Charles Alphonse RENIER

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Charles-Alphonse-Léon RENIER, historien français, spécialiste d'épigraphie latine.

Né à Charleville (Ardennes), le 2 mai 1809, est mort à Paris le 11 juin 1885.

Membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, professeur au Collège de France, président honoraire du Comité des travaux historiques (section d'archéologie), conservateur-administrateur de la bibliothèque de l'Université, président de la section des sciences historiques et philologiques à l'Ecole pratique des Hautes études, membre honoraire de la Société des Antiquaires de France.

Après de bonnes études au collège de Reims, il allait être admis, à l'École normale supérieure, pour la section des sciences, avec l'espoir de devenir professeur de mathématiques, lorsque la révolution de Juillet (Trois Glorieuses) de 1830 éclata. Il avait été porté sur la liste de M. de Fraissynous pour entrer à l'école; le nouveau ministre dressa une nouvelle liste sur laquelle il ne figurait pas.

Loin de se laisser décourager par cet échec, Louis RENIER chercha sa voie d'un autre coté; deux ans plus tard, en 1832, il devint principal du collège communal de Nesles (Somme). Cette situation ne lui convenait guère; il l'abandonna pour se rendre à Senlis auprès de ses parents, et occupa ses loisirs en classant l'importante bibliothèque de cette ville. Bientôt il se décida a venir chercher fortune à Paris où, pendant les premiers temps de son séjour, il eut à lutter contre les difficultés de l'existence.

Il se consacra d'abord à l'enseignement privé. M. le professeur YANOSKI lui ouvrit le Journal de l'Instruction publique; puis, il entra en relations avec Philippe LE BAS, dont il devint le secrétaire et l'ami; cette liaison eut une influence décisive sur sa carrière. Sous la direction de ce savant, il collabora au Dictionnaire encyclopédique de la France, et pendant une mission que LE BAS accomplissait en Orient (1843-1845), il fut chargé de terminer ce grand ouvrage qui ne comprend pas moins de 44 vol. in-80. La maison Firmin Didot lui confia ensuite la direction de l'Encyclopédie moderne, dans laquelle il a publié de nombreux articles (1845-1851, 30, vol. in-8) : il faut signaler surtout l'article inscription, dont il fit faire un tirage à part; il y a esquissé l'histoire de l'épigraphie et démontré l'utilité de cette science. Dès cette époque, il s'était adonné à l'étude des inscriptions et des antiquités romaines. - En 1844, l'année même de la fondation de la Revue archéologique, il publia dans un des premiers numéros des Observations sur diverses inscriptions thessaliennes dont le texte avait été envoyé par Ph. LE BAS ; depuis, il ne cessa de collaborer a cette revue; pendant vingt-cinq ans, il y fut le champion incontesté de l'épigraphie romaine; les articles dont il a enrichi ce recueil sont très nombreux.

Nommé membre de la Société des Antiquaires de France en 1845, il déploya au sein de cette compagnie une grande activité, surveillant lui-même les publications et s'occupant de les améliorer. C'est à lui qu'on doit la fondation du Bulletin auquel pendant plusieurs années il a donné d'intéressantes notes épigraphiques. Dans les Annuaires de cette Société, outre de nombreuses communications sur les antiquités de la Gaule et de l'Afrique, il a publié la traduction française de la Géographie de Ptolémée, partie concernant la Gaule (1848), et un excellent et très utile travail sur les Itinéraires romains de la Gaule (1850). Dans les Mémoires, il a commenté les Inscriptions antiques recueillies par M. de LA MARE sur la route de Constantine à Lambèse (1850), et il a fait paraître ses Mélanges épigraphiques (1852) comprenant quatre dissertations importantes.

En 1845, il fonda la Revue de philologie, de littérature et d'histoire ancienne (1845-1847, 2 vol. in –8°) ; on y chercherait en vain un travail épigraphique signé de son nom, mais il y inséra trois articles critiques d'une grande valeur. C'est à cette période de sa vie (1850) qu'il faut rattacher les Notes sur Tite-Live, publiées à la suite du Tite-Live de la collection Nisard ; ces com­mentaires furent la première révélation qui ait été faite en France de l'admi­nistration et des magistratures romaines. Trois ans auparavant (1847), il avait fait paraître une petite édition de Théocrite.

Ses travaux sur l'épigraphie romaine le firent désigner à deux reprises pour remplir des missions archéologiques, en Algérie (1850 à 1854); ces missions sont restées célèbres. Les principaux résultats en sont consignés dans des Rapports au ministre publiés dans les Archives des missions scientifiques (1850, 1851, 1854). Au cours d'un de ces voyages, en 1852, il fonda, avec le général CREULLY et CHERBONNEAU, la Société archéologique de Constan­tine et donna ainsi une vigoureuse impulsion aux études archéologiques un Algérie. Chaque fois il revint d'Afrique avec une abondante récolte de documents épigraphiques. Il en entreprit la publication. Son grand recueil des Inscriptions romaines de l'Algérie (14 fasc.,4 1855 à 1858, in-4) comprend 4 417 textes presque tous inédits. Jusqu'à la fin de sa vie il conserva l'espoir d'éditer un second volume aussi considérable que le premier.

Nommé en 1853 membre du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, il fut désigné deux ans plus tard par ce comité pour réunir les éléments d'un Corpus des inscriptions romaines de la Gaule et, depuis cette époque, il ne cessa de rechercher et de classer les matériaux qu'on lui envoyait de tous côtés pour ce grand travail resté malheureusement à l'état d'ébauche. Il devint président de la section d'archéologie du Comité des tra­vaux historiques; la Revue des Sociétés savantes renferme de nombreux rapports de Léon RENIER. sur les communications envoyées au Comité par les corres­pondants provinciaux et en particulier sur les découvertes épigraphiques faites en territoire français. Pendant sa présidence il a publié le premier volume d'un Recueil de diplômes militaires (Impr. nat., 1876, in-40 de 248 p. et XXXVII planches) il serait très important de terminer cet ouvrage pour l'achèvement duquel L. R. doit avoir laissé toutes les notes nécessaires.

