Cathédrale Saint-Étienne de Metz

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Vue d'ensemble coté sud (Place d'Armes) Photo B.ohland

Son histoire

Grand portail, tourelle de l'horloge, portail de la Vierge Photo M. POLLET

La cathédrale que nous connaissons actuellement est la troisième version d'une série de plusieurs édifices bâtis au même endroit :

  • Déjà au Ve siècle, après le pillage des Huns « le siège épiscopal fut transféré à l'intérieur de la ville, à l'oratoire Saint-Étienne »[1]. Il fut reconstruit en 570 par l'évêque Villicus, sous la forme d'une cathédrale romane, « ensuite décorée et embellie par le célèbre évêque Saint Chrodegand (742-766) »[1].
  • À la fin du Xe siècle, l'évêque Thierry Ier décida de la détruire pour la remplacer par une plus grande, gothique, qui fut terminée sous le règne de son successeur Thierry II. Elle jouxtait alors une église dédiée à la Vierge, datant du VIIIe siècle et devenue collégiale sous le vocable de Notre-Dame-la-Ronde.
  • Deux siècles plus tard, une reconstruction voit le jour, une grande nef, tout en conservant le chœur du deuxième édifice. Cette troisième et dernière cathédrale est particulière car elle englobe sous une même voûte l'édifice précédent et l'église Notre-Dame-la-Ronde. La nef est terminée au XIVe siècle. Les travaux de cette époque sont dirigés par l'architecte Pierre Perrat (qui a également contribué aux cathédrales de Toul et Verdun). Décédé en 1400, il est enterré dans la cathédrale.
  • L'inauguration de Saint-Étienne s'est déroulée le 11 avril 1522.
  • Au XVIIIe siècle le gouverneur des Trois Évêchés décide de quelques remaniements : il fait démolir le cloître et les petites églises attenantes, mais fait aussi construire le Grand Portail.
  • En 1877 la cathédrale est victime d'un incendie dû à un feu d'artifice : charpente et toiture sont refaites dans les années qui suivent. À cette époque le Grand Portail est détruit par les Allemands : il sera refait par Tornow, dans un style néo-gothique « d'inspiration bourguignonne »[2].


Architecture, plan et chiffres

Plan légendé

Malgré les différentes étapes de sa construction, l'édifice a gardé une certaine homogénéité.

  • Élevée en pierre de Jaumont, cette grande cathédrale adopte un plan en croix latine.
Le premier tiers du volume de la nef correspond à l'ancienne église Notre-Dame-la-Ronde.
La nef à trois vaisseaux comporte en tout huit travées avec des bas-côtés simples. S'ajoutent un transept saillant dont les voûtes culminent à 13 mètres de haut, un chœur à une travée, un déambulatoire entouré de trois chapelles, petites faute de place. Au Sud, se logent deux autres chapelles, dédiées à Notre-Dame et au Saint-Sacrement.
  • Les deux tours de la Mutte et du Chapitre, du XIIIe siècle, se situent au niveau de la quatrième travée. L'abside est flanquée de deux autre tours, d'inspiration rhénane : tourelles de Charlemagne et de la Boule d'Or. À l'angle sud de la façade s'élève une cinquième tourelle, celle de l'horloge.
  • La toiture en cuivre, posée sur un lattis de chêne à la fin du XIXe siècle a du être reconstituée après la tempête de 1955. À son fait, un "Ange à la trompette" de 2,50 mètres de haut se tourne vers le Levant.
  • La cathédrale Saint-Étienne est classée aux M.H depuis 1930[3].

Quelques dimensions, dans œuvre :
- édifice total : longueur 123 mètres, largeur 30 mètres
- nef : longueur 76 mètres, largeur 15,44 mètres
- transept : longueur 50 mètres, largeur 19,10 mètres
- chœur : longueur 34 mètres, largeur 30,80 mètres

