Frégate L'Hermione (1779-1793)

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La nouvelle Hermione, réplique de l'ancienne,
œuvre de l'Association Hermione-La Fayette, armateur du navire.
Président fondateur : Erik Orsenna
À quai à Rochefort en septembre 2017.
Photo B.ohland


Présentation

Détail d'un tableau de Pierre-Julien Gilbert représentant une frégate française combattant L'Argo (GB).
Grand Palais, Paris.
Affiche sur le site "L'Hermione"
  • L'Hermione est une frégate de 12, appelée ainsi car elle est munie de canons tirant des boulets de 12 livres. Elle est surnommée "Le rapace des mers" et « est à son apogée en cette fin du XVIIIe siècle »[1].
  • La frégate porte un nom prometteur : Hermione, dans la mythologie grecque, est la fille de Ménélas et d'Hélène, elle-même fille de Okéanos (= océan).
(Auparavant a existé une autre Hermione, armée à Lorient en 1755 par la Compagnie des Indes[2]).
  • Comme ses deux sœurs précédentes, La Courageuse et La Concorde, L'Hermione est fine et légère, plus rapide que les vaisseaux de guerre. Elle va d'ailleurs jouer un rôle important dans la guerre d'Indépendance américaine, et son histoire restera liée à La Fayette.

Contexte historique et politique

  • Alors que Louis XIV a voulu doter le royaume de France de grands arsenaux tels que ceux de Brest ou de Rochefort, d'une Corderie royale et d'une flotte digne d'égaler la Marine anglaise, Louis XV, lui, ne s'est guère intéressé à ce domaine.
  • Avec Louis XVI et son ministre de la Marine, M. de Sartine, la flotte royale connait à nouveau un grand essor et acquiert une fière renommée.
  • À partir de 1776, 35 frégates sont construites dans les arsenaux de Saint-Malo ou Rochefort. Cette flotte se montrera à la hauteur pour concurrencer la Royal Navy et L'Hermione va devenir « le bâtiment naval de guerre emblématique du règne de Louis XVI »[3].


Construction

Gréement de L'Hermione.
Panneau sur le site "L'Hermione"
Voilure de L'Hermione.
Panneau sur le site "L'Hermione"
  • L'ingénieur Jean-Denis CHEVILLARD, dit l'Aîné, prend pour base les plans de la frégate précédente, La Concorde, pour concevoir le projet de L'Hermione. (Il dessinera aussi, par la suite, les plans de "La Fée"). Le projet étant entériné en octobre 1778 par le conseil du port de Rochefort, le chantier débute en décembre, s'installant dans la double-forme de radoub Louis XV. (Cette forme est classée aux Monuments historiques depuis mai 1989[4]).
  • Grâce à 330 ouvriers, il suffit de six mois pour achever la construction, et L'Hermione est mise à l'eau le 28 avril 1779.

Fiche technique

- longueur : 127,6 pieds (= 44,27 m) , mais 66 mètres hors tout
- largeur : 33,8 pieds (=11,20 m)
- hauteur du grand mât : 56,5 m
- longueur de la quille : 39 m
- volume de bois : 1200 m3
- voilure : 3000 m2 à l'époque
- cordages : 24 km
- tirant d'eau : 4,94 m
- tirant d'air : 47 m
- poids à vide : 1200 tonnes
Remarque : exceptionnellement, L'Hermione a été « doublée de onze cents feuilles de cuivre »[5], qui ont grandement accru ses qualités.

Poupe et proue

Poupe de la nouvelle Hermione (radoub Napoléon III à Rochefort)
Photo B.ohland
Figure de proue de la nouvelle Hermione
Photo d'Aleth VIALA-BALP
(Merci pour son autorisation)
  • La poupe est constituée d'un tableau arrière travaillé, avec des bouteilles latérales, de couleur bleu roi et jaune d'or. Au-dessus du nom de baptême de la frégate, en lettres jaune d'or, se trouve une mappemonde bleue avec fleurs de lys surmontée d'une couronne, ainsi qu'une lanterne.


