Le cérémonial du coucher du Roi

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Chambre du roi Louis XIV.jpg

Le cérémonial du coucher du Roi

La collation de nuit

Sur le soir, deux officiers du gobelet portent à la chambre la collation de nuit pour le roi, de laquelle il se sert en cas de besoin : consistant en trois pains, deux bouteilles devin, un flacon plein d'eau, un verre et une tasse; de plus, sept ou huit serviettes et trois assiettes. Un valet de chambre reçoit cette collation, et l'officier du gobelet en fait l'essai devant lui ; et à quelque moment de la soirée, avant que le roi se couche, le valet de chambre fait pareillement l'essai de la collation de nuit devant le premier valet de chambre.

Avant l'heure du coucher du roi, un valet de chambre place le fauteuil de S. M., sur lequel il étale la robe-de-chambre, et y pose dessus les mules, ou pantoufles. Le barbier prépare sur une table la toilette et les peignes. Un autre valet de chambre accommode en dedans l'alcove à la ruelle du lit, deux coussins l'un sur l'autre à terre sur le parquet devant un fauteuil, où le roi doit venir faire sa prière : il prépare aussi le bougeoir allumé qu'il po.se sur un guéridon à côté du fauteuil, puis il se tient au dedans de l'alcove. Les officiers de la garde-robe apportent les hardes de nuit pour le roi, et étendent sur une table la toilette de velours rouge , sur laquelle ils viennent mettre les hardes de jour de S. M. à mesure qu'elle les quitte en se déshabillant.

Le roi venant pour se coucher, trouve à la porte de sa chambre le maître de la garde-robe, entre les mains du quel'il met son chapeau, ses gants et sa canne, que prend aussitôt un valet de garde-robe; et pendant que le roi détache son ceinturon pardevant pour quitter son épée, le maître de la garde-robe le détache parderrière et le donne avec l'épée an valet de garde-robe, qui les porte à la toilette. En l'absence du maître de la garde-robe, ce serait le grand-maître de la garde-robe, et. à son défaut, le premier gentilhomme de la chambre qui ferait cette fonction, et elle serait dévolue au premier valet de garde-robe, si tous les trois étaient absents.

L'huissier de la chambre fait faire place devant S. M. qui va faire sa prière proche son lit, prenant de l'eau-bénite, et s'agenouillant comme le matin sur les coussins qui sont préparés; l'aumônier du jour tient le bougeoir pendant les prières du roi. et dit à la fin, d'une voix basse , l'Oraison ,. Quœsumus, ominipolens Deus, ut famulus tuus Ludovicus rex noster, etc.

Si le lendemain il doit y avoir quelque ordre extraordinaire pour la messe, S. M. dit à l'aumônier, pour le faire entendre aux chapelains, aux clercs et autres officiers de chapelle. Quuand on dit à l'aumônier, c'est au plus qualifié des aumôniers : au grand-aumônier, s'il y est, ou au premier aumônier, ou bien à un autre aumônier.

Le Roi prie

Le roi se lève ensuite de ses prières ; et le premier valet de chambre, après avoir pris le bougeoir que tenait l'aumônier, reçoit des mains de S. M. la petite bourse où sont les reliques, et en même temps sa montre, continuant à marcher devant le roi.

L'on remarquera, en passant, qu'il n'y a que le roi seul qui ait un bougeoir à deux bobèches, et par conséquent à deux bougies ; les bougeoirs pour la reine n'ont qu'une bobèche et qu'une bougie.

L'huissier de la chambre fait encore faire place au roi jusqu'à son fauteuil, et, au moment que S. M. y arrive, le grand-chambellan ou le premier gentilhomme de la chambre, demande au roi à qui il veut donner le bougeoir ; et S. M., ayant parcouru des yeux l'assemblée, nomme celui à qui elle veut faire cet honneur. Le roi le fait donner ordinairement aux princes et seigneurs étrangers, quand il s'en rencontre.

Le roi se déboutonne, dégage son cordon-bleu : puis le maître de la garde-robe lui tire la veste, et par conséquent le cordon-bleu, qui y est attaché , et le justaucorps qui est encore par-dessus. Ensuite il reçoit la cravate des mains du roi, remettant toutes ces hardes entre les mains des officiers de la garde-robe.

