EPRON de LA HORIE

De Geneawiki
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

< Retour à Granville

Famille EPRON[1]

I – Jacques EPRON, sieur des Jardins, constructeur de navires à Granville, épousa Rosalie-Françoise-Bernardine LE MARQUAND d’où :

  • Jacques qui suit en II
  • Louis-Jacques qui sera rapporté après son frère en II bis
  • Marie-Marguerite-Victoire, née à Granville le 17/10/1777, mariée le 30/3/1802 à Jean TRIPE (Colonel).

II – Jacques EPRON-DESJARDINS, alias des Jardins, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, fut anobli avec son frère par lettres patentes du 16/12/1815. Né à Granville le 29/12/1766, mort à Saint-Servan le 16/11/1837, il épousa le 22/2/1792 Michèle THOMAZEAU.

II bis – Louis-Jacques EPRON puis EPRON de la Horie, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, fut anobli en même temps que son frère qui précède par lettres patentes du 16/12/1815 et autorisé à ajouter à son nom « La Horie » par ordonnance du 25/6/1817. Né à Granville le 19/12/1768, mort à Saint-Nicolas de Granville le 27/4/1841. Il épousa Rosalie LUCAS-DESAULNAIS dont deux enfants :

  • Louis-Jacques qui suit en III
  • Elisa née en 1804, morte à Granville le 15/8/1872, mariée à Pierre LEROND de GEVRIE.

III – Louis-Jacques EPRON de LA HORIE né à Granville le 4/10/1811, mort au château de la Horie le 24/1/1864, épousa le 21/2/1843 Mathilde-Marie-Léocadie COURAYE du PARC dont une fille :

  • Marie-Julie-Mathilde née à Granville le 9/6/1850, mariée à Granville le 19/7/1870 à Louis-Marie-Sébastien de LOMAS.


Jacques EPRON-DESJARDINS (1766-1837)

Les deux frères Epron[2] parvinrent tous deux au grade de contre-amiral sous la Restauration, mais c'est sous le Premier Empire que se placent les principales actions auxquelles ils prirent part.

Leur père, charpentier et constructeur de navires, avait dessiné et construit le Monsieur et la Madame, les deux corsaires de M. Deslandes pendant la guerre de l’Indépendance. Deux de ses fils naviguèrent au commerce, c'est-à-dire s'embarquèrent à bord des morutiers granvillais, puis entrèrent dans la marine de l'État sous la Révolution.

Jacques, né en 1766, fit ses premières armes sur le Pilote des Indes. Reçu capitaine au long cours en 1791, il était capitaine de frégate en 1796. A ce titre, il commandait la Pallas, de 42 canons, lorsque cette frégate, en se rendant de Cancale à Brest, le 5 février 1800, fut attaquée au large de l'île de Bréhat par une division anglaise composée d'une frégate et de quatre corvettes[3]. Après trois heures et demie d'un combat violent, la Pallas désemparée de toutes ses voiles, ses manoeuvres courantes coupées, ses mâts et vergues criblés de boulets, et quarante hommes tués ou blessés grièvement, dût se rendre.

Capitaine de vaisseau en 1803, il commandait l'Argonaute, vaisseau de 74, à la bataille de Trafalgar[4]. Il faisait partie de l'arrière-garde. Attaqué successivement par deux vaisseaux anglais, ayant eu 145 hommes tués ou blessés et se trouvant dans l'impossibilité de manœuvrer, il sortit malgré lui de la ligne de feu. Il essayait de se réparer et de reprendre sa place au combat lorsque l'amiral espagnol Gravina, sous les ordres duquel il se trouvait, fit le signal de ralliement. Il le suivit jusqu'à l'entrée de Cadix, mais dut mouiller en dehors de la rade, étant trop maltraité pour aller plus loin. Le lendemain, attaqué par quatre frégates anglaises, il leur tint tête malgré ses avaries et les força à s'éloigner.

Accusé d'avoir quitté la ligne de feu par le commandant d'une frégate qui lui gardait rancune pour une discussion antérieure, il fut privé de son commandement malgré les témoignages favorables les plus nets de ses camarades de combat. Ce n'est qu'en 1810 que le conseil de guerre, réuni pour juger l'amiral Le Pelley-Dumanoir, rendit hommage à son énergie et à sa bravoure. Il fut alors envoyé en mission dans les Provinces illyriennes et chargé des armements à Trieste. Sous la Restauration, il fut nommé capitaine de vaisseau de 1ère classe, puis contre-amiral. Chevalier de la Légion d'honneur en 1804, il fut fait chevalier de Saint-Louis en 1814. Il se retira à Saint-Servan dont il deviendra maire.


Louis-Jacques EPRON de la HORIE (1768-1841)

Plus jeune de deux ans que son frère Jacques, Louis-Jacques, comme son aîné, entra dans la marine de l'Etat à la Révolution. Son avancement fut analogue[5]. Il était capitaine de frégate en 1803 et commandait la flûte la Salamandre en armement à Cancale lorsqu'il eût l'occasion, de prendre la direction de la petite expédition qui s'empara à Chausey du brick anglais le Grappler.