  • La figure de proue représente un lion de couleur jaune, dressé sur ses pattes arrières, et tenant un écusson aux fleurs de lys surmonté d'une couronne. L'animal symbolise la détermination du roi et est censé être dissuasif. Le lion fait 3 mètres de haut.
(Celui de L'Hermione actuelle est l'œuvre du sculpteur Andrew Peters).


Armement

  • En 1779, L'Hermione patrouille le long des côtes françaises.
  • En mars 1780 commence l'armement pour la traversée de l'Atlantique, à destination de l'Amérique du Nord. Voici le détail :

Êtres vivants embarqués
- 330 âmes dont « 316 marins »[6] (voir détail de l'équipage ci-dessous)
- 90 moutons, poules, canards et pigeons
Matériel

Canon sur le pont de gaillards

- vivres
- tonneaux d'eau et de vin
- cordages et voiles de rechange
- matériel de marin pour les réparations
Armement militaire
- 26 canons pour boulets de 12 livres
- 6 canons pour boulets de 6 livres
- poudre à canon, et stock de boulets
- armes diverses
Instruments de mesure et de navigation
« L'Hermione était équipée d'un octant »[7], car celui-ci voit le jour au milieu du XVIIIe siècle. Et sans doute des tables astronomiques, réalisées à la même époque, ainsi que du "Neptune oriental", guide d'instructions nautiques illustré de cartes, datant de 1745. Par contre le chronomètre, créé en 1766, n'a commencé à équiper les navires qu'à partir de 1825. « L'Hermione n'avait donc pas de chronomètre comme le montre la lecture du journal de bord »[8].

Un équipage héroïque

Le commandant

Portrait de La Touche-Tréville. Tableau de Georges Rouget (1840). En affiche sur le site "L'Hermione".
  • Il s'agit de Louis-René-Madeleine Le Vassor de La Touche, comte de Tréville, dit « La Touche-Tréville ».
  • Né à Rochefort en 1745, il se passionne pour la mer et entre dans la Marine dès l'âge de 13 ans. Deux années plus tard, il fait déjà face aux Anglais sur La Louise, bateau commandé par son oncle. La Touche-Tréville commande La Corvette, puis Le Rossignol avant d'être choisi pour L'Hermione. Ses actions en mer durant la guerre d'Indépendance des États-Unis lui valent les honneurs. Il est fait prisonnier, mais libéré à la fin de la guerre. De retour en France, il devient responsable du port de Brest, puis vice-amiral et commandant en chef de la Marine sous Napoléon Ier.
  • Il meurt en 1804, à bord du Bucentaure en rade de Toulon. Grand officier de la Légion d'Honneur, « son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe »[9].

Son équipage:
- l'État-Major : 44 personnes, dont le second et le Bosco, et 9 domestiques à leur service
- la Maistrance : armurier, calfat, canonnier, charpentier, forgeron, voilier
- les hommes d'équipage : 12 gabiers, 9 timoniers, un tonnelier, 31 mousses, et autres matelots
- les surnuméraires : le Père Augustin, aumônier, l'apothicaire Jean-Marc Clément, trois chirurgiens, un cambusier et un soutier, le calier (pour l'eau douce), le boucher et le coq
- les soldats de la garnison
- et enfin, un marquis en mission secrète... et sa suite...

La Fayette

La Fayette.jpg
  • Né le 6 septembre 1757 à Chavaniac-Lafayette, Gilbert de Motier, marquis de La Fayette, devient mousquetaire du roi. Érudit et humaniste, il côtoie l'élite de la société. Il a soif de liberté et cautionne l'idée de l'Indépendance américaine. Ainsi, il est mandaté par Louis XVI pour prévenir Georges Washington de l'arrivée du général Rochambeau et de ses troupes, en renfort des insurgés contre les britanniques (sans même que le commandant connaisse sa mission exacte).

