AUGAGNEUR Victor

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Prologue

L'ambition légitime de nombre d'hommes politiques est de décrocher un jour un "maroquin". C'est ce qui arriva en cette année 1911 à ce Lyonnais,"professeur de médecine franc-maçon", qui s'était fait "remarquer par ses capacités de gestion et son travail parlementaire". Auparavant, Jean-Victor Augagneur avait déjà à son actif une belle carrière.


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Biographie

Il était né à Lyon, le 16 mai 1855, d'une famille bien ancrée dans la bourgeoisie catholique. S'il fit des études au séminaire de Semur-en-Brionnais, il opta ensuite pour la filière médicale où il gravit les échelons : interne des hôpitaux en 1875, il fut reçu docteur en 1879. Chef de clinique chirurgicale à la faculté de médecine de Lyon en 1881, il fut nommé chirurgien à l'hôpital de l'Antiquaille avant de décrocher l'agrégation en 1886 et de devenir professeur titulaire de pathologie chirurgicale en 1894. Mais à cette date, il y avait déjà quelques années que la chose publique l'avait accaparé. Augagneur le devait à son milieu professionnel. Il faut dire que si la Ière République était réputée pour être celle des avocats, à Lyon l'exercice municipal revenait plutôt, en ce XIXe siècle, au monde médical : après Jean-François Terme et Jacques Hénon, c'est en effet, dès 1881, le "pipa Gailleton", comme le surnommaient gentiment les lyonnais, qui avait accédé à la mairie. Or ce chirurgien-chef de l'Antiquaille n'avait pas manqué de remarquer à ses côtés cet homme dont l'énergie se couplait avec le physique. "Un grand diable avec redingote noire qui lui donne l'aspect d'un jésuite de robe courte. Sans distinction, if tient du boucher de barrière avec des affures de toucheur de bœuf". Tel était le délicat portrait que traçait de Victor Augagneur le satirique journal Guignol alors que notre homme, élu conseiller municipal sur la liste de Gailleton en 1888, venait, deux ans plus tard, d'être élevé au rang d'adjoint. Une position qui l'encouragea à persévérer, malgré le temps qu'il consacrait à ses travaux, dans le cadre de ses activités professionnelles, qui le posaient en spécialiste d'une maladie, fléau de l'époque : la syphilis. Sa thèse de doctorat, en 1879, avait pour sujet "La syphilis héréditaire tardive". Dans ce domaine, il tranchait par ses prises de position, hostiles à la police des mœurs, et à la réglementation de la prostitution. Politiquement, Augagneur ne devait cependant guère tarder à se séparer de son maître car, comme cela arrive fréquemment, il ambitionna de prendre sa place. La lutte fut rude car le débonnaire et matois Gailleton était un adversaire coriace, solide chef de file du "Comité central et radical". A l'assaut de la mairie, en 1892, Augagneur conduisit sa propre liste, au pas de charge, tout en essayant de se donner une coloration différente : ce qui le classait dans une tendance prônant le "réformisme des intellectuels socialistes indépendants ou républicains-socialistes". Un socialisme assez insuffisant, en tout cas, pour convaincre les Lyonnais qui le rejetèrent également en 1896. Il fallut attendre 1900 pour voir enfin Augagneur récompensé de ses efforts et s'installer dans le fauteuil de Gailleton.

