ABRAHAM-DUBOIS Hippolyte

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ABRAHAM Hippolyte dit ABRAHAM-DUBOIS par l’addition du nom de famille de sa femme au sien, membre de la Chambre des députés sous Louis-Philippe, et représentant à l’assemblée constituante de 1848.

Né à Avranches (Manche), le 11 mars 1794, mort à Paris le 3 octobre 1863, était fils de François Abraham, homme de loi à Avranches, et de Charlotte Blondel.

Il suivit d’abord l’état militaire et s’y distingua comme sous-lieutenant ; à sa sortie de l’école de Saint-Cyr, en 1812, il fit en Allemagne la campagne de 1813 ; blessé à Dresde et à Külhm, il fut fait prisonnier et interné au fond de la Hongrie.

La paix lui rendit la liberté ; mais la Restauration le mit à la demi-solde ; il donna sa démission et acheta en 1813 une étude de notaire à Granville (Manche). Il accueillit avec joie le gouvernement de Juillet, qui lui donna la croix de la Légion d’honneur, le nomma maire (1er août 1830) de Granville, situation d’une certaine importance politique en raison des menées légitimistes alors très actives entre ce port et les îles anglo-normandes. Cette même année 1830, il fut nommé au Conseil général. Il ne fut pas élu en 1833.

Abraham-Dubois s’acquitta, à la satisfaction du gouvernement, du rôle de surveillant qui lui était dévolu, et le ministère soutint sa candidature à la députation, en 1832, dans l’arrondissement d’Avranches. Il fut élu, le 27 mai, en remplacement de M. Angot des Rotours, fils de l’ancien constituant, par 208 voix sur 493 inscrits et 302 votants, et constamment réélu dans la suite, jusqu’à la fin du règne de Louis-Philippe : le 13 décembre 1833, par 220 voix sur 503 inscrits et 323 votants, contre M. Angot, qui obtint 78 voix ; aux élections générales de 1834, par 261 voix, contre M. Motet, président du tribunal civil d’Avranches, qui obtint 112 voix ; en 1837, par 281 voix, contre M. Lepigeon de Saint-Pair qui eut 97 voix ; en 1839, par 273 voix, contre 179 données à M. Angot ; en 1842, par 305 voix, contre 48 à M. de Saint-Germain ; enfin, en 1846, par 308 voix, contre M. Bouvattier, 162 voix et Lecampion, 46.

Abraham-Dubois qui siégeait au centre, vota d’abord avec la majorité gouvernementale. Il en fut récompensé, dès 1833, par un siège de conseiller référendaire de deuxième classe à la Cour des comptes. L’année d’après, il inclina, dans maintes circonstances, du coté de l’opposition dynastique.

Un recueil de biographies satiriques de l’époque, le Procuste parlementaire, par Fortunatus, consacrait à Abraham-Dubois, cette notice épigrammatique : « M. Dubois, pour ménager la faiblesse du pouvoir veut bien, malgré ses élans patriotiques, n’être que centre gauche. C’est là qu’on appelle son sacrifice d’Abraham. »

C’est à l’occasion de la loi du 24 mai 1834, déterminant les infractions punissables de la déportation, et visant notamment les insurgés revêtus d’un uniforme ou d’insignes militaires, qu’il commença à abandonner le ministère. Le 25 avril 1833, à propos d’un amendement du général Bertrand qu’il soutint, sans succès, devant la chambre et qui avait pour but de faire toucher le traitement de la Légion d’honneur aux sous-officiers et soldats nommés par Napoléon du 27 février au 20 mars 1815, il s’était déjà fait reprocher par M. de Lamartine de vouloir donner une prime à l’insurrection armée. Les tendances bonapartistes plutôt que « philippistes » d’Abraham-Dubois s’accentuèrent bien plus encore, en 1837, à propos de la loi de disjonction. Sous l’empire des préoccupations qu’inspirèrent au gouvernement les conspirations militaires, dont le complot de Stasbourg n’était qu’un incident, et aussi sous l’influence de la mauvaise humeur qu’excita le verdict du jury de Strasbourg, qui acquitta plusieurs officiers impliqués dans ce complot, une loi fut présentée à la Chambre pour introduire le principe de disjonction dans la procédure criminelle. D'après ce projet, toutes les fois que pour un même crime on aurait des accusés civils, les militaires devaient être renvoyés devant les conseils de guerre et les civils devant les tribunaux ordianires. Abraham-Dubois fut de ceux qui contribuèrent, par leur vote, au rejet du projet de loi.

