52093 - Etymologie - Chalindrey

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Étymologie du nom « Chalindrey »

Thèse

D’après un écrit de ce pays, M. l’Abbé François Xavier Christophe PERROT, ancien Vicaire de la Cathédrale de Langres, Chalindrey vient de trois mots celtiques, Chal – in – Der ; « Chal » qui signifie habitation, château ; « in », dans ; « Der » bois, broussailles, forêt.

Cette étymologie paraît très vraisemblable, car Chalindrey n’était pas seulement une habitation ordinaire, c’était un château. Dans l’emplacement actuel de l’église et des maisons qui sont à son chevet, de la cure et de son jardin, s’élevait un château plus ou moins fort avec remparts et fossés, la construction de la route de Langres à Grenant, de la maison REGNAULT (café de la Renaissance), de la fontaine qui toutes se trouvent dans les anciens fossés, ont parfaitement démontré l’existence de ces derniers : du reste, le seul aspect des lieux ne laisse aucun doute à cet égard. Le mot « Chal », ou « Castellum », est donc parfaitement justifié. Mais comment Chalindrey se trouvait-il dans la forêt, ceci est encore plus facile à expliquer. D’abord le bois n’est toujours pas très éloigné du pays, il devait en être beaucoup plus rapproché autrefois, car ici comme partout on a essarté à fin d’étendre la culture. Il y a très peu de temps que la partie du territoire connue sous le nom de « Vernoy », « Douay », est cultivée, elle était couverte de bois ou de broussailles, dans lesquelles les chanoines de Langres chassaient ou permettaient de chasser. Elle portait le nom de « Veneu » (vénation) que le nouveau cadastre a défiguré en l’appelant « Vernoy ».

C’est ainsi que « Der » n’est plus au portes de Montier-en-Der, ce qui n’ôte rien à la réalité de son étymologie : monasterium in der. Il en est de même pour Chalindrey. Mais sans déplacer la forêt, la grande forêt, comme on l’appelait Magna Silva (grosse-saulve) nous pouvons nous convaincre que Chalindrey était au milieu des bois, des broussailles. Que sont en effet ces noms de haie, par la plupart des terrains qui avoisinent le pays. C’est la haie Baudot, la haie Boulay, la haie Noscenay, les haies du Clos, la haie de Martiseul, la haie de Langres, la haie Creuse, et de Chepet Chep, la haie de la gelée (de la Gialou), la haie de Torcenay, en Bas d’haie, etc. Tout cela ne montre-t-il pas que Chalindrey portait à bon droit le nom de Castellum in Der. Il n’y a plus qu’une petite difficulté, pourquoi dit-on « Chalindrey » et non pas « Chalinder ». Nous pourrions dire qu’un très grand nombre de noms se sont corrompus à la longue et que Chalindrey a suivi la loi commune, mais nous avons une meilleure raison à donner. Dans les langues du nord et en particulier dans la langue des Germains, la dernière syllabe d’un mot devient muette, de sorte, que dans la prononciation l’on appuie plus fortement sur la consonne qui suit. On aura donc « Chalindr » mais les deux consonnes ne pourront donner un son qu’à l’aide d’une voyelle, et naturellement ce sera la voyelle supprimée qui donnera son influence, d’où « Chalindre ». On voit par la que nous nous rapprochons aussi près que possible de la prononciation en usage.

Ainsi donc, d'après cet écrit, Cal – in – Der, « Castellam in Silva » est la vraie étymologie du mot « Chalindrey ».

Anti-thèse

Il est désolant de voir, en ce début du XXIe siècle, des considérations toponymiques qui auraient pu être écrites presque deux siècles auparavant : on découpait les noms anciens ou modernes en tranches et, en général, on voyait chacune de ces tranches issue directement du celtique — ou plutôt d'un "celtique" fabriqué on ne sait comment (un bêtisier reste à faire !). Du moins peut-on excuser des errements en ces périodes "pré-linguistiques"... Puis SAUSSURE est venu, puis des linguistes s'intéressèrent à la phonétique historique, puis vinrent Auguste LONGNON et Albert DAUZAT qui fondèrent la toponymie sur des bases infiniment plus scientifiques, tandis que le gaulois, à la suite des recherches de Joseph LOTH, Georges DOTTIN ou Joseph VENDRYÈS profitait des études comparatives des langues celtiques anciennes et modernes.

La "vraie étymologie" du mot "Chalindrey" n'a sûrement rien à voir avec "cal-in-der", termes pseudo-celtiques pour les deux premiers, celtique d'origine pour le dernier mais forme moderne d'un antique "dervos", peut-être nom générique de la forêt (foresta Dervus pour la forêt de Der, en 662).

Depuis l'Antiquité, les mots ont en effet évolué, tant dans leur vocalisme que dans leur consonantisme. Mais pourquoi ne voir cette évolution que dans "les langues du Nord et en particulier dans la langue des Germains" ? Si en français on dit temps, maison, pré, c'est bien parce que les mots latins tempus, mansionem, pratum ont perdu leur dernière syllabe, et c'est la règle générale. On pourrait multiplier à l'envie les remarques sans aucun fondement : si le cadastre porte "Vernoy", littéralement "plantation de vernes", mot gaulois équivalent du latin "aulnay", c'est sûrement qu'il y existait jadis une plantation spontanée d'aulnes. Pourquoi serait-ce une déformation de "Veneu", évolution impossible phonétiquement (même avec la plus grande tolérance !). D'où vient ce mot "celtique" chal qui signifierait "castellum" ? (on voit mal comment le gaulois aurait déjà possédé le groupe consonantique ch- devant -a).

Que je sache, l'abbé François Xavier Christophe PERROT, ancien vicaire de la cathédrale de Langres (à quelle époque écrivait-il ?) pouvait être un bon historien mais sûrement pas un bon toponymiste... ce qui, reconnaissons-le, lui était difficile à une époque où, sans doute, la toponymie n'existait pas encore.

Chalindrey se rattache à une série Chalandray (86), Chalendray (17), Chalandry (02), Chalandry (08), Chalandras, que l'on trouve dans la Vienne, la Manche, l'Aisne, les Ardennes, le Puy-de-Dôme en plus de la Haute-Marne. Les formes anciennes ne sont guère parlantes puisque celles relevées par Alphonse ROSEROT pour la Haute-Marne ne remontent pas au-delà de l'époque capétienne : Chalendré en 1170, Chalaindrey en 1329 (Dictionnaire topographique de la Haute-Marne sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France). Quant à l'étymon *calendiriacus ou *calandriacus, dans lequel, fidèle à lui-même, le Dictionnaire étymologique des noms de lieux voit une formation *Calendinacum sur un "nom d'homme latin" Calendinus et suffixe -acum, il vaut mieux y voir un de ces appellatifs hybrides du gallo-latin ou "bas-latin", à signification encore "obscure", faute d'une recherche plus poussée, mais qui n'a rien à voir avec la forêt de Der.

(En ce qui concerne le gaulois, l'ouvrage le plus simple d'accès reste encore "La langue gauloise" de Georges DOTTIN, consultable et téléchargeable gratuitement sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. Son "Lexique", bien qu'ancien, puisque datant de 1929, peut être encore de quelque utilité. Voir aussi dans la bibliographie de Geneawiki...)

Conclusion

C'est à vous ...

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