67462 - Sélestat - Sorcières et sorciers à Sélestat

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Sorcières et sorciers à Sélestat

Lugubres délires collectifs de 1499 à 1630

Les prétendues sorcières de Sélestat n'étaient sans doute que des personnes qui, à un moment donné, gênaient. C'était plutôt une sorte de folie collective qui alors cultivait le soupçon. Si quelques personnes exécutées étaient peu recommandables ou des débauchés notoires, elles ne seraient de nos jours que de simples justiciables. Mais dans la majorité des cas, ce sont des victimes de dénonciations calomnieuses, souvent des malades des nerfs ou des cas destinés à la psychiatrie.
L'horreur dura 70 ans, mais pas de façon continue. Les personnes furent exécutées par le glaive et les corps incinérés au Galgenfeld, route de Colmar, près de l'ancienne station de pompage des eaux. La torture ou la décapitation ont eu lieu dans la Niederthor ou Tour des Sorcières.
Procès en sorcellerie entre 1499 et 1642 : 89 exécutions !
Plusieurs épouses de tenanciers d'auberges furent exécutées, certaines prostituées, d'autres empoisonneuses. Même deux épouses de bourgmestres furent brûlées, et au dernier procès l'un des juges était le mari. Pourquoi plusieurs époux, ainsi veufs, se remarièrent avant trois semaines ?
Dans le cas du boulanger Rodolphe STIRITZ, le diable prend la forme séduisante de la jeune fille qu'il veut épouser; il ne peut lui résister et signe ainsi son arrêt de mort.
Trauwel SEYLLER,fille du maître tanneur Beat SEYLLER et épouse de Caspard WESTERMANN, est brûlée après avoir été décapitée. Elle est qualifiée de böse hartnackige Hexe, sorcière méchante et obstinée. Qu'y-a-t-il de vrai dans cette histoire ?
Deux épouses de bourgmestres sont brûlées les 9 et 18 septembre 1641. Anne, femme de Jean MARTIN, aurait empoisonné le vicaire de l'église paroissiale convié à son foyer. Quant à Marie, épouse de Martin ERGERSHEIM, elle aurait fait absorber un breuvage mortel à sa fille Anastase. La torture leur a fait avouer ces crimes, mais étaient-elles vraiment des criminelles ?
Marie, femme de Michel RIEGERT, soumise à la question, chante des couplets obscènes devant ses juges, ce qui ne peut que les conforter dans leur conviction de sa culpabilité.

Il arrive que les familles tentent de réagir. Ainsi, lorsque Marie LAURIN est arrêtée pour sorcellerie, le 22 août 1629, ses trois filles, Catherine, Marie et Madeleine élèvent une protestation auprès de la cour d'appel impériale de Spire. Rien n'y fait : l'exécution a lieu le 10 septembre. Elles cherchent ensuite auprès de la même instance à supprimer les effets juridiques de la condamnation. Elles ne recevront pas de réponse. Faut-il s'en étonner ?
Nous en arrivons au 12 février 1642. Ce jour-là, le dernier procès en sorcellerie est jugé à Sélestat. Il mérite que l'on s'y attarde, moins pour le sort de la victime, de toutes façon scellé d'avance, que pour les conséquences de ses déclarations. Anne ARMBRUSTER, délaissée et battue par son mari Mathias, sans doute dénoncée par lui comme sorcière pour s'en débarrasser, avoue sous la torture avoir été consolée par le diable. Elle raconte n'importe quoi aux juges, jusqu'au moment où elle dénonce ses complices à ces noces diaboliques sur le Zimmerplatz de Châtenois. Il s'agit de la femme du bourgmestre Jacques BARTH qui aurait apporté la vaisselle, et des épouses des bourgmestres Gamaliel LUMANN et Mathias HERMANN.