Il prit la parole, le 4 mars 1833, dans les débats relatifs à la loi municipale, et fit adopter un amendement obligeant le Préfet à statuer dans le délai de trois mois, dans les cas où il lui appartient de donner son approbation, faute de quoi, la délibération du Conseil municipal devient exécutoire de plein droit ;

Le 4 juin 1835, dans le débat sur la Légion d’honneur, dont il proposa, sans succès, que l’on étendit les attributions du grand Chancelier de la Légion d’honneur, auquel toutes les demandes devaient être directement adressées. Un comité spécial serait chargé sous sa présidence de prendre les renseignements désirables, et les décorations ne pourraient être accordées que sur l’avis de ce comité ;

Le 16 mars 1837 (loi sur l’enseignement secondaire), il proposa un amendement aux termes duquel tout directeur d’établissement d’instruction secondaire serait tenu d’avoir un certificat délivré, non par le maire de la commune où il aurait résidé, mais par une délibération du conseil municipal revétue de l’homologation du préfet ;

Le 8 mai 1837, il combattit le projet de loi sur le sel ;

Le 22 mars 1843, il combattit la proposition Duvergier de Hauranne pour le remplacement du vote secret par le vote au scrutin public. Abraham-Dubois allégua, en faveur du vote secret qui fut maintenu alors, le danger du vote public dans les temps de trouble, l’influence des amitiés politiques, l’influence du pouvoir et jusqu’à l’influence des électeurs ;

Le 28 mai 1845 et le 8 juin 1846, il prit la parole pour demander une colonisation plus intelligente et plus féconde de l’Algérie, et pour déplorer, sans aller toutefois jusqu’à le condamner, le système de guerre atroce pratiqué à l’égard des arabes.

Après 1848, Abraham-Dubois sollicita les suffrages des électeurs de la Manche. Il fut envoyé à la Constituante le 23 avril, par 81 204 voix, le 7° sur 15, avec MM. Havin, Vieillard, de Tocqueville, Gaslonde, etc. La liste qui triomphait était une liste de fusion composée de conservateurs et de républicains de nuance très modérée. Abraham-Dubois vota presque toujours avec la droite de l’assemblée :

Le 9 août 1848, contre l’amendement Pascal Duprat à la loi rétablissant le cautionnement, rejeté ;

Le 1er septembre, pour le rétablissement de la contrainte par corps ;

Le 2 septembre, pour le maintien de l’état de siège (proposition Cavaignac, adoptée) ;

Le 25 septembre, pour l’impôt proportionnel préféré à l’impôt progressif ;

Le 21 octobre, contre l’amendement Deville portant abolition du remplacement militaire ;

Le 12 janvier 1849, pour la proposition Rateau (dissolution de la Constituante) ;

Le 21 mars, pour l’interdiction des clubs (proposition Odilon Barrot). Il avait le 8 juin 1848, d’accord avec son collègue M. Gaslonde, rédigé un projet de décret, qu’ils abandonnèrent depuis, portant qu’aucun papier monnaie, ayant cours légal et forcé, ne serait créé et mis en circulation sur le territoire de l’Empire.

En 1848, il élu conseiller général du canton de Pontorson, il abandonne son siège cette même année. Abraham-Dubois ne fut pas candidat à l’assemblée législative de 1849. Il se consacra jusqu’à sa mort à ses fonctions de Conseiller référendaire à la Cour des Comptes ; le Second Empire l’avait élevé en 1854 à la première classe.

Source : Dictionnaire des Parlementaires (1789-1889)