En 1805, il prit le commandement de la Piémontaise, jolie frégate en armement à Saint-Malo, sur laquelle il fit la remarquable campagne dans les mers des Indes qui consacra sa réputation. Pendant trois ans il écuma ces mers lointaines, que parcouraient de leur côté la Sémillante du commandant Motard de Honfleur, et le Revenant de Surcouf. Il fit de nombreuses prises dont la plus glorieuse et la plus fructueuse fut le Warren Hastings, vaisseau de la Compagnie anglaise des Indes fortement armé et qui se défendit âprement, mais Epron l'enleva à l'abordage.

Malheureusement, la Piémontaise, fatiguée de sa campagne, avec un équipage diminué et affaibli par les prises et les privations, succomba, le 8 mars 1808, après un long combat devant la frégate anglaise San Fiorenzo[6].

Sous la Restauration, Louis Epron fut fait chevalier de Saint-Louis, capitaine de vaisseau, enfin contre-amiral. Il se retira à Saint-Nicolas dans sa propriété de la Horie, sur la route de Saint-Pair[7]. Il fut maire de Saint-Nicolas de 1820 à 1835.


La prise du Warren Hastings

Rapport du capitaine Epron, commandant la frégate de sa majesté impériale et royale la Piémontaise[8].

Ile de France, 6 juillet 1806.

Le 21 juin au point du jour, étant parla latitude sud 26°12’’ et par 65° 2’’ de longitude orientale les vents à l’ouest-sud-ouest bon frais, et tenant le plus près bâbord amures, j’aperçus un grand bâtiment à toute vue dans l’est-nord-est, et courant à l’ouest-sud-ouest.

Je le laissai approcher, sans augmenter ma voilure, jusqu'à neuf heures, où il me restait au nord-est à environ quatre lieues ; alors je virai de bord et mit le cap dessus.

A onze heures ce bâtiment rentra ses bonnettes, cargua ses perroquets et sa grande voile, et mit pavillon anglais en me faisant des signaux de reconnaissance auxquels je ne répondis pas.

A midi dix minutes, j’en étais à portée de fusil ; j’ai alors commencé une canonnade à laquelle l’ennemi répondit vivement. La force du vent m’obligea à diverses manœuvres pour ne combattre que sous le vent, parce que l’inclinaison de la frégate m’empêchait de me servir de ma batterie lorsque j’étais au vent, tandis que l’ennemi se servait avantageusement des siennes, dans quelque position qu’il fût, à cause de sa grande élévation.

A cinq heures moins un quart, son mât d’artimon tomba et il amena son pavillon.

Comme j’étais occupé à mettre mes embarcations à la mer pour l’amariner, et que j’étais abrité par ce vaisseau, il laissa arriver tout plat sur mon avant, dans l’intention de m’aborder, de me démâter et de se sauver après, la mer étant extrêmement grosse. Il me joignit en effet par tribord, mais à l’instant je commandai l’abordage, et mon équipage sauta à bord malgré sa grande élévation, et le prit pour la seconde fois.

Sous ce choc, le vaisseau perdit son beaupré et son mât de misaine, et la Piémontaise son grand mât de hune. Je n’ai pas perdu un instant pour réparer la frégate et pour mettre la prise en état de naviguer avec des mâts de fortune. Le 4 de ce mois, je suis parvenu à la faire rentrer à l’Ile de France.

Ce bâtiment se nomme le Warren Hastings, du port de douze cents tonneaux, armé de 48 pièces de 18. Il appartenait à la compagnie des Indes et était parti de Chine avec un chargement complet de thé de Nankin dont le prix de facture est de 3 millions.

J’ai eu beaucoup à me louer dans cette affaire de mes officiers et de mon équipage ; j’ai perdu sept hommes et j ai eu cinq blessés.

La résistance de l’ennemi eût été moins longue si la grosseur de la mer et la force du vent m’eussent permis de combattre également des deux bords. Il avait cent quatre vingt douze hommes d’équipage d’après son rôle de combat ; il n’en restait que cent quatre vingt un à bord lorsqu’il s’est rendu.

Signé L.-J. Epron


Référence.png Notes et références

  1. Vicomte A. REVEREND , Les familles titrées et anoblies du XIX° siècle ; Titres, anoblissements et pairies de la restauration, 1814-1830.
  2. Charles de la Morandière, Histoire de Granville, p. 387 à 389.
  3. Onésime-Joachim Troude, Batailles navales de la France, P. Levot, Brest, p. 202.
  4. Pays de Granville, 1939, pp. 172 et 197.
  5. Charles de la Morandière, op. cit., p. 387 à 389
  6. Onésime-Joachim Troude, op. cit., p. 499
  7. Voir l'article de M. de Lomas dans le compte-rendu du congrès de l'Association normande de 1911.
  8. Ministère de la Marine et des Colonies dans Jules François Lecomte, Chroniques de la marine Française 1789 à 1839, Vol. 5, p.356.