S. M. s'assied dans son fauteuil, et le premier valet de chambre et le premier valet de garde-robe lui défont ses jarretières, l'un à droite, l'autre à gauche, et les donnent, l'une à un valet de chambre, l'autre à un valet de garde-robe. Les valets de chambre ôlent du côté droit le soulier, le bas et le haut-de-chausse, pendant que les valets de garde-robe, qui sont du côté gauche, lui déchaussent pareillement le pied, la jambe et la cuisse gauche. Les deux pages de la chambre, qui sont de jour ou de service , donnent les mules ou pantoufles à S. M. Un valet de garde-robe enveloppe le haut-de-chausse du roi, dans une toilette de taffetas rouge, et va le porter sur le fauteuil de la ruelle du lit, avec l'épée de S. M.

Les deux valets de chambre qui ont été derrière le fauteuil, tiennent la robe-de-chambre à hauteur des épaules du roi, qui dévêt sa chemise pour prendre celle de nuit, qu'un valet de garde-robe chauffe, s'il en est besoin. Cest toujours le plus grand prince, ou officier qui donne la chemise au roi, comme nous avons dit ci-devant au lever de S. M. Le premier valet de chambre aide au roi à passer la manche droite de cette chemise, comme de l'autre côté, le premier valet de garde-robe aide pareillement à passer la manche gauche. Un valet de garde-robe prend sur les genoux du roi la chemise que S. M. quitte.

Le roi met une camisole de nuit

Quand le roi met une camisole de nuit, le grand-maître de la garde-robe prend cette camisole des mains d'un valet de garde-robe, et la vêt au roi, qui prend ensuite sa robe-de-chambre, se lève de dessus son fauteuil, et fait une révérence pour donner le bon soir aux courtisans. Le premier valet de chambre reprend le bougeoir au seigneur qui le tenait, le donne à qui il veut de ceux qui ont les entrées du petit coucher, et les huissiers de la chambre crient tout haut: Allons, messieurs, passez. Toute la cour se retire ; ceux qui doivent prendre l'ordre, ou le mot du guet de S. M., le prennent quand le roi va souper, à l'exception du capitaine des gardes, qui ne le prend qu'au retour du souper du roi.

Il ne reste plus dans la chambre que les personnes suivantes :

  • 1. Premièrement, tous ceux qui peuvent y être aussi le matin, quand S. M. est encore dans son lit.
  • 2. En second lieu, ceux de la première entrée.
  • 3. Les officiers de la chambre et de la garde-robe.
  • 4. Le premier médecin et les chirurgiens.
  • 5. Quelques particuliers à qui le roi a accordé la grâce d'être à son petit souper.

La cour étant sortie, les barbiers peignent le roi, et lui accommodent les cheveux : pendant ce temps, un des valets de chambre tient le miroir devant le roi, un autre éclaire avec un flambeau.

Le roi étant peigné, un valet de garde-robe apporte sur la salve un bonnet de nuit et deux mouchoirs de nuit, et présente cela au grand-maître, ou au maître de la garde-robe, qui les donne au roi : en leur absence, cet officier présenterait la salve au grand-chambellan ou au premier gentilhomme de la chambre, ou bien an premier valet de garde-robe, et s'ils n'y étaient pas, il présenterait le tout lui-même à S. M.

Le Roi se lave

Pour donner au roi la serviette dont il s'essuie les mains ou le visage, le grand chambellan, ou le premier gentilhomme de la chambre, cède cet honneur à tous les princes du sang et légitimés : avec cette différence, que si c'était un fils ou petit-fils de France qui se trouvât-là présent, ce serait le grand-chambellan, ou le premier gentilhomme de la chambre, qui lui mettrait entre les mains cette serviette ; mais les autres princes du sang, ou légitimés, la recevraient des mains d'un valet de chambre. En l'absence de tous ces princes, le grand-chambellan, ou le premier gentilhomme de la chambre, le grand-maître de la garderobe, ou le maître de la garde-robe, présente à S. M. cette serviette qui est entre deux assiettes de vermeil, et qui est mouillée seulement par un bout. Le roi s'en lave le visage et les mains, s'essuie du bout qui est sec, et la rend à celui qui la lui a présentée, lequel la remet ensuite entre les mains de l'officier de la chambre.

Le roi dit à quelle heure il veut se lever le lendemain, tant an grand-chambellan, ou au premier gentilhomme de la chambre, qu'au grand-maître de la garde-robe, ordonnant encore au grand-maître de la garde-robe, l'habit qu'il veut prendre le lendemain. L'huissier fait sortir toutes les personnes qui étaient au petit coucher, et sort lui-même , après que le premier gentilhomme de la chambre lui a donné l'ordre pour le lever du roi au lendemain. Un valet de chambre éclaire au grand-chambellan, ou au premier gentilhomme de la chambre, jusqu'à l'antichambre, et un garçon de la garde-robe en fait autant au grand-maître , ou au maître de la garde-robe. Les valels de la garde-robe et les garçous reportent les habits de S. M. à la garde-robe.

