La mort - XVIe au XIXe siècle

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Le dernier souffle

L'homme et la mort, gravure au burin par Thomas de Leu

Dans l’ancienne société chrétienne on ne meurt pas seul. L’église accompagne le fidèle jusqu'au terme de sa vie avec les derniers sacrements. Le mourant est également entouré de sa famille et de ses voisins. Au seuil de sa mort, un scénario bien précis va se déclencher. Le prêtre est appelé pour apporter les derniers sacrements : l'extrême onction, la confession, l'eucharistie. Il se hâte, accompagné de l’enfant de chœur agitant sa clochette et chacun se signe sur son passage.

Aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, la question du salut préoccupait profondément les esprits. Selon l’église la “mauvaise” mort était celle où le mourant s’en allait en état de péché. En contraste, la “bonne mort” était celle où celui-ci s’était mis en “règle avec Dieu”.

D’une manière générale on ne constate que de rares manquements aux derniers sacrements, au moins jusqu'à la première moitié du XVIIIe siècle.

Il est recommandé aux prêtres en charge d’âmes de continuer à visiter le malade “bien que le malade ait reçu les sacrements”. Le curé, informé du décès fait répandre la nouvelle par la sonnerie des cloches (3 coups pour les hommes, 2 coups pour les femmes, 1 pour les enfants).

A la ferme, quand le maître lâchait son dernier souffle, la vie était suspendue : les travaux étaient arrêtés. L’aiguille de l’horloge était arrêtée à l’heure du décès. On annonçait aux bêtes que le maître n’était plus. On fermait les volets, mais on laissait la porte ouverte.

Quand le patient ne soufflait plus, on lui fermait les yeux. Il ne fallait pas trop se presser afin de s’assurer que le mort était bien mort.

Après la toilette du défunt, celui-ci était enveloppé dans un linceul qui était cousu. Au cours du XIXème siècle on prit l’habitude de revêtir le mort de son plus bel habit.

Les corps des petits enfants et ceux des jeunes filles étaient revêtus de blanc. Quand au XIXème siècle la photographie se répandit, certaines familles, pour conserver les traits du disparu commandèrent un cliché du mort allongé sur son lit où il avait été disposé les mains croisées entourées d’un chapelet.

Toute la famille, la communauté, défilait dans la maison mortuaire. On veillait le défunt.

Lors de la levée du corps, il fallait prendre bien soin de faire sortir le mort les pieds en premiers, à l’inverse de la naissance.

Venait ensuite le temps de la procession et de la cérémonie.

La dernière demeure

Cimetière central de Vienne (Autriche)

L’homme est mortel, depuis l’aube de la civilisation, il a été confronté au cruel problème du corps des défunt.

Les Romains déposaient les corps ou les cendres sous des stèles, en dehors des villes, le long des voies d’accès.

A partir du IIème siècle, le christianisme lutta contre la crémation, considéré comme un geste païen et nuisible a la résurrection.

Au cours du IXème siècle, le christianisme s’attribua le rôle essentiel de gérer les défunts. Contrairement aux Romains, il autorisa le rapprochement des défunts et des vivants. On enterra certains morts à l’intérieur des églises, essentiellement les plus riches ou les religieux de grande renommée. L’espace intérieur étant réduit, les communs des mortels furent “invités” à reposer gratuitement dans des enclos contigus aux sanctuaires. On nomma cimetières ces lieux de repos en plein air réservé aux chrétiens, d’après un terme grecque “koimètèrion” désignant “dortoir”.

Avant de creuser la première fosse, le cimetière était béni par l'évêque du diocèse afin de purifier la terre et de protéger les défunts de Satan. Attenant à l’église, le cimetière devint un espace sacré, réservé aux bons morts : des chrétiens ayant reçu le pardon du confesseur avant de rendre leur âme à Dieu. Jusqu’en 1791, les mécréants, païens, juifs, ne pouvaient en bénéficier.

Dans ces cimetières d’Ancien Régime, les morts dormaient dans l’anonymat le plus total. Dans un linceul ou plus rarement un cercueil, le cadavre était déposé dans une fosse, ou d’autres cadavres l’attendaient. Quand une fosse était pleine, on enlevait les squelettes afin de libérer de la place. On déversait une partie des os dans une crypte ou sous une dalle de l’église, mais les crânes et les os des membres étaient exposés dans des ossuaires. Fasciné par ce spectacle morbide, les fidèles passaient devant ces petits édifices, sachant ce que l’avenir leur réservait.

