L'alcool dans la première Guerre mondiale

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Brante de vendange - Riquewihr

Le vin, ou plutôt le « pinard », terme populaire qui désigne un vin mauvais, frelaté ou coupé, a été le compagnon quotidien des poilus sur le front, dans les tranchées mais aussi à l’Arrière.

Les rations

En 1914, chaque soldat reçoit une ration gratuite de 25 centilitres[1] à laquelle est adjointe une ration payée sur les fonds des compagnies, de 25 centilitres également.

En 1916, la ration gratuite passe à 50 centilitres [2].

En 1918, la ration statutaire (comprenant la ration gratuite, celle payée par la compagnie et une dernière ration, remboursable à prix modique) atteint 1 litre.

Près de 3 millions de soldats reçoivent alors quotidiennement entre 50 centilitres et 1 litre par jour, selon les possibilités du ravitaillement, auxquels s’ajoutent 6,25 centilitres d’eau-de-vie, également distribuée quotidiennement.[3]

Le commandement peut améliorer cet ordinaire par des rations exceptionnelles, fournies dans certains cas très précis

  • montée en première ligne
  • travaux pénibles
  • célébration
  • fête nationale
  • Le menu des poilus[4] pour le 1er janvier 1917 : Le général en chef vient de fixer comme suit les suppléments extraordinaires et gratuits à la ration journalière, accordés aux troupes des armés pour le Jour de l'an :
  • Jambon épaule de porc salé, 100 grammes.
  • Deux biscuits secs.
  • 125 centilitres de vin en plus des allocations journalières.
  • Vin de champagne (une bouteille pour quatre hommes).
  • Cigares à 0 fr. 10 (un cigare par homme).
  • Deux oranges par homme.

Le pinard

Le pinard était composé des coupages de vin à faible degré, notamment du Beaujolais ou des Charentes, avec des vins plus lourds du Languedoc et d’Afrique du Nord. [5]

Une seule consigne : 9°. Ni plus, ni moins.

La gnôle

En 1916, l'État réquisitionne la production nationale d'alcool dans sa totalité.

La gnôle réchauffait quand on avait froid, soutenait quand on avait faim, réveillait quand on était las ; cela remplaçait le pain, la viande, le charbon, le repos.

Texte fameux de Marc Leclerc
« Salut ! Pinard de l’intendance
Qu’as goût de trop peu ou goût de rien,
Sauf les jours où t’aurais tendance
A puer le phénol ou bien l’purin.
Y’a même des fois que tu sens l’pétrole,
T’es trouble, t’es louche et t’es vaseux,
Tu vaux pas mieux qu’ta sœur la gnole.
C’est sûr comme un et un font deux
Que les riz-pain-sel vous mélangent
Avec l’eau d’une mare à canards.
Mais qu’y faire ? La soif vous démange… »

L’état major décide de donner un quart de gnôle aux soldats avant chaque attaque pour leur donner du courage.

La logistique

Les services de l'Inspection générale du ravitaillement, et plus spécialement la 3e section, celle des vins, veillent à l'approvisionnement des Poilus en un "pinard" de 9 degrés, avant coupage, et vendu à 70 centimes le litre.

L'armée crée des coopératives centrales chargées d'acheter les vins.

Les coopératives prennent livraison des vins directement chez le producteur, et les transportent dans les entrepôts régionaux de Béziers, Sète, Carcassonne, Lunel et Bordeaux.

Des œnologues dégustent, analysent et traitent le vin et surtout le "pèsent" pour contrôler son degré d'alcool (9 degrés pour le pinard avant coupage).

L’intendance de l’armée utilise des wagons réservoirs (4 000 hectolitres) appelés wagons-foudres pour acheminer le vin.

Les citernes sont expédiées tous les deux jours vers des stations-magasins situées à proximité du front. Le vin est mis en fûts et ensuite distribué aux cantonnements par des véhicules automobiles.

Ligue nationale contre l’alcoolisme

Sur une affiche de la Ligue nationale contre l’alcoolisme de 1916 on peut lire :

Chaque jour il accomplit son œuvre de destruction et de mort. Les rixes et les agressions dues à l'alcool ne se comptent plus.