Il ne reste donc plus dans la chambre que le premier valet de chambre et les garçons de la chambre , et le premier médecin et le premier chirurgien, pour quelques moments.

Cependant les garçons de la chambre font, au pied du lit du roi, le lit du premier valet de chambre, dit le lit de veille. Ils bassinent et préparent le lit de S. M. Ils préparent aussi la collation du roi, et apportent au premier valet de chambre, sur une assiette, le verre bien rincé, pour présenter à S. M., et une serviette : puis ils versent du vin et de l'eau tant qu'il plaît au roi, et pendant que S. M. boit, le premier valet de chambre tient l'assiette sous le verre : le roi s'essuie la bouche avec la serviette, que lui présente en ce moment le même premier valet de chambre. Les garçons de la chambre tiennent aussi le bassin à laver devant S. M., qui se lave les mains.

Le Roi se couche

Quelque temps après le roi se couche, les garçons de la chambre allument le mortier dans un coin de la chambre, et une bougie ; et ces deux lumières brûlent toute la nuit, en cas qu'on en ait besoin. Ces garçons de la chambre sortent et vont coucher proche de la chambre , ordinairement auprès des coffres de la chambre. Le premier valet de chambre ferme les rideaux du lit du roi, puis il va fermer en dedans, au verrou, les portes de la chambre de S. M., éteint le bougeoir et se couche. Au défaut d'un des premiers valets de chambre, un des valets de chambre aurait l'honneur de coucher dans la chambre du roi, comme Louis XIV le confirma de vive voix étant à Chambord en 1685, le premier valet de chambre étant malade.

Si la nuit le roi demande quelque chose, aussitôt le premier valet de chambre se lève, et s'il est besoin de gens , il va appeler les garçons de la chambre , qui, comme on l'a dit, ne sont pas éloignés.

Remarques

Après avoir expliqué ce qui se fait au lever et au coucher du roi, et plusieurs fonctions des officiers de la chambre , il faut faire ici quelques remarques.

Premièrement, qui que ce soit ne se couvre dans la chambre du roi, pas même à certaines heures qu'il n'y a qu'un ou deux officiers : excepté qu'aux audiences des ambassadeurs, après que le roi s'est couvert, l'ambassadeur se couvre, et alors les princes, etc. se couvrent tant et si long-temps que se couvre l'ambassadeur.

Quand le roi, les reines, les enfants de France, les princesses leurs femmes, et les enfants des fils de France , le nonce et les ambassadeurs qui ont audience, entrent ou sortent, les huissiers et les sentinelles des gardes leur ouvrent aussitôt les deux battants des portes , tant à la salle des gardes qu'à l'antichambre, à la chambre et aux cabinets de S. M.

Les fonctions attribuées en particulier à certains officiers, ne laissent pas d'être faites par d'autres en leur absence ; par exemple, un maître de la garde-robe, même en survivance, fait toutes les fonctions du grand-maître de la garde-robe en son absence ; et en l'absence tant du grand-maître que du maître de la garde-robe , c'est le grand-chambellan , ou un premier gentilhomme de la chambre qui fait la garde-robe (comme on dit), et pour lors un officier de la garde-robe l'avertit de la faire , comme réciproquement , le grand-maître de la garde-robe et le maître, de la garde-robe font le service de la chambre en l'absence du grand-chambellan et des premiers gentilshommes de la chambre.

Au commencement de l'année, le maître de la garde-robe de service fournit pour le roi deux robes-de-chambre belles et riches, l'une d'hiver et l'autre d'été , deux paires de mules ou pantoufles. En second lieu, il fournit ce qu'on appelle les toilettes. Les garçons de la chambre serrent dans les coffres ces robes-de-chambre et ces toilettes du roi.

A la fin de l'année, les robes-de-chambre et la toilette du roi appartiennent au premier gentilhomme de la chambre qui sort de service. Pour les habits du roi, le grandmaître de la. garde-robe, auquel appartient tout ce qui dépend de sa garde-robe, en donne ce qu'il veut à chacun des valets de garde-robe, et sa libéralité lui fait encore distribuer, à sa volonté, aux garçons de la garde-robe, ce qu'il juge à propos des habits de S. M.

