94046 - Histoire de Maisons-Alfort

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Quelques extraits de :

Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville - Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours - par Amédée CHENAL, Maire de Maisons-Alfort (1898)

Sommaire

Avant-Propos

Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville

Première partie – Des temps les plus reculés, jusqu'à la Révolution de 1789
Deuxième partie – Sous la Révolution et le Premier Empire
Troisième partie – De la chute du premier Empire à la troisième République
Quatrième partie – Sous la troisième République.
Cinquième partie – Fiefs et Châteaux
Sixième partie – Etablissements industriels – Edifices publics – Propriétés communales.
Septième partie – Résumé administratif et financier.
Huitième partie – Alfortville depuis 1885
Index
Table des matières

CHENAL (François Amédée). 1

Le texte de cet ouvrage est conforme à l’original déposé aux Archives Départementales du Val-de-Marne à Créteil, sous la côte A748 (ou 42B2 des usuels, in-12, 19 cm, 285 p.).

Les notes en bas de pages sont celles d’Amédée Chenal. Quelques notes marquées (* ) ont été ajoutées par le C.G.M.A. et commentées page 153.

Les illustrations, l’index ainsi que les compléments biographiques relatifs à Amédée Chenal ne font pas partie de l’ouvrage original.

Cet original est dédicacé par l’auteur : « offert par l’auteur, A. Chenal ». Voir page 154.

Juillet 2001 - Joël BACQUER

Avant-Propos

En écrivant cet ouvrage, je n’ai pas eu l'ambition de faire une œuvre savante ou littéraire ; mon but, plus modeste, a été de mettre, aussi succinctement et aussi clairement que possible, sous les yeux de ceux qu'ils peuvent intéresser, les faits principaux de la vie de la commune de Maisons-Alfort, depuis l'époque reculée où elle n'existait qu'à l'état de misérable village, jusqu’à nos jours.

C'est aussi l'histoire d'Alfortville, puisque jusqu’en 1885 son territoire et son administration ne faisaient qu'un avec ceux de Maisons-Alfort.

Et c'est un peu celle de presque toutes les communes du département de la Seine, car il suffirait de changer les noms et les chiffres, et on pourrait l'adapter à bon nombre d'entre-elles : les principaux faits et les causes qui les ont amenés ayant été généralement identiques pour toutes.

L'historique des faits anciens ne pouvant être qu'une compilation, je me suis attaché à rechercher, dans les livres déjà parus traitant de ce sujet et dans les archives, communales ou autres, les éléments nécessaires. Il m'arrivera fréquemment de citer les auteurs auxquels j'ai fait des emprunts.

Quant aux faits plus modernes et à ceux qui nous sont contemporains, les procès-verbaux des séances des conseils municipaux qui se sont succédé, et les comptes financiers des mêmes périodes m’ont fourni une ample moisson de renseignements, auxquels j'ai joint ceux qui m'ont été donnés verbalement par les anciens du pays.

Etant né dans cette commune, ne l'ayant jamais quittée, et ayant pris part depuis vingt ans à tous les petits événements qui l'ont agitée, je puis en parler en toute connaissance de cause et d’une façon précise.

Je me suis efforcé, pour la période qui nous touche, d'éviter toute appréciation pouvant blesser les personnes qui ont pris part à un degré quelconque à l'administration communale, beaucoup d'entre elles existant encore ou ayant laissé une famille dont les sentiments pourraient être froissés.

Il n'est du reste pas douteux que, si l'on peut quelquefois critiquer certains actes, qui ont été reconnus mauvais, il faudrait, pour bien juger ceux qui les ont commis, avoir vécu de leur vie, et au milieu des événements qui ont pu les guider.

Je suis convaincu qu'il pourrait être utile pour les enfants après avoir appris à l'école l'histoire de la France, de connaître aussi celle de leur commune, « cette plus petite patrie » que l'on revoit toujours avec plaisir, parce que le plus heureux moment de la vie, l'enfance, s’y est écoulé. Quant à moi, je l'ai écrite, parce que j'y ai rencontré de nombreuses sympathies, et recueilli bien des satisfactions morales.

Je paie ainsi une dette de reconnaissance à ma commune natale et à ses électeurs.

Maisons-Alfort, 1898. A. Chenal.

Un peu de notre histoire locale

Extrait du Bulletin municipal de juillet 1954

Un peu de notre histoire locale

Commune de 36 485 habitants (Maisonnais) ; de 537 hectares 83 ares ; située à 9 kilomètres 800 de Paris (Notre-Dame), à 12 kilomètres de Sceaux et à 2 kilomètres 500 de Charenton.

Limitée : au Nord et au Nord-Est, par Charenton, Saint-Maurice et Saint-Maur-des-Fossés ; au Sud-Est et au Sud : Créteil ; l’Ouest : Alfortville.

Maisons-Alfort est située au confluent de la Seine et de la Marne, sur une colline où les premiers habitants ont construit leurs demeures pour les mettre à l’abri des inondations. Le village ainsi formé n’ayant pas la dénomination officielle, on prit l’habitude de dire : aller aux maisons, venir des maisons, et le nom resta à l’agglomération. Elle s’appela Maisons-près-le-Pont-de-Charenton, Maisons-sur-Seine, et, à partir de la Révolution : Maisons-Alfort.

Dès le moyen âge, Maisons Alfort s’étendait des rives de la Marne aux rives de la Seine, comprenait Alfort, ainsi dénommé de Hareford au Harefort, nom d’un seigneur d’origine anglaise, devenu par corruption Hallefort-Charentonneau, fief dépendant de l’abbaye de Saint-Maur et le territoire d’Alfortville, qui, fut érigé en commune distincte en 1885.

La paroisse de Maisons-Alfort faisait partie du doyenné du Vieux-Corbeil ; lors de la réorganisation administrative de 1787, elle forma une municipalité de l’arrondissement de Bourg-la-Reine, au département de Corbeil. Commune du district de Bourg-la-Reine et du canton de Saint-Maur en 1790, elle passa ou canton de Charenton et y demeura, devenant en l’an X, commune de l’arrondissement de Sceaux.

Au Xe siècle, Maisons-Alfort possédait deux églises, dédiées à Saint-Remi et à Saint-Germain par la suite, la première devint église paroissiale et la seconde disparut. Hugues Capet avait fait don des deux églises, du territoire et des serfs le cultivant, à l’abbaye de Saint-Maur, qui l’affranchit, moyennant une forte somme, ou moyen âge.

Lors des guerres du XVe siècle et du XVIe siècle, Maisons-Alfort eut fort à souffrir ; cent ans après les Frondeurs ravagèrent la contrée et, entre autres localités, pillèrent Maisons. A partir de cette époque, une grande partie des habitants, voyant sans cesse piller leurs récoltes, cessèrent de cultiver la terre et travaillèrent dans les carrières communes: les habitants demandent une meilleure répartition de l’impôt, la suppression des capitaineries. La Révolution ne laissa que peu de traces dans la commune, la municipalité équipa quinze volontaires en septembre 1792.

En 1814, les élèves de l’Ecole vétérinaire fortifièrent le château d’Alfort et défendirent le pont de Charenton ; plusieurs furent blessés et l’un d’eux, Jean Pigeon, fut tué ; un petit monument fut élevé à sa mémoire dans l’école même. En 1815, Maisons revit les Alliés et fut occupée pendant longtemps.

Les diverses révolutions qui suivirent passèrent presque inaperçues à Maisons-Alfort ; de grands travaux furent entrepris, qui contribuèrent beaucoup à la prospérité du pays : en 1827, construction du pont d’Ivry ; en 1841, celle du fort dit de Charenton; en 1849, celle de la ligne de Lyon. Par contre, la Révolution de 1848 et le Coup d’Etat du 2 Décembre furent accueillis avec enthousiasme.

En 1870-1871, les habitants émigrèrent à Paris; aucun combat ne se livra sur le territoire d’Alfort; mais on dut, par nécessité, mettre les maisons en état de défense; l’occupation étrangère suivit la conclusion de la paix et dura jusqu’en septembre 1871, et cette occupation fut particulièrement dure et onéreuse pour les habitants de Maisons Alfort.

Quelques années à après (1876), une inondation terrible fit des ruines considérables dans la localité, qui commençait à renaître à la prospérité ; la ligne de Lyon seule empêcha les eaux de la Seine et de la Marne de se confondre bien avant leur point de jonction.