Le 12 décembre 1856, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lui ouvrit ses portes; il y remplaça Fortoul depuis 1858, les Comptes rendus de cette Académie contiennent presque chaque année des notes de L. R. sur l'épigraphie de la Gaule et de l'Afrique et sur toutes les questions qui touchent à l'histoire romaine. Son célèbre Mémoire sur les officiers qui assistèrent au conseil de guerre tenu par Titus avant de livrer l'assaut au temple de Jérusalem et son travail sur Velleius Paterculus ont paru dans les Mémoires de l'Académie, le premier en 1867, le second en 1875. Dans les différentes commissions dont il faisait partie, et surtout dans celle des Antiquités de la France, son influence s'est toujours fait sentir d'une manière utile et juste. La droiture de son jugement et la sûreté de son érudition lui donnaient une grande autorité.

Les honneurs ne ralentissaient pas son activité, car il collaborait un même temps au Bulletin de l'Institut de correspondance archéologique de Rome (1857, 1859, 1860), au Bulletin archéologique de l'Athenaeum français (1855-1856), à la Revue archéologique (1844 à 1875) et aux différentes publications des corps savants dont il faisait partie. En 1854, il faisait paraître ses Mélanges d'épigraphie, réunion de 44 dissertations modèles dans lesquelles sont éclaircis au moyen des inscriptions plusieurs points jusqu'alors obscurs de l'histoire et de l'administration romaines; les questions traitées dans ce livre sont présentées d'une manière méthodique et claire qui ne pouvait manquer d'être féconde. En 1855, il travaillait avec M. Edmond LEBLANT aujourd'hui membre de l'institut et directeur du l'école française de Rome à la révision et à la correction de toutes les inscriptions insérées dans le grand ouvrage de Perret sur les Catacombes de Rome. En 1858, il donnait au public une nouvelle édition de la Recherche des curiosités de la ville de Lyon, par Jacob Spon en y joignant des notes dont quelques-unes sont de véritables mémoires, par exemple celle qui est relative a C. Furius Sabinius Timesitheus, beau-père de Gordien III ; un supplément intitulé Inscriptions relatives à l'administration de la province renferme trois dissertations importantes sur les fonctionnaires de la Lyonnaise.


En 1860, après la mort de Bartolomeo BORGHESI, Napoléon III institua une commission chargée du publier, aux frais de la liste civile, les Œuvres du savant numismatiste et épigraphiste. L. R. fut l'âme de cette commission : il remit les manuscrits en ordre, rechercha et classa la correspondance si instructive de l'illustre Italien, revit et corrigea lui-même toutes les épreuves, travailla aux tables et enrichit surtout de précieuses notes les neuf volumes (l862 à 1885) de cette grande publication continuée aujourd'hui par les soins de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. En 1861, il fut envoyé à Rome par le chef de l'État, pour traiter, conjointement avec M. CORNU, de l'acquisition du Musée Campana; il contribua ainsi à un enrichissement considérable de nos musées. Il était chargé un même temps de négocier pour l'empereur l'acquisition des jardins Farnèse qui occupaient l'emplacement d'une partie du palais des Césars; il dirigea plus tard les fouilles qui furent faites sur ce terrain.

La même année, on créa pour lui une chaire d'épigraphie et d'antiquités romaines au Collège de France; c'est là que pendant vingt années avec une méthode et une clarté admirable, il exposa les règles et la doctrine de l'épigraphie romaine, science dont il fut en France le véritable initiateur. Trop difficile envers lui-même, il ne voulut jamais se décider à publier les leçons qui faisaient sa gloire, de peur de mêler quelques éléments faits aux précieux résultats de ses travaux.

Nommé en 1860 administrateur de la bibliothèque de l'Université à la place de Philippe LE BAS, il donna asile, en 1868, dans la vieille Sorbonne à la section des sciences historiques et philologiques de l'école des hautes études dont il devint le président; pendant l'année 1868-1869, il trouva le temps de prendre part à l'enseignement intérieur de l'école, dans une suite du conférences très intéressantes sur les lettres de Pline le Jeune. Un de ses derniers articles, Inscription inédite de Beyrouth, a été publié en 1878 dans le volume de Mélanges que l'école a dédié à M. Victor DURUY pour le dixième anniversaire de sa fondation.

Son dernier travail, Monument élevé à Grenoble en l'honneur de Claude II le Gothique, a paru en 1881, en tête du Bulletin épigraphique de la Gaule, fondation duquel il s'était particulièrement intéressé et auquel il voulait témoigner ainsi toute sa bienveillance. Tous ceux d'ailleurs qui se sont occupés d'épigraphie romaine, savent qu'on ne s'adressait jamais en vain à L.R. Il était heureux de faire profiter ses élèves et ses amis de ses observations et des notes qu'il avait recueillies. On trouvait toujours auprès du lui un accueil cordial et d'affectueux conseils.

Léon RENIER s'est éteint à la Sorbonne prés de sa chère école, au milieu même de ses occupations d'administrateur de la bibliothèque de l'Université qui n'avaient, pour ainsi dire, pas été interrompues. Il avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1853, officier, en 1862, commandeur en 1870.

  • Source : Ant. HERON DE VILLEFOSSE.