- En 1461, il est question de la fille d'un boucher, tourmentée du démon, par l'effet des maléfices des sorcières.
- En 1499, Margaret WEINBURN(IN), arrêtée pour crime de sorcellerie, meurt dans sa prison, où l'on soupçonne qu'elle s'est suicidée. Son corps est mis dans un tonneau et jeté au Rhin.
- En 1569, Frédéric SPRINGENDANTZ, de Worms, et son compagnon, Michel HATERHAN, de Haguenau, sont brûlés pour ce motif.
- A l'automne de 1570, quatre femmes, victimes des mêmes accusations, périrent dans les flammes. Ce sont : Anne, femme de Nicolas STRAUBEN, menuisier; Truwel, femme d'Ulrich GREISCHER; Amélie, de Rotenbourg sur la Tauber, femme de Jean ENGELMANN, le fourreur; et Barbe, femme de Jean SCHMIDT, l'aubergiste du "Bateau". A l'exception d'Amélie de Rotenbourg, qui pousse de grands cris au contact du feu, les autres subissent cette épouvantable torture sans proférer une plainte. - En 1586, une jeune fille de 15 ans, incarcérée par le Magistrat d'Ammerschwihr, fait les aveux les plus complets sans y être contrainte par la torture, et raconte qu'elle a été séduite et livrée au démon par une sorcière de Schlestadt, chez laquelle elle était en condition. Tandis qu'elle sortait un soir pour aller à la veillée, un cavalier, monté sur un cheval noir, les attendait à la Kesselthor, se saisit d'elle, la plaça en croupe sur sa monture et s'enfuit avec sa proie dans la nuit. Elle reconnut alors qu'elle av ait été vendue à Satan.
- Le 3 mai 1596, on exécuta l'envoûteur Silvestre PETERLING, de Vischingen. Le 1er août 1624, c'est le tour de Jean STEIN, de Siritz, auquel on reproche le même crime.
Mais les véritables hécatombes ne commencent qu'en 1630. Cette année, 29 femmes et un homme sont livrés au bûcher. Dans ce nombre se trouve une octogénaire, Catherine NUNNENMACHER, et une enfant de 12 ans, Madeleine, fille de Jean SPECHT.
En 1631, ce chiffre s'élève à 41. Les événements de la Guerre de Trente Ans eurent pour effet d'occuper l'esprit du Magistrat à des besognes plus pressantes et formèrent un dérivatif à cette barbare répression.
De 1632 à 1640, il n'y eut que trois condamnations pour crime de sorcellerie, mais celles-ci étaient remontées à treize dans le cours de l'année 1641, parmi lesquelles deux femmes de bourgmestre. Cette liste funèbre s'achève en 1642 avec deux suppliciées, dont la dernière le 12 février de cette année.
Il avait fallu que les victimes se rencontrassent dans son propre sein, pour décider le Magistrat à user à l'avenir de plus de clémence.

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Sorcières et sorciers exécutés à Sélestat entre 1629 et 1642

Personnes Personnes
Anne, femme de Caspard ABT Ursule, veuve de Laurent LEITERER
Christine ABT Apollonie, femme de Balthasar MAURER
Anne, femme de Mathias ARMBRUSTER Anne Marie, femme d'Urbain MENIN
Walburge, veuve de Jean BECK Barbe, femme de Nicolas MEYER
Rosine BILLEX, épouse de Hans, et sa fille Marie Marie, veuve de Théobald MEYER
Barbe, femme de Melchior BITTEL Agnès, veuve de Michel MEYH
Madeleine, femme de Jean BONIS Marie, fille de Laurent MEYH
Alexandre BLINCKEL Anne, femme de Jean MOERLIN
Anne, femme de Nicolas BOEHRER Anne, femme de Martin MOHLER
Barbe, femme de Nicolas BONN Catherine, femme de Laurent MÜHR
Martin BRAUN Catherine NONNENMACHER
Anne, femme de Jean BRAUNSTEIN Marie, femme de Samuel ORTLIEB
Anne Marie BURCKART Lucie, femme de Jacques OSTRINGER
Ursule, veuve de Paul DIRR Anne, femme de Jean PFEIFFER
Madeleine, femme de Jacques DUNTZ Apollonie, femme de Michel RAPP
Christine, femme de Mathias EBERHARDT Marguerite REICHARD
Marie, femme de Martin ERGERSHEIM Marie, femme de Michel RIEGERT
Marie, femme de Sébastien FELS Anne, veuve de Georges RISS
Suzanne, veuve de Marx FERBER Anne, femme de Tobie ROESCH
Simon et Salomé FESSER Apollonie, femme de Michel RUNKIST
Anne, femme de Sixte FRIESS Marguerite, femme d'André RUNKIST
Régine, femme de Jean GINDTER Marguerite, femme de Chrétien SCHORR
Ursule, femme de Nicolas HABERSTRUMPFF Madeleine, femme de Maurice SCHREIWER
Jacques, Viviane et Dorothée HELGENSTEIN Jean SIGRIST
Ursule, femme d'Adam HENSLER Anne, fille de Jean SPECHT
Marguerite, veuve de Mathias HUG Madeleine, fille de Théobald SPECHT
Marthe, veuve d'Ulrich HUGEL Rodolphe STIRITZ
Christine, femme de Georges ILLINGER Marie, femme de Samuel STAHL
Odile, femme de Barthelmé JESEL Anne STATTHART
Barbe HELKIER ? Anne, femme de Jean STATENHARTER
Madeleine, femme d'André KAMMERER Madeleine, femme de Jacques STEPHAN
Madeleine, veuve de Jacques KEMPF Madeleine, veuve de Jean STRUDEL
Catherine, femme de Sébastien KENTZINGER Adèle, femme de Martin TSCHIDEN
Ursule, femme de Laurent KENTZINGER Anne, femme de Théobald UHL
Anne, femme de Martin KLEIN Angèle, femme de Paul VERRIER
Catherine, femme de Martin KOLB Martin VOGEL
Elisabeth, femme de Martin KOM Claire, femme de Jean WEIDNER
Catherine, femme de Nicolas KREMER Trauwel, femme de Caspard WESTERMANN
Clara, femme de Balthasar KRUCH Marie, femme de Martin WILD
Catherine, femme de Valentin KRUCH Elisabeth ZAUSER
Marie LAURIN Henri ZIEGLER