Les dépouilles étant abandonnées à la terre, sans indication nominative, les vivants ne se recueillaient donc pas sur les tombes de leur proches. Néanmoins, ces lieux étaient considérés comme sacrés. Jusqu’au XVIIIème siècle, le cimetière fut le théâtre d’activité des vivants : il servait aux occupations professionnelles, mercantiles, licites ou non. Ainsi, fréquemment des foires se déroulaient devant ou dedans en raison de la place. Au XIVème siècle, taverniers et aubergistes y dressaient la table le jour de marché afin d’y servir du vin : les denrées vendues dans les cimetières n’étaient pas taxées ! L’église tenta de réagir, mais en vain.

Au cours du XVIIIème siècle, les mentalités changèrent et le cimetière fut l’objet de réflexions intenses. Des hygiénistes s’élevèrent contre l’accumulation de morts en milieu urbain. A Paris, on trouva des morts dans des caves proches du cimetières des Innocents, ce qui fit grand bruit. On protesta contre ce manque de respect et la saturation des lieux.

Pour répondre à ce problème, Louis XVI publia un édit royal le 17 mars 1776. Il déclara l’interdiction d’inhumer des défunts dans les églises. Il recommanda de créer de nouveaux cimetières hors les murs. Le cimetière des Innocents fut fermé en 1780.

La révolution porta un coup fatal au pouvoir de l’église en attribuant la gestion des cimetières aux municipalités. Elle insista sur le droit de chacun, croyant ou non, de toute confession, à être inhumé dans le cimetière dont dépendait son quartier.

En 1804, une nouvelle loi renforça l’obligation de créer des cimetières extérieurs. Il imposa le creusement de fosses individuelles. Il instaura un système de concessions tarifiées, perpétuelles ou temporaires. Les villes firent appel à des architectes afin de créer ces nouveaux lieux, les cimetières furent entourés de très hauts murs. L’art funéraire se développa, engendrant une véritable économie de la mort. On vit apparaître des monuments en pierre, grès, marbre. De nouveaux rituels surgirent, les familles s’y promenaient le dimanche. Au cours du XXème siècle, ces cimetières furent de nouveau intégrés à la cité en raison de l'expansion urbaine. Malgré cela, le tabou de la mort ne cessa de s'amplifier.

Le souvenir

À l’issu de la cérémonie, la famille regagnait la maison mortuaire. Après s’être lavé les mains et avoir remis les pendules en marche, on se mettait à table pour un repas en principe maigre, sans dessert.

La famille gardait le deuil, ce qu’elle manifestait en portant des vêtements noirs - cela depuis qu’Anne de Bretagne l’avait fait à la mort de Charles VIII alors qu’auparavant c’était le blanc qui était de rigueur. Les femmes portaient la coiffe de deuil, les hommes des rubans noirs. Dans les familles bourgeoises, on utilisait du papier à lettre et des cartes de visites bordés de marges noires.

Le deuil durait longtemps et était assorti de nombreuses contraintes, notamment de ne pas participer aux cérémonies joyeuses et comportait surtout des obligations vestimentaires avec tout un code en fonction du type de deuil.


Usage du deuil au début du XXe siècle


Chaque grand deuil comprend trois périodes : la 1re du crêpe, la 2e de la soie noire, la 3e de demi-deuil. À chaque période correspondaient des tissus et accessoires autorisés ou non.
Compte-tenu des durées de deuil et de la taille des familles, on comprend mieux pourquoi nous ne trouvons des photos de nos ancêtres qu’en noir …

Cette période de deuil était jalonnée de messes, à commencer par celle de la quarantaine. Après un an, la mort était célébrée par la “messe du bout de l’an”.

Voir aussi

Bibliographie

  • La “mort” - Numéro spécial de la revue Française de généalogie
  • L’archipel des morts, Urbain J.D Paris, Plon 1989
  • Nos ancêtres et Nous, revue de l’Union généalogique de Bourgogne n° 102



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