En 1885, lorsque le quartier d’Alfortville voulut s’émanciper, le Conseil municipal eut la sagesse de ne pas s’y opposer, et la loi du 1er avril 1885 créa la commune d’Alfortville.

A Alfort existe depuis de longues années une Ecole vétérinaire, créée par Bourgelat en 1765, dans l’ancien château acheté par ordre du roi à son propriétaire M. Oursel, Le premier directeur fut Chabert, élève de Bourgelat. Elle fut supprimée en 1790 et réorganisée en l’an XII. En 1840, elle fut entièrement reconstruite.

On peut voir à l’Ecole le monument du fondateur Bourgelat, par Rauk ; celui, du professeur Henri Bouley, mort en 1883 par Allouard et celui du professeur Edmond Nocard, inauguré en 1907.

En janvier 1910, les inondations firent de grands ravages à Maisons-Alfort ; la moitié du territoire fut envahie par les eaux, le quartier d’Alfort et une partie de celui de Charentonneau furent inondés par la Marne; le quartier de la Gare à Maisons, a été envahi par les eaux par suite de la rupture de la voie du chemin de fer du P.L.M.

Industrie et commerce. — On trouve à Maisons-Alfort une distillerie de grains, dont les bâtiments englobent une maison qui fut habitée par Grétry; une fabrique de spiritueux ; plusieurs fabriques de biscuits et de pâtes alimentaires ; des fabriques de sous-bras en caoutchouc, d’instruments de chirurgie, des ateliers de constructions mécaniques ; des fabriques d’huiles et de savons, de meules en émeri vulcanisé.

Manuel Officiel des Communes du Département de la Seine

Manuel Officiel des Communes du Département de la Seine du Cours Foncier par Commune et par Rue. Sous la direction de Maxime Petibon.

Comprenant pour chacune des 76 communes Le plan en couleur Une Notice archéologique et historique La nomenclature de toutes les rues par lettre alphabétique et leur situation. (Date postérieure à 1900)

Maisons-Alfort

HISTOIRE - ARCHÉOLOGIE

Maisons-Alfort est d’origine très ancienne. Son étymologie est : Mansiones, Maisons et date du Xe siècle. On lit en effet dans l’Histoire du Diocèse de Paris de l’abbé Leboeuf que « Mayeul, abbé de Cluny, ayant rétabli la régularité dans l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, vint trouver Hugues Capet, roi de France de 946 à 996 et le pria de subvenir aux besoins de ces religieux en leur accordant quelques terres voisines de leur monastère. Ce prince fit à l’instant expédier une Charte par laquelle il donnait à cette communauté la Seigneurie d’un village appelé Mansiones, avec les terres, les moulins, les pacages, les eaux et leur cours et les serfs ; de plus, les deux églises du lieu, chargeant les Moines de prier Dieu pour lui, la reine son épouse et leur fils Robert. »

Ainsi est prouvée l'ancienneté de Maisons- Alfort.

L’Abbé de Saint-Maur eut donc une habitation à Maisons dont il était le Seigneur avec droit de justice. Plusieurs fiefs furent créés par lui et l'un de ces fiefs fit partie du domaine royal, car François Ier y bâtit un château que la belle Diane de Poitiers habita jusqu’à la mort de son royal amant.

Maisons-Alfort situé à l'extrémité du pont de Charenton et sur la rive gauche de la Marne appartient aujourd'hui à l'arrondissement de Sceaux. On en a détaché une grande partie qui s'appelle aujourd'hui Alfortville. (Voir notre notice sur la commune d'Alfortville), son importance actuelle lui vient surtout de son Ecole vétérinaire qui est, dans son genre spécial, l'un des plus beaux établissements de France.

L'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort fut fondée en 1766 par Bourgelat, célèbre vétérinaire, né à Lyon en 1721 créateur de la Médecine des animaux domestiques, mort en 1779. Quoiqu'elle fut dénommée Ecole royale à l'époque de sa fondation, elle fut cependant à cause des avantages de son institution, l'objet d'un privilège de la part de la Convention qui exempta ses professeurs et ses élèves de la loi du recrutement.

Reconstituée par l’Empereur Napoléon Ier, elle reçut de nouveaux développements par une ordonnance royale de Charles X en 1826.

Dissoute en 1848 pour avoir pris une part trop active aux événements de juin 1848 elle fut de nouveau réorganisée telle quelle est aujourd'hui.

A cette Ecole dans laquelle sont professés tous les cours des sciences physiques chimiques, botaniques, anatomiques, pathologiques, thérapeutiques et chirurgicales est annexé un hôpital pour les chevaux et les chiens malades, ainsi qu'une porcherie et un troupeau d'animaux français ou de race étrangère On remarque aussi un beau jardin botanique, une machine hydraulique qui amène l'eau de la Marne dans l'Ecole. Nous recommandons la visite de la Chapelle, des collections très curieuses que renferme le Musée, enfin la salle de dissection et le laboratoire de chimie. N'oublions pas de rappeler qu’en 1814, les élèves de l’Ecole vétérinaire défendirent le pont de Charenton et que plusieurs y périrent sur les pièces de canon qu'on leur avait confiées. Les élèves militaires sortent de cette Ecole avec le titre de sous-aides vétérinaires et avec le grade de maréchaux de logis, d'autres, après avoir passé avec succès les examens, obtiennent le diplôme de médecin vétérinaire. Cette Ecole rend les plus grands services aux fermiers et à tous ceux qui habitent la campagne. L'Hôtel de Ville de Maisons, situé au milieu d'un beau parc, n'a aucun style architectural. Il est d'un aspect général agréable et tous les services municipaux y sont habilement aménagés. On remarque au premier étage la salle des mariages assez vaste.

L'Eglise date du commencement du XIIIe siècle. Elle a été depuis, l'objet d'une restauration presque complète.

Cette Église, dit l'abbé Leboeuf, n'a pas changé de saint Patron. Elle est encore sous la protection de Saint-Remî, Archevêque de Reims. Elle est basse et sans ornements d'architecture, mais elle est relevée par un clocher surmonté d'une flèche de pierre qui paraît être du XIIIe siècle comme le chœur.

|Maximilien Robespierre avait à Maisons une Villa où il amenait souvent la fille du menuisier, Duplay. DANTON, Camille Desmoulins, allaient l'y visiter. Diane de Poitiers, maîtresse de Henri Il y posséda aussi une maison de campagne.

Maisons qui est à 7 kilomètres de la gare de Paris et à 2,5 kilomètres de Charenton, son chef-lieu de canton, compte aujourd'hui une population de 10 547 habitants.

E.B.

RENSEIGNEMENTS GENERAUX

Maisons-Alfort fait partie de l'arrondissement de Sceaux, canton de Charenton, à 7 kilomètres Est de Paris. Maire : M. Champion. Fête : Premier dimanche après la Pentecôte et le 15 août. Marché : Lundi, jeudi à Alfort ; mardi, vendredi à Maisons.

Moyens de Transports. - Une seule ligne de tramways met cette localité en communication avec Paris. Ligne de la Concorde-Bonneuil. La ligne du tramway Charenton-Créteil passe par cette commune. Puis, en traversant le pont de Charenton on trouve la ligne de Charenton-Louvre et les Bateaux-Parisiens Charenton-Auteuil qui traversent Paris. La ligne de Lyon dessert cette commune, station de Maisons-Alfort-Alfortville (elle sépare les deux communes).

Mouvement de la population depuis 1872 : 1872 - 3.600 1886 - 6.725 1901 - 10.723 1876 - 3.890 1891 - 7.853 soit en 30 ans, une augmentation 1881 - 6.174 1896 - 9.416 de 7.123 habitants. NB : En 1885 le quartier d'Alfortville fut séparé de la commune de Maisons-Alfort Le nombre des maisons, en 1901, était de 1.391 occupées par 2.992 ménages.

Nature du sol. -- Le sol est bon à toutes constructions, il est sablonneux et quelque peu argileux.


(vers 1900) Voies, rues, avenues, etc.

