Guerre 1914-1918 ~ La femme et la Grande Guerre

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Appel René Viviani.jpg

Prologue

La France mobilise presque 63% de la population masculine active.

L'appel de René Viviani, Président du conseil des ministres, va pousser les femmes à assurer le travail des hommes et permettre aux pays de fonctionner. Elles deviennent fabricante d'obus, de munition munitionnette, conductrices de tramways, cantonnières, agricultrices, maréchales-ferrands, gardes champêtres, bouchères, infirmières Ange-Blanc et aussi institutrices. Elles doivent gérer seules le quotidien et soutenir le moral des soldats :

"Aux Femmes françaises, La guerre a été déchaînée par l'Allemagne, malgré les efforts de la France, de la Russie, de l'Angleterre pour maintenir la paix. A l'appel de la Patrie, vos pères, vos fils, vos maris se sont levés et demain ils auront relevé le défi. Le départ pour l'armée de tous ceux qui peuvent porter les armes, laisse les travaux des champs interrompus: la moisson est inachevée le temps des vendanges est proche. Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation tout entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage, dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la patrie un plus grand service. Ce n'est pas pour vous, c'est pour elle que je m'adresse à votre cœur. Il faut sauvegarder votre subsistance, l'approvisionnement des populations urbaines et surtout l'approvisionnement de ceux qui défendent la frontière, avec l'indépendance du pays, la civilisation et le droit. Debout, donc, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés! Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout! à l'action! à l'œuvre! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde. Vive la République Vive la France"

La Première Guerre mondiale plongera près de 600 000 veuves de guerre et 986 000 orphelins dans la détresse

Femmes dans les hôpitaux de guerre

Dès le début de la guerre, l'hécatombe des blessés conduit les femmes a assuré des soins infirmiers.

Les infirmières bénévoles sont regroupées sous 3 sociétés d’assistance enregistrées par le ministère de la guerre :

  • la Société de Secours aux Blessés (SSBM : infirmières hospitalières).
  • l’Association des Dames Françaises (ADF : infirmières hospitalières).
  • l’Union des Femmes de France (UFF : infirmières ambulancières). [1]

En 1916, le corps des infirmières temporaires fut créé par le service de Santé. Pour devenir infirmières, il faut avoir 26 ans minimum et justifier de compétences et de connaissances professionnelles, et s'engager à servir pendant la durée de la guerre + 6 mois. Ces infirmières temporaires reçoivent un salaire équivalent des infirmières laïques et militaires.

On compte en 1918 plus de 100 000 infirmières, dont 70 000 bénévoles.

Marie Curie assistée de sa fille Irène, équipe 18 ambulances radiologiques Petites Curies pour le front. Elles formèrent des femmes au métier de manipulatrices de radiologie. [2]

Nicole Girard Mangin, sera l'unique femme médecin envoyée au Front. °11 octobre 1878 Paris 11, † 6 juin 1919 Paris, elle commence ses études de médecine en 1896, elle obtint sa thèse consacré au cancer en 1909. Au début de la guerre elle est rattachée au service de santé civil de l’hôpital Baujon. Envoyée ensuite sur le front de Verdun entre 1914-1915, elle opère . Elle est nommée Médecin-capitaine et directrice de l’hôpital-école Edith Cavell à Paris. L'Armistice la laisse dans l'anonymat, sans honneur ni décoration. On la retrouve morte suite à une overdose médicamenteuse en Juin 1919. Crémation au Cimetière du Père-Lachaise et inhumation à Saint-Maur-des-Fossés [3]

Les Marraines de guerre

Pendant la Première Guerre Mondiale, alors que les hommes étaient au front en train de se battre, des femmes aussi appelées Marraines de guerre, soutenaient les soldats.

Elles écrivent aux soldats, leurs envois des colis de denrées, tricotent des chandails (gilet sans bouton en maille serrée), qui leurs tiennent chaud au front. Ils les réclament [4]

"Si vous avez un chandail, ma chère amie, envoyez-le moi, mais dans ce cas seulement car j'en ai en dépôt que je pourrais réclamer s'il était nécessaire. Il n'y a donc pas lieu de faire une dépense, vous saisissez ?" [5]

Largement soutenue par le ministre de la Guerre Alexandre Millerand, ce mouvement, fut promu par Madeleine Clemenceau-Jacquemaire, fille de Georges Clemenceau.


Stars dans la guerre

Cet engouement patriotique est aussi partagé par les stars féminines de la scène, qui participe à la distraction des soldats au front dans le cadre du Théâtre aux armées, fondé par le peintre Georges Scott. Parmi elles :

Sarah Bernhardt.jpg
  • Sarah BERNHARDT :
    comédienne,
    née le 22 octobre 1844
    décédée le 26 mars 1923 à Paris
  • Béatrix DUSSANE : née le 9 mars 1888 à Paris où elle est morte le 3 mars 1969, est une actrice française.
  • MUSIDORA : née dans le 5e arrondissement de Paris le 23 février 1889, morte dans le 14e arrondissement de Paris le 7 décembre 1957 est une actrice et réalisatrice française.