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Le lieu de justice et le bourreau

Le lieu de justice, qui fut témoin de toutes ces atrocités, était situé hors ville, un peu au nord de la Tuilerie neuve, à mi-chemin entre la maladrerie de Saint-Léonard et le vieux Landgraben.
Chose étrange, c'est cet endroit qu'à maintes reprises les sorcières avaient choisi pour célébrer leur sabbat, comme pour narguer le sort qui les y attendait. Placé sur un tertre artificiel, le gibet se composait de trois piliers de pierre, posés en triangle et reliés entre eux par des traverses de bois auxquelles on pendait les condamnés.
En 1429, on avait réparé la potence en vue de la pendaison d'un Souabe du nom de Eberhart, et on y avait placé de nouvelles poutres; mais par un singulier hasard, le condamné pour lequel on s'était mis en frais, obtint, grâce aux sollicitations de ses souverains, la commutation de sa peine en celle du bannissement à perpétuel.
Au-dessous du gibet se trouvait une fosse dans laquelle on jetait les corps, lorsqu'ils étaient détachés des crochets auxquels ils étaient suspendus. Cette besogne incombait au bourreau ou, à son défaut, au Wasenmeister qui recevait en ce cas un salaire de trois schillings par corps.
Le 17 février 1521, la populace accrocha au gibet les effigies de Luther et d'Ulrich de Hutten, accompagnées de libelles injurieux.

Toutes ces sentences étaient exécutées par le bourreau de ville, et l'on voit que son emploi ne constituait pas une sinécure. Il était chargé également de l'abattage des chiens errants, du nettoyage des prisons, de leur désinfection, pourrait-on dire, après leur occupation par des sorcières, car on s'imaginait à cette époque que ces malheureuses contaminaient tout ce qu'elles touchaient, et elles n'avaient d'ailleurs que trop contribué elles-mêmes à répandre cette absurde légende.
Il avait encore mission de porter jusqu'au Rhin les cadavres des suicidés, qu'il abandonnait ensuite dans un tonneau au cours du fleuve. Plus tard, quand on supprima cette sorte de supplice posthume, ce fut lui qui fut chargé de leur enterrement. C'était lui, enfin, qui conduisait les animaux à la fourrière et enfouissait ceux qui étaient malades.

Le bourreau habitait à l'écart dans une petite maison placée dans la tête de pont de la Niederthor. Il recrutait le plus souvent ses aides dans sa propre famille. Quand Frédéric de ROSENBERG, intendant du château du Bernstein au-dessus de Dambach, a besoin d'un bourreau, le Magistrat lui recommande pour cet office le fils de celui de Schlestadt, "fort habile dans ce métier."
Il semble qu'après 1518, le Magistrat ait laissé tomber cette fonction en déshérence. La cause en résidait dans la difficulté de pourvoir d'un titulaire un emploi qui faisait aussitôt, de celui qui en était chargé, l'objet de l'aversion générale. Il fut contraint, pendant un certain temps, de s'adresser pour les exécutions aux bourreaux de Strasbourg et de Colmar.
On les payait, en-dehors de leurs frais de déplacement, 2 schillings pour appliquer la question, tandis que les juges et le greffier qui assistaient à l'instruction, recevaient une livre et dix schillings pour leurs vacations. Il touchait en outre :
- pour attacher au pilori, 3 schillings,
- pour battre de verges, 5 schillings,
- pour le supplice de la roue, pour brûler une sorcière, 2 livres et 2 schillings,
- pour détacher les corps des suppliciés de la potence et les enterrer ensuite, 2 schillings.
Lors de la quadruple exécution de 1570, ce fut le bourreau de Colmar qui instrumenta, et reçut à cette occasion 8 livres et 8 schillings; de plus, comme le corps d'une des sorcières n'avait été qu'incomplètement consumé par le feu, on lui alloua encore une livre et 13 schillings pour inhumer ces restes.