A

Abreuvoir (ch. de l’) Albert (rue) Alfort (quai) Alfort (cité d’) Alfortville (rue d’) Alliance (rue de l’) Alouettes (rue des) Amiral Avelland (rue) Amiral Courbet (rue) Amiral Gervais (rue) Anjou (rue d’) Auguste Simon (rue)

B

Belle image (rue) Bleuets (rue des) Bourgelat (rue) Bouley (rue) Bretagne (rue de) Bretons (rue des) Buissons (rue des) Buisson Joyeux (rue)

C D E

Carnot (rue) Chabert (rue) Cécile (rue) Champagne (rue de) Charentonneau (rue) Château (rue du) Chantoisel (rue) Chemin Vert (rue) Chemin de Fer (rue du) Chrysanthèmes (rue) Cèdre (rue du) Cherbourg (rue de) Chevreul (rue) Claude (rue) Clos des Noyers (rue) Créteil (rue de) Cronstadt (rue) Delalain (rue) Delaporte (rue) Deux-Moulins (rue) Dix-Arpents (rue) Ecoles (rue des) Enfer (rue d’) E.-Renault (rue) Rues, avenues, etc.

F G

Ferme (rue de la) Fernet (rue) Flandre (rue de) Fort (evenue du) Gambetta (rue) Gare (rue de la) Girard (rue) Grande Rue Gravelle (rue de) Grimoult (rue)

H J K L

Halage (chemin de) Henri (rue) Hoche (rue) Joinville (rue de) Jouet (rue) Kléber (rue) Lesieur (rue)

M N P

Maire (rue) Marceau (rue) Marne (quai de la) Masséna (rue) Mèches (chemin des) Moscou (rue de) Normandie (rue de) Raspail (rue) Parc (rue du) Paris (rue de) Parmentier (rue) Partage (rue du) Pasteur (rue) Paul Bert (rue) Pelet de la Lozère (rue) Président Félix Faure (rue)

R S T U V

Renard (rue) Rodier (rue) Saint-Georges (rue) Saint-Maur (chemin de) Saint-Maurice (avenue de) Saint-Pétersbourg (rue) Sapins (rue des) Soult (rue) Strasbourg (rue de) Toulon (rue de) Tsar Nicolas (rue) Usine Springer (rue) Victor Hugo (rue)


Etat des communes - Maisons-Alfort (1904)

Département de la Seine Direction des affaires départementales. Etat des communes à la fin du XIXe siècle Publié sous les auspices du Conseil Général 1904

Maisons-Alfort

Anciennement, communauté de la Généralité et de l'Election de Paris, paroisse du doyenné du Vieux-Corbeil. De 1787 à 1790, municipalité du département de Corbeil et de l'arrondissement de Bourg-la-Reine. De 1790 à 1792, commune du district de Bourg-la-Reine et du canton de Saint-Maur. De 1792 à l'an IX, commune du district de Bourg-la-Reine (supprimé par la Constitution de l'an III) et du canton de Charenton-le-Pont. Depuis l'an X, commune de l'arrondissement de Sceaux et du canton de Charenton-le-Pont.

I - Faits historiques

Avant de confondre leurs eaux, en aval du pont de Charenton, en un point qui pour cette raison a reçu le nom de Conflans (confluent), la Seine et la Marne limitent une plaine d'environ trois kilomètres de largeur sur deux de longueur, et à l'extrémité de laquelle, du côté de l'est, le terrain s'élève en faibles ondulations. C'est en ce lieu, à l'abri des inondations, que les cultivateurs de la plaine se bâtirent de modestes maisons, mansiones, dont la réunion forma un village. Ils prirent l'habitude de dire : aller aux maisons, venir des maisons, et le nom commun finit par devenir le nom de la localité.

Quant à la dénomination composée : Maisons-Alfort, elle est toute moderne et administrative. On ne la rencontre jamais dans les actes antérieurs à la Révolution ; tous ceux que nous avons vus, et, notamment, les registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures, dont la suite va de 1599 à 1792, désignent le village sous le nom de Maisons près le pont de Charenton, ou de Maisons, diocèse de Paris, ou encore, Maisons-sur-Seine ; cette dernière appellation est la moins fréquente, car elle pouvait prêter à confusion avec l'autre Maisons-sur-Seine, en aval de Paris, que nous nommons couramment Maisons-Laffitte, et qui dépendait du diocèse de Chartres.

Notre rôle d'historien de Maisons-Alfort a été plus que simplifié par l'excellent volume, plein de faits et de documents, que M. A. Chenal, alors maire de la commune, et, aujourd'hui conseiller général du canton, a publié, en 1898, sous ce titre : Histoire de Maisons-Alfort et d'Alfortville. Nos propres recherches y ajoutent bien peu ; du moins, elles nous ont permis de constater la documentation scrupuleuse de M. Chenal et le mérite de son labeur.

La plus ancienne mention que l'on connaisse de l'existence de Maisons est de 988, date à laquelle Hugues Capet donna cette terre à l'abbaye de Saint-Maur, avec ses dépendances, prés, terres, moulins, les serfs qui l'exploitaient, et ses deux églises ou chapelles, dédiées, l'une, à Saint Remi, l'autre, à Saint Germain; ce qui prouverait, s'il en était besoin, que le lieu était déjà habité et de quelque importance. Peu après, en 992, l'évêque de Paris autorisa l'abbé de Saint-Maur à nommer un curé pour desservir la chapelle Saint-Remi qui devint ainsi, et est restée, sous le même vocable, l'église paroissiale. Quant à la chapelle Saint-Germain, l'abbé Lebœuf, qui écrivait au milieu du XVIIIe siècle, et dont les affirmations sont très sûres, estime qu'elle fut réunie, au XIIIe siècle, à la maison seigneuriale que les abbés de Saint-Maur s'étaient fait construire à Maisons, mais il n'ose être certain que c 'était encore celle qu'il put voir, et qui, déjà de son temps, était convertie en grange.

Les annales historiques de Maisons durant le Moyen Âge sont infiniment pauvres; à peine y a-t-il lieu de signaler quelques chartes du XIIIe siècle, émanées de l'abbaye de Saint-Maur, et en vertu desquelles les habitants du village obtinrent l'affranchissement en échange de sommes d'argent ; ce genre de documents existe, dans la même forme banale, pour toutes les localités anciennes de la région. Maisons avait déjà deux écarts, deux fiefs situés dans sa circonscription paroissiale : Alfort et Charentonneau, auxquels nous consacrerons, plus loin, une courte notice.

La population ne s'accrut guère avec le temps ; en 1640, il y eut quatorze baptêmes, c'est-à-dire autant que de naissances, car, à cette époque, nul n'eût osé soustraire un nouveau-né au baptême ; il y en eut quinze en 1650 ; dix-sept en 1770. Les chiffres ne se relèvent un peu qu'à la veille de la Révolution ; en 1792, dernière année où les curés tinrent le registre des baptêmes, mariages et sépultures, nous trouvons vingt-huit baptêmes contre trente-neuf sépultures, proportion peu en faveur de la repopulation et qui, heureusement, ne s'est pas maintenue.

En glanant après M. Chenal, parmi ces registres, nous y avons relevé quelques menues indications curieuses, soit pour la forme dans laquelle elles se présentent, soit pour le fond ; les voici

Le 26 juillet (1651), fut inhumé au cimetière de ceans, Guillaume Lescuyer, lequel se noya dans la rivière de Seyne en se baignant.

Le 27 août audit an, fut inhumée Claude Valla, … laquelle fut enterrée dans l'eglise, contre le pilier proche le tresor.

Le 15 janvier audit an (1652), fut inhumé à Creteil maistre Mahiet Breton, receveur de Créteil et Maisons.

Le 27 janvier 1652, fut inhumée au cimetière de Maisons une servante nommée Janne, demeurant chez Monsieur Huet. laquelle estoit de Lorrainne.

Le 12 novembre 1658, fut enterré dans le cimetière de Maisons un pauvre homme dont on n'a pu sçavoir le nom; il dit qu’il estoit de Champagne et qu’il revenoit de l'armée où il avoit esté chartier.

Ce 23 avril 1662, a esté inhumé dans le cœur de l'eglise de Maisons le corps de deffunt maistre Guillaume Huet, en son vivant recepveur de la terre et seigneurie dudit Maisons et procureur fiscal dudit Maisons, sagé d'environ trente trois ans.

L'an du Seigneur mil sept cens vingt huit, le troisième jour de janvier, a été inhumé en presence des temoins soussignés, dans le cimetière de cette paroisse le corps d'un pauvre homme décédé le jour d'hier dans la ferme de M Huet, lequel paroissoit âgé d'environ cinquante ans, etoit chauve sur le sommet de la tète et avoit les cheveux noirs commençants à blanchir, duquel nous n'avons pu savoir ni le nom ni le pays ; il nous a paru catholique, lui ayant trouvé un chapelet; il étoit revêtu d'un habit de bouracan de couleur grise, doublé de serge de même couleur, laquelle doublure étoit rapiéciée de plusieurs morceaux de serge rouge ; les boutons dudit habit étoient de cuivre sur bois.


