1871 : La Commune de Paris

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La Commune de Paris, du 26 mars 1871 jusqu'à la « semaine sanglante » (21 - 28 mai), désigne une période révolutionnaire à Paris, qui, contre le gouvernement, établit une organisation ouvrière comme organisatrice de la ville, et gouvernement prolétarien. Dans plusieurs autres villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Toulouse, Narbonne, Grenoble, Limoges) des communes sont proclamées à partir du 3 mars 1871, mais elles furent toutes rapidement réprimées. Pour Karl Marx, c'est la première insurrection prolétarienne autonome.

Origines

La Commune de Paris trouve sa source dans un élan républicain se référant à la Première République et au gouvernement révolutionnaire de la Commune de Paris (1792), ainsi qu'à l'insurrection populaire de juin 1848 sous la Deuxième République et qui avait été réprimée de façon sanglante par le gouvernement instauré par la Révolution de février 1848. C'est d'ailleurs depuis lors que le drapeau rouge rallie les insurrectionnalistes et barricadiers (symbolisant le sang du peuple ouvrier, le drapeau tricolore étant vu comme synonyme de répression, le drapeau rouge était a l'origine, sous la Révolution, le drapeau symbolisant la loi martiale, le peuple a repris ce symbole pour se moquer des monarques et des soldats ).

De 1789 à 1871, la France ayant vécu principalement sous des régimes monarchiques ou impériaux (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire), le régime républicain n'avait fonctionné que très peu d'années. En juillet 1870, Napoléon III entreprend une guerre contre la Prusse qui, mal préparée, le conduit rapidement à la défaite. La Troisième République est proclamée le 4 septembre 1870, mais la guerre continue. Paris est assiégé et connaît une grave famine au cours de l'hiver 1870-71. Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement de la Défense nationale, signe un armistice avec Bismarck. Celui-ci prévoit, outre la fin des hostilités pour une période de quinze jours renouvelables, la convocation d'une Assemblée nationale, chargée de décider de la poursuite de la guerre ou de la paix. Les élections du 8 février envoient une forte proportion de monarchistes à l'Assemblée nationale. Tous les élus de Paris sont des républicains, souvent extrémistes. Le gouvernement de la République se réunit d'abord à Bordeaux, puis à Versailles, pour ne pas tomber sous les révoltes parisiennes comme cela s'est déjà produit pendant le Gouvernement de la Défense nationale (31 octobre notamment).

Le gouvernement de la République est dirigé par Adolphe Thiers ; il cherche à conclure un traité de paix avec l'Allemagne. Les Parisiens, qui ont supporté un siège très dur, veulent protéger Paris des Allemands et ouvrir une nouvelle ère politique et sociale[1]. Ils refusent de se laisser désarmer. C'est donc l'épreuve de force entre les royalistes, grands bourgeois et conservateurs retirés à Versailles et la population parisienne (essentiellement les quartiers de l'est parisien soumis à l'exploitation de l'époque et à la famine).

Déclenchement

Thiers avait commandé la construction des fortifications qui entouraient Paris, alors qu'il était ministre de Louis-Philippe. Il avait conçu cette enceinte pour défendre la ville contre des ennemis, mais avait aussi déjà calculé à l'époque que, pour mettre un terme aux insurrections populaires, il suffisait d'enfermer les insurgés dans la ville, puis de les réprimer.

Le 17 mars 1871, Thiers et son gouvernement quittent discrètement Paris et envoient la troupe au cours de la nuit s'emparer des canons de la butte Montmartre. Ce même jour, Thiers prend soin de faire arrêter Auguste Blanqui (républicain révolutionnaire insurectionnaliste surnommé « l'Enfermé » parce qu'il avait passé plus de la moitié de sa vie dans les prisons des rois et de l'empereur) qui se reposait chez un ami médecin à Bretenoux (Lot). De là, il le fait transférer dans une forteresse pour s'assurer qu'il ne participerait pas à l'insurrection parisienne.

Le 18 mars au matin, le peuple parisien s'oppose à la troupe venue chercher les canons puis, rapidement, la troupe fraternise avec lui et tout Paris s'enflamme d'une même solidarité entre garnisons et population. Deux généraux, Lecomte qui avait donné ordre de tirer sur la foule et Clément Thomas (responsable des massacres de juin 1848), sont fusillés rue des Rosiers. C'est le début de l'insurrection.

Destruction de la Colonne VendômeDes élections sont organisées le 26 mars : des figures républicaines de premier plan sont élues dans ce conseil révolutionnaire : Jules Vallès, Charles Delescluzes, Raoul Rigault, Gustave Flourens, Eugène Varlin, Benoît Malon... Les listes qui se réclament d'Auguste Blanqui recueillent un grand nombre de voix. La Commune va administrer Paris jusqu'au 20 mai, votant des lois d'avant-garde que la république n'a repris que plusieurs décennies plus tard (droit de vote des femmes, interdiction du travail de nuit pour les enfants, séparation de l'Église et de l'État, etc.). Le calendrier républicain est utilisé. De nombreux journaux paraissent (Le Cri du Peuple, Le Père Duchêne, L'Insurgé...).

Répression

Faite d'une guerre permanente contre les armées « versaillaises » (troupes commandées par le gouvernement de Versailles), la courte histoire de la Commune est essentiellement composée de nombreux épisodes militaires où les revers sont plus nombreux que les succès. Ce fut un des nombreux sujets de discorde de l'assemblée des élus de la Commune où les divergences étaient nombreuses, les débats houleux et interminables aboutissant à des scissions. Le Ministre Délégué à la Guerre, Louis-Nathaniel Rossel en était le principal témoin.

