Cristallerie de Baccarat

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Carte postale ancienne.
Crédit Photo de l'Office de Tourisme de Baccarat

Histoire : de la verrerie à la cristallerie

Façade rue des Cristalleries en 2018
  • Lorsque l'activité des Salines de Rosières prend fin en 1760, les bûcherons de Baccarat et de Rambervillers qui s'activaient au flottage du bois se retrouvent au chômage. La population locale est démunie. L'évêque de Metz de l'époque, Monseigneur Montmorency-Laval, projette alors d'installer une usine à feux dans la cité bamachoise et obtient l'accord de Louis XV en 1764.
  • La verrerie se construit suivant un plan rectangulaire avec parc central. L'usine, administrée alors par Pierre Renaut, fabriquait uniquement des verres à vitres et des verres de table. Sa dénomination était "Verrerie Sainte-Anne". En 1773, est érigée sur les lieux la chapelle Sainte-Anne, constituant ainsi une paroisse pour la petite société vivant et travaillant sur le domaine.
  • En 1816, un industriel belge producteur de cristal, Aimé-Gabriel d'Artigues, rachète la verrerie et la transforme en cristallerie, sous le nom "Cristalleries de Vonêche à Baccarat". Puis c'est le début des innovations techniques. Baccarat enregistre de nombreuses commandes royales et, en 1923, reçoit sa première médaille d'or à l'exposition des produits de l'industrie française.
  • Au cours de son histoire, la cristallerie se révèle précurseur à plusieurs reprises : première à présenter des éléments de lustrerie (en 1827), à fabriquer des cristaux colorés (en 1830), à créer des flacons de parfum (en 1907) qu'elle produit à raison de 4000 par jour. Elle acquiert ainsi une réputation de perfection, largement récompensée par des distinctions.


Une ville dans la ville

Avec à l'esprit le système paternaliste en vigueur à l'époque, les dirigeants installent progressivement un grand complexe qui s'étend sur une immense surface et constitue une petite ville à part entière. Son allure actuelle correspond à peu de choses près au site du XIXe siècle :

Plan du site

1) Le château : construit dès 1764 pour la partie principale et prolongé de ses deux ailes vers 1830, ce pavillon servit de demeure à tous les administrateurs successifs jusqu'au milieu du XXe siècle. Il abrite désormais le Musée du cristal.
2) Les écuries : bâtiment remanié car incendié et détruit partiellement par une bombe de 1916.
3) La chapelle Sainte-Anne : élevée en 1773, cette chapelle avait deux objectifs : d'une part garder la confiance de l'évêque, d'autre part éviter que les travailleurs s'éloignent pour pratiquer leur culte, car Baccarat n'avait pas encore d'église attitrée. La chapelle servit jusqu'en 1960. Par ailleurs, un cimetière fut réalisé derrière l'édifice pour les verriers et transféré plus tard au cimetière communal.
4) La cour : espace de verdure aménagé avec une grande allée du château aux halles. Lors de la "bataille du pont" du 25 août 1914, les dépouilles de 94 soldats français et allemands furent accueillies sur cette pelouse.
5) Les premiers pavillons des ouvriers : la durée de fusion du verre étant encore irrégulière à l'époque, il fallait que le personnel habite le plus près possible des fours pour être appelé par une cloche au moment adéquat. Construits en 1765 sur le modèle de maisons lorraines, ces logements furent démolis et reconstruits vers 1890 en y ajoutant un équipement d'aisance et de confort. Pendant la seconde guerre mondiale, 21 000 soldats et officiers y furent enfermés. Ces pavillons sont encore utilisés par le personnel actuel de la cristallerie.
6) Les pavillons suivants : ils furent construits entre 1865 et i874 pour faire face à l'accroissement du personnel (1127 ouvriers en 1850, le double vingt ans plus tard).
7) L'ancien pavillon du directeur : construit dès 1764 pour permettre la proximité entre directeur et verriers.
8) Les ateliers à froid : ils étaient destinées à différentes étapes de la production : choix, flottage, polissage et décoration. Ils ont été remaniés au XIXe siècle pour faire face à la diversification de la production.
9) Les Halles : elles s'étendent sur deux hectares et abritent les fours : c'est le domaine des cueilleurs, carreurs, chefs de place et seconds souffleurs qui travaillent en équipe pour une même pièce.
10) Les bureaux et magasins : bureau d'étude, bureaux administratifs, magasin de stockage avant expédition.