Dans toutes les périodes de guerres dont l'histoire de France a trop souvent fourni le spectacle, la possession ou la défense du pont de Charenton a toujours joué un grand rôle, car c'est réellement la clef des routes de l'Est et du cours de la Marne. Aussi, le territoire de Maisons fut-il bien des fois occupé par les gens de guerre qui ne se faisaient pas faute de tout piller et saccager. En voici un exemple emprunté au Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay à la date de février 1649, c'est-à-dire en pleine Fronde : « Gens venant de Créteil disent que le régiment de Montecler et autres troupes du prince de Condé, après la prise de Charenton, lundi soir, passèrent le pont sur Marne, qu'ils rompirent et vinrent audit Créteil, à Maisons et voisinages, ayant pris une partie et avant-garde du convoi de Brie, et emporté ou semé et dissipé les farines et blés, dont il y a des monceaux brûlés qui fument encore; qu'ils en partirent jeudi et allèrent à Villeneuve-Saint-Georges » (t. I. pp. 157-158) (78).

C'est peut-être à la suite de ces calamités que l'industrie du pays se modifia en partie ; les récoltes étant ainsi exposées aux déprédations des troupes, on préféra, à la culture, l'exploitation des carrières; quoi qu'il en soit, les actes paroissiaux mentionnent assez fréquemment des carriers et des scieurs de pierres.

Un carton, conservé aux Archives nationales sous la côte S. 3569, renferme quelques documents provenant de la cure et fabrique de Maisons : les revenus étaient, en 1773, de 1 054 livres, 8 sols ; le total des dépenses n'est pas fait, mais on indique, parmi les principales, l'entretien de l'horloge et des quatre cloches; l'achat de nouveaux registres, chaque année, les anciens étant déposés au Châtelet; une dépense de 8oo livres, depuis 1758, pour réparations à l'église et au mur du cimetière, etc. En 1776, Nicolas Léonard, menuisier à Maisons, produit un mémoire pour ouvrages faits depuis 1774 : « avoir faitte et fourny la grande porte de l'entrée de l'église, dont le prix en a esté fait par adjudication à la somme de 350 livres ».

En 1787, à la suite de l'Assemblée des notables, fut entreprise une tentative de réorganisation administrative de la France. Pour alléger, sinon supprimer, les fonctions de l'intendant de chaque province, on créa une Assemblée provinciale composée de personnages nommés, en partie par le roi, en partie désignés par ceux-ci ; la province fut subdivisée en départements dont la gestion fut également confiée à une assemblée ou commission intermédiaire relevant de l'Assemblée provinciale ; enfin, les municipalités reçurent une organisation nouvelle et plus démocratique. Dans ce système, qui ne dura que jusqu'en 1790, la municipalité de Maisons fit partie du département de Corbeil et de l'arrondissement de Bourg-la-Reine, et son Conseil fut composé de trois membres de droit : le curé, le seigneur ou son représentant, et le syndic, plus six membres élus. M Chenal a donné (p. 49) (28) la liste des électeurs et des élus.

C'est cette municipalité qui eut mission de rédiger le cahier de doléances réclamé à toutes les paroisses de France en vue de la réunion des Etats généraux de 1789. Nous y retrouvons les souhaits exprimés généralement en faveur de l'égalité et de la simplification de l'impôt, de la périodicité des Etats, de la suppression des aides et gabelles, de la suppression des capitaineries, de la suppression des droits sur les marchandises qui traversent en passe-debout la banlieue et, spécialement, au port d'Alfort. Voici quelques paragraphes plus particuliers à la localité :

9° Que le sol de cette paroisse contient, suivant l'arpentage fait par ordre de M. l'intendant, 1.544 arpents de terres cultivables et prés, qu'il y en a plus de 800 qui ne paient pas de taille, étant exploitées par des propriétaires privilégiés, ce qui procure une surcharge au reste des contribuables de la paroisse, quoiqu'à diverses reprises ils aient fait des remontrances et des mémoires ;

10° Que le sol de ce territoire est sablonneux et peu fertile, et que dans les années sèches, les cultivateurs retirent à peine leurs semences, que la plus grande partie des terres est sujette aux inondations par les débordements des rivières de Seine et de Marne dont le cours et la jonction circonscrivent le territoire, auquel cas ces eaux déposent beaucoup de sable, graviers et autres immondices, qui obligent les cultivateurs à de nouveaux frais de labours et fumure quand la saison le permet ;

11° Que les baux des terres des bénéficiaires et gens de mainmorte aient pour durée neuf ans, sans que pour raison de changement du titulaire, soit par mort, mutation ou autrement, ils puissent être résiliés, comme très contraire au progrès de la justice, et que les baux soient faits judiciairement ;

12° Qu'il n'y ait aucune exemption pour le logement des gens de guerre, excepté le curé et militaires en exercice ;

13° Que la milice soit supprimée, et que dans le cas où sa suppression n'aurait pas lieu, le tirage soit fait au moins de frais possible, sans exception, même pour les domestiques des nobles et du clergé ;

14° Que dans le nombre des habitants de la paroisse, il y a les deux tiers de manouvriers et indigents ;

15° Qu'au total, tout ce qui sera arrêté dans le cahier général de la Prévôté de Paris, et qui tient au bien de l'État et au soulagement du peuple, soit demandé par les députés de ladite paroisse, comme si c'était exprimé dans les présentes .

Il convient de noter que ce document donne, pour la première fois, au bourg son nom actuel : Maisons-Alfort, alors que, - nous l'avons dit plus haut - Alfort ne figurait jamais dans la composition du vocable avant la Révolution.

L'ère de liberté qui s'ouvrait ne fut marquée ici par aucun événement considérable ; la tourmente de 1793 passa au-dessus du village sans l'atteindre ; comme partout, l'église fut transformée en temple de la Raison ; on la déposséda de ses cloches pour faire des canons, on s'appliqua même à gratter les fleurs de lis et autres emblèmes de la féodalité partout où il s'en trouvait, mais c'est à cela que se borna le sans-culottisme des habitants de Maisons et d'Alfort ; ils eurent l'honneur, en 1792, de voir leur curé Collard (M. Chenal paraît avoir ignoré le fait) élu comme député suppléant à l'Assemblée législative.

La même année, le 8 septembre, fut prise par la municipalité cette délibération qui fait honneur à son patriotisme

Ce jour d'hui, 8 septembre 1792, l'an quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité, nous maire, officiers municipaux, notables et procureur de la commune, autorisons le sieur Gouffé, trésorier de cette commune, à disposer de la somme de 754 livres 2 sols pour faire avec la quête faite dans l'étendue de cette commune et servir à l'équipement et armement de quinze volontaires qui partent pour le service de la Patrie. Laquelle somme sera allouée au sieur Gouffé lorsqu'il rendra le compte de la commune. Ladite somme ayant été délibérée en assemblée générale des citoyens de cette commune, par laquelle il a été convenu qu'il «Croit fourni à chacun des volontaires la somme de cent livres, et ayant fait la somme avec le montant de la quête ainsi qu'il a été délibéré le 20 août dernier. En foi de quoi avons signé, et qu'il leur a été fourni aux quinze volontaires chacun un fusil uniforme appartenant à la commune (Chenal, pp. 73-74). (40-41)

Ces fusils-là durent se faire entendre victorieusement à Valmy (20 septembre) et à Jemmapes (novembre).

« En 1814, - écrit Piétresson Saint-Aubin dans son Dictionnaire des Environs de Paris, Si précis surtout pour cette période - lorsque les puissances de l'Europe, coalisées contre Napoléon, menaçaient la capitale, l'École d'Alfort fut tout à coup transformée en un camp militaire. Non moins braves que les élèves de l'École polytechnique, les jeunes vétérinaires voulurent aussi contribuer à la défense de la patrie. Le château fut fortifié par eux, les murs du parc furent crénelés, et fiers des canons que le gouvernement avait confiés à leur jeune courage, les élèves de l'Ecole d'Alfort restèrent fermes aux postes où ils avaient été placés et plusieurs y reçurent la mort ou de glorieuses blessures. »

On sait, en effet, que le 31 mars 1814, la région Nord et Est de Paris fut occupée par les troupes alliées ; la vaillance des défenseurs du pont de Charenton fut insuffisante contre le nombre ; l'élève de l'École d'Alfort qui périt dans ce glorieux combat se nommait Jean Pigeon ; sa mémoire est consacrée par un petit monument à l'École même, et son nom a été donné à une rue de Charenton-le-Pont, dans le quartier de Conflans.

