MAUPAS Blanche

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Née le 28 novembre 1883 à Hudimesnil, fille de Sidonie-Marie Herpin (1848-1926). Décédée le 24 septembre 1962 à Avranches. Elle épouse, à Bréhal, le 30 juillet 1907 Théophile Maupas son ancien instituteur. Théophile Maupas est l'un des quatre caporaux qui ont été fusillés à Souain le 17 mars 1915. Institutrice, elle a mené un opiniâtre combat pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple.

Avec la Ligue des droits de l'homme et le syndicat des instituteurs, elle a créé dans toute la France des comités Maupas, transformés, en 1928, en comités nationaux pour la réhabilitation des victimes des Conseils de guerre.

Les faits : Le 6e bataillon du 336e régiment d'infanterie de Saint-Lô doit partir une nouvelle fois à l'assaut du Moulin de Souain tandis qu'une pluie d'obus allemands s'abat sur les lignes françaises. La 21e compagnie de ce bataillon ne sort pas de la tranchée.

Fureur du commandement qui porte plainte pour « refus d'obéissance ». Il veut faire un « exemple » à un moment crucial de la guerre. 24 hommes (dont 14 de la Manche, 5 d'Ille-et-Vilaine et un du Calvados) de la 21e compagnie sont « désignés » pour passer en conseil de guerre.

Celui-ci a lieu le 16 mars à Suippes. 20 hommes sont relaxés car on a pu prouver que l'ordre d'attaquer ne leur avait pas été transmis. Mais quatre caporaux sont condamnés à mort à l'unanimité pour « refus d'obéissance en présence de l'ennemi ». Ne pouvant bénéficier ni de sursis, ni de recours, ni de droit de grâce, l'exécution a lieu le lendemain, 17 mars, à 13 h, à Chalons-sur-Marne.

Ce combat pour la réhabilitation dura près de deux décennies. Le 11 avril 1920, le ministère de la justice refusait d'examiner le dossier. Le 26 mars 1922, le dossier des caporaux de Souain était rejeté par la Cour de Cassation qui jugeait sur la forme sans trouver à redire sur le fond, puis une seconde fois le 21 avril 1926.

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Une stèle à la mémoire des Quatre caporaux a été érigée dans le cimetière de Sartilly. Elle est l'œuvre du sculpteur Moreau-Vautier, auteur du mur des Fédérés au Père-Lachaise. Elle fut inaugurée le 20 septembre 1925 devant une foule de quelques 5000 personnes et 80 drapeaux de sections d'anciens combattants. Il faut noter ce fait, dans une région, peu encline à la contestation des institutions.

Il faut attendre le 3 mars 1934 pour que la Cour spéciale de justice accepte de juger sur le fond et donne un avis favorable à la réhabilitation des 4 caporaux de Souain.

En 1934, elle a publié "le fusillé" aux éditions de la Maison coopérative du Livre à Paris. Une nouvelle édition avec des illustrations de Tardi sera réalisée en 1994 par les éditions Isoete à Cherbourg.

Le 11 novembre 2009, France 2 a diffusé le téléfilm "Blanche Maupas" de Patrick Jamain sur un scénario d'Alain Moreau. Ce téléfilm retrace sa vie et son combat. Le rôle de Blanche est joué par Romane Bohringer, Théophile Maupas est joué par Thierry Frémont. Ce téléfilm est tiré de "Blanche Maupas, la veuve de tous les fusillés" de Macha Séry et Alain Moreau aux éditions L'Archipel en 2009.

La mémoire

Suippes

Le 26 février 1933, le nom de Théophile Maupas est donné à une allée de Villeurbanne dans le Rhône.

Dans la Manche, Équeurdreville a inscrit « Que maudite soit la guerre » sur son monument aux morts. Il représente la douleur et la souffrance d'une veuve de guerre et de ses deux enfants, orphelins.

Malgré une mobilisation importante en 1925 et la présence de 80 porte-drapeaux d'anciens combattants, l'affaire divise. Le personnel politique local de droite conserve la posture qu'il avait prise au moment de l'affaire Dreyfus de protection de l'armée. Après la réhabilitation, le souvenir de cette tragédie ne sera entretenu que par les instituteurs et la Ligue des Droits de l'Homme.

Il faut attendre 1970, pour que Bréhal dénomme une rue du nom d'un de ses anciens instituteurs Théophile Maupas. Sartilly fera de même en 1995. Enfin le groupe scolaire de Percy est dénommé « Blanche et Théophile Maupas » en 1998 (Le Chefresne fait partie du canton de Percy).

Malgré l'écoulement du temps, le sujet reste sensible. Le film "les sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick sorti en 1957 reste interdit en France jusqu'en 1975.

Il est vrai aussi que quand, en 1998, Lionel Jospin, Premier Ministre, souhaite à l'occasion du 80e anniversaire de l'Armistice de 1918 à Craonne, sa volonté que les soldats « fusillés pour l’exemple » « réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale », il est violemment pris à partie par le Président de la République et des représentants de la droite dont Nicolas Sarkozy. Il faudra attendre la disparition de Lazare Ponticelli le dernier poilu pour que, lors du 90e anniversaire de l'armistice de 1918, le Président de la République Nicolas Sarkozy rende hommage à tous les morts de la Première Guerre mondiale "y compris les soldats français fusillés par leur commandement".

Notice nécrologique

Parue dans Le Canard Enchainé du 17 octobre 1962 par Valentine de Coincoin.

« Blanche Maupas n’aura rien été qu’une veuve, mais quelle veuve ! Celle de l’instituteur Maupas, son mari, et presque aussi (moralement s’entend) celle des trois autres caporaux suppliciés en même temps que celui-ci à Souain, en Champagne en mars 1915.

Imaginez cela, mes louloutes. En pleine guerre, une veuve de trente ans, que tout accable. Son mari fusillé. Une mort infamante, disent la loi et les sots. Être institutrice dans un village, c’est y être quelqu’un. Quelqu’un autour de qui, soudain, s’organise la conjuration des couardises, des mépris et des haines.

Les autres veuves de guerre sont entourées, consolées, chouchoutées. Autour de celle-ci, c ‘est le vide hostile, et le lourd silence de toutes les lâchetés. Le curé refuse de sonner le glas pour son paroissien mort. Les villageois détournent la tête. Et l’inspecteur d’académie s’amène, son pavé de l’ours sous le bras: “On peut vous déplacer..” Parce que, bien entendu, être la veuve d’un fusillé, c’est incarner le scandale.

Une autre femme se fût sans doute réfugiée dans l’obscurité, dans l’oubli. Quoi de plus justifié ? Qui songerait à demander aux 2 000 autres veuves de « fusillés pour l’exemple » raison de leur mutisme et de leur résignation ? Blanche Maupas était d’une trempe admirable. Elle s’insurgea farouchement. Toute seule d’abord, elle tint tête à l’immense puissance du mensonge patriotique et militaire.

Si nous savons aujourd’hui ce que recelait le dossier le plus secret, le plus sale, le plus consternant de la gloire militaire, c’est d’abord à la petite institutrice du Chefresne, à Mme Blanche Maupas, que nous le devons.

Il serait injuste, n'est-ce pas ? que la courageuse vieille dame s’en allât sans notre affectueux regret, vers un monde où, s’il est meilleur que le nôtre, le sieur Réveilhac doit passer un drôle de quart d’heure».