Aimé VAYSSIER

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Aimé VAYSSIER naquit à Canet d'Olt, dans le canton de Campagnac, commune de St Laurent d'Olt, le 14 avril 1821. Ses parents J. Jacques VAYSSIER et Eléonore VAQUIER de Labaume étaient de simples agriculteurs ; l'un de ses oncles était l'Abbé VAQUIER de Labaume, alors curé d'Anglars de Laissac.

Il fit ses études secondaires au Petit Séminaire de Saint-Pierre-sous-Rodez qui venait de se fonder en 1835. Il y manifesta déjà un esprit d'opiniâtreté dans le travail et de telles vives qualités d'esprit qu'on l'avait surnommé "Bossuet". Il poursuivit ses études au Grand Séminaire de Rodez et fut ordonné prêtre en 1847.

Il débuta la carrière professorale à Saint Pierre même où il exerça de 1847 à 1850. Mais son amour pour les Lettres était si violent en lui qu'il quitta l'Aveyron, partit à Paris suivre l'enseignement de la célèbre Ecole des Carmes. Il obtint alors ses grades académiques devenant successivement bachelier, puis licencié-ès-lettres. Revenu en Rouergue en 1852, il retrouva sa chaire de professeur au Petit Séminaire de St-Pierre-sous-Rodez, dans les hautes classes, celle de rhétorique en particulier, et de plus animant des classes de chant et de théâtre.

Durant ses premières années de sacerdoce, il s'était adonné avec zèle et talent à la prédication, surtout dans les églises de Rodez. On reconnaissait en cet orateur un riche fonds d'idées, un langage pur, noble et d'une correction parfaite, tout cela servi par une voix puissante et sonore. Il était devenu aussi quelque peu publiciste, présentant des articles de correction et de sobriété dans les rares journaux locaux de l'époque.

Après 12 années passées à Saint-Pierre, l'évêque de Rodez, Mgr DELALLE, le nomma, à la rentrée scolaire de 1864, supérieur du Petit Séminaire de Belmont, à la succession de M. PLEGAT. Il devait y poursuivre sa mission jusqu'en 1874, date de sa mort subite chez un de ses amis prêtres, à Recoules-Prévinquières, où il était en visite. C'était le 27 août 1874 (il y a juste 121 ans). Il n'avait que 53 ans. Il léguait au Petit Séminaire divers immeubles à Belmont, sa belle et riche bibliothèque, quelques meubles, une voiture et un harmonium.

Une plaque commémorative, apposée sur l'église de Canet d'Olt par les soins du Grelh Roergas, rappelle son souvenir.

Que dire de son passage dans ce Petit Séminaire de Belmont, sinon qu'il s'y révéla un supérieur émérite et moderne.

Pour mettre à l'aise les élèves, il modifia la tenue réglementaire d'alors qui exigeait le chapeau haut de forme et la redingote, ne maintenant que la seule redingote, mais par contre les coiffant de la casquette noire à palmes brodées.

En ce qui touche l'enseignement proprement dit, il établira l'usage de 2 séances académiques annuelles dénommées "Athénées" dès 1867, une entre l'Epiphanie et le Carême, l'autre en juin - ceci pour stimuler le zèle de ses élèves. En effet, toutes les classes sans exception étaient représentées dans ces séances et donnaient, au choix, différentes communications : vers latins, discours en français ou en latin, lettres, thèmes ou versions latines ou grecques.

L'Abbé VAYSSIER y ajoutait encore l'intérêt de présenter un dialogue débité - genre joute oratoire - "C'est une chose, écrivait-il, qui intéresse le plus les auditeurs et qui sert le plus à former les élèves au débit et à la tenue. On prépare ainsi des orateurs pour la chaire, le barreau et même la politique."

Ainsi l'Abbé VAYSSIER instaurait des modalités d'enseignement qui allaient perdurer et qui s'avérèrent efficaces, au point de voir les anciens élèves de Belmont au temps de l'Abbé VAYSSIER, arriver par la suite à une réussite sociable enviable. Le Petit Séminaire de Belmont comptait déjà, avant l'arrivée du cher Abbé, des anciens élèves célèbres : Mgr Denys AFFRE, l'archevêque martyr de Paris ; Mgr ALIES, professeur puis précepteur des enfants de la Maison d'Orléans. Les anciens de l'Abbé VAYSSIER auront été : le millavois Abbé TRUEL, professeur de grec à l'Institut des Hautes Etudes, devenu vicaire général de Rodez ; l'archéologue bien connu l'Abbé Frédéric HERMET, comme aussi le botaniste chanoine COSTES ; des missionnaires comme Mgr RAMOND, évêque du Haut Tonkin, et Mgr CADILHAC, archevêque de Tokio ; en Chine Mgr BRUGUIERE, vicaire apostolique, et le Père Placide PARGUEL. Des écrivains aussi comme l'orientaliste Justin SAUVEPLANE, l'exégète Fulcran VIGOUROUX, l'historien Denis TEISSIER et l'archiprêtre gardois de Nîmes Mgr MICHEL.