1815 ramena les alliés devant Paris après le désastre de Waterloo, et nos populations suburbaines connurent pour la seconde fois les horreurs de l'invasion. A Maisons, dit M. Chenal (p. 101) (54), le montant des réquisitions s'éleva à 7 273 fr. 04 qui furent acquittées, en partie par la réserve du budget communal, en partie par une cotisation spéciale répartie au marc le franc sur les habitants imposés au-dessus de vingt francs.

Puis, les années se succédèrent, paisibles et fécondes dans le travail. Sous le règne de Charles X, en 1827, fut entreprise la construction du pont d'Ivry, sur la Seine, un peu en amont du confluent, au lieu dit la Bosse de Marne. Cette voie de communication eut pour effet de mettre en relations directes les deux grandes routes de Genève et de Belfort avec les quartiers de la rive gauche de Paris, évitant aux voitures la traversée du pont et du bourg de Charenton qui est assez accidentée. La révolution de juillet 1830 passa inaperçue ; du moins, officiellement, n'a-t-elle pas marqué de trace dans les registres municipaux. Le règne de Louis-Philippe qu'elle inaugurait s'est traduit, pour Maisons-Alfort, par deux événements considérables : la construction du fort dit, bien mal à propos, de Charenton, commencée en 1841, et, quelques années après, celle du chemin de fer de Lyon, dont la création a été un bienfait incontestable pour la commune, en même temps qu'elle préparait, par le morcellement du territoire, la naissance, dans un avenir lointain encore, de la commune d'Alfortville. C'est le 12 août 1849 que la ligne fut ouverte à l'exploitation et que les habitants de Maisons connurent, pour la première fois, le plaisir d'être transportés à Paris en vingt minutes ; la concession remontait à 1845 et, le 17 novembre 1847, le Conseil municipal avait pris une délibération relative à la voie à ouvrir sur la propriété de M. Richard pour donner accès de la Grande-Rue à la station du chemin de fer.

La révolution de 1848 fut accueillie avec enthousiasme par la municipalité qui rédigea la déclaration suivante :

« Le Conseil adhère au gouvernement provisoire de la République française inaugurée à l'Hôtel de Ville après le triomphe des braves habitants de Paris dans les trois journées des 22, 23 et 24 février sur l'ex-gouvernement. » Le maire était, depuis 1813, M. Dodun, qui n'en était donc pas à son premier ni à son dernier changement de régime politique, mais que seuls les intérêts de la commune préoccupaient.

La promulgation de la Constitution, le 19 novembre 1849, fut l'occasion d'une fête à la fois politique, religieuse et militaire, dont le registre de délibérations a conservé le souvenir : « les troupes de la garnison » avaient été convoquées ; la lecture de l'acte constitutionnel fut célébrée par le clergé paroissial aux chants des Veni, Creator et des Te Deum ; enfin, le soir, il y eut bal et réjouissances publiques.

Ces sentiments républicains ne furent pas de longue durée : le 11 octobre 1852, le Conseil municipal adressait au prince-président ses protestations de dévouement et d'admiration, conçues dans les termes les plus louangeurs qu'on puisse imaginer, en y ajoutant un vœu formel pour le rétablissement de la dignité impériale. Il faut, d'ailleurs, reconnaître que ce revirement ne fut pas spécial à Maisons-Alfort ; bien peu de municipalités surent s'y soustraire et prévoir l'avenir.

Sous le second Empire, la commune améliora ses ressources en créant un octroi, et son bien-être, par divers travaux de viabilité, d'éclairage, d'adduction d'eau. Le maire dont nous venons de parler, M. Dodun, mourut en fonctions, le 10 avril 1855. Par délibération du 12 mai 1856, le Conseil municipal décida qu'une concession perpétuelle serait attribuée à ses restes dans le cimetière communal, et ouvrit un crédit de 150 francs pour y placer l'inscription suivante :

« A M. Claude-Laurent-Marie, marquis Dodun de Keroman, chevalier de la Légion d'honneur, pendant 43 ans maire de la commune de Maisons-Alfort. »

C'est vers 1863 qu'il faut placer les premières manifestations de constructions dans la partie occidentale de la commune, entre le chemin de fer et la Seine ; elles se développèrent rapidement Alfortville venait au monde et entrait dans cette première période de la vie où une tutelle est nécessaire longtemps encore avant l'âge de l'émancipation.

La guerre de 1870 éclata ; les combats se produisirent au delà du territoire de la commune qui fut relativement épargnée, encore que les nécessités de la défense aient fait abattre les beaux arbres des deux grandes routes et de plusieurs propriétés particulières. Les habitants, cependant, se réfugièrent à Paris devant les craintes de bombardement, de rupture des ponts, de famine ; les services municipaux y furent également transférés. Après les angoisses morales et les souffrances matérielles de l'investissement, allait commencer pour Maisons-Alfort une période encore plus cruelle, celle de l'occupation étrangère, pour la troisième fois dans le même siècle, mais bien plus longue et douloureuse que les deux précédentes, puisqu'elle dura jusqu'au mois de septembre, et que de mars à mai vinrent s'y ajouter les émotions du drame de la guerre civile. « Si les maisons, dit M. Chenal, avaient été en partie démolies par les troupes françaises, elles furent souillées de toutes les façons par les Allemands ; lorsqu'ils les quittèrent, une véritable désinfection devint nécessaire. Certaines personnes ne voulurent plus les habiter, notamment M. Camille Rousset, l'académicien, qui avait une maison de campagne sur le quai d'Alfort.

Les vestiges matériels de ces calamités étaient à peine effacés, qu'un nouveau désastre vint accabler la commune : en 1876, la Marne et la Seine, grossies démesurément, couvrirent la plaine et tentèrent de confondre leurs eaux bien au-dessus du point normal où elles se rencontrent ; seuls, les talus du chemin de fer purent s’y opposer, mais les dégâts furent considérables, au point que le président de la République - c'était alors le maréchal de Mac-Mahon vint rendre visite aux sinistrés et leur apporter des secours.

C'est le quartier d'Alfortville qui avait le plus souffert. L'expérience lui servit : des travaux importants de remblayement furent effectués pour prévenir le retour de pareils dommages, et le mouvement de construction s'y développa de plus belle, Si bien qu'en 1883, la population de ce quartier n'hésita pas à réclamer sa constitution en commune distincte. Dans la Notice historique sur Alfortville, nous avons donné le texte de la pétition rédigée à cet effet ; il suffit ici d'en rappeler les points essentiels : la section d'Alfortville exposait que la ligne du chemin de fer de Lyon créait entre sa métropole, Maisons, et elle, une barrière infranchissable ; que, d'autre part, la population de Maisons était composée de cultivateurs de père en fils, tandis que celle d'Alfortville comportait en grande partie des éléments industriels et ouvriers. Les pétitionnaires faisaient encore valoir qu'ils avaient de leurs propres deniers conquis le territoire sur les eaux, créé leurs rues, payé leurs dettes envers l'Etat et la commune ; enfin ils réclamaient « le droit à la personnalité communale, aussi sacré que celui de la liberté individuelle dont il dérive ». A la différence de ce qui passe presque toujours lorsqu'une section de commune poursuit son émancipation, le Conseil municipal de Maisons-Alfort eut la sagesse de ne pas protester ; par seize voix contre une, il accueillit la requête qui lui était présentée les formalités administratives suivirent dès lors leur cours et la loi du 1er avril 1885 créa la nouvelle commune d'Alfortville. Nous n'avons plus maintenant à mentionner que peu de faits d'ordre général : le 12 juillet 1896, eut lieu, sous la présidence de M. de Selves, préfet de la Seine, l'inauguration de l'élégante mairie installée dans l'ancien fief seigneurial de l'Image ; plusieurs discours y furent prononcés par les représentants du département, du canton, de la commune.

Une autre solennité administrative eut lieu le 14 août 1898, jour où fut couronnée une rosière en vertu de la fondation Auguste Simon, et où l'on inaugura le buste de la République, œuvre du sculpteur Hercule, offert à la commune par le département. MM. Charles Vaudet, conseiller général, Chenal, maire, et Simonet, chef du bureau des communes, représentant le préfet de la Seine, y prononcèrent des discours fort applaudis.

