85111 - Textes en patois de l'Île d'Elle

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Textes en Patois de l'Île d'Elle (VENDÉE)



AUX NELLESAIS , poème de Jules Guérin , 1873 - en Poitevin Saintongeais -



AUX NELLESAIS

Quemoincins pre chez nous, le rechte vindrat à dare.

A vous, lés vegnerins et lés bons fagotous,

Labourous Nellesais, à vous , à vous tretous

Tchiau petit mot de souvenance.

I ve parle in jarguin que ve quenussez baï,

I l'ai parlé longtemps sous vos cosses daubaï

Dès ma petite quenussance.

M'est avis qu'i ve vouet ditchi rouillai lés eils!...

Bisseillant , reniffllant , pllissant vos cipreceils ,

Velat que ve-z-allez me dire :

— Au t'en souvint-au baï dau patois de tchiaulins ?

— Tchi? ma? si m'en souvins ?... Allins, allins, allins,

I cret bai que ve velez rire.

Oh voui qu'i m'en souvins! Fai trop bai sodgiu;

I l'ai parlé huit ans tout le mu qu'ai poudgiu

Ien sait encore ine goulaye.

Daus mots ien ai pet-être obllié tchiuques-ins;

Mé ve me reprendrez, ve-z-aoutres, lès voisins,

Si ma quenoille est trop mélaye.

Qu'est-au qu'i va ve dire anit , pre quemoincaï ?...

Lés garçins daus Tchiéréas allant-eils bourgnassaï

De tchiau temps à la soulaillère ;

Et pre lés écoutai , lés fegles, en bouillaou,

Vont-elles quintre-zu s'assire à tchiu rouillaou

Et lés mains dans la migaillière ?...

Ah ! gle sont loin lés temps lavour lés bourgnassous,

Taillant , lés lussetéas, apointant lés fessous,

Fasiant tant causaï Jeanne Auvarte !...

Quand , sur le seil assis, Pierre battait son dail,

Jornolère , à couté , galopait au soulail ,

Lés pioses dans sa couvarte

Au l'était le béa temps dau galouc, dau sorçaï ;

Tout queme au jour d'anit gl'entendiant ramissaï

Toutes lés nits dans lés venelles;

Lés belaous, lés gorets, lés poulains, lés grapaous

Sur le pllin de minnit fasiant avoir daus paous

Aux jènes feglaoudes de Nelles !...

Le ser, à la veillaye , ine bouse , in cosset,

Autour d'in béa grou fu souvent réunissait

Et le voisin et la voisine;

Le vin nouvéa mettait tous lés grabots contents !...

Béacot de tchiers d'ougnin s'allumiant, en tchiau temps,

A la chandelle de rousine.

Ah! queme autour dau fu tous tchiés fuséas viriant !...

Queme tchiés jênes gas en grand soulas couriant

Les grand'galipotes barayes !...

Et le dimanche au ser, queme au fallait dansaï,

0 jouaï dans la rue au palet à fessaï !...

Queme on passait baï ses sérayes !...

Lés temps sont bai changés, et pis le minde aussi !...

Mé le minme soulail fait trejous, Dgiu merci,

Su lés champs couri lés urgnoles;

Lés petits cheminets sont trejous plleins d'arjaous;

Au vint aussi trejous de béas coquelijaous

Sous la Traille et dans lés Vegnolles.

Ah! qu'i me souvins baï de vos petits batéas,

Daus quenards, daus foussets, daus pins, daus abotéas,

Daus piblles de su la levaye

Qui se miriant dans l'aïve au bord dau contrebot,

Daus pibolous allant, avec in grou viu bot,

Cri daus achets pre la vremaye.

En rêve i vouet souvent de tchiés béas grous porllins,

Que, vers la Saint-Micha , le minde , à genoillins;

Allant ramassaï dans lés mottes.

O bé din tchiau béa lin daus Toranges , dau Bot,

Dont lés femmes, l'été, rabâtant le grabot,

En casaquin et en marmottes.

I voua, dans le marais, daus soulas de pirins,

Et dans lés bois, l'hiver, daus grolles, daus hérins

Daus corpejaous et daus oibrettes,

Et daus batéas calés sous le pin de Marans ,

Et daus jarbes d'oisis s'en allant au courant,

Avec la charve et lés mojettes.

Allez , tournez, virez, au faut couri bai loin,

Pre trouvaï su la téare in si béa petit coin

Que netre commune de Nelles

Créyez-mou , n'allez pas attrapai les gorins !...

A couté tout le minde et pi ses envirins

Ne valant pas quatre cenelles.

