79345 - Cahier de doléances - Verruyes

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Extrait de Département des Deux-Sèvres: Cahier de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, et des communautés et corporations de Niort et Saint-Maixent pour les États généraux de 1789, Léonce Cathelineau , Imprimerie G.Clouzot - Niort , 1912 , 463p.


VERRUYES

Dép. : Deux-Sèvres. — Arr. : Parthenay. — Cant. : Mazières-en-Gâtine.

Gén. : Poitiers. — Elect. : Poitiers. — Dioc. : Poitiers.

Justice de Baillage-Bàton.

Coin, de St-Remy, ordre de Malte.

Princip. cult. : blé.

Seigneur en 1750 : Mme de Breuillac, du Petit Chêne.

Seigneur en 1789 : Charles-Jean Viaud, écuyer, seigneur du Breuillac, du Petit-Chêne, et Verruyes.

Popul. en 1790 : 1.450 habitants.


PROCÈS-VERBAL

Date : 1er mars.

Président : Jean Métayer, syndic en l'absence du juge du lieu.

Population : 250 feux.

Comparants : Allonneau la Bruchetière, Pierre Martineau, Pierre Couturier, Jacques Godard, Jean Gadreau, François Juin, François Bordier, Louis Sabourin, Gaillard, Louis Fléau, Pierre Goudeau, René-Théodore Brunet, Charles Proust, Jacques Gerbier, Pierre Morin et Bonnenfant.

Députés : René-Théodore Brunet, et François Bordier, fermiers ; Charles Proust, notaire royal.

Suivent 17 signatures.


CAHIER DE DOLÉANCES

Plaintes, doléances et remontrances.

Aujourd'hui premier mars 1789 en l'Assemblée convoquée en la manière ordinaire par devant Jean Métayer, syndic de la paroisse de Saint-Martin-de-Verruyes, élection de Poitiers en l'absence du juge du lieu, la plus grande affluence du peuple qui se sont avec nous soussignés, en satisfaisant aux ordonnances de M. le Sénéchal de Saint-Maixent, aux dates du 14 et 21 février dernier et encore en satisfaisant à l'ordonnance du vingt-sept avril et de la lettre de Sa Majesté et règlement y annexé aussi en date du vingt-sept avril de cette présente année, nous avons incontinent procédé à la rédaction de notre cahier de doléances, plaintes et remontrances de ladite paroisse de Verruyes.

Sa Majesté voulant adoucir les peines de ses sujets en leur demandant comme est dit ci-dessus, leur moyen de plaintes, notre paroisse va en fournir qui feront frémir le genre humain, harassé de charité pour le bien public.

Il est étonnant comment la Providence a exercé et exerce ses rayons de bonté sur icelle pour leur fournir des moyens assez secourables pour suffire aux payements et taxes auxquels cette paroisse est imposée, qui n'est que de deux cent cinquante feux ou environ, peu de rapport en blés, puisqu'il ne s'en ramasse pas pour fournir à l'emblavaison des terres ingrates de l'endroit, ni pour la nourriture des malheureux qui l'occupent, quoiqu'ils passent une partie de leur temps à nettoyer leurs champs qui sont remplis d'ajoncs, ronces et genêts, pour que leurs bestiaux paissent plus favorablement, car c'est l'unique ressource de cette paroisse, qui n'est pas encore des plus considérables, et qui se trouve située dans un terrain aquatique et sur quantité de sources qui occasionnent beaucoup de brouillards malsains ; c'est peut-être ce qui occasionne ou a occasionné une mortalité dans différentes espèces de bestiaux depuis plusieurs années ; la preuve en est si convaincante, qu'il est inouï le nombre des requêtes qui ont été présentées par les malheureux de cette paroisse à monseigneur l'intendant.

On trouvera dans cette paroisse une infinité de pauvres honteux et mendiants qui fourmillent dans des toits couchés sur des tas de paille avec un nombre d'enfants qui ne peuvent même pas chercher de pain pour les faire subsister.

Et l'autre portion, des laboureurs, métayers et bordiers, qui sont déjà épuisés et qui auraient besoin eux-mêmes de soulagements, s'empressent de leur mieux à secourir leurs frères indigents.

Nos pasteurs ne peuvent fournir à exercer leur charité, tant dans leur paroisse où ils y sont le plus obligés, qu'à ceux des paroisses circonvoisines, ainsi qu'aux étrangers qui passent avec des troupes de petits malheureux qu'ils conduisent par la main ; c'est donc là où la nature souffre de voir tant d'indigents sans pouvoir les secourir.

Il est encore de la dernière conséquence pour cette malheureuse paroisse de faire voir combien elle s'altère et s'épuise pour faire ses efforts à payer les tailles et subsides auxquels elle est imposée ; il y a environ soixante-dix ou quatre-vingt ans, elle ne payait que deux mille livres de principales tailles, mais à présent, on la voit imposée à une somme de six mille livres de principales tailles, chargée en outre de sommes considérables pour les vingtièmes et corvées, ce qui forme un capital très gros ; ce qui fait qu'on ne peut y satisfaire et qu'on voit crier de toutes parts les citoyens de cette paroisse qui ne peuvent payer les subsides auxquels ils sont imposés que par des contraintes que MM. les Receveurs exercent ; on est obligé, même forcé, d'avoir recours au ministère des huissiers des tailles, c'est encore un cas où l'humanité souffre plus de voir dépouiller la veuve et l'orphelin de son frère indigent qui ne peut ni satisfaire Sa Majesté, qui est préférée à tout, ni le loyer des bicoques qu'ils occupent.

On voit encore cette paroisse chargée d'une infinité de rentes seigneuriales qui se montent à des sommes considérables et qui doit aussi les dîmes, terrages, gros de dîmes et légats.

D'après toutes ces circonstances, comment veut-on que cette paroisse puisse suffire, il n'y a aucune apparence pour le présent à moins que Sa Majesté Royale, ou ceux commis de sa part pour rendre lesdits citoyens heureux, n'y ait jeté son œil compatissant et populaire pour en modérer les peines, et, par ce moyen, on mettra les pauvres malheureux en état de substances et on dégrèvera les autres citoyens, ce qui fera qu'on sera plus à même de payer plus librement, et cela donnera lieu à la population de rendre plus d'effet à l'État ; on n'a cessé, n'y cessera, de faire des vœux journellement à Dieu pour la conservation des jours de Sa Majesté.

(Suivent 17 signatures, celles de : J. Métayer, syndic ; Brunet, député ; François Bordier, député ; C. Proust, greffier et député, etc.).