LAVIGERIE Charles Martial

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Le Cardinal Charles Martial Allemand Lavigerie, né le 31 octobre 1825 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et décédé le 18 novembre 1892 à Alger (Algérie), est un cardinal français.

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Un parcours de grande valeur

Il y commence sa scolarité et la poursuit au petit-séminaire diocésain. Envoyé en 1841, au petit séminaire de Paris, il entre deux ans plus tard au grand séminaire d'Issy-les-Moulineaux. Dès cette époque, il songe à la mission de l'Eglise hors frontières.

Il se fait remarquer dans ses études en obtenant en 1847 une licence es lettres.
Ordonné prêtre, le 2 juin 1849, Il est nommé maître de conférences à l'école des Carmes. En 1850, il obtient le doctorat es lettres, puis en 1853 le doctorat en théologie.
Ces titres lui valent d'être nommé en 1854 professeur d'Histoire de l'Eglise à la Sorbonne … Ce parcours donne déjà une idée de la qualité de l'homme.

En 1857, il devient le premier directeur de l'œuvre des Ecoles d'Orient.
Il va lui donner une nouvelle impulsion, tout en gardant sa chaire de professeur en Sorbonne, mais confie-t-il à un ami: "J'étouffe dans cette chaire de Sorbonne".

Rencontre avec l'Emir Abdelkader

Aussi en 1860, à la suite du massacre des chrétiens par les Druzes au Liban et à Damas, il se rend dans cette région.

Il y découvre l'histoire et la vie des communautés chrétiennes orientales. Ce fut aussi sa première rencontre avec l'islam, dans un contexte peu favorable.
Mais, il put aussi le voir sous un autre jour. Durant son passage en Syrie, il voulut rencontrer l'Emir Abdelkader, exilé à Damas.
Celui-ci, avec beaucoup de courage et de générosité, avait sauvé la vie d'un grand nombre de chrétiens. Il leur avait ouvert les portes de son palais pour qu'ils puissent y trouver refuge, déclarant qu'il faudrait le tuer, lui-même, avant de toucher à un seul de ces chrétiens. L'abbé Lavigerie voulut l'en remercier. L'Emir répondit simplement:" J'ai fait mon devoir, je ne mérite pas de louanges pour cela". Lavigerie le quitta avec émotion. "Je n'oublierai pas aisément cette entrevue, confia-t-il, je l'écoutais avec admiration et bonheur parler, lui, musulman sincère, un langage que le christianisme n'eût pas désavoué…".

De ce séjour au Proche-Orient il déclara que ce fut son "chemin de Damas", comme une confirmation de ses aspirations apostoliques.

En 1861, il est nommé juge au tribunal de la Rote à Rome. En fait, il joue surtout un rôle diplomatique. Dans cette fonction, il acquiert une bonne connaissance des affaires de l'Eglise. C'est sans doute ce qui motiva sa nomination au siège de Nancy en 1863 à l'âge de 37 ans.

L'archevêque d'Alger et la lutte contre la famine

Il a 41 ans quand, en 1866, lui est proposé le siège d'Alger avec le titre d'archevêque.
Il accepte sans hésiter, conscient des nouveaux horizons que lui ouvre le continent africain.

Dès le début de sa charge, une catastrophe économique et sociale s'abat sur le pays: Une grande sécheresse provoque une famine, aggravée par une invasion de sauterelles. La misère engendre typhus et choléra et fait près de 100 000 victimes. Ne pouvant rester indifférent à une telle situation (qu'aurait-on dit de cette insouciance?), il entreprend de recueillir les enfants abandonnés voués à la mort et, pour cela, fait appel à l'opinion internationale, au nom de son "devoir de charité".
Dès ce moment, il manifeste sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans le ministère des paroisses chrétiennes, comme le lui avaient prescrit les autorités officielles.

Environ 1800 orphelins errants furent ainsi recueillis. La "Caritas" n'existait pas à l'époque (ni les ONG). Caritas était précisément sa devise épiscopale. Pour accueillir ces enfants, il achète un vaste périmètre à Maison-Carrée non seulement pour y assurer leur nourriture, mais plus encore, pour les former aux techniques de l'agriculture. Une manière de promouvoir ce que recouvre aujourd'hui le thème du "développement".

Parmi ces enfants, certains moururent et beaucoup furent rendus à leurs familles pour autant qu'il fut possible de les retrouver. Mais plus tard, devenus adultes, certains demandèrent à devenir chrétiens. De quel droit le leur refuser ? Par la suite, l'opinion islamique a vu dans cette initiative une entreprise systématique de prosélytisme religieux, alors que l'archevêque avait donné des consignes impératives de respect de la liberté des orphelins, entre autres de "ne pas vendre le pain au prix de la religion". Ce faisant, il s'efforçait de ne pas heurter la sensibilité de la population autochtone.

Développement de l'Eglise en Algérie

Il mit tout son dynamisme (parfois un peu raide au dire de ses collaborateurs) dans l'administration du diocèse, créant de nouvelles paroisses, s'efforçant de recruter en France et dans les pays voisins des candidats pour le petit et le grand séminaire, comme aussi des communautés de religieux et religieuses pour les œuvres de charité et les deux collèges qu'il fonde.

Basilique Notre-Dame d'Afrique (Alger)




C'est lui qui acheva la construction et fit la consécration en 1872 de la basilique de Notre-Dame d'Afrique, déjà réalisée en grande partie par son prédécesseur.