11) Le pavillon des ingénieurs et du médecin : il fut construit en 1881 à l'emplacement d'une auberge.
12) Les écoles de la cristallerie : une école de garçons est bâtie en 1827 pour des cours du soir obligatoires. Elle est fermée en 1868 et déplacée plus loin afin d'y adjoindre un bâtiment pour filles. En plus des cours habituels, les élèves bénéficient de cours de dessin afin de repérer des talents prometteurs en vue de futurs décorateurs. L'école sert d'hôpital militaire pendant la guerre. Elle est démolie en 1960 et laissera l'espace à la future place des Arcades.
13) La pension des apprentis verriers : construite en 1850 un peu plus loin et transférée ici neuf ans plus tard, elle est agrandie en 1875 et devient un centre d'apprentissage avec internat. Elle est victime d'un incendie provoqué par un obus de la grande guerre, mais très vite reconstruite pour y loger l'État-major. Le pensionnat retrouve son activité initiale après 1918 et celle-ci perdure de nos jours.
14) D'autres logements  : logements plus tardifs (construits de 1891 à 1899) et appelés "cité Serre".
15) L'orangerie et les jardins : l'orangerie servait à abriter les plantes d'ornement du château et du parc.
16) La crèche des cristalleries : les 500 femmes travaillant à la cristallerie au XIXe siècle ne suffisaient pas et on décida d'installer une taillerie sur une commune voisine. Pour faciliter le recrutement de nouvelles employées (qui jusque là travaillaient à domicile) une crèche fut construite en 1895. Équipée de dortoirs, puis de salles de jeux, elle accueillait les enfants dès l'âge de six mois. Après 1945, elle fut occupée par des religieuses, puis revendue à la municipalité en 1990. Elle accueille maintenant le Pôle Bijou Galerie.

Les premiers administrateurs et directeurs

Prénom(s) NOM Période Observations
Pierre RENAUT 1764 - 1773 ? Premier directeur de la verrerie Sainte-Anne (mentionné sur une fiche de l'office du tourisme de Baccarat).  
Antoine RENAUT[1] 1773 - 1805 ou 1806 Né entre 1732 et 1736 à Saint-Quirin. Décédé le 26 mai 1806. Inhumé dans la chapelle Sainte-Anne[2].  
Pierre Antoine RENAUT 1805 - 1813 ou 1814 ? Fils du précédent. Né le 18 octobre 1781 à la verrerie. Copropriétaire.  
Aimé Gabriel d'ARTIGUES 1816 - 1823 Né à Paris en 1773. Ingénieur, industriel et financier. Naturalisé Belge. A dirigé une cristallerie en Moselle. À l'origine de la mutation de la verrerie en cristallerie. Décédé à Paris en 1848.  
Pierre-Antoine GODARD-DESMARET 1823 - 1839 Né le 4 décembre 1767 à Compiègne. Industriel et homme d'affaires, il va s'associer à François-Marie-Augustin LESCUYER-VESPIN, propriétaire à Charleville et à Nicolas-Rémy LOLOT, négociant à Charleville. Administrateur, il confie la direction au jeune polytechnicien Jean-Baptiste TOUSSAINT. Décédé le 21 juin 1850 à Paris.  
Jean-Baptiste TOUSSAINT 1823 - 1841 Né le 24 juillet 1796 à Charleville-Mézières. Chimiste déjà employé à la cristallerie. Après ses années de direction, entre au Conseil d'Administration. Décédé en 1858 à Baccarat.  
François Eugène de FONTENAY 1841 - 1868 Né le 3 juin 1810 à Autun. Ingénieur, ayant déjà travaillé à la manufacture de Plaine de Walsch. Il colorise les créations. Il met au point les verres agates, appelés "opalines" et les millefioris. Il met aussi en place un système de régulation des durées de fusion. Chevalier de la Légion d'honneur le 16 août 1860. Décédé le 25 février 1884 à Autun  
Paul MICHAUT 1868 - 1883 Né le 25 juillet 1827 à Lunéville. Ingénieur, industriel et homme politique. Maire de Baccarat en 1871. Conseiller général. Député de 1877 à 1881. Chevalier de la Légion d'honneur le 6 mars 1876. Propriétaire du Parc Michaut : la demeure privée est donnée à la ville qui en fera son hôtel de ville  
Adrien MICHAUT 1883 - Fils de Paul. Né le 17 mai 1853. Polytechnicien. Maire de Baccarat de 1880 à 1913. Une rue porte son nom. Chevalier de la Légion d'honneur le 5 juillet 1919. Décédé le 23 août 1936.  
Henri MICHAUT - Frère d'Adrien. Né le 26 janvier 1857 à Baccarat. Ingénieur en chef aux Ponts et Chaussées. Sénateur de Meurthe-et-Moselle. Chevalier de la Légion d'honneur en 1894, puis Officier le 5 septembre 1933. Décédé le 18 décembre 1933 à Nancy.  
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Du cristal au Cristal de Baccarat