Les méthodes d'enseignement de l'Abbé VAYSSIER bénéficièrent de ses soins constants. Pour ce faire, il rédigea à l'intention de ses élèves plusieurs brochures d'un grand intérêt.

Ainsi parurent :

- Le cours élémentaire de style et de composition - Le cours élémentaire de poétique, en 1855, alors qu'il était professeur à Saint-Pierre. Dans ce but, après avoir recueilli ce qui avait été déjà écrit sur ce sujet, il le revêtit d'une forme nouvelle, simple et appropriée à l'usage des élèves, disposée avec ordre et méthode, et enrichie d'un bon choix d'exemples pour l'application des règles.

- En 1863, parut un "Nouvel essai de Rhétorique". Il marquait un progrès sur le précédent déjà paru : plus clair dans les principes, il traitait mieux le programme d'alors du Baccalauréat et, s'adressant plus particulièrement à de petits séminaristes - futurs prêtres - il insistait sur l'éloquence de la chaire.

- Il préparait une étude sur les "Conciones", un livre classique latin, en édition nouvelle revue et expurgée qu'il rédigea, dotée de notes et de commentaires, pour "la Société de l'Alliance des Maisons chrétiennes" dont il était membre en 1874, mais cette étude ne fut pas éditée.

Toutes ces publications témoignent de l'ardeur au travail, de la compétence et du souci pédagogique que l'Abbé VAYSSIER montra au cours de son ministère de professeur. Il eut jusqu'à 174 élèves dans son établissement. Mais il ne faut pas oublier qu'il aura été, en bon aveyronnais, le premier philologue à s'intéresser à notre langue "mairale", tâche qu'il accomplit de longue haleine, parallèlement à sa carrière d'enseignant. Et ce n'est pourtant pas l'œuvre bénéfique accomplie par lui au Petit Séminaire de Belmont qui a fait connaître largement le nom de l'Abbé VAYSSIER. C'est à n'en pas douter son "dictionnaire patois-français du département de l'Aveyron", paru en 1879, sur lequel va maintenant se porter notre propos.

Quelques oreilles d'aujourd'hui, actuellement bien habituées au terme "d'occitan", pourraient peut-être être choquées qu'au cours de cette communication le mot "patois" qu'employa VAYSSIER soit constamment maintenu. Il ne faut pas oublier que notre langue d'oc, à cette époque et encore pendant la première moitié du XXème siècle, était désignée par ce vocable et que même aujourd'hui des personnes âgées, nées à la campagne, continuent à l'employer dans la pratique, l'utilisant sous la forme parfois abâtardie qui constitue alors, un vrai patois.

LE DICTIONNAIRE PATOIS-FRANCAIS du Département de l'Aveyron

1) La Genèse

C'est au cours de sa séance du 2 juillet 1863 que notre Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron prenait connaissance d'une lettre de l'Abbé VAYSSIER. Elle débutait en ces termes : "Une question du programme archéologique ayant attiré mon attention sur l'idiome patois de notre Rouergue, j'ai vu avec regret que les travaux faits jusqu'ici sur ce dialecte sont peu considérables : ainsi nous n'avons point de dictionnaire, tandis que plusieurs provinces ou départements de la région du patois en ont, et même de très savants. Cette situation des choses - ajoutait-il - m'a suggéré l'idée de proposer à la Société des Lettres de l'Aveyron la composition d'un dictionnaire du patois-rouergat".

L'Abbé VAYSSIER faisait ensuite connaître qu'il avait déjà travaillé sur ce sujet en s'appuyant sur quelques travaux épars, du chef de MMrs DUVAL et CLEMENT et sur ceux déjà réalisés par lui-même en ce qui concernait les étymologies grecques et latines de notre patois.