Le fondateur des Pères Blancs et des Soeurs Blanches

Pour ses projets concernant l'ensemble des autochtones, il lui faut des collaborateurs spécialement formés pour la rencontre des populations musulmanes et, de façon plus générale, pour répondre aux besoins de l'Afrique car, en 1868, il est nommé délégué apostolique du Sahara et du Soudan.

En cette même année, il fonde donc la Société des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) et, en 1869, avec la collaboration de Mère Marie-Salomé, première supérieure générale, l'Institut des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (Sœurs Blanches). Il envoie les premières communautés dans les régions éloignées des paroisses, particulièrement en Kabylie et aux confins du Sahara pour y exercer "le ministère de la charité" chrétienne.

Un rayonnement international

Son action s'étend bien au-delà de son diocèse. Nommé cardinal en 1882 par Léon XIII, il se voit confier la charge de l'archidiocèse de Carthage.

Au Proche-Orient, à Sainte Anne de Jérusalem, profitant d'une opportunité, il installe ses Pères Blancs pour assurer la formation du clergé grec-melkite. Une initiative œcuménique où apparaît son souci de respecter les spécificités des milieux humains rencontrés.
Pour ce cas précis, les rites liturgiques et la spiritualité byzantines.

En Afrique sub-saharienne, il envoie des groupes de Pères et de Sœurs porter le témoignage de la foi chrétienne. Là encore, avec des consignes très fortes d'inculturation, selon la recommandation de Saint Paul de "se faire tout à tous". Les membres de ses deux premières "caravanes" y sacrifieront leur vie.

Dans divers pays européens il va se faire l'apôtre de la lutte contre l'esclavage. Il éclaire son projet en déclarant de passage à Rome en 1888: "Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon cœur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur Ce que je voudrais que l'on fît pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de cette race (noire) infortunée la famille, l'honneur, la liberté".

De plus, conscient des évolutions sociopolitiques de son temps, il prône, à l'instigation du Pape Léon XIII, le ralliement des catholiques, en majorité royalistes, à l'autorité et à l'ordre républicains. C'est, en 1890, le fameux "toast d'Alger". Il manifestait, là encore, son ouverture à la modernité. Il devra en assumer les conséquences car une campagne de protestation et de dénigrement se déclencha contre lui jusqu'à la fin de sa vie.

Il décède à Alger le 18 novembre 1892. Inhumé dans la primatiale de Carthage, son corps a été transféré par la suite à Rome où il repose dans la crypte de la Maison généralice des Pères Blancs.

Une barbe de cardinal (anecdote inédite)

Voici une anecdote peu connue et fort amusante que rappellaient les journaux algériens à propos de... la barbe du candinal Lavigerie.
Lorsque Mgr Lavigerie fut promu au siège archiépiscopal d'Alger, il vit avec déplaisir tous les prêtres de son diocèse ornés de barbes patriarchales. Aussi, lors de sa première réception officielle, après quelques paroles de bienvenue : "J'espère, Messieurs," dit-il, "que vous me ferez la grâce, dès demain, de vous conformer aux usages du clergé français, car je n'aimerais guère être à la tête d'une armée de prêtres à barbe."
Grand émoi chez tous les bons curés, très attachés à leurs usages et aux privilèges coloniaux. Tant qu'ils furent en présence de Sa Grandeur, le respect glaça leurs protestations sur leurs lèvres, mais peine dans la cour de l'archevêché, ils se répandirent en amères doléances.
- "Mes chers frères", leur dit le vénérable P.Girard, supérieur du grand séminaire et le plus barbu d'eux tous, "ne vous pressez pas de faire venir le barbier. Priez Dieu et laissez-moi faire. J'ai idée que Monseigneur reviendra sur sa décision."
Le lendemain, le P.Girard accompagnait Mgr Lavigerie dans sa première tournée épiscopale.
Arrivés dans un village presque exclusivement peuplé d'indigènes, les deux ecclésiastiques se voient environnés des chefs de la tribu, qui prodiguèrent au directeur du grand séminaire, connu d'eux depuis longtemps, des marques de respect, et s'enquièrent avec empressement des nouvelles de la santé du "Père éternel", c'est ainsi qu'ils l'avaient surnommé.
Puis ils considèrent avec une surprise un peu ironique la figure fraîchement rasée de l'évêque, et un dialogue accompagné de gestes étonnés s'engage entre eux. - "Que disent-ils ?", demanda Mgr Lavigerie.
- "Oh ! répondit le P.Girard, affectant la confusion, ce sont de grands enfants; il ne faut pas faire attention à leurs paroles."
- "Mais encore ? Je tiens essentiellement à savoir !"
- "Eh bien, ces gens-là ne peuvent comprendre qu'un homme se rase. Ils vous prennent pour ma femme et vous trouvent très belle..."
Mgr Lavigerie remonta silencieusement dans son carrosse.
Revenu à Alger, il ne parla plus à ses clercs de ses prescriptions anciennes, et les bons curés s'aperçurent avec joie que leur pasteur commençait à laisser pousser lui-même cette belle barbe de fleuve qui contribua à sa popularité dans toute l'Afrique du Nord.
(La Petite Revue, 7e année, 1er trimestre, n°9, p. 142? 3 mars 1894.)

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • François RENAULT, Le Cardinal Lavigerie, 1825-1892, Fayard, 1992
  • Joseph PERRIER, Vent d'Avenir - Le cardinal Lavigerie (1825-1892), Karthala, 1992.

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