Il nous faut enfin noter la triste cérémonie qui, le 22 juillet 1903, réunissait à Maisons-Alfort plusieurs fonctionnaires des deux préfectures autour des représentants élus de la circonscription et du canton pour les obsèques des quatre victimes d'une explosion à l'usine Springer.

Alfort. - Le site d'Alfort, sur la rive gauche de la Marne, un peu au-dessus de son confluent avec la Seine, est exceptionnellement pittoresque. La rivière y baigne des îles boisées et les coteaux de l'autre rive offrent un panorama des plus agréables. En dépit des difficultés de la navigation, qui y est même assez périlleuse, il n'est pas douteux que, depuis une époque très reculée, ce rivage fut habité, surtout par des pêcheurs. On en a la preuve dans la découverte d'un tumulus gaulois, qui a fait l'objet d'une note du général Creuly dans la Revue archéologique de 1858-1859 (t. Il, p. 561). Les mentions d'Alfort au moyen âge sont rares: on en trouve une en 1362 sous le nom d'Hareford ou Harefort, qui semble être d'origine anglaise. C'était alors un manoir, portant le nom de son propriétaire. En 1612, on disait Hallefort, par corruption, et le domaine appartenait au sieur Mallet, audiencier en la Chambre des comptes de Paris. Plus tard, en 1641, le seigneur était Louis de Falcony, mais en partie seulement, car l'archevêché restait seigneur haut justicier. M. Chenal nous apprend qu'en 1667, à la mort de Falcony, le domaine passa à la famille Lamauzé, puis à Louis Lhéreau de Saint-Germain, qui, ajoute-t-il, la vendit à un représentant du roi pour y fonder l'École vétérinaire. Il doit y avoir là une légère omission, car l'abbé Leboeuf, auteur contemporain et très exactement informé, écrit vers 1755: « Ce lieu appartenait à M. Oursel, qui l'a fort embelli ».

Ce fut donc M. Oursel le dernier propriétaire et le véritable vendeur du château. La vente eut lieu en 1765 (27 décembre), par ordre du ministre Bertin qui avait fort admiré l'École vétérinaire fondée à Lyon, quelques années auparavant, par Bourgelat. A Alfort on imita les plans et l'installation de Lyon ; mais, si Bourgelat a droit au titre de fondateur, il ne fut pas ici directeur ; cette fonction fut dévolue à un de ses élèves, nommé Chabert. Supprimée en 1790 comme tous les autres établissements d'enseignement de l'ancien régime, l'École d'Alfort fut réorganisée par la Convention (décret du 29 germinal an III), et l'on peut dire que, depuis cette date, elle a toujours été l'objet d'améliorations de la part des pouvoirs publics. Les bâtiments anciens disparurent en 1840 pour faire place à ceux qui existent aujourd'hui et qui eux-mêmes ont été singulièrement agrandis et transformés, notamment en 1882.

Charentonneau. - Comme Alfort, Charentonneau fut, à l'origine, un domaine seigneurial, un fief, dépendant de l'abbaye de Saint-Maur. On le trouve mentionné, dès la seconde moitié du XIIe siècle, sous les formes latines Carentoniolum, Charentonellum, et plus tard, en français, Charentonnel ou Charentonneau. C'est, en tout cas, un diminutif de Charenton, et cela s'explique si l'on se rappelle que la commune de Saint-Maurice, qui lui fait face, se nommait naguère Charenton-Saint-Maurice. L'abbé Leboeuf, et M. Chenal après lui, ont donné la liste à peu près complète des seigneurs de Charentonneau sous l'ancien régime ; l'énumération n'en offre que peu d’intérêt. Les principaux furent Nicolas Braque et Philippe de Mézières sous Charles V ; les familles d'Harcourt, de Vaudémont, de Rieux au siècle suivant, celle des Alligret au XVIe siècle et au XVIIe siècle, et au XVIIIe siècle, celle des Gaillard. Le registre des sépultures de la paroisse de Maisons mentionne, à la date du 1er juin 1789, l'inhumation, dans le chœur de l'église, de « messire René Gaillard de Monmire, seigneur de Charentonneau, âgé de 77 ans ou environ ». Sous Napoléon Ier , le domaine appartint au maréchal Berthier, qui, en 1808, devint propriétaire de Grosbois. De nos jours, Charentonneau a été loti et constitue désormais un quartier important de la commune de Maisons-Alfort.

II - Modifications territoriales et administratives.

La plus importante modification qu'ait subie le territoire de la commune est sans contredit celle qui est résultée de la création d'une commune à Alfortville. La ligne de démarcation a été fournie naturellement par les voies du chemin de fer de Lyon, puisque le rempart formé par elles avait été le principal argument en faveur de la séparation. Rappelons une fois de plus que cette disjonction de territoire eut lieu en 1885.

D'autre part, une loi du 11 avril 1902 a rectifié les limites de Maisons-Alfort et de Créteil, en attribuant à la première de ces deux communes la portion de territoire limitée au nord par le chemin de grande communication n0 47, et à la seconde la portion de territoire contenant la rue de Mayenne. Dans la Notice historique sur Créteil, nous avons indiqué (p. 20) que Maisons-Alfort cédait 4 hectares, 38 ares, 35 centiares, et recevait 6 hectares, 1 are, 40 centiares ; le chiffre des habitants ainsi échangés était respectivement de 55 et de 51 habitants.

Administrativement, Maisons-Alfort a toujours appartenu au district, puis à l'arrondissement méridional du département. Lors de la création des cantons, en 1790, la commune dépendit du canton créé à Saint-Maur, mais l'éloignement relatif de ce chef-lieu amena des protestations, et Charenton-le-Pont lui fut préféré dès 1792. Depuis lors, Maisons-Alfort n'a plus cessé de faire partie de ce canton.

Quant au chef-lieu de la sous-préfecture, il resta à Sceaux jusqu'à la suppression de cet organisme dans le département de la Seine. En 1835, le Conseil municipal de Maisons, consulté sur l'opportunité d'un transfèrement, avait proposé Charenton, puis Montrouge, voire même Joinville-le-Pont, mais sans succès (Chenal, p. 119) (61).

III - Annales administratives. – Liste des maires.

Instruction. - Une très curieuse délibération de l'an IX (1801), relative à l'instruction primaire, n'a pas échappé à M. Chenal (p. 88) (46-47). Il y est dit, que pendant les cinq jours complémentaires, un concours sera ouvert dans le temple (église) de la commune, en présence des maire, adjoint et membres du Conseil municipal. Des prix seront distribués à chacun des deux élèves qui auront été jugés les plus instruits dans la lecture, l'écriture et les calculs élémentaires. Un prix de sagesse sera aussi attribué à l'élève qui se sera le plus distingué par son assiduité au travail et aux instructions, et par son respect et sa soumission envers ses père et mère. Nous avons retrouvé, aux archives de la Seine, l'arrêté du sous-préfet de Sceaux approuvant cette fondation. Il est précédé du considérant suivant : « Cet acte tend au double but d'exciter les enfants au travail et de les mettre dans le sentier de la vertu, principale source de la félicité publique et du bonheur particulier ».

Les rouages de l'instruction primaire furent réduits au minimum, comme installation et comme personnel enseignant, durant la plus grande partie du XIXe siècle. C'est à la troisième République que revient l'honneur d'avoir créé les groupes scolaires d'Alfort, de Charentonneau et du Centre.

Octroi.- L'octroi municipal ne date que de 1845. Il fut modifié et étendu à un plus grand nombre de produits en 1864.

Moyens de transport. - Fort longtemps, les habitants furent réduits à leurs seules ressources, - les voitures particulières ou le voyage pédestre, - pour se rendre à Paris et en revenir. Les lourdes diligences suivant les routes de Genève ou de Belfort auraient certes refusé de leur donner accès ; ils eurent sur elles leur revanche quand pour eux le chemin de fer, plus accueillant, ouvrit une station à Maisons-Alfort en 1849.

Quelques années plus tard, la Compagnie générale des Omnibus créa un service de banlieue qui partait de l'ancienne barrière de Charenton, suivait le trajet actuel du tramway de Charenton (Écoles), franchissait le pont et gagnait Créteil en desservant.

