79350 - Cahier de doléances - Villiers-en-Bois

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Extrait des Cahiers de doléances pour les paroisses relevant de l'Abbaye de Saint Maixent. : Département des Deux-Sèvres: Cahier de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, et des communautés et corporations de Niort et Saint-Maixent pour les États généraux de 1789, Léonce Cathelineau , Imprimerie G.Clouzot - Niort , 1912 , 463p.


VILLIERS-EN-BOIS

Dép. : Deux Sèvres. — Arr. : — Melle. — Cant. : Brioux.

Gén. : Poitiers. — Elect. : Niort. — Dioc. : Poitiers.

Haute justice ressortissant au marquisat de Fors.

Princip. cult. : blé.

Seigneur en 1750 : Madame Maboul.

Seigneur en 1789 : messire Sermenton. seigneur de Villiers-en-Bois.

Com. et indust. : bois.

Popul. en 1790 : 183 habitants.

Taille : 1870 L.


PROCÈS-VERBAL

Le procès-verbal de cette paroisse n'a pu être retrouvé. Le procès-verbal de l'assemblée préliminaire du Tiers état donne les renseignements suivants :

Date : 1er mars 1789.

Population : 38 feux.

Députés : Pierre Fort, et André Proust.


CAHIER DE DOLÉANCES

Cahier de l'Assemblée de la paroisse de Villiers-en-Bois.

Pour entrer dans les vues que Sa Majesté se propose, qu'il soit apporté le plus promptement un remède efficace aux maux de l'Etat et que les abus de tous genres soient réformés et prévenus par de bons et solides moyens qui assurent la félicité publique, comme il paraît par les lettres du Roi, données à Versailles le 24 janvier 1789 pour la convocation et l'assemblée des États Généraux de ce Royaume; du Règlement y joint et de l'Ordonnance de M. le Lieutenant Général de la Sénéchaussée de Poitiers, rendue en conséquence le 19 de ce mois, et de la signification qui nous en a été faite le vingt-quatrième jours du mois de février 1789, par Alexis Soulet, huissier royal, et premier huissier audiencier en la Sénéchaussée de Poitou et au siège royal de la ville de Niort.

Nous, comme bons et fidèles sujets, pour obéir et satisfaire aux dispositions du Règlement y annexé, avons procédé au Cahier de doléances, plaintes et remontrances et autres objets exprimés en la dite Ordonnance, avons reconnu et confessons avec fidélité qu'on peut considérer la paroisse de Villiers-en-Bois, par rapport à son terrain sous deux faces différentes :

Premièrement : Elle ne présente dans presque la moitié de sa surface qu'un terrain pierreux dont le tuf plat qui se trouve à moins d'un demi-pied du sol, embarrasse, à chaque pas que fait le laboureur, son fer de charrue, et est obligé d'enlever des plateaux d'une largeur prodigieuse qui, couvrant la terre, empêchent le grain de naître, ne pouvant recevoir la pluie ni les rosées si nécessaires à sa production. Généralement parlant, dans cette partie de terrain sus-nommé, un boisseau à peine en rend-il trois.

Deuxièmement : L'autre partie du terrain de la paroisse ne présente que celui d'un sable sec et aride, couvert partout de fougères qui étouffent le blé, le surpassant et le couvrant de [leurs] feuilles. Les juments qui devraient être une ressource essentielle pour cette paroisse, rarement réusissent elles à donner leur fruit. Le menu bétail y est d'une maigreur extrême, faute de pacages, le terrain étant extrêmement resserré, et borné partout par la forêt. Le mouton et la brebis ne donnent presque point de laine, ce qui occasionne une perte irréparable pour la paroisse. Rien de plus fâcheux encore que de voir le pauvre berger, toujours sur le qui-vive, et [qui] malgré sa prévoyance se voit tous les jours [exposé a perdre] son pauvre [petit] agneau [et ses[ brebis [qui sont] emportés et dévorés par les loups, qui ne sont qu'en trop grand nombre dans la forêt, parce qu'on n'y fait pas de chasses assez fréquentes. Il n'y a, dans toute la forêt et dans toute la paroisse, aucun ruisseau ni fontaine pour fertiliser la campagne dans les temps de sécheresse ; dans l'été, on est obligé d'aller chercher son eau pour boire à un quart de lieue, et, pour le bétail, à une lieue. Quelle détresse ! Il faut absolument que la France manque de terrain pour se fixer dans celui de la forêt de Chizé. Pour comble de malheur et de découragement, on voit sortir de la forêt, dans la petite plaine de Villiers-en-Bois, des troupes de cerfs et biches qui moissonnent, pendant l'hiver comme pendant l'été, l'espérance du cultivateur. Il n'y a dans toute la paroisse que deux ou trois habitants à même de supporter les impôts, presque tous les autres, mendiants, vivent à peine et se voient dans l'obligation d'engager, vendre leurs vêtements et les meubles de leur maison, pour payer la taille et la corvée qui leur sont devenues insupportables depuis qu'on les a tarifées. En outre, des insectes trop multipliés autour de la forêt pour laisser prospérer le blé, se répandent en foule dans la campagne au temps de la moisson, se glissent pendant la nuit sous les gerbes, et là, dévorent le peu de grains qui a échappé à la chaleur, et le cultivateur se voit réduit, dans les années de sécheresse, à n'emporter dans ses gerbiers qu'un peu de paille rongée par des souris. A l'ombre des bois de la forêt, les terres ensemencées ne produisent que très peu de blé et de mauvaise qualité, parce que la végétation ne se faisant pas d'une manière favorable à cause des rayons du soleil qui sont interceptés par la forêt, il en résulte un très mauvais effet pour les grains qui se trouvent sous les ombres dé la forêt.

Le tout certifié sincère et véritable par le syndic et les notables de l'assemblée de la municipalité et principaux habitants de la paroisse de Villiers-en-Bois qui savent signer de ce enquis dans l'assemblée tenue le premier mars 1789, et ont signé :

(Suivent 12 signatures, celles de : Pierre Fort et André Proust, députés ; Pierre Chassât, syndic ; Charles Proust, greffier, etc.)