Quelques éléments extérieurs

  • La façade occidentale : le fronton d'origine, médiéval, a été remplacé par un autre plus moderne, achevé à, la fin du XIXe siècle. Son point "phare" est la grande horloge de 3,50 mètres de diamètre. Le portique d'origine de Blondel (conçu entre 1764 et 1766) a été remplacé par le modèle actuel dit "du Christ-Roi", conçu au début du XXe siècle par l'architecte P. Tornow et le sculpteur A. Dujardin. Le tympan représente le jugement dernier.
  • Le portail de la Vierge : édifié en 1255, c'est celui de Notre-Dame-la-Ronde et il constituait au départ l'entrée principale. Après mutilation, puis dégagement, il a été reconstruit et inauguré en 1885. le tympan a subi diverses restaurations : « les deux premiers registres ne forment qu'un seul récit »[4] et évoquent le soutien des apôtres auprès de la Vierge. Dans l'arc supérieur, A. Dujardin a sculpté le couronnement de la Vierge.
  • La tour de la Mutte (90 m de haut) : c'est déjà en 1381 qu'aurait été installée dans la tour la "Ban cloche"[5] appelée "Mutte" (du verbe "ameuter"). Après l'incendie de 1468, Hannes de Ranconval bâtit le dernier étage et élèvent les flèches. Deux plateformes permettaient à des guetteurs de surveiller les alentours. Le clocher comporte trois cloches : la Mutte, fondue plusieurs fois et pesant 11 000 kg, le Tocsin, et Mademoiselle de Turmel.
  • La tour du Chapitre : c'est le pendant de celle de la Mutte, mais moins haute. En bois à l'origine, elle a été reconstruite en dur dans les années 1840. Elle comporte six cloches.


L'intérieur

  • La voûte s'élève jusqu'à 42 mètres au-dessus de la nef et classe la cathédrale parmi les plus hauts vaisseaux de France, en deuxième position derrière celui d'Amiens, alors que les bas-côtés dépassent à peine les 13 m.
Les bâtisseurs se sont inspirés de l'École champenoise et de leur fer de lance : la cathédrale de Reims. Cela se remarque dans le positionnement des piles, la courbure prononcée des arcs, le déambulatoire ou le triforium. Mais alors que celui de Reims est aveugle, le triforium élancé de Saint-Étienne est à claire-voie. Quant à l'espace entre les fenêtres de la nef et le triforium, il est décoré de draperies sculptées longeant une frise de feuillages.
Orgue en nid d'hirondelle
Photo A. Ohland
  • Deux orgues sont présents : de style Renaissance un petit est suspendu "en nid d'hirondelle" à l'angle de la nef et du transept sud, à la hauteur du triforium. Réalisé en 1537 par Jehan von Prumsfeldt de Trèves (et le buffet par Jehan de Verdun), il a disparu en 1804 et seul le gueulard (voir paragraphe sur la salle du Trésor) et un volet ont pu être préservés. Marc Garnier l'a reconstruit en 1979 en respectant minutieusement la facture d'origine, et il est classé au titre des objets historique[6]. Le second, moderne, est placé au sol dans le transept sud.
  • La cuve baptismale : en porphyre et de grande dimension, certains croient y voir une authentique baignoire romaine. D'autres supposent qu'il s'agit d'un tombeau de Carolingien, car elle a été retrouvée dans les ruines du sud de Metz après le siège de 1552.
  • Le retable de sainte Claire : œuvre de Caspar Weis (1849-1930), il représente Clément, premier évêque de Metz, accompagné de saint François et sainte Claire. Il est situé dans le déambulatoire.
  • Les stalles : elles succèdent aux premières, datant du XVIIIe siècle et provenant de l'abbaye cistercienne d'Himmerod. Celles-ci ont été sculptées vers 1913 par l'ébéniste colmarien Théophile Klem et installées une dizaine d'années plus tard.


Quelques éléments du mobilier


Les vitraux

Verrière occidentale de la grande rose
Photo B.ohland

La surface vitrée représente 6 500 mètres carrés et les verrières gothiques font partie des plus grandes d'Europe, ce qui a amené à surnommer la cathédrale « lanterne de Dieu ». C'est en même temps « l'édifice religieux médiéval le plus vitré du monde »[7].