L'Hermione, La Fayette et l'Amérique

Les deux petits canots, dont une réplique de celui de La Fayette
Photo B.ohland
  • La déclaration d'Indépendance des États-Unis est signée le 4 juillet 1776, mais dans leurs treize colonies, les britanniques n'abandonnent pas la partie, et les insurgés américains apprécient l'aide des troupes françaises. C'est ainsi que La Fayette va au devant de sa gloire.
  • En mars 1780, L'Hermione prend la mer en mettant le cap sur Boston. Nous savons par le journal de bord que la traversée se fit dans de bonnes conditions, la frégate réalisant en moyenne une vitesse de 12 nœuds (=22 km/h). Peu avant son arrivée, La Fayette écrit à Georges Washington. Le 28 avril 1780, L'Hermione arrive à Boston.
  • Puis elle s'engage dans la campagne américaine, le but étant de faire barrage aux anglais en manœuvrant les bâtiments français et américains. Le procédé est efficace : avec l'appui des troupes de Rochambeau, La Fayette remporte les batailles de Chesapeake (5/09/1781) et de Yorktown (10/10/1781). Et L'Hermione y a contribué.
  • Par ailleurs, la frégate a accueilli à son bord deux dîners diplomatiques : en mai 80 pour La Touche-Tréville et des notables de Boston ; en mai 81, sur la Delaware river, pour le jeune congrès américain.
  • En 1782, L'Hermione revient en France, à Brest, où elle débarque La Fayette rapportant en poche « le texte initial qui après ratification, deviendra la Déclaration des Droits de l'Homme »[10].
  • Puis la frégate rejoint son port d'attache, avant d'autres aventures...

L'Hermione en Inde

  • Le 2 septembre 1782, L'Hermione appareille à nouveau. Son commandant, le capitaine de vaisseau François BERAULD du PÉROU, seigneur de Jarlat[11], découvre son ordre de mission une fois en mer : cap sur l'Océan Indien pour renforcer les troupes du Bailli de Suffren, à la tête de la flotte française. En effet, les anglais cherchent maintenant à s'en prendre aux colonies hollandaises. Mais Suffren parvient à les court-circuiter, et « Grâce à lui, Le Cap restera une colonie hollandaise »[12].
  • Mais Suffren est en difficulté, et L'Hermione vient à son secours en escortant un convoi français, en partie aux Mascareignes et le reste jusqu'à Trinquemalé, sur la côte orientale de Ceylan.
  • Puis la bonne nouvelle tombe : l'Angleterre, la France, l'Espagne et les États-Unis viennent de signer le traité de paix à Versailles : la frégate n'aura donc pas à livrer bataille.
  • Le voyage de retour de L'Hermione durera cinq mois. Elle quitte Trinquemalé le 15 septembre 1783, fait escale à l'île de France (aujourd'hui île Maurice) du 6 au 17 octobre, puis à l'île Bourbon (aujourd'hui île de La Réunion) le 19 octobre. De là, le 6 novembre elle fait route sur Le Cap et y arrive onze jours plus tard. Enfin, elle appareille le 6 décembre pour rejoindre Rochefort, son port d'attache, où elle arrive le 28 février 1784.
  • Bilan : 150 jours de traversée (déduction de 39 jours d'escale) et « une distance parcourue de 12580 milles (ou 24225 kilomètres) »[13].

Le naufrage

  • L'Hermione continue à naviguer vaillamment pendant neuf années. Puis le 20 septembre 1793, une erreur de pilotage la projette contre des rochers non loin du Croisic. Elle se disloque entièrement.
  • De son épave seuls sont récupérées l'ancre, un canon avec fleur de lys (actuellement visible sur la nouvelle Hermione), et quelques pièces d'artillerie, maintenant objets de la collection des ducs de Bretagne, dans leur château de Nantes.