De Luçin à Niort a-t au rin de pareil

A la veille Vendaye, in ser dau mois d'avreil,

Quand dans son batéa qui rangouille,

Chaquin revint chez soué , marnayé mé content

Les ins causant, d'aoutres maniant en chantant

Le fourchet o bé la pigouille.

I vu , si le bon Dgiu me donne assez d'esprit ,

Ve mettre à mon lesis, tchiés chouses en écrit ,

Au n'est point petite besougne ;

Aussi baï tchiuques-ins me disant : « Mon garçin ,

« Voués-tu baï , tchiau qu'i t'a baillé tchiel entresin

« Est battu dau saint de Cigougne.

« Te devrais, crés-mou din , l'y mettre in talebot;

« I te dis , mon béa fail, que glat dans son grabot

« Ine urgne !... au moins ine aritaoude ;

« Gle det avoir été mordu d'in chin gâté,

« 0 bé din , dans lés champs, dans le pllin de l'été,

« Piqué d'ine mouche courtaoude. »

Ma foué, pet-être baï!... mé pisqu'i sé lancé,

Que velat mon seglin déjà bé quemoincé,

Léchez marchaï ma jement bllanche !...

Ne huchez pas si fort après mé bus sement,

Et, châ petit châ pouas, en allant doucement,

I finirai bai tchielle pllanche.

I sait baï , més amis , i queme i ve-z-au disais

Que pre mettre en tchiés vers Nelles , lés Nellesais,

Et lés Sauzas et Bellevue,

L'Autre-bout, l'Audairie et pis le Priauté,

La Garne et lés uméas que gl'en avant ôté,

Et tchielle église toute nue;

Que pre contai lés tours de tous lés Tchiéroléas

Pre ye dire combaï de grolles , de grolléas

Lés hutaïs tuant dans lés châgnes,

0 combaï daus Tapins jusqu'au pé dau Rochaï

Lés rudes fagotous pourriont ve-z-arrachaï

De tchiés belles cosses de frâgnes.

Pre parlai de tout tchiu , dau coupimbre au rifaou ,

Pr'arrimaï tchiés ditins à pu près queme au faou,

Ien ai baï pr'ine rabinaye;

Et pis, quand iérai pris tchiuque boune lêcin,

Faudra baï qui ve mèche entraoude ine chansin

Qui ve-z-amuse in goulaye.

Allins , i m'aprecet qu'au d'est assez pr'anit ,

Et que lés passeréas, qui n'aimont point la nit,

Sont déjà jouqués dans la barge !...

Bon ser din , les amis!... agrouez vos cossets,

Et pre ve garanti daus chussins, daus mussets ,

Tirez baï vos ridéas de sarge.



NOTA. Les ll qui suivent immédiatement une consonne se prononcent mouillées.

Les lettres gl se prononcent comme les ll mouillées ou comme le gl italien dans moglie, figlio, figliulo, pigliare, etc.

Les syllabes tchi, dgi se prononcent absolument comme en italien ci dans cio , perriocche, etc. et gi dans già, giugno, giulio , etc.



LES BEGNOUS , poème de Jules Guérin , 1885




LES BEGNOUS

QUINTE (conte).



LES BAIGNEURS

(Légende).

Récit fait par la jeune Lisette à son amie Francet.





Lisette.

Francet, c gliat (1) in on, ma chère,

Louise.

Françoise, il y a un an, ma chère,

Francet. Onrère! (2). Françoise. Faut-il!
Lisette.

I m'en allais cri daùs porglins.

Louise.

Je m'en allais quérir des petites poires.

Francet. Allin! Françoise. Ah!
Lisette.

En passant vers la Ridelère,

Louise.

En passant vers la Ridelière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!





Lisette.

Iè vu trois béas jolis garcins.

Louise.

J'ai vu trois jolis garçons.

Francet. Allins! Françoise. Ah!
Lisette.

Qui s'amusiont dans la rivère,

Louise.

Qui s'amusaient dans la rivière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Gle nagiont queme daus pouèssins.

Louise.

Ils nageaient comme des poissons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Ni devontaou, ni devontère,

Louise.

Ils n'avaient ni ceinture, ni tablier,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Glaviont léché lus canussins.

Louise.

Ils avaient quitté leurs caleçons.

Francet. Allins! Françoise. Ah!





Lisette.

Pas minme ine fugle de lère,

Louise.

Ils n'avaient pas même une feuille de lierre,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Pre lu servi de coteglins.

Louise.

Pour leur tenir lieu de jupons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Ni pavas, ni glaous, ni queglère!!!

Louise.

Il n'y avait là ni carex, ni glaïeuls, ni sagittaires,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Gl'êtiont en péa jusque aus talins!

Louise.

