg (°1633), déjà élu roi de Hongrie en 1649 et roi des Romains en 1653, mais ce dernier meurt prématurément en 1654, laissant la dynastie dans le désarroi.
L'héritier présomptif devient alors le frère cadet, Léopold, qui a seulement 17 ans à la mort de l'empereur et qui, au départ, n'était pas destiné à cette fonction mais à une fonction religieuse.

Léopold Ier, empereur du Saint-Empire de 1658 à 1705

Une régence se met en place un court-moment, gérée par Léopold-Guillaume de Habsbourg (°1614-✞1662), oncle du jeune héritier. Puis Léopold Ier de Habsbourg (°1640-✞1705) est élu empereur en 1658, à condition de signer une capitulation composée de 45 articles, dont la non ingérence dans la guerre franco-espagnole.

  • Amateur de musique et de peinture, ouvert d'esprit et diplomate, Léopold est bien décidé à être un souverain pacifique et à continuer la reconstruction des différents pays composant son empire. Des aides sont accordées aux paysans et aux émigrés potentiels. Des universités voient le jour. L'implantation de manufactures permet un développement industriel, accentué par l'augmentation d'échanges commerciaux sur le modèle du « colbertisme »[26] français. Et peu à peu le capital démographique se renouvelle.
En ce qui concerne la religion, Léopold trouve appui du côté des Jésuites. Parallèlement, il développe le culte marial, le culte du Saint-Sauveur et la Fête-Dieu, de façon fort festive, car il souhaite redorer le blason du catholicisme, face au calvinisme bien implanté en Hongrie royale.
  • Mais L'empereur est entouré d'ennemis :
- Sous la protection de Louis XIV se crée une "Ligue du Rhin", regroupant des princes d'Allemagne et visant à faire respecter les libertés germaniques.
- Vers 1660, l'empire ottoman recommence sa pression sur l'Europe centrale et finit par attaquer la Hongrie en 1663. Léopold appelle les princes allemands à la rescousse. L'armée impériale et ses alliés remportent une victoire en 1664, conclue par la "paix de Vasvar", qui permet aux Turcs de conserver leurs nouvelles acquisitions, au grand mécontentement des Hongrois.
- Une rébellion s'amorce alors en Hongrie, que Léopold essaie de contrer en 1671, mais sans succès. Une nouvelle révolution prend de l'ampleur en 1675 ; l'empereur accepte alors quelques concessions et promet notamment de revenir à une liberté de religion pour le peuple hongrois.
- En 1683, le sultan ottoman ne veut pas renouveler la paix de Vasvar arrivant à échéance. Il lance l'offensive et assiège Vienne en juillet. ce n'est qu'en septembre que la capitale est libérée grâce à l'intervention du duc Charles de Lorraine. Celui-ci continue sur sa lancée, fait tomber successivement deux places-fortes turques et en ressort victorieux (en 1687). Des combats continuent encore une dizaine d'années jusqu'à la signature d'un traité, la "paix de Carlowitz", en 1699.
  • Le bilan du règne de Léopold Ier est positif : il a réussi à reconstruire les différents éléments de son empire et est parvenu à y ramener la paix. Dès lors, il est surnommé « Léopold le Grand »[26].
Entre-temps, en 1687, la Diète a voté pour une transmission héréditaire et non plus élective de la couronne hongroise, en précisant que, si nécessaire, elle tomberait aux mains des Habsbourg d'Espagne... Mais la branche espagnole des Habsbourg s'éteint en 1700, laissant place à la guerre de Succession d'Espagne. C'est donc en toute logique que Joseph (fils aîné issu du troisième mariage de Léopold) devient empereur en 1705.

Joseph Ier, empereur du Saint-Empire de 1705 à 1711

Frère de Léopold Ier, Joseph de Habsbourg (°1678-✞1711), déjà roi de Hongrie et de Bohême en 1687, et roi des Romains en 1690, monte sur le trône impérial en 1705.
Il a déjà un aperçu de la politique guerrière et des compromis. Cela l'aide à faire face à une nouvelle révolte en Hongrie orientale, menée par le prince auto-proclamé François II de Transylvanie. Les rebelles refusent l'élection de Joseph et souhaitent le destituer, mais le pays aimerait maintenant une paix durable, et l'Église soutient les Habsbourg. Alors en 1711 l'empereur s'engage à reconnaître le calvinisme et jette les bases d'un traité qu'il n'a pas le temps de finir.
En effet, Joseph meurt d'une maladie infectieuse en 1711. Il ne laisse que deux filles ne pouvant pas monter sur le trône, provoquant ainsi un moment de crise pour la dynastie des Habsbourg.