Lorsque le roi prend médecine, il se lave la bouche sitôt qu'il l'a prise : et pendant qu'il se lave, le premier valet de chambre tient le bassin à laver devant S. M. Durant cette journée, les valets de chambre bassinent et raccommodent le lit à chaque fois que le roi en sort et avant qu'il y rentre.

Quand le roi passe la nuit chez la reine, le premier valet de chambre porte devant S. M. son haut-de-chausse dans une toilette de taffetas rouge , et son épée , posant le tout sur le fauteuil de la ruelle du lit , du côté que le roi couche : et le matin, à l'instant que le roi repasse de chez la reine , le premier valet de chambre du roi entre daus la chambre de la reine, et eu rapporte l'épée et le haut-de-chansse qu'il avait porté le soir, et tient meure" le tout dans la chambre du roi , à la ruelle du lit de S. M.

Les deux masses des huissiers de la chambre sont dans les coffres de la garde-robe ; et les huissiers portent ces masses devant le roi, quand S. M. communie , la veille ou jour des grandes fêtes annuelles, ou aux jours de cérémonies, comme au Te Deum , où assiste S. M., chanté même pendant une basse messe ; à la majorité, au sacre et au mariage du roi , quand il touche les malades ; lorsqu'il marche en procession le jour de la Chandeleur, au jour des rameaux, à la Fête-Dieu, à la mi-Août, et autres , et quand il tient son lit de justice au parlement et aux états, à la création des chevaliers du Saint-Esprit. Chaque fois que ces huissiers portent ces masses , il leur est dû une somme de cent cinquante liv., qui leur sont payées ponctuellement au trésor royal par ordonnance ; mais quand le roi va au parlement, outre ces cent cinquante livres du trésor royal, il leur en est encore autant dû sur les amendes.

Aux premières, entrées des villes, outre les cinquante écus au trésor royal pour ces masses, il est dû encore à ces huissiers un marc d'or valant anciennement quatre cent et tant de liv. payées par les officiers de ville ; lequel marc d'or a été évalué 673 liv. 15 s. en 1744, et leur a été payé ce pied-là sur les octrois et deniers patrimoniaux des villes où le roi a fait sa première entrée en ladite année. Quand les huissiers de la chambre portent les masses au sacre de S. M. et à la création des chevaliers du St.-Esprit, le roi les fait habiller d'un pourpoint de salin blanc, les manches tailladées à plusieurs étages ; et la chemise qui bouffe par ces ouvertures, les haut-de-chausses aussi de satin blanc retroussés comme les chausses des pages, le manteau de pareille étoffe doublé de même, le bas de chausse de soie gris-perle, les souliers de velours blanc, la toque de velours ou de satin blanc. Deux de ces huissiers portent donc dans ces occasions chacun une niasse d'argent doré, appuyant et posant contre leur épaule le haut de cette masse. *

Les garçons de la garde-robe ont en garde plusieurs pierreries qui servent à l'habillement de S. M., comme des épées garnies de diamants, des croix de l'ordre aussi de diamants , des boucles de diamants tant pour les souliers que pour les jarretières, de boulons , etc.

Quand la cour marche en campagne, on fait suivre les meubles de la première et de la seconde chambre, qui sont denx chambres complètes, c'est-à-dire , double fourniture de lit, doubles sièges, double tenture de tapisserie, parce qu'une seule chambre ne pourrait pas suffire; et ces meubles de la première chambre et coffres de la garde-robe partent la veille du départ de la cour, afin que le roi, arrivant le lendemain, trouve la chambre toute tendue : les meubles de la seconde chambre et les autres coffres de la garde-robe marchent le lendemain tout droit au second logement, et ainsi de suite. Or, avec chaque chambre, deux Valets de chambre prennent les devants pour conduire le lit de S. M., et accompagner chacune de ces chambres; deux valets de-garde-robe et aussi un tapissier, qui ont chacun un écu par jour pour leur nourriture, ce qu'il s appellent pour leurs devants, payé sur leur cassette. Six des cent-Suisses marchent aussi aux côtés des coffres du chaque chambre et garde-robe pour les escorter, et six escortent la seconde chambre, ayant chacun vingt sous par jour aussi sur la cassette. Le menuisier de la chambre monte les bois de lit tous les soirs , et les démonte les matins.

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Nicolas Viton de Saint Allais, Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France

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