Au début du XVIIe siècle, le développement que prirent les procès de sorcellerie exigea à nouveau la présence d'un bourreau à demeure.
En 1699, on l'installa sur le Schiffgraben et, comme personne ne voulait lui louer de local à quelque prix que ce fût, la ville dût acheter à Marie WEHRLIN, veuve de Martin KREBS, l'immeuble qu'elle possédait sur cette rue, pour y loger son maître des Hautes-Oeuvres. Le contrat fut passé devant Me Kumpler, notaire royal, qui reçut pour ses honoraires 16 livres 5 schillings 4 deniers. Le prix était payable en plusieurs fractions dont la dernière de 330 livres fut acquittée en 1700.
Il ne paraît pas du reste y avoir séjourné longtemps, car, à la fin du XVIIIe siècle on le retrouve dans une petite maison, encadrée d'un jardin dans lequel il se livrait à des travaux champêtres pour se reposer de sa terrible besogne.
La Révolution supprima sa charge. La Terreur elle-même n'en nécessitât pas le retour. Qu'était-ce, en effet, que les deux seules victimes qu'elle fit à Schlestadt, comparés à l'hécatombe qui marqua les débuts du XVIIe siècle ?
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Le cas des suicides en prison

"Loss furgon, sie hat ja den dott selbs angetton..."
"Laisser passer, elle s'est elle-même donné la mort"

Cette phrase laconique était inscrite sur le tonneau qui emportait sur les eaux du Rhin le corps des personnes qui se suicidaient en prison.
Une lettre du magistrat de Sélestat à celui de Saint-Hippolyte, datée du 23 janvier 1510, donne tous les détails concernant ce cas de juridiction criminelle :

"... item denen von San Pult ist zugeschrieben das wir die personen so sich in gefangnus selbs doten durch unseren wasenmeister in ein fass schuffe und der got mit den karren uff den Rin une schreibt man an dies fass : loss furgon sie hat ja den dott selbs angetton, darumb git man dem wasenmeister zimlich belonung."

Cette façon de faire est confirmé par un mémoire (1) adressé par la ville à la Chambre impériale de Spire en 1629.
Il y est question notamment d'une certaine Margaretha WEINBURNIN, incarcérée en 1499 pour sorcellerie et trouvée morte dans sa cellule : elle fut condamnée à être mise "en tonneau" - in ein fass condemniert - et à être jetée dans le Rhin - und auf den Rhein geführt.
C'est le wasenmeister (= équarrisseur) qui était chargé d'enlever le cadavre du suicidé, de le mettre dans un tonneau et de transporter à l'aide d'une charrette cette charge macabre sur les bords du Rhin, pour la laisser partir à la dérive sur les eaux du fleuve.
Pour ce travail sinistre, l'employé de la cité touchait un florin de rémunération comme le relatent les comptes de la ville des années 1555 et 1594.
(1) Mémoire cité par Gény Joseph, Schlettstadter Stadtrechte, Heidelberg, 1902, t.II, pp.661-665. A.M. Sélestat.
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Balais de sorcières

On appelle balais de sorcières les branches basses des sapins, parce qu'elles sont souvent abîmées et dépourvues d'épines. Une croyance populaire veut que les sorcières rentrant de leur cérémonie sabbatique, assises sur leurs balais, aient abusé de boissons alcoolisées. Passablement éméchées, elles ne pouvaient plus maîtriser leurs gestes et, en s'engouffrant dans la forêt, heurtaient les arbres, laissant ça et là leur diabolique engin.
Au jour, les promeneurs pouvaient constater le passage des sorcières et connaître leur nombre à la quantité de balais oubliés par les bacchantes.
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Sources

  Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat - Tome I
  Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat - Tome II
  Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat - Tome III

  • Archives Municipales de Sélestat.


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Liens utiles


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