Quand le sable se transforme en cristal

  • Que ce soit pour le verre ou le cristal, la base est la même : de la silice, qui est un sable très pur. Ensuite, les autres composants varient.
  • Pour élaborer du cristal, il faut impérativement du plomb, dans les proportions suivantes : 3 parts de silice, 2 de plomb et 1 de potasse d'Alsace, plus quelques produits chimiques. Ce mélange est porté à 1450°, maintenu en fusion 36 heures pour une parfaite homogénéité, puis redescendu à 1200°.
  • Pour obtenir l'appellation de cristal, une quantité de 24% de plomb est exigée. Remarque : plus il y aura de plomb, plus le cristal sera pur.

Les spécificités du Cristal de Baccarat

  • Le Cristal de Baccarat contient 31,7% de plomb, soit un tiers de plus que le minimum requis. Deux raisons à cela : davantage de transparence et d'éclat, davantage de souplesse facilitant son travail.
  • « Cristal de Baccarat » est une marque déposée dès 1855. Le marquage actuel se fait au jet de sable sur chaque pièce.
  • Un des symboles de la cristallerie est le célèbre verre "Harcourt" réalisé pour Napoléon III, mais après s'être spécialisée dans les arts de la table la production s'est diversifiée.

Le musée

Lustre Zénith, pièce unique créée en 2003 pour le musée.
À l'origine d'une collection de cristal noir en 2005.

Le musée aménagé dans l'ancien château comporte trois pièces d'exposition avec vitrines de petits ou gros objets (verres, aiguillières, candélabres,...) ou grandes mises en scène telles un salon d'apparat avec table dressée. À l'aide de documents divers, il retrace le glorieux passé de la maison Baccarat et rend hommage à ses artistes.
La visite est complétée par une projection dévoilant le travail des verriers dans les halles non ouvertes à la visite.

La cristallerie actuelle

  • La cristallerie poursuit son prestigieux destin. La maison Baccarat a créé une filiale américaine. La production se tourne depuis peu vers la bijouterie. En 2005 est créée une collection de cristal noir. Lors du 250e anniversaire de la manufacture, en 2015, une exposition a eu lieu au Petit Palais à Paris. Différents actionnaires s'intéressent à la société, dont des Chinois ayant formulé une offre d'achat en 2017.
  • Les produits d'excellence ne se fabriquent pas au hasard et, en 2015, la cristallerie comptait dans son équipe 18 "Meilleurs Ouvriers de France".

Bibliographie

  • Fascicule Baccarat, la cour des cristalleries, une ville dans la ville, édité par la maison du Tourisme du pays Lunévillois.
  • Différentes fiches thématiques et historiques de l'office du tourisme

Voir aussi

Liens utiles

Notes et références

  1. Mentionné dans le Fascicule Baccarat, la cour des cristalleries, une ville dans la ville, édité par la maison du Tourisme du pays Lunévillois.
  2. Dates trouvées sur l'arbre généalogique de (fourbi) sur Geneanet


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