Maisons-Alfort par la route de Genève jusqu'à l'église et le chemin de grande communication dit aujourd'hui rue Victor-Hugo. En 1875, le point de départ de ce service fut reporté au pont de Charenton, terminus de la ligne de tramways Louvre-Charenton ; puis, en 1881, l'exploitation cessa par suite de la création du tramway Charenton-Créteil ; mais, comme cette ligne emprunte la route de Belfort, le centre de la commune n 'était plus desservi. De multiples réclamations amenèrent la restauration du service par la route de Genève en 1887, la commune fournissant à cet effet une subvention qui, de 3 500 francs, fut élevée à 5 000 francs. La création du service de tramways Bonneuil-Concorde, en 1900, donne aujourd'hui aux habitants toute satisfaction pour la rapidité du transport, soit jusqu'au pont de Charenton, où ils trouvent les bateaux, soit jusqu'à Paris même.

MAIRES DE MAISONS-ALFORT Roger (père). 1790-1791. Bernard 1791-1793. Poret 1793. Roger (fils). 1793-1795. Nommé de nouveau maire en 1800 après la période des municipalités du canton. Dodun (marquis) de Kéroman 1813-1855. Mort en fonctions. Véron 1855-1870. Bourguignon (François-Augustin). 1871 - 1878. Faitot (Jean-Baptiste). 1878 (21 janvier – 1er août). Démissionnaire. Philipppot (Pierre). 1878-1881. Démissionnaire. Busteau (Isidore). 1881-1884. Durst (Christian-Edmond). 1884.1896. Chenal (François-Amédée), 1896-1901. Démissionnaire. Champion (Eugène). 1901. Réélu le 14 mai 1904.

IV - Monuments et édifices publics.

Église. - Dédiée à Saint Remi, archevêque de Reims, l'église paroissiale remonte dans ses parties les plus anciennes au XIIe siècle, notamment le clocher, surmonté d'une flèche à huit pans, qui paraît dater du XIVe siècle. Le chœur est du XIIIe siècle.

Nous avons indiqué plus haut (p. 11) les travaux de restauration dont cet édifice avait été l'objet, quelques années avant la Révolution ; ce ne furent pas les seuls. En 1845, il fallut procéder à une réfection presque complète, dont le devis atteignait 37.000 francs. Après de longues difficultés, le Conseil municipal vota pour sa quote-part 15 000 francs, au lieu des 17 000 francs que la Préfecture lui réclamait. Les archives de la Seine possèdent sur cette affaire un volumineux dossier.

De nouvelles réparations furent rendues nécessaires après la guerre de 1870-1871.

Mairie. - La commune fut très longtemps dépourvue de mairie. Au début de la Révolution, les assemblées générales se firent, suivant l'usage, dans l'église ; puis, la municipalité se réunit, soit chez le maire, soit au presbytère, et, à partir de 1813, date où le marquis Dodun devint maire, invariablement à son domicile.

Toutefois, par délibération du 7 février 1814, le Conseil émit le vœu de construire, « à l'instar des communes voisines, une maison commune dans laquelle il y aurait salle de mairie, chambre pour les archives, logement pour le maître d'école, classe convenable, corps de garde, dépôt pour les gens arrêtés ». Cette délibération fut renouvelée le 11 octobre suivant, et l'architecte de l'arrondissement, Molinos, présenta un devis de construction sur la place de l'Église, dans la partie contiguë à la route royale, niais avec un retrait de 8 mètres sur les propriétés voisines ; la dépense prévue était de 11 967 fr. 27. Une ordonnance royale du 8 juillet 1835 autorisa la commune à s'imposer extraordinairement à cet effet et le bâtiment fut, en effet, construit.

Moins de vingt ans plus tard, il était jugé insuffisant. En 1862, le Conseil décida d'acquérir les bâtiments désaffectés d'une ferme sise à l'angle de la Grande-Rue et de la rue de Charentonneau. Les travaux que l'on avait cru devoir être peu importants durèrent deux ans et coûtèrent, dit M. Chenal, 118 135 francs. L'inauguration eut lieu le 15 août 1864. Enfin, en 1894, fut votée l'acquisition de la mairie actuelle, ancien fief de l'Image, ancienne propriété Lesieur, qui, nous l'avons dit, a été solennellement inaugurée le 12 août 1896.

Cimetière. - Depuis la construction de l'église, le cimetière s'étendait, conformément à la liturgie catholique, à l'ombre de l'édifice. Il en fut ainsi jusqu'à 1825, date d'acquisition du cimetière actuel, qui fut ouvert l'année suivante. Par respect pour la mort, l'ancien cimetière resta intact plusieurs années ; même, à la séance du 4 août 1832, la majorité du Conseil repoussa avec quelque véhémence la proposition de démolir le mur de clôture qui s'écroulait, et vota un crédit pour le faire restaurer. Ce n'est qu'en 1844 que le terrain fut nivelé et la place de l'Église constituée.

BIBLIOGRAPHIE

L'ABBE Leboeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. V, pp. 3-9 de l'édition de 1883. Chenal (A.), Histoire de Maisons-Alfort et d'Alfortville depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ; Paris, Asselin et Houzeau, in-12 ; 285 pp.


Alfort – L’école vétérinaire. (1861) - La Bédollière

Histoire des environs du nouveau Paris (Paris 1861) Emile Gigault de la Bédollière (1812-1883)

Alfort – L’école vétérinaire. (1861)

« En face de Charenton, de l'autre côté de la Marne, est le village d'Alfort. Le vieux pont qui les unit tombait en ruines, quand, au commencement de l'année 1861, on s'est décidé à le reconstruire. En même temps, on canalisera le petit bras de la Marne, afin que cette rivière soit navigable en tout temps.

Alfort ne forme qu'une seule commune avec Maisons, situé à deux kilomètres de distance. La métropole de cette agglomération, qui comprend 3,254 habitants, et qui n'en avait que 1,892 en 1850, tire son nom du latin Mansiones. Son église est surmontée d'un clocher bâti par les Anglais et qui mérite l'attention des archéologues.

C'est sur ce territoire de la commune de Maisons-Alfort qu'est située l'imposante forteresse qui devait être primitivement établie sur la rive droite de la Marne, et qui a conservé le nom de fort de Charenton.

Alfort était naguère le rendez-vous des canotiers. Sur le quai, Bauny et Chollet leur offraient des matelotes les plus succulentes, et dans l'île du Moulin était un cabaret très achalandé. Les navigateurs ayant pris une autre direction, la joyeuse maison de Bauny est devenue une manufacture de papiers peints ; la maison de Chollet a disparu, et le propriétaire de l'île, assez riche pour faire autour de lui la solitude, a donné congé aux restaurateurs qui hébergeaient les turbulentes flottilles. Le voyageur s’éloigne avec crainte de cette verdoyante oasis qu’il abordait naguère avec tant d’empressement, et où il y a, dit-on, des pièges à loup.

Le moulin d’Alfort, appartenait à M. Rieffel, est un des mieux aménagé qui soient en France, et on y a réalisé tous les progrès connus de la meunerie.

Si l’on jette les yeux sur notre plan, on remarquera, à l’extrémité orientale d’Alfort, une rue bordée d’un côté par un champ cultivé. Sur les bords de la Marne, contiguë à ce champ est une villa sans pareille, non seulement dans les environs d’Alfort, mais encore dans tout le département. Entre deux corps de logis, l’ingénieux propriétaire a jeté une cage de verre où croissent, arrosées par une cascade, les plantes les plus rares des régions intertropicales ; des perruches, des veuves, des diamants, des oiseaux de paradis gazouillent à l’ombre des bananiers, des dracænas, des araucarias, des cocotiers. Aux deux bouts de ce jardin d’hiver s’ouvrent sans cloison, à l’est une salle à manger, à l’ouest une salle de billard, toutes deux décorées avec luxe. Nous ne connaissons point d’habitation distribuée plus heureusement et d’un manière plus poétique. Le propriétaire, gallinoculteur maintes fois médaillé, a obtenu des variétés superbes et productives, par d’habiles croisements des races de crèvecœur, brahmapoutra, cochinchinoise, houdan, padoue et flêchoise. »

« La suppression de la poste a ôté beaucoup de mouvement à Alfort, quoique ce soit encore une station pour les rouliers ». Le chemin de fer de Paris à Lyon, inauguré le 9 septembre 1849, en facilitant les communications de Charenton, d’Alfort et de Maisons, a eu l’avantage de permettre à un grand nombre de Parisiens de se fixer dans ces parages, et nous en avons donné une preuve irrécusable en indiquant le chiffre de la population.

Aussi la commune de Maisons-Alfort est-elle en progrès ; les berges de la rive gauche de la Marne ont été consolidées par les soins du maire, M. Véron. Le vieux pont va être reconstruit en 1861, et il rivalisera en beauté avec celui du chemin de fer, qui n’a pas moins de 154 mètres de long. Le petit bras de la Marne, sur lequel était un moulin et qu’abritaient des arbres touffus, va être canalisé. Mais ce qui assure principalement la notoriété d’Alfort, c’est son école vétérinaire, unique dans le monde entier.