Et ils étaient-nus jùsqu'aus talons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Mé l'aive n'était pas bé cllère (3),

Louise.

Mais l'eau n'était pas bien claire,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

O gli a de la bourbe laulins.

Louise.

Il y a de la bourbe en cet endroit.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

I avais perdu ma jarretère,

Louise.

J'avais'perdu ma jarretière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

I marchais tout à carcaglins.

Louise.

Je marchais mal à l'aise en écartant les jambes,

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Ma chaousse chésit tout entère,

Louise.

Mon bas finit par tomber tout entier,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

En courcaillet su mé talins.

Louise.

En plis nombreus sur mes talons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Et, pre mussaï sous la barrère,

Louise.

Et, pour, passer sous la barrière.

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

O faut se mettre à genoglins !

Louise.

Il faut se mettre à deus genous !

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

I me râlit tout en colère,

Louise.

Fort en colère, je me glissai en me courbant,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Bè vite entre dus grous mulins.

Louise.

Vite entre deus grosses meules de foin.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

I rattachis ma jarretère,

Louise.

Je rattachai ma jarretière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Avec dus béas petits galins.

Louise.

Avec deus beaus petits galons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

O passit in sorçaï, ma chère,

Louise.

Passa un sorcier, ma chère,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Bè sur glètait pas de tchaulins.

Louise.

Pour sûr il n'était pas de par ici.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Brete ! la bonde tout entère,

Louise.

En un clin d'œil, la bande tout entière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Tout queme in soûlas de pirins,

Louise.

Comme une troupe d'oisons,

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Fèsit in béa calaou, ma chère,

Louise.

Plongea dans l'eau, ma chère,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Et bâsit queme en revolins.

Louise.

Et disparut comme en tourbillons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

La nit venait.....; la Pouzinère,

Louise.

La nuit venait...; les Plèyades,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Se levait, dret en Genoillins.

Louise.

Se levaient sur Genoillins (tènement).

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

O broumait, o subliait, brenère !

Louise.

Cela mugissait, cela sifflait, horreur !

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Tout queme in bournais de melins,

Louise.

Comme Une ruche de frelons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Tout d'un coup vers la Garinère,

Louise.

Tout à coup, vers la Guèrinière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

O s'en ondgit (1) en parpaillins.

Louise.

Tout cela s'en alla en papillons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

I'étais chète... Dans la rivère,

Louise.

J'étais tombée... Dans la rivière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

O gargouillait à grous bouillins.

Louise.

Il y avait un bouillonnement énorme.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Pu de drôles ! Pidè ! misère !

Louise.

Plus de garçons... Pitié, misère !

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

J m'en vindgit à retchulins.

Louise.

Je m'en allai à reculons.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Et, le lendemain, Jornolère,

Louise.

Et le lendemain Jornolère,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Trouvit là-bas sis sabarins.

Louise.

Trouva là-bas sis chaussons de cuir.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Dempis tchiau temps, su la rivère.

Louise.

Depuis ce temps, quand, sur la rivière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Quand o passe tchiuques hâlins.

Louise.

Il passe quelques malandrins désœuvrés.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

G'llentendont vesounaï, ma chère,

Louise.

Ils entendent des ronflements,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Que in soûlas de violins.

Louise.

Comme si un grand nombre de violons jouaient.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

O brâille de toute manère,

Louise.

Cela crie de toute manière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

O l'èloide, o fait daus chalins. (4)

Louise.

Il éclaire, il éclaire (1).

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Francet, faut faire ine prière,

Louise.

Françoise, il faut faire une prière,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Vouès-tu, quand te passes laulins.

Louise.

Vois-tu, quand tu passes par là.

Francet. Allin! Françoise. Ah!





Lisette.

Et pis si te vus pas me crère,

Louise.

Et puis si tu ne veus pas me croire,

Francet. Onrère! Françoise. Faut-il!
Lisette.

Té, demande à Rose Bourglins !

Louise.

Tiens, demande à Rose Bourglins.

Francet. Allin! Françoise. Ah!
J. GUÉRIN.          
Mesnil-sur-1'Estrée, 24 août 1885.

(l) gl se prononce comme, en italien.

(2) Onrère! exclamation à peu près intraduisible, exprimant le regret, le dépit. Onrère, allins, reviennent si fréquemment dans les conversations, à propos et hors de propos, que j'en ai fait le refrain de cette légende.

(3) Les deus ll sont toujours mouillés.

(4) Èloide, éclair violent accompagné de tonnerre. Chalin, éclair à peine entrevu à l'horizon, provenant de nuages orageus tellement éloignés qu'on n'entent pas gronder le tonnerre.