  • La vitrerie du XIIIe siècle encore en état est celle de la chapelle d'origine Notre-Dame-la-Ronde.
  • La verrière de la grande rose a été réalisée par Hermann de Münster (en Westphalie) à partir de 1381. Au-dessus de la rose composée d'une étoile à huit pointes, se remarquent le Christ en croix, la Vierge et saint Jean. Au-dessous se côtoient apôtres ou prophètes. Le registre inférieur a été enlevé en 1764 quand Blondel a installé le grand portail occidental.
  • Les verrières du transept d'une surface d'environ 540 m2 chacune font partie des plus imposantes réalisées au Moyen-Âge et présentent une composition similaire. Celle du bras nord, installée en 1504, est l'œuvre conjointe de Thomas de Clinchamp et de Thiébaut de Lixheim. Celle du bras sud est dûe au strasbourgeois Valentin Bousch, ayant déjà œuvré à Saint-Nicolas-de-Port et missionné ici dès 1518. Ces deux verrières ont été restaurées au début du XXe siècle par un atelier de Fribourg. Au moment de la guerre 39-45, les grandes verrières ont été mises à l'abri dans l'abbaye Saint-Martin, à Ligugé.
  • Les fenêtres du chœur, datées de 1521 à 1539 correspondent à des dons des ducs de Lorraine.
  • Les verrières de la chapelle du Saint-Sacrement, offertes dans les années 1850 par Laurent-Charles Maréchal, restaurateur de la verrière Valentin Bousch ont été remplacées en 1957 par une création moderne de Jacques Villon.
  • Les compositions abstraites de Roger Bissière, au niveau des deux tours, sont de véritables puzzles de 422 pièces par mètre carré, réalisées en 1960. Côté Mutte, des teintes chaudes ; coté chapitre, des teintes froides.
  • Les vitraux de Marc Chagall, à différents endroits, s'étalent sur plusieurs années : autour de 1960 pour "La création" (transept nord), 1961 à 1965 pour ceux relatant la tragédie de l'exode à la Shoah (déambulatoire nord), et plus tard, "le grand bouquet" (triforium ouest) et "le petit bouquet" (triforium est).


La crypte

Salle du fond

La crypte présente divers objets cultuels, des statues ou éléments issus de fouilles, des maquettes de Saint-Etienne mais aussi d'autres cathédrales, des plans de l'ancienne cité, plans ou coupes de l'édifice et des panneaux explicatifs, la clé du grand portail de 1784, et, accroché au plafond, le "graoully" (voir la page consacrée à la ville).
Sont également mis en valeurs :
- un autel carolingien, en marbre, datant du IXe siècle, découvert dans la tour Charlemagne suite à l'incendie de 1877.
- un fragment du portail de la Vierge : du XIIIe siècle, il s'agit du portail d'origine, muré lors des travaux de Blondel (arcades) et dégagé à la fin du XIXe siècle lors de la démolition de ces arcades.
- une mise au tombeau, du XVIe siècle, originaire de Xivry-Circourt et amenée ici en 1841. L'œuvre a été restaurée au début du XXe siècle.

La salle du Trésor

Divers objets cultuels y sont présentés : ciboires, crosses d'évêques ou ostensoirs, mais aussi :
- l'anneau épiscopal de saint Arnoul, probablement du VIIe siècle, constitué d'une cornaline sertie d'or
- une belle chape en soie pourpre, peut-être tissée au XIIe siècle, qui aurait appartenu à Charlemagne
- un reliquaire en émail limousin, également du XIIe siècle, et contenant selon la tradition, les reliques de l'évêque Chrodegand (épiscopat de 742 à 766).
- le "Gueulard", tête en bois sculpté du XVe siècle, provenant du premier orgue : il avait une mâchoire articulée qui s'ouvrait en même temps que les notes les plus graves de l'instrument. Ainsi, en "gueulant", il réveillait l'assistance assoupie...
(Les photos n'y sont pas autorisées).

Évêques de Metz aux XVIIIe et XIXe siècles

Depuis saint Clément, arrivé à Divodorum dans les années 280 et ayant exercé son épiscopat environ 25 ans, jusqu'à Monseigneur Jean-Christophe Lagleize, évêque depuis 2013, Metz aura connu 103 évêques.
Voici ceux des XVIIIe et XIXe siècles.