On ne peut pas dire que le nouveau maire n'imposa pas son image. A en juger seulement par la qualité des surnoms accolés à sa personne : "Victor le Glorieux", "Victor 1er", "l'Empereur" ou "César", ses penchants pour l'autoritarisme lui valurent ces "distinctions". Il faut toutefois estimer Augagneur à la réalisation de son programme, qui comportait quelques grands projets. On mit souvent en avant, parmi les dossiers qu'il défendit celui de la suppression des octrois de Lyon, qui frappaient les denrées de première nécessité et dont on dénonçait ici et là, depuis des lustres, l'existence pénalisante pour la classe des "ouvriers" et celle des "propriétaires-rentiers". L'affaire, houleuse lors des débats municipaux, remonta jusqu'à la Chambre pour aboutir, en juin 1901, au vote d'une loi sur la suppression des octrois, auxquels on substitua d'autres taxes, sur les alcools en particulier. Inutile de préciser qu'Augagneur voyait grand et que parmi ses desseins de maire il envisagea de repousser les frontières de sa ville. Il n'est certes pas le seul à avoir ambitionné la formation d'un "Grand Lyon" et il reçut d'abord l'approbation unanime de son conseil sur l'annexion, totale ou partielle, des communes de Villeurbanne, Bron, Saint-Fons, Vénissieux, Saint Rambert-l'lle-Barbe et Caluire. Lyon serait ainsi à la tête de huit beaux arrondissements. Inutile de dire qu'a l'extérieur - à Villeurbanne en particulier - ce projet fut vigoureusement combattu et il regagna de profonds tiroirs où il dort, semble-t-il toujours, en dépit d'éphémères résurgences. Le tableau sur le règne d'Augagneur à la mairie serait incomplet si l'on n'évoquait pas la croisade anticléricale chère au "Bloc des gauches". En cette période où la séparation de l’Église et de l’État chauffait à blanc les esprits, la municipalité lyonnaise n'était pas la dernière, son premier représentant en tête, à alimenter des "manifestations républicaines" où les crises de "A bas la calotte, vive la République!" s'opposaient à ceux de "Vive la Liberté! Vivent les Sœurs".

Tout cela fut interrompu par le départ impromptu d'Augagneur de l'hôtel de ville. On s'interroge encore sur le choix qu'il fit en 1905 d'accepter le poste de gouverneur général de Madagascar et de se priver, du coup, de sa mairie. Certains y voyaient, ironiquement, des motifs d'ordre personnel (liés à sa vie privée ?). D'autres penseront qu'il songeait à soigner sa carrière en espérant secrètement revenir un jour à Lyon. Le jeune Édouard HERRIOT , son surprenant successeur, ne lui en laissera pas le loisir, Augagneur revint pourtant sur Lyon, après sa mission dans l'île lointaine qui s'acheva en 1910. Il retrouva, au premier tour des élections d'avril de cette année-là, son siège de député du Rhône mais son destin national parut l'écarter une nouvelle fois de ses bases lyonnaises. Il eut, en effet, l'honneur d'être appelé en juin 1911 par Joseph Caillaux au ministère des Travaux publics, des Postes et des Télégraphes puis en 1914, dans un cabinet dirigé par Viviani, à l'Instruction publique et aux Beaux-arts.

La guerre le transforma en ministre de la Marine, mais Augagneur fut mis en difficulté après l'échec des Dardanelles. Il retourna fin 1915 aux bancs de la Chambre, prenant place dans d'innombrables commissions parlementaires. La paix revenue, Augagneur connut des fortunes diverses. Non réélu aux élections de 1919, il s'abstint aux suivantes et se consola avec un poste de gouverneur de l'Afrique équatoriale. Mais son cœur battait toujours pour Lyon. S'il reconquit son siège de député du Rhône en 1928, l'année suivante, quoique septuagénaire, il repartit à l'assaut de la mairie mais la forteresse tenue par Édouard HERRIOT résista à cet entêtement mêlé de dépit. C'était son ultime combat puisqu'il mourut le 23 avril 1931 dans une maison de retraite du Vésinet. Si le président de la Chambre, Fernand Bouisson, prononça devant les députés son éloge funèbre, Le Progrès fit au moins l'honneur à Augagneur d'une modeste colonne à la Une, annonçant sa disparition, cette fois-ci totale, de la scène locale.

Œuvres

  • Traité sur les maladies vénériennes
  • Rapports sur la prostitution

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Nuvola apps bookcase.png Bibliographie

  • Ces Lyonnais qui ont marqué le Siècle, Gérard Chauvy - Chassieu : Le Progrès, n° spécial, 19 décembre 1999.
  • Lyon Le Lyonnais - Le Beaujolais sous la direction - Xavier de Montclos - ISBN 2-7010-1305-4

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