Il proposait donc à la Société d'exécuter pareille œuvre. D'ailleurs, il ajoutait : " Peut-être suis-je dans une position assez commode pour obtenir par le moyen de quelques uns de mes collègues dans l'enseignement et des élèves que j'ai formés depuis 16 ans, des renseignements précieux sur les variantes ou les sous-dialectes de notre patois."

Il adressait aussi un appel à tous ceux que cette initiative pouvait intéresser, demandant de lui faire parvenir tous matériaux écrits en cette langue, qu'ils aient été imprimés ou qu'ils soient manuscrits, ou même de simples listes de mots se référant à un thème, par exemple aux plantes.

Enfin, il demandait, pour l'aider, la formation d'une commission qui grouperait quelques membres familiarisés avec cet idiome, par exemple : Mr Adrien de SEGURET, l'Abbé CERES, MMs VALADIER, VESY et VIALLET, "Commission - disait-il - qui pourrait m'être d'un grand secours".

Quel accueil reçut cette offre dans le sein de la Société des Lettres ?

Si les membres engagèrent l'Abbé VAYSSIER à poursuivre "son œuvre de patiente érudition, sûrs qu'ils se disaient de lui savoir acquis " un large concours ou du moins la sympathie des aveyronnais et des amis des Lettres", nous lisons dans le compte rendu officiel de cette séance, par contre, quelques propos assez mitigés, comme ceux-ci "Le dictionnaire de M. l'Abbé VAYSSIER ne fera pas vivre le patois un jour de plus. Cet idiome se transforme rapidement là où il résiste à l'invasion du français. Chaque jour voit tomber dans un oubli éternel quelques uns de ces vieux mots patois qui sont conservés dans des localités isolées".

La suite de la lettre, après cette perspective d'avenir peu engageante, avouait néanmoins : "Mais si ce dictionnaire doit être sans efficacité pour faire durer un idiome qui a pourtant des qualités essentielles que le français lui envie, il assurera du moins la conservation des mots dont l'ensemble constitue un langage qui a été pendant longtemps exclusivement en usage dans cette province et a été employé durant plusieurs siècles pour la rédaction des actes privés et publics".

Cependant, la Société des Lettres, n'ignorant pas que ce patois avait été aussi le langage des "affaires" chez nous, au cours des siècles passés, concluait, parlant de l'Abbé VAYSSIER. "Son œuvre sera un jour ou l'autre indispensable pour l'interprétation de titres et de documents intéressant des particuliers, des communes, des établissements publics.

Se référant prudemment à ses Statuts, la Société des Lettres constatait (je cite) : "que la rédaction d'un "Dictionnaire patois" rentrait dans le cadre des travaux entrepris par elle dès sa fondation", faisant ainsi espérer au cher et érudit abbé (je cite encore) "qu'elle adopterait son travail et lui donnerait une place dans la série des publications".

Encouragé, malgré quelques réserves de détail, l'Abbé VAYSSIER mit en ordre son dictionnaire, peut-on dire ; il avait déjà, lors de son passage au Petit Séminaire de Saint-Pierre et au cours de déjà 10 années passées à celui de Belmont, fait une large moisson de documents ; ce qui permit, lors d'une séance de la Société des Lettres du 30 novembre 1873 d'entendre au nom de la Commission constitutée, le Rapport de M. VALADIER exprimé en ces termes : "Comme elle s'y attendait, connaissant l'esprit pratique, laborieux et consciencieux de notre honorable collègue, notre commission a trouvé cette œuvre aussi parfaite qu'elle pouvait l'être eu égard aux difficultés qu'il a fallu surmonter et à la minutieuse attention qu'il a fallu apporter à sa composition". Et, continuant, le Rapport donnait la liste des 11 chapitres sous lesquels l'œuvre se présentait, munie en outre d'une préface explicative, parlant plutôt d'une sorte de glossaire que d'un dictionnaire, et le tout constituant l'introduction au dictionnaire proprement dit. Le rapport était donc très favorable.!

Mais comme souvent en pareil cas, celui qui prend l'initiative, en assure la charge et devrait en recueillir les mérites, se voit au contraire l'objet de réflexions désobligeantes, quand ce n'est pas de critiques plus ou moins justifiées.