Charles VI, empereur du Saint-Empire de 1711 à 1740

Charles III de Habsbourg (°1685-✞1740) devient en 1711 empereur sous le nom de Charles VI. Il sera par la suite roi de Hongrie, de Sardaigne, de Naples, de Sicile, duc de Parme et de Plaisance.

  • En premier lieu, en 1711, Charles signe l'accord de paix envisagé par son frère Joseph, la "paix de Szatmar" mettant fin à la révolte de la noblesse hongroise pour son indépendance. Il prend des engagements auprès des Hongrois, sous la forme d'un "diplôme inaugural". La Diète, rassurée quant à ses intentions, le couronne roi de Hongrie en 1712.
  • Le début du règne de Charles VI coïncide avec la fin de la guerre de Succession d'Espagne. Léopold Ier avait désigné son fils Charles III de Habsbourg pour prendre cette succession, or, dans son testament, le roi Charles II d'Espagne choisit son petit-neveu et petit-fils de Louis XIV : Philippe, duc d'Anjou. On assiste alors à un dernier affrontement entre Bourbons et Habsbourg, réglé par les "traité d'Utrecht" en 1713 et "traité de Rastatt" en 1747. Charles VI doit renoncer à prétendre au trône espagnol. Mais il se retrouve l'unique représentant du patrimoine autrichien et espagnol, auquel se rajoutent les Pays-Bas et une part de l'Italie (Naples, Sardaigne, Sicile et duché de Toscane).
Prudent, et souhaitant que l'héritage acquis reste dans la famille, Charles VI cherche un moyen d'exclure ses deux nièces et leurs conjoints. En 1713 il édicte la "Pragmatique sanction"[27] permettant à ses filles de lui succéder s'il n'a pas de descendant masculin. Il passe alors les années suivantes à faire accepter cette décision, enfin approuvée et légalisée en 1722.
  • De 1716 à 1718, de nouveaux affrontements ont lieu avec les Turcs, mais grâce à la "paix de Passarowitz", les Hongrois récupèrent un territoire. En 1725, Charles s'allie à la Grande-Bretagne, la France et les États de Hollande pour une nouvelle guerre contre le roi Philippe V d'Espagne. Puis une guerre de succession se déclenche en Pologne : l'empereur s'allie aux Prussiens et Russes dans le but d'installer Auguste III sur le trône polonais et un arrangement est trouvé pour le duché de Lorraine, en 1735, lors des préliminaires du "traité de Vienne".
  • En 1736 a lieu un mariage providentiel : la fille de Charles, Marie-Thérèse Walburge Amélie Christine de Habsbourg (°1717-✞1780), archiduchesse héritière, épouse en grande pompe François-Étienne, duc de Lorraine et de Barr sous le nom de François III, qui devient grand-duc de Toscane sous le nom de François II, et qui va faire parler de lui ...
  • En 1737, la Russie entre en guerre contre l'Empire ottoman et réclame l'aide de la monarchie d'Autriche qui s' y était déjà engagée. C'est le duc de Lorraine qui essaye de gérer la situation, mais sans succès. L'empire perd Belgrade, la Serbie et la petite Valachie.
  • À la mort de Charles VI, la situation est pire qu'au début de son règne. Que va pouvoir faire Marie-Thérèse de cet héritage ?

Fin de la Maison de Habsbourg

Avec la mort de Charles VI s'achève cette impressionnante lignée de souverains habsbourgeois. La « Maison de Habsbourg » n'existe plus.
Commence alors la guerre de Succession d'Autriche, conflit à l'échelle européenne qui va durer huit ans ! La guerre se conclut par le "traité d'Aix-la-Chapelle", en 1748.
Marie-Thérèse reste archiduchesse d'Autriche et conserve son trône royal. François III de Lorraine est devenu empereur François Ier en 1745. Par leur mariage et leur descendance (16 enfants) ils fondent la « Maison impériale et royale de Habsbourg-Lorraine » permettant ainsi, sous une autre forme, la survivance de l'illustre nom des Habsbourg...