La femme au foyer

Les femmes de soldats mobilisées assument désormais les fonctions de chef de famille. La loi du 3 juin 1915 leur transfère ainsi la puissance paternelle pour la durée du conflit.

La loi du 5 août et son décret du 6 août 1914 prévoient pour l’épouse une allocation journalière de base, dite “allocation principale”, dont le montant unique est fixé à 1,25 franc. À celle-ci peut s’ajouter une majoration journalière facultative de 0,50 F pour chacun des enfants de moins de 16 ans à la charge du bénéficiaire principal [6]

Les femmes doivent encore s'occuper seules de leur famille.

Les femmes doivent faire face au rationnement alimentaire dû au manque de nourriture.

Elles vivent dans la peur de perdre un être cher, un proche : un mari, un fils, un ami, un parent... mais elles sont aussi dans l'attente de nouvelles du front.

Femme dans les usines

La mobilisation en 1914 entraîne une baisse de 20 % des effectifs de la main-d’œuvre masculine dans les usines. Les femmes vont travailler prioritairement dans les usines de fabrication d'obus, et de munitions, elles seront nommées les Obusettes et les Munitionettes. [7] De 1914 à 1918, elles fabriquèrent plus de 300 millions d’obus.

La loi Rameil du 8 novembre 1915, des salles d'allaitement (Gouttes de Lait) et des crèches sont implantées dans les usines.

En avril 1916, Albert Thomas instaure un Comité du Travail féminin, celui-ci organise le travail des femmes dans les usines d’armement [8]

Elles travaillent plus de 10 heures par jour. et plus de 6 milliards de voitures. Elles représentent un quart de la main d’œuvre dans l’industrie de guerre.

En 1914, on recense plus de 7 millions de femmes qui travaillent. Fin 1917, le personnel féminin dans l’industrie et dans le commerce est supérieur de 20% à son niveau d’avant guerre.

Dans le secteur de l’armement, on passe en France de 50000 ouvriers en 1914 à 1,7 millions en 1918, dont 420000 femmes [9]

Elles ont fabriqués 300 millions d'obus et 6 milliards de cartouche en 4 ans.

Au moment de l'armistice, le gouvernement les incite à retourner à leurs activités antérieures. Le ministre Louis Albert Joseph LOUCHEUR (1872-1931) propose un mois de salaire aux ouvrières des usines d'armement si elles quittent leur travail avant le 5 décembre.

Munitionnettes

Les femmes aux champs

"En 1914, les cinq millions d'agriculteurs français représentent 42% de la population active masculine : le départ d'une grande partie d'entre eux au combat entraîne de grandes difficultés pour leurs épouses, engagées à se mobiliser pour assurer le sauvetage des récoltes" [10]

Les animaux de bâts (Chevaux, mulets) étant réquisitionnés en Août 1914, obligent les femmes à tirer à plusieurs les charrues pour assurer les futures récoltes. Elles labourent, sèment, fauchent, sulfatent. Les difficultés sont accrues aussi par les réquisitions qui sont imposées aux agriculteurs pour nourrir les soldats en campagne.

Dans les campagnes, 850 000 femmes prennent la tête de l'exploitation agricole de leur époux, auxquelles s'ajoutent les 300 000 épouses d'ouvriers agricoles privées du revenu de leur mari.

En 1915, les femmes furent aidés par des militaires en cantonnement.

Les veuves de Guerre

Une femme est considérée comme veuve de guerre et donc autorisée à faire valoir les droits afférents à ce titre si elle est l'épouse d'un militaire mort en service ou mort des suites de blessures ou de maladies contractées pendant le service.

La loi du 27 juillet 1917 crée le statut de pupille de la Nation. Par son article 1, "La France adopte les orphelins dont le père, la mère ou le soutien de famille a péri, au cours de la guerre de 1914, victime militaire ou civile de l'ennemi".

Si les enfants des tués sont déclarés pupilles de la nation, la veuve n'en a pas la puissance paternelle; celle-ci est délégué à un homme, le plus souvent membre de la famille du père décédé.

