LEPELLEY-DUMANOIR Pierre-Etienne

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Vice-Amiral[1], né à Granville (Manche), le 2 août 1770, entra dans la marine en 1787 comme élève de port, et servit en Amérique jusqu'en 1790. Nommé sous-lieutenant de port, il monta les frégates la Pomone et la Néréide, fît une campagne à la côte d'Afrique, passa sur la flûte le Dromadaire, en qualité d'enseigne, et partit pour Cayenne.

Lieutenant en 1790 et adjoint à l'état-major de l'amiral Martin, il prit part, sur le Sans-Culotte, au combat que cet amiral livra aux Anglais sur l'Océan. En l'an III, il obtint le grade de capitaine de vaisseau et le commandement du Berwick, fit partie de la division du contre-amiral Richery qui s'empara d'un grand convoi sur la Méditerranée, et fut chargé ensuite d'aller détruire les établissements de pèche anglais à Terre-Neuve.

Il serait peut-être juste de dire pour expliquer l'avancement rapide de cet officier, que son oncle, Pléville-le-Pelley, dirigeait alors le ministère de la marine.

Il était chef de division et commandait sous les ordres du contre-amiral Bouvet, le vaisseau la Révolution, lors de l'expédition d'Irlande au mois de frimaire an V, expédition malheureuse dans laquelle personne n'avait fait son devoir. Au moment où la frégate amirale, montée par Morard de Galles et Hoche, rencontra la Révolution, qui manœuvrait pour le retour, le Scévola coulait bas d'eau ; Dumanoir recueillit une partie de l'équipage.

En l'an VI, il concourut aux préparatifs du départ de la flotte pour l'Egypte, monta le vaisseau le Dubois, et fut chargé de la direction du convoi attaché à l'armée ; arrivé à Alexandrie, le général en chef le nomma commandant du port.

Le 18 thermidor de l'année suivante, le général en chef lui ordonna, ainsi qu'au contre-amiral Gantheaume, mais sans les mettre dans sa confidence, d'accélérer les approvisionnements des deux frégates ex-vénitiennes, la Muiron et la Carrère, déjà armées et équipées, et de lui donner avis des mouvements de la croisière anglaise. Le 4 fructidor, le général en chef arriva à Alexandrie ; le 5, il monta à bord de la Muiron, le 6, on mit à la voile ; la Muiron portait le général Bonaparte, le contre-amiral Gantheaume, Berthier, Andréossi, Monge, Berthollet, Denon, Lavalette et Bourienne ; la Carrère, qui accompagnait, avait à bord le chef de division Dumanoir, Lannes, Murat, Marmont et Parceval-Grandmaison. Le 17 vendémiaire an VIII, on débarqua à Fréjus.

Élevé au grade de Contre-Amiral quelques mois plus tard, il commanda, de l'an IX à l'an XI, plusieurs divisions à Brest, à Cadix et à Saint-Domingue. A l'époque du combat d'Algésiras (messidor an IX), il était chargé, à Cadix, des détails aux armements : on lui reprocha alors de ne pas avoir, par son manque d'énergie et d'activité, fait secourir à temps le contre-amiral Linois à la suite de la journée d'Algésiras. En l'an XII, il fut fait membre de la Légion-d'Honneur le 17 frimaire, commandant de l'Ordre le 25 prairial suivant, et électeur du département du Finistère. A la mort de l'amiral Latouche, le 2 fructidor an XII, Dumanoir commanda provisoirement l'escadre de Toulon, et il espérait conserver ce commandement, mais l'Empereur y appela le vice-amiral Villeneuve. On ne sut dans le temps à quoi attribuer cette mesure ; la lettre suivante en indique le motif :

Saint-Cloud, 10 fructidor an XII.

"Monsieur Decrès, ministre de la marine,

"Il me semble qu'il n'y a pas un moment à perdre pour envoyer un amiral commander l'escadre de Toulon. Elle ne peut être plus mal qu'elle n'est aujourd'hui entre les mains de Dumanoir, qui n'est ni capable de maintenir la discipline dans une aussi grande escadre, ni de la faire agir. Il me paraît que, pour commander cette escadre, il n'y a que trois hommes : Bruix, Villeneuve et Rosily...

« NAPOLEON"

Dumanoir se trouva au combat livré par Villeneuve à l'amiral Calder, sous la latitude du cap Finistère, à cinquante lieues en mer, le 3 thermidor an XIII, au retour des Antilles.

A Trafalgar, le 29 vendémiaire an XIV, il resta spectateur immobile de l'action, quoiqu'il eut sous ses ordres les vaisseaux le Formidable, le Duguay-Trouin, le Montblanc et le Scipion, et s'éloigna sans avoir combattu. Le 13 frimaire, étant arrivé en vue du cap Villano , il soutint, contre le commandeur Strachan, un combat qu'il avait cherché à éviter, perdit ses quatre vaisseaux, et blessé à la tête, tomba au pouvoir des Anglais. Il resta quelque temps prisonnier sur parole et revint en France. Renvoyé devant un conseil d'enquête, puis au mois de mars 1809, devant un conseil de guerre maritime, il fut acquitté.

Jusqu'en 1811, l'Empereur refusa de l'employer, tant l'opinion publique et la sienne propre éprouvaient de prévention contre lui ; mais à cette époque il le nomma commandant de la marine à Dantzig, et le chargea de la direction des convois sur la Vistule. Pendant le blocus de Dantzig il rendit des services. Après un an de siège, la place capitula et Dumanoir, qu'un éclat de bombe avait blessé à la tête, fut emmené prisonnier à Kiow. C'est de là qu'il envoya son adhésion aux actes du sénat qui prononçaient la déchéance de l'Empereur et le rappel des Bourbons.

Rentré en France au mois de juillet 1814, le roi le fit chevalier de Saint-Louis en 1815 ; créé comte le 6 septembre, il commanda la division navale qui conduisit le marquis de Rivière, ambassadeur de Louis XVIII à Constantinople. Une ordonnance du 22 août 1816 avait réduit le nombre des contre-amiraux de 21 à 12 ; en 1817, on dressa, conformément à cette ordonnance, la liste de ceux de ces officiers généraux qui devaient être conservés, et Dumanoir y figura le premier.

Le 24 avril de la même année, il fut élevé à la dignité de grand officier de la Légion-d'Honneur. En 1819, Louis XVIII le nomma vice-amiral, et en 1820, le 23 août commandeur de Saint-Louis.

Il fut, le 22 août 1815, élu député[2] du collège de département de la Manche, par 121 voix (171 votants, 276 inscrits). Il siège jusqu'au 5 septembre 1816. Il est réélu, le 20 septembre 1817, par 1,042 voix (1,218 votants, 2,031 inscrits), et, le 20 octobre 1818, par 866 voix (1,382 votants, 2,137 inscrits). Il siégea obscurément au centre jusqu'au 24 décembre 1823.

Il est mort subitement à Paris, dans la nuit du 6 au 7 juillet 1829.


Sources et notes

  1. Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, tome 1, p. 463.
  2. Sous la direction de MM. Adolphe ROBERT, Edgar BOURLOTON et Gaston COUGNY, Dictionnaire des Parlementaires français de 1789 à 1889, tome 2, 1889, p.369-370.