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Quelques demeures impériales

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Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • F.S.C.M., Et si l'Alsace m'était contée, Brunstatt, 20017, AZ imprimerie, 98 pages, ISBN 979-10-90239-34-0
  • Thierry WINTZER, Didier PAGOT, La Dame d'Ottmarsheim, Strasbourg, Éditions du Signe, 2018, 48 pages, ISBN 978-2-7468-3577-1
  • Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  • Jean-Paul GRASSER, Une histoire de l'Alsace, Luçon, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2013, 127 pages
  • Collectif d'auteurs, Ensisheim, un voyage dans le temps, Strasbourg, Éditions Carré Blanc, 2016, 248 pages, ISBN 2-84488-183-1
  • Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  • Françoise PERRAUD, Les Habsbourg, Saint-Cyr-sur-Loire, Éditions ALAN SUTTER, 2006, 127 pages, ISBN 2-84910-466-3

Référence.png Notes et références

  1. Chapitre "Frédéric III, le Louis XI autrichien", in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  2. Chapitre "Frédéric III" in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  3. Signifiant : il appartient à l'Autriche de régner sur le monde entier.
  4. 4,0 et 4,1 "Les rêves de puissance de Maximilien Ier", in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  5. Chapitre "L'œuvre de Maximilien Ier", in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  6. Jeanne Ière de Castille, surnommée plus tard Jeanne le Folle
  7. Appelé aussi Ferdinand le Catholique (1452-1516) il est roi de Castille, Aragon, Valence, Majorque, Sardaigne, Sicile et Naples
  8. Chapitre "Charles Quint et l'orbis christianus europaeus" in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  9. Le pape, qui l'a nommé empereur aussitôt, ne le coiffera réellement de la fameuse couronne que dix ans plus tard.
  10. En effet, Marie de Habsbourg, sœur de Charles Quint, devient Marie de Hongrie par son mariage avec Louis II de Hongrie, fils de Vladislas IV, roi de Bohême. Et parallèlement, l'archiduc Ferdinand d'Autriche, frère de Charles Quint, épouse Anne Jagellon, également fille de Vladislas IV de Bohême.
  11. Chapitre "La puissance des Habsbourg à l'époque de Charles Quint" in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  12. Cuacos de Yuste, province de Caceres en Estrémadure (Espagne)
  13. Chapitre "L'empire de Charles Quint et la monarchie universelle", in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  14. Chapitre "La formation de la monarchie autrichienne (1522-1527)", in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  15. Collectif d'auteurs, Ensisheim, un voyage dans le temps, Strasbourg, Éditions Carré Blanc, 2016, 248 pages, ISBN 2-84488-183-1
  16. Compromis basé sur le principe "tel prince, telle religion", permettant de mettre un terme aux querelles entre les Luthériens et les Catholiques.
  17. Chapitre "La lutte contre l'Empire ottoman (1527-1568)"
  18. Chapitre "Les Habsbourg de Vienne face à leurs difficultés", in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  19. Fils de Soliman le magnifique
  20. Chapitre "Réforme catholique ou Contre-Réforme", in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  21. Chapitre "Rodolphe II (1576-1611) : le triomphe de Prague, in Jean BÉRENGER, Histoire de l'Empire des Habsbourg, 1273-1918, Paris, Éditions Fayard, 1999, 809 pages, ISBN 2-7028-3268-7
  22. Défenestration de Prague
  23. Ligue catholique du Saint-Empire
  24. 24,0 et 24,1 "Les Habsbourg et la Guerre de Trente Ans", in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  25. Cet édit vise à rendre à l'église catholique tout ce qui lui a été retiré précédemment.
  26. 26,0 et 26,1 "La reconstruction", in Henry BOGDAN, Histoire des Habsbourg, Paris, Édition Perrin, 2005, 433 pages, ISBN 978-2-262-02438-3
  27. Pragmatique sanction de 1713



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