Gruyer

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Le gruyer est dans l'Ancien Régime le premier officier d'un grand domaine forestier que l'on nomme "gruerie". Il correspond souvent à une prévôté.

Exemple des gruyers des Hautes-Vosges

Le gruyer est administrateur, juge et comptable à la fois. Il y a de fortes ressemblances avec la France. Néanmoins, le grand massif forestier des Vosges à cheval sur les terres lorraines, alsaciennes et comtoises fait de cet office, pas particulièrement prestigieux au départ, une fonction centrale et représentative du pays dans son esprit et son paysage.

Du fait de la transmission de l'office de père en fils, ou le cas échéant d'un officier sans descendant à un parent proche, certains noms de famille forment des "dynasties" de gruyer dans certaines régions.

Période et localisation

Région - Blason - Lorraine.png    Lorraine 88 - Blason - Vosges.png    Vosges Blason Remiremont-88383.png Chapitre de Remiremont Région - Blason - Franche-Comté.png    Franche-Comté 70 - Blason - Haute-Saône.png    Haute-Saône

Le 20 avril 1464, le duc institue un gruyer général de Lorraine, il s'agit d'un haut fonctionnaire, déjà noble ou probablement futur anobli. Il a sous sa tutelle les gruyers régionaux qui ont été créés plus tôt bien qu'ils n'apparaissent pas nominativement dans les actes du XVe siècle.

Le duché de Lorraine et de Bar se stabilise et gagne en pouvoir par rapport aux multiples seigneuries ecclésiastiques comme les terres évêchoises ou les abbayes indépendantes. Dans les Vosges, ce sont les monastères et abbayes issus du haut Moyen Âge carolingien qui défendent leurs privilèges et prérogatives. Une abbaye comme celle de Remiremont, même semi-sécularisée pour des chanoinesses choisies parmi la très haute noblesse de souche, possède un territoire immense pour l'époque. Ses terres sont quasi exclusivement montagnardes et boisées.


Au XVIe siècle, on compte les grueries suivantes :

Toutes les grueries vosgiennes sont principalement créées entre 1558 et 1562.

Hiérarchie

  1. Duc souverain de Lorraine
  2. Cour des Comptes de Lorraine
  3. Grand gruyer de Lorraine
    1. Gruyer régional
      1. Contrôleur
      2. Arpenteur juré
      3. Trois forestiers (ou gardes)

Fonctions

Le gruyer

Il doit :

  • marteler les coupes
  • procéder aux ventes et délivrances
  • faire deux visites des bois de leur juridiction en moyenne
  • percevoir les revenus domaniaux
  • régler les dépenses autorisées par la Chambre des Comptes
  • établir un compte minutieux
  • juger les délits forestiers dans les forêts ducales.

L'office du gruyer ne permet pas de vivre de manière aisée. Il appartient à la classe moyenne. Il a des avantages. En général, le gruyer cumule son office avec un autre : lieutenant de bailli, contrôleur des mines, prévôt, clerc-juré par exemple.
Il y a le cas spécifique du contrôleur des comptes des mines, comme dans les Vosges comtoises à Château-Lambert ou en Lorraine dans la gruerie de Ramonchamp.

Le contrôleur

Le contrôleur du gruyer doit :

  • contresigner la comptabilité du gruyer par son quitus
  • administrer et vérifier les comptes
  • frapper les arbres désignés par le gruyer avec le marteau gruerial.

Il ne faut pas confondre le contrôleur du gruyer et le contrôleur institué par les abbayes qui n'a pour seule tâche de veiller aux intérêts de l'abbé ou de l'abbesse. Le gruyer est donc entouré, voire contrôlé par deux contrôleurs, le ducal et l'ecclésiastique.

L'arpenteur juré

Il doit :

  • mesurer la superficie des terrains
  • les aborner.

Le forestier

Il surveille et rédige les rapports de délits, y compris délits de chasse. Cas de bruyeres au XVIIe siècle.

Ils sont exempts de taille, de redevances, mais soumis aux aides générales. Si l'on prend l'exemple de la gruerie de Bruyères, ils doivent verser une redevance au duc et au capitaine de Bruyères : une grande et petite cuve, écuelles en bois et un tranchoir.

Gages et avantages

Comme la plupart des offices, celui du gruyer doit être acheté par son titulaire. Parfois le souverain le met aux enchères, surtout quand il a besoin d'argent pour lever des armées, par exemple. De même, quand un père veut transmettre son office à son fils, il doit s'acquitter d'une redevance. Cela signifie que l'office n'est pas vénal en soi, mais il le devient par le truchement d'une contribution financière. Cela signifie aussi que le candidat au poste ne peut pas être de basse condition et sans le sous. En général, les offices subalternes s'arrangent d'une manière ou d'une autre pour acquérir des biens fonciers. Leurs sources de revenus doivent être diversifiées.

Les revenus sont modestes : 20 à 40 francs.
Il reçoit aussi une petite somme forfaitaire pour :

  • chaque convocation ou appel
  • chaque marquage d'arbre
  • pour le panage
  • la redevance de chaque scierie
  • chaque opération technique
  • pour les journées de délivrance du bois, par usager.

Les droits en nature :

  • le droit d'affouage.

Pariage

À cause du pariage entre le duché et les abbayes ou chapitres tres possessionnés dans les hautes Vosges, les gruyers et leurs subalternes doivent également prêter serment au chapitre de Remiremont par exemple.
Cela engendre beaucoup de conflits d'intérêts et de jalousie. Cela ne simplifie pas la tâche des officiers sur le terrain car l'un ou l'autre des souverains se sent rapidement lésé.

Suppression des grueries lorraines par l'annexion française

L'occupation française à partir de 1633 aura pour effet immédiat une volonté de centralisation et à terme d'annexion pacifique. Entre 1670 et 1686, la France supprime les anciens offices, les anciennes divisions administratives pour en créer d'autres sur le modèle français.
La suppression de la Cour des Comptes de Nancy, tutelle des grueries, le 20 décembre 1670 ainsi que de la Cour souveraine de Lorraine, sonna le glas de cet ancien office. La tutelle passe à la Cour des Comptes de Paris.

En avril 1681 eut lieu la suppression des grueries lorraines et de Bar. En 1685, les fonctions forestières et financieres attribuées au gruyer et contrôleur sont transférées à un nouvel office : receveur. Le travail des recettes est confié à un receveur général des domaines et bois. Cette nouvelle séparation des pouvoirs ne sera pas annulée au retour du duc en 1698.
De même, la vénalité de l'office de receveur est officiellement introduite, même si dans les faits, c'était déjà le cas avant.

Trois commissaires députés sont nommés pour la maîtrise de Metz pour visiter le patrimoine ligneux de Lorraine. Mais il est trop grand. Avec l'Ordonnance du 28 mai 1686, la France institue treize maîtrises particulières avec pour sièges Nancy, Lunéville, Saint- Dié, Badonvillers, Épinal, Mirecourt, Vic, Sarrelouis, Bourmont, Bar, St. Mihiel, Pont-à-Mousson et Longwy.
Épinal, par exemple, remplace les grueries d'Arches, Charmes, Dompaire et Châtel-sur-Moselle.

L'installation de l'administration française signifia pour quelques villes sièges d'une administration séculaire une fin brutale. Arches et Bruyeres étaient des prévôtés et grueries très anciennes et rémunératrices pour la cour de Lorraine.