VILANELLE , poème de Jules Guérin , 1885



VILLANELLE

A M. Augustin Simonneau.


VILLANELLE

A M. Augustin Simonneau (l).




Écrivins daus villanelles, Écrivons des villanelles,
I n'è rin vu de si béa. Je n'ai rien vu de si beau
Dans, netre patois de Nelles. Dans notre patois de Nelles.



A couront pouet lés venelles, Elles ne courent point les venelles,
Ni les russins daus Tchiéréa Ni les ruisseaus du Quèreau
Écrivins daus villanelles. Écrivons des villanelles.



I cret que tchès ritournelles, Je crois que ces ritournelles,
Pre vous seront dau nouvéa Pour vous seront du nouveau
Dans netre patois de Nelles. Dans notre patois de Nelles.



Pre faire ouvri les prunelles Pour faire ouvrir les prunelles,
I met tchiès vers à tréséa, Je mès ces vers trois par trois,
Écrivins daus villanelles. Écrivons des-villanelles.



Que diront lès Gautrenelles Que diront les Gautrenelles,
En voyant tchiel échuméa En voyant cette coupe faite
Dans netre patois de Nelles. Dans notre patois de Nelles.



Envoyins-laï aus cenelles, Envoyons-les aus cenelles,
Et, pre Gustin Simounéa, Et, pour Augustin Simonneau,
Écrivins daus villanelles Ecrivons des villanelles
Dans netre patois de Nelles. Dans notre patois de Nelles.
J. GUÉRIN.          
Mesnil-sur-1'Estrée, 26 août 1885.

(1) M. l'abbé Augustin Simonneau est l'auteur de l'important Glossaire du patois de l'Ile d'Elle, que nous avons publié.



GENVRAÏ , poème de Jules Guérin , 1874



GENVRAÏ

Sans chantai faliradondaines,

Su te jou dan pronaï de l'an,

On pourrait de cent rigourdaines

Composai pu d'in béa trelan.

Dès en quemoinçant la journaye,

Tous tchiés mindes s'en dégoisant;

Gle se disant,

En se bisant,

— Ségnur de Dgiu queme au l'est amusant!..-

I ve souète ine boune annaye !...

Au l'est, fouètre, in jou bé pllêsant.

Més chers amis de la Vendaye,

I ve souète ine boune annaye,

A vos femmes, vos fails aussi,

Douze béas grands mois sans souci

Sans procès et sans maladie,

A faire criaï « Méraudie ! »

Aux belles fegles de vingt ans

Daus hommes forts et bé portants ;

De l'aise enfin pre tout le minde...

Qu'au ne vinge pas ine érinde

Dans vos béas grands champs baillarjaous,

Ni de jaguenail, ni d'arjaous,

Ni de mache, mauvaise grene ;

Dgiu les confinde et lés ébrene

Avec tchiau chindent enragé

Dont Grimaou ve-z-at ennangé !

Que Tchiaou qui tint, éleve, abîme,

Garde vetre bilé de la brime ;

Que gle douve à vos porglounaïs,

Vos prunéâtaïs, vos coudinaïs,

A tous les âbres de vos mottes,

Poumes, rasins, à plleines hottes ;

Frutages d'hiver et d'été,

Et tout à trevire coûté ;

Pezéas, pataques et mojettes

A plleins sac, à plleines brouettes ;

Dau lin, de la charve à botéas,

Daus budets et dans jemontéas,

Daus vaches et daus chevolailles ;

Daus us, dau bure, daus volailles ;

Et lés perots et lés pirins

Tous lés pu béas daus envirins ;

Et dans melins et daus citrolles,

Et daus pibaous dans vos bourolles,

Et daus tchierpéas à plleins furets,

Et daus aillands pre vos gorets.

I souète aux brejaïs et brejères

Daus beglardes, dans dgilouères,

Et daus grelets dans les coutaous,

Et pis daus nicqs de râbretaous,

0 de pinsins à pllumes lisses

Dans les abopins daus palisses.

I souète à vos petits garcins

Que gl'apprenjeont bé lus lécins ;

Que gl'essartiont pouet lus tchiulottes

Ni lus bounets, ni lus calottes;

Que gl'écoutiont hé sagement

Ce qu'au dit monsieur le régent.

De més souets i ne sé pouet chiche,

Mé faut pretant bé qu'i finiche.

Quand, à la fin de vos béas jous,

Ve-z-érez à la devalaye,

Que dans son paradis, tretous,

Dgiu ve mèche en la grande allaye !...

Et ve n'avez pu, queme i vouet,

Ve-z-aoutres, qu'à dire : Ainsi-souet.

J. GUÉRIN.