Le mythe Hermione refait surface

  • Mais la célèbre frégate est restée ancrée dans la mémoire collective. Et à la fin du XXe siècle, après la réhabilitation de la Corderie royale et le désenvasement des formes de radoub, certains marins et Rochefortais nostalgiques de la Marine à voile formulent un rêve : reconstruire L'Hermione, à l'identique.
  • L'Association Hermione-La Fayette est créée en 1993 et travaille sur le projet pendant quatre années. Les travaux commencent en 1997 et avancent pas à pas, car il n'y a pas eu d'emprunt pour le financement, et le chantier est ouvert au public.
  • En 2012 c'est la première mise à l'eau de la coque. En novembre 2014 ont lieu des essais en pleine mer avec la voilure. Enfin, du 18 avril au 10 août 2015, c'est le voyage inaugural aux États-Unis, avec treize étapes symboliques en rapport avec son histoire.
  • Avis aux amateurs de vieux gréements : L'Hermione va reprendre la mer du 2 février au 16 juin 2018 pour le voyage « Libres ensemble de l'Atlantique à la Méditerranée », avec escales à La Rochelle, Tanger, Barcelone, Sète, Toulon, Marseille, Nice, Bastia, Port Vendres, Portimão, Pasaia, Bordeaux, et retour à Rochefort.

Illustrations - Photos anciennes.png En photos

Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Laurence CAILLAUD-ROBOAM, L'Hermione, La Crèche, Geste éditions, 2015, ISBN 978-2-36746-285-1
  • Sophie HUMANN et Emmanuelle TCHOUKRIEL, La renaissance d'une frégate, ou la gloire retrouvée de l'arsenal de Rochefort, Nantes, Gulf Stream Éditeur, 2007, 28 pages, ISBN 978-2-35488-003-3
  • Didier Georget, Association Hermione-La Fayette, L'Hermione, Rochefort, La frégate de la liberté. (Chroniques de l'aventure Hermione)
  • Philippe BOUTET du RIVAULT, Journal de bord de l'Hermione (voyage de retour d'Inde), Rochefort, Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2016, 54 pages, ISBN 978-2-9544536-4-4

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Merci à l'Association d'avoir autorisé la publication des photos de certains éléments du pont de gaillards.

Référence.png Notes et références

  1. Page 3, in Sophie HUMANN et Emmanuelle TCHOUKRIEL, La renaissance d'une frégate, ou la gloire retrouvée de l'arsenal de Rochefort, Nantes, Gulf Stream Éditeur, 2007, 28 pages, ISBN 978-2-35488-003-3
  2. memoiredeshommes
  3. Page 2, in Laurence CAILLAUD-ROBOAM, L'Hermione, La Crèche, Geste éditions, 2015, ISBN 978-2-36746-285-1
  4. Base Mérimée
  5. Page 17, in Sophie HUMANN et Emmanuelle TCHOUKRIEL, La renaissance d'une frégate, ou la gloire retrouvée de l'arsenal de Rochefort, Nantes, Gulf Stream Éditeur, 2007, 28 pages, ISBN 978-2-35488-003-3
  6. Page 9, in Didier Georget, Association Hermione-La Fayette, L'Hermione, Rochefort, La frégate de la liberté. (Chroniques de l'aventure Hermione)
  7. Page 10, in Philippe BOUTET du RIVAULT, Journal de bord de l'Hermione (voyage de retour d'Inde), Rochefort, Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2016, 54 pages, ISBN 978-2-9544536-4-4
  8. Page 13, in Philippe BOUTET du RIVAULT, Journal de bord de l'Hermione (voyage de retour d'Inde), Rochefort, Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2016, 54 pages, ISBN 978-2-9544536-4-4
  9. Page 11, in Laurence CAILLAUD-ROBOAM, L'Hermione, La Crèche, Geste éditions, 2015, ISBN 978-2-36746-285-1
  10. Page 7, in Didier Georget, Association Hermione-La Fayette, L'Hermione, Rochefort, La frégate de la liberté. (Chroniques de l'aventure Hermione)
  11. Voir son parcours sur Officiers et anciens élèves de la Royale
  12. Page 7, in Philippe BOUTET du RIVAULT, Journal de bord de l'Hermione (voyage de retour d'Inde), Rochefort, Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2016, 54 pages, ISBN 978-2-9544536-4-4
  13. Page 31, in Philippe BOUTET du RIVAULT, Journal de bord de l'Hermione (voyage de retour d'Inde), Rochefort, Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine, 2016, 54 pages, ISBN 978-2-9544536-4-4


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