La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l'entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s'achever avec les derniers combats au Cimetière du Père-Lachaise le 28 mai. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes « démocratiques ». On évoque, selon les sources, de 10 000 à 25 000 exécutions sommaires, viols, meurtres d'ouvriers communards durant la semaine sanglante.

Parallèlement, des otages sont pris par les Communards. L'Archevêque de Paris, Monseigneur Georges Darboy, est arrêté le 4 avril 1871 avec quatre innocents, selon l'ordre de la Commune de Paris qui agit selon le «décret des otages» du 2 prairial An 79, est enfermé à la prison de Mazas, et est exécuté à la Roquette, le 24 mai en bénissant ses bourreaux.

La répression des communards fut féroce : près de 10 000 condamnations à mort, 4 000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d'amnistie n'interviendront qu'en 1880.

Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle — mais avec des points de vue différents — par la gauche, l'extrême-gauche et les anarchistes ; elle inspira de nombreux mouvements révolutionnaires qui en tirèrent des leçons leur permettant d'entreprendre d'autres révolutions (la révolution russe et les conseils, la révolution espagnole et les collectivités, etc.).

Chronologie

  • 26 février : Signature des préliminaires de paix avec la Prusse.
  • 1er mars : Symboliquement, les troupes prussiennes entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Elysées.
  • 3 mars : Constitution du Comité central de la Garde Nationale.
  • 7 mars : Parution du numéro 1 du Père Duchesne.
  • 10 mars : Pacte de Bordeaux, entre les différentes parties du gouvernement, suspendant toute décision sur la nature du régime. L'Assemblée nationale ajourne la session en cours et décide de se retrouver le 20 mars à Versailles (elle a hésité entre Fontainebleau et Versailles ; elle ne veut pas Paris à cause des mouvements révolutionnaires).
  • 17 mars : Arrestation du socialiste révolutionnaire Louis Auguste Blanqui.
  • 18 mars : Commune de Paris (ventôse-prairial an 79) : tentative de révolution prolétarienne. Échec de la tentative des troupes gouvernementales, qui ont fraternisé avec les insurgés, de s'emparer des canons de Montmartre.
  • 20 mars : Le gouvernement et l'Assemblée Nationale s'installent à Versailles. Ralliement d'un officier de l'armée française (Colonel) à la Commune, Louis Rossel.
  • 22 mars : Louis Rossel devient Chef de la 17e légion de la Commune.
  • 23 mars : Les vingt maires de Paris se rendent à l'Assemblée nationale pour tenter une conciliation. Arborant une écharpe tricolore dans une assemblée majoritairement royaliste, ils sont acclamés par la minorité républicaine mais rejetés hors de l'assemblée sans avoir pu prononcer un mot.
  • 26 mars : Élections de la Commune de Paris.
  • 28 mars : Proclamation de la Commune de Paris à l'hôtel de ville.
  • 3 avril : Louis Rossel est nommé Chef d'État-major.
  • 14 avril : Nomination de Louis Rossel au poste de Président de la Cour Martiale.
  • 21 avril : Parution du numéro 1 du Père Duchesne illustré.
  • 26 avril : Parution du numéro 2 du Père Duchesne illustré.
  • 30 avril : Nomination de Louis-Nathaniel Rossel au poste de Ministre délégué à la guerre en remplacement de Cluseret.
  • 30 avril : Parution du numéro 3 du Père Duchesne illustré.
  • 3 mai : Parution du numéro 4 du Père Duchesne illustré.
  • 7 mai : Parution du numéro 5 du Père Duchesne illustré.
  • 10 mai : Parution du numéro 6 du Père Duchesne illustré. Par le Traité de Francfort, la France perd l'Alsace et une partie de la Lorraine. Cette perte est vécue par la France comme un profond traumatisme. De plus la France doit verser cinq milliards d'indemnités (4,9 sont récoltés par une souscription nationale ouverte le 27 juin). Suite à ce traité, environ 160 000 Alsaciens et Lorrains, refusant de devenir Allemands, quittent les provinces perdues et s'installent sur le territoire français.
  • 14 mai : Création du Territoire de Belfort à partir de l'ancien arrondissement du Haut-Rhin non annexé par l'Empire allemand. Parution du numéro 7 14 mai 1871 du Père Duchesne illustré.
  • 16 mai : Les Communards mettent à bas la statue de Napoléon place Vendôme.
  • 17 mai : Parution du numéro 8 du Père Duchesne illustré.
  • 18 mai : L'Assemblée Nationale, réunie à Versailles, ratifie le traité de Francfort.
  • du 21 au 28 mai : « Semaine sanglante » qui verra Paris, aux mains des Communards, repris par les troupes versaillaises.
  • 21 mai : Entrée des troupes versaillaises dans Paris. Parution du numéro 9 du Père Duchesne illustré.
  • 23 mai : Parution du dernier numéro du Père Duchesne (numéro 68).
  • 24 mai : Parution du dernier numéro 10 du Père Duchesne illustré.
  • 26 mai Exécution de Jean-Baptiste Millière, fusillé à genoux sur les marches du Panthéon.
  • 27 mai : Chute du dernier bastion communard.
  • 28 mai : Exécution des défenseurs de la Commune de Paris devant le mur des Fédérés.
  • 28 novembre : Exécution de Louis-Nathaniel Rossel, ancien Délégué à la guerre de celle-ci.