  • A SAINT-ÉTIENNE, rue Saint-Jacques, un ouvrier mobilisé père de famille, qui pendant 15 mois brava les balles allemandes, a trouvé la mort dans un débit, frappé lâchement par trois individus pris de boisson.
  • A SAINT-FONS, le 8 juin dernier (1916), une femme (dont le mari est au front) a été insultée, violentée par trois lâches individus en état d'ivresse.
  • A LYON, rue Saint-Victorien, des "Sidis" ivres, se flanquent des coups de couteau. Près du funiculaire Croix-Pâquet, un soldat colonial a été agressé. Rue Moncey, c'est après de nombreuses stations dans les débits (dit l'enquête) qu'un homme en tue un autre.

Dans son article leader du 13 juin 1916, le "LYON RÉPUBLICAIN" déclare : Notre ennemi le plus redoutable ce n'est pas l'Allemand. Notre ennemi le plus implacable, le plus destructeur de la race française, c'est l'alcool. Depuis un demi-siècle, il nous tue chaque année deux fois plus de monde que nous en coûte la bataille de Verdun.

Lutter contre l'alcoolisme à Lyon

Les autorités militaires et civiles aménagent des locaux réservés aux soldats :

  • « le repos du soldat » qui ouvre ses portes à l’été 1915 dans le Parc de la Tête d’or.
  • « le Jardin du blessé » ,sur le boulevard des Belges, est mis à la disposition des combattants blessés afin qu'ils puissent se distraire grâce aux jeux de boules, de fléchettes ou de quilles.
  • « le Cercle du soldat »
  • « les Foyers du Soldat » …

Toutes ces structures ont le même objectif : lutter contre l'alcoolisme

Les artistes

  • Georges Picquet : «Le pinard c’est de la vinasse, ça fait du bien là où qu’ça passe, vas-y bidasse, remplis mon quart, vive le pinard ! vive le pinard ! [6]»
  • Guillaume Apollinaire qui, du front, écrit dans un poème : «J’ai comme toi, pour me réconforter le quart de pinard qui met tant de différences entre nous et les boches.»[7]
  • Charles-Joseph Pasquier, né le 9 novembre 1882 à Fontanil-Cornillon dans l'Isère, près de Grenoble, chanteur comique dit Bach, incorporé au 140e régiment d’infanterie de ligne, chante : «Le pinard c'est de la vinasse. Ça réchauffe là oùsque ça passe. Vas-y, Bidasse, remplis mon quart. Vive le pinard, vive le pinard !». (Louis Bousquet/Georges Piquet)

Les généraux

Les généraux de l’armée française n’hésitent pas à glorifier le vin.

  • Le maréchal Joffre, fils d’un tonnelier de Rivesaltes, a ainsi rendu gloire au "Général pinard qui a soutenu le moral des troupes".
  • Le maréchal Pétain a aussi exprimé ses remerciements au "vin de France sans lequel le poilu n’aurait jamais remporté la victoire, dans un texte datant de 1935",

Savoir.jpg À savoir

  • En 1914, la France compte 480 000 débits de boisson, soit un pour 30 adultes.
  • Dès l'automne 14, les vignerons du Midi font don de plus de 200.000 hectolitres (20 millions de litres) à l'armée pour soutenir le moral des troupes.
  • L'augmentation de la consommation par tête d'habitants qui passe de 103 litres en 1904 à 136 litres en 1926.

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Référence.png Notes et références

  • Merci à tous les contributeurs pour leurs informations : Le forum “Pages 14-18”
  • LE VIN ET L'ARMÉE - Auteur : Alban SUMPF - Date de publication : Octobre 2009
  • Histoire de la vigne et des grands vins des Côtes du Rhône par Robert Bailly.
  1. décision du ministre de la guerre, Alexandre Millerand, en octobre 1914, complétant une instruction du service des militaires d’avril de la même année
  2. http://www.dico-du-vin.com/pinard-vin-en-terme-populaire/
  3. Article complet : http://www.lemonde.fr/centenaire-14-18/article/2014/10/17/boire-et-deboires-pendant-la-grande-guerre_4508005_3448834.html
  4. Le Morbihannais, n° 58, Vendredi 22 décembre 1916, p. 1.
  5. Article complet : http://www.franceinfo.fr/emission/la-fleur-au-fusil-14-18-en-chansons/2014-ete/la-fleur-au-fusil-14-18-en-chansons-ete-2014-du-11-08-2014-08-11-2014-06
  6. Vive le pinard de Louis Bousquet et Georges Picquet
  7. Calligrammes publiés en 1918


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