Prénom(s) NOM Période Observations
Henri-Charles DU CAMBOUST
duc de Coislin
1697 - 1732 Né à Paris le 15/09/1665. Décédé à Paris le 28/11/1732. Ordonné en 1694. Nommé premier aumônier du Roi en 1710. Condamné en 1714 pour avoir contesté la Bulle Unigenitus. Il est à l'origine de la construction de la caserne Coislin à Metz.  
Claude-Charles DE ROUVRAY DE SAINT-SIMON 1733 - 1760 Né à Paris le 20/09/1695. Décédé à Metz le 29/02/1760. Ordonné en 1726. Auparavant, évêque-comte de Noyon. Il œuvre pour la construction du grand séminaire.  
Louis-Joseph DE MONTMORENCY-LAVAL 1760 - 1791 Né à Bayers le 11/02/1724. Décédé à Altona le 17/06/1808. Auparavant évêque d'Orléans et de Condom. Grand aumônier de France en 1786. Nommé cardinal en 1789. Opposé à la constitution civile du clergé, il est obligé de démissionner et de s'exiler.  
Nicolas FRANCIN 1791 - 1802 Évêque constitutionnel, élu évêque de la Moselle en 1791, il doit aussi démissionner à la signature du Concordat.  
Pierre-François BIENAYMÉ 1802 - Né à Montbard le 26/10/1737. Décédé à Metz le 6/02/1806. Nommé suite à la démission des deux précédents.  
Gaspard-André JAUFFRET 1806 - 1823 Né à La Roquebrussanne le 13/12/1759. Décédé à Paris le 12/05/1823. C'est Napoléon Ier qui le nomme évêque, puis, en 1811, archevêque d'Aix-en-Provence. Il est alors remplacé, puis revient à Metz à la Restauration  
Claude-Ignace LAURENT 1811 - 1815 Il remplace le précédent devenu archevêque d'Aix-en-provence. Mais sa nomination n'est pas reconnue par le Pape.  
Jacques François BESSON 1824 - 1842 Né à Anglefort le 12/09/1756. Décédé à Metz le 23/07/1842. En 1817, il est nommé évêque de Marseille mais refuse le poste. Il est nommé à Metz en 1824.  
Paul DUPONT DES LOGES 1843 - 1886 Né à Rennes le 11/11/1804. Décédé à Metz le 18/08/1886. Ordonné en 1828. Auparavant, chanoine de la cathédrale de Rennes, puis vicaire général. Des rues lui sont dédiées à Metz, Nancy, Longwy et Paris  
François Louis FLECK - À partir de cette date, se reporter à la page Diocèse de Metz.  
- -  

(Source : Liste des évêques de Metz)

Bibliographie

  • René Bour, Histoire de Metz, Metz, Éditions Serpenoise, 2007, 300 pages, ISBN 978-2-87692-728-5
  • François-Michel Chabert, Metz ancien et moderne, collection "Monographies des villes et villages de France", Paris, Le Livre d'histoire-Lorisse éditeur, 2012, 192 pages, ISBN 978-2-7586-0634-5
  • Xavier Delestre, Saint-Pierre-aux-Nonnains, collection "Guides archéologiques de la France", Paris, Imprimerie nationale Éditions, 1992, 63 pages, ISBN 2-11-081268-0
  • Pierre-Édouard Wagner (Conservateur en chef du patrimoine), Cathédrale Saint-Étienne, Metz, Paris, Éditions du Patrimoine, 2013, 80 pages, ISBN 978-2-7577-0262-8

Voir aussi

Liens utiles

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Page 102, in René Bour, Histoire de Metz, Metz, Éditions Serpenoise, 2007, 300 pages, ISBN 978-2-87692-728-5
  2. Page 104, in René Bour, Histoire de Metz, Metz, Éditions Serpenoise, 2007, 300 pages, ISBN 978-2-87692-728-5
  3. Base Mérimée
  4. Page 33, in Pierre-Édouard Wagner (Conservateur en chef du patrimoine), Cathédrale Saint-Étienne, Metz, Paris, Éditions du Patrimoine, 2013, 80 pages, ISBN 978-2-7577-0262-8
  5. Cloche municipale
  6. Base Palissy
  7. Page 53, in Pierre-Édouard Wagner (Conservateur en chef du patrimoine), Cathédrale Saint-Étienne, Metz, Paris, Éditions du Patrimoine, 2013, 80 pages, ISBN 978-2-7577-0262-8

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