85177 - Notre-Dame de Coussay - Ouest-Éclair du 01/02/1940 et du 20/04/1941

De Geneawiki
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

< Retour à Le Poiré-sur-Velluire

Article de l'Ouest-Éclair du 1er février 1940

Les ruines de l'ancienne église Notre-Dame de Coussay

1940-01-02 85 05.jpg

Lorsqu'on va de Poiré-sur-Velluire au Langon, par cet étroit chemin qui enjambe la voie ferrée, on remarque, sur la droite, échouées au sommet d'une butte comme un vaisseau de haut-bord sur la grève, les ruines d'une antique chapelle. Ces vestiges autour desquels tournoient inlassablement vanneaux et alouettes, dominent toute la plaine.

On jouit, à cet endroit, d'une solitude immense. Le village le plus rapproché est à 1 kilomètre.

Les voûtes du sanctuaire n'existent plus, leurs débris jonchent le sol. Les baies sont vides de leurs vitraux et s'ouvrent en plein ciel. Le vent, qui fait frissonner alentours les quelques haies peuplant ce désert d'un vert de pastel, souffle dans ce long corridor de pierres comme sur une harpe éolienne, On y croirait entendre comme un chuchotement de prières.

Les chapiteaux s'ornent de nombreux « graffiti » souvenirs de pèlerins. de promeneurs, d'amoureux romantiques qui ont confié à l'immortalité le secret d'une heure. Telle est, aujourd'hui, la pauvre image de ce qui fut l'église paroissiale de Notre-Dame de Bon-Secours de Coussay dont les origines sont bien lointaines et imprécises. Notre-Dame de Coussay, qui fut bâtie, dit-on, par des naufragés échappés d'une furieuse tempête, appartenait au doyenné de Fontenay. Ses ruines jalonnent la plaine depuis fort longtemps. Toutefois, on conserve à l'église de Poiré-sur-Velluire, dédiée à Saint-Nicolas, patron des mariniers, la statue de Notre-Dame de Bon-Secours qui ornait, jadis, son autel.

Le même document qui nous indique ce détail mentionne également deux donations curieuses faites à la cure Saint-Nicolas-de-Velluire. La première, de 12 livres, à la charge d'acquitter 12 messes et de donner 3 livres à une pauvre femme qui assistera à ces offices; la seconde est une fondation de 115 livres de rente pour habiller quatre pauvres filles et trois garçons.

Par , sa situation, l'église de Coussay était à l'abri des marées qui se faisaient ressentir — parait-il — jusqu'au delà de Maillezais. En fermant les yeux, on s'imagine très bien le paysage : d'interminables marécages émaillés de salines, hérissés d'îles sur lesquelles s'élevaient abbayes et prieurés.

C'est ce même éloignement qui a causé, de notre temps. la perte de ce gracieux et fier monument dont l'histoire, elle-même, finira par sombrer dans l'oubli des Ages révolus.


Article de l'Ouest-Éclair du 20 avril 1940

Un aspect des ruines de la très ancienne chapelle Notre-Dame de Coussay

1941-04-20 85 04.jpg


En regard du marais et de la plaine, un coteau immense que pique une tache blanche : les ruines de la chapelle de Notre-Dame de Coussay.

Quelques maigres boqueteaux parsèment ici et là les terres fraichement labourées. Un sentier qui prend naissance sur la route du Poiré au Langon, s'élève lentement jusqu'au sommet du mamelon d'où l'on découvre un panorama incommensurable De larges inondations stagnent au sud-ouest, le long des rives de la Vendée. Partout ailleurs, c'est la plaine déserte et silencieuse comme un océan, aux lointains enrobés de l'océan aux lointains enrobés de bleu et d'incertain.

Il subsiste bien peu de chose de cette chapelle de Notre-Dame de Coussay qu'auréole une légende, On prétend que ce sanctuaire fut construit par des mariniers échappés au naufrage, sur l'emplacement d'un temple païen. Nos lecteurs savent que vers 1100 la mer s'étendait jusqu'à. Montreuil et Maillezais et formait le golfe des Pictons. Il est possible qu'une embarcation ait chaviré a proximité de l'Anglée et que les rescapés se soient réfugiés sur cette éminence de terrain dont nous venons de parler, mais les documents sérieux, capables d'accréditer cette fable. font défaut. Par contre. il n'est pas douteux que la chapelle a été bâtie au 11e ou 12e siècle. A cette époque. elle devint église paroissiale; autour d'elle, s'élevaient de nombreuses maisons. Cette petite localité balança les destinées du bourg du Poiré, alors hameau minuscule. Au 13e siècle. l'équilibre se rétablit au bénéfice du Poiré sur Velluire. S'il faut en croire Brochet. les immeubles de Notre-Dame de Coussay furent « transférés » à l'Anglée et au Poiré-sur-Velluire,.. Ce n'est toutefois qu'en 1630 que les offices religieux cessèrent d'avoir Iieu régulièrement à Notre-Dame de Coussay. Le très antique cimetière qui entourait la chapelle fut mis en adjudication, pour vente publique, le 26 août 1699

« Aujourd'huy dimanche, vingt-sixième jour du mois d'avril 1699, au devant de la grande porte etprincipale entrée de l'église de Saint-Nicolas du Poiré, à l'issue des vêpres, au son de la cloche, maitre Louis Turpaud, procureur fabriqueur de la dite église de Saint-Nicolas et de Notre-Dame de Coussay, lequel, en vertu de la procuration spéciale à lui donnée par Messire Guy Dumesnil, prêtre curé de cette paroisse. a exposé et mis à vente une pièce de terre gaste et en friche, contenant en soy deux boisselées environ, sise près de l'église dudit Coussay au fief et seigneurie de l'Anglée.
« Et en cas qu'il se trouve en icelle quelque vieux tombeau ou quelque autre belle pierre de taille, l'adjudicataie sera tenu d'en avertir le dit fabriqueur. »

Il est indiqué, dans ce document, que la pièce de terre dont il s'agit, n'est d'aucun revenu pour la fabrique, ce qui permet de croire que le cimetière de Notre-Dame de Coussay était déjà abandonné depuis longtemps.

Jusqu'à la Révolution le jour de l'Assomption, la chapelle fut un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Une messe était dite en plein air, sur le sommet de la colline: après quoi, les fidèles regagnaient, en procession, l'église Saint-Nicolas du Poiré où se terminait la cérémonie.

Le mariage de Charles Rouhaud et de Marie Vairon veuve de René Fleurisson, fut semble-t-il, le dernier office religieux célébré â Coussay (22 juin 1797). Ce fut un mariage fertile en impromptus. Tout d'abord, les accordailles ne purent être sonnées, la cloche ayant été jetée dans un puits par les révolutionnaires. Et puis, quand on voulut allumer les cierges, le sacristain ou le curé s'aperçut qu'on avait oublié d'apporter du feu: il fallut courir en chercher jusqu'à l'Anglée,..

La décadence de ce pieux edifice a été relativement rapide. Isolé sur sa colline, il a été, peu a peu, livré aux intempéries et a lui-même. Les voûtes se sont effondrées une a une; les murs ont croulé. La dernière accule est tombée il y a quelque temps,.. La chapelle Notre-Darne de Coussay, dans quelques années, ne sera plus qu'un souvenir.


Voir aussi.png Voir aussi (sur Geneawiki)