Taux des pensions

Grades Tués sur le
champs de bataille
(en Francs)
Morts des suites
de leurs blessures
francs)
Général de division (ou vice-amiral) 5.250 3.500
Général de brigade (ou contre-amiral) 4.000 2.667
Colonel (ou capitaine de vaisseau) 3.000 2.000
Lt-colonel (ou capitaine de frégate) 2.500 1.667
Chef de bataillon (Capitaine de corvette) 2.000 1.333
Capitaine (Lt de vaisseau)
  • 1er échelon de solde
  • 2e échelon de solde
  • 3e échelon de solde
  • 4e échelon de solde
1.950
1.950
1.750
1.650
1.300
1.233
1.167
1.100
Lieutenant ou enseigne de vaisseau de 1ère classe
ou Mécanicien de 2e classe
  • 1er échelon de solde
  • 2e échelon de solde
  • 3e échelon de solde
  • 4e échelon de solde


1.650
1.575
1.500
1.642


1.100
1.050
1.000
 950
Sous-lieutenant (ou enseigne de vaisseau de 2e classe)
  • 1er échelon de solde
  • 2e échelon de solde

1.400
1.150

 933
 767
Aspirant de marine 1.150  767
Premiers maîtres de toutes professions 1.150  767
Adjudant-chef 1.050  700
Aspirant (armée de terre)  937  625
Second maîtres de toutes professions de la marine  900  600
Sergent ou maréchal des logis  825  550
Sergent-major ou maréchal des logis-chef  900  600
Caporal ou quartiers-maîtres de toutes professions
ou assimilés
 675  450
Soldats ou matelots de toutes professions
ou assimilés
 563  375


Valeurs en euros (2010) des francs
1914 3,17530 € 1915 2,64608 € 1916 2,38148 € 1917 1,98456 € 1918 1,53644 €


^ Sommaire

Femmes espionnes

Quelques femmes deviennent espionnes, formées par les services secrets, elles font preuve d’un redoutable professionnalisme. [11]

Pour la France, on peut notamment citer :

  • Louise de Bettignies : originaire de Lille, recrutée par l’Intelligence Service anglais, sous le nom de code d’Alice Dubois
  • Mathilde Lebrun : originaire de Pont-à-Mousson, veuve, mère de trois enfants et agent double au service de la France, sous le nom de code Simonne pour les Français et R2 pour les Allemand
  • Louise Thuliez : °12 décembre 1881 à Preux-au-Bois (Nord), † le 10 octobre 1966 à Paris. Chevalier de la Légion d'honneur le 14 mars 1919
  • Henriette Moriamé: °22 mars 1881 à Saint-Waast-la-Vallée (Nord), † 24 août 1918 à Maffles (Belgique). Nommée Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre avec palme.
  • Marthe Richar : agent double, a obtenu la Légion d’Honneur en 1933, pour services rendus à la France

Les Françaises qui ont espionné pour l’Allemagne, condamnées pour espionnage militaire et seulement pour l’Allemagne, entre août 14 et août 1919, sont au nombre de 21. Quelques unes ont vu leur peine commuée en travaux forcés, pour d’autres on ne connaît pas la date exacte de leur exécution.

Métier patriotique

Enfin la prostitution devient un « métier patriotique », même si les prostituées doivent faire parfois jusqu’à 50 passes par jour.

Les espionnes forcément « femmes de petite vertu ». Il est vrai que les prostituées constituent un vivier d’informations important.

Honneur aux femmes mortes pour la France

  • Le monument aux morts de Cahors (Lot), conçu par l'architecte Maurice Barthet (1887-1958)
  • Le monument de Lavercantière, dans le Lot, réalisé par Emile Mompart et érigé en 1924 a choisi de mettre en valeur le recueillement d'une mère, visage baissé, mains jointes.
  • Le monument de la commune de Cransac (Aveyron). On lit ainsi la douleur de cette femme et de cet enfant face à la dépouille d'un soldat, « mort pour la paix » comme le proclame l'inscription au dessus du monument.
  • Le monument aux morts de Péronne
  • Le monument aux morts d'Angoulême

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Référence.png Notes et références

  1. - Alerte Croix-Rouge les Infirmières et bénévoles de la Croix-Rouge
  2. Les femmes et les enfants pendant la Première Guerre Mondiale - Fabienne Olivères - Novembre 2014
  3. Nicole Mangin - Une Lorraine au cœur de la Grande Guerre - Jean-Jacques Schneider - Ed. Place Stanislas 2011
  4. Musée de l'Artillerie - Madame Anne-Catherine David-Dois
  5. Extrait d’une lettre d’Henri Barbusse, datant du 18 Septembre 1915, adressé à sa Jeanne Charrot, sa marraine de guerre
  6. L'Assistance aux familles des mobilisés - Jean-François Montès
  7. La Bretagne dans la guerre de 1914-1918 : un quotidien bouleversé - Didier Guyvarc'h
  8. Quoi de neuf sur la guerre - entretien avec Jean-Jacques Becker - Manon Pignot - Revue Histoire - Octobre 2013
  9. Archives départementales d’Indre-et-Loire - Les tourangeaux pendant la 1ère guerre mondiale - Tours Novembre 2013
  10. Site Histoire à la Source - Ille-et-Vilaine
  11. Résister, espionner : nouvelle fonction pour la femme en 1914-1918 - Chantal Antier Antier Chantal - Revue Guerres mondiales et conflits contemporains - 2008 (n° 232)


^ Sommaire


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