Le commencement du XVIIIe siècle fut signalé par l'invasion en Europe d'une épizootie des plus meurtrières, le typhus contagieux du gros bétail.

Sortie des steppes de la Russie méridionale, cette maladie pénétra en Italie, en France, en Allemagne, dans la Hollande, etc. ; elle ne cessa, pendant une longue période de soixante années, de décimer l'espèce bovine. D'après une statistique authentique, le typhus contagieux fit périr en France et en Belgique 10 millions de têtes de bétail. En estimant à 100 francs seulement chaque tête de bétail, l'agriculture depuis 1711 jusqu'en 1796, aurait éprouvé une perte d'un milliard.

En 1772, 1773 et 1774 la contagion et le typhus régnant dans les provinces méridionales, on dut recourir à l’assainissement général de tout le bétail compris dans le vaste triangle formé par la Garonne, les Pyrénées et l'Océan. Un arrêt du conseil d'État du roi prescrivit, le 18 décembre 1774, de payer à titre d'indemnité aux propriétaires un tiers de la valeur que les bestiaux auraient eue s'ils avaient été sains. Comme il résulte des documents que l'indemnité fut payée pendant une période de trois à quatre ans, il dut sortir bien près de 100 millions des coffres de l'État. C'est une circonstance à laquelle les historiens n'ont peut-être pas assez fait attention.

Aux désastres du typhus déjà si meurtriers vinrent s'ajouter les désastres non moins considérables occasionnés par les maladies charbonneuses et par l'inobservation des premières règles de l'hygiène. La création des écoles vétérinaires fut inspirée par l'intérêt que l'État attachait à la conservation des animaux dont les secours et la force suppléent journellement à l'impuissance et à la faiblesse des bras de l'homme.

Bourgelat, écuyer célèbre, homme de génie, ami de d'Alembert, de Voltaire, de Buffon et de Haller, etc., eut l'idée de créer des écoles vétérinaires.

Bertin, contrôleur général des finances et ministre d'État seconda les vues de Bourgelat, et fit décider par un arrêt du Conseil d'État (5 avril 1761) la création vétérinaire à Lyon.

Le gouvernement ne tarda pas à comprendre combien serait utile un établissement de ce genre aux portes de Paris ; il appela Bourgelat, et lui confia l'organisation et la direction de l'École d'Alfort. Elle est située dans le village du même nom, à l'angle que forme la route de Lyon par la Champagne et le Bourbonnais.

L'ancienne école a disparu ; elle a fait place à de grands et vastes bâtiments destinés aux divers cours, au logement des professeurs, des employés, des élèves et des animaux malades ; tout y est disposé pour répondre aux exigences de l'enseignement le plus large : aussi la réputation de cette école est-elle universelle.

Elle a eu successivement pour directeurs : Bourgelat, Chabert, Girard, Féart, Renauld et Delafond, directeur actuel.

Les hommes éminents chargés de la direction et de l'enseignement, le nombre considérable d'animaux malades qui de toutes parts affluent dans cette école, la variété des maladies qu'on y observe, la grande quantité d'animaux usés, hors de service, que fournit le voisinage de Paris, soit pour des expériences diverses, soit pour servir à l'instruction pratique des élèves, en font un établissement unique.

Chaque semaine (pendant l'hiver) on sacrifie une dizaine de chevaux aux travaux anatomiques ; pendant l'été, un nombre égal est nécessaire pour exercer les élèves aux opérations chirurgicales. Dans cet établissement on trouve de vastes écuries modèles pouvant contenir soixante-dix chevaux, des étables, une bergerie, une porcherie, un chenil pour le traitement des chiens.

Les soins sont gratuits ; les propriétaires ne payent que la nourriture, dont le prix est fixé à 2 fr 50 c. pour les chevaux, et à 60 c. pour les chiens ; les bêtes bovines sont traitées gratuitement, dans le but de les attirer dans l'établissement.

Les élèves peuvent avoir sous les yeux et étudier 60 chevaux et 30 chiens malades. Il y a tous les jours une consultation gratuite ; on y conduit en moyenne 1,000 animaux par mois. Ce service, le plus important, est confié à deux professeurs éminents, MM. Bouley et Reynal.

On comprend qu'avec de pareils éléments d'enseignement, l'Ecole d'Alfort ait toujours été le rendez-vous des hommes de tous les pays du monde qui ont voulu apprendre la médecine vétérinaire. L'instruction en France a porté ses fruits ; la médecine vétérinaire s'est propagée : la Suède, le Danemark, la Prusse, l'Autriche, la Russie, la Sardaigne, l'Egypte, Constantinople, l'Amérique, etc., ont toujours envoyé des élèves à cet établissement ; c'est encore là que viennent se perfectionner les savants qui se destinent au haut enseignement dans les pays étrangers.

Jusqu'en 1850, le ministre dans les attributions duquel se trouvent les écoles vétérinaires est toujours venu présider la distribution des prix.

Un événement historique se rattache à la présidence de l’un des ministres.

Martignac, au mois d'août 1828, commence son discours par cette phrase : Je veux reposer ma pensée inquiète et fatiguée en reportant avec bonheur mes souvenirs vers le jour des couronnes ! Ce fut à l'École d'Alfort que ce ministre libéral exprima ses premières craintes sur l'avenir de la dynastie. 1814 marque, comme nous l'avons dit plus haut, une époque mémorable pour l'Ecole d'Alfort.

Un des intrépides défenseurs du passage de la Marne est enterré dans l'Ecole: un modeste tombeau rappelle aux générations à venir la noble conduite des élèves à cette époque critique de l'histoire de la France.

Cette tombe est entretenue avec un soin religieux par l'administration. Elle porte cette épitaphe :Ci-git Jean-Marie Pigeon (de la Seine), élève de cette Ecole, tué à la défense du pont de Charenton, le 30 mars 1814.

Priez pour son âme.

Dans le grand amphithéâtre il y a le buste en marbre de Bourgelat, sculpté par Boizot, avec cette épigraphe :

Claudio Bourgelat equiti, ob institutam artem veterinariam discipuli memores, annuente rege, posuere anno MDCCLXXX.

Les élèves sont au nombre de deux cent cinquante et sont rangés en quatre divisions. Le prix de la pension est de 400 francs par an.

C'est a l'école qu'a été formée par M. Féret cette belle race d’anglo-mérinos remarquable par la longueur et la finesse de la laine ; elle sert à fabriquer les étoffes cachemires français de MM. Biétry et Dauvin.

De l'école dépendent :

Un beau jardin de botanique, renfermant les principales plantes médicinales et les plantes fourragères ;

Un magnifique cabinet où se trouve réuni un grand nombre de sujets d'études, et dont la richesse attire les étrangers ;

Une bibliothèque de six mille volumes ;

Des ateliers de forges très spacieux. Le monde ne sait pas que la ferrure indispensable à l'utilisation du cheval est un moyen à la fois orthopédique et de redressement de chevaux boiteux. Le ministre de la guerre entretient à ses frais quarante élèves destinés à entrer dans l'armée. A une époque où toutes les carrières sont encombrées, la profession vétérinaire ouvre les bras aux jeunes intelligences ; elle ne conduit pas à la fortune, mais elle est des plus honorables et des plus utiles par ses relations avec l'agriculture, les haras, et l'influence que la production animale exerce sur la prospérité publique.

Quelques chiffres le prouveront. En comprenant toutes les espèces, le bœuf et le cheval jusqu'au mouton, la France renferme environ 55 millions de têtes de bétail, représentant une valeur approximative de 3 milliards.

Les pertes provenant des accidents et des épidémies sont évaluées annuellement à plus de 40 millions, c'est-à-dire à 1 fr. 33 c. pour 100 de la valeur du bétail.

Cette perte énorme s'explique par l'absence de soins de la plupart des habitants des campagnes, par l'état insalubre des étables, la mauvaise qualité des fourrages sur plusieurs points, le travail forcé, les mauvais traitements, enfin par le nombre insuffisant des vétérinaires. Le gouvernement peut seul le mettre au niveau des besoins, en garantissant une position aux élèves qui sortent de l'École d'Alfort.

Histoire des environs du nouveau Paris (Paris 1861)

Emile Gigault de la Bédollière (1812-1883)