C'est ainsi que la séance de la Société des Lettres du 15 mars 1874 fut mise au courant d'une lettre émanant de M. DURAND de GROS, faisant connaître ses observations au sujet de la décision prise de faire paraître ce fameux dictionnaire, posant la question de savoir s'il était à la hauteur de la science actuelle - la philologie locale - très avancée et très rigoureuse étudiée par le savant allemand DIEZ, de savoir aussi si les membres de la Commission avaient consulté de tels savants au préalable. Parlant ensuite de l'orthographe qui serait peut-être adoptée - la phonétique - il protestait vigoureusement par ces mots : "L'orthographe du patois doit procéder de l'orthographe romane, en procéder directement et exclusivement".

Ainsi, DURAND de GROS était un précurseur de la graphie occitane normalisée largement employée aujourd'hui mais il ne fut pas suivi en la circonstance.

Cependant, la Commission désignée allait vite en besogne. Le 2 juillet 1874, M. VALADIER faisait remettre un nouveau rapport sur le projet d'impression du dictionnaire. Interrogée sur les voies et moyens de l'éventuelle impression ainsi que sur le nombre d'exemplaires à tirer et sur leur prix de vente, la Commission donnait toutes indications techniques concernant le format, la mise en page sur deux colonnes et le choix des caractères. La prévision donnait le volume à 700 pages, livré à 7 Frs pour un tirage de base de 1000 exemplaires. Une souscription serait alors ouverte avec une faveur de prix d'achat à 6 Frs au lieu de 7 Frs.

Une Commisison spéciale fut nommée pour suivre les opérations, qui comprenait MMrs AFFRE, VESY, VALADIER, CERES, NUSBAUMER et VIRENQUE.

Hélas, le 27 août 1874, en visite chez son ami l'abbé ALENGRIN, curé de Recoules, l'abbé VAYSSIER y décédait subitement au presbytère. Dans la séance du 20 septembre suivant, la Société des Lettres, en annonçant le décès de l'abbé VAYSSIER, lui rendait hommage ainsi :

"Il s'occupait depuis plusieurs années d'un dictionnaire patois - véritable œuvre de bénédictin - qu'il laisse à peu près achevé et que mèneront dans tous les cas à bonne fin les collaborateurs qu'il avait choisis parmi les membres de la Société".

Aussi, dès le 28 Novembre 1874, le cahier des charges ayant été communiqué, l'assemblée de la Société des Lettres décidait que l'ouvrage serait publié par souscription au nombre de 600 exemplaires. Dès le prix fixé connu, la souscription serait lancée par circulaire, avec un temps limite de 6 mois pour un prix de faveur ouvert à ceux qui auraient fait connaître leur adhésion.

Quelques mois après, le 2 juillet 1875, l'abbé MATET, nouveau supérieur du Petit Séminaire de Belmont, mettait à la disposition de la Société des Lettres le brouillon et une copie du dictionnaire que l'abbé VAYSSIER avait déposés à la Bibliothèque de l'établissement.

Entretemps, le 18 avril 1875, l'impression du dictionnaire avait été adjugée à Madame Veuve CARRERE, imprimeur à Rodez, au prix de 75 Frs 95 c. la feuille. D'autre part, la Commission responsable était d'avis que l'ouvrage de M. VAYSSIER soit précédé de la biographie de son auteur, la Société des Lettres confiait cette mission à M. l'abbé TRUEL.

Le 2 décembre 1875, vu le nombre relativement élevé des souscripteurs, le tirage du dictionnaire prévu pour 600 exemplaires était porté à 800, soit à 94 Frs la feuille. A cette même séance, l'abbé TRUEL déposait le manuscrit de la biographie de l'abbé VAYSSIER qui lui avait été demandée.

Il fallut cependant attendre mai 1879 pour voir paraître le premier exemplaire du dictionnaire et les souscripteurs étaient invités à retirer le leur.

Lors d'un récent Congrès à la Sorbonne, le délégué de la Société des Lettres de Rodez qui avait été désigné parmi les membres en la personne du capitaine BORDIER, chevalier de la Légion d'Honneur, capitaine au 81ème RI cantonné à Rodez, avait appelé l'attention du Ministre sur le dictionnaire de l'abbé VAYSSIER récemment publié.

Le 6 juin 1879, le Ministre accusait réception des 2 exemplaires qui lui avaient été adressés. Heureuse aubaine, le 7 juillet de la même année le Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts faisait bénéficier l'impression du dictionnaire d'une subvention de 400 Frs Cette intervention du capitaine BORDIER avait porté ses fruits.

Le dictionnaire patois-français du département de l'Aveyron par l'abbé Aimé VAYSSIER se trouvait ainsi désormais livré au grand